💰 Dégageons les capitalistes des médias : signez notre pétition !
‹ Retour à l'accueil

Vidéo

Yves Calvi (France 2), extincteur d’incendie dans les quartiers populaires

Extrait sĂ©lectionnĂ© par Christophe Del Debbio pour le film-documentaire qu’il a rĂ©alisĂ© : « Banlieues : sous le feu des mĂ©dias », sorti en salles en octobre 2006.

La scène se passe sur les plateaux de France 2, le 31 octobre 2005, au cours de l’Ă©mission « Mots croisĂ©s » intitulĂ©e ce jour-lĂ  « Quand la banlieue brĂ»le ». Yves Calvi, dans le rĂ´le du procureur, soumet Samir Mihi, Ă©ducateur sportif Ă  Clichy-sous-bois, Ă  un interrogatoire intensif.

SommĂ© de rĂ©pondre Ă  plusieurs reprises Ă  une question Ă  laquelle il rĂ©pond dès la première sommation, constamment interrompu, Samir Mihi se voit intimer l’ordre de faire ce qu’il fait sans avoir demandĂ© l’autorisation d’Yves Calvi : inciter les jeunes qui incendient des voitures Ă  rentrer chez eux.

Le procès n’est pas seulement un procès d’intention : c’est une merveille de journalisme de maintien de l’ordre, prĂŞt - on s’en doute - Ă  intervenir dans les quartiers populaires pour enquĂŞter sur le travail des Ă©ducateurs : des Ă©ducateurs qu’Yves Calvi mĂ©prise, sur le ton arrogant et comminatoire qui sied Ă  un chargĂ© d’encadrement du dĂ©bat public.

Nul doute qu’Yves Calvi interrogerait avec la mĂŞme audace n’importe quel ministre de l’IntĂ©rieur, surtout s’il devenait PrĂ©sident de la RĂ©publique.


Transcription (par Jamel Lakhal)

Yves Calvi : Samir Mihi, est-ce que vous pouvez dire aux jeunes clichois qui nous regardent ce soir n’allez pas mettre le feu cette nuit ?

Samir Mihi [Educateur sportif Ă  Clichy-sous-Bois] : Mais ça, ça Ă©tait dĂ©jĂ  dit de toute manière et on le redit tous les jours ... [interrompu] ...

Yves Calvi : On veut bien vous entendre le dire.

Samir Mihi : ... et on leur explique, mais il faut, d’ailleurs Ă  ce sujet je veux rendre, au mĂŞme titre que Monsieur Sarkozy a rendu un hommage, ... [interrompu] ...

Yves Calvi : Excusez-moi, je voudrais que vous rĂ©pondiez [pas clair] d’abord Ă  ma question.

Samir Mihi : Non, mais je vais rĂ©pondre Ă  votre question.

Yves Calvi : VoilĂ .

Samir Mihi : Mais, au mĂŞme titre que Monsieur Sarkozy a rendu hommage aujourd’hui Ă  ses hommes qui ont fait un très bon boulot dans les citĂ©s, et ben moi, je vais rendre hommage Ă , je vais pas dire « Ă  mes hommes », mais aux hommes qui travaillent sur le terrain et qui ont et qui font un boulot extraordinaire de mĂ©diation, oĂą on essaie de travailler, mais on essuie des tirs de la part de la police qui est sensĂ©e assurer notre sĂ©curitĂ©. Il est lĂ  le problème un petit peu. Qu’on nous laisse un petit peu l’occasion de travailler quoi.

Yves Calvi : Je sais pas, est-ce que vous pouvez leur dire ce soir : rentrez chez vous et on va se retrousser les manches pour autre chose plus tard.

Samir Mihi : Si vous me demandez de leur dire « rentrez chez vous », c’est qu’ils sont dans la rue donc ils ne sont pas devant leur poste. Ça sert Ă  rien.

[rires]

Yves Calvi : On peut faire de l’humour avec tout.

Samir Mihi : Non, mais il n’y a pas de souci. Non, je ne fais pas de l’humour. C’est juste que vous me dites n’est pas ... [interrompu] ...

Yves Calvi : Ce que je veux dire c’est qu’il y a des tas de clychois qui vont voir aussi brĂ»ler des voitures et qui vont vivre aussi des moments terribles ... [interrompu] ...

Samir Mihi : On a l’impression que vous me dites qu’on n’a pas fait ... [interrompu] ...

Yves Calvi : ... Si vous les niez, c’est, c’est, il y a un gros problème.

Samir Mihi : ... On l’a fait tout ça, ne vous inquiĂ©tez pas. Ce travail lĂ  est actuellement entrain d’ĂŞtre fait par nos amis mĂ©diateurs et nos amis ... [interrompu] ...

Yves Calvi : Est-ce que vous craignez de vous positionner par rapport Ă  une position calme ?

Samir Mihi : Mais, je suis calme.

Yves Calvi : Non, non, mais, vous ĂŞtes calme, mais, vous comprenez très bien mes propos, c’est on a l’impression qu’il vous est impossible de dire clairement aux plus jeunes qui sont dans les rues peut-ĂŞtre au moment oĂą nous parlons : il faut rentrer chez soi, ça sert Ă  rien de foutre le feu Ă  la ville.

Samir Mihi : Mais ça, on le dit et on le redit : restez calme et rentrez chez vous. Mais après, il faut comprendre que en face on a une provocation de la part de la police et ça il faut pas avoir peur de le dire, quoi. Donc, ne venez pas me dire demandez aux jeunes de se calmer alors que nous-mĂŞmes nous essayons de les calmer mais en face ils sont provoquĂ©s. Donc ... [interrompu] ...

Yves Calvi : Vous ĂŞtes d’accord avec moi que la première mesure de raison quand il y a de jeunes gens dans la rue et que c’est dangereux c’est : rentrez chez vous

Samir Mihi : Mais, bien sĂ»r. Mais, il a Ă©tĂ© passĂ© ce message. Il a Ă©tĂ© passĂ© et on le redit tous les jours et Ă  chaque fois il est entendu.


– Nos remerciements Ă  Christophe Del Dobbio qui, après avoir sĂ©lectionnĂ© cet extrait pour le film « Banlieues sous le feu des mĂ©dias », nous l’a gracieusement offert.
– Tous les renseignements sur le film, sur le site de Clap 36.

Notre association

Acrimed, observatoire des médias

Acrimed (Action-Critique-Médias) est une association d'intérêt général à but non lucratif, fondée en 1996. Observatoire des médias né du mouvement social de 1995, Acrimed cherche à mettre en commun savoirs professionnels, savoirs théoriques et savoirs militants au service d'une critique indépendante, radicale et intransigeante.

Qui sommes-nous ?

Pour qu'un autre monde soit possible, d'autres mĂ©dias sont nĂ©cessaires !

Acrimed est une association qui tient à son indépendance. Nous ne recourons ni à la publicité ni aux subventions. Vous pouvez nous soutenir en faisant un don ou en adhérant à l'association.