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Marc-Olivier Fogiel, avocat du gouvernement et des usagers très en colère

par Henri Maler, Nadine Floury, le 26 novembre 2007

Mardi 13 novembre 2007. Marc-Olivier Fogiel dédie la première séquence de l’émission qu’il anime sur M6 - « T’empêches tout le monde de dormir » - à la grève qui commence le soir-même. Titre de la séquence ? « Grèves : le bras de fer ».

Divertir en mêlant promotion de « produits culturels » et « sujets de société », transformer les « débats » en pugilats (avec, pour principal combattant, l’arbitre lui-même) prendre le parti de rire de tout pour masquer des partis pris sur n’importe quoi : le mélange des genres est lui-même un genre. Un genre qui se prête particulièrement à la démagogie.

Ce jour-là, ce sont les grévistes qui en ont fait les frais.

Marc-Olivier Fogiel prend son élan : - « On va donc commencer par LE sujet du jour qui vous concerne tous, cette grève qui vient donc de démarrer à 20 heures. On en débat donc dans un instant avec des usagers en colère, un cheminot qui fait la grève et l’inoxydable Arlette Laguiller , évidemment. Alors la tension monte entre grévistes et usagers qui ont l’impression d’être pris en otage. Pierre. »

Ainsi, d’emblée, et non pas comme d’habitude au bout de plusieurs jours, le conflit est présenté comme un conflit qui oppose grévistes et usagers - tous les usagers, indifféremment enrôlés dans un même « ras le bol ».

Prologue en l’honneur des usagers en colère

Pierre Lapotre a donc enquêté sur les quais. On regarde son reportage et on écoute ses commentaires, sous le titre « Usagers-cheminots 2ème round ».
Pour commencer, petit moment de comédie musicale avec des images du bon vieux temps et des visages souriants et heureux. La chanson dit : « il fait beau dans le métro, tout le monde est gai, tout le monde a le cœur au soleil ». Voix off de Pierre Lapotre : « Il faisait beau dans le métro, c’était en 1976. Mais depuis aujourd’hui 20 heures, dans les transports, ça se passe plutôt comme ça. »

Images de foule, triste et pressée, sur les quais, portes du métro qui se referment difficilement… Les témoignages se succèdent. Une usagère en colère : « Ce sont toujours les mêmes qui sont embêtés quoi, c’est les travailleurs qui embêtent les travailleurs. » Une autre usagère en colère : - « J’suis en colère parce qu’ils ont le droit de faire des choses que les autres ont pas le droit de faire, ça me rend folle. » Une autre usagère très en colère : - « Faut arrêter les conneries, hein, faut arrêter les conneries, y’en a marre. ». Encore des portes de métros qui se referment sur des gens serrés comme des sardines…

La voix off de Pierre Lapotre : - « Après la grève du 18 octobre, un second blocage des trains et des métros ne calmera donc pas les esprits, conséquence : la réforme des régimes spéciaux de retraite risque de tourner à l’empoignade entre syndicats et usagers ; heures d’attente, trains bondés et coups de gueule. Le débat sur la légitimité de ce mouvement social est, depuis ce soir, sur les rails. ». Une usagère « très, très en colère » [d’ailleurs, c’est écrit] : « On n’a pas le droit d’empiéter sur la liberté des autres à ce point-là, de les déranger, de les faire souffrir ; ça commence à bien faire que les usagers depuis si longtemps soient pris en otage systématiquement alors qu’ils n’y sont pour rien. »

Et, pour « équilibrer », Nathalie, agent de maîtrise de Sud Rail : « On a beau dire vous êtes encore en grève les cheminots mais ces dix dernières années les conflits ont énormément baissé à la SNCF, ça représente, un conflit, des conflits, c’est 1,5 jour de grève par an et par agent donc c’est quasiment rien quoi. » La voix off « corrige » : « Mais suffisamment pour faire craindre une paralysie semblable à celle de 1995 ; déjà rejoints par les étudiants, la poste et les salariés de l’énergie, bientôt par l’éducation nationale et les magistrats ; les syndicats annoncent un novembre noir . Côté usagers 60 % approuvent l’alignement des régimes spéciaux [S’affiche alors à l’écran, en grosse lettres : 60% pour la réforme] des Français qui plutôt d’exprimer leur solidarité avec les cheminots témoignent désormais de leur ras-le-bol. » Stéphane Rozes (directeur général de l’institut CSA) : « Les Français attendent un mouvement de réforme, puisqu’ils ont le sentiment durant la présidentielle que c’est eux qui ont décidé de là où le pays voulait aller. »

La voix off : - « Une épreuve de force dans laquelle les syndicats sont donc devenus les bêtes noires des usagers. » Passage dans le local de Sud Rail pour entendre son secrétaire national  : « Les cheminots, ils n’ont pas demandé à être attaqués, ils n’ont pas demandé à se mettre en grève, ils le souhaitent pas à priori enfin. La grève c’est pas un moment de plaisir, c’est pas un moment de plaisir. Donc à partir de ce moment-là faut que la colère des usagers soit tournée vers les vrais responsables et les vrais responsables c’est les politiques. » La voix off : - « Et donc le gouvernement qui s’est lancé dans un véritable bras de fer sans avoir encore trouvé d’issue à ce conflit car face aux revendications, l’état martèle le même discours, Nicolas Sarkozy maintient son cap. » On entend alors Nicolas Sarkozy : « Le chantage à la rue, ça ne marchera pas », puis François Fillon : « […] en tout cas, nous, nous ne reculerons pas. »

Le reportage revient alors à son point de départ. La voix off : - « Dernier avertissement, des grévistes responsables pour certains d’un divorce entre les français et leurs services publics. La preuve ? Une fédération d’usagers en colère organise même la riposte et en appelle à une nouvelle forme de grève, celle de la gratuité. » Jean-Claude Delarue, président de la fédération des usagers des transports : - « La grève de la gratuité c’est une grève qui consiste à faire rouler les trains, donc les usagers sont contents et en plus à ne pas faire payer et ça c’est une grève qui frappe au portefeuille, la SNCF et les pouvoirs publics et qui ne frappe donc pas les usagers. » La voix off : - « En attendant la galère des usagers ne fait que commencer, un climat de tension qui pourrait durer au moins jusqu’au 20 novembre, Alors pour patienter, sur les quais sans s’énerver. » [On revoit l’usagère très en colère : « faut arrêter les conneries »] La voix off : - « Le mieux c’est de chanter. » A nouveau, la comédie musicale du bon vieux temps, quand les gens, satisfaits de leurs services publics, défendaient les transports collectifs ! « Il fait beau dans le métro ; et dans l’autobus, peux-tu en dire autant dans ton auto ? »

Retour sur le plateau de l’émission… pour donner immédiatement la parole à la pseudo-représentante des usagers en colère.

Où il est encore question… des usagers très en colère

Marc-Olivier Fogiel : - « Et pour débattre avec nous Arlette Laguiller, merci d’être là . l’inoxydable Arlette Laguiller  ; à vos côtés Fabien Villedieu. Bonsoir, vous avez trente ans, vous êtes conducteur de train, délégué général Sud rail gare de Lyon ; vous êtes donc en grève. Pour débattre face à vous, bonsoir, Sabine Hérold. Vous êtes la porte-parole d’Alternative libérale, et vous on vous surnomme Melle Tatcher puisque vous organisez des grèves antigrèves. » Sabine Herold : - « Des manifestations. » Marc-Olivier Fogiel : - « Des manifestations antigrèves. » Première intervention de Fabrice Eboué, dans sa fonction de préposé à l’humour : - « Donc vous êtes CRS en fait. » [Rires et applaudissements]

- Marc-Olivier Fogiel : - « Alors pour poser la question. […] Est-ce que vous, vous avez l’impression d’être pris en otage ? »
- Sabine Hérold : - « Oui, alors bon, c’est un terme qui peut paraître fort mais oui en effet. Moi demain comme n’importe quel salarié de ce pays, bah qu’est-ce que je vais faire ? » Sabine Hérold prend son exemple de salariée prise en otage, puis celui de sa cousine d’Epinay-sur-Seine, avant de s’interroger : « Aujourd’hui en effet on prend en otage les usagers et pourquoi ? C’est ça la vraie question. »
- Marc-Olivier Fogiel : « Alors, on va venir au pourquoi, déjà sur la forme...il s’adresse alors à Fabien Villedieu de Sud Rail : - […] Est-ce que vous vous avez l’impression, vous qui êtes en grève, de prendre en otage, d’être un preneur d’otage. »
- Fabien Villedieu : - « C’est le collègue qui le disait derrière. Je ne suis pas Ben Laden je ne rançonne personne et on ne va tuer personne. Jusqu’à présent la grève c’est un droit qui est dans la constitution, qui peut s’exercer et si je pense que la prise d’otage c’est quand même du terrorisme, euh bah ça se retrouverait pas dans la constitution. »
- Sabine Herold : - « En même temps la SNCF et la RATP sont en situation de monopole. […] S’il n’y avait pas de monopole au niveau de la RATP et de la SNCF ce ne serait pas la même chose et par exemple les grèves qui ont eu lieu il y a une semaine au niveau d’Air France c’était pas la même chose. Ici vraiment on n’a pas le choix parce que c’est un monopole. »

Après la défense de usagers « pris en otage », une seule question : « comment les libérer » ? Une « experte » en conflits sociaux, la navigatrice Maud Fontenoy, a une solution toute prête : rendre les transports gratuits pendant la durée du conflit. _ - Maud Fontenoy : - «  […] le côté gratuit c’est peut-être la solution, bien-sûr le droit de grève »
- Fabien Villedieu (de Sud Rail) tente de revenir sur la question du monopole : - « Le monopole n’existe plus sur l’Angleterre, la casse et la privatisation des chemins de fer en Angleterre ça a augmenté le nombre d’accidents et de morts des usagers. Effectivement ce monopole ça permet aussi le maintien d’un certain niveau de sécurité. Y compris un des tarifs les moins chers en Europe c’est à la SNCF et c’est en partie grâce au monopole…
- Marc-Olivier Fogiel : - « Excusez-moi juste cette question-là pourquoi vous n’opérez pas la gratuité simplement, hein Benoît ? »
- Benoît Poelvoorde : - « La gratuité, je pense que vous les mettrez tous dans l’embarras. »
- Marc-Olivier Fogiel surenchérit : - « Dans la merde autant le dire.[…] »

L’acteur comique ayant donné son avis, Victoria Abril se sentant obligée de donner le sien fait partager aux téléspectateurs son expérience des conflits sociaux au Japon.

En attendant « sur le fond »

S’étendre sur les effets de la grève permet d’esquiver, au moins provisoirement, la question de ses motifs : la question « sur le fond », comme Marc-Olivier Fogiel ne cesse de la désigner pour la reporter chaque fois qu’Arlette Laguiller et Fabien Villedieu tentent de l’aborder.

- Arlette Laguiller : - « Depuis plus d’un siècle heureusement que le droit de grève existe. On n’a pas trouvé mieux parce que ceux qui prennent en otage les travailleurs, l’ensemble de la société c’est le patronat, c’est les directions des entreprises ce sont eux qui ont seuls le droit de décider de restructurer, de licencier, de bloquer les salaires, de mettre des sanctions y compris aux travailleurs qui font grève. Alors eux ils ont le droit de prendre en otage (interrompue) Attendez je termine. Ils ont le droit eux et j’en terminerai. » Brouhaha. Elle est interrompue par Sabine Herold.
- Sabine Herold : - « Là de quoi on parle ? On parle simplement du fait que les régimes spéciaux… »
- Arlette Laguiller : - « Je vous dis de me laisser terminer, ça suffit, non, on vous a laissé parler. Fabrice Eboué, le préposé aux rires, entonne l’Internationale. Rires. Marc-Olivier Fogiel s’amuse beaucoup…
- Marc-Olivier Fogiel : - « Alors terminez. Mais vous recentrez le débat. Arlette Laguiller. Sur le fond on va y venir . De quoi il s’agit ? Des réformes, des régimes spéciaux de retraite. »
- Arlette Laguiller : - « Je dis que le seul droit qui existe vraiment pour les salariés c’est le droit de grève alors laissez nous vraiment l’exercer ce droit… »
- Marc-Olivier Fogiel : - « Et pourquoi pas gratuitement ? Répondez là-dessus Arlette Laguiller, pourquoi pas gratuitement ? »
- Arlette Laguiller : - « Un des arguments du gouvernement qui est un argument fallacieux, c’est de dire que les régimes spéciaux de retraite, ça coûte cher à la SNCF. »
- Marc-Olivier Fogiel : - « Un million d’euros par jour à la SNCF. »
- Arlette Laguiller : - « Et on nous propose de faire perdre de l’argent à la SNCF en faisant la gratuité. Donc on nous dira “mais ce n’est pas bien, vous êtes entrain de faire perdre de l’argent à la SNCF qui ne pourra plus payer ses salariés”… ». Elle est interrompue.
- Marc-Olivier Fogiel : - « Mais vous serez plus populaires, Arlette, ça serait plus populaire comme mouvement de grève. Après on va être sur le fond.  »
- Arlette Laguiller qui ne se laisse pas démonter : - « C’est ridicule. »

- Fabien Villedieu [que l’on entend mal] : - « Je suis en grève depuis 20 heures et toutes les heures je perds de l’argent. Quand je fais grève ça ne me fait pas plaisir. »
- Marc-Olivier Fogiel : - « Vous allez les négocier vos jours de grève. »
- Fabien Villedieu : - « On va négocier mais le problème c’est qu’aujourd’hui la mesure elle vient du gouvernement, la grève de la gratuité vous ne touchez pas le gouvernement, le gouvernement tant que les trains roulent, tant que les gens sont amenés sur leurs lieux de travail, ça l’embête pas, grosso modo, vous faites chier la SNCF mais vous n’embêtez pas le gouvernement. […]  »
- Marc-Olivier Fogiel : - « Donc vous pénalisez les usagers pour moyen de pression contre le gouvernement, on est d’accord. »
- Fabien Villedieu : - « La question n’est pas de pénaliser les usagers ! C’est qu’aujourd’hui la seule façon de se faire entendre dans ce pays c’est effectivement de faire la grève.

- Arlette Laguiller : - « Il y a quelque chose au-delà de cette grève. Il y a tout un mécontentement dans la population aujourd’hui. » Elle est encore interrompue.
- Sabine Herold : - « 60% soutiennent la réforme quand même. »
- Marc-Olivier Fogiel : - « Arlette Laguiller, on va y venir si vous voulez, on va y venir à la réforme car c’est ça... »
- Arlette Laguiller continue : - « Concernant les salaires, concernant la pénibilité, les conditions de travail… »
- Marc-Olivier Fogiel l’interrompt : - «  Le gouvernement a été élu , Madame Laguiller, le gouvernement a été élu démocratiquement avec beaucoup, avec une lourde majorité donc pour soutenir cette réforme.  »
- Arlette Laguiller poursuit : - « Je termine simplement pour dire, je pense que c’est extrêmement important que les cheminots, les travailleurs de la RATP, ou d’EDF GDF gagnent sur cette grève. S’ils perdent c’est l’ensemble des travailleurs qui va payer, parce que le gouvernement va imposer 41 ans, puis 42 ans de cotisations voire 45 ans dans quelques années...
- Marc-Olivier Fogiel : - «  On va y venir sur le fond puisque c’est les régimes spéciaux de retraite… »
- Arlette Laguiller arrive enfin à finir sa phrase : « C’est pour ça que tout le monde aurait intérêt à ce que les travailleurs la gagnent. »

Intermède comique ?

Suit alors un intermède comique offert par Benoît Poelvoorde qui fait semblant d’être sérieux mais raconte n’importe quoi.

- Benoit Poelvoorde : - « Non, non, non. Si j’ai bien compris si par exemple. Je vous assure je connais rien je me permettrai pas de juger, mais ça veut dire : si vous continuez la gratuité à long terme l’état ne perd rien. »

Fabien Villedieu de SUD essaie d’en placer une : - « Aujourd’hui, c’est l’Etat et pour revenir à ce que vous disiez… » Mais Benoit Poelvoorde tient à poursuivre son numéro.

- Fabien Villedieu : - « Si je puis me permettre…[…]  »
- Marc-Olivier Fogiel : - « Je vais vous expliquer plus calmement… »
- Benoit Poelvoorde : - « Non, je suis belge. »
- Marc-Olivier Fogiel : - « Si j’ai bien compris, chez vous y’a pas de gouvernement. »
- Benoit Poelvoorde : - « Y’a pas de gouvernement. Donc on n’a pas de problème. […]

- Marc-Olivier Fogiel : - « Juste là-dessus puis après on va revenir sur le fond , pourquoi il y a grève… S’il y a la gratuité personne n’en parlera. [...]  »
- Benoit Poelvoorde : - « …Un an où tout est gratuit […] »
- Marc-Olivier Fogiel : - « Ils ne peuvent pas tenir un an sans être payés. S’ils font grève ils sont pas payés, a priori »
- Arlette Laguiller : - «  Nous on est pour les transports gratuits . […] »
- Benoit Poelvoorde continue ses pitreries : - « Ils peuvent continuer à faire leur métier en faisant semblant de travailler […]  »
- Marc-Olivier Fogiel qui rentre complètement dans son jeu : - « Non, c’est pas possible […] Ils sont payés pour faire leur métier donc ils travaillent. »
- Benoit Poelvoorde : - « Ah alors non là je vous arrête il y a des système plus subtils. […] Un des deux fait semblant de bosser, c’est la vraie merde […]  »
- Marc-Olivier Fogiel : - « Là je ne vous suis plus totalement. »
- Benoit Poelvorde poursuit son sketch : - « Si un des deux vous dit moi j’travaille, moi je ne travaille pas, vous ne savez pas lequel des deux travaille. »
- Marc-Olivier Fogiel : - «  [...] Non ça ne marche pas comme ça, vous êtes au courant ? »
- Benoit Poelvoorde : - « D’abord je pense que ça se passe déjà comme ça, je pense que c’est un système qui permettrait aux gens de s’inquiéter [...] si vous dites que vous ne faites plus la grève, vous continuez à être payés […] vous ne contrôlez plus, c’est tout. »
- Fabien Villedieu : - « Moi, je ne suis pas contrôleur. »
- Benoit Poelvoorde est lancé : - « […] Je prends les péages, quand les péages sont arrêtés. »
- Marc-Olivier Fogiel : - « Ils lèvent les barrières pour les péages. »
- Benoit Poelvoorde : - « Ça a arrêté tout de suite. »
- Arlette Laguiller : - « Ça a arrêté quoi ? »
- Benoit Poelvoorde : - «  [...] Ils ont tout de suite réglé le problème. »
- Arlette Laguiller qui rit : - « Ils n’ont rien réglé du tout,[…]ils seront peut-être en grève demain les ouvriers du péage pour des augmentations de salaires. »
- Benoit Poelvoorde : - « Je pose des questions. […] Je le souhaite qu’ils puissent lever les barrières des péages [...] »
- Marc-Olivier Fogiel : - «  Pourquoi il y a la grève, déjà il faut expliquer ça […]  »
- Benoît Poelvoorde : «  [...] Je pose des questions, j’imagine que les Français se posent les mêmes questions. »
- Marc-Olivier Fogiel : « C’est pour ça qu’on va y répondre.. »[Rires et applaudissements]

Il est temps ! Depuis le début de l’émission il n’a été question que du « ras-le-bol » des usagers et des meilleurs moyens de l’éviter.

Quand le fond remonte à la surface

Mais quand le fond remonte à la surface, Marc-Olivier Fogiel troque son costume de représentant des usagers pour celui de représentant du gouvernement, multipliant les interruptions qui interdisent de répondre à ses propres questions !

- Marc-Olivier Fogiel : - « Aujourd’hui un certain nombre de français, ils sont 500 000 qui cotisent 37 ans et demi pour la retraite, [il répète :] qui cotisent 37 ans et demi pour la retraite, alors qu’un certain nombre d’autres cotisent 40 ans pour la retraite, tout le reste [dit-il, comme lui souffle, Sabine Herold]… Alors le gouvernement dans son régime de réforme dit  : Y a pas de raison qu’il y en ait un certain nombre qui ne cotisent que 37 ans et demi, tout le monde à 40 ans et donc les cheminots… »

Benoit Poelvoorde, soudain sérieux, glisse : « Pourquoi pas tout le monde à 37 ans ? » Marc-Olivier Fogiel reprend la question. A Fabien et Arlette : « C’est ce que vous voulez-vous ? Vous voulez tout le monde à 37 ? » Fabien Villedieu tente d’intervenir : « Sarkozy parle d’équité […] parce que c’est bien connu Sarkozy est le président de l’égalité et de l’équité. [...] Il a augmenté son salaire quand même de 172%... » Il est aussitôt interrompu par Marc-Olivier Fogiel : « De 140% […] ». Et Sabine Hérold, à son tour : « C’est juste pas le sujet là […]  »

Fabien Villedieu (qu’on entend mal) tente de reprendre : « Mais l’équité par le haut, en partant à 37 ans et demi […] » Sabine Hérold (que Marc-Olivier Fogiel n’interrompt jamais…) défend le passage à 40 ans pour tous et affirme : « […] Vous savez, moi je n’aurais pas de problème avec des régimes spéciaux s’ils étaient autofinancés. Mais là on demande chaque année à l’état et au contribuable de mettre 5 milliards dans ces caisses-là pour financer des avantages spécifiques à une certaine catégorie de la population. ». Marc-Olivier Fogiel, en animateur très informé du dossier, ne la reprend ni à ce moment ni plus tard, « oublie » la question sur les 37 ans pour tous et revient à sa première (et gouvernementale) interrogation.

- Marc-Olivier Fogiel : - «  Pourquoi vous ne cotiseriez que 37 ans et demi quand tous les autres cotisent 40 ans ? Répondez à cette question précisément.  »
- Fabien Villedieu voudrait répondre : - «  Je vais répondre. »
- Marc-Olivier Fogiel : - «  Pourquoi vous ne cotiseriez que 37 ans et demi vous quand tous les autres cotisent 40 ans ? »
- Sabine Herold surenchérit : - « Aujourd’hui, passer tout le monde à 37 ans et demi c’est pas possible, on est dans un système de répartition où les cotisants cotisent pour les retraités… »
- Fabien Villedieu tente une fois encore de répondre : - « On m’a posé une question qui est très intéressante je vais essayer d’y répondre .. » Il est interrompu une fois encore.
- Sabine Hérold : - « C’est un système qui est en faillite […] C’est le contribuable qui paye. »
- Marc-Olivier Fogiel qui a de la suite dans les idées : - «  37 ans et demi, pourquoi 37 ans et demi alors que tous les autres ? »
- Fabien Villedieu : - «  […] Aujourd’hui le contribuable ne donne pas un centime pour financer les avantages spécifiques des cheminots. »
- Sabine l’interrompt : - « Alors ça, ce n’est pas vrai. Pour payer les 37ans et demi à 40 aujourd’hui c’est le contribuable qui paie. »
- Fabien Villedieu : - « Quand on pose une question la moindre des choses c’est d’écouter la réponse, enfin c’est ce que je pensais […]Aujourd’hui il y a une surcotisation… »

Personne ne l’écoute. Benoît Poelvoorde se sent alors obligé de témoigner de son ennui et d’amuser la galerie : « Je vais aller faire du café. » [Applaudissements]

Marc-Olivier Fogiel, dans les échanges qui suivent, prend plus ouvertement encore le parti de Sabine Hérold et du gouvernement et ne cesse d’interrompre toute tentative de répondre à ses propres questions.

- Fabien Villedieu (Sud Rail) : - « Il y a une surcotisation […] notamment à la SNCF, ils cotisent plus. La philosophie c’est on cotise plus, on touche moins en pension de retraite et résultat des courses alors on part plus tôt, et c’est nous-mêmes qui finançons et les contribuables et les gens du privé ne donnent pas un centime. »
- Sabine Herold : - « Ce n’est pas vrai. Aujourd’hui il y a 500 000 cotisants pour un million de retraités. »
- Marc-Olivier Fogiel (qui a tout compris) : - « Pourquoi les cheminots cotiseraient moins que l’ensemble des Français ? [il répète :] Pourquoi les cheminots cotiseraient moins que l’ensemble des Français ? »
- Arlette Laguiller : - «  … […] On nous raconte beaucoup d’histoires sur y’aurait pas d’argent. La SNCF vient d’annoncer ses meilleurs résultats de toute l’histoire de la SNCF qui a été créée en 1937, c’est pour vous dire… ». Elle est interrompue.
- Marc-Olivier Fogiel : - « Faut négocier avec la SNCF, c’est ce que dit le gouvernement  : “Négociez avec la SNCF, ne bloquez pas”. »
- Arlette Laguiller : - « Ce sont les cheminots qui décideront de ce qu’ils veulent mais ça m’étonnerait que la SNCF veuille revenir aux 37 ans et demi, c’est une décision qui peut être… » Elle est interrompue.
- Marc-Olivier Fogiel : - « Non, non, ce n’est pas ce que dit le gouvernement , le gouvernement dit tout le monde à 40 ans, simplement à votre départ à la retraite, négociez avec la SNCF de toucher plus d’argent à ce moment-là. »
- Arlette Laguiller : - «  (…) ce n’est pas parce que en 1993 les travailleurs du privé n’ont pas su ou pas pu empêcher le gouvernement de les amener à 40 ans. Et qu’ensuite les enseignants ont perdu le combat eux aussi.. » Elle est interrompue.
- Marc-Olivier Fogiel : - « Mais, vous savez très bien, Arlette Laguiller, vous savez très bien … […]  »
- Arlette Laguiller : - « Les seuls qui résistent et qui se battent pour l’ensemble des travailleurs pour qu’on revienne à 37 ans et demi sont ceux qui vont faire grève […] »
- Marc-Olivier Fogiel : - « Mais Arlette Laguiller , vous avez bien entendu le premier ministre quand il dit , et j’imagine pas de gaieté, de cœur, que la France est au bord de la faillite, une France au bord de la faillite… »

Le préposé aux rires : « Une solution, si les cheminots peut-être veulent travailler moins, pourquoi vous ne roulez pas plus vite ? » [Rires et applaudissements]

- Marc-Olivier Fogiel : - « Là-dessus, Arlette Laguiller, sérieusement , vous ne pouvez pas dire que le chef du gouvernement ou le président augmente son salaire […]  » [On ne comprend pas bien la suite]
- Arlette Laguiller : - « La France est au bord de la faillite, peut-être. Mais les grands patrons n’ont jamais gagné autant, les gros actionnaires des grosses entreprises n’ont jamais eu autant de dividendes, l’argent est là on le sait […] »
- Marc-Olivier Fogiel (qui s’impatiente) : - «  C’est ce qu’on dit  »
- Arlette Laguiller : - « C’est toujours aux salariés qu’on demande des sacrifices ; Parce que j’veux bien qu’on me dise les cheminots, la RATP n’ont pas de travaux pénibles […] » S’adressant à Fabien Villedieu : « Tu le sais toi : Il y a une étude médicale actuellement sur les dégâts qui sont causés aux yeux des conducteurs de TGV à force de voir passer les poteaux des caténaire. D’accord on n’est plus à la vapeur mais on est dans une… Elle est interrompue.
- Marc-Olivier Fogiel : - « Mais quand vous voyez les ouvriers du bâtiment et de l’industrie eux cotisent 40 heures…euh 40 ans. » […] Donc ?

Nouvelles diversions

Marc-Olivier Fogiel, à Rolland Courbis : - « Rolland, ça vous inspire quoi ce qu’on dit là. » Rolland Courbis (qu’on n’a pas encore entendu) évoque une grève qui, en 1972, a permis aux footballeurs d’obtenir satisfaction. Benoît Poelvoorde se sent obligé de l’interrompre par une nouvelle pitrerie. _ - Benoît Poelvoorde - « Vous avez une mouche sur votre tête. »
- Rolland Courbis : - « C’est une mouche complice. »
- Benoît Poelvoorde : - « C’est quelqu’un qui vous écoute et je pense que c’est de très haut. » [Rires applaudissements]

Rolland Courbis essaie de poursuivre ; Victoria Abril se sent obligée de justifier sa présence par une nouvelle intervention. Et le préposé aux interruptions drôles remplit son office : « […] Les joueurs du PSG ça fait 4 ans qu’ils sont au service minimum : il y a toujours aucun résultat. »

« Allez ! On a bien compris ! »

Il est alors temps d’essayer pour Marc-Olivier Fogiel de revenir, après une fugitive, confuse et partisane évocation du « fond » à la seule question qui importe : les effets du conflit.

- Marc-Olivier Fogiel : - « Est-ce que vous ne craignez pas, pour terminer , qu’un mouvement où vous revendiquez, on sait bien que vous défendez les travailleurs, devienne impopulaire parce que vous bloquez un pays, parce ça peut donner l’image d’une corporation un peu égoïste qui est installée dans son pré carré et ses avantages, qui bloque un pays qui galère, comme le dit, madame. »
- Arlette Laguiller : - « Oui mais bon ! On nous dit que c’est une réforme qu’il faut absolument faire parce que 53% des gens ont voté pour Sarkozy, donc ils ont voté pour cette réforme. Ils n’ont pas forcément voté pour cette réforme. Moi je crois que les travailleurs… » Elle est interrompue
- Marc-Olivier Fogiel : - « C’était dans le programme de Nicolas Sarkozy.  »
- Arlette Laguiller : - « Je crois que les travailleurs qui se sont trompés et qui ont voté pour Sarkozy ils l’ont surtout fait en espérant que les salaires allaient augmenter, je crois qu’en ce moment ils vont être bien déçus et je crois que finalement il y a des problèmes dans toutes les entreprises… […] je crois qu’il y aura de plus en plus une solidarité autour de la grève. » Marc-Olivier Fogiel, méprisant, l’interrompt.
- Marc-Olivier Fogiel : - « Allez ! On a bien compris ! »

Benoît Poelvoorde change alors de registre pour poser, (enfin !) une vraie question.
- Benoît Poelvoorde : - « Si vous gagnez votre combat, est-ce que ça aiderait d’autres gens d’avoir la même chose. Les 37 ans pour d’autres métiers ? Est-ce que la France devrait être solidaire d’une cause qui peut défendre d’autres causes ? » […]
- Fabien Villedieu : - «  [...] Sarkozy le sait, Il sait que tant que le verrou des régimes spéciaux n’a pas sauté [.. .]  » [Brouhaha]
- Sabine Hérold : - « Dire qu’aujourd’hui on peut continuer avec notre système par répartition sans rien réformer, c’est du mensonge. […] Les usagers ne vous soutiennent pas… »
- Arlette Laguiller l’interrompt : - « C’est aussi des travailleurs, des travailleuses qui peuvent comprendre, arrêtez. »
- Sabine Hérold : - « … Parce qu’ils en ont assez d’être pris en otage pour la défense de vos intérêts catégoriels et c’est pour ça qu’ils se révoltent, et d’ailleurs dimanche, il y aura à Paris une manifestation qui va partir de République et qui va jusqu’à Nation […]. » _ - Arlette Laguiller : - « Tous ceux qui veulent soutenir les grévistes, eh bien qu’ils viennent à 14h30 à Montparnasse. » _ - Sabine : - « 60% sont contre… »

Le préposé qui doit faire rire : « Moi j’vais faire un pique nique[…] » [Applaudissements] Marc-Olivier Fogiel : « Allez, une manif demain, une manif dimanche… Merci en tous cas de nous avoir éclairés […] »

Epilogue

Le « débat » est clos. Benoît Poelvoorde s’inquiète pour la projection de son film :
- Benoît Poelvoorde – « […] Si on pouvait résoudre le problème avant la projection… Je vais essayer de me montrer conciliant sur vos débats, je serai à vos deux manifs. Ne vous inquiétez pas, je retourne ma veste à la vitesse de l’éclair. »
- Marc-Olivier Fogiel : - « On va remercier Arlette Laguiller déjà. Merci à … »
- Benoît Poelvoorde : - « Bravo Arlette Laguiller pour votre combat, bravo à tous de vous être déplacés . […] »
- Marc-Olivier Fogiel : - «  Vous ne pouvez pas dire bravo à tout le monde !  »

- Benoît Poelvoorde : - « Si si […] Il y a quelque chose d’héroïque.[...] Ce sont des gens qui se battent pour les autres. A mes yeux […], on est dans l’individualisme forcené, voyez à notre époque les gens qui parlent pour les autres, j’ai beaucoup d’admiration pour eux […]  »
- Marc-Olivier Fogiel : - « [...] Alors on va se battre pour le film de Benoît , en espérant que le conflit sera réglé d’ici là. »

***

Un débat très éclairant sur les motifs d’une grève… Une émission qui incite à se demander sérieusement s’il est utile au développement des mobilisations de participer à de telles parodies de discussion.

Nadine Floury et Henri Maler

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