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Chronique du non journalisme ordinaire à France 3 Lorraine

le 3 décembre 2003

Ou comment France 3 Lorraine relaye les campagnes médiatiques de l’extrême droite.
Par la section SNJ-CGT France 3 Lorraine (Nancy-Metz, le 9 novembre 2003).

Résumé des faits : mercredi 5 novembre 2003, à 12h21, un fax tombe au BRI de France 3 Lorraine à Nancy, émanant de Nadine Morano, députée UMP de Meurthe et Moselle, circonscription de Toul. C’est une habituée des caméras de France 3 Lorraine...

L’élue y annonce qu’elle va, lors des questions d’actualité du mercredi après-midi à l’Assemblée Nationale, demander à Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur, de « prendre les mesures qui s’imposent pour empêcher la propagation des paroles haineuses et racistes du groupe (de rap Ndlr) SNIPER qui doit se produire le 07 novembre prochain, dans sa circonscription, à la discothèque LE PLANETS d’Ecrouves ».

A la suite du fax se trouve « un refrain » attribué au groupe, justifiant la prise de position de la députée : « La France est une garce et on s’est fait trahir. Le système voilà ce qui nous pousse à les haïr etc. »

Vers 15h, en direct sur France 3 national, Nadine Morano pose sa question, évoque les craintes de la population qui vit à proximité de la boîte (située... sur une zone industrielle !), et lit un extrait des textes attribués au groupe SNIPER. Nicolas Sarkozy lui répond qu’il va porter plainte contre les textes de rap « racistes et antisémites ».

Fin du premier acte.

La tête dans le sable

Se pose alors, vers 15h15, la question de savoir comment France 3 Lorraine va traiter l’info.

La rédaction en chef passe à l’action, tant et si bien, que le sujet disparaît dans le JT de 19h au profit d’une info plato annonçant l’annulation du concert par le patron de la boîte et la plainte du ministre de l’intérieur.

A 20h, France 2 évoque l’affaire avec un off et une interview, rappelant un sujet tourné la veille sur le groupe SNIPER et ses textes sulfureux. Canal fait de même. TF1 place ce sujet en deuxième position dans la hiérarchie de l’information de son journal de 20 heures. Libération dans son édition du lendemain consacre une longue colonne au sujet... Et pourtant la rédaction en chef de France 3 Lorraine juge qu’une info plato suffit, alors que matériellement, il aurait été facile de construire un sujet, encore aurait-il fallu en avoir la volonté, ce qui n’est manifestement pas le cas.

Fin du second acte.

Le rap, c’est sympa

Jeudi 6 novembre 2003. Un sujet d’une minute est mis en boîte et diffusé dans le JT de midi, reprenant la question de Nadine Morano, la réponse de Nicolas Sarkozy, et... une ITW du patron de la boîte, Murat Altkiray, qui affirme « avoir annulé le concert sans aucune pression, pour ne pas troubler l’ordre public ».

A aucun moment le groupe n’a la parole, le reportage se contente de reprendre un extrait du texte cité par la députée de Toul, montre une pochette de disque qui n’est pas celle de la chanson incriminée...

A aucun moment ne sont évoquées les craintes supposées de la population, alors que c’est pas dur de tendre le micro quand on est sur place. A aucun moment la Préfecture n’a été contactée pour lui demander si elle avait connaissance d’un trouble à l’ordre public, les Renseignements Généraux non plus ne sont pas sollicités.

A aucun moment le groupe n’a même été contacté, ni sa maison de disque, Warner East West, pour lui demander ses réactions, ses explications, bref, sa version de l’affaire. Le traitement de l’affaire par France 3 Lorraine est partisan, contraire aux règles de bases du journalisme qui consistent à vérifier ses infos, et à tenter de faire l’équité dans un sujet entre les deux parties. Mais il y a plus grave encore.

A aucun moment, Nadine Morano n’a été interrogée sur ses sources, sur ce qui l’a amenée à poser cette question au ministre de l’Intérieur, car on imagine mal l’élue de la République se bercer pour son plaisir des textes hardcore du groupe de rap.

Marionnettes

Si on l’avait interrogée, on serait peut-être remonté jusqu’à un autre volet de l’affaire, copie quasi conforme de celle-ci. Il y a quelques mois, le même groupe SNIPER devait se produire dans une boîte de nuit de Mulhouse, LE LOFT.

Une campagne menée par deux groupuscules d’extrême droite, Les Jeunesses Identitaires, et le Bloc identitaire, a réussi à obtenir l’annulation du concert en trouvant un relais auprès d’élus MNR à la mairie de Mulhouse pour faire pression sur la boîte de nuit, et appelant la population « à faire part de son indignation par téléphone, fax, courrier... au préfet du Haut-Rhin, au sous-préfet de Mulhouse etc. ».

Avec succès, car sur leur site, les Jeunesses Identitaires se félicitent d’avoir obtenu l’annulation du concert, comme ils ont obtenu celle de concerts du même groupe à Perpignan et Rodez...

D’après l’association anti-fasciste parisienne Reflex, ces deux groupuscules d’extrême droite auraient lancé depuis quelques mois une campagne contre le groupe de rap SNIPER. Le lien avec Ecrouves ? Un trac anonyme distribué il y a quelques jours dans les rues d’Ecrouves informe la population de la tenue du concert, de la teneur supposée sulfureuse des textes du groupe, et invite cette même population à manifester sa désapprobation en appelant la mairie... curieuse coïncidence non ?

Et voilà, comment, en se contentant d’un journalisme porte-voix, et en passant sous silence les réactions éventuelles du groupe de rap, la rédaction en chef passe à côté d’un sujet grave, qui aurait permis de montrer entre autres, outre la violence supposée des paroles du groupe, les nouvelles tactiques médiatiques de l’extrême droite dans notre région, et qui aboutit au final à un traitement journalistique malhonnête, tronqué et partisan, pourtant validé par la rédaction en chef, diffusé deux fois, à midi dans le JT et le soir en locale de Nancy ( !!!).

On ne sait d’ailleurs toujours pas à France 3 Lorraine quelle est la teneur réelle des propos du groupe, mais nul doute que si un groupe de rap avait attaqué un député en place publique, on aurait naturellement invité l’élu de la République à se défendre dans l’Hebdo...

La section SNJ-CGT France 3 Lorraine
Nancy-Metz, le 9 novembre 2003

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