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Commémoration du 11 septembre - Marie Drucker et son expert : Jean Reno

par Henri Maler, le 16 septembre 2011

Le journalisme de commémoration est un genre très prisé par les médias, quels que soient les événements commémorés et quel que soit le sens qu’on leur donne. Surtout s’ils sont spectaculaires, même quand ils ne sont que spectaculaires. Et quand ils ont marqué l’histoire, c’est encore mieux. S’ils peuvent coïncider avec une version occidentale de cette histoire, c’est parfait. Mais les événements sans date précise et les massacres sans gloire impériale méritent rarement, particulièrement à la télévision, un déploiement de moyens, de directs, de témoignages équivalant à celui dont ont bénéficié les attentats du 11 septembre 2001 contre les États-Unis.

Une observation critique de cette commémoration médiatique, en raison de son ampleur était difficile, surtout si elle ne voulait pas être exclusivement politique. On aurait pu montrer notamment comment le journalisme de commémoration se taille, politiquement et médiatiquement, des costumes à sa mesure et se commémore lui-même au moins autant que l’événement proprement dit. Mais parfois un exemple significatif peut en dire aussi long que de nombreux articles…

Spécialiste des mariages princiers (l’anglais et le monégasque), Marie Drucker était privée cette fois de la présence de Stéphane Bern : les attentats, c’est pas son truc. Elle a donc eu recours à une autre expert – un autre produit d’appel, une autre tête de gondole – suffisamment populaire pour qu’Audimat soit correctement servi : Jean Reno.

Or Marie Drucker, au service d’Audimat, est en même temps au service d’une radio privée (RTL) et d’une chaîne publique (France 2) : elle a donc mutualisé ses grands témoins. Et l’on a eu droit à Jean Reno, mais sans images, sur RTL et Jean Reno (son et images) sur France 2.

Nous épargnons aux lecteurs les questions-réponses fournies sur RTL, puisque ce sont quasiment les mêmes qui ont été fournies sur France 2 lors du JT de 20 heures du 11 septembre 2011.

9 min 17 s après le début du JT

- Marie Drucker : « Jean Reno est avec nous… également. Vous habitez principalement aux États-Unis depuis un peu moins de dix ans, depuis huit ans maintenant. Est-ce que vous vous pensez que c’était une journée importante ? Quand vous êtes arrivé avec nous sur cette terrasse vous avez été très ému en voyant le site d’en haut. »

Une « journée importante » ? Ben, oui… Un site émouvant ? Ben, oui :

- Jean Reno : « Oui malgré le nombre considérable de télévisions qui est là, oui ! On sent quand même la simplicité et la symbolique de ce qu’ils ont construit parce qu’on parle toujours de l’argent aux États-Unis, mais ce que je vois là, c’est de la simplicité. Et c’est très, très symbolique, et ce qu’il vient de dire [Jonathan Mann, journaliste de CNN international], effectivement, pour aller vite, je crois que ça cimente, même si on parle du passé, mais je crois que ça cimente les Américains, encore une fois. Ils n’en ont pas besoin évidemment parce que c’est une nation très unie, mais on sent qu’ils sont ensemble aujourd’hui. »

35 min 9 s après le début du JT

- Marie Drucker : « Jean Reno, il y a dix ans, quelques jours, quelques semaines, quinze jours, je crois après les attentats du 11 septembre, vous aviez parlé à la radio en France et vous avez dit : “Nous avons été, le monde a été bousculé par les barbus, j’espère, l’avenir dira si c’était pour le meilleur.” L’avenir c’est aujourd’hui, dix ans après. »

Qui, excepté Marie Drucker, se souvient des réflexions géopolitiques et décennales de Jean Reno ? Qui, excepté Marie Drucker, se souviendra dans dix ans que nous avons frôlé la troisième guerre mondiale, que des têtes auraient pu être « coupées dans tous les sens » et que tout va mieux, mais qu’il y a encore des problèmes ? Mémento :

- Jean Reno : « Est-ce que ça a été pour le meilleur ? Je veux dire que la démocratie américaine a survécu, comme on l’a dit tout à l’heure, aux attentats, et ça , bien évidemment, c’est pour le meilleur parce que, on aurait pu exploser et avoir une troisième guerre mondiale et, et alors à ce moment-là y aurait eu des têtes coupées dans tous les sens. Mais malheureusement la barbarie est encore là, on le voit encore, on a encore beaucoup de travail à faire. »

Seulement, si la situation est meilleure, ce n’est pas à cause de « ça », puisque le meilleur ne vient pas de ça  : ni des États-Unis ni d’Al Qaida, risque le journaliste de CNN :

- Jonhatan Mann : « Il y a dix ans, surtout avec les attentats, on croyait qu’il n’y avait que deux passions importantes dans le monde arabe, c’est le totalitarisme et le terrorisme. Mais depuis quelques mois on voit qu’il y a une passion pour la démocratie ! Qui vient pas des États-Unis, qui vient pas d’Al Qaida mais qui vient de ces gens-là eux-mêmes, et ça c’est quand même un progrès énorme. »

Oui, mais «  ça » (quoi donc déjà ?) « a été pour le mieux » :

- Jean Reno : « Sans doute dans ce sens-là, ça a été pour le mieux ! »

52 min 28 s après le début du JT

- Marie Drucker : « Jean Reno vous habitez ici depuis huit ans mais vous connaissez très bien la culture et le peuple américains, qu’est-ce qui a changé ces huit dernières années ? »

Et l’expert répond :

- Jean Reno : « Donc c’est tout a fait ce que vous étiez en train de dire, en tout cas dans ma profession... Ce n’est plus, j’allais dire, l’opulence, et il y a… on s’occupe évidemment de trouver du travail pour tout le monde, on a peur économiquement. Je crois qu’il y a un dialogue un peu plus ouvert parce qu’il y a eu la force avec Bush et, après, avec Obama, il s’est inscrit, plus dans un… dans un discours avec les autres pays… Effectivement ce qu’on vient de dire, sur les pays émergents, il ne va pas falloir rater ça, il ne va pas falloir rater les révolutions j’allais dire, les dialogues avec ces gens-là en tout cas. »

Merci, Jean Reno, d’avoir répondu à l’envoyée spéciale de RTL et de France 2, rémunérée deux fois pour poser deux fois les mêmes bonnes questions à qui a confié deux fois les mêmes bonnes réponses.

Nul doute que le cinquantième anniversaire de la tuerie du 17 octobre 1961 bénéficiera d’une commémoration à la hauteur de l’événement. On murmure que Marie Drucker envisage d’inviter Brigitte Bardot pour les commentaires.

Henri Maler (avec Sam Florent)

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