Sur le ton badin qu’il affectionne, Daniel Schneidermann annonce la couleur de sa rĂ©plique en nous prĂ©sentant comme des statues de cire staliniennes : « Pour ceux d’entre vous qui n’auraient pas connu les annĂ©es cinquante, et se demanderaient ce que signifie le terme "procès en dĂ©viation idĂ©ologique" on peut, comme on va Ă GrĂ©vin, lire le dernier article d’Acrimed. »
Une accusation très « tendance », puisqu’elle est reprise au mot près - procès en « thĂ©orie du complot » en moins - d’un article de son collègue de LibĂ©ration, M. Quatremer qui, lui aussi, avait trouvĂ© ce « truc » - le prĂ©tendu « procès en dĂ©viation idĂ©ologique » - pour rĂ©pondre Ă cĂ´tĂ© des questions que nous avions soulevĂ©es [2]
Le persiflage n’Ă©tant souvent qu’une invective policĂ©e et rarement un argument (aussi polĂ©mique soit-il), cette « entame » n’annonçait rien de bon. Qu’avions-nous osĂ© Ă©crire pour mĂ©riter une accusation aussi dĂ©sinvolte ? Simplement que Daniel Schneidermann - qui rĂ©cidive dans sa rĂ©ponse - s’Ă©tait emballĂ© en deux occasions.
– Premier emballement : Quand, dans un article de LibĂ©ration, Daniel Schneidermann prĂ©sente des mĂ©dias unanimes dans leur soutien sans rĂ©serve, ni nuances, ni contradiction Ă la mobilisation contre le CPE. En guise de rĂ©ponse, Schneidermann réécrit partiellement, sur son Blog, l’article paru dans LibĂ© :
« Je m’emballe, parce que j’ai Ă©crit dans LibĂ© que les tĂ©lĂ©s, après avoir longtemps minorĂ© le mouvement anti-CPE, quand seules quelques facs provinciales Ă©taient en grève, se sont retournĂ©es comme une crĂŞpe Ă partir du moment oĂą les facs parisiennes ont elles-mĂŞmes embrayĂ© sur le mouvement, et pendant quelques semaines ont donnĂ© l’impression que la jeunesse entière, et la France elle-mĂŞme, Ă©taient toutes entières dressĂ©es contre Villepin l’Immonde (conformĂ©ment au cycle dĂ©sormais bien connu, omerta/emballement). »
Cette version corrigĂ©e (qui met l’accent, Ă juste titre, sur un certain « suivisme » des tĂ©lĂ©s) ne rĂ©pond nullement Ă nos objections.
– Deuxième emballement : quand, lors de l’Ă©mission « ArrĂŞt sur images », Daniel Schneidermann, commentant le « camembert d’AurĂ©lie » (dont nous n’avons jamais contestĂ© l’exactitude [3]) le prĂ©sente comme une « preuve » d’un « emballement » mĂ©diatique.
Nous avons longuement expliqué pourquoi une telle interprétation de ces chiffres était parfaitement contestable [4]
A nos arguments, Daniel Schneidermann ne rĂ©pond pas. Pourquoi ? Parce qu’il sait par avance ce qu’il faut penser d’Acrimed. Vous avez dit « procès en dĂ©viation idĂ©ologique » ?
Et qu’est-ce que Daniel Scheidermann sait par avance ?
– Premier argument : ... A la diffĂ©rence du journaliste amoureux du divers, Acrimed [qui, soit dit en passant, compte de nombreux journalistes parmi ses adhĂ©rents...] saurait... par avance prĂ©cisĂ©ment, selon notre professionnel agacĂ©, ce qu’il faut penser [5]. Ne pouvant soutenir cette affirmation pĂ©remptoire par le moindre exemple extrait de notre article, Daniel Schneidermann en assène une seconde.
– Deuxième argument : Acrimed n’aime pas les dĂ©bats contradictoires. « Nous on aime bien le dĂ©bat. [...] Eux, ils adorent le dĂ©bat, mais entre eux, c’est tellement plus simple. ». C’est omettre une peu vite que nous aimons tellement les confrontations qu’il nous arrive de rĂ©pondre... Ă Daniel Schneidermann, mais surtout de discuter avec toutes celles et tous ceux qui ont participĂ© aux centaines de dĂ©bats publics que nous avons organisĂ©s depuis 10 ans ou dans lesquels nous sommes intervenus [6]. Mais il est tellement plus confortable de rester derrière son ordinateur... et de mesurer l’intensitĂ© du dĂ©bat dĂ©mocratique au nombre de messages dĂ©posĂ©s sur la Toile !
Que retenir, « une fois l’article dĂ©pouillĂ© de ses scories polĂ©miques », de la non-rĂ©ponse de Daniel Schneidermann ?
Qu’il adore tellement les dĂ©bats qu’il les prĂ©fère Ă la confrontation des arguments ?
Ce serait curieux, non ?
Henri Maler
PS. Daniel Schneidermann semble chagrinĂ© sous prĂ©texte qu’il nous arrive de nous appuyer sur les documents diffusĂ©s par « ArrĂŞt sur images » et/ou de faire Ă©tat d’un accord, plus ou moins prononcĂ©, avec les enquĂŞtes et commentaires proposĂ©s par cette Ă©mission. Nous en sommes dĂ©solĂ©s, mais nous continuerons.