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Présidentielle 2012 : Le Nouvel Obs concurrence la « Star Academy »

par Olivier Poche, le 29 mars 2010

C’est indiscutable (et les élections régionales l’ont démontré) : la situation sociale d’une majorité des Français est particulièrement printanière. Et en ces temps de riante conjoncture, les menaces sur les retraites et les services publics, la situation économique et encore moins l’actualité internationale, ne sauraient susciter l’intérêt d’un journalisme soucieux d’informer ses lecteurs. Aussi, depuis les élections régionales et la leçon principale qu’ils en ont tirée, à savoir la défaite de l’UMP, nombre de médias dominants se sont rabattus sur l’actualité politique la plus « chaude » – telle qu’ils la conçoivent : la course à l’échalote présidentielle, et l’appréciation, par sondages interposés, des atouts respectifs des canassons capables de l’emporter.

La palme, cette semaine, au Nouvel Obs, qui s’interroge en « Une », ce jeudi 25 mars 2010 : « Qui peut battre Sarko ? »

Le Nouvel Obs s’amuse…

La question se pose en effet, avec une telle urgence que le Nouvel Obs l’a posée à un double « panel », comme nous en informe l’article intitulé « Qui pour 2012 ? Les présidentiables de l’Obs » : «  Le Nouvel Observateur a demandé à une centaine d’intellectuels et d’artistes, amis de la gauche, ainsi qu’à un panel d’un millier d’abonnés de jouer à la "Star Academy de la gauche, saison 2012" . Leur mission : désigner le meilleur candidat de l’opposition pour la prochaine élection présidentielle ». Ainsi – c’est du moins ce qu’il laisse croire – Le Nouvel Obs s’amuse et amuse ses lecteurs…

Pourquoi leur confier aujourd’hui une telle « mission » ? C’est infiniment simple (et drôle ?) : « La douceur du printemps s’y prête : le rose redevient tendance. Les socialistes relèvent la tête, mais le visage de son (ou sa) future championne reste encore à dessiner ». Les préoccupations majeures des éditorialistes en manches courtes étant naturellement les mieux partagées, rien de plus urgent, donc, que de trouver le « visage du champion », et d’organiser des « primaires avant l’heure en quelque sorte ».

On se contenterait volontiers de renvoyer les 14 pages de ce dossier (dont 7 pages de publicité) à leur insignifiance, si elles ne mettaient en évidence la vision personnalisée et dépolitisée de la politique, mise opportunément sur le compte du printemps, mais qui sévit automne comme hiver dans les grands médias [1]. Et de façon si caricaturale que cette fois, même les « sondés » le disent.

Mais écoutons d’abord Denis Olivennes, directeur de la publication, résumer dans une vidéo publiée sur le site du nouvelobs.com les « trois conditions » pour que « la gauche » remporte l’élection :

« Si la gauche veut gagner l’Élysée, il faut qu’il y ait trois conditions. La première c’est qu’elle ait un système d’alliances efficace (…) La deuxième condition, c’est que la gauche ait un leader crédible pour l’entraîner à la victoire (…) La troisième étape, parce que y’a trois conditions, il faut des alliances, un leader, mais il faut un programme, parce qu’il faut que le parti soc… la gauche (sic) se présente avec un projet pour eux pour la France et pour les Français. Et ça Le Nouvel Observateur va pousser évidemment à la roue pour que la gauche se dote de ce programme réformiste. »

Et c’est sans doute en suivant un ordre croissant d’importance que Denis Olivennes mentionne, à la troisième minute d’une vidéo de trois minutes trente, le « programme » comme condition d’une victoire « du parti soc…, de la gauche », pour reprendre ce lapsus qui ne révèle rien qu’on ne sache déjà.

Sondages bidons et sondés sceptiques

Un dossier, donc, fondé sur un sondage et des interviews de personnalités, commentés par L’Obs. Quel sondage ?

La précision qui ouvre le commentaire des « résultats » en dit long sur ce qu’on peut y trouver : « Précisons-le d’emblée, la moitié des leaders d’opinion approchés ont refusé de participer, jugeant souvent l’opération prématurée. Plus d’un lecteur sur deux s’est essoufflé avant la fin du questionnaire, 62% d’entre eux peinant à désigner un favori. » Autrement dit, ce sondage est absolument dénué de toute signification, sauf une, peut-être : il suggère que les sondés sont plus lucides sur sa vacuité que ses commanditaires.

Un tableau figure page suivante, intitulé « 1000 lecteurs de L’Obs [2] se prononcent », et permet en réalité de voir que ces sondés pourtant volontaires … ne se prononcent guère – à peu près dans la même proportion que les « célébrités ».

Fort d’un taux de 50% de refus de participer au sondage de la part des « personnalités », conforté par un taux de non-réponse à la principale question posée qui frôle à peine les 63% chez ses lecteurs, Le Nouvel Obs ne se démonte pas et ouvre l’enveloppe : « Le détail de leurs réponses est présenté ici. And the winners are… »

Peu importent les « winners ». On pourrait ironiser sur la nullité, dans tous les sens du terme, de ce long palmarès, ou s’amuser à relever que les arguments de « l’élite de gauche » (sic) se fondent à l’occasion sur des sondages presque aussi solides que celui auquel ils participent [3]… On se contentera de souligner l’audace d’un organe de presse qui n’hésite pas à mettre en « Une » une question qu’une bonne moitié de ses propres lecteurs et de son « élite de gauche » juge dénuée de sens.

Mais il manque la touche finale, et c’est l’indispensable Jacques Julliard qui l’apporte, dans sa « chronique » publiée dans le même numéro. Quelques pages après le fameux « dossier », notre éditorialiste s’inquiète du « virus de l’abstention ». Certes, elle est moins forte « lors de la présidentielle, dont les enjeux sont plus clairs ». Mais cela ne saurait le rassurer complètement : « je m’interroge en effet sur la valeur civique d’une cérémonie qui tient désormais pour partie du jeu télévisé ou du reality-show. Aux yeux de beaucoup, la présidentielle, c’est la Ferme Célébrités ».

Jacques Julliard peut être satisfait : Le Nouvel Observateur a rehaussé la « valeur civique » de cette « Ferme Célébrités », en confiant la pré-sélection de l’un des participants à une « Star Academy de la gauche ». TF1 ferait bien de s’en inspirer.

Olivier Poche

N.B.  : À propos des sondages d’intention de vote

Après les élections régionales, le rythme des sondages d’intention de vote s’accélère. Un article paru sur le site du nouvelobs.com indiquait que selon un sondage Ifop réalisé les 25 et 26 mars et paru le dimanche 28 mars dans Sud-Ouest Dimanche, « avec 27% des intentions de vote, Martine Aubry devancerait très légèrement Nicolas Sarkozy qui recueillerait 26% des voix. ». Ayant ainsi lu dans le marc de café sondagier la liste des candidats qui ne le sont pas encore et qui, peut-être ne le seront jamais [4], l’Ifop leur attribue un score hypothétique dans une élection inexistante et présente l’ensemble comme une photographie conditionnelle.

Soucieux d’informer sur le rien avec toute la rigueur requise, le nouvelobs.com rappelle les résultats d’un sondage du CSA réalisé les 24 et 25 mars et qui « donnait en revanche le président sortant en tête au premier tour, avec 35% des suffrages, contre 31% à la première secrétaire du PS ». Mais les deux sondages s’accordaient scientifiquement sur le second tour, où tous deux donnaient Aubry gagnante. Avec « 34% d’abstention, votes blancs ou nuls », précisait le CSA.

Pour mémoire, Le Figaro avait contribué très tôt à la bataille sondagière pour l’élection présidentielle de 2012, en titrant dès le 5 mai 2009 : « Royal ou Bayrou, qui affrontera Sarkozy en 2012 ? ». Cette question s’imposait en effet, car un sondage Opinion Way effectué à la demande du quotidien, venait d’indiquer que « la candidate du PS n’aurait plus qu’un point d’avance sur le patron du MoDem ». « La candidate du PS » ?

Sur la valeur scientifique et sur la portée démocratique de ces sondages, nous avons dit tout ce qu’il y avait à dire dans de précédents articles. Mais il faudra le répéter !

En attendant, lire notamment :
- « En finir avec les faux débats sur les sondages ? », (octobre 2006)
- « Sondages : des interprétations scientifiquement infondées et politiquement nocives » (mai 2007)
- « Élection présidentielle : En 2007, Acrimed préparait déjà 2012… » (octobre 2007)
- … ainsi que le mini-dossier sur les sondages réalisé à l’occasion du référendum de 2005.

Notes

[1] Le dossier se clôt sur « Le commentaire du politologue Stéphane Rozès : “Sarkozy perd le monopole de l’imaginaire politique” », et est utilement complété par une « enquête » de quatre pages sur Martine Aubry, intitulée : « Et Martine dompta ses monstres… ». Sans oublier cet autre sondage, qui fait l’objet d’un appel de Une, sur la couverture du même numéro, juste en dessous du gros titre « Qui peut battre Sarko ? » : « Sondage exclusif : À droite, Fillon talonne Sarkozy… ». Mais deux sondages sans valeur ne pouvant s’annuler, il semble qu’il n’y ait pas là contradiction.

[2] Sélectionnés sur quel(s) critère(s) ? Les 1000 premiers ? Le formulaire pour répondre au sondage était, ce dimanche 28 mars, toujours en ligne.

[3] « L’argument massue des pro-DSK ? Le socialiste de Washington a plus de chances de l’emporter face à Nicolas Sarkozy que la patronne de Solférino. Un sondage CSA de février 2010 leur donne raison : le premier l’emporterait avec 52% des voix, la seconde plafonnerait à 48% ».

[4] Marine Le Pen, Cécile Duflot, François Bayrou, Dominique de Villepin, Jean-Luc Mélenchon, Olivier Besancenot, Nicolas Dupont-Aignan, Nathalie Arthaud.

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