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Politiques de la dépolitisation (1) : sondages et suspenses

... Comment présenter la course des grands et petits chevaux.

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Il y a sondages et sondages :
- les sondages de comportement (« Vous arrive-t-il de naviguer en Méditerranée ? Sur le yacht de Bolloré ? ») qui peuvent être une source précieuse d’information (selon les pratiques effectives abordées…) ;
- les sondages d’intention de vote – sondages d’intention de comportement - (« si l’élection présidentielle de 2012 devait avoir lieu dimanche prochain, pour qui voteriez-vous ? ») ;
- et les sondages d’opinion (« Pensez-vous que Nicolas Sarkozy a/ devrait se consacrer au jardinage ? ou b/ devrait jouer du piano plus souvent ? ») qui construisent artificiellement une « opinion publique » qui n’existe sous cette forme que… grâce aux sondages.

C’est surtout la deuxième catégorie sui nous intéresse ici : en effet, si les sondages réalisés à quelques jours du scrutin équivalent, plus ou moins, à des simulations de vote, approximatives, mais quasiment en situation, il n’en va pas de même de ceux qui sont effectués plusieurs semaines, voire plusieurs mois avant une élection. Avant la campagne électorale, avant les débats publics, avant toute connaissance de la liste exacte des candidats, bref avant ce processus de prise de position qui s’intensifie à l’approche de l’échéance. On ne vote pas, au moins tendanciellement, sans se demander pour qui ni pour quoi. Question type des sondeurs : « Si dimanche prochain, vous deviez voter... ». Or, justement, le scrutin n’a pas lieu « dimanche prochain ».

La sondomanie a des effets sur la campagne elle-même, qu’elle contribue à dépolitiser. Elle fonctionne ainsi comme une invitation adressée aux électeurs à se déterminer non en fonction des projets (les enjeux) mais en fonction des scores escomptés. Enfin et peut-être surtout, la sondomanie incite les formations politiques à choisir leurs candidats et à profiler leur campagne en fonction des résultats des sondages.