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Un portrait de Bernard Arnault censuré par Laurent Joffrin

le 9 septembre 2010

Après un livre sur ses meilleures unes, Libération s’apprête à publier, le 14 octobre 2010, un livre intitulé Libération, 15 ans de portraits, un recueil des meilleurs portraits publiés par le quotidien sur sa dernière page. Quatre portraits, ainsi que le signale Rue 89 dans un article bien informé - « Joffrin trappe quatre portraits de dernière page » - ne figureront pas dans cette anthologie : quatre portraits à charge de la série estivale de 2010. Censure à Libération  ? Impossible, puisque Laurent Joffrin est son guide éclairé et son prophète !

Parmi les portraits recalés, celui de Bernard Arnault - un ami de Libération ? -, tracé dans le strict respect du devoir d’informer et des règles déontologiques les plus élémentaires. En voici quelques extraits. Toutes nos excuses auprès de son auteur, mais l’intranet de Libé n’est pas protégé contre les lectures indiscrètes. (Acrimed)

« Ça aurait pu tomber sur François Pinault, ce sera finalement Bernard Arnault. Les deux tycoons à la française cumulent les tares et avatars du capitalisme hexagonal. Mais au final, le patron de LVMH fait mieux et/ou pire que son concurrent. Va donc pour Arnault, qui possède au moins une qualité. Il valide, a posteriori et à merveille, la thèse de Karl Marx sur l’accumulation primitive du capital : « Elle joue le même rôle que le péché originel dans la théologie. » Avant de prospérer par les mécanismes du marché, « un tas de coquins entassèrent trésor sur trésor, tandis que les autres se trouvèrent dénués de tout », résumait ce bon vieux Karl. [...]

Le péché originel de Bernard Arnault, ce n’est pas d’être bien né – il a hérité d’une entreprise immobilière. Mais d’avoir proféré l’un des plus gros bobards de l’histoire économique, le 16 décembre en 1984. Il affirme : « Je procéderai à la mise en œuvre du plan industriel », promettant de « maintenir la survie du groupe en évitant son démantèlement. » Il s’agissait de la reprise de Boussac, conglomérat textile au bord de la faillite. Arnault débarque tel un sauveur. Sur sa bonne mine de fils de famille du Nord, il obtient du gouvernement une subvention de 750 millions de francs, et des banques, un abandon de créances d’un milliard. Au nom de la sauvegarde de milliers d’emplois. En mars 1986, la droite revenue au pouvoir, il réitère par écrit sa promesse d’ivrogne : « Toute cession d’activité au sein du groupe Boussac aura un caractère exceptionnel. »

Arnault encaisse l’argent, oublie aussitôt ses belles promesses, liquide les usines textiles, vend quelques pépites du groupe (Peaudouce, Conforama…) et ne conserve guère que le seul actif qui vaille à ses yeux : Dior. Avec une mise initiale de 40 millions de francs, il se retrouve trois ans plus tard avec un magot de 8 milliards. […] Après avoir encaissé les subventions, il la refourgue à des scandinaves. Seul Arnault se verra condamné par la commission européenne à rembourser une partie des aides (340 millions) pour avoir poussé plus loin le bouchon. Il s’en fout : la sanction n’interviendra que dix ans plus tard, fortune amplement faite.

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Arnault sublime Marx. D’originel, le péché devient longitudinal. C’est la prise de contrôle de LVMH (Louis Vuitton-Moët Hennessy), entre 1987 et 1990. […]

À la tête de marques de prestige, rachetées à la hussarde, Bernard Arnault se pique d’afficher un profil de créateur d’entreprises. La tâche est rude. Il s’y essaie en soutenant à bout de bras la maison de couture Christian Lacroix : un désastre financier. Puis en saupoudrant ses coups de pouce à des start-up : une pantalonnade. Sa filiale Europ@web engloutit 5 milliards en pure perte, Bernard Arnault devenant la risée de la communauté internet. Il tente de restaurer sa fierté par une boulimie de rachats dans le luxe (Sephora, Tag Heuer, Régina Rubens, Chaumet, Fendi…). Le titre de son auto-hagiographie, la Passion créative, n’en est que plus ridicule.

Comme Pinault, Arnault a entubé plus d’un petit porteur, le gendarme de la Bourse s’acharnant à justifier l’adage « fort avec les faibles, faible avec les forts. » [..]

Dans le microcosme financier, la réputation d’Arnault est exécrable […] Il ne sait même pas bien mentir. Au président de Conforama qui s’inquiète un jour d’une rumeur de vente, Arnault rétorque : « Vous n’y pensez pas, Je peux vous assurer qu’il n’en est rien. » Le lendemain, il vend Conforama à Pinault.

Médiatiquement, Arnault sait courtiser la presse féminine ou culturelle. Et manier le bâton, supprimant un budget publicitaire au Nouvel Obs après un article consacré à son « impasse stratégique ». Arnault s’est surtout bordé politiquement, une bonne dose de balladuro-sarkozysme, un zeste de rocardo-fabiusisme. En 1994, Edouard Balladur lui remet la Légion d’honneur. En 1998, il recrute son ancien directeur de cabinet, Nicolas Bazire. En 2009, c’est au tour de Patrice Ouart, conseiller juridique à l’Élysée […] OK, Pinault a recruté Claude Chirac (plus une poignée de fabiusiens) et invite Jacques à Saint-Tropez, mais les chiraquiens ne sont plus au pouvoir. Et puis Arnault vient d’embaucher Bernadette comme « conseillère » de luxe.

Dernière anecdote, pour la route. Quand Bernard Arnault descend lui aussi à Saint-Tropez et se pique de prendre un bain de mer, il se fait accompagner d’un maître-nageur. Au minimum, cet homme est grotesque. »

P.S (10 septembre). Exemple de portait publié (image reprise d’ « Arrêt sur images" » qui consacre un « vite dit » aux articles de Rue 89 et d’Acrimed)

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