Pour avoir refusé de tourner un publi-reportage, une journaliste de France 3 Aquitaine risque un avertissement !
L’affaire remonte à fin août. Un samedi matin en conférence de rédaction la journaliste découvre que le sujet sur lequel elle est planifiée, « actu livres », est en fait un sujet commandé dans le cadre d’une opération de partenariat entre le service communication de France 3 Aquitaine et une librairie bordelaise, par ailleurs gros papetier mais également marchand de vin, Alice Médiastore.
Pour preuve : un compte rendu de réunion entre les deux « partenaires », glissé, sans doute par erreur, dans le dossier de presse, et très explicite sur la « commande ».
Invoquant alors l’article 5 de notre convention collective, elle refuse donc de tourner ce sujet. Les autres journalistes présents opposent le même refus.
Cet article est l’un des piliers de notre convention. Il reprend en effet les principes professionnels qui régissent le statut du journaliste depuis la Charte des devoirs du journaliste de 1918, modifiée en 1938 mais qui a toujours été très claire sur ce point :
« Un employeur ne peut exiger d’un journaliste un travail promotionnel. Le refus par un journaliste d’exécuter un travail de publicité ne peut être en aucun cas retenu comme faute professionnelle ».
C’est pourtant ce qui se passe aujourd’hui !
Car la direction régionale d’Aquitaine, après avoir notifié une demande d’explication écrite à la journaliste, n’en est pas restée là . Elle l’a convoquée vendredi dernier à un « entretien préalable à sanction disciplinaire » et la menace désormais d’un avertissement voire même un blâme !
Pourquoi tant d’acharnement sur ce qui est l’un des principes fondamentaux de notre métier ?
Serions-nous devenus de simples « communicants » aux yeux de ce directeur régional qui se targue de son passé de grand journaliste ?
Comment peut-il confondre notre métier avec celui de L’Ecole française des attachés de presse de Bordeaux, justement chargée « d’obtenir des passages des auteurs venant chez Alice Médiastore dans les éditions de France 3 Aquitaine » comme l’expliquent fièrement ses étudiantes sur leur site Internet ?
Ou bien s’agit-il avant tout de « mettre au pas » cette journaliste, travaillant depuis 12 ans à France 3, dont le professionnalisme est reconnu par son rédacteur en chef et tous ses collègues… mais qui est également déléguée syndicale SNJ-CGT et secrétaire adjointe du CE de France 3 Aquitaine ?
Quels que soient les véritables enjeux de cet obscur partenariat, le SNJ-CGT ne laissera pas bafouer ainsi le statut du journaliste, et appelle dès aujourd’hui l’ensemble des journalistes de France Télévisions à se mobiliser pour le faire respecter.
Bordeaux, le 6 octobre 2008