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En bref

Souvenirs désinvoltes de journalisme désinvolte, par Fabienne Sintès (de Radio France)

par Denis Souchon, Olivier Poche,

N’importe quoi et son contraire, « avec le même aplomb ».

Le 25 juillet 2017 dans « Mémoire d’info » sur France Info, Guy Birenbaum reçoit Fabienne Sintès. Le site de cette chronique estivale annonce : « Pour ses trente ans, France Info a demandé à des personnalités de la culture et des médias de raconter l’info qui les a marquées ces trente dernières années. La journaliste de Radio France Fabienne Sintès se souvient de l’arrestation pour agression sexuelle de Dominique Strauss-Kahn, le 14 mai 2011. »

Incontestablement, Fabienne Sintès est une « personnalité des médias » : de septembre 2014 à juin 2017 elle a animé la « matinale » de France Info dont l’un des chroniqueurs s’appelait… Guy Birenbaum – tant il est vrai que ce genre de chronique est (d’abord ?) l’occasion de cultiver de bonnes relations de voisinage. Guy Birenbaum se rappellera ainsi, dans le courant de l’été, au bon « souvenir » d’autres « personnalités des médias » incontestables et indispensables : son patron (celui de Radio France, Mathieu Gallet), son « directeur délégué » (« aux antennes et au contenu de Radio France », Laurent Guimier), le « patron des sports à Radio France » (Jacques Vendroux), son collègue de France Info (Jean-Michel Apathie), Laurence Ferrari, Philippe Labro, etc.

Fabienne Sintès évoque donc « l’info qui l’a marquée » : l’arrestation pour agression sexuelle de Dominique Strauss-Kahn, le 14 mai 2011, alors qu’à l’époque elle était correspondante de Radio France aux États-Unis. Ayant appris la nouvelle en vacances, contrainte de rentrer précipitamment, elle raconte sa prise d’antenne à peine rentrée chez elle à Washington. Et nous donne un éclairage… étonnant sur la formation et les sources d’une correspondante de la radio publique française aux États-Unis : « [...] vous savez d’où je sortais ma science de la, du système judiciaire américain ? Des séries télé, tiens, pardi. Et donc je savais à peu près comment ça se passait. Je savais ce qu’était un arraignment, une sorte de mise en, de mise en examen, pas tout à fait, en tout cas de présentation de l’accusation. »

Plaisanterie ? C’est l’hypothèse généreuse. Retenons-là généreusement, et poursuivons, puisque « l’experte » Fabienne Sintès enchaîne : « Et j’explique, tout de suite, j’ai la clé dans la porte de la maison, il est 10 heures, je rentre chez moi, le téléphone sonne à 10h05, je suis à l’antenne à 10h07, et j’explique avec beaucoup d’aplomb : “Voilà ce qui va se passer devant le juge, il va plaider non coupable, il n’y a aucune chance pour qu’il aille en prison.” Trois heures après on apprend qu’il est à Rikers, […] la fameuse prison à la sortie de New York, et j’explique avec le même aplomb : “Voilà pourquoi DSK est en prison.” Ça a commencé comme ça pour nous l’affaire DSK sur France Info. »

Auto-dérision ? C’est encore l’hypothèse généreuse. Certes, l’ambiance est légère et détendue au micro de Guy Birenbaum, où l’on se raconte entre grands professionnels les anecdotes amusantes – ou supposées telles – du métier. Aussi les deux compères s’amusent-ils, et passent à la suite : la révélation, pour F. Sintès, de l’importance de Twitter. Pour notre part, nous nous permettrons de souligner que cette chronique nous montre :
– la tyrannie de l’info en continu, qui implique de « meubler » l’antenne en continu dans des conditions d’impréparation qu’un « professionnel » pourrait juger inacceptables ;
– une journaliste qui s’amuse d’avoir raconté n’importe quoi puis son contraire dans un intervalle de trois heures ;
– et qui s’émerveille de « l’aplomb » avec lequel elle a accompli cet exploit, digne en effet de « mémoire ».

Difficile de faire la part de la légèreté et de la désinvolture dans les propos de Fabienne Sintès, et dans l’absence de réaction de Guy Birenbaum. Mais puisqu’il n’en fut pas question, rappelons que, dans notre « mémoire », nous conservons d’autres souvenirs de « l’affaire DSK » et du naufrage médiatique qui l’avait accompagné.

Mais aurait-il pu en être vraiment question ? Ce serait sans doute trop demander à une chronique dont le propos semble moins d’interroger quelques « événements médiatiques » que de fournir à quelques importants l’occasion rare de parler d’eux. On retiendra ainsi l’analyse puissante, par Mathieu Gallet, de la mise en scène d’Elektra par Patrice Chéreau (« Je pense vraiment que c’est l’un de mes plus grands souvenirs de scène. L’orchestre est extraordinaire, Esa-Pekka Salonen dirige l’orchestre de Paris, la mise en scène est tout en simplicité, le casting est incroyable. Cette capacité que Chéreau avait à diriger des comédiens, à diriger des chanteurs… »), celle de l’arrivée d’Internet par Laurent Guimier (« Vingt ans après, je peux dire que cela a totalement changé ma vie ») ou la révélation de Laurence Ferrari face au Tsunami de 2004 (« Ce jour-là, j’ai décidé d’aller sur le terrain »). Et nous n’oublierons pas la modestie touchante de Raphaël Enthoven qui, à propos de la chute du mur de Berlin, tombé le jour de son anniversaire, fournit accidentellement la paradoxale épitaphe qu’il fallait à cette chronique : « Ce jour-là, j’ai appris que je n’étais moi-même qu’une anecdote. » Dommage qu’il(s) n’en ai(en)t pas tiré davantage de conclusions…


Olivier Poche et Denis Souchon

 
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