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Un témoignage de l’an 2000

Mésaventure d’un pigiste : quand on réécrit votre article…

par Sébastien Bailly,

Une mésaventure dont le récit est paru sur la liste de discussion JournaLISTE. Il est publié avec l’autorisation de son auteur.

Bonjour,

Récit d’une mésaventure…

Journaliste pigiste, j’écris un article sur les Elections municipales en ligne pour le magazine .Net (lire Point net). Surprise : lorsque je retrouve mon article dans le journal, non seulement il est totalement réécrit, mais le fond de ma pensée est non seulement déformé, mais on me fait dire le contraire de ce que j’ai écrit. Bien entendu, le papier est signé de mon nom. Même si il dit des choses que je trouverais inacceptables dans la bouche d’un autre.

Quelques exemples (je tiens mon texte original complet à la disposition de qui voudrait jouer au jeu des 777 erreurs) :

Ma proposition de chapeau : "Le 11 mars prochain, il faudra aller voter. Pourquoi ? Pour choisir le maire de votre commune. Dès aujourd’hui, la bataille est engagée sur Internet. Pour tout comprendre, connaître les candidats, et se décider en connaissance de cause."

Chapeau réécrit : "La cyberdémocratie n’est pas pour demain. On serait tenté de dire tant mieux, à voir l’indigence du Web politique ! A quelques mois des élections municipales du 11 mars 2001, tous les sites pour comprendre les enjeux de la bataille qui s’annonce."

Texte originel : "Il fallait en choisir un parmi tous les candidats ? Pourquoi pas celui là. Yvon Robert brigue sa propre succession à Rouen. Jetez un oeil sur le site pour voir ce que l’on peut faire, en toute simplicité, lorsque l’on souhaite informer ses concitoyens sur son programme d’action municipale."

Texte réécrit : "Tous les candidats ne sont pas des stars. Yvon Robert, par exemple, qui brigue sa propre succession à Rouen. Son site tente le grand écart entre information municipale et communication électorale. Mélange des genres..."

Texte original : " Même le président de Démocratie Libérale, Alain Madelin, pour qui Internet est libéral, n’a pas encore consacré de rubrique spécifique aux municipales. Ni le Rassemblement pour la France de Charles Pasqua. Rien non plus sur le site du Mouvement des citoyens. Le Parti communiste, les Verts ou le Parti socialistes ne semblent pas plus motivés. Mais il faut dire que la Gauche plurielle dans son ensemble bénéficie du travail collectif accompli sur le site www.france-elections.org (voir plus haut). Sur le site de l’UDF, on trouve déjà la liste des chefs de file pour les municipales. Mais pas encore de grandes options pour les programmes."

Texte réécrit : " Même le président de Démocratie Libérale, Alain Madelin, pour qui Internet est ce "paradis de la libre entreprise" qu’il chérit, ne s’est pas encore donné la peine de la moindre petite rubrique consacrée aux municipales. Pas plus que le Rassemblement pour la France de Charles Pasqua et Philippe de Viliers. Entre querelles intestines et banqueroute financière, les
cyberchats à fouetter attendront un peu... Plus inquiétante encore, l’indifférence du très républicain Mouvement des citoyens, de Jean-Pierre Chevènement. Et guère plus motivés, le Parti communiste, les Verts ou le Parti socialistes . Mais il faut dire que la Gauche plurielle dans son ensemble bénéficie du travail collectif accompli sur le site www.france-elections.org (voir plus haut). Sur le site de l’UDF (Union pour la démocratie française), on trouve déjà la liste des chefs de file pour les municipales. Mais pas encore un mot sur les (éventuels) programmes qu’ils défendent...

Je suis atterré. J’ai écrit un texte qui prend acte d’un certain nombre de faits, mais qui ne dénigre pas la politique, qui pousse au contraire tout un chacun à s’informer, et à se décider en connaissance de cause. Remplissant en cela, il me semble, un objectif noble. Je me retrouve signataire d’un ramassis de sous-entendus, d’un article dénigrant les partis, voire disant du mal d’un site que j’ai choisi parce que symbolique de ce que l’on peut faire d’intelligent en matière de communication électorale.

Peut importe que l’on soit sur le fond, d’accord ou non avec mon article de départ. La question est : qu’ai-je fait pour mériter ça, et comment puis-je obtenir réparation ?

Merci de votre attention. C’était un peu long, mais franchement… Je ne pouvais pas me retenir, là…

Sébastien Bailly
Journaliste

 
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