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Josyane Savigneau au secours... d’un best-seller

Sourde au matraquage médiatique, Josyane Savigneau dénonce une volonté de " faire disparaître un texte dérangeant ".

Si l’on n’a pas passĂ© les trois derniers mois sans lire un journal, Ă©coutĂ© la radio ou regardĂ© la tĂ©lĂ©vision, difficile d’ignorer que Justine LĂ©vy a signĂ© un roman, Rien de grave (Stock), et qu’elle est la fille de Bernard-Henri LĂ©vy. En effet, ce " livre " a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un plan mĂ©dia qui dĂ©passe l’entendement [1].

Pourtant, dès les premiers - mais assurĂ©s - pas mĂ©diatiques de cette " Ĺ“uvre ", Josyane Savigneau (dans Le Monde, 27/02/04) dĂ©tectait une obscure conspiration, une volontĂ© de " faire disparaĂ®tre un texte dĂ©rangeant " :
" Elle a un père riche et cĂ©lèbre, Bernard-Henri LĂ©vy. Et son mariage, naguère, avec le fils d’un ami de son père, puis son divorce et la liaison de son ex-mari avec un top-model devenu chanteuse ont rempli les pages des magazines (ah bon !?). Alors son roman semble n’intĂ©resser (sic) que pour ses clĂ©s biographiques (re-sic). C’est la manière habituelle, bien rodĂ©e, pour faire disparaĂ®tre un texte dĂ©rangeant, bien Ă©crit, bien composĂ©. "

Deux mois plus tard, alors que le matraquage mĂ©diatique autour du " texte dĂ©rangeant " a largement dĂ©passĂ© le stade du supportable, Josyane en remet une couche (dans Le Monde datĂ© 22/04/04, page " Horizons Analyses " - sic).
Elle feint de croire que Rien de grave serait " victime " d’un acharnement des mĂ©dias. Mieux (plus c’est gros, mieux ça passe), c’est tout un genre littĂ©raire, le " roman autobiographique ", qui est en danger, car " le grand jeu de la critique est alors, non de tenter de comprendre ce que dit ce roman du rapport entre les hommes et les femmes Ă  la fin du XXe siècle, mais de chercher les "clĂ©s" des personnages. (...) Aujourd’hui, (...) la dernière victime en date de ce sport meurtrier pour la littĂ©rature s’appelle Justine LĂ©vy " [2].

Or, le livre de Mme LĂ©vy se classe septième des meilleures ventes [3] : on connaĂ®t " victimes " moins bien loties...
A quoi Josyane oppose par avance une rĂ©ponse pour le moins torturĂ©e : " Qui se soucie des mauvais livres occupant souvent les premières places des listes des meilleures ventes ? " On aimerait comprendre. Les ennemis du livre auraient-ils Ĺ“uvrĂ© dans l’ombre Ă  son succès commercial ? VoilĂ  bien la preuve d’une supĂ©rieure perversitĂ© !
Josyane confirme : " un bon roman, clairement autobiographique, qui se vend, est une cible idĂ©ale pour une certaine perversion et une certaine paresse journalistiques ". Les mĂ©andres intellectuels de la chef du Monde des livres auront raison de toutes les tentatives de dĂ©cryptage...

" La littĂ©rature est plus dĂ©rangeante que jamais, avec sa manière de travailler le rĂ©el pour en dire la vĂ©ritĂ© ", Ă©crit d’emblĂ©e Josyane Savigneau. Son article est titrĂ© " NĂ©gation de la littĂ©rature ". L’alternative consiste-t-elle Ă  " travailler le rĂ©el " jusqu’Ă  sa " nĂ©gation "... pour dire le parti-pris ?

(Actualisation de mai 2004.)

Revenons Ă  des plaisirs plus simples. A propos d’un prĂ©cĂ©dent article du quotidien du soir sur les dĂ©boires amoureux de Justine LĂ©vy, nous saluions, le 15 avril 2004, la conversion assumĂ©e du Monde au genre " people " (Le Monde : populisme ou "pipolisme" ?). Et Ă©crivions : " ça n’est pas une fin pour un roman-photo : on attend la suite ".
RĂ©jouissons-nous, Le Monde nous a entendu, et le 22/04/04, Josyane Savigneau nous a apportĂ© - sans " populisme " aucun, Ă©videmment - les prĂ©cisions qui nous manquaient :
" Oui, Justine LĂ©vy est la fille de Bernard-Henri LĂ©vy. Elle s’est mariĂ©e, il y a quelques annĂ©es, avec RaphaĂ«l Enthoven, fils d’un des proches amis de son père. RaphaĂ«l Enthoven est aujourd’hui le compagnon - et le hĂ©ros d’une chanson - de Carla Bruni, top model devenue chanteuse. (...) Carla Bruni, sur la lancĂ©e de sa rĂ©compense aux Victoires de la musique, a posĂ© avec RaphaĂ«l Enthoven, en couverture de Paris Match...
Voici donc, comme " en contrebande ", la suite du roman-photo printanier du Monde.
A suivre, donc.

(Actualisation du 22 mai 2004.)

En page 9, qui ouvre la " sĂ©quence " SociĂ©tĂ© du Monde datĂ© 22/05/04, la " tĂŞtière " " SociĂ©tĂ© " est assortie de la " sous-tĂŞtière " " Vie privĂ©e ". On ne sait s’il s’agit d’instaurer une rubrique rĂ©gulière...
Après l’article principal, sur toute la largeur (six colonnes), " Quand les secrets de famille font la “une” de l’actualitĂ© ", et un papier sur un livre de la fille de Jacques Anquetil, " Sophie Anquetil, les Elfes, le sultan et les deux mamans " (sic), un quart de la page (sur six colonnes Ă©galement) est occupĂ© par un article intitulĂ© " Le business de l’intimitĂ© des cĂ©lĂ©britĂ©s prospère dans le monde de l’Ă©dition ". Sous-titre : " De la vraie littĂ©rature Ă  la tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© sur papier, les livres qui exposent des affaires privĂ©es se multiplient dans les librairies ". L’auteur fait le tour des " livres qui exposent des affaires privĂ©es ", Ă©voquant des Ă©crits aussi divers que ceux de Philippe De Gaulle, Nadine Trintignant, Benjamin Castaldi, Sophie Anquetil, Lio, Jean-François Carmet, Mathias MoncorgĂ©-Gabin, Guillaume Depardieu ; ou, plus anciens : Jean-Marie PĂ©rier, Anne-ValĂ©rie Noir, Ari Boulogne, Marina Picasso ; et mĂŞme des livres non encore parus (sur Michel Audiard, Emile Louis).

" Il y a toujours eu des livres-confessions, explique Olivier Orban, PDG de Plon, mais les gens vont plus loin qu’avant. Ces livres sont le reflet d’une sociĂ©tĂ© qui demande toujours plus de transparence, dans laquelle on ne parle bien que de soi-mĂŞme. C’est vrai aussi du roman. "
Le Monde ponctue : " Les frontières deviennent plus floues. " Et glisse : " Le roman de Justine LĂ©vy est traitĂ© parfois en page "people" ". C’est certes moins valorisant qu’en page “Horizons Analyses” ! Ainsi, l’article nous laisse sur notre faim, qui ne nous explique pas, comme celui de Josyane Savigneau, que " traiter " le livre de Justine LĂ©vy, comme les autres, " en page ”people” " reprĂ©sente un attentat contre la littĂ©rature....

Et l’auteur poursuit : " Des gens reconnus socialement, comme Philippe Labro ou Franz-Olivier Giesbert, n’hĂ©sitent pas Ă  s’exposer dans les livres, et Ă  venir en parler Ă  la tĂ©lĂ©vision. "
Giesbert, Labro : voici enfin officialisĂ© le " mètre-Ă©talon " de la " reconnaissance sociale ", auquel chacun pourra se mesurer.

Il est vrai que Le Monde est une " rĂ©fĂ©rence " en la matière (aussi). La Une de cette Ă©dition (22/05/04) titre : " Felipe et Letizia : l’Espagne dĂ©mocratique fĂŞte la royautĂ© ".

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