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Sur TF1 et France 2 : Thierry Roland, prix Nobel du sport

par Henri Maler, le 20 juin 2012

Indiscutablement, Thierry Roland était populaire auprès des amateurs de football. Mais sa mort justifie-t-elle l’importance qu’elle a prise dans l’information, dans les médias audiovisuels et, particulièrement, lors des JT de 20 heures du 16 juin 2012 ?

Discrètement mentionnés quand ils le furent, le chauvinisme exacerbé, les débordements xénophobes et les préjugés sexistes de ce partisan de la peine de mort [1] ont à peine terni les hommages interminables à cette gloire médiatique, dont tous les témoignages louent la verve et la gentillesse. Les chaînes d’information en continu n’ont cessé de ressasser « l’information principale de la journée », selon BFM-TV.

TF1 et France 2 à 20 heures ont pris le relais.

Le chagrin de TF1

TF1 a consacré 23 minutes et 40 secondes au décès de Thierry Roland (25 minutes, si l’on ajoute deux informations sportives qui ont suivi l’hommage posthume), sur un JT exceptionnellement long, de 42 minutes environ. À l’appui de cet hommage, pas moins de dix séquences :

1. « Les grands moments de sa carrière » qui nous ont valu d’entendre un éloge de « son sens aigu de l’impartialité ».
2. Un « florilège » de ses propos les plus célèbres, au cours duquel on évoqua pourtant l’« esprit franchouillard » de celui qui « avait des expressions bien à lui ».
3. Les témoignages en plateau de Roger Zabel, Bixente Lizarazu et Christian Jeanpierre. L’un d’entre eux nous apprit cette fois qu’il « n’était jamais neutre » (voir plus haut).
4. Un récit de ses dernières heures, entrelardé de témoignages de supporters et de ses voisins.
5. Le témoignage de Jean-Michel Larqué : une citation sans images.
6. La « vive émotion de Michel Platini ».
7. Un recueil de réactions de joueurs de football.
8. Un retour en plateau, avec cette question pertinente de Claire Chazal : « Est-ce qu’on peut imaginer une minute de silence », lors du prochain match de l’équipe de France ? » Elle a été exaucée...
9. Les témoignages de « grands noms de l’audiovisuel » : Jacques Vendroux, Jean-Pierre Pernault, Michel Drucker, Pascal Praud, Patrick Poivre d’Arvor, Eugène Saccomano, Jean-Claude Dassier et… Bernadette Chirac.
10. Un reportage à Lyon, pour entendre notamment ses derniers mots à l’antenne de Tonic Radio.

On n’ose imaginer ce que sera le sommaire du JT de TF1 lors du décès (que nous ne lui souhaitons pas…) de Jean-Pierre Pernault.

Puis vint « le reste de l’actualité : une « page » environnement sur les algues vertes, une page sur le gaspillage alimentaire, quelques mots sur les élections du lendemain, un reportage sur le troc en Grèce, quelques mots sur les élections en Égypte et un reportage sur la situation en Syrie, etc.

Certes, les deux faits ne sont pas exactement comparables, mais leur coïncidence, le même jour, est suggestive : il fallut attendre 34 minutes avant que soit évoquée la réception à Oslo d’Aung San Suu Kyi, vingt et un ans après qu’elle eut reçu le prix Nobel de la paix.

La peine de France 2

France 2 fut à peine plus économe. Plus de 17 minutes et 30 secondes furent nécessaires pour évoquer, avec le même titre que TF1, la mémoire de cette « voix du football »  : l’éloge de son « verbe parfois excessif qui a fait sa popularité ».

1. Son « portrait », avec l’émouvant témoignage de Jean-Michel Larqué, permit d’évoquer, il est vrai, sa « gouaille chauvine qui déraillait » quelquefois. Mais il intervenait, nous dit-on, « davantage comme un commentateur que comme journaliste ». Ce qui n’est guère aimable pour les commentateurs qui se disent ou se croient journalistes !
2. Les « réactions de la famille du football français », avec Alain Giresse, Michel Hidalgo et Emmanuel Petit.
3. Une intervention de Dominique Le Glou, en direct de Donetz, en Ukraine, permit de saluer son « enthousiasme qui l’a fait déraper quelques fois ».
4. Les témoignages de téléspectateurs confirmèrent qu’il s’agissait d’une «  voix populaire ». Indéniablement.
5. Enfin, grâce à Philippe Bouvard, animateur des « Grosses têtes », l’émission à laquelle Thierry Roland participait, on apprit qu’il était « l’archétype du Français moyen » et que ses excès « faisaient partie de son charme, de ses qualités professionnelles ». Vraiment ?

Puis ce fut le tour du « reste de l’actualité »…

On n’ose imaginer ce que sera le sommaire du JT de France 2 lors du décès (que nous ne lui souhaitons pas…) de Michel Drucker.

Certes, les deux faits ne sont pas exactement comparables, mais leur coïncidence, le même jour, est suggestive (bis) : il fallut attendre 23 minutes avant que soit évoquée la réception à Oslo d’Aung San Suu Kyi, vingt et un ans après qu’elle eut reçu le prix Nobel de la paix.

Un « événement » chasse l’autre. Après le tweet de Valérie Trierweiler, la mort de Thierry Roland… Mais peut-être aurait-il fallu décréter une journée de deuil national pour que la célébration de la télévision par la télévision soit complète.

Henri Maler

Notes

[1] Salué ainsi dans un communiqué du Front national : « Nul n’oubliera sa prise de position courageuse pour le rétablissement de la peine de mort pour les assassins d’enfants et de policiers. »

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