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En Bref

Un grand cru Macron dans Terre de Vins

par Henri Maler,

Une « interview exclusive d’un candidat œnophile » par un magazine macrophile.

Résultat d’une habile stratégie de communication ou d’une opportune recherche du (petit) scoop ? On ne sait. Les deux sans doute. Emmanuel Macron, « candidat œnophile » nous dit-on, a accordé un entretien au magazine Terre de Vins (du Groupe Sud Ouest).


Le rédacteur en chef adjoint du magazine s’est chargé lui-même d’annoncer la bonne nouvelle, non sans se laisser griser par la grandiloquence :

« Le vin, c’est l’âme française ». Cette jolie phrase n’est ni de Rabelais, ni de Charles Baudelaire, ni de Victor Hugo, elle est d’un candidat à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron. Amateur assumé, résolument investi dans le poids économique de la filière vin en France, l’ancien ministre de l’économie a livré un entretien exclusif pour le nouveau numéro de « Terre de Vins ».

Emmanuel Macron, « en marge de cet entretien » (peut-on lire sur le site du magazine), a livré « ses confidences » que l’on peut retrouver dans deux vidéos « exclusives ». Avant de se prêter au « jeu de la dégustation à l’aveugle » (« exercice délicat où le candidat dévoile un véritable goût pour le vin »), le « candidat œnologue » a répondu aux indispensables questions suivantes :

- Un repas sans vin serait-il un repas un peu triste ?
- Êtes-vous plutôt rouge ou blanc ?
- Quel buveur de vin serez-vous à l’Élysée ?

Mais aussi à cette question, politiquement digne d’être posée autour d’un verre :

- Si vous êtes élu, quelle serait votre première mesure pour la filière ?

La « filière » est ici représentée par un média manifestement satisfait de la précédente mesure soutenue par Emmanuel Macron :

« Le candidat à l’élection présidentielle aime le vin, et il ne s’en cache pas. Et il est prêt à le défendre. Les vignerons le savent, malgré l’opposition ferme de la ministre de la Santé, Marisol Touraine, la loi Macron leur a apporté une avancée importante : l’assouplissement de la loi Evin [1] . Une mesure essentielle pour faciliter la communication autour de l’œnotourisme. »

« La filière » aurait-elle trouvé son candidat ? À n’en pas douter, c’est le cas de Terre de Vins, visiblement sans aucune modération, à l’exclusion de tout autre candidat et en toute indépendance !

Après Sciences et Avenir, Emmanuel Macron est invité ou s’invite dans des médias très accueillants, du moins avec lui. À qui le tour ? Le Journal de Mickey et Auto Plus, peut-être.

Henri Maler

 
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Notes

[1En substance, une distinction entre la publicité sur les boissons alcooliques (toujours interdite) et l’information œnologique (désormais autorisée) : « Ne sont pas considérés comme une publicité ou une propagande, au sens du présent chapitre, les contenus, images, représentations, descriptions, commentaires ou références relatifs à une région de production, à une toponymie, à une référence ou à une indication géographique, à un terroir, à un itinéraire, à une zone de production, au savoir-faire, à l’histoire ou au patrimoine culturel, gastronomique ou paysager liés à une boisson alcoolique disposant d’une identification de la qualité ou de l’origine, ou protégée (…). ». – note d’Acrimed.

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