Deux chercheurs au CEVIPOF (Centre d’Ă©tude de la vie politique française - CNRS), Marie-Claire Lavabre et François Platone, viennent de publier Que reste-t-il du PCF ? (ed. Autrement/Cevipof). A l’occasion du 32e congrès du Parti communiste français, Le Monde (3 avril 2003) a publiĂ© un entretien avec François Platone, oĂą l’on peut lire ceci :
" Le Monde - Le FN a-t-il "mordu", comme on l’a dit, sur l’Ă©lectorat communiste ?
François Platone - L’hypothèse est sĂ©duisante, car, Ă partir de 1986, l’Ă©lectorat FN s’est prolĂ©tarisĂ©. Mais nous Ă©mettons, avec Marie-Claire Lavabre, beaucoup de rĂ©serves Ă ce sujet. Ce raisonnement valorise la vision d’un champ politique circulaire oĂą les extrĂŞmes se rejoignent. Il existe, bien Ă©videmment, une relation entre la montĂ©e du FN et le dĂ©clin du PCF, mais pas celle dĂ©crite jusqu’ici, sur des transferts massifs de vote. Aucune Ă©tude, statistique, monographique ou sondage d’opinion n’a pu Ă©tablir ces transferts. On est allĂ© trop vite en besogne. Si d’anciens Ă©lecteurs communistes votent aujourd’hui FN, ils ont d’abord transitĂ© par le vote PS, le vote Ă droite, et surtout par l’abstention. Chez les militants, ce phĂ©nonème est encore plus marginal et statistiquement dĂ©risoire. En revanche, il est clair que le FN a profitĂ©, politiquement, de l’effondrement du PCF, qui a laissĂ© livrĂ©es Ă elles-mĂŞmes des catĂ©gories populaires jusqu’ici encadrĂ©es et qui se sont trouvĂ©es sans porte-parole. "
Ainsi, l’affirmation selon laquelle une partie consĂ©quente de l’Ă©lectorat FN viendrait de l’Ă©lectorat communiste, n’a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© par " aucune Ă©tude, statistique, monographique ou sondage d’opinion " [1]. Cette thèse a pourtant Ă©tĂ© rĂ©pĂ©tĂ©e Ă l’envi, depuis l’Ă©mergence Ă©lectorale de Le Pen, par les plupart des " grands " journaux, Ă commencer par Le Monde... pris ici d’un accès de pudeur avec l’expression " comme on l’a dit ".
Il est vrai que cette fable correspondait Ă " la vision d’un champ politique circulaire oĂą les extrĂŞmes se rejoignent "... Face au " cercle de la raison " cher Ă Alain Minc...