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« La gazette des précaires des radios françaises de service public n°2 »

Rédigée par des journalistes qui préfèrent, pour des raisons aisément compréhensibles, rester discrets sur leurs identités, le numéro 2 de « La gazette des précaires des radios françaises de service public » vient de paraître (voir ici même le n°1).

Voici quelques extraits du n°2 (suivis de l’intégrale en PDF)

(édit’
Ô) Surprise !

"- Une gazette ? Ben dis donc... Ils ont vraiment rien d’autre à foutre !
- Ben non, justement..."
Et oui, les CDD et les pigistes sont des journalistes comme les autres. Ils savent écrire. Et tant qu’à avoir une plume autant parfois la mettre au service de sa propre cause.
Le premier numéro de France Précaire a beaucoup surpris et il a beaucoup fait parler. C’était le but poursuivi. Pour ceux qui en doutaient, nous sommes donc capables de faire du "métajournalisme". Et nous allons continuer à prendre un malin plaisir à dénoncer ce qui cloche dans notre milieu et ce qui ne tourne pas rond dans notre Maison. [...] »

Happy Wedding
(Lettre ouverte au nouveau président de Radio France)
Monsieur le nouveau président, nous savons que votre lune de miel aura été bien courte. Les dossiers sur votre bureau sont la dot de Radio France, soigneusement constituée par votre prédécesseur... A l’occasion de votre mariage avec notre mère nourricière, vous avez formulé des vœux. Or des vœux, cela s’échange.

Alors nous vous adressons les nôtres, même si nous précaires sommes bien conscients de n’être que portion congrue, peanuts dans le banquet nuptial, cinquième roue du carrosse en queue de cortège. Mais les faits sont têtus : nous, pigistes, CDD et autres intermittents du grand spectacle de l’information des radios publiques, réalisons souvent la moitié du temps d’antenne de ces mêmes radios. Sans différence notable pour l’auditeur, en général bien incapable de reconnaître à l’oreille un pigiste de talent d’un titulaire aguerri. [...]

[...] plus de clarté dans la gestion des CDD ne ferait pas de mal. Mais cela ne saurait tarder puisque vous avez déjà promis “d’agir dans la transparence (...) sur tous les chantiers” dès le début de votre lune de miel. Quant à la revalorisation du tarif de la pige, au moins pour les non-cartés, qui à ce jour travaillent régulièrement sous le SMIC horaire, ce ne serait pas vraiment du luxe.

Nous ne sommes pas ici pour demander la charité, juste un peu de considération. Parce que Radio France a autant besoin des précaires que les précaires ont besoin de cette Maison, dans laquelle ils sont fiers de travailler et de s’investir à corps et à vie privée perdus, avec souvent, pour simple remerciement, une ignorance superbe de leur situation. Apportez-nous un peu plus qu’une simple initiale, Monsieur le Président...


En profiter toujours, n’en parler jamais.
Planning : Le concept qui ne doit pas exister.
Pour expliquer leur situation professionnelle à des confrères, une grosse centaine de journalistes ont l’habitude de dire : "Je suis au planning de Radio France."
En général, tout le monde comprend. C’est une façon de dire que l’on fait partie d’un système dont l’aboutissement supposé est l’intégration. On pense avoir un pied dans la maison. Or ce système là n’engage que ceux qui y croient. Et la DRH le prouve plus souvent qu’à son tour... Pour Dominique Brocard, le planning n’existe pas. Vous ne l’entendrez pas prononcer le mot puisque ce serait reconnaître l’existence d’un contrat tacite d’embauche à long terme entre les journalistes et Radio France.

Pire : ce serait avouer l’usage du CDD comme période d’essai (qui plus est reconductible pendant des années...).Procédé hautement illégal. En entretiens d’embauche, il s’oblige donc à faire tout un tas de circonlocutions prudentes.

"Tourner", "travailler pour la maison depuis..." “exercer dans les locales", autant d’expressions qui permettent à ceux qui l’écoutent de bien comprendre qu’ils n’ont aucun droit naturel à du travail récurrent dans cette société.

Vous avez un peu de boulot, c’est déjà un insigne honneur. Répercussion immédiate : pour Nanou Casas, la secrétaire chargée de l’attribution des dits CDD, il n’existe plus de planning mais simplement une liste. "Ma liste" ou "mon fichier" dit-elle. Ce choix lexical est un rappel cinglant et douloureux de la précarité de notre situation. Répété en chaque occasion il est parfaitement fondé juridiquement : en dehors des périodes de contrats nous n’existons pas. Même si nous avons tous écrit des lettres de "candidature au planning" et parfois reçu des réponses "d’acceptation".

Pour Radio France, il vaut bien mieux faire la politique de l’autruche sur ce système. D’autant que nous sommes ainsi maintenus dans un état de faiblesse sociale pratique : souvent interdits de vote aux élections de représentants du personnel nous ne sommes même pas intéressants pour la politique interne syndicale. Ce système a beau ne pas exister, il est très bien réglé.


La version intégrale :

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La Gazette n°2

Voir ici même le n°1 de la gazette.

 
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