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« L’Europe, L’Europe... »

Comment donner « votre avis » en partenariat avec Le Monde

Le rĂ©fĂ©rendum sur le TraitĂ© constitutionnel europĂ©en est l’occasion pour Le Monde et « Expression-publique.com » d’apporter leur inestimable contribution au dĂ©bat dĂ©mocratique, en posant les bonnes questions

Sur le site du Monde, on vous demande « Votre avis ». C’est le titre d’un « pavĂ© » que l’internaute peut dĂ©couvrir, sur la droite de la page d’accueil, en descendant.

« Votre avis », vous le donnerez, si vous ĂŞtes naĂŻfs, Ă  « Expression-publique.com » qui se prĂ©vaut d’un partenariat avec Le Monde (et rĂ©ciproquement). C’est assez dire que la responsabilitĂ© du Monde est engagĂ©e directement.

Nous avions dĂ©jĂ  attirĂ© l’attention en 2003 sur les Ă©tranges prestations de nos duettistes : les curieuses prĂ©tentions dĂ©mocratiques et scientifiques d’Expression-publique.com, la formulation complètement biaisĂ©e de certaines questions et la prĂ©sentation mĂ©galomaniaque des rĂ©ponses... destinĂ©es aux « DĂ©cideurs ». Lire : Le Monde donne la parole au peuple

Rien n’a changĂ© depuis...

Bonnes questions

– Ainsi, le 16 mars 2005, les internautes pouvaient se prononcer sur la dĂ©claration de Chirac sur la directive Bolkestein :

«  En dĂ©clarant que la directive Bolkestein Ă©tait "inacceptable", estimez-vous que Jacques Chirac...
... permet de bien dissocier le débat sur la Constitution européenne à celui sur la directive Bolkestein
... ou introduit au contraire la confusion en liant les deux sujets
Sans opinion. »

Mais vous ne pouviez pas « opiner », en affirmant que la dĂ©claration de Jacques Chirac
... ne permet pas de bien associer le débat sur la Constitution européenne de celui sur la directive Bolkestein
... ou introduit au contraire la confusion en dissociant les deux sujets

Les questions posĂ©es dĂ©pendent des questions que l’on ne pose pas.

– Encore plus fort : le 18 mars 2005, les internautes pouvaient « s’exprimer » sur la montĂ©e du « Non »

«  Qu’est-ce qui, actuellement, contribue le plus Ă  faire monter le Non au rĂ©fĂ©rendum sur la Constitution europĂ©enne, selon vous ?
- La question de l’adhĂ©sion de la Turquie
- Le climat de grogne sociale
- Le débat sur la directive Bolkestein.
- L’attitude du gouvernement.
- Sans opinion. »

ApprĂ©cions l’exquise dĂ©licatesse et la prĂ©cieuse clartĂ© des formulations.
- EuphĂ©misme et mĂ©pris : les mobilisations sociales deviennent un « climat », mais pas n’importe lequel : « un climat de grogne ».
- Floutage : ce serait les « dĂ©bats » sur la directive Bolkestein qui font problème, mais pas son contenu.
- Nuage : qui nous dira ce que peut recouvrir « « L’attitude du gouvernement » ?

La seule question qui ne sera pas posĂ©e Ă©claire toutes les autres. Ce questionnaire omet de demander si, par hasard, ce ne serait pas le contenu du TraitĂ© constitutionnel qui pourrait expliquer la progression du « Non » dans les sondages !

Comme nous l’Ă©crit un correspondant : « A ce rythme-lĂ , la rĂ©daction du Monde [ou de Expression-publique.com] suggĂ©rera, demain, que la tempĂ©rature extĂ©rieure ou les mauvais rĂ©sultats de l’Ă©quipe de France de foot pourraient inciter les Ă©lecteurs Ă  voter non... »

Adeptes des jeux de hasard, vous pouvez obtenir, en répondant à de tels questionnaires (parfois abusivement présentés comme des sondages) plusieurs milliers de réponses qui ne veulent rien dire et ne représentent rien.

Une vocation, des experts

Pourtant, « Expression-publique » a une « vocation » : « La vocation d’Expression publique est de vous donner la parole sur les sujets de sociĂ©tĂ© ou d’actualitĂ© qui font dĂ©bat. De nombreuses entreprises, dĂ©sireuses de communiquer avec le grand public, soutiennent le site en tant que partenaires afin de bĂ©nĂ©ficier d’un retour d’apprĂ©ciation sur les actions qu’elles mènent au quotidien. Le principe est simple : vous rĂ©pondez Ă  des questionnaires et votre avis est communiquĂ© aux organismes concernĂ©s. Plus vous ĂŞtes nombreux Ă  vous exprimer, mieux vous serez entendu. Alors n’hĂ©sitez pas, donnez votre avis car il peut tout changer !  » [soulignĂ© en gras par les auteurs de cette publicitĂ© ridicule]

Ce service de communication, c’est eux qui le disent, « a Ă©tĂ© créée Ă  l’initiative de JĂ©rĂ´me JaffrĂ©, PrĂ©sident d’Expression publique et Directeur du Cecop (Centre d’Etudes et de Connaissances sur l’Opinion Publique), ancien vice-prĂ©sidentde la Sofres. » Et « la direction gĂ©nĂ©rale du site est confiĂ©e Ă  Philippe Chriqui, consultant, expert en opinion publique et ancien directeur des Ă©tudes d’opinion publique de l’IFOP. » [en gras : soulignĂ© par nous]

Des instituts de sondages Ă  l’institution ès-bidonnages, il n’y avait donc qu’un pas. En particulier pour celui qui se prĂ©sente comme ... « expert en opinion publique ». Excusez du peu ! Un titre dĂ©livrĂ© par celui qui se l’attribue...

Et Le Monde, quotidien de révérence, souscrit à de telles opérations...

Mais revenons au rĂ©fĂ©rendum sur le TraitĂ© constitutionnel europĂ©en. Certes, la propagande silencieuse sponsorisĂ©e par Le Monde n’affectera pas le rĂ©sultat du scrutin. Et si « le diable se niche dans les dĂ©tails », les dĂ©tails, ici semblent Ă  la fois si outranciers et si dĂ©risoires que le diable en question n’est sans doute qu’un diablotin. Pourtant...

Henri Maler

PS : Ă€ en croire la correspondance que nous avons reçue, de nombreux lecteurs se sont adressĂ©s au mĂ©diateur du Monde. On lira sa rĂ©ponse avec intĂ©rĂŞt.

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