Grossiste de l’information, l’Agence France-Presse occupe au sein du système mĂ©diatique français une place centrale. FinancĂ©e dans une large mesure par l’Etat, l’AFP est de fait soumise Ă certaines « exigences » de la puissance publique. Et Ă un an et demi des Ă©chĂ©ances Ă©lectorales de 2007, elle devient, plus que jamais, un enjeu stratĂ©gique.
Des changements politiques ?
Ainsi, l’Ă©tĂ© dernier avait vu l’Ă©viction de Pierre Favier, chef du service politique de l’Agence [1] ». Journaliste respectĂ©, M. Favier avait pourtant la mitterrandophilie un peu trop prononcĂ©e pour la direction de l’Ă©poque. Pas de quoi mettre l’AFP sous la coupe des bolcheviques mais suffisamment Ă gauche, toutefois, pour se voir Ă©cartĂ© d’un service dont l’importance stratĂ©gique est Ă©vidente.
Quelques mois plus tard, en novembre 2005, le PDG de l’Agence, Bertrand Eveno, dĂ©missionna [2]. Son successeur, Pierre Louette affiche un profil consensuel et rĂ©solument « djeune » (cinĂ©philie, look Ă la Barthez et goĂ»t pour le rock FM...). Surtout, on le dit proche de Nicolas Sarkozy (après avoir travaillĂ© auprès d’Edouard Balladur, alors Premier ministre), ce qui n’a pas manquĂ© d’inquiĂ©ter un certain nombre de salariĂ©s, lĂ©gitimement inquiets d’une possible « reprise en mains ».
Jeudi 12 janvier, la prĂ©sentation des vĹ“ux du ministre de l’IntĂ©rieur Ă la presse aura fourni une première idĂ©e des changements Ă l’Ĺ“uvre.
Une couverture excessive ?
Dans un premier temps, le discours-fleuve de M. Sarkozy a ainsi donnĂ© lieu Ă cinq « urgents » [3] (sur Chirac, les rĂ©formes institutionnelles, l’immigration, la dĂ©linquance, un futur dĂ©placement outre-mer). Et la suite de la couverture allait s’inscrire dans la mĂŞme veine inflationniste.
Peu après la fin des vĹ“ux, les prĂ©visions pour cet « Ă©vĂ©nement » tombent : pas moins de 13 papiers sont annoncĂ©s dans l’après-midi. De l’encadrĂ© sur les chiffres de la dĂ©linquance au papier d’angle sur la lutte contre le terrorisme en passant par l’immigration et les propositions sur l’Europe, le « politique » a du pain sur la planche... Au total, c’est pas moins de 17 papiers qui vont ĂŞtre envoyĂ©s aux clients de l’Agence. Un peu trop ? La question mĂ©rite d’ĂŞtre posĂ©e. Et si la campagne n’a pas officiellement dĂ©butĂ©, M. Sarkozy, en voulant imprimer son propre tempo au dĂ©bat politique, semble avoir trouvĂ© avec l’Agence France-Presse un puissant relais. La mission de l’AFP est-elle de servir de caisse de rĂ©sonance aux idĂ©es du ministre de l’IntĂ©rieur ? Pas vraiment si l’on en croit la loi du 10 janvier 1957, portant statut de l’Agence France-Presse et qui souligne qu’elle « ne doit, en aucune circonstance, passer sous le contrĂ´le de droit ou de fait d’un groupement idĂ©ologique, politique ou Ă©conomique »...
Pourtant, on peut craindre qu’après l’appareil de l’UMP, son trĂ©sor de guerre et ses militants, Nicolas Sarkozy se soit offert la plus grosse boĂ®te de comm’ du pays. En 2002, TF1 (entre autres...) avait fait le jeu de la droite en bĂ©tonnant sur la question sĂ©curitaire. A un et demi de la prĂ©sidentielle, la direction de l’AFP aurait-elle choisi son camp ?
Joseph Labat