Observatoire des media

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Les barbouillages du Parisien sur les absences des enseignants

par Henri Maler,

De l’art de tout mélanger. Comment et avec quels effets.

Le Parisien-Aujourd’hui en France édite deux médias : un journal imprimé et un site Web. Deux médias bien différents, qui hiérarchisent l’information à leur manière.

Par exemple, sur le site – un site d’information en continu – le mercredi 20 janvier à 10 h. du matin, on trouvait ceci à la « Une » :

Tandis que la version papier du jour nous proposait cela :

Un titre chic et choc qui évoque l’inusable antienne sur l’absentéisme massif des enseignants, ces paresseux qui sont toujours en vacances ou en congés maladie.

Le sous-titre (en caractères proportionnellement si petits qu’il est à peine lisible sur notre image), évoque lui un sujet légèrement différent : « De plus en plus de parents d’élèves sont exaspérés par les absences non remplacées d’enseignants. Aujourd’hui, certains d’entre eux vont manifester leur mécontentement devant le ministère de l’Éducation ».

Le titre annonce un dossier sur les absences de profs et le sous-titre un dossier sur leur non-remplacement. Du moins approximativement. Même le « concepteur » de cette « Une » pourrait comprendre que ces deux questions sont différentes :
- Pourquoi les profs sont-ils absents ?
- Pourquoi les profs absents ne sont-ils pas remplacés ?

Intentionnel ou pas, la confusion entretenue par l’énorme titre de « Une » a pour effet de flatter les préjugés banalement hostiles aux enseignants.

Or, il suffit de lire la double page intérieure (p.2 et 3) pour découvrir qu’il ne s’agit nullement d’expliquer « Pourquoi autant de profs sont absents ». Sur les sept articles du « dossier » (très inégaux, souvent anecdotiques, mais rarement scandaleux…), un seul – intitulé « Pourquoi ça coince » - aborde cette question dans le paragraphe suivant, qui occupe un quart de l’article (lui-même parfaitement acceptable) :

«  Davantage d’absences ? Oui et non. Les profs n’ont pas un taux d’absentéisme supérieur aux autres salariés, quoi qu’en dit le rapport commandé à un cabinet extérieur en 2008 par Xavier Darcos. “Une absence de prof est évidemment plus apparente que celle d’un salarié dans un bureau planqué”, explique un proche du recteur. Le rapport comptabilisait en outre les congés maternité. Et là, oui, tout le monde le reconnaît, ils sont nombreux. » Et la suite de préciser que le rajeunissement et la féminisation du corps enseignant expliquent l’importance de ces congés.

Il reste que cette double page, si elle aborde les raisons de l’absence de remplacements, est essentiellement consacrée à ce qu’annonce son titre : « Enseignants absents : le ras-le-bol des parents ». Encore un titre qui entretient la confusion sur la cible de ce prétendu « ras-le-bol » : les absences des enseignants ou l’absence de remplacements – autrement dit… « l’absentéisme » du ministère ?

Ce « ras-le-bol » est illustré par la moitié des articles qui accumulent de simples exemples (qui continuent souvent à entretenir la confusion). Mais pourquoi en parler maintenant ? C’est ce que nous apprend le « chapeau » de la double page. « Des parents d’élèves vont protester cet après-midi au ministère de l’Éducation nationale contre le nombre de profs absents non remplacés. Une situation qui s’aggrave partout ».

Qui sont ces parents qui s’apprêtent à manifester ? A l’appel de qui ? Le « dossier » ne le dit pas. On apprend seulement au détour d’un encadré que « des parents d’élèves de la FCPE » [en vérité la FCPE elle-même], ont lancé un site Internet : « Ouyapascours » (dont nous donnons l’adresse qui ne figure pas dans le « dossier » du Parisien). Et rien ne nous dit que la manifestation est également appelée par des… enseignants, notamment de la Seine-Saint Denis. Fâcheuse omission…

Finalement quel est l’objet de ce « dossier » ? Expliquer un mouvement de parents d’élèves contre les carences de l’Éducation Nationale ? Ou entretenir, non sans démagogie, un mécontentement qui viserait indistinctement, le ministère et les enseignants eux-mêmes ? On ne sait. Mais les titres le savent pour nous et mieux que les articles eux-mêmes. Il doit être difficile d’être une « simple » journaliste au Parisien quand les titres et la mise en perspective ne dépendent pas de vous…

Alors que même le ministère annonce (de façon dissuasive) 20% d’enseignants en grève pour la journée d’action de la fonction publique du 21 janvier, Le Parisien, la veille, s’est emparé d’une autre actualité. Nul doute qu’il consacrera le lendemain une double page aux motifs et aux revendications des enseignants et des autres salariés mobilisés.

Henri Maler

 
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