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Christine Bravo ivre de rage contre le mouvement étudiant (avec la vidéo)
Émission « On n’a pas tout dit », France 2, mardi 13 novembre 2007. Laurent Ruquier a convié, pour « débattre » de la « loi Pécresse » et des mobilisations dans les Universités, Emmanuelle Becker, une étudiante de l’UEC qui parle pour le mouvement étudiant, et un étudiant de droit et de droite, étudint à Assas et membre d’ UNI, qui « représente » les « anti-bloqueurs ». Vers la fin de l’émission, Christine Bravo, déchaînée, déboule sur le plateau pour vomir sa haine du mouvement étudiant et de tout ce qui, de près ou de loin, lui rappelle les drapeaux rouges de sa jeunesse. Christine Bravo est coutumière de ces « sorties ». Déjà, en juin 2004, elle avait assimilé à une Saint-Barthélémy, les coupures de courant qui avaient affecté le domicile de Jean-Marie Cavada lors d’une grève de l’EDF (comme on peut le lire dans l’article que nous avions publié : « Christine Bravo contre la Saint Barthélemy des compteurs EDF.) La récidive est tout sauf anecdotique [1]. Retranscription intégrale (à quelques passages près qui sont résumés). Elle se passe presque de commentaires… On appréciera le genre de propos que l’on peut entendre à une heure de grande écoute sur l’une des principales chaînes de la télévision publique. Christine Bravo commence par expliquer que dans sa jeunesse, lorsqu’elle était engagée elle aussi « à gauche », on appelait alors « fachos » ceux qui s’opposaient aux blocages des universités ; elle considère aujourd’hui que ce terme s’appliquerait mieux aux bloqueurs. Est-ce une plaisanterie ? C’est certainement le genre d’humour qui a fait la renommée de l’émission de Ruquier, lui–même plus enclin à faire l’éloge du dernier ouvrage de BHL – comme ce fut le cas dans son émission « On n’est pas couché » le 3 novembre dernier – qu’à laisser s’exprimer une quelconque forme de contestation. Après cette brève entrée en matière, Mme Bravo prend aussitôt à partie l’étudiante : Christine Bravo : - « On parlera de la loi Pécresse plus tard. Je voudrais que vous me répondiez sur une question. Est-ce que vous trouvez démocratique d’empêcher les étudiants d’étudier ?… pour éventuellement ne pas devenir des futurs chômeurs plus tard… » Un spectateur un peu naïf pourrait penser que la chroniqueuse pose une question pour entendre une réponse. Eh bien non. A peine l’étudiante commence-t-elle à répliquer à cette agression déguisée en forme de question qu’elle se trouve aussitôt sèchement interrompue, comme elle sera sans cesse par la suite. - Emmanuelle : - « C’est un faux débat… »
Mme Bravo a tout compris. Oui, en effet, c’est de la politique ! Malheureusement un tel éclair d’intelligence n’était pas fait pour durer. Christine Bravo enchaîne. - Christine Bravo [Elle élève la voix…] : - « Répondez-moi sur cette question Emmanuelle, est-ce que c’est démocratique d’empêcher des gens qui veulent bosser de rentrer dans leur université ? !! »
Emmanuelle hésite une seconde, semble se demander : « mais comment répondre à une question aussi idiote et malveillante ? », puis finalement, non sans courage, trouve ses mots : - Emmanuelle : - « Je trouve que les coups portés par le gouvernement actuellement amènent les travailleurs, les étudiants, à des mesures d’action qui sont les blocages… Laissez-moi répondre … Laissez-moi répondre. Ça veut dire que c’est un moyen d’action le blocage, est-ce qu’il est démocratique ou pas … ? … c’est un blocage, la démocratie, où elle est aujourd’hui ? »
De plus en plus odieuse, non seulement elle a le culot de se poser en défenderesse du pouvoir d’achat des travailleurs, mais elle affiche sans vergogne son mépris pour des étudiants à qui elle se permet d’infliger des leçons de solidarité. Emmanuelle essaye de protester. Ou simplement de prendre la parole. Mais évidemment Christine Bravo ne la cède pas… - Christine Bravo : - « Excuse-moi, chez les étudiants communistes, dieu merci il n’y a pas que des fils de prolétaires, moi je connais des fils de bourges qui sont communistes, dieu merci ! »
Ainsi pour Mme Bravo, les mouvements sociaux ne sont rien d’autre que « ce bordel-là »... ! Sous prétexte qu’elle ne se sent pas concernée, nul ne devrait l’être à ses yeux. Et notre diva de la télévision coupe l’étudiante une fois de plus : - Christine Bravo : - « Mais arrêtez avec les attaques du gouvernement ! Mais vous me faites penser aux établis qui en 1968, les mecs ils voulaient aller conscientiser la masse prolétarienne » [dit-elle avec mépris. Ruquier ricane.] … « Ils s’engageaient dans les usines, mais en réalité le soir ils rentraient chez eux, ils pleuraient dans le giron de leur mère parce qu’ils avaient des ampoules au doigt, tu vois… Faut pas déconner… » [Rires et applaudissements] « Non, attendez, je vous jure, ça part d’un bon sentiment mais c’est complètement con et utopique… » « Con » et « utopique ». Cette tentative de rivaliser, par la caricature et l’insulte, avec le discours de Sarkozy sur mai 68 brille par sa vulgarité. - Laurent Ruquier : - « Le 20 novembre ils soutiendront les fonctionnaires… »
Christine Bravo s’adresse ensuite à un étudiant d’Assas (sans doute pour rétablir l’équilibre, dangereusement rompu en faveur d’Emmanuelle…) - Christine Bravo : - « Vous êtes en fac à Paris II, Panthéon-Assas, et donc futur capitaliste, opprimeur des cheminots… »
À cette incitation à la violence, à peine masquée par une tentative (désespérée) d’être drôle, le jeune fan de Nicolas Sarkozy répond très sérieusement : - La voix d’Assas : - « Malheureusement, c’est les étudiants de Rennes qui les ont tous pris, et aujourd’hui c’est les étudiants d’extrême gauche qui ont les massues et les gourdins et qui empêchent les étudiants de rentrer… »
Ruquier l’interrompt pour une blague d’une grande finesse :
- Christine Bravo : - « Attendez… vous vous plaignez d’être à la merci d’une minorité… On a discuté avec une de vos copines, qui est à la fac de Tolbiac, qui nous disait que sur 12 000 étudiants, seuls 500 étudiants grévistes participaient aux AG… 12 000 contre 500… bah franchement j’ai pas envie de pleurer pour les 11 500 qui se laissent manipuler… Si c’est vrai ça, si ce sont eux les minoritaires, mais allez-y dans les AG, allez vous battre…. ! »
En 2 minutes ! On imagine assez le résultat… d’autant que Christine Bravo reprend immédiatement la parole en sa qualité d’experte des questions universitaires… - Christine Bravo : - « Mon point de vue c’est que le système universitaire français ne marche plus en l’état…. Alors là je suis désolée, je vais vous dire… Vous dites que ça risque de faire une université à deux vitesses, mais elle existe déjà cette université à deux vitesses ! Les grandes écoles d’un côté, les universités publiques de l’autre… Alors moi ce que je vais faire, je vais pousser ma fille vers les grandes écoles [sic] et finalement qu’est-ce qui va se passer ?… Parce que moi je suis cadre, ma fille elle a de l’argent, on est sorti de la merde… Alors quoi, ça veut dire qu’on va laisser dans le public les fils d’ouvriers et qu’on enverra les fils de bonne famille dans les universités… »
Bravo Mme Bravo. Quel talent pour faire valoir ce « bon sens » libéral ! - Emmanuelle : - « Une réforme de l’Université, on en veut une, on est quand même conscients de ce problème-là … Il y a quand même un étudiant sur 2 qui échoue, il y a quand même des étudiants qui sont aux 35 heures… quel temps il leur reste pour travailler ? Mais la réforme de l’Université elle existe, mais les réponses actuelles du gouvernement de vouloir privatiser les universités, c’est peut-être pas forcément la bonne réponse… »
Suivent quelques secondes d’échanges où « la voix d’Assas » explique que « l’étudiant qui n’est pas dogmatique » se fout de savoir si le livre est payé par le public ou le privé, du moment que le service est bien assuré ; Emmanuelle souhaite en revanche un service public. Ruquier laisse à Pierre Perret, qui semble confondre les Universités avec les « jolies colonies de vacances » de sa chanson, le soin de conclure cette discussion « sur le fond ». - Pierre Perret : - « Le nœud de ce problème-là, c’est… il est vraiment fort dommage qu’ils soient incapables de s’entendre, parce que le but est le même » [sic] « L’Etat manque de moyens aujourd’hui, il est emmerdé de toutes parts pour recolmater les brèches… Mais au lieu de vous diviser, au lieu d’unir vos forces pour vous bagarrer et obtenir vraiment les moyens d’étudier, sans perdre un temps fou … Parce que là vous êtes en train vraiment de perdre du temps…Je trouve cela un peu dommage » La jeune militante semble moins enthousiasmée par cet hymne à l’amour :
Eh oui ! Mais que veux-tu ? Les 2 minutes sont terminées : Vive le service public sur France2 ! Il faudrait beaucoup d’aveuglement pour considérer l’intervention de Christine Bravo comme un tribut cher payé au divertissement : celui-là même que promettent les émissions de mélange des genres (et particulièrement celles qu’anime Laurent Ruquier). La vulgarité de Christine Bravo a valeur de symptôme de la dépolitisation démagogique et poujadiste que peuvent produire de tels spectacles. Sa violence témoigne du pouvoir exorbitant qu’ils confèrent à des « chroniqueurs » dont les prestations font presque regretter qu’ils remplacent les journalistes les plus engagés. Au secours ! Rendez-nous Daniel Bilalian ! Henri Maler et Antoine Schwartz _________________________________________________ [1] Article revu, le 19 novembre 2007. |
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