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L’extrême droite à l’assaut des médias et de la critique des médias

par Henri Maler, le 18 octobre 2012

« Jean-Yves Le Gallou lance un Acrimed d’extrême droite » titrent, sur le blog du monde.fr « Droite(s) extrême(s) », Abel Mestre et Caroline Monnot, journalistes au Monde. Un titre accrocheur qui, s’il vise un prétendu Observatoire des journalistes et de l’information médiatique, atteint par ricochet – maladresse ou perfidie ? – notre association. Nous y reviendrons.

Notre attention avait été attirée depuis longtemps par la prolifération, sur les sites d’extrême droite, d’articles de dénonciation des médias, pas assez complaisants à leur goût avec leur « pensée ». Et depuis peu par l’annonce d’un nouvel Observatoire. Il vaut la peine d’y regarder de plus près.

Une nébuleuse d’extrême droite

Ils se défendent souvent d’être d’« extrême droite », puisqu’ils transcenderaient tous les clivages Qui sont-ils ? Ce sont les sites, nombreux et interconnectés, qui défendent une version nationaliste de la souveraineté nationale, une version xénophobe d’une prétendue identité française, un libéralisme économique national opposé au libéralisme économique transnational, une critique de la globalisation capitaliste qui, sous le terme de mondialisme, esquive le qualificatif.

Comme ce fut toujours le cas avec l’extrême droite et culmina avec le fascisme et le nazisme, les sites d’extrême droite se nourrissent de thèmes apparemment anticapitalistes contre « l’oligarchie » ou la « tyrannie médiatique », et se drapent derrière la défense du « peuple » – le « vrai » - contre les élites. Dans leur prose et leurs vindictes, l’islam d’aujourd’hui – rebaptisé islamisme - a remplacé le judaïsme d’hier. Les apatrides ce ne sont jamais ceux qui le sont réellement : ce furent les juifs, ce sont désormais les musulmans et les « élites mondialisées ». Au nom de quoi, ces représentants de la pureté française se présentent comme des briseurs de « tabous », des pourfendeurs de la «  pensée unique  », des ennemis du « politiquement correct ».

Certains de ces sites – mais pas tous – se réfèrent ouvertement au Front National. Leur point commun ? Tous les médias qui ne partagent pas leur point de vue sont des ennemis. Et face à l’ennemi, un seul mot d’ordre : à l’assaut ! On l’a compris : leurs prétendue critique des médias n’est que l’habillage de leur propagande générale et d’un projet politique global.

En première ligne, de ces sites de propagande qui vomissent tous les journalistes et tous les médias qui ne partagent pas leurs obsessions et uniquement parce qu’ils ne partagent pas ces obsessions : Polémia, un site d’extrême-droite fondé par Jean-Yves Le Gallou, ancien adhérent du Front National puis du MNR, et farouche partisan de la « préférence nationale ». Responsable du site ? Anne-Laure Le Gallou.

La Fondation Polémia, et le site correspondant, ont joué et jouent un rôle moteur dans la dénonciation des journalistes et des médias qui ne s’alignent pas sur leurs positions.

Ainsi, la Fondation Polémia organise depuis 2008 des journées annuelles de « Réinformation » qui offrent des cours accélérés de propagande politique. Et pour que la « réinformation » soit complète, la fondation Polémia organise depuis 2010 les « Bobards d’or » : une cérémonie destinée à dénoncer les journalistes qui « n’hésitent pas à mentir délibérément pour servir le politiquement correct ».

Lors de la première cérémonie des « Bobards d’or », Jean-Yves Le Gallou prononce un discours d’ouverture, en ligne sur le site de « Polémia » : « Dix-sept thèses sur le système médiatique français ». On peut y lire ceci : « Décrire une tyrannie, c’est déjà l’affaiblir. C’est ce que nous nous efforçons de faire avec la tyrannie médiatique. C’est la démarche de la réinformation. C’est ce que fait la blogosphère qu’il faut appeler réinfosphère : de Radio Courtoisie à Françoisdesouche, en passant par le Salon beige, Novopress et bien d’autres. » Cette « réinformation » et la prétendue critique des médias qui la nourrit relèvent clairement de la propagande d’une « réinfosphère » bien délimitée !

Ce n’est pas tout. Le samedi 13 octobre 2012 Polémia organisait sa « cinquième Journée de la réinformation ». Son thème ? « Face à la tyrannie médiatique, pour un grand bond offensif ». Cette rencontre a fait l’objet d’une promotion intensive sur la plupart des sites d’extrême droite : de Novopress (qui nous avait menacé de procès) à F.desouche (comprendre « français de souche »…), en passant par Metapoinfos et « Nouvelles de France ».

Parmi les invités, le président d’un Observatoire des médias.

Un Observatoire de type nouveau ?

Cet observatoire – « L’Observatoire des journalistes et de l’information médiatique » (OJIM), a été créé très récemment par Claude Chollet, un ancien dirigeant des labos Ipsen, mais aussi un ancien du Grece (Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne) au sein duquel se regroupait la « Nouvelle droite ».

Contrairement à Polémia (et à la flopée de sites équivalents), on ne trouve sur le site de l’OJIM aucun signe apparent de proximité avec l’extrême droite. Du moins au moment nous écrivons ces lignes. Aucun des liens proposés par le site ne renvoie à des sites d’extrême droite, mais à des sites et des médias classés « à gauche », à l’exception de… Polémia.

En revanche les sites d’extrême droite font grand cas de l’OJIM. 

Dès le 17 juillet 2012, par exemple, « Nouvelles de France » publiait un article hagiographique sous le titre « L’OJIM, un observatoire qui informe sur ceux qui nous informent ». Quelques mois plus tôt, le même site annonçait la parution, d’un magazine – Droit de regard - qui n’a pas encore vu le jour. Titre de l’article (qui résume assez clairement le projet éditorial) : « Droit de regard, le magazine de “la droite Zemmour” »... « avec le soutien de Claude Chollet ». C’est évidemment son droit. Comme ce serait celui de l’OJIM de déclarer clairement son identité politique.

Sur le site de Polémia, en guise de présentation de la « cinquième Journée de la réinformation », on peut lire un entretien avec Jean-Yves Le Gallou. Question : « Comment “s’informer sur ceux qui nous informent ” ? » Réponse de Le Gallou : « C’est le travail de l’Observatoire des journalistes et de l’information médiatique (OJIM) que son président Claude Chollet viendra présenter, samedi 13 octobre aux auditeurs de Polémia. » Une division du travail, en quelque sorte…

Au point que, sur le blog du monde.fr « Droite(s) extrême(s) », dans l’article déjà cité, Abel Mestre et Caroline Monnot, journalistes au Monde, n’y vont pas par quatre chemins : « La réunion de samedi est surtout l’occasion de donner un peu de visibilité à l’Observatoire des journalistes et de l’information médiatique, annoncé par M. Le Gallou et ses amis en mars 2012 et dont la naissance a été un peu laborieuse. »

Claude Chollet, en tournée de promotion, bénéficie d’une hospitalité – comment dire ? – plutôt marquée… dans les médias d’extrême-droite. Le 22 septembre, c’est Radio Courtoisie qui recevait Claude Chollet en compagnie de Benjamin Dormann que Claude Chollet recevait à son tour quelques jours plus tard. Et le même Claude Chollet, est invité les 3 et 4 novembre prochains à Orange, à la convention du Bloc identitaire.

Claude Chollet, quand on rappelle son appartenance passée au Grece, proteste contre des « des allusions au mouvement Grece… il y a plus de trente ans  ». Il n’en est plus membre ? Qu’on se le dise ! Il s’insurge en outre contre des citations qui ne figurent pas sur le site de l’OJIM, mais sur celui de Polémia. Certes… Mais que trouve-t-on sur le site de l’OJIM (dont la présentation est très élaborée) ? Presque rien pour l’instant, mais des priorités significatives.

Plutôt que d’informer sur l’information (selon notre – heureuse - formule), l’OIJM informe prioritairement sur « ceux qui nous informent », dont il multiplie les « portraits ». Et cette information consiste non seulement à retracer leur carrière professionnelle, mais à débusquer leurs préférences politiques quelles qu’elles soient et quelle que soit leur incidence sur leurs pratiques journalistiques, pour peu que ces préférences ne soient pas d’extrême-droite. À grand renfort de lourdes allusions ou connotations. Quelques exemples : le portrait de Paul Amar insiste lourdement sur ses liens avec la Licra, Laurent Ruquier est présenté comme « le gay passe-partout », Harry Roselmack comme le « gendre martiniquais idéal », etc.

On peut également lire sur le site de l’OJIM (comme sur d’autres sites du même genre), une critique apparemment élogieuse du documentaire Les Nouveaux Chiens de garde, attribué à tort à une équipe d’Acrimed, un « mouvement […] venu de l’ultra-gauche  » L’ultra-gauche ? Ce vocabulaire avoue son origine. Et de reprocher au film (en revendiquant la caution d’un Bourdieu imaginaire…) de ne pas partager les thèmes coutumiers d’une certaine extrême-droite : « Mais le film élude certaines questions. Derrière un néo-marxisme parfois un peu paléo, Les Nouveaux Chiens de garde n’analyse pas l’auto-réplication idéologique de l’ensemble de la caste, certains de ses critiques inclus. La caste journalistique – dans un mécanisme que Bourdieu n’aurait pas renié – s’auto réplique : massivement de gauche (quelle que soit la réalité mise derrière ce terme), massivement favorable à la globalisation, massivement en faveur de l’ouverture des frontières de l’Europe. »

* * *

Dans l’article déjà cité, Abel Mestre et Caroline Monnot, écrivent à propos de l’OJIM

« Le propos de cet observatoire, présidé par Claude Chollet, un ex-dirigeant de l’industrie pharmaceutique, très actif au Grece (Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne) des années 1970-1980, est "d’informer sur ceux qui informent". En somme, faire, à l’extrême droite, une sorte d’Acrimed (le célèbre observatoire critique des médias ancré très à gauche). Ce qui donne chez Jean-Yves Le Gallou : "Un journaliste de Libération, c’est un porte-plume de la banque Rothschild. Un journaliste du Monde, c’est un porte-flingue de la banque Lazard ! Les plumitifs de l’extrême gauche et le grand capital se sont alliés pour détruire les nations et les traditions".  »

Admirons la présentation d’Acrimed comme un « célèbre observatoire critique des médias ancré très à gauche  ». « Ancré très à gauche  » ? Ne le nions pas. Un « célèbre » observatoire ? Cette consécration nous va droit au cœur, venant de journalistes d’un quotidien qui n’a rien fait pour cette célébrité et n’a jusqu’à présent tenu aucun compte de son existence, ne serait-ce que pour en informer ses lecteurs.

« Une sorte d’Acrimed […] Ce qui donne chez Jean-Yves Le Gallou… » Maladresse ou perfidie ? Cette présentation laisse entendre que, nous pourrions partager, si peu que ce soit, ce qu’écrit Jean-Yves Le Gallou. À supposer que l’on puisse prêter à l’OJIM les propos de ce dernier [1], ils sont en tous points contraires à ce que nous écrivons, non seulement en raison de l’opposition frontale des présupposés politiques, mais parce qu’ il ne nous viendrait pas à l’idée d’affirmer que tous les journalistes sont des alliés du grand capital qui écrivent sous la dictée de leur employeur !

« Un Acrimed d’extrême droite ». Autant dire un cercle carré. « Faire, à l’extrême droite, une sorte d’Acrimed » ? Aussi inimaginable que de faire à l’extrême gauche, une espèce de Figaro…. Ou une sorte de Monde.

Henri Maler, avec Blaise Magnin

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Notes

[1] Précisons – l’exactitude est notre péché mignon…- que, contrairement à ce qu’une présentation allusive laisse entendre, les phrases de Jean-Yves Le Gallou ne figurent pas sur le site de l’OJIM.

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