Une rumeur dans fondement ?
L’Expansion n°662, Avril 2002 titre : "Le Monde prĂ©sente la facture Ă 20 Minutes " ...
S’agit-il d’une folle rumeur ? LibĂ©ration du vendredi 22 mars 2002, en tout cas, propage cette confraternelle information sous le titre : "Le Monde accusĂ© de double jeu" :
"Le quotidien de l’après-midi avait dĂ©noncĂ© avec force, dans un Ă©ditorial, l’arrivĂ©e en France des deux quotidiens gratuits Metro et 20 Minutes. Il a pourtant envisagĂ© d’entrer dans le capital du second. C’est ce qu’affirment les magazines l’Expansion et l’Express cette semaine.
On savait déjà que le Monde avait proposé ses rotatives à 20 Minutes (Libération du 12 novembre 2001). Mais les discussions sont allées plus loin.
Selon l’Expansion, le Monde rĂ©clame 875 000 euros au quotidien gratuit du groupe Schibsted pour le temps passĂ© Ă Ă©tudier cette prise de participation. De son cĂ´tĂ©, l’Express explique que cette somme constituait le coĂ»t de la « caution morale » qu’aurait reprĂ©sentĂ© l’entrĂ©e du Monde dans le tour de table de 20 Minutes. InterrogĂ© hier par LibĂ©ration, le quotidien de l’après-midi ne confirmait ni n’infirmait. Dans son Ă©ditorial, en date du 19 fĂ©vrier, il avait dĂ©noncĂ© « le dumping Ă©conomique et social » des gratuits. " [1]
L’Ă©ditorial du Monde, datĂ© du 19 fĂ©vrier, posait une "question de principe : n’est-ce pas dĂ©valoriser l’information que de la rendre gratuite ? " Cela n’empĂŞcha pas Le Monde de proposer Ă 20 Minutes de l’imprimer sur ses propres rotatives puis d’entrer dans le capitalde l’entreprise, exigeant 10% du capital et 875 000 euros en Ă©change de sa caution morale.
Charlie Hebdo, 3 avril 2002, interroge :
"Si les responsables de 20 Minutes avaient accepté la proposition du Monde, est-ce que les lecteurs du Monde auraient eu le plaisir de lire le même éditorial enflammé sur les dangers de la presse gratuite ? Ou, au contraire, un vibrant plaidoyer sur les bienfaits de la libre concurrence ?"
Dans le même numéro de Charlie Hebdo, un dessin de Luz montre Edwy Plenel, cigare au bec, qui menace un représentant de 20 Minutes : " Si vous ne vous laissez pas acheter, je vous traite de vendus !.".
Dans Correspondance de la presse, 4 avril 2002, on lit :
"InterrogĂ© sur les nĂ©gociations passĂ©es entre Le Monde et 20 Minutes, M Colombani a affirmĂ© : " Cette histoire de nĂ©gociations avec 20 Minutes est une plaisanterie. Nous avons discutĂ© comme d’autres. Si ces journaux Ă©taient imprimĂ©s dans les conditions de la presse parisienne, ce serait une distorsion de moins. Quant Ă imprimer20 Minutes, c’est une question qui n’a aucun sens. ""
Apparemment peu convaincue par le démenti de Colombani, Correspondance de la Presse indique alors :
"Il faut rappeler que selon l’accord trouvĂ© la semaine dernière entre le CILP et la direction de 20 minutes, le titre s’engageait " Ă solliciter des entreprises de presse parisienne pour effectuer des essais d’impression ", des tests sur les rotatives du Monde ayant mĂŞme Ă©tĂ© Ă©voquĂ©es Ă plusieurs reprises par des sources concordantes."
RĂ©sumons : Le Monde n’ a pas nĂ©gociĂ© ("c’est une plaisanterie"), mais a discutĂ©..(c’est plus sĂ©rieux...), pour Ă©viter des "distorsions". Il n’a pas imprimĂ© ("c’est une question qui n’a aucun sens. "). Mais il aurait effectuĂ© des tests (c’est totalement diffĂ©rent ...). Autrement dit, Le Monde a envisagĂ© de contribuer Ă " la mort du journalisme ". Mais moyennant 875 000 euros. En attendant le dĂ©menti...
Le Monde va-t-il imprimer une "uniformité mortelle" ?
"Les Ă©lus rotativistes du Livre CGT ont dĂ©cidĂ© de "suspendre leurs actions syndicales jusqu’au 17 mai, date Ă laquelle un accord formel devra ĂŞtre conclu entre la direction de 20 Minutes et celle de l’imprimerie du Monde". Cette branche du Livre CGT indique que "les engagements concernant les essais d’impression le 30 avril 2002, l’intĂ©gration du quotidien 20 Minutes au rythme des possibilitĂ©s techniques de l’imprimerie du Monde et la possibilitĂ© d’une reprise totale du contrat d’impression constituent la base d’une avancĂ©e significative." Le Figaro, 25 avril 2002.
Retour au début :
" Au-delĂ des arguments Ă©conomiques, une question de principe est posĂ©e : n’est-ce pas dĂ©valoriser l’information que de la rendre gratuite ? N’est-ce pas induire que le journalisme n’apporte aucune plus-value ? Depuis le XIXe siècle, les journaux dĂ©pendent principalement de deux sources de revenus : la contribution des lecteurs et l’apport de la publicitĂ©. Renoncer Ă la première, c’est prĂ©parer le terrain d’une uniformitĂ© mortelle pour l’information.". Editorial, "Le prix de la gratuitĂ©, Le Monde du 18 fĂ©vrier 2002