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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Plans de licenciements dans la presse : &#171; Il est temps qu'on se mobilise tous ensemble &#187;</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Plans-de-licenciements-dans-la-presse-Il-est</link>
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		<dc:date>2026-06-17T06:49:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Younes</dc:creator>


		<dc:subject>Le groupe Ebra</dc:subject>
		<dc:subject>Le groupe Prisma presse</dc:subject>
		<dc:subject>La Montagne</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien crois&#233;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Economie-et-publicite-" rel="directory"&gt;&#201;conomie des m&#233;dias&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-groupe-Ebra-+" rel="tag"&gt;Le groupe Ebra&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-groupe-Prisma-presse-+" rel="tag"&gt;Le groupe Prisma presse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-La-Montagne-+" rel="tag"&gt;La Montagne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH82/illu_entretien_1806-a09cd.png?1781678962' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='82' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Face aux plans de licenciements en s&#233;rie dans la presse du capital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un panorama non exhaustif, lire &#171; Dans la presse &#233;crite, les plans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'intersyndicale organise &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Appel-a-mobilisation-le-18-juin-a-Paris-pour&#034;&gt;une journ&#233;e de mobilisation&lt;/a&gt; ce jeudi 18 juin et des pr&#233;avis de gr&#232;ve sont d&#233;pos&#233;s. Entretien crois&#233; avec trois journalistes : Genevi&#232;ve Thivat, journaliste &#224; &lt;i&gt;La Montagne&lt;/i&gt; ; Agn&#232;s Brian&#231;on, journaliste au &lt;i&gt;Dauphin&#233; Lib&#233;r&#233;&lt;/i&gt; et porte-parole du SNJ ; et Emmanuel Vire, journaliste &#224; &lt;i&gt;Geo&lt;/i&gt; et porte-parole du SNJ-CGT.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Acrimed : Vous exercez dans trois groupes de presse diff&#233;rents qui m&#232;nent tous en ce moment des plans de licenciements. Quelle est la situation dans vos groupes de presse respectifs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Genevi&#232;ve Thivat :&lt;/strong&gt; Le groupe Centre France a annonc&#233; un projet de suppression de 152 postes. Centre France, pour ceux qui ne connaissent pas, c'est huit titres quotidiens, ainsi que des hebdos. Nous sommes autour de 1 500 salari&#233;s pour le groupe. Le si&#232;ge, c'est le journal &lt;i&gt;La Montagne&lt;/i&gt;, le navire amiral comme on dit, le titre historique du groupe. Nous sommes un peu moins de 500 en CDI aujourd'hui &#224; &lt;i&gt;La Montagne&lt;/i&gt;. Dans le cadre de ce PSE, ce sont 65 postes qui sont menac&#233;s, parmi lesquels 25 de journalistes, car &#233;videmment, pour faire marcher un journal, il ne faut pas que des journalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;La situation est moins claire dans le groupe Ebra. L&#224;, vous savez que des postes seront supprim&#233;s, mais le plan de licenciements n'a pas encore &#233;t&#233; lanc&#233; officiellement, c'est bien cela ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agn&#232;s Brian&#231;on :&lt;/strong&gt; En effet, c'est &#231;a. Nous le savons depuis le mois de septembre dernier et l'arriv&#233;e de la nouvelle pr&#233;sidente du groupe Ebra qui est Sophie Gourmelen. L'actionnaire principal du groupe Ebra est le Cr&#233;dit Mutuel. Quand Sophie Gourmelen est arriv&#233;e, elle nous a bien expliqu&#233; que le Cr&#233;dit Mutuel demandait un retour &#224; l'&#233;quilibre sous 2 ans. Elle a donc parl&#233; d'un &#171; plan de transformation &#187;. Et on sait bien ce que &#231;a veut dire un &#171; plan de transformation &#187; : c'est un plan de licenciements, &#233;videmment. Donc depuis septembre, les salari&#233;s sont dans l'angoisse d'attendre ce plan de licenciements. Quand est-ce qu'elle va l'annoncer ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le PSE du groupe Ebra sera annonc&#233; dans chaque titre le lundi 22 juin.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Quelle sera l'ampleur de ce plan ? Qui est-ce que &#231;a va toucher ? Des journalistes, des administratifs, des ouvriers du livre ? Est-ce qu'on ferme des rotatives ? Le groupe Ebra, c'est neuf titres qui couvrent toute la fa&#231;ade est et sud-est de la France : &lt;i&gt;Les Derni&#232;res Nouvelles d'Alsace&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'Alsace&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Vosges Matin&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'Est r&#233;publicain&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le R&#233;publicain lorrain&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Progr&#232;s&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Journal de Sa&#244;ne-et-Loire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Bien public&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Dauphin&#233; lib&#233;r&#233;&lt;/i&gt;, et on descend jusqu'&#224; &lt;i&gt;Vaucluse Matin&lt;/i&gt;. Ce sont 800 000 exemplaires qui sont diffus&#233;s chaque jour. On compte 1 500 journalistes et environ 3 200 salari&#233;s au total. Depuis septembre, c'est l'inqui&#233;tude, et nous avons une multiplication des arr&#234;ts de travail li&#233;s &#224; ce stress.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Nous arrivons maintenant &#224; un cas un peu diff&#233;rent, celui du groupe Prisma. C'est donc un groupe qui a &#233;t&#233; rachet&#233; par Vincent Bollor&#233; et c'est une v&#233;ritable &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Censure-course-aux-clics-et-burn-out-dans-les&#034;&gt;casse sociale&lt;/a&gt; depuis le rachat. Peux-tu nous faire un &#233;tat des lieux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emmanuel Vire :&lt;/strong&gt; Oui, Prisma Media, c'est le leader de la presse magazine. 40 marques, plus de 40 millions de Fran&#231;ais qui lisent, regardent ou &#233;coutent une production du groupe chaque mois. C'est en gros 25% du march&#233; de la presse magazine fran&#231;aise, rachet&#233; en juin 2021 par Bollor&#233;. &#192; l'&#233;poque, ils ont laiss&#233; ouverte une &#171; clause de conscience &#187; pendant 18 mois pour les journalistes, ce qui &#233;tait in&#233;dit et a abouti au d&#233;part de 47% des journalistes permanents. C'est-&#224;-dire 197 journalistes, qui n'ont m&#234;me pas &#233;t&#233; remplac&#233;s &#224; 50%. Donc d&#232;s 2021, nous avions un PSE &#224; bas bruit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bollor&#233; ne fait pas grand-chose &#224; part de la casse sociale avec Prisma Media. Il a mis &#224; sa t&#234;te Claire L&#233;ost, pass&#233;e par le groupe Lagard&#232;re et qui est rest&#233;e PDG jusqu'&#224; l'&#233;t&#233; 2025 &#8211; date &#224; laquelle elle est devenue directrice de CMA M&#233;dia (CMA-CGM). Elle a donc &#233;t&#233; remplac&#233;e il y a un an par Arnaud Lagard&#232;re. Et les Dalton sont arriv&#233;s, comme on les appelle, c'est-&#224;-dire tout le staff Bollor&#233; en plus d'Arnaud Lagard&#232;re : G&#233;rald-Brice Viret, directeur g&#233;n&#233;ral de Canal+, Serge Nedjar et Michel Sibony, membre des comit&#233;s ex&#233;cutifs des groupes Vivendi et Canal+, notamment. &#192; partir de l&#224;, c'est la m&#233;thode Bollor&#233; classique qui se met en place. D'abord, ils s'en prennent au magazine &#233;conomique &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, dont ils changent la ligne &#233;ditoriale au profit d'une ligne d'extr&#234;me droite, avec des couvertures sur les migrants, la gabegie de l'audiovisuel public, etc. Et surtout, ils les d&#233;m&#233;nagent en m&#234;me temps rue des C&#233;vennes, l&#224; o&#249; il y a le p&#244;le facho avec CNews, &lt;i&gt;Le JDD&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le JDNews&lt;/i&gt;, Europe 1. Il y avait 27 journalistes &#224; &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, il n'y en a plus que 12 aujourd'hui. Idem au &lt;i&gt;JDD&lt;/i&gt; : avant la gr&#232;ve, il y avait 120 &#233;quivalents temps plein, aujourd'hui, il en reste 27. Quant &#224; Prisma, nous &#233;tions 900 au moment du rachat de Bollor&#233;, en juin 2021. Nous sommes tomb&#233;s &#224; 650 aujourd'hui, en sachant que sur ces 650, il reste moins de 300 journalistes. Le nouveau plan social qui a &#233;t&#233; annonc&#233;, c'est carr&#233;ment 40% des effectifs : 265 postes supprim&#233;s, ce qui nous ferait tomber &#224; moins de 400.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Les plans de licenciements que vous vivez s'inscrivent dans un contexte plus large. Il y a en ce moment une v&#233;ritable vague de destruction d'emplois dans la presse. Quelles sont les raisons invoqu&#233;es par vos actionnaires pour sabrer ainsi dans leurs activit&#233;s m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agn&#232;s Brian&#231;on :&lt;/strong&gt; Pour le groupe Ebra, l'objectif invoqu&#233; est vraiment le retour &#224; l'&#233;quilibre financier, voire la rentabilit&#233;. Clairement, aujourd'hui, le Cr&#233;dit Mutuel ne veut plus perdre d'argent avec sa branche m&#233;dia, m&#234;me si elle repr&#233;sente peut-&#234;tre 1% de tout son chiffre d'affaires. Dans son r&#233;sultat d'exploitation, on ne repr&#233;sente rien, nos pertes ne repr&#233;sentent rien pour le Cr&#233;dit Mutuel, mais il n'emp&#234;che : il faut revenir &#224; l'&#233;quilibre et la directrice qui a &#233;t&#233; nomm&#233;e n'a que deux ans pour le faire. On sait que pour revenir &#224; l'&#233;quilibre en deux ans, il n'y a qu'une solution : couper, licencier. Il y a aussi eu, depuis, des tentatives d'avoir recours &#224; l'IA, notamment &#224; &lt;i&gt;L'Est r&#233;publicain&lt;/i&gt;, et on sait qu'elle va n&#233;cessairement s'appuyer sur cela pour supprimer des postes. Toujours avec ce m&#234;me objectif : avoir une branche m&#233;dia qui serait rentable&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Genevi&#232;ve Thivat :&lt;/strong&gt; C'est un peu la m&#234;me chose au groupe Centre France, et nous encha&#238;nons les plans sociaux dans cet objectif depuis des ann&#233;es. On &#233;tait sur un plan de d&#233;parts volontaires autonome qui se terminait fin juin&#8230; et on en lance un nouveau avant m&#234;me que celui-ci soit arriv&#233; &#224; son terme. Dans les causes structurelles qui plombent nos comptes, il y a bien s&#251;r la baisse de la diffusion pay&#233;e. &#192; titre d'exemple, on est en dessous des 100 000 exemplaires vendus pour &lt;i&gt;La Montagne&lt;/i&gt;. Quand j'ai &#233;t&#233; embauch&#233;e dans les ann&#233;es 1990, le journal &#233;tait tir&#233; &#224; 250 000 exemplaires. Aujourd'hui, ce doit &#234;tre environ &#224; 120 000, et on doit en vendre peut-&#234;tre 95 000. L'objectif d'avoir une part de chiffre d'affaires cons&#233;quent venant du num&#233;rique pour amortir cette baisse de diffusion pay&#233;e n'a pas &#233;t&#233; atteint. C'est la conjugaison de tout &#231;a qui fait qu'au final, ils tapent sur l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, c'est que c'est un cercle vicieux. Supprimer des emplois, &#231;a d&#233;grade la qualit&#233; de l'information. Au &lt;i&gt;Populaire du Centre&lt;/i&gt; par exemple, vont &#234;tre ferm&#233;es 2 agences locales, Bellac et Saint-Junien. L'an dernier : l'agence de Riom de &lt;i&gt;La Montagne&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; ferm&#233;e. Trois personnes continuent de couvrir Riom, mais depuis Clermont-Ferrand, &#233;loignant le titre de son lectorat. Dans les agences, vu la baisse des effectifs de journalistes et la surcharge de travail qui en r&#233;sulte, il y a beaucoup de souffrance au travail. Les horaires de travail sont compl&#232;tement d&#233;lirants&#8230; En plus, d&#233;sormais, la direction nous demande de tout miser sur l'&#171; hyper proximit&#233; &#187;, mantra du directeur g&#233;n&#233;ral qui est arriv&#233; r&#233;cemment &#224; la t&#234;te du journal. Et dans les faits, o&#249; est-ce qu'on supprime des postes ? Encore dans les agences locales&#8230; C'est compl&#232;tement absurde. Pour faire un journal de proximit&#233; et de qualit&#233;, il faut des moyens humains : ce n'est pas l'IA qui va aller interroger Mme Michu qui a repris une &#233;picerie abandonn&#233;e depuis 30 ans, ou qui va aller couvrir une gr&#232;ve &#224; La Souterraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;En effet, cela ressemble &#224; un cercle vicieux : on vous coupe les vivres parce que la diffusion pay&#233;e baisse, mais en vous coupant les vivres, on d&#233;grade la qualit&#233; de l'information, ce qui va continuer de faire baisser la diffusion pay&#233;e. On peut penser qu'il faudrait faire exactement le contraire&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agn&#232;s Brian&#231;on :&lt;/strong&gt; On a des directions qui ne se rendent pas compte de l'importance de la presse quotidienne r&#233;gionale et qui disent : &#171; Il faut faire des papiers qui font du clic &#187;. Or, les papiers qui font du clic, c'est du fait divers, c'est parfois le truc people, parfois les histoires d'animaux. Vous pouvez faire une jolie histoire avec un animal, un chien qui a &#233;t&#233; retrouv&#233; 20 ans apr&#232;s, vous faites du clic &#224; 100% avec &#231;a. L'information pour le lecteur, elle est proche de z&#233;ro, mais &#231;a fait du clic. On a par ailleurs moins de temps pour faire les reportages, donc forc&#233;ment, on propose moins d'informations nouvelles, in&#233;dites, on r&#233;v&#232;le beaucoup moins de choses &#224; nos lecteurs. Aujourd'hui, je reste une demi-heure voire trois quarts d'heure sur un reportage, alors qu'avant, je savais que je pouvais rester une heure et demie, deux heures, discuter avec les gens, trouver d'autres sujets, d'autres angles, d'autres contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous demande aussi d'&#234;tre extr&#234;mement polyvalents, c'est-&#224;-dire qu'aujourd'hui, quand un r&#233;dacteur part en reportage, il fait son reportage, ses photos, &#233;ventuellement un petit bout de son parce qu'il faudra en faire un podcast, mais aussi un petit bout de vid&#233;o parce qu'il faudra faire de la vid&#233;o ; puis attendez, la vid&#233;o, il l'envoie tout de suite, parce qu'il faut que &#231;a aille sur le web tout de suite. Quand il rentre, il faut faire le diapo, et puis seulement apr&#232;s, on se met &#224; faire le papier. Vous imaginez bien qu'apr&#232;s tout &#231;a, l'article, il n'est plus &#224; la hauteur de ce qu'on peut imaginer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc je pense qu'on propose &#224; nos lecteurs une offre qui est tout simplement de moins bonne qualit&#233;, non par la faute des journalistes, mais parce qu'on n'a plus les conditions de travail qui nous permettent de faire notre m&#233;tier correctement. Plut&#244;t que de se dire &#171; on met l'argent n&#233;cessaire pour aller chercher de l'information que les autres n'ont pas, qui apporte une vraie valeur ajout&#233;e &#187;, eh bien non : on d&#233;cide de faire au plus vite, au plus simple, parce qu'il faut remplir des pages, et parce que plus de pages, &#231;a veut dire plus de potentiels encarts de pub.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Du c&#244;t&#233; de Prisma, il n'y a m&#234;me pas l'excuse de la rentabilit&#233; : le groupe est d&#233;j&#224; b&#233;n&#233;ficiaire, mais licencie quand m&#234;me&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emmanuel Vire :&lt;/strong&gt; Bollor&#233; n'a en effet aucune raison de lancer un plan de cette ampleur-l&#224;. Il faut savoir qu'en 2025, comme chaque ann&#233;e depuis sa cr&#233;ation en 1979, Prisma Media a &#233;t&#233; b&#233;n&#233;ficiaire avec 6 millions d'euros de b&#233;n&#233;fices net. Mais &#233;videmment, &#231;a ne lui suffit plus. Il nous dit qu'il faut retrouver de la rentabilit&#233;, mais derri&#232;re, c'est un plan de d&#233;croissance et de fermeture de Prisma Media dont il est question. Un directeur m'a dit que la presse magazine, c'&#233;tait fini, qu'elle n'avait aucun avenir et qu'il fallait arr&#234;ter avec ces conneries. &#201;videmment, nous, nous pensons tout &#224; fait le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a un autre plan social dont on ne parle jamais, c'est celui qui touche les journalistes r&#233;mun&#233;r&#233;s &#224; la pige, alors que la presse magazine ne pourrait pas fonctionner sans eux. C'est une arm&#233;e de pr&#233;caires qui fait les magazines du groupe Prisma. On avait 980 pigistes qui collaboraient avec Prisma Media en d&#233;cembre 2020, c'est-&#224;-dire avec un minimum d'une pige par an, pour une masse salariale de 6,5 millions d'euros par an. En d&#233;cembre 2025, il n'en restait que 480 pour une masse salariale de 2,4 millions d'euros. Vous le voyez le PSE &#224; bas bruit qui a couru sur les cinq derni&#232;res ann&#233;es ? On a liquid&#233; tous les pigistes qui avaient peu de collaboration avec Prisma. Donc la seule question qui se pose ici et maintenant, c'est : pourquoi Bollor&#233; a-t-il rachet&#233; Prisma Media ? Alors c'est une bonne op&#233;ration financi&#232;re : il l'avait rachet&#233; au groupe allemand Bertelsmann pour 170 millions&#8230; qu'il a r&#233;cup&#233;r&#233;s rien qu'en vendant &lt;i&gt;Gala&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt;. &#192; ce moment-l&#224;, il &#233;tait donc &#224; z&#233;ro. Il a eu le co&#251;t des clauses de cession, 25 millions, mais avec le b&#233;n&#233;fice total qu'il a pris entre 2021 et 2025, il a r&#233;cup&#233;r&#233; 60 millions d'euros grosso modo. On voit donc qu'il fait quand m&#234;me une op&#233;ration &#224; plus 35 millions d'euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Vous n'&#234;tes qu'un actif financier, en fin de compte&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emmanuel Vire :&lt;/strong&gt; Oui, et un instrument politique &#233;galement puisque nous pensons que ces man&#339;uvres ont un lien avec la pr&#233;sidentielle. La derni&#232;re lame qui nous est tomb&#233;e dessus, il y a une semaine, c'est qu'ils veulent nous faire d&#233;m&#233;nager nous aussi rue des C&#233;vennes, avec le p&#244;le facho dont je parlais tout &#224; l'heure. Les journalistes de Prisma n'ont vraiment pas envie d'y aller. On imagine que ce sera plus facile de jouer avec certains de ses titres, en particulier les titres de presse &#171; people &#187; : on voit tr&#232;s bien les &#171; couv' &#187; de Bardella avec sa princesse qui pourraient arriver&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agn&#232;s Brian&#231;on :&lt;/strong&gt; Je pense qu'il y a l&#224; quand m&#234;me une diff&#233;rence : le cas que vit Emmanuel &#224; Prisma est quand m&#234;me tr&#232;s particulier. Le motif &#233;conomique n'existe pas de son c&#244;t&#233;. On parle d'une entreprise b&#233;n&#233;ficiaire. C'est le cas &#233;galement avec Infopro Digital, o&#249; il n'y a pas de motif &#233;conomique non plus. Dans leurs cas, on est sur de la sp&#233;culation, des man&#339;uvres politiques et d'influence, une vraie concentration &#224; vis&#233;e politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Face &#224; cette situation, vous avez lanc&#233; &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Appel-a-mobilisation-le-18-juin-a-Paris-pour&#034;&gt;un appel intersyndical&lt;/a&gt; &#224; la gr&#232;ve le 18 juin.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emmanuel Vire :&lt;/strong&gt; Ce qui est int&#233;ressant, c'est qu'on essaie d'agr&#233;ger une r&#233;action collective &#224; des plans sociaux et &#224; des destructions de l'information un peu partout. On essaie de se regrouper pour mener un front commun : aussi bien presse &#233;crite que presse audiovisuelle, sans oublier les non-journalistes, parce que sans eux, on n'existe plus. C'est la raison pour laquelle le 18 juin est une journ&#233;e tr&#232;s importante pour nous. C'est le d&#233;but d'un mouvement qu'on esp&#232;re plus large. Il s'agit de r&#233;agir, de r&#233;fl&#233;chir et aussi dire aux citoyens que pour nous non plus, ce n'est plus possible &#8211; on sait le niveau de d&#233;fiance envers les journalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agn&#232;s Brian&#231;on :&lt;/strong&gt; La mobilisation commune, c'est une id&#233;e lanc&#233;e par le SNJ en effet, mais &#224; laquelle l'ensemble des syndicats de journalistes et des professions du monde de l'information ont adh&#233;r&#233; imm&#233;diatement. C'est un peu une prise de conscience. Au SNJ, les militants sont habitu&#233;s &#224; nous envoyer leurs accords, les annonces de plans sociaux, etc. puis &#224; ce qu'on les accompagne et les conseille. L&#224;, c'est la premi&#232;re fois que je voyais autant de plans arriver en m&#234;me temps. Nous nous sommes dit : &#171; C'est pas possible, on ne peut pas continuer &#224; se battre chacun dans son entreprise, il faut que &#231;a se sache. &#187;. Le journaliste qui ne dit rien, qui se tait, qui accepte tout, c'est fini ! Il est temps qu'on dise ce qui se passe dans nos entreprises de presse, il est temps surtout qu'on se mobilise tous ensemble. Nous les journalistes avons parfois l'image de bourgeois qui ne nous m&#234;lons pas au reste de l'entreprise de presse. Je l'ai entendu, et c'est faux. Aujourd'hui, on est tous dans la m&#234;me merde, donc on s'est dit : &#171; On se bouge, on alerte et on revendique, parce qu'on a plein d'id&#233;es &#224; proposer. &#187;. On aimerait, pour une fois, se faire entendre. Les &#233;diteurs pensent qu'ils ont les r&#233;ponses &#224; toutes les questions, mais leurs r&#233;ponses ne sont pas les bonnes, sinon on n'en serait pas l&#224;. On sait aussi que la solution, elle vient du public, parce qu'eux nous lisent, eux &#233;coutent nos reportages, eux savent ce qu'ils ont envie de lire, ce qu'ils ont envie de voir, savent ce qui les int&#233;resse, ce qu'ils nous demandent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se faire entendre, il faut aller &#224; Paris, il faut se montrer ; donc on vient tous &#224; Paris le 18 juin. C'est le moment : si on laisse faire cette fois-ci, si on ne dit rien, c'est mort. La rupture est l&#224; : on est vraiment &#224; la limite d'une mort de l'information et de la d&#233;mocratie derri&#232;re, parce que s'il n'y a plus d'information, eh bien votre d&#233;mocratie, elle va s'appuyer sur quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Genevi&#232;ve Thivat :&lt;/strong&gt; De notre c&#244;t&#233;, ce n'est pas si facile de mobiliser pour une cause g&#233;n&#233;rale en plein PSE. &#192; &lt;i&gt;La Montagne&lt;/i&gt;, tout le monde est un petit peu sous le choc de la situation, donc j'esp&#232;re r&#233;ussir &#224; mobiliser pour le 18. C'est ce que disait Agn&#232;s tout &#224; l'heure : quand on vit un PSE, c'est bien normal qu'on ait la t&#234;te dedans&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que cette crise de la presse qu'on d&#233;crit depuis tout &#224; l'heure n'oblige pas &#224; (se) poser des questions fondamentales, notamment sur la forme de propri&#233;t&#233; des entreprises de presse ? Est-ce que &#231;a ne devrait pas &#234;tre des entreprises &#224; but non lucratif ? Ce sont des questions qui &#233;mergent p&#233;riodiquement, mais est-ce que la p&#233;riode de crise aigu&#235; que nous traversons n'est pas propice &#224; un d&#233;bat public beaucoup plus large sur ce sujet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agn&#232;s Brian&#231;on :&lt;/strong&gt; On peut se poser ces questions-l&#224;, tout comme on peut peut-&#234;tre imaginer la presse de proximit&#233; comme un bien commun, celle qui a vocation &#224; &#234;tre un pilier de la d&#233;mocratie et &#224; permettre &#224; tout le monde d'avoir une information fiable et de qualit&#233;. On doit arr&#234;ter de dire &#224; nos &#233;diteurs : &#171; Vous gagnerez de l'argent en faisant de la presse. &#187;. Une entreprise de presse n'est pas une entreprise comme une autre, ce n'est surtout pas un bien marchand. Je me marre encore en repensant &#224; notre ancien PDG, Philippe Carli, qui avait vendu des machines &#224; laver dans le pass&#233; et qui voulait appliquer les m&#234;mes recettes au groupe Ebra... Non, non : un journal, ce n'est pas des machines &#224; laver, on ne vend pas les deux de la m&#234;me fa&#231;on. Donc il faudrait peut-&#234;tre imaginer un statut &#224; part pour les entreprises de presse en effet, qu'on accepte de ne pas gagner d'argent parce que ces entreprises remplissent une mission publique. C'est un peu ce que ressentent les lecteurs : nous ne sommes pas un service public, mais nous remplissons une mission publique indispensable. Ils ont besoin de cette information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emmanuel Vire :&lt;/strong&gt; Vous connaissez les positions du SNJ-CGT &#224; ce sujet ! Nous voulons avancer sur nos deux jambes, je dirais. D'abord, &#233;videmment, comme tu le dis, casser la concentration qui devient tr&#232;s inqui&#233;tante. Est-ce qu'il faut en arriver &#224; un homme = un m&#233;dia ? Parce qu'il faut l&#224; aussi &#234;tre clair : on ne cassera pas comme &#231;a la libre propri&#233;t&#233; dans ce pays&#8230; &#201;videmment, il faut des syst&#232;mes &#224; but non lucratif pour les entreprises de presse. Il y a beaucoup de choses &#224; r&#233;fl&#233;chir l&#224;-dessus. Mais surtout, n'oublions pas notre deuxi&#232;me jambe, &#224; savoir la proposition que tous les syndicats poussent depuis maintenant 15 ans : la reconnaissance juridique de l'&#233;quipe r&#233;dactionnelle. Il faut que dans nos r&#233;dactions, les journalistes reprennent du poids par rapport &#224; l'actionnaire ; qu'on ait notamment &#224; dire sur la d&#233;signation des directeurs, mais &#231;a va en r&#233;alit&#233; beaucoup plus loin que &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trouve qu'il y a quand m&#234;me une hypocrisie sans nom de nos &#233;diteurs, dont beaucoup sont des milliardaires, des banquiers ou des industriels. Nous, on n'est pas du tout &#233;tonn&#233; de la situation. &#199;a fait tr&#232;s longtemps qu'on dit que les milliardaires ne nous sauveront pas, bien au contraire. En 10 ans, on a d&#233;j&#224; perdu 5 000 cartes de presse : on avait failli atteindre les 40 000, on en est &#224; moins de 35 000 cartes. Les milliardaires disent avoir toutes les solutions, mais ils ont &#233;t&#233; incapables de n&#233;gocier le virage du num&#233;rique, de d&#233;velopper des mod&#232;les payants solides comme &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a su le faire par exemple. Je suis dans le magazine &lt;i&gt;Geo&lt;/i&gt; et quand tu regardes le site, tu tombes de ta chaise. C'est d'un niveau lamentable. Et pourtant, ils cherchent quand m&#234;me &#224; r&#233;cup&#233;rer de l'argent et des subventions. Donc je suis quand m&#234;me assez scandalis&#233; par l'attitude de tous ces &#233;diteurs, qui ne font que pleurnicher et qui en plus d'&#234;tre de tr&#232;s mauvais strat&#232;ges, d&#233;truisent d&#233;sormais massivement l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;J&#233;r&#233;mie Younes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour un panorama non exhaustif, lire &#171; Dans la presse &#233;crite, les plans sociaux se multiplient, l'audience et la publicit&#233; &#233;tant vampiris&#233;es par les g&#233;ants du Web &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/04/20/dans-la-presse-ecrite-les-plans-sociaux-se-multiplient-l-audience-et-la-publicite-etant-vampirisees-par-les-geants-du-web_6681607_3234.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 20/04&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le PSE du groupe Ebra &lt;a href=&#034;https://www.lalettre.fr/fr/medias_presse-ecrite/2026/06/16/ebra--sophie-gourmelen-lance-un-important-plan-de-departs-volontaires,110802665-art&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sera annonc&#233;&lt;/a&gt; dans chaque titre le lundi 22 juin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Matthieu Pigasse : un &#171; Bollor&#233; de gauche &#187; ?</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Matthieu-Pigasse-un-Bollore-de-gauche</link>
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		<dc:date>2026-05-22T15:30:46Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Younes, Pauline Perrenot</dc:creator>


		<dc:subject>Matthieu Pigasse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comment convertir un capital &#233;conomique en capital m&#233;diatique et politique.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Concentration-et-financiarisation-" rel="directory"&gt;Concentration et financiarisation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Matthieu-Pigasse-+" rel="tag"&gt;Matthieu Pigasse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/pigasse-363e5.png?1779463850' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Retour sur la derni&#232;re tourn&#233;e m'as-tu-vu de Matthieu Pigasse, le &#171; &lt;i&gt;banquier de gauche&lt;/i&gt; &#187; qui se vit comme un rempart face &#224; l'empire Bollor&#233; et un h&#233;raut de la &#171; &lt;i&gt;bataille culturelle&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;&#224; disposition&lt;/i&gt; &#187; pour 2027. Ou comment convertir un capital &#233;conomique en capital m&#233;diatique et politique. Et le journalisme dans tout &#231;a ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le paysage m&#233;diatique fran&#231;ais ne manque pas de milliardaires (ou de multimillionnaires) passionn&#233;s par la presse au point d'investir leur fortune dans cette activit&#233; certes peu rentable, mais bien pratique pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de leur groupe industriel, promouvoir leur image publique ou influencer la vie politique. De ce point de vue, le banquier d'affaires Matthieu Pigasse est loin d'&#234;tre un nouveau venu : en 2005, il n&#233;gocie la vente de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; &#224; &#201;douard de Rothschild ; en 2007, il tente, sans succ&#232;s, de s'emparer de la pr&#233;sidence du conseil de surveillance du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; ; groupe Le Monde qu'il rach&#232;te en 2010, avec Xavier Niel et Pierre Berg&#233;, avant de c&#233;der ses parts &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie/250122/le-monde-matthieu-pigasse-vend-la-moitie-de-ses-parts-xavier-niel&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en 2019 puis 2022&lt;/a&gt; ; il est aujourd'hui propri&#233;taire de Radio Nova et des &lt;i&gt;Inrockuptibles&lt;/i&gt;, actionnaire du Huffington Post et de la soci&#233;t&#233; de production Mediawan (&#171; C &#224; vous &#187;, &#171; C dans l'air &#187;, etc.)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mediawan d&#233;tient plusieurs bo&#238;tes de production, comme Maximal, R&#233;servoir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; et il envisagerait, selon les informations du site &lt;a href=&#034;https://www.satellifacts.com/news/revue-de-presse/matthieu-pigasse-groupe-combat-en-piste-pour-lancer-une-chaine-d-info-en-continu-de-gauche-sur-la-tnt&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Satellifacts&lt;/a&gt;, de &#171; &lt;i&gt;lancer une cha&#238;ne d'info en continu de gauche sur la TNT&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais depuis quelques mois et dans la perspective de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2027, celui que toute la presse de droite pr&#233;sente dor&#233;navant comme &#171; &lt;i&gt;le Bollor&#233; de gauche&lt;/i&gt; &#187; ne se contente plus de mener son &#171; combat &#187; (c'est le nom de son groupe de presse) via l'influence suppos&#233;e de sa radio ou de ses journaux : apr&#232;s avoir &#233;t&#233; en bonne place dans les cabinets de Dominique Strauss-Kahn et de Laurent Fabius au minist&#232;re des Finances entre la fin des ann&#233;es 1990 et le d&#233;but des ann&#233;es 2000 sous les gouvernements Jospin &#8211; dont on retiendra d'ailleurs quelques faits d'armes assur&#233;ment tr&#232;s &#171; &#224; gauche &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple un aper&#231;u de son CV dont s'enorgueillissait Le Monde en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; &#8211;, le banquier cherche de nouveau &#224; se m&#233;nager une place de premier plan sur la sc&#232;ne politique. Il se &#171; &lt;i&gt;tient pr&#234;t&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;n'&#233;carte aucune hypoth&#232;se&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;est &#224; la disposition de la gauche&lt;/i&gt; &#187; et se d&#233;multiplie dans les m&#233;dias pour le faire savoir.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;&#171; &lt;i&gt;Un banquier de gauche&lt;/i&gt; &#187; qui &#171; &lt;i&gt;se tient pr&#234;t&lt;/i&gt; &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Un capitaliste qui poss&#232;de des titres de presse dispose de plusieurs fa&#231;ons d'exercer son pouvoir. Matthieu Pigasse, lui, semble se servir de son &#171; aventure &#233;ditoriale &#187; (et du succ&#232;s des humoristes qu'il finance) pour se fabriquer une image publique de &#171; banquier de gauche &#187;, mais aussi de &#171; pr&#233;sidentiable &#187; et s'octroyer au passage une place d&#233;mesur&#233;e dans le d&#233;bat politique. Une place que lui accordent sans rechigner journaux et t&#233;l&#233;visions, et que le banquier d'affaires ne peut accaparer &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; du fait de sa position sociale&#8230; et parce qu'il investit dans la presse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le voici donc en tourn&#233;e m&#233;diatique pour, dans le m&#234;me souffle, parler des audiences de Nova et des &#233;ch&#233;ances de 2027. Si le marathon n'est pas aussi intense qu'&lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/La-tournee-mediatique-triomphale-de-Matthieu-Pigasse&#034;&gt;en 2014&lt;/a&gt; &#8211; lors de la parution d'un ouvrage que &lt;i&gt;Les &#201;chos&lt;/i&gt; d&#233;crivaient d&#233;j&#224; avec quelque cocasserie comme &#171; &lt;i&gt;le cri d'alarme d'un banquier de gauche&lt;/i&gt; &#187; &#8211;, Matthieu Pigasse n'en est pas moins re&#231;u avec les honneurs dans des cases &#171; prestigieuses &#187; et parmi les plus expos&#233;es de l'audiovisuel, comme &#171; Quotidien &#187; (TMC, 21/04) ou encore les &#171; Matins &#187; de France Culture (23/04). Au cours de ces entretiens, Pigasse est pr&#233;sent&#233; alternativement comme un &#171; &lt;i&gt;banquier de gauche&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;le banquier qui veut taxer les riches&lt;/i&gt; &#187;, voire un banquier&#8230; &#171; &lt;i&gt;contre le capitalisme&lt;/i&gt; &#187; ! Il se pose tant&#244;t en sp&#233;cialiste de l'&#233;conomie, tant&#244;t en analyste de la g&#233;opolitique ; il se fait pourfendeur des in&#233;galit&#233;s et chevalier de la &#171; &lt;i&gt;bataille culturelle&lt;/i&gt; &#187; ; il parle de la &#171; &lt;i&gt;bonne et de la mauvaise finance&lt;/i&gt; &#187;, mais aussi de &#171; &lt;i&gt;l'union de la gauche&lt;/i&gt; &#187; ; et n'oublie jamais de signaler qu'il est &#171; &lt;i&gt;disponible&lt;/i&gt; &#187; pour 2027.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse &#233;crite s'engouffre bien &#233;videmment dans les portes laiss&#233;es ouvertes, quand bien m&#234;me elle ne tient l&#224; aucun &#171; scoop &#187;. Dans la p&#233;riode r&#233;cente en effet, l'affairiste avait d&#233;j&#224; affich&#233; publiquement ses ambitions politiciennes : en janvier par exemple, il &#171; &lt;i&gt;n'exclu[ait] rien&lt;/i&gt; &#187; au micro de la matinale de France Inter, d&#233;clarait vouloir &#171; &lt;i&gt;peser sur 2027&lt;/i&gt; &#187;, et tous les journaux s'en faisaient l'&#233;cho. D&#233;p&#234;che AFP, reprises dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, &#233;dito &lt;a href=&#034;https://www.lepoint.fr/editos-du-point/fog-lincroyable-m-pigasse-part-en-campagne-RMWUWCUAVVHHDP5TMJA4HVAIRM/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;enflamm&#233;&lt;/a&gt; de Franz-Olivier Giesbert&#8230; En septembre 2025 encore, il &#233;tait invit&#233; de l'&#233;mission &#171; L'&#201;v&#233;nement &#187; sur France 2, interrog&#233; &#224; propos de &#171; &lt;i&gt;l'instabilit&#233; politique&lt;/i&gt; &#187; et de la &#171; &lt;i&gt;crise budg&#233;taire&lt;/i&gt; &#187; par une brochette de quatre commentateurs, au m&#234;me titre &#8211; et dans le strict m&#234;me dispositif &#8211; que trois responsables politiques, en l'occurrence Jordan Bardella (RN), Jean-Luc M&#233;lenchon (LFI) et la ministre des Comptes publics de l'&#233;poque, Am&#233;lie de Montchalin (Renaissance).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, la presse politique toutes tendances confondues n'a pas cess&#233; de le positionner &#171; dans la photo &#187;, souvent &#224; propos d'une hypoth&#233;tique &#171; union de la gauche &#187;. Dans la foul&#233;e de ses apparitions audiovisuelles, le voici &#224; Liffr&#233;, &#171; &lt;i&gt;au grand raout des sociaux-d&#233;mocrates&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, 29/04), en compagnie de la gauche qui se d&#233;signe elle-m&#234;me comme &#171; &lt;i&gt;non-m&#233;lenchoniste&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 27/04). Le 26 avril, Matthieu Pigasse donne un grand entretien &#224; &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt;, titr&#233; tout en finesse : &#171; Je suis disponible pour la gauche &#187;. Ce voyage en Bretagne va faire les choux gras de la presse politique, d'autant que cette derni&#232;re aura l'occasion de se mettre sous la dent une anecdotique &#171; embrouille &#187; entre Rapha&#235;l Glucksmann et Matthieu Pigasse &#8211; le premier aurait esquiv&#233; un d&#233;bat avec le second. &#171; &lt;i&gt;&#192; quoi joue Matthieu Pigasse en ciblant Rapha&#235;l Glucksmann ?&lt;/i&gt; &#187;, se demande ainsi Antoine Oberdorff dans &lt;i&gt;L'Opinion&lt;/i&gt; (27/04). Le bruit m&#233;diatique nourrissant le bruit m&#233;diatique, la co-construction d'une &#233;ventuelle candidature de Matthieu Pigasse bat son plein, lequel figure d'ailleurs dans les &#233;num&#233;rations des &#171; candidats potentiels &#224; gauche &#187;. Les sp&#233;culations sont aussi bien entretenues dans &lt;i&gt;La Tribune Dimanche&lt;/i&gt; (03/05) que dans &lt;a href=&#034;https://regards.fr/pigasse-sur-orbite-presidentielle/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Regards&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (27/04) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Catherine Tricot :&lt;/strong&gt; Les socialistes ne manquent pas de pr&#233;tendants mais aucun ne s'impose. Le flop du groupement Glucksmann/Jadot/Vallaud complique encore l'&#233;quation&#8230; alors que le temps presse. Un homme coche de nombreuses cases : le millionnaire Matthieu Pigasse. La fus&#233;e est sur le pas de tir.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tristesse de la prose des journalistes politiques : la m&#233;taphore, &#224; vocation performative, est identique &#224; celle que mobilisait &lt;i&gt;L'Obs&lt;/i&gt; en mars 2016 pour propulser &#224; la Une&#8230; &#171; &lt;i&gt;la fus&#233;e Macron&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;&#171; &lt;i&gt;Deux faces d'une m&#234;me pi&#232;ce&lt;/i&gt; &#187; : Bollor&#233; vs Pigasse ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Cela dit, difficile de parler ici d'unanimisme. &#192; force de mettre en avant son activisme &#233;ditorial et de se positionner en dernier rempart contre l'extr&#234;me droite pr&#233;datrice, le banquier d'affaires s'est en effet attir&#233; les foudres de la presse conservatrice et r&#233;actionnaire, fachosph&#232;re incluse. Le 10 mai notamment, une &#171; pol&#233;mique &#187; est lanc&#233;e sur les r&#233;seaux apr&#232;s une chronique humoristique de Pierre-Emmanuel Barr&#233; dans l'&#233;mission &#171; La Derni&#232;re &#187; (Radio Nova). Le groupe Bollor&#233; (CNews, Europe 1, &lt;i&gt;Le JDD&lt;/i&gt; notamment), &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, G&#233;raldine Woessner, Sophia Aram, Eug&#233;nie Basti&#233;&#8230; et bien plus largement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple le billet de Daniel Schneidermann dans Lib&#233;ration (15/05).&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : toutes et tous y vont de leur petite chronique ou de leur petite indignation. Radio Nova, qui n'est pas une radio d'information g&#233;n&#233;rale, serait ainsi le &#171; &lt;i&gt;CNews invers&#233;&lt;/i&gt; &#187; (Caroline Fourest, X, 11/05) et Pigasse est camp&#233; en &#171; &lt;i&gt;Bollor&#233; de gauche&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes comme les deux faces d'une pi&#232;ce ?&lt;/i&gt; &#187;, demandait Yann Barth&#232;s &#224; l'int&#233;ress&#233; quelques semaines plus t&#244;t (&#171; Quotidien &#187;, 21/04).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question reprise dans &lt;i&gt;Franc-Tireur&lt;/i&gt; (13/05) par Thierry Keller, qui livre du m&#234;me coup sa r&#233;ponse : &#171; &lt;i&gt;Quand Bollor&#233; soutient l'union des droites, quitte &#224; faire monter l'extr&#234;me droite raciste, le second soutient l'union des gauches, quitte &#224; faire grimper l'extr&#234;me gauche antis&#233;mite.&lt;/i&gt; &#187; L'hebdomadaire porte m&#234;me Matthieu Pigasse &#224; la Une, reconverti cette fois en &#171; Bollor&#233; de M&#233;lenchon &#187;, tandis qu'en guise de cons&#233;cration, le banquier d'affaires fait l'objet de la quasi-totalit&#233; de la chronique de Caroline Fourest dans &#171; 24h Pujadas &#187; (LCI, 12/05), o&#249; entre autres outrances, on entendra celle-ci : &#171; &lt;i&gt;Radio Nova, il en a fait Radio Gaza.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_16537 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/franctireur_pigasse.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L400xH545/franctireur_pigasse-15a3c-9b706.png?1779463850' width='400' height='545' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Pluralisme oblige, c'est dans &lt;i&gt;Les &#201;chos&lt;/i&gt; (19/05) que la franc-tireuse Tristane Banon s'en va combattre &#171; &lt;i&gt;l'ultra-gauche d&#233;complex&#233;e&lt;/i&gt; &#187; s&#233;vissant au micro de Nova :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tristane Banon :&lt;/strong&gt; [S]i une d&#233;mocratie peut survivre &#224; des organes de presse engag&#233;s, comment s'assurer qu'elle tienne bon face &#224; des m&#233;dias transform&#233;s en artillerie partisane. D'autant que le &#171; combat &#187; de Matthieu Pigasse &#233;pouse les contours d'une gauche radicalis&#233;e, fascin&#233;e par le bruit, la conflictualit&#233; permanente et l'indignation s&#233;lective. Quand il ne cautionne pas l'antis&#233;mitisme pur et dur, sous couvert de gaudriole. C'est une croisade culturelle qui puise ses id&#233;es dans le &#171; m&#233;lenchonisme &#187;, avec sa dramaturgie du peuple offens&#233;, et son go&#251;t du tribunal moral. [&#8230;] [L]e d&#233;bat public devient un ring o&#249; des m&#233;dias radicalis&#233;s ne cherchent plus &#224; &#233;clairer, mais &#224; galvaniser. C'est ainsi que meurent les nuances : dans le vacarme incessant de guerres culturelles indignes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Pigasse se retrouve-t-il au milieu de la photo, au c&#339;ur des &#233;ditos et des envol&#233;es de plateaux. La situation est pour le moins incongrue : les &#233;ditorialistes qui lui reprochent son engagement politique travaillent pour des m&#233;dias appartenant &#224; des magnats (Kretinsky, Dassault, Pinault, Arnault, etc.) qui en font tout autant &#8211; &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Monopole-mortifere-de-Bernard-Arnault-sur-la&#034;&gt;si ce n'est bien plus&lt;/a&gt; &#8211;, et ne brillent pas sp&#233;cialement par leur aptitude &#224; la &#171; nuance &#187;, ni par leur pond&#233;ration. Ils sont donc ce qu'on appelle des &#171; gatekeepers &#187; : des acteurs oppos&#233;s &#224; ce que les participants du grand Monopoly de la presse prennent quelques libert&#233;s, m&#234;mes infimes, avec les r&#232;gles du jeu. Dans un paysage de l'information fonctionnant en circuit ferm&#233; &#8211; du &#171; cercle de la raison &#187; &#224; l'extr&#234;me droite &#8211;, le &#171; laisser-faire &#187; de Matthieu Pigasse face &#224; l'&#233;mission de &#171; la bande &#224; Meurice &#187; lui attire par cons&#233;quent les rodomontades habituelles contre la gauche. Des cris d'orfraie qui nous rappellent d'ailleurs, s'il en &#233;tait besoin, l'ADN autoritaire des commentateurs dominants, lesquels ne tol&#232;rent pas la moindre existence d'expressions et de r&#233;cits contestataires au sein des m&#233;dias &#171; l&#233;gitimes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;La triple ineptie d'un &#171; &lt;i&gt;Bollor&#233; de gauche&lt;/i&gt; &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Dire cela ne revient pas, en revanche, &#224; accepter le (faux) d&#233;bat entre &#171; pro &#187; et &#171; anti &#187; Pigasse, ou &#224; valider le portrait (absurde) de Matthieu Pigasse en &#171; Bollor&#233; de gauche &#187;. D'abord, parce que nous laissons aux commentateurs &#171; neutres &#187;, &#171; impartiaux &#187; et forc&#233;ment &#171; raisonnables &#187; la rh&#233;torique fallacieuse des &#171; extr&#234;mes qui se valent &#187;, qui met sur le m&#234;me plan, d'une part, un empire m&#233;diatique reposant sur le business de la haine raciste et jouant un r&#244;le central dans la fascisation du d&#233;bat public, et, d'autre part, une &#233;mission radiophonique hebdomadaire faisant la part belle &#224; la satire sociale, &#224; la pens&#233;e critique et aux contre-courants minoris&#233;s. Ensuite, parce que le signe &#233;gal plac&#233; entre Pigasse et Bollor&#233; n'est ni plus ni moins qu'un jeu de dupes : en quoi deux ou trois &#233;missions politiques hebdomadaires diffus&#233;es sur Radio Nova&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En plus de &#171; La Derni&#232;re &#187;, citons par exemple &#171; La Riposte &#187;, anim&#233;e par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; feraient-elles le poids face aux grilles quotidiennes de CNews et Europe 1 ? Les quelques pages g&#233;n&#233;ralistes des &lt;i&gt;Inrocks&lt;/i&gt; &#8211; mensuel &#224; dominante culturelle, par ailleurs assez peu connu pour ses inclinaisons communistes r&#233;volutionnaires &#8211; donnent-elles le &#171; la &#187; du d&#233;bat public en France ? L'&#233;mission &#171; La Derni&#232;re &#187; influe-t-elle sur l'agenda m&#233;diatique au point de r&#233;ussir &#224; imposer certains de ses cadrages et invit&#233;s dans le traitement mainstream de &#171; l'actualit&#233; &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e, ou m&#234;me, plus modestement, l'expression &#171; Bollor&#233; de gauche &#187; rel&#232;ve &#224; nos yeux d'une triple erreur de perspective :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Premi&#232;rement, parce que cela revient &#224; ent&#233;riner le &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; en enfermant la question de la propri&#233;t&#233; des m&#233;dias dans le cadre capitalistique. Pour v&#233;ritablement contrer les empires des milliardaires de droite et d'extr&#234;me droite, un groupe &#171; de gauche &#187; a forc&#233;ment vocation &#224;&#8230; grossir. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans cette logique que s'ab&#238;me l'interview men&#233;e par &#171; Quotidien &#187; (21/04). Ainsi, apr&#232;s que le plateau s'est demand&#233; si Matthieu Pigasse &#233;tait en capacit&#233; de rivaliser avec Bollor&#233;, Yann Barth&#232;s prolonge &#171; naturellement &#187; le questionnement : &#171; &lt;i&gt;Est-ce qu'il ne faudrait pas racheter d'autres marques ?&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Est-ce qu'il va falloir grossir ?&lt;/i&gt; &#187; &#192; la concentration capitalistique des m&#233;dias de droite et d'extr&#234;me droite, il faudrait donc opposer une concentration capitalistique des m&#233;dias &#171; de gauche &#187; &#8211; qui ne pourra, par principe, jamais exister dans des proportions similaires. Mais imaginons que &#231;a soit le cas. Nous aboutirions alors, et de mani&#232;re caricatur&#233;e, &#224; un paysage du type : Bollor&#233; pour l'extr&#234;me droite, Dassault et Bouygues pour la droite radicalis&#233;e, Kretinsky, Saad&#233; et Niel pour le &#171; cercle de la raison &#187; en voie de droitisation acc&#233;l&#233;r&#233;e&#8230; et Pigasse pour &#171; la gauche &#187;. Est-ce ainsi qu'il faudrait concevoir le pluralisme en France ? Et plus encore : &#224; quel moment le pluralisme (&lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Pluralisme-de-quoi-parle-t-on&#034;&gt;sous toutes ses formes&lt;/a&gt;) pourrait-il &#234;tre d&#233;ploy&#233; &#224; forces &#233;gales par des industriels milliardaires ? Le rapport de forces t&#233;moigne d'un d&#233;s&#233;quilibre structurel qui penchera toujours en faveur des int&#233;r&#234;ts capitalistes, et pour cause&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) L'expression &#171; Bollor&#233; de gauche &#187; rel&#232;ve fondamentalement de l'oxymore. Car au-del&#224; de l'id&#233;ologie v&#233;hicul&#233;e par tel ou tel groupe de presse, c'est bien la question centrale du pouvoir &#8211; et ici du pouvoir de l'argent &#8211; qui se pose... mais que les faux d&#233;bats autour de ce pr&#233;tendu &#171; Bollor&#233; de gauche &#187; conduisent justement &#224; &#233;vacuer. Peut-on se pr&#233;tendre &#171; de gauche &#187; et souscrire &#224; l'id&#233;e que d&#233;tenir du capital serait une raison suffisante et l&#233;gitime pour poss&#233;der des m&#233;dias ? Que vient faire un banquier d'affaires dans le monde des m&#233;dias et pourquoi peut-il en contr&#244;ler &#224; sa guise ? De quelle l&#233;gitimit&#233; peut-il se pr&#233;valoir pour avoir son mot &#224; dire sur l'information et les conditions de sa production ? Autant de questions occult&#233;es, laiss&#233;es dans l'angle mort des d&#233;bats d&#233;politis&#233;s et polaris&#233;s par la guerre des titans milliardaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) Enfin, si une telle configuration du d&#233;bat m&#232;ne &#224; l'impasse, c'est parce qu'elle revient &#224; s'enfermer dans un paradigme strictement id&#233;ologique et &#224; ne percevoir les m&#233;dias que comme le march&#233; de l'&#233;ditorialisme g&#233;n&#233;ralis&#233;, en perdant de vue le combat pour la d&#233;fense de &lt;i&gt;l'information&lt;/i&gt; en tant que telle. Reprenant chez &#171; Quotidien &#187; le motif &#171; tarte &#224; la cr&#232;me &#187; de &#171; la bataille culturelle &#187;, Matthieu Pigasse entendait d&#233;finir cette derni&#232;re &#171; &lt;i&gt;juste en une phrase : c'est le fait de chercher &#224; imposer ses th&#232;mes, ses id&#233;es, ses expressions &#224; travers les m&#233;dias [&#8230;] avec un objectif, qui est de gagner la bataille &#233;lectorale&lt;/i&gt; &#187;. Outre cette conception passablement r&#233;ductrice et d&#233;voy&#233;e du concept de Gramsci&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; propos de &#171; la bataille des id&#233;es &#187; ou de &#171; la bataille culturelle &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cette d&#233;claration transparente a au moins une utilit&#233; : elle nous rappelle encore une fois quel poids le capital entend faire peser sur le d&#233;bat public en s'appropriant des m&#233;dias &#8211; et les pouvoirs exorbitants qu'il pr&#234;te &#224; ces derniers. Ne vaudrait-il pas mieux, pour les forces &#171; de gauche &#187;, poser la question des conditions mat&#233;rielles qui permettraient de garantir l'exercice du journalisme en favorisant par exemple le reportage en bonne et due forme, l'enqu&#234;te au long cours, la critique sociale, un v&#233;ritable pluralisme, etc., plut&#244;t que de r&#233;fl&#233;chir aux moyens d'&#233;galer d'autres capitalistes dans le seul but de massifier un &#171; commentariat de gauche &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Dans la conjoncture actuelle, marqu&#233;e par une extr&#234;me droitisation, par le haut, des m&#233;dias dominants, Matthieu Pigasse a beau jeu de pr&#233;senter son groupe de presse comme un &#171; &lt;i&gt;village gaulois qui r&#233;siste &#224; l'envahisseur&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;aux forces du mal&lt;/i&gt; &#187; (&#171; Quotidien &#187;, 21/04). Il existe assur&#233;ment un espace suffisant pour qu'un entrepreneur occupe un tel r&#244;le, et puisse par cons&#233;quent en r&#233;colter les fruits : une marque de distinction dans le champ symbolique des id&#233;es, &#224; faire potentiellement fructifier sur le march&#233; politique. Jusqu'au jour o&#249; cet entrepreneur changera son fusil d'&#233;paule&#8230; D&#232;s lors, que les &#171; id&#233;es &#187; promues par le groupe de presse de Pigasse soient &#224; l'instant T plus progressistes que celles port&#233;es par les groupes Dassault ou Bollor&#233; ne change rien &#224; l'affaire, ni au fond de l'analyse quant aux effets n&#233;fastes d'un tel accaparement capitalistique de l'information, de l'&#233;dition et de la culture. Plut&#244;t que des cat&#233;gories morales comme le &#171; bien &#187; et le &#171; mal &#187;, consid&#233;rons des cat&#233;gories mat&#233;rielles : les &#171; &lt;i&gt;forces&lt;/i&gt; &#187; dont il faut prot&#233;ger la presse, ce sont &#171; &lt;i&gt;les puissances d'argent&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Expression emprunt&#233;e au programme du CNR de 1944, &#171; Les jours heureux &#187;. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Que Matthieu Pigasse incarne aussi bien que n'importe quel autre capitaliste de presse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;J&#233;r&#233;mie Younes&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Pauline Perrenot&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mediawan d&#233;tient plusieurs bo&#238;tes de production, comme Maximal, R&#233;servoir Prod, 3e &#338;il, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple un aper&#231;u de son CV dont s'enorgueillissait &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2010/11/06/matthieu-pigasse-nouvel-actionnaire-du-monde_1436409_3236.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; en 2010&lt;/a&gt;, juste apr&#232;s l'entr&#233;e de Matthieu Pigasse au capital du quotidien : &#171; &lt;i&gt;Travailleur, il se donne &#224; fond dans la r&#233;forme des Caisses d'&#233;pargne, la privatisation de France T&#233;l&#233;com et d'Air France, la cr&#233;ation d'EADS et d'Areva...&lt;/i&gt; &#187; Voir &#233;galement &#171; Ce que l'affaire Pigasse r&#233;v&#232;le sur le capitalisme parisien &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/020912/ce-que-l-affaire-pigasse-revele-sur-le-capitalisme-parisien&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mediapart, 2/09/2012&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple le billet de Daniel Schneidermann dans &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/idees-et-debats/opinions/humoristes-ecrabouillages-pour-de-rire-par-daniel-schneidermann-20260515_ABJ7QKSKFZDKXHSKWZOSYSFFKI/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; (15/05)&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En plus de &#171; La Derni&#232;re &#187;, citons par exemple &#171; La Riposte &#187;, anim&#233;e par Akim Omiri, et &#171; Les Grands rempla&#231;ants &#187;, anim&#233;e par Djamil le Shlag.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; propos de &#171; la bataille des id&#233;es &#187; ou de &#171; la bataille culturelle &#187;, (re)lire &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Gramsci-critique-des-medias&#034;&gt;notre entretien&lt;/a&gt; avec le philosophe Yohann Douet, sp&#233;cialiste d'Antonio Gramsci, et sa recension de l'ouvrage &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Lu-Le-journalisme-integral-d-Antonio-Gramsci&#034;&gt;&lt;i&gt;Le journalisme int&#233;gral&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (&#201;ditions Critiques, 2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Expression emprunt&#233;e au programme du CNR de 1944, &#171; Les jours heureux &#187;. Lire : &#171; &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Petite-histoire-des-ordonnances-de-1944-sur-la&#034;&gt;Petite histoire des ordonnances de 1944 sur la libert&#233; de la presse et de leur destin&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Monopole mortif&#232;re de Bernard Arnault sur la presse &#233;conomique</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Monopole-mortifere-de-Bernard-Arnault-sur-la</link>
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		<dc:date>2026-05-20T15:12:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Younes</dc:creator>


		<dc:subject>Bernard Arnault</dc:subject>
		<dc:subject>Challenges</dc:subject>
		<dc:subject>Journalisme &#233;conomique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Concentration des m&#233;dias.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Economie-" rel="directory"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Bernard-Arnault-+" rel="tag"&gt;Bernard Arnault&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Challenges-+" rel="tag"&gt;Challenges&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Journalisme-economique-+" rel="tag"&gt;Journalisme &#233;conomique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/bernardarnault_2025_rs2-47516.png?1779289946' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; propos de la mainmise de Bernard Arnault sur la presse &#233;conomique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne de concentration capitalistique des m&#233;dias vire au monopole dans certains secteurs de l'information. Concernant le journalisme &#233;conomique, un constat suffit &#224; mesurer l'ampleur du d&#233;sastre : la quasi-totalit&#233; de la presse &#233;conomique est aujourd'hui d&#233;tenue par le milliardaire Bernard Arnault et son groupe LVMH.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propri&#233;taire du seul quotidien &#233;conomique de France, &lt;i&gt;Les &#201;chos&lt;/i&gt;, depuis 2007, Bernard Arnault a aval&#233; en 2025 plusieurs &#171; gros &#187; titres de l'information &#233;conomique, acc&#233;l&#233;rant cette concentration qui tend aujourd'hui au monopole. En juillet 2025 d'abord, LVMH annonce le rachat de Bey M&#233;dias, la structure de Nicolas Beytout qui &#233;ditait le quotidien &lt;i&gt;L'Opinion&lt;/i&gt; (lanc&#233; en 2013 avec, d&#233;j&#224;, le soutien financier du groupe de luxe) et le journal d'information financi&#232;re, &lt;i&gt;L'Agefi&lt;/i&gt;. Puis, en d&#233;cembre 2025, Bernard Arnault concr&#233;tise une arl&#233;sienne et met la main sur les &#201;ditions Croque Futur, qui &#233;ditent entre autres le magazine de &#171; &lt;i&gt;son ami&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Bernard Arnault : dans les m&#233;dias, l'&#233;conomie, c'est lui &#187;, Mediapart, 12/02.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Claude Perdriel, &lt;i&gt;Challenges&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le rachat de Bey M&#233;dias se d&#233;roule sans accroc &#8211; Nicolas Beytout a &#233;t&#233; PDG du groupe Les &#201;chos &#8211;, celui de &lt;i&gt;Challenges&lt;/i&gt;, dont LVMH &#233;tait d&#233;j&#224; pourtant un actionnaire important, ne va pas sans pol&#233;miques et recours judiciaires. RSF et les syndicats de journalistes (SNJ et SNJ-CGT) &lt;a href=&#034;https://rsf.org/fr/concentration-des-m%C3%A9dias-la-france-prise-en-d%C3%A9faut-rsf-et-les-syndicats-saisissent-le-conseil-d&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;saisissent&lt;/a&gt; en r&#233;f&#233;r&#233; le Conseil d'&#201;tat, brandissant &#171; &lt;i&gt;l'article 22 du r&#232;glement europ&#233;en&lt;/i&gt; &#187; relatif au contr&#244;le des concentrations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'article 22 du r&#232;glement 139/2004 du Conseil.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; en parall&#232;le, les syndicats de journalistes &lt;a href=&#034;https://snj.fr/rachat-de-challenges-par-lvmh-double-offensive-de-rsf-et-des-syndicats-pour-faire-respecter-le/2545&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;saisissent&lt;/a&gt; l'Autorit&#233; de la concurrence pour &#171; &lt;i&gt;abus de position dominante&lt;/i&gt; &#187;. Mais le 18 mars 2026, le Conseil d'&#201;tat &lt;a href=&#034;https://www.la-croix.com/culture/apres-le-rachat-de-challenges-des-organisations-de-journalistes-alertent-contre-la-concentration-des-medias-20260312&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rejette&lt;/a&gt; leur requ&#234;te : &#171; &lt;i&gt;Aucun texte ne donne, en l'&#233;tat actuel du droit fran&#231;ais, comp&#233;tence &#224; une quelconque autorit&#233;, notamment pas &#224; l'ARCOM, pour &#233;valuer les effets d'une cession [&#8230;] sur le pluralisme des m&#233;dias et l'ind&#233;pendance &#233;ditoriale&lt;/i&gt; &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.conseil-etat.fr/fr/arianeweb/CE/decision/2026-03-18/512800&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;explique&lt;/a&gt; la haute autorit&#233; administrative. La cession de &lt;i&gt;Challenges&lt;/i&gt; est donc act&#233;e, et le groupe LVMH devient totalement h&#233;g&#233;monique sur la presse &#233;conomique et financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons le &#171; portefeuille &#187; d'actifs du groupe de presse de M. Arnault :&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_16530 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/bernardarnault_2025.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH409/bernardarnault_2025-99024.png?1779289946' width='500' height='409' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;center&gt;&lt;small&gt;Extrait de la carte &#171; &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Medias-francais-qui-possede-quoi&#034;&gt;M&#233;dias fran&#231;ais : qui poss&#232;de quoi ?&lt;/a&gt; &#187;, Acrimed et &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, d&#233;c. 2025.&lt;/small&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Comme le note &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/120226/bernard-arnault-dans-les-medias-l-economie-c-est-lui&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mediapart&lt;/a&gt; (12/02), les seuls titres &#171; &lt;i&gt;prestigieux&lt;/i&gt; &#187; de la presse &#233;conomique qui ne lui appartiennent pas sont &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; (propri&#233;t&#233; de Vincent Bollor&#233;) et &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; (propri&#233;t&#233; de Rodolphe Saad&#233;, journal qui avait d&#233;j&#224; connu une &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Suppression-de-la-macroeconomie-a-La-Tribune&#034;&gt;mise au pas&lt;/a&gt; il y a une dizaine d'ann&#233;es). Dans ce paysage d&#233;vast&#233;, ne subsistent que quelques m&#233;dias sp&#233;cialis&#233;s ind&#233;pendants, comme &lt;i&gt;Alternatives &#233;conomiques&lt;/i&gt;, &#233;dit&#233; par une soci&#233;t&#233; coop&#233;rative dijonnaise depuis 46 ans, ou encore L'Inform&#233;, fond&#233; par un ex de &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Le pouvoir de l'actionnaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Si Bernard Arnault &#233;tend son emprise sur la presse &#233;conomique, sans que les autorit&#233;s de r&#233;gulation n'y trouvent &#224; redire, ce n'est pas par passion pour l'information. Cette ma&#238;trise capitalistique des journaux et magazines lui offre un pouvoir qu'il entend bien exercer. Ainsi, d&#232;s le rachat de &lt;i&gt;Challenges&lt;/i&gt;, le nouveau propri&#233;taire impose un changement de ligne &#233;ditoriale : de magazine d&#233;fendant selon sa charte &#171; &lt;i&gt;l'&#233;conomie sociale de march&#233;&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Challenges&lt;/i&gt; devient un magazine favorable &#224; &#171; &lt;i&gt;l'&#233;conomie lib&#233;rale de march&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Les journalistes sont pri&#233;s de signer cette nouvelle charte ou d'aller voir ailleurs si Bernard y est. Une &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/02/10/motion-de-defiance-de-challenges-sciences-et-avenir-et-la-recherche-contre-lvmh_6666209_3234.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;motion de d&#233;fiance&lt;/a&gt; est vot&#233;e par 84% des salari&#233;s des &#201;ditions Croque Futur le 10 f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 27 f&#233;vrier, &lt;a href=&#034;https://www.lalettre.fr/fr/medias_presse-ecrite/2026/02/27/challenges--le-cadeau-a-double-tranchant-aux-journalistes,110669435-art&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Lettre&lt;/a&gt; fait part d'un &#171; &lt;i&gt;cadeau &#224; double tranchant&lt;/i&gt; &#187; pour les salari&#233;s de &lt;i&gt;Challenges&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;En accordant de g&#233;n&#233;reuses indemnit&#233;s de d&#233;part aux journalistes de Croque Futur dans le cadre de la clause de cession, le groupe de luxe entend r&#233;duire les effectifs de Challenges&lt;/i&gt; &#187;, en le recentrant notamment sur son site web. Deux mois plus tard, c'est le directeur de la r&#233;daction Pierre-Henri de Menthon qui annonce son d&#233;part sur fond de &#171; &lt;i&gt;divergences&lt;/i&gt; &#187; avec le nouvel actionnaire. Puis, fait in&#233;dit, la r&#233;daction de Challenges se met &lt;a href=&#034;https://www.challenges.fr/entreprise/medias/challenges-en-greve-pour-la-premiere-fois-de-son-histoire_642882&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en gr&#232;ve&lt;/a&gt;, &#224; un niveau tel qu'elle emp&#234;che la parution du num&#233;ro du 22 avril &#8211; une premi&#232;re dans l'histoire de ce magazine fond&#233; en 1982. Quatre mois apr&#232;s le rachat, les syndicalistes craignent toujours &#171; &lt;i&gt;un accident industriel&lt;/i&gt; &#187; (&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/04/16/a-challenges-la-redaction-se-met-en-greve-et-redoute-un-accident-industriel_6680481_3234.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 16/04), &#171; &lt;i&gt;le dispositif qui permet de quitter un m&#233;dia apr&#232;s un changement de propri&#233;taire faisant craindre des d&#233;parts en masse&lt;/i&gt; &#187; (&lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/economie/medias/les-journalistes-de-challenges-en-greve-contre-leur-nouveau-proprietaire-lvmh-20260421_V4O3AQCDNNABZKNIVSMNIAGU64/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 16/04).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette brutalit&#233; dans la reprise en main d'un magazine &#8211; qui n'est pourtant pas connu pour &#234;tre une officine marxiste &#8211; marque un raidissement &#171; &lt;i&gt;dans la gestion de la presse par le capital&lt;/i&gt; &#187;, comme le notent Romaric Godin et Mathias Th&#233;pot dans &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/120226/bernard-arnault-dans-les-medias-l-economie-c-est-lui&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mediapart&lt;/a&gt; (12/02) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici, &#224; quelques exceptions notables pr&#232;s, le mode de domination passait par l'autocensure, largement pratiqu&#233;e par les directions &#233;ditoriales effray&#233;es par la pression de l'actionnaire et qui, pour conserver leurs postes et &#8211; souvent &#8211; d'&#233;pais salaires, prenaient les devants. Ce qui rendait les interventions directes largement inutiles.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il semble que le seuil de tol&#233;rance des capitalistes de presse ait recul&#233;. Dans la presse &#233;conomique, m&#234;me une ligne &#171; &lt;i&gt;&#233;conomie sociale de march&#233;&lt;/i&gt; &#187; est d&#233;sormais bannie &#8211; quand bien m&#234;me celle-ci n'&#233;tait que pur affichage et correspondait davantage &#224; une orientation classiquement n&#233;olib&#233;rale et pro-patronale, option &#171; &lt;i&gt;deuxi&#232;me gauche&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s la pr&#233;sidente de la SDJ de Challenges, cit&#233;e dans Strat&#233;gies (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant la commission d'enqu&#234;te sur la concentration des m&#233;dias, en 2022, Bernard Arnault s'&#233;tait content&#233; &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Ballet-de-philanthropes-mediatiques-au-Senat&#034;&gt;de d&#233;clarer&lt;/a&gt; qu'il serait &#171; &lt;i&gt;extr&#234;mement g&#234;n&#233;&lt;/i&gt; &#187; si ses r&#233;dactions se mettaient &#224; d&#233;fendre &#171; &lt;i&gt;l'&#233;conomie marxiste&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre la ma&#238;trise (et l'imposition) d'une ligne &#233;ditoriale, le quasi-monopole d'Arnault sur la presse &#233;conomique lui permet &#233;galement d'&#233;teindre la critique contre ses marques avant m&#234;me qu'elle ne naisse. Qui pourra critiquer LVMH quand toute la presse &#233;conomique appartiendra &#224; LVMH ? &#171; &lt;i&gt;On risque de devenir un outil de propagande au service [...] des int&#233;r&#234;ts du groupe de luxe&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clare la pr&#233;sidente de la SDJ de &lt;i&gt;Challenges&lt;/i&gt;, Delphine D&#233;chaux, cit&#233;e dans &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Le-milliardaire-anti-ecolo-Bernard-Arnault-rachete-Challenges-et-deux-journaux-scientifiques&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Reporterre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi approfondir encore les logiques rep&#233;r&#233;es par le sociologue Julien Duval&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Julien Duval, Critique de la raison journalistique, Seuil, 2004.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : financiaris&#233;e, soumise aux logiques commerciales, ne s'adressant qu'&#224; un lectorat de &#171; d&#233;cideurs &#187; et de &#171; CSP+ &#187;, la presse &#233;conomique ne cherche plus (sauf dans ses marges) &#224; expliquer le monde ou les rouages de l'&#233;conomie : &#171; &lt;i&gt;L'objet est moins d'informer des citoyens sur le syst&#232;me &#233;conomique capitaliste dans lequel ils vivent que de donner &#224; des individus les recettes pour &#233;voluer au mieux &#224; l'int&#233;rieur de ce syst&#232;me&lt;/i&gt; &#187;, disions-nous dans &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Journalisme-economique-40-ans-de-catechisme&#034;&gt;notre chronique vid&#233;o&lt;/a&gt; consacr&#233;e au journalisme &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;L'&#233;conomie &#171; s&#233;rieuse &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;C'est dans ce contexte d'&#233;crasement du pluralisme de l'information &#233;conomique que l'un des &#233;conomistes fran&#231;ais les plus en vue, Philippe Aghion, a cru bon de peser de tout son poids acad&#233;mique pour marginaliser le seul titre de presse qui incarne une ligne non-n&#233;olib&#233;rale, &lt;i&gt;Alternatives &#233;conomiques&lt;/i&gt;. Auditionn&#233; devant le S&#233;nat le 16 avril, le titulaire du prix de la Banque de Su&#232;de (frauduleusement pr&#233;sent&#233; comme un &#171; prix Nobel &#187;) n'y est pas all&#233; de main morte :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;J'ai refait compl&#232;tement les programmes de SES. Avant, ils lisaient &lt;i&gt;Alternatives &#233;conomiques&lt;/i&gt;. Maintenant, on fait de l'&#233;conomie s&#233;rieuse au lyc&#233;e. Je suis assez content d'avoir fait &#231;a [&#8230;]. Maintenant on a de vrais programmes d'&#233;conomie et de SES dignes de ce nom. [&#8230;] En &#233;conomie, il y avait des gens qui voulaient que ce soit des trucs mondains, o&#249; on discutait des in&#233;galit&#233;s, ou de ci ou de &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Que des enseignants aient jug&#233; que les articles d'&lt;i&gt;Alternatives &#233;conomiques&lt;/i&gt; soient suffisamment int&#233;ressants &#171; &lt;i&gt;pour &#234;tre le support de cours&lt;/i&gt; &#187; est une chose insupportable pour M. Aghion. Dans sa &lt;a href=&#034;https://www.alternatives-economiques.fr/serieusement-monsieur-aghion/00118513&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;ponse&lt;/a&gt; (13/05), la r&#233;daction d'&lt;i&gt;Alter &#233;co&lt;/i&gt; &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure des plans sociaux massifs qui d&#233;ciment les r&#233;dactions, au moment o&#249; les fake news envahissent l'espace public et o&#249; les milliardaires de droite et d'extr&#234;me droite encha&#238;nent les rachats de m&#233;dias, est-il vraiment s&#233;rieux, monsieur Aghion, de s'attaquer au dernier journal &#233;conomique ind&#233;pendant de France ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Le pluralisme de l'information &#233;conomique est, on le voit, combattu &#224; tous les niveaux : de l'organisation de la production &#224; ses effets concrets dans la diffusion, si modestes soient-ils. Si, comme le pr&#233;tend le Conseil d'&#201;tat, &#171; &lt;i&gt;aucun texte&lt;/i&gt; &#187; n'existe pour interdire une telle concentration et d&#233;manteler un tel monopole sur l'information, alors il est urgent de les &#233;crire. Les &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/-Transformer-les-medias-Nos-propositions-&#034;&gt;propositions&lt;/a&gt; et les exemples historiques ne manquent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;J&#233;r&#233;mie Younes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Bernard Arnault : dans les m&#233;dias, l'&#233;conomie, c'est lui &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/120226/bernard-arnault-dans-les-medias-l-economie-c-est-lui&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mediapart&lt;/a&gt;, 12/02.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'article 22 du r&#232;glement 139/2004 du Conseil.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'apr&#232;s la pr&#233;sidente de la SDJ de &lt;i&gt;Challenges&lt;/i&gt;, cit&#233;e dans &lt;a href=&#034;https://www.strategies.fr/actualites/medias/LQ5417486C/challenges-defend-son-independance.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Strat&#233;gies&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (21/11/2025).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Julien Duval, &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Lire-sur-la-presse-economique-Critique-de-la-raison-journalistique-de-Julien&#034;&gt;&lt;i&gt;Critique de la raison journalistique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Seuil, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>M&#233;dias fran&#231;ais : qui poss&#232;de quoi ? </title>
		<link>https://www.acrimed.org/Medias-francais-qui-possede-quoi</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Medias-francais-qui-possede-quoi</guid>
		<dc:date>2026-01-21T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Fabre, Marie Beyer</dc:creator>


		<dc:subject>Financiarisation</dc:subject>
		<dc:subject>Concentrations</dc:subject>
		<dc:subject>Groupes de presse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La carte du paysage m&#233;diatique fran&#231;ais.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Concentration-et-financiarisation-" rel="directory"&gt;Concentration et financiarisation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Financiarisation-+" rel="tag"&gt;Financiarisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Concentrations-+" rel="tag"&gt;Concentrations&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Groupes-de-presse-+" rel="tag"&gt;Groupes de presse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH112/poster_medias_francais_6347-v21-1-2026-92c47.png?1776673079' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions une carte du paysage m&#233;diatique fran&#231;ais, qui permet de d&#233;m&#234;ler l'&#233;cheveau des concentrations dans la propri&#233;t&#233; des grands m&#233;dias. Cette carte est le fruit d'un partenariat entre Acrimed et &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;. Il est possible de la commander, au format A3, &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/-Boutique-&#034;&gt;sur notre site&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_16315 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/carte_decembre2025.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH373/carte_decembre2025-8a4ca.png?1776673080' width='500' height='373' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;(cliquer pour agrandir et zoomer)&lt;/center&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La concentration des m&#233;dias en Allemagne : l'audiovisuel (3/4)</title>
		<link>https://www.acrimed.org/La-concentration-des-medias-en-Allemagne-l</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/La-concentration-des-medias-en-Allemagne-l</guid>
		<dc:date>2025-11-14T09:21:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean P&#233;r&#232;s</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Troisi&#232;me partie.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-En-Allemagne-" rel="directory"&gt;M&#233;dias en Allemagne&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH147/allemagne_logo-ff2b9.png?1776675496' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='147' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;centralisation, ind&#233;pendance vis-&#224;-vis des groupes industriels et de l'&#201;tat : le paysage m&#233;diatique allemand permet, par comparaison, de montrer que la situation fran&#231;aise n'est pas une fatalit&#233;. Mais est-ce pour autant un mod&#232;le &#224; suivre ? On fait le point. Cette troisi&#232;me partie se focalise sur le cas de l'audiovisuel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Impossible de parler des concentrations dans l'audiovisuel allemand sans &#233;voquer le service public, qu'il s'agisse de la radio ou de la t&#233;l&#233;vision, qui capte plus de la moiti&#233; de l'audience. Mais il s'agit d'un service public d&#233;centralis&#233;, &#224; l'oppos&#233; de la centralisation &#224; la fran&#231;aise. Quant au secteur priv&#233;, il est domin&#233; par deux groupes, RTL et P7S1, autrement dit Bertelsmann et Berlusconi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduite en 1923 en Allemagne, la radio fut l'instrument-roi de la propagande nazie. En 1933, Goebbels, le ministre nazi de la propagande, d&#233;clarait que &#171; &lt;i&gt;la mobilisation g&#233;n&#233;rale des esprits [&#8230;] est l'une des principales missions de la radiodiffusion&lt;/i&gt; &#187; et que celle-ci est &#171; &lt;i&gt;le plus moderne et le plus important des instruments pour influencer les masses&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; dans Isabelle Bourgeois, &#171; La t&#233;l&#233;vision allemande, une ind&#233;pendance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle est alors &#233;cout&#233;e &#224; travers 4 millions de r&#233;cepteurs (Volksempf&#228;nger, soit R&#233;cepteur du peuple, qui fut &#224; la radio ce que la Volkswagen fut &#224; l'automobile), puis 16 millions en 1943 (r&#233;cepteur encore plus performant et moins on&#233;reux, le DKE38, appel&#233; ironiquement par la population &lt;a href=&#034;https://www.dw.com/fr/90-ans-radio-volksempfaenger-hitler-allemagne-etudiants-inflation/audio-66608889&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La gueule de Goebbels &#187;&lt;/a&gt;, qu'on y entendait tr&#232;s souvent). Seul m&#233;dia &#224; m&#234;me de s'adresser &#224; l'ensemble de la population (la t&#233;l&#233;vision est alors balbutiante), la radio est contr&#244;l&#233;e et utilis&#233;e par les forces d'occupation de 1945 &#224; 1955. Elle est anim&#233;e par de jeunes journalistes, mais aussi, faute de personnel qualifi&#233;, par d'anciens partisans du nazisme. Le mod&#232;le, inspir&#233; de la BBC, dessinait une radio ind&#233;pendante de l'&#201;tat et des partis politiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Klaus Wenger, &#171; La radio, une contribution &#224; la culture politique &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; alors qu'en France, d&#232;s la Lib&#233;ration et malgr&#233; le projet du CNR, la radio et la t&#233;l&#233;vision furent sous monopole d'&#201;tat (jusqu'en 1986).&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Un audiovisuel public fort, d&#233;centralis&#233; et ind&#233;pendant&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;En fait, c'est aux L&#228;nder que les Alli&#233;s vont confier le monopole de la diffusion radiophonique. D&#232;s 1950, la cr&#233;ation de l'ARD&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arbeitsgemeinschaft der Rundfunkanstalten der BRD - Communaut&#233; de travail (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d&#233;finissait pour la radio un statut de droit public r&#233;gional ind&#233;pendant de l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral. En 1955, sept ans apr&#232;s les journaux, la radio passe &#224; son tour sous souverainet&#233; allemande, et y restera, de m&#234;me que la t&#233;l&#233;vision par la suite, sous cette forme de service public r&#233;gional o&#249; chaque Land apporte sa contribution &#224; la conception et la r&#233;alisation des programmes et &#233;missions diffus&#233;s. M&#234;me les programmes &#224; diffusion nationale sont assur&#233;s par les 9 instituts r&#233;gionaux de l'audiovisuel qui produisent aussi des programmes r&#233;gionaux (appel&#233;s Troisi&#232;me cha&#238;ne : Dritten Programme). Cette structuration fut confirm&#233;e en 1961, &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/archives/article/1961/03/02/la-cour-de-carlsruhe-affirme-que-le-projet-d-une-seconde-chaine-de-television-concu-par-m-adenauer-est-contraire-a-la-constitution_2287846_1819218.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;par le jugement du Tribunal constitutionnel f&#233;d&#233;ral&lt;/a&gt; sur le projet de &#171; t&#233;l&#233;vision Adenauer &#187;. C'est &#224; la suite de ce jugement que fut cr&#233;&#233;e la deuxi&#232;me cha&#238;ne publique, ZDF&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Zweites Deutsches Fernsehen.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, g&#233;r&#233;e et contr&#244;l&#233;e de la m&#234;me fa&#231;on que l'ARD, par les r&#233;gions, mais sans la radio et centralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#171; &lt;i&gt;pendant plus de vingt ans&lt;/i&gt; [en fait, 30 ans, ndlr]&lt;i&gt;, la t&#233;l&#233;vision et la radio furent exclusivement organis&#233;es par des institutions de droit public. Il n'y avait de place ni pour une radio priv&#233;e &#8211; comme par exemple Radio Luxembourg ou les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision anglaises &#8211;, ni pour une radio contr&#244;l&#233;e par l'&#201;tat ou le gouvernement comme en France ou en Italie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Klaus Wenger, op. cit.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 1986, les auditeurs et t&#233;l&#233;spectateurs allemands ne connurent que les t&#233;l&#233;visions et radios publiques g&#233;r&#233;es au niveau des L&#228;nder. Pendant la m&#234;me p&#233;riode, en Allemagne de l'est, la radio de propagande nazie &#233;tait devenue la radio de propagande du SED, le parti communiste unique au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; la France qui a vendu, scandale unique au monde, sa premi&#232;re cha&#238;ne publique au priv&#233; (au b&#233;tonneur Bouygues), les deux premiers groupes audiovisuels allemands (ARD-La Premi&#232;re pour la radio et la t&#233;l&#233;vision, ZDF-La Deuxi&#232;me pour la seule t&#233;l&#233;vision) sont demeur&#233;s publics jusqu'&#224; aujourd'hui. B&#233;n&#233;ficiant d'une redevance due par chaque habitant et parmi les plus &#233;lev&#233;es au monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;220 euros par an ; France : 138 euros en 2021.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'audiovisuel public allemand capte une part d'audience record : 50,5 % pour la radio ARD contre 31,9 % pour Radio France, 55,4 % pour les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision publiques allemandes, contre 29 % pour France T&#233;l&#233;visions (chiffres 2024)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour l'Allemagne : Medienvielfaltsmonitor ; pour la France : M&#233;diam&#233;trie.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La redevance est r&#233;vis&#233;e tous les quatre ans par les L&#228;nder r&#233;unis. Elle contribue pour 85 % du budget des deux cha&#238;nes, la publicit&#233; pour autour de 6 %&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La publicit&#233; est interdite sur les cha&#238;nes publiques &#224; partir de 20h, ainsi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Une mission d&#233;mocratique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Dans son jugement de rejet de la &#171; t&#233;l&#233;vision Adenauer &#187;, le Tribunal constitutionnel f&#233;d&#233;ral d&#233;clare que la t&#233;l&#233;vision &#171; &lt;i&gt;est plus qu'un simple &#034;medium&#034; dans la formation de l'opinion publique ; elle en est bien plut&#244;t un &#034;facteur&#034; &#233;minent&lt;/i&gt; &#187;, et pas seulement dans les &#233;missions politiques, car &#171; &lt;i&gt;la formation de l'opinion se fait &#233;galement par le biais des pi&#232;ces radiophoniques, des concerts, des retransmissions de spectacles de caf&#233;-concert et de chansonniers, jusqu'&#224; la mise en forme m&#234;me d'une &#233;mission&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Isabelle Bourgeois, op. cit., p. 31.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On ne saurait mieux dire. La radio et la t&#233;l&#233;vision publiques se trouvent ainsi investies d'une v&#233;ritable mission d&#233;mocratique et doivent pour cela demeurer &#224; bonne distance de l'&#201;tat et des partis politiques. C'est du moins ce qu'affirme le Tribunal constitutionnel : &#171; &lt;i&gt;L'art. 5 [&#8230;] exige que cet instrument moderne de la formation de l'opinion ne soit livr&#233; ni &#224; l'Etat, ni &#224; un seul groupe social.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, chaque Land dispose d'un syst&#232;me public de diffusion &#8211; qui doit rester ind&#233;pendant de l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral et &#234;tre administr&#233; par des conseils de l'audiovisuel (Rundfunkrat) o&#249; si&#232;gent des repr&#233;sentants des &#171; groupes importants pour la soci&#233;t&#233; &#187; dont les principaux partis politiques, syndicats, f&#233;d&#233;rations professionnelles, &#233;glises, associations, etc., choisis par les parlements des L&#228;nder&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple, le mouvement LGBTQI est repr&#233;sent&#233; dans plusieurs conseils.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces repr&#233;sentants sont &#233;lus ou nomm&#233;s par leur organisme. Ce syst&#232;me s'est &#233;galement peu &#224; peu impos&#233; dans les L&#228;nder issus de la RDA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi par rapport &#224; la France, l'Allemagne poss&#232;de un audiovisuel public fort (en termes de financement et d'audience), d&#233;centralis&#233; (la l&#233;gislation sur l'audiovisuel &#233;tant de la comp&#233;tence exclusive des L&#228;nder) et en principe &#171; ind&#233;pendant &#187; ou &#171; distant &#187; de l'&#201;tat par un financement sous forme de redevance fix&#233;e par les L&#228;nder r&#233;unis, et une gestion assur&#233;e par la soci&#233;t&#233; civile. La presse allemande use d'ailleurs du terme plut&#244;t p&#233;joratif Staatsrundfunk (&#171; audiovisuel d'&#201;tat &#187;) pour d&#233;signer les m&#233;dias publics d'autres pays du monde, dont la France, per&#231;us comme plus d&#233;pendants de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las, la pratique n'a pas &#233;t&#233; &#224; la hauteur de ces beaux principes. On se doute que les acteurs politiques n'ont pas appr&#233;ci&#233; d'&#234;tre mis &#224; l'&#233;cart par les Alli&#233;s des instances de d&#233;cision de l'audiovisuel public. Ils n'eurent de cesse de chercher &#224; influencer, &#224; noyauter les organes de d&#233;cision, c'est-&#224;-dire les conseils de l'audiovisuel de l'ARD et le conseil de t&#233;l&#233;vision de ZDF. Les partis politiques dominants, SPD et CDU-CSU, les repr&#233;sentants du gouvernement ou du parlement des L&#228;nder (consid&#233;r&#233;s comme partie de l'&#201;tat) et m&#234;me l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral prennent une place pr&#233;pond&#233;rante au sein des conseils de l'audiovisuel, au point qu'un arr&#234;t du Tribunal constitutionnel de 2014 limite la place des partis &#224; un maximum d'un tiers des membres des conseils. Mais il ne semble pas que cela ait suffi &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me, car les autres repr&#233;sentants de la soci&#233;t&#233; civile aux conseils sont souvent associ&#233;s aux partis politiques. Le syst&#232;me r&#244;d&#233; des &#171; proporz &#187; perdure, o&#249; le SPD et la CDU/CSU se partagent les si&#232;ges de direction, ce qui a pour effet de r&#233;duire consid&#233;rablement l'influence de la soci&#233;t&#233; civile en tant que telle, et de marginaliser l'influence des autres forces politiques. Sans parler d'une certaine &lt;a href=&#034;https://uebermedien-de.translate.goog/74777/wen-vertreten-eigentlich-die-rundfunkraete-von-ard-und-zdf/?_x_tr_sl=de&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;s&#233;lectivit&#233; dans le choix par les parlements des &#171; groupes importants pour la soci&#233;t&#233; &#187;&lt;/a&gt;. Le sch&#233;ma d'ind&#233;pendance vis-&#224;-vis des partis et de l'&#201;tat serait plut&#244;t, selon Val&#233;rie Robert, un mythe professionnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Val&#233;rie Robert, La presse en France et en Allemagne. Une comparaison des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'emp&#234;che que le succ&#232;s des cha&#238;nes publiques est constant et suscite bien des convoitises. L'Alternative f&#252;r Deutschland (AfD), parti d'extr&#234;me droite en pleine ascension, souhaite leur privatisation (tout comme le RN en France) et le parti lib&#233;ral Freie Demokratische Partei (FDP), celle de la seule deuxi&#232;me cha&#238;ne. Une certaine usure d'un service public de quelque 70 ans, et quelques scandales aidant, notamment sur le montant des salaires et les abus de pouvoir des dirigeants, une r&#233;forme importante est en cours depuis plusieurs ann&#233;es : rationalisation, modernisation, num&#233;risation, coop&#233;ration, mais sa mise en &#339;uvre est assez laborieuse, &#233;tant donn&#233; le succ&#232;s persistant des cha&#238;nes publiques et la r&#233;sistance des L&#228;nder, peu tent&#233;s de c&#233;der sur leur comp&#233;tence m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Des m&#233;dias priv&#233;s ind&#233;pendants de l'&#201;tat mais r&#233;gul&#233;s&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Les m&#233;dias audiovisuels priv&#233;s allemands sont &#233;galement sous la surveillance d'une autorit&#233; de r&#233;gulation (Landesmedienanstalten) dans chaque Land, &#233;galement compos&#233;e de repr&#233;sentants de la soci&#233;t&#233; civile (de 30 &#224; 60 personnes) qui sont &#233;lus par le parlement du Land. Bien que ce soit souvent &#224; la majorit&#233; des deux tiers, le r&#244;le des partis peut &#234;tre ici important, comme dans le cas des conseils de l'audiovisuel. L'autorit&#233; de r&#233;gulation &#233;lit son pr&#233;sident qui est son repr&#233;sentant l&#233;gal pendant six ans. Au total, il existe 14 autorit&#233;s r&#233;gulatrices qui veillent au respect du pluralisme, &#224; l'affectation des stations de radio et des cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision, &#224; la protection des jeunes, etc. Ces autorit&#233;s sont n&#233;anmoins regroup&#233;es dans des commissions centrales, dont une est charg&#233;e sp&#233;cifiquement du contr&#244;le des concentrations : la KEK&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kommission zur Ermittlung der Konzentration im Medienbereich - Commission de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui s'ajoute &#224; l'autorit&#233; de la concurrence qui intervient en cas de rachats dans le secteur des m&#233;dias. Ces commissions centrales r&#233;unissent 6 pr&#233;sidents des autorit&#233;s r&#233;gionales des m&#233;dias &#233;lus par leurs pairs, et 6 experts des m&#233;dias, souvent des juristes, choisis par les pr&#233;sidents des L&#228;nder. &lt;i&gt;A priori&lt;/i&gt;, elles semblent tr&#232;s diff&#233;rentes d'une institution comme l'Arcom fran&#231;aise, organisme de composition tr&#232;s politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le coll&#232;ge de l'Arcom comprend neuf membres : trois d&#233;sign&#233;s par le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, charg&#233;e notamment du contr&#244;le des concentrations des m&#233;dias audiovisuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouverture des ondes au secteur priv&#233;, en 1986, a provoqu&#233; une forte mobilisation des groupes de presse tr&#232;s int&#233;ress&#233;s &#224; l'id&#233;e de se faire une place dans l'audiovisuel. Ceux qui &#233;ditent surtout de la presse quotidienne, d&#233;j&#224; fortement implant&#233;s localement, ont investi les entreprises radiophoniques &#224; vocation locale, tandis que les groupes de presse &#224; dominante de magazines, &#224; vocation nationale et plus sensibles &#224; l'image, ont plut&#244;t investi la t&#233;l&#233;vision&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Isabelle Bourgeois, &#171; Les m&#233;dias dans l'Allemagne unie. De l'unification (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Le dispositif de contr&#244;le des concentrations : le &#171; pouvoir d'opinion &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Comme pour la presse &#233;crite, la concentration des m&#233;dias audiovisuels allemands est limit&#233;e. Depuis 1976, des contr&#244;les interviennent pour des op&#233;rations de concentration dont les parties ont un chiffre d'affaires cumul&#233; inf&#233;rieur au 1/8e du plafond de 500 millions d'euros appliqu&#233; aux autres entreprises, soit 62,5 millions d'euros (2021). C'est moiti&#233; moins de ce qui est exig&#233; pour les op&#233;rations des entreprises de presse. Cette disposition, plus restrictive que pour la presse &#233;crite, s'inscrit dans une &#233;valuation de ce que les Allemands appellent le &#171; pouvoir d'opinion &#187;, plus important selon eux dans les m&#233;dias audiovisuels que dans la presse, et de ce fait &#224; contr&#244;ler davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi fran&#231;aise pr&#233;voit des seuils de concentration par type de m&#233;dia, presse, radio, t&#233;l&#233;vision. Ces seuils ne sont pas tr&#232;s contraignants, &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Une-legislation-contre-ou-pour-la-concentration&#034;&gt;c'est le moins qu'on puisse dire&lt;/a&gt;. Par exemple, un seul propri&#233;taire ne peut poss&#233;der que 49 % maximum d'une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision dont l'audience d&#233;passe 8 %, sans limite sup&#233;rieure. En Allemagne c'est la limite de 30 % d'audience qu'un seul propri&#233;taire de cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision ne peut pas d&#233;passer. Mais de plus, et c'est l&#224; toute l'originalit&#233; du syst&#232;me allemand, cette audience est calcul&#233;e sur l'ensemble des int&#233;r&#234;ts m&#233;diatiques dudit propri&#233;taire, tous types confondus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, en 2006, lorsque le groupe Springer a voulu acqu&#233;rir le groupe audiovisuel P7S1, la KEK a refus&#233; le rachat : en additionnant les parts d'audience du groupe Springer dans la presse &#233;crite (notamment le &lt;i&gt;Bild&lt;/i&gt;) et les parts d'audience t&#233;l&#233;visuelles du groupe P7S1, la fusion des deux groupes aurait repr&#233;sent&#233; une part d'audience de 42%, sup&#233;rieure au seuil maximal de 30 % d&#233;fini dans l'accord entre les L&#228;nder. La KEK a ainsi &#233;valu&#233; le &#171; pouvoir d'opinion &#187; total du groupe en prenant en compte les diff&#233;rents types de m&#233;dias d&#233;tenus, ici presse et TV (concentration horizontale)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La concentration des m&#233;dias &#187;, &#201;tude de l&#233;gislation compar&#233;e n&#176;302, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais elle peut aussi, du fait de l'importante marge d'appr&#233;ciation qui lui est laiss&#233;e, prendre en compte tout &#171; march&#233; li&#233; aux m&#233;dias &#187; y compris en amont et en aval de la cha&#238;ne de production ou de distribution de programmes (concentration verticale) ou encore ses &#233;ventuelles participations dans des soci&#233;t&#233;s avec lesquelles elle n'a pas de relations client-fournisseur (concentration diagonale). En France, en revanche, aucune loi n'aurait emp&#234;ch&#233; une telle fusion : la seule qui r&#232;glemente les concentrations horizontales pluri-m&#233;dias (la r&#232;gle dite des &#171; deux sur trois &#187;) d&#233;finit des seuils tellement &#233;lev&#233;s qu'elle n'emp&#234;che aucune concentration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le rachat de M6 par TF1 aurait port&#233; l'audience cumul&#233;e des deux cha&#238;nes &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre disposition originale de la loi allemande en faveur du pluralisme : la r&#232;gle des &#171; tiers ind&#233;pendants &#187; (Drittanbieter). Lorsqu'une entreprise de m&#233;dias d&#233;tenant une cha&#238;ne g&#233;n&#233;raliste ou sp&#233;cialis&#233;e d&#233;tient une part d'audience annuelle de plus de 10 %, elle doit accorder, &#224; ses frais, un temps d'antenne &#224; des tiers ind&#233;pendants, c'est-&#224;-dire d'autres groupes audiovisuels qui ont une audience faible. Cette &#171; fen&#234;tre &#187; ne peut &#234;tre inf&#233;rieure &#224; 260 minutes dont 75 &#224; une heure de grande &#233;coute (entre 19h et 23h30). Des programmes r&#233;gionaux sont &#233;ligibles &#224; ces fen&#234;tres &#224; raison de 150 minutes par semaine. Actuellement, ces fen&#234;tres sont ouvertes par RTL, P7S1, et Vox (filiale de RTL). Bien s&#251;r, cette disposition a fait l'objet de vives protestations, mais elle a fonctionn&#233; et fonctionne toujours, m&#234;me si on peut trouver contestable que RTL diffuse ainsi Spiegel.tv, alors que le propri&#233;taire de RTL, Bertelsmann, l'est aussi en partie (&#224; 25 %) de Spiegel.tv. Il n'emp&#234;che que le dispositif permet &#224; des programmes de petites cha&#238;nes et de cha&#238;nes r&#233;gionales de toucher un large public.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Transparence sur la concentration des m&#233;dias&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Les autorit&#233;s r&#233;gulatrices des L&#228;nder publient conjointement, tous les trois ans, un rapport sur le d&#233;veloppement de la concentration dans les m&#233;dias et sur les mesures visant &#224; assurer le pluralisme dans l'audiovisuel priv&#233;. Pour ce faire, elles tracent pr&#233;cis&#233;ment les structures de propri&#233;t&#233; des groupes de m&#233;dias dans une &lt;a href=&#034;https://www.kek-online.de/mediendatenbank#/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;base de donn&#233;es publique&lt;/a&gt; &#8211; tout changement devant obligatoirement leur &#234;tre notifi&#233; &#8211; puis elles calculent un &#171; pouvoir d'opinion &#187; pour chaque groupe en agr&#233;geant les parts d'audience des diff&#233;rents m&#233;dias d&#233;tenus, pond&#233;r&#233;es par le poids du support (TV, radio, presse&#8230;) dans l'influence sur l'opinion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce poids est &#233;valu&#233; chaque ann&#233;e par la KEK sur la base de questionnaires et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Enfin, un &lt;a href=&#034;https://medienvielfaltsmonitor.de/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tableau de bord de la concentration des m&#233;dias&lt;/a&gt; est mis &#224; jour r&#233;guli&#232;rement pour permettre &#224; quiconque de suivre graphiquement la plupart des groupes et des m&#233;dias, leurs d&#233;tenteurs, leurs pouvoirs d'opinion respectifs... Bref, un travail comparable, moins beau graphiquement mais plus d&#233;taill&#233;, &#224; celui que font &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; et Acrimed avec la carte &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Medias-francais-qui-possede-quoi&#034;&gt;&#171; M&#233;dias fran&#231;ais, qui poss&#232;de quoi ? &#187;&lt;/a&gt;, est r&#233;alis&#233; outre-Rhin par des autorit&#233;s publiques mandat&#233;es pour cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On notera que l'&#233;valuation du &#171; pouvoir d'opinion &#187;, m&#234;me si son calcul est relativement complexe, est tout &#224; fait pertinente pour mesurer l'influence, non pas d'un ou plusieurs m&#233;dias, mais d'un groupe m&#233;diatique entier, avec toutes ses ramifications. Ce que le dispositif fran&#231;ais ne permet de toute &#233;vidence pas.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_16267 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/allemagne1.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH172/allemagne1-e0362.png?1776675496' width='500' height='172' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_16266 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH489/allemagne2-25727.png?1776675496' width='500' height='489' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Selon le crit&#232;re du &#171; pouvoir d'opinion &#187;, tous m&#233;dias confondus, les dix plus gros groupes de m&#233;dias concourent pour 64,8 % &#224; la formation de l'opinion allemande. Dans l'ordre : ARD (20,3%), Bertelsmann (11 %), ZDF (7,4%), Springer (6,8%), P7S1 (5,1%), Burda (3,5%), Funke (3,1 %), Madsack (2,9%), Medien Union (2,4%) et Bauer (2,3). Soit 27,7 % pour le public et 37,1 pour le priv&#233;. Ainsi, les m&#233;dias hors des dix groupes majeurs contribuent-ils pour 35,2 % &#224; la formation de l'opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, la concentration des m&#233;dias priv&#233;s est du m&#234;me ordre en Allemagne qu'en France dans le domaine de la presse, c'est-&#224;-dire tr&#232;s forte ; elle est inf&#233;rieure en Allemagne dans l'audiovisuel, surtout dans la radio, o&#249; elle est relativement faible, et aussi dans la t&#233;l&#233;vision, &#224; un degr&#233; moindre, alors que le service public de la radio et de la t&#233;l&#233;vision attire plus de la moiti&#233; de l'audience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Jean P&#233;r&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Annexe : Panorama des concentrations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;- Concentrations dans la radio&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Medienvielfaltsmonitor (Moniteur du pluralisme des m&#233;dias).&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela donne, pour la radio, un grand &#233;parpillement des unit&#233;s de diffusion et des propri&#233;taires, parmi lesquels on retrouve les Springer, Madsack, Funke, SWMH (S&#252;dwestdeutsche Medien Holding), etc., mais chacun pour un pourcentage minime de la diffusion (entre 0,8 et 2%) domin&#233;e, rappelons-le, &#224; plus de 50 % par le groupe public r&#233;gional ARD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus gros propri&#233;taire priv&#233; &#224; ce jour est le groupe Regiocast (6,5 %), qui poss&#232;de 4 radios et participe &#224; une douzaine d'autres dans divers L&#228;nder. Ses principaux actionnaires viennent du &lt;i&gt;Nouveau journal d'Osnabr&#252;ck&lt;/i&gt; (Basse Saxe) et sont accompagn&#233;s d'une flop&#233;e de petits actionnaires parmi lesquels on retrouve les grands groupes de presse ou leurs propri&#233;taires &#224; titre individuel. Le deuxi&#232;me groupe est Bertelsmann (5,1 %), et le troisi&#232;me M&#252;ller Medien (4,7 %), groupe familial fortement implant&#233; en Bavi&#232;re et en Autriche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La radio la plus importante est Radio NRW de la Rh&#233;nanie du Nord-Westphalie (6 % de l'audience), qui alimente 45 stations de radio du Land. Son actionnaire principal &#224; 59 % est Pressefunk Nordrhein Westfalie, lui-m&#234;me poss&#233;d&#233; par le groupe Funke (21,7 %) suivi de Springer (12,4 %) suivi de DuMont Schauberg (9,9 %), et parmi les petits actionnaires, on retrouve la soci&#233;t&#233; d'&#233;dition du SPD ; son deuxi&#232;me actionnaire est RTL, c'est-&#224;-dire Bertelsmann, &#224; 12,6 %. Radio NRW poss&#232;de aussi, avec Antenne NRW, elle-m&#234;me filiale &#224; 100 % d'Antenne Bayern Gmbh, soci&#233;t&#233; bavaroise, une radio priv&#233;e diffus&#233;e sur tout le pays : NRW1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la partie priv&#233;e du paysage radiophonique allemand, les 4 premiers groupes (Regiocast, Bertelsmann, M&#252;ller, Nordwest Medien) occupent 19,2 % de l'audience, soit bien moins que les 4 premiers fran&#231;ais qui en recueillent 46 %. Le paysage radiophonique priv&#233; allemand, relativement peu concentr&#233; en lui-m&#234;me, peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une extension des groupes de presse, surtout quotidienne, dont la pr&#233;sence se manifeste par une v&#233;ritable toile d'araign&#233;e de participations crois&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;- Concentrations dans la t&#233;l&#233;vision&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. pour les donn&#233;es d'audience : Medienvielfaltsmonitor (Moniteur du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de la t&#233;l&#233;vision, le 1er janvier 1984, sous l'impulsion de la CDU (parti d&#233;mocrate chr&#233;tien) et du chancelier Kohl, la premi&#232;re t&#233;l&#233;vision priv&#233;e, SAT1, est cr&#233;&#233;e par une association d'une dizaine de groupes de presse, et surnomm&#233;e pour cela &#171; La cha&#238;ne des patrons de presse &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Mousseau, &#171; La t&#233;l&#233;vision en R&#233;publique f&#233;d&#233;rale d'Allemagne &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On y reconna&#238;t, entre autres, Springer, Burda, Holzbrinck, Bauer, Funke. Mais le SPD, partisan du monopole public, bloque la cha&#238;ne dans les L&#228;nder o&#249; il domine. En retour, la CDU bloque la perception de la redevance dans ses L&#228;nder. Situation pour le moins tendue, d'autant plus qu'&#224; la concurrence public-priv&#233; et SPD-CDU s'ajoute celle entre groupes priv&#233;s avec la diffusion d&#232;s le 2 janvier 1984 (lendemain du lancement de la premi&#232;re), d'une deuxi&#232;me chaine priv&#233;e, RTL+, cha&#238;ne luxembourgeoise &#233;mettant en Allemagne, dont Bertelsmann poss&#232;de 40 % des actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux cha&#238;nes priv&#233;es, SAT1 et RTL+, tr&#232;s d&#233;ficitaires dans les premiers temps, se disputent farouchement les canaux analogiques distribu&#233;s par la Bundespost, et les opportunit&#233;s ouvertes par le satellite et le plan c&#226;ble, alors que les foyers allemands s'&#233;quipent en r&#233;cepteurs de t&#233;l&#233;vision. La Convention d'&#201;tat pour la r&#233;organisation des m&#233;dias, sign&#233;e en 1986 par les repr&#233;sentants des 11 L&#228;nder apaise les tensions en r&#233;partissant les canaux entre les cha&#238;nes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jaques Mousseau, op. cit., p. 97.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais la guerre continue de faire rage dans le secteur priv&#233;, principalement entre les deux dominants, Bertelsmann et Springer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode de 1987 &#224; 2002 o&#249; sera mise en place la t&#233;l&#233;vision que nous connaissons aujourd'hui, sera domin&#233;e par l'ascension et la chute de L&#233;o Kirch, surnomm&#233; le &#171; nouvel Hugenberg &#187;, que nous avons &#233;voqu&#233;es &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/De-Kirch-a-Springer-Partie-de-bonneteau-dans-les-medias-allemands&#034;&gt;dans un article pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt;, en raison de l'immensit&#233; de son empire m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es qui suivent sont marqu&#233;es par l'&#233;chec de Springer, qui r&#234;vait d'un groupe de m&#233;dias associant presse et t&#233;l&#233;vision. Sa tentative de racheter la deuxi&#232;me cha&#238;ne priv&#233;e, ProSiebenSat1, ex propri&#233;t&#233; de Kirch, a &#233;t&#233; retoqu&#233;e par la Commission de contr&#244;le des concentrations (KEK) en 2005 pour la raison que cette cha&#238;ne lui aurait conf&#233;r&#233; une position dominante. Par la suite, cette deuxi&#232;me cha&#238;ne priv&#233;e, apr&#232;s un parcours chaotique entre fonds d'investissement anglais et am&#233;ricains, tombe en 2014 dans les bras de Berlusconi et sa soci&#233;t&#233; Mediaset. Laquelle, rebaptis&#233;e MediaForEurope (MFE) en 2021, devient l'actionnaire principal de la cha&#238;ne avec 29,9 % du capital. MFE ambitionne de devenir un acteur europ&#233;en capable d'affronter les Gafam, notamment Netflix et Amazon. Avec 7 041 salari&#233;s (2024), P7S1 affiche un CA de 3,9 milliards d'euros (2024).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au groupe Bertelsmann, apr&#232;s son &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Le-groupe-Bertelsmann-659&#034;&gt;d&#233;veloppement dans plusieurs domaines&lt;/a&gt;, &#233;dition, librairie (France Loisirs), musique (Ariola), presse magazine et quotidienne (Gr&#252;ner + Jahr), cin&#233;ma (UFA), en 1997 il fusionne sa filiale l'UFA Film avec la Compagnie Luxembourgeoise de T&#233;l&#233;diffusion (CLT), dont il est devenu l'actionnaire principal. Ensuite, la fusion de CLT-UFA avec l'anglais Pearson TV en 2000 marque le d&#233;but de RTL Group. Malgr&#233; la crise d'endettement qui frappe les entreprises de m&#233;dias au d&#233;but des ann&#233;es 2000 (pour rappel, Vivendi et Kirch se sont effondr&#233;s en 2002), Bertelsmann, alors qu'il prend des &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Bertelsmann-recentrages-de-2003-2004&#034;&gt;mesures de sauvegarde de son empire&lt;/a&gt;, continue de monter au capital de RTL Group. En 2013, ses parts s'&#233;l&#232;vent &#224; 75,1 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant l'exercice 2019, RTL Group a r&#233;alis&#233; un chiffre d'affaires de 6,7 milliards d'euros pour un b&#233;n&#233;fice de 1,1 milliard d'euros. Les recettes proviennent essentiellement de la publicit&#233; (44 % t&#233;l&#233;vision, 4 % radio), des productions audiovisuelles (22 %), des activit&#233;s num&#233;riques (16 %) et des plateformes (6 %). RTL Group a r&#233;alis&#233; 32 % de son chiffre d'affaires en Allemagne, 22 % en France, 16 % aux &#201;tats-Unis, 8 % aux Pays-Bas, 4 % en Grande-Bretagne et 3 % en Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Springer doit se contenter de deux cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision, Welt et N24 r&#233;alisant respectivement 0,1 et 0,3 % d'audience, alors que Bertelsmann et Berlusconi dominent largement la t&#233;l&#233;vision priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux groupes publics ARD et ZDF, ainsi que les groupes priv&#233;s Bertelsmann (RTL) et P7S1 sont les principaux groupes de t&#233;l&#233;vision du pays. &#192; eux quatre, ils d&#233;tiennent 88 % des parts d'audience de la t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux groupes priv&#233;s, Bertelsmann-RTL et P7S1 d&#233;tiennent &#224; eux seuls 36,9 % de l'audience TV (contre 39,6 % en France pour Bouygues et Bertelsmann-M6). Tandis qu'en Allemagne, 5 groupes priv&#233;s d&#233;tiennent 45,4 % des audiences des cha&#238;nes g&#233;n&#233;ralistes, ils en d&#233;tiennent 56,2 % en France. On constate donc une forte concentration des m&#233;dias audiovisuels priv&#233;s dans les deux pays, et plus accentu&#233;e en France.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans Isabelle Bourgeois, &#171; &lt;a href=&#034;https://shs.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2009-2-page-29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La t&#233;l&#233;vision allemande, une ind&#233;pendance structurelle&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Temps des M&#233;dias&lt;/i&gt;, n&#176;13, hiver 2009-2010, p. 29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Klaus Wenger, &lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/mat_0769-3206_1999_num_55_1_405735&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La radio, une contribution &#224; la culture politique &#187;&lt;/a&gt;, in &lt;i&gt;Mat&#233;riaux pour l'histoire de notre temps&lt;/i&gt;, n&#176;55-56, 1999, p. 78-82.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Arbeitsgemeinschaft der Rundfunkanstalten der BRD - Communaut&#233; de travail des organismes radiophoniques de la RFA.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Zweites Deutsches Fernsehen.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Klaus Wenger, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;220 euros par an ; France : 138 euros en 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour l'Allemagne : &lt;a href=&#034;https://medienvielfaltsmonitor.de/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Medienvielfaltsmonitor&lt;/a&gt; ; pour la France : &lt;a href=&#034;https://www.mediametrie.fr/system/files/2024-12/2024%2012%2030%20M%C3%A9diamat%20annuel%202024.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;diam&#233;trie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La publicit&#233; est interdite sur les cha&#238;nes publiques &#224; partir de 20h, ainsi que les dimanches et jours f&#233;ri&#233;s, et limit&#233;e &#224; 20 minutes par jour. Contrairement &#224; la pratique fran&#231;aise, les parrainages sont &#233;galement interdits.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Isabelle Bourgeois, op. cit., p. 31.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple, le mouvement &lt;a href=&#034;https://www-lsvd-de.translate.goog/de/ct/4742-Sitz-fuer-LSBTIQ-in-Rundfunkraeten-und-Medienanstalten?_x_tr_sl=de&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;LGBTQI est repr&#233;sent&#233; dans plusieurs conseils&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Val&#233;rie Robert, &lt;i&gt;La presse en France et en Allemagne. Une comparaison des syst&#232;mes&lt;/i&gt;, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kommission zur Ermittlung der Konzentration im Medienbereich - Commission de contr&#244;le de la concentration dans le domaine des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le coll&#232;ge de l'Arcom comprend neuf membres : trois d&#233;sign&#233;s par le pr&#233;sident du S&#233;nat, trois par le pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e nationale, deux respectivement par le Conseil d'&#201;tat et la Cour de cassation, tandis que son pr&#233;sident est nomm&#233; directement par le pr&#233;sident de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Isabelle Bourgeois, &#171; &lt;a href='https://www.acrimed.org/journals.openedition.org/rea/4191'&gt;Les m&#233;dias dans l'Allemagne unie. De l'unification d&#233;mocratique &#224; la normalisation du march&#233;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Regards sur l'&#233;conomie allemande&lt;/i&gt;, n&#176;98-99, 2010, p. 63-78.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.senat.fr/lc/lc302/lc3022.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La concentration des m&#233;dias&lt;/a&gt; &#187;, &#201;tude de l&#233;gislation compar&#233;e n&#176;302, juillet 2022, S&#233;nat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le rachat de M6 par TF1 aurait port&#233; l'audience cumul&#233;e des deux cha&#238;nes &#224; 37,5 %, et encore davantage en comptant les autres cha&#238;nes des deux groupes sur la TNT. Mais du moment que le nouveau propri&#233;taire, TF1, n'eut poss&#233;d&#233; que moins de 49 % du capital de la nouvelle cha&#238;ne, l'Arcom n'aurait rien eu &#224; dire. C'est l'Autorit&#233; de la concurrence qui a oppos&#233; son v&#233;to pour entrave &#224; la concurrence sur le terrain publicitaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce poids est &#233;valu&#233; chaque ann&#233;e par la KEK sur la base de questionnaires et fait l'objet d'un rapport d&#233;di&#233;. En 2024, il est &#233;valu&#233; &#224; l'&#233;chelle nationale &#224; : 35 % pour les sites d'informations en ligne, 28 % pour la t&#233;l&#233;vision, 17 % pour la radio, 16 % pour la presse quotidienne, et 4 % pour les magazines (chiffres arrondis au plus proche).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;a href=&#034;https://medienvielfaltsmonitor.de/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Medienvielfaltsmonitor (Moniteur du pluralisme des m&#233;dias)&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. pour les donn&#233;es d'audience : &lt;a href=&#034;https://medienvielfaltsmonitor.de/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Medienvielfaltsmonitor (Moniteur du pluralisme des m&#233;dias)&lt;/a&gt; pour l'Allemagne et &lt;a href=&#034;https://www.mediametrie.fr/system/files/2024-12/2024%2012%2030%20M%C3%A9diamat%20annuel%202024.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;diam&#233;trie&lt;/a&gt; pour la France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Mousseau, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/colan_0336-1500_1988_num_77_1_1058&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La t&#233;l&#233;vision en R&#233;publique f&#233;d&#233;rale d'Allemagne&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Communication et langages&lt;/i&gt;, n&#176;77, 3&#232;me trimestre 1988, p. 94.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jaques Mousseau, op. cit., p. 97.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La concentration des m&#233;dias en Allemagne : la presse &#233;crite (2/4)</title>
		<link>https://www.acrimed.org/La-concentration-des-medias-en-Allemagne-la</link>
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		<dc:date>2025-11-10T11:21:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean P&#233;r&#232;s</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Deuxi&#232;me partie.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-En-Allemagne-" rel="directory"&gt;M&#233;dias en Allemagne&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH101/concentrationallemagne-24772.png?1776675496' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;centralisation, ind&#233;pendance vis-&#224;-vis des groupes industriels et de l'&#201;tat : le paysage m&#233;diatique allemand permet, par comparaison, de montrer que la situation fran&#231;aise n'est pas une fatalit&#233;. Mais est-ce pour autant un mod&#232;le &#224; suivre ? On fait le point. Cette deuxi&#232;me partie se focalise sur le cas de la presse &#233;crite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le march&#233; de la presse allemande est &#224; tous points de vue beaucoup plus important que le march&#233; fran&#231;ais. Il est le cinqui&#232;me mondial et le premier europ&#233;en. On y compte 319 journaux quotidiens (78 en France) avec un tirage de 12 millions d'exemplaires (7 millions en France). Le r&#233;seau de distribution est le plus dense du monde avec 116 000 points de vente (20 000 en France)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Val&#233;rie Robert, La presse en France et en Allemagne. Une comparaison des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les cinq plus gros groupes de presse figurent parmi les plus prosp&#232;res du monde avec des chiffres d'affaires d&#233;passant le milliard d'euros, alors que le premier groupe fran&#231;ais, le groupe Sipa Ouest-France, affiche en 2022 un CA de 560 millions d'euros. Les magazines allemands ne sont pas en reste, plus nombreux, plus lus et plus rentables que leurs homologues fran&#231;ais, surtout en mati&#232;re d'information politique et g&#233;n&#233;rale, avec des publications comme &lt;i&gt;Der Spiegel&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Die Zeit&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Val&#233;rie Robert, op. cit., p. 103-110.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journaux allemands b&#233;n&#233;ficient d'une forte adh&#233;sion de la population &#224; la presse papier et aux informations r&#233;gionales. De plus, la grande majorit&#233; des lecteurs sont abonn&#233;s (91 % contre 46 % en France) et re&#231;oivent leur quotidien &#224; domicile par portage, ce qui assure une grande souplesse de gestion aux entreprises de presse et un glissement plus facile vers un abonnement &#224; la version num&#233;rique lorsque celui-ci est propos&#233;. Ainsi, sur de telles bases, si la presse allemande conna&#238;t, comme les autres, une crise tr&#232;s importante depuis deux d&#233;cennies, elle r&#233;siste mieux. Bien que les ventes de journaux aient &#233;t&#233; &lt;a href=&#034;https://www.media-perspektiven.de/fileadmin/user_upload/media-perspektiven/pdf/2022/2206_Roeper.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;divis&#233;es par deux en 27 ans (1995-2022)&lt;/a&gt;, elles restent tr&#232;s sup&#233;rieures &#224; celles des autres pays europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;L'apr&#232;s-guerre et le retour des collaborateurs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&#192; l'issue de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, les journaux fran&#231;ais qui avaient collabor&#233;, c'est-&#224;-dire la grande majorit&#233; d'entre eux, furent mis sous s&#233;questre et remplac&#233;s par les journaux de la R&#233;sistance. Le programme allemand &#233;tait comparable : &#171; &lt;i&gt;Quiconque s'&#233;tait politiquement compromis depuis 1933 ne devait plus jouer de r&#244;le dans la presse et, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, m&#234;me les noms de journaux en usage avant 1933 ne furent pas r&#233;admis. On voulait voir agir des noms enti&#232;rement nouveaux et des hommes neufs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Erhard Becker, &#171; La presse allemande depuis 1945 &#187; in Henri M&#233;nudier, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Sous s&#233;questre &#233;galement, les journaux allemands furent attribu&#233;s par les puissances occupantes sous forme de licences accord&#233;es &#224; des individus non compromis avec le nazisme. Les Alli&#233;s contr&#244;laient, chacun &#224; leur fa&#231;on, les publications, tout en &#233;ditant aussi leurs propres journaux, dont certains continu&#232;rent de para&#238;tre par la suite (&lt;i&gt;Die Welt&lt;/i&gt;, notamment, cr&#233;&#233; par les Britanniques). &#192; la fin 1948, il y avait ainsi 140 journaux tir&#233;s &#224; 14 millions d'exemplaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Erhard Becker, op. cit.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1949, les contr&#244;les cess&#232;rent et la libert&#233; de la presse fut r&#233;tablie, ouvrant la voie &#224; 400 publications suppl&#233;mentaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Erhard Becker, op. cit.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parmi elles, nombre de journaux d'avant-guerre, compromis avec le nazisme, refirent surface. Certains d'entre eux avaient surv&#233;cu &#224; la fin de la guerre, gr&#226;ce notamment aux lucratives petites annonces, mais surtout la plupart des imprimeries demeuraient leur propri&#233;t&#233;, leur conf&#233;rant, en ces temps de fortes difficult&#233;s &#233;conomiques, un avantage substantiel sur leurs concurrents. D'autant qu'&#224; la fin des ann&#233;es 1940, la lutte contre les r&#233;sidus du nazisme c&#233;dait peu &#224; peu le pas, sur le plan id&#233;ologique, &#224; la lutte contre le communisme sovi&#233;tique, inaugurant la guerre froide&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Allemagne de l'ouest : naissance d'une presse &#034;alternative&#034; contre les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'o&#249; un certain laxisme vis-&#224;-vis des ex-collaborateurs. Quant &#224; la zone occup&#233;e par les sovi&#233;tiques, le contr&#244;le centralis&#233; de la presse passa sans transition des nazis aux nouvelles autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;80 ans apr&#232;s, on constate que les d&#233;tenteurs des 10 plus importants groupes de presse furent (eux-m&#234;mes ou leurs a&#239;eux) membres du NSDAP, le parti nazi, parfois &#224; des postes importants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Axel Springer, qui passe pour un des moins compromis, et qui fut un des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou bien ont particip&#233; &#224; la propagande du r&#233;gime&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pareillement en France : on pense &#224; Prouvost, au trust Hachette, et surtout (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En 2006, la plus vieille maison d'&#233;dition allemande, DuMont Schauberg, a d&#233;fray&#233; la chronique en devenant actionnaire du journal isra&#233;lien &lt;i&gt;Haaretz&lt;/i&gt;, le propri&#233;taire du groupe &#233;tant le fils d'un z&#233;l&#233; nazi. On constate ainsi, &#224; partir de 1949, un retour en force des &lt;a href=&#034;https://de-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Altverleger?_x_tr_sl=de&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;anciens propri&#233;taires de journaux&lt;/a&gt;, voire anciens partisans des nazis, par un de ces retournements dont la classe dominante a le secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es suivantes, les concentrations dans la presse, comme dans l'ensemble de l'&#233;conomie allemande (au cours de ce que l'on a appel&#233; &#171; le miracle &#233;conomique &#187;), se feront &#224; un rythme quasi continu jusqu'&#224; l'ann&#233;e 1976. Selon Manfred K&#246;tterheinrich&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manfred K&#246;tterheinrich, &#171; Die Konzentration in der deutschen Presse &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d&#233;j&#224; entre 1954 et 1964 le nombre de quotidiens passe de 1 500 &#224; 1 409 et celui des r&#233;dactions autonomes de 225 &#224; 185.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Les r&#233;dactions autonomes de moins en moins nombreuses&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Une bonne mesure de la concentration des journaux et de ses effets sur le pluralisme r&#233;side dans l'&#233;valuation du nombre de r&#233;dactions autonomes. Par &#171; r&#233;daction autonome &#187;, on entend une r&#233;daction qui couvre par ses propres journalistes l'ensemble des rubriques d'un journal. Les journaux achet&#233;s sont la plupart du temps priv&#233;s de la couverture des questions de politique nationale et internationale, qui leur est livr&#233;e pour ainsi dire &#171; cl&#233; en main &#187; par le groupe propri&#233;taire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ce qu'on appelle la &#171; matrice &#187; dans les ann&#233;es 1950 ou le &#171; manteau &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et se voient cantonn&#233;s aux actualit&#233;s locales, avec nombre de licenciements &#224; la cl&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cas limite de cette tendance, le Westfalische Rundschau a vu sa r&#233;daction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. M&#234;me ind&#233;pendants &#233;conomiquement, de nombreux journaux ach&#232;tent &#224; d'autres les articles de politique g&#233;n&#233;rale, ne gardant qu'une r&#233;daction locale. Un pluralisme de fa&#231;ade peut ainsi cacher de fortes concentrations internes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andrea Czepek d&#233;finit les diff&#233;rentes modalit&#233;s de cette perte d'autonomie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre de r&#233;dactions autonomes en Allemagne a chut&#233; de moiti&#233; entre 1954 et 1976, p&#233;riode de fortes concentrations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Allemagne de l'ouest : naissance d'une presse &#034;alternative&#034; contre les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En 1976, pour y mettre un frein, notamment dans la Ruhr o&#249; le &lt;i&gt;Westdeutsche allgemeine Zeitung&lt;/i&gt; (WAZ) venait d'acheter de nombreux journaux, le gouvernement social-d&#233;mocrate modifie la loi sur les concentrations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#232;gles anti-concentration dans la presse allemande sont, comme en France, celles du droit commun de la concurrence. Dans les deux pays, l'autorit&#233; de la concurrence n'intervient que si les chiffres d'affaires cumul&#233;s des entreprises concern&#233;es sont sup&#233;rieurs &#224; un certain plafond : 150 millions d'euros pour la France, 500 millions pour l'Allemagne. Au-dessus de ce chiffre, c'est l'office des cartels (Bundeskartellamt) qui v&#233;rifie que le projet d'achat ne met pas une entreprise de presse en position dominante, voire de monopole, dans la ville ou la r&#233;gion concern&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la loi allemande contient depuis 1976 une disposition sp&#233;cifique &#224; la presse : le plafond de chiffre d'affaires pris en compte, pour les entreprises de presse, est divis&#233; par 20. D'o&#249; une multiplication des contr&#244;les &#224; partir de cette date et une baisse sensible des concentrations pendant les ann&#233;es 1980 et 1990, &#224; l'exception notoire de la phase de r&#233;unification, au cours de laquelle les groupes de presse de l'ouest achet&#232;rent la plupart de ceux de l'est. On notera au passage que la r&#233;gulation par le plafond de chiffre d'affaires est un puissant moyen de contr&#244;le des concentrations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en 1981, le projet de rachat du plus important groupe du pays (Springer) par le deuxi&#232;me (Burda), qui aurait conduit ce dernier &#224; une position ultra-dominante, a &#233;t&#233; retoqu&#233; par le Kartellamt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Val&#233;rie Robert, op.cit., p. 60.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour la m&#234;me raison, le projet de vente, en 2004, du &lt;i&gt;Berliner Verlag&lt;/i&gt; &#224; Holzbrinck, un tr&#232;s important groupe de presse, &lt;a href=&#034;https://de-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Berliner_Verlag?_x_tr_sl=de&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;a &#233;t&#233; refus&#233;&lt;/a&gt;. Exceptionnellement, si l'existence de l'entreprise rachet&#233;e est menac&#233;e, l'achat peut &#234;tre autoris&#233;, m&#234;me s'il met l'acheteur en position dominante. C'est ainsi que la &lt;i&gt;Frankfurter Allgemeine Zeitung&lt;/i&gt; (FAZ) &lt;a href=&#034;https://de-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Frankfurter_Rundschau?_x_tr_sl=de&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;a pu racheter&lt;/a&gt; le &lt;i&gt;Frankfurter Rundschau&lt;/i&gt; en 2013, bien que cela l'ait plac&#233;e en position dominante dans le Land de Hesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite aux mesures anti-concentrations, la baisse du nombre de r&#233;dactions autonomes a ralenti. Mais la crise &#233;conomique que subit la presse dans les ann&#233;es 2000, notamment sur le terrain publicitaire, va provoquer, sous la pression des gros &#233;diteurs, une lib&#233;ralisation croissante des concentrations. Le plafond de CA n'est plus divis&#233; que par 10 en 2005, puis 8 en 2013, et enfin 4 en 2021. C'est &#224; cette p&#233;riode que, selon Val&#233;rie Robert, &#171; &lt;i&gt;les groupes de journaux qui changent de mains sont de plus en plus gros, et [que] la presse suprar&#233;gionale n'est plus &#233;pargn&#233;e&lt;/i&gt; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Val&#233;rie Robert, op. cit., p. 65.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Une presse fortement concentr&#233;e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Beaucoup plus prosp&#232;re que la fran&#231;aise, la presse allemande &#233;tait paradoxalement moins concentr&#233;e jusqu'&#224; une p&#233;riode r&#233;cente. Selon une &#233;valuation de Val&#233;rie Robert&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 61-63 et 72-73.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; portant sur l'ann&#233;e 2010, les dix premiers groupes de presse quotidienne allemands r&#233;alisaient 59 % de la diffusion totale, contre 84 % pour les dix premiers fran&#231;ais. Ces dix premiers groupes d&#233;tenaient 37 % des titres de presse en Allemagne, contre 76 % en France. Pour les magazines, la chercheuse compte, en 2010, que les 5 premiers groupes de presse repr&#233;sentent dans les deux pays 65 % de la diffusion totale, avec une concentration plus intense en France, puisqu'il y a deux fois moins de titres qu'en Allemagne. Mais, selon le Medienvielfalt monitor&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Observatoire du pluralisme, qui publie chaque ann&#233;e des donn&#233;es actualis&#233;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, entre 2010 et 2024 la presse allemande a continu&#233; de se concentrer pour atteindre 87 % de la diffusion totale pour les 10 premiers groupes, et 73,5 % pour les 5 premiers groupes de magazines. Bien que plus diverse, la presse allemande est d&#233;sormais aussi concentr&#233;e que la fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effet de cette concentration, la presse quotidienne allemande est en position de monopole dans un nombre de plus en plus important de villes et de L&#228;nder&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour rappel, en France, le monopole r&#233;gional est la r&#232;gle, &#224; de rares (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Particuli&#232;rement dans l'ancienne RDA, o&#249; les journaux du parti socialiste unifi&#233; (SED) furent achet&#233;s dans les premi&#232;res ann&#233;es 1990 par les groupes de presse de l'ouest, perp&#233;tuant ainsi un monopole&#8230; devenu capitaliste. Comme le dit Michael Haller, journaliste et chercheur : &#171; &lt;i&gt;C'est l'une des n&#233;gligences des hommes politiques ayant men&#233; la r&#233;unification &#224; bien de ne pas avoir pluralis&#233; les structures monopolistiques de l'&#233;poque de la RDA, les confirmant au contraire en appliquant les conditions de l'&#233;conomie de march&#233;. La cons&#233;quence est que, aujourd'hui, presque tous les journaux r&#233;gionaux des nouveaux L&#228;nder sont des monopoles.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michael Haller, &#171; La presse en Allemagne &#187;, Communication &amp; Langages, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ce faisant, les journaux de l'est se greffaient sur une tendance d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre &#224; l'ouest depuis de longues ann&#233;es. Car dans l'&#233;conomie de march&#233; endogame de la presse allemande, la seule solution, toute relative, &#224; la crise de la presse r&#233;side dans les concentrations, qui permettent de r&#233;duire les co&#251;ts par des &#233;conomies d'&#233;chelle et des licenciements, au prix du pluralisme. Une carte dress&#233;e par Andrea Czepek&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andrea Czepek, op. cit., p. 143.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des zones de monopole et des zones pluralistes prenant en compte les r&#233;dactions autonomes fait appara&#238;tre pour l'ann&#233;e 2009 une partition en &#224; peu pr&#232;s deux parties, soit plus de la moiti&#233; de l'Allemagne sous monopole, et une partie o&#249; les habitants ont deux ou plusieurs sources d'information dans la presse quotidienne. Tendance qui s'est poursuivie avec la progression des concentrations.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_16274 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/concentrationallemagne.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH336/concentrationallemagne-d947c.png?1776675496' width='500' height='336' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;center&gt;&lt;small&gt;Andrea Czepek, op. cit., p. 143.&lt;/small&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Jean P&#233;r&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Annexe : Petit panorama de groupes de presse&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La plupart des informations sur les groupes de presse sont issues de leurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Assez repr&#233;sentatif des processus de concentration dans la presse, le groupe Madsack s'est construit autour du principal quotidien de Hanovre, le &lt;i&gt;Hannover Anzeiger&lt;/i&gt;, fond&#233; en 1893. En 1937, Erich Madsack, propri&#233;taire du groupe, adh&#232;re au parti nazi, le NSDAP. En 1943, le gouvernement national-socialiste fait fusionner le &lt;i&gt;Hannover Anzeiger&lt;/i&gt; avec le &lt;i&gt;Quotidien de Basse Saxe&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Nieders&#228;chsischen Tageszeitung&lt;/i&gt;), si bien qu'au moment du retour aux affaires de Madsack, en ao&#251;t 1949, il est le premier quotidien de la r&#233;gion. En 1973, deux autres journaux de Basse Saxe sont acquis. Ainsi, pendant 80 ann&#233;es, le groupe Madsack s'&#233;tend sur le seul Land de Basse Saxe par achats successifs de plusieurs quotidiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la chute du mur cependant, Erich Madsack ach&#232;te &#224; d'autres groupes de presse (Springer, FAZ, Bertelsmann) des quotidiens importants dans le Schleswig Holstein, et aussi dans les L&#228;nder d'ex-RDA de Saxe et du Brandebourg. Enfin et surtout, en 2009, il ach&#232;te la presse quotidienne de Springer (&lt;i&gt;Leipziger Volkes Zeitung&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L&#252;becker Nachrichten&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Kieler Nachrichten&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Segeberger Zeitung&lt;/i&gt;), devenant ainsi un acteur majeur de la presse &#233;galement dans le Land de Schleswig Holstein. Il poursuit encore son extension en 2011 en p&#233;n&#233;trant le Land de Brandebourg par le rachat du &lt;i&gt;M&#228;rkische Allgemeine&lt;/i&gt;, quotidien le plus lu de la r&#233;gion, au &lt;i&gt;Frankfurter Allgemeine Zeitung&lt;/i&gt;. Et in fine, Madsack ach&#232;te &#224; Bertelsmann en 2024 le DDV Medien Gruppe, avec notamment le &lt;i&gt;S&#228;chsische Zeitung&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Morgenpost Sachsen&lt;/i&gt;, lui assurant une position dominante en Saxe. Une vingtaine de quotidiens r&#233;partis sur cinq L&#228;nder lui appartiennent d&#233;sormais. Parall&#232;lement, Madsack a achet&#233; des journaux d'annonces, fait d&#233;velopper des applications num&#233;riques, fait produire des films et des reportages pour la t&#233;l&#233;vision, propos&#233; des services : portage, logistique, centres d'appel, publicit&#233;, et m&#234;me du co-voiturage. En 2024, il compte 900 000 abonn&#233;s aux quotidiens pour un chiffre d'affaires de 780 millions d'euros (2022). Un des principaux actionnaires du groupe Madsack, pour 23,5 %, est la Deutsche Druck und Verlagsgesellschaft (DDVG), groupe de presse dont le propri&#233;taire se trouve &#234;tre le SPD, parti socialiste allemand. La DDVG, 8e groupe de presse du pays, poss&#232;de aussi ses propres journaux et imprimeries. En 2004, son rachat du &lt;i&gt;Frankfurter Rundschau&lt;/i&gt;, quotidien d'audience nationale, fit grand bruit. Le SPD se d&#233;fend de toute intervention sur la ligne &#233;ditoriale de ses publications, mais, en 2005, certains de ses membres auraient incit&#233; le &lt;i&gt;Frankfurter Rundschau&lt;/i&gt; &#224; une critique plus f&#233;roce de son concurrent de la gauche radicale, Die Linke.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe Funke (Funke Medien Gruppe) a une &#233;volution tr&#232;s comparable &#224; celle de Madsack &#224; partir d'un autre land, la Rh&#233;nanie du Nord Westphalie. Journaliste, Jakob Funke adh&#232;re au NDSAP en 1941, et devient chef de bureau &#224; l'agence de presse nazie. En 1948, &#224; Essen, na&#238;t le quotidien &lt;i&gt;Westdeutsche Allgemeine Zeitung&lt;/i&gt; (WAZ), qui demeure aujourd'hui le deuxi&#232;me quotidien allemand, apr&#232;s &lt;i&gt;Bild&lt;/i&gt;, avec 20 &#233;ditions r&#233;gionales. Erich Prost, journaliste r&#233;sistant allemand est son premier propri&#233;taire avec Jakob Funke. Dans les ann&#233;es 1970, quatre autres quotidiens de la m&#234;me r&#233;gion seront acquis. Apr&#232;s la chute du mur, Funke r&#233;cup&#232;re plusieurs quotidiens de Thuringe qu'il associe dans le &lt;i&gt;Funke Medien Thuringen&lt;/i&gt;, un des plus gros groupes de presse dans l'ex-RDA. Sa plus importante op&#233;ration est l'achat en 2013 &#224; Springer, pour 920 millions d'euros, de deux nouveaux quotidiens, le &lt;i&gt;Berliner Morgenpost&lt;/i&gt;, un des principaux quotidiens de la capitale, et le &lt;i&gt;Hamburger Abendblat&lt;/i&gt;, ainsi que des magazines de t&#233;l&#233;vision et des f&#233;minins. Si bien qu'en 2024, le groupe compte une vingtaine de quotidiens r&#233;partis sur cinq L&#228;nder. Le groupe Funke dispose &#233;galement d'un p&#244;le magazines et de prises de participation &#224; l'&#233;tranger. Il compte aujourd'hui une quarantaine de magazines dans les domaines de la t&#233;l&#233;vision, du style de vie, de la f&#233;minit&#233;, de la cuisine, etc., ce qui fait de lui un des premiers groupes europ&#233;ens en la mati&#232;re. Il s'&#233;tend &#224; l'&#233;tranger &#224; partir de 1987, lorsqu'il prend 50 % du premier quotidien autrichien, &lt;i&gt;Die Krone&lt;/i&gt; (810 000 exemplaires en 2012) et en 1988, 49,4 % dans le &lt;i&gt;Kurier&lt;/i&gt; (108 000 exemplaires en 2019), &#233;galement autrichien. Il est &#233;galement actif en Hongrie, Albanie, Croatie, et Russie. Comme le groupe Madsack, il s'&#233;tend aux march&#233;s connexes des petites annonces et des offres digitales &#224; l'intention des femmes, dans les domaines de la sant&#233; et de l'habitat, et anime en outre des stations de radio dans la Westphalie du Nord et un portail de vid&#233;os &#224; la demande (VOD). Avec 5 400 salari&#233;s et 1 700 journalistes (et 14 000 livreurs) pour un chiffre d'affaires de 1,13 milliards d'euros (2022), Funke Medien Gruppe ambitionne rien de moins que de devenir le premier groupe de m&#233;dias allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres groupes de presse se sont constitu&#233;s &#224; partir de magazines comme le groupe Bauer, n&#233; de l'imprimerie &#224; la fin du XIXe si&#232;cle. Pendant la guerre, son propri&#233;taire, Alfred Bauer, fut membre du parti nazi, qui lui a permis d'augmenter la diffusion de ses magazines. Le groupe a cumul&#233; au fil du temps quelque 60 magazines en Allemagne, et plus de 500 dans d'autres pays &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1980. Par exemple, il ach&#232;te en 2007 le groupe britannique Emap (magazines et radios) pour 1,58 milliard d'euros, ou encore, pour 407 millions d'euros, le plus important d&#233;tenteur de magazines en Australie. Il poss&#232;de &#233;galement les deux principaux quotidiens de Saxe Anhalt. C'est l'un des plus grands groupes de presse europ&#233;en, avec 15 000 salari&#233;s dans 12 pays et 2,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires. En France, Bauer poss&#232;de quelques publications (&lt;i&gt;T&#233;l&#233;c&#226;ble Sat Hebdo&lt;/i&gt;, les magazines f&#233;minins &lt;i&gt;Maxi&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Maxi Cuisine&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Jeux de Maxi&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe Burda est &#233;galement issu de l'imprimerie &#224; Offenburg (Bade Wurtemberg), au d&#233;but du XXe si&#232;cle. Il prosp&#232;re dans l'acquisition de magazines, notamment sous le nazisme, dont Hubert Burda est membre du parti. Actionnaire de Springer en 1983 (25 %), il b&#233;n&#233;ficie de dividendes tr&#232;s importants, mais &#233;choue &#224; en prendre le contr&#244;le en 1988. D&#232;s lors, il se rabat sur les magazines &#224; forte diffusion (&lt;i&gt;Bunte&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Playboy&lt;/i&gt;-&#233;dition allemande, &lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt;-&#233;dition allemande), et cr&#233;e &lt;i&gt;Focus&lt;/i&gt;, grand concurrent du premier magazine d'information &lt;i&gt;Der Spiegel&lt;/i&gt;. &#192; partir des ann&#233;es 2000, le groupe &#233;tend son domaine aux activit&#233;s digitales, dont il tire aujourd'hui plus de la moiti&#233; de ses revenus. Comme le groupe Bauer, il d&#233;veloppe son activit&#233; dans 12 pays, dont la France avec &lt;i&gt;Le Nouveau d&#233;tective&lt;/i&gt;, et 6 autres magazines de la filiale Burda Bleu. Il emploie 12 000 salari&#233;s, &#233;dite 444 magazines pour un chiffre d'affaires de 2,7 milliards d'euros (2023).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unique en son genre, le groupe Axel Springer doit l'essentiel de sa prosp&#233;rit&#233; au quotidien &#224; sensation &lt;i&gt;Bild Zeitung&lt;/i&gt;, premier journal europ&#233;en en tirage. Il tire encore, malgr&#233; une baisse constante, &#224; presque un million d'exemplaires. Son &#233;dition du dimanche (&lt;i&gt;Bild am Sonntag&lt;/i&gt;) est le deuxi&#232;me magazine allemand, et celui d&#233;di&#233; aux femmes (&lt;i&gt;Bild der Frau&lt;/i&gt;) le 5e, au sport, le 6e. En outre, le groupe Springer poss&#232;de &lt;i&gt;Die Welt&lt;/i&gt;, un des plus importants quotidiens d'information. Apr&#232;s avoir vendu une partie de sa presse &#224; Funke, Springer reste d&#233;tenteur d'une trentaine de magazines, et de sites comme l'am&#233;ricain Politico (son plus gros investissement, un milliard d'euros) ou le fran&#231;ais Marmiton. Le fonds d'investissement KKR (pour &#171; Kohlberg Kravis Roberts &amp; Co &#187;), l'un des plus importants du monde, est devenu en 2019 l'actionnaire majoritaire du groupe qui, en septembre 2024, se divise en deux entit&#233;s autonomes : KKR r&#233;cup&#232;re les sites d'annonces et Springer reprend toute la partie presse. Il conduit depuis quelques ann&#233;es une conversion de son empire de presse vers le num&#233;rique &#8211; en particulier les sites d'information en ligne &#8211; qui constitue la plus grande part de ses recettes et de ses b&#233;n&#233;fices, respectivement de 3,9 milliards et 750 millions d'euros (2023), pour un effectif de 18 000 salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au g&#233;ant allemand des m&#233;dias et de l'&#233;dition, Bertelsmann (145 000 salari&#233;s, CA de 13,8 milliards d'euros en 2021), il est d'abord une maison d'&#233;dition n&#233;e en 1835. Le groupe s'est fortement enrichi au cours de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale gr&#226;ce &#224; une coop&#233;ration &#233;troite avec le r&#233;gime nazi. &#171; &lt;i&gt;Bertelsmann s'&#233;tait sp&#233;cialis&#233; dans la publication d'ouvrages &#224; la gloire de la Wehrmacht. Une cinquantaine d'ouvrages litt&#233;raires (sur 1 200 publi&#233;s &#224; l'&#233;poque) contenaient des attaques antis&#233;mites massives&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le pass&#233; nazi de Bertelsmann av&#233;r&#233; &#187;, Lib&#233;ration, 10 octobre 2002.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son activit&#233; dans la presse d&#233;bute en 1970, alors qu'il est d&#233;j&#224; un des plus gros groupes de communication du monde. En achetant l'&#233;diteur Gr&#252;ner+Jahr, il acquiert un certain nombre de magazines, parmi lesquels on compte l'un des plus importants, &lt;i&gt;Stern&lt;/i&gt;, dans l'information politique et g&#233;n&#233;rale, et &lt;i&gt;Brigitte&lt;/i&gt;, magazine f&#233;minin qui &#233;tait alors le plus fort tirage en Allemagne (800 000 exemplaires), ainsi que de nombreux magazines dans d'autres pays. Il devient ainsi un des plus importants groupes de presse magazine d'Allemagne. Il poss&#233;dait en France le groupe Prisma Presse, une quarantaine de titres (&lt;i&gt;Geo&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Gala&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Femme actuelle&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Voici&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;&#8230;) qu'il a vendus &#224; Bollor&#233; en 2021. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le groupe veut faire le m&#233;nage dans sa presse magazine en ne gardant que les titres les plus importants. En f&#233;vrier 2023, Bertelsmann annonce la suppression de 700 emplois dans le p&#244;le magazine, soit le tiers des effectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aura remarqu&#233; la notable quantit&#233; d'investissements des groupes allemands dans des entreprises &#233;trang&#232;res, y compris en France, alors que les m&#233;dias fran&#231;ais restent, &#224; de rares exceptions pr&#232;s, centr&#233;s sur l'hexagone. Une question de capacit&#233; capitalistique, sans doute, mais aussi le fait que les m&#233;dias fran&#231;ais qui sont aux mains d'industriels se soucient peu d'exercer une influence politique dans des pays &#233;trangers, alors que les allemands y voient une occasion d'&#233;tendre leur empire et d'augmenter leurs profits sans enfreindre les lois allemandes anti-concentrations.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Val&#233;rie Robert, &lt;i&gt;La presse en France et en Allemagne. Une comparaison des syst&#232;mes&lt;/i&gt;, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2011, p. 52-53.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Val&#233;rie Robert, op. cit., p. 103-110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Erhard Becker, &#171; La presse allemande depuis 1945 &#187; &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Henri M&#233;nudier, &lt;i&gt;L'Allemagne occup&#233;e 1945-1949&lt;/i&gt;, Presses Sorbonne Nouvelle, 1989, p. 97-103.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Erhard Becker, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Erhard Becker, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Allemagne de l'ouest : naissance d'une presse &#034;alternative&#034; contre les g&#233;ants &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/1977/05/BECKER/34244&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, mai 1977&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Axel Springer, qui passe pour un des moins compromis, et qui fut un des premiers &#224; recevoir une licence des puissances occupantes, n'&#233;tait pas membre du NSDAP, mais il &#233;tait tout de m&#234;me membre, &#224; partir de 1934, de la NSKK, organisme paramilitaire qui recrutait ses membres sur la preuve de leur origine aryenne, et qui participa &#224; la d&#233;portation de juifs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pareillement en France : on pense &#224; Prouvost, au trust Hachette, et surtout &#224; Robert Hersant, &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Petite-histoire-des-ordonnances-de-1944-sur-la&#034;&gt;collaborateurs notoires devenus des magnats de la presse&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manfred K&#246;tterheinrich, &#171; Die Konzentration in der deutschen Presse &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Harry Pross (dir.), &lt;i&gt;Deutsche Presse seit 1945&lt;/i&gt;, 1965, p. 78-79.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est ce qu'on appelle la &#171; matrice &#187; dans les ann&#233;es 1950 ou le &#171; manteau &#187; plus tard. Cette politique est &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/La-mutualisation-en-marche-dans-le-groupe-EBRA&#034;&gt;&#233;galement suivie en France par le groupe EBRA&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cas limite de cette tendance, le &lt;i&gt;Westfalische Rundschau&lt;/i&gt; a vu sa r&#233;daction centrale et ses r&#233;dactions locales supprim&#233;es en 2013 par le groupe Funke, et ses 120 journalistes licenci&#233;s. Seul le titre perdure, aliment&#233; par d'autres instances du groupe et d'anciens concurrents locaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andrea Czepek d&#233;finit les diff&#233;rentes modalit&#233;s de cette perte d'autonomie des r&#233;dactions : &lt;br class='autobr' /&gt;
1. Un journal distribue plusieurs &#171; &#233;ditions locales &#187; qui ne diff&#232;rent que par le contenu de leurs actualit&#233;s locales.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Une entreprise de presse poss&#232;de plusieurs journaux portant des noms distincts, mais une salle de r&#233;daction centrale produit les actualit&#233;s nationales et internationales pour l'ensemble des titres. Seule la couverture des actualit&#233;s locales est effectu&#233;e s&#233;par&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Les journaux sont ind&#233;pendants les uns des autres sur le plan &#233;conomique, mais ceux de plus petite taille ach&#232;tent leurs actualit&#233;s nationales et internationales &#224; un plus grand journal et n'exploitent qu'une salle de r&#233;daction locale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Andrea Czepek, &#171; La concentration de la presse &#233;crite et le pluralisme en Allemagne &#187;, in Franck Rebillard et Marl&#232;ne Loicq (dir.), &#171; Pluralisme de l'information et &lt;i&gt;media diversity&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Culture &amp; communication&lt;/i&gt;, 2013, p. 139.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Allemagne de l'ouest : naissance d'une presse &#034;alternative&#034; contre les g&#233;ants &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/1977/05/BECKER/34244&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, mai 1977&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Val&#233;rie Robert, op.cit., p. 60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Val&#233;rie Robert, op. cit., p. 65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 61-63 et 72-73.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Observatoire du pluralisme, qui publie chaque ann&#233;e des &lt;a href=&#034;https://medienvielfaltsmonitor.de/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;donn&#233;es actualis&#233;es sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour rappel, en France, le monopole r&#233;gional est la r&#232;gle, &#224; de rares exceptions pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michael Haller, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/colan_0336-1500_1999_num_121_1_2940&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La presse en Allemagne&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Communication &amp; Langages&lt;/i&gt;, n&#176;121, 1999, p. 15-26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andrea Czepek, op. cit., p. 143.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La plupart des informations sur les groupes de presse sont issues de leurs sites ou des sites des journaux associ&#233;s et de leurs fiches Wikip&#233;dia.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/culture/2002/10/10/le-passe-nazi-de-bertelsmann-avere_418043/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le pass&#233; nazi de Bertelsmann av&#233;r&#233;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 10 octobre 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La concentration des m&#233;dias en Allemagne : panorama (1/4)</title>
		<link>https://www.acrimed.org/La-concentration-des-medias-en-Allemagne-panorama</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/La-concentration-des-medias-en-Allemagne-panorama</guid>
		<dc:date>2025-11-04T14:58:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Florian Werl&#233;, Jean P&#233;r&#232;s</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Premi&#232;re partie.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-En-Allemagne-" rel="directory"&gt;M&#233;dias en Allemagne&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH111/allemagne_1-35260.png?1776675496' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='111' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;centralisation, ind&#233;pendance vis-&#224;-vis des groupes industriels et de l'&#201;tat : le paysage m&#233;diatique allemand permet, par comparaison, de montrer que la situation fran&#231;aise n'est pas une fatalit&#233;. Mais est-ce pour autant un mod&#232;le &#224; suivre ? On fait le point. Cette premi&#232;re partie tente de dresser un panorama historique et &#233;conomique des m&#233;dias allemands.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;La d&#233;centralisation des m&#233;dias&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Au sortir de la guerre de 1939-1945, l'Allemagne vaincue fut divis&#233;e en quatre zones d'occupation par l'Union sovi&#233;tique, les &#201;tats-Unis, la Grande-Bretagne et la France. L'organisation administrative du pays est prise en main par les puissances occupantes, notamment le contr&#244;le des m&#233;dias, jusqu&#8216;en 1949 pour la presse, et jusqu'en 1955 pour la radio et la t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par opposition au centralisme nazi, c'est une structuration d&#233;centralis&#233;e qui est promue, un &#201;tat f&#233;d&#233;ral compos&#233; de 16 r&#233;gions, les L&#228;nder&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Land allemand correspond aux r&#233;gions fran&#231;aises, mais avec une autonomie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La gestion des m&#233;dias audiovisuels et le contr&#244;le de leur concentration font ainsi partie des pr&#233;rogatives r&#233;gionales, ce qui fait une grande diff&#233;rence avec le syst&#232;me centralis&#233; fran&#231;ais. Surtout lorsque l'on constate que cette gestion et ce contr&#244;le sont exerc&#233;s avec une forte repr&#233;sentation de la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, de longue tradition, il n'y a pas outre-Rhin de distinction, comme en France, entre presse quotidienne nationale et presse quotidienne r&#233;gionale : tout y est r&#233;gional. M&#234;me les grands journaux comme la &lt;i&gt;West Deutsche Allgemeine Zeitung&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;Frankfurter Allgemeine Zeitung&lt;/i&gt; ou la &lt;i&gt;S&#252;ddeutsche Zeitung&lt;/i&gt; sont des journaux r&#233;gionaux, comme le rappelle leur d&#233;nomination, fabriqu&#233;s dans leur r&#233;gion, mais qui ont une audience nationale et sont commercialis&#233;s dans tout le pays. On les appelle &#171; supra-r&#233;gionaux &#187;. Ainsi, c'est toujours &#224; partir d'une forte implantation r&#233;gionale que la plupart des grands groupes de presse se sont constitu&#233;s, comparables en cela &#224; des groupes fran&#231;ais r&#233;gionaux comme &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Sud Ouest&lt;/i&gt;, avant de se d&#233;velopper plus largement. Cet ancrage local explique en grande partie la r&#233;sistance de la presse allemande &#224; la crise des derni&#232;res d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Ind&#233;pendance des m&#233;dias vis-&#224;-vis des groupes industriels&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;L'accaparement des m&#233;dias priv&#233;s par des milliardaires dont l'activit&#233; principale se d&#233;ploie dans d'autres secteurs &#8211; industries de l'armement, du b&#226;timent, du transport, de la banque, des t&#233;l&#233;communications, du luxe, etc. &#8211;, caract&#233;ristique du paysage m&#233;diatique fran&#231;ais, para&#238;t tr&#232;s improbable outre-Rhin. Cela notamment en raison du &#171; tabou Hugenberg &#187;, du nom de l'industriel, pr&#233;sident du conseil d'administration du fabricant d'armes Krupp, d&#233;tenteur d'un empire m&#233;diatique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alfred Hugenberg, lui-m&#234;me dirigeant d'un parti d'extr&#234;me droite, poss&#233;dait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui joua un r&#244;le d&#233;cisif dans l'accession du nazisme au pouvoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire le chapitre qui y est consacr&#233; dans Les Irresponsables. Qui a port&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le &#171; tabou Hugenberg &#187; interdit tacitement &#224; tout industriel, et plus largement &#224; tout investisseur &#233;tranger aux m&#233;dias, d'en poss&#233;der. C'est une r&#232;gle non &#233;crite, qui a souffert quelques exceptions au cours de l'histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entre 1962 et 1974, la soci&#233;t&#233; Bosch (&#233;lectrom&#233;nager) contr&#244;lait le journal (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais qui demeure, dans l'ensemble, effective, m&#234;me si Springer, le groupe dominant de la presse, s'assoit dessus &#224; l'occasion, et n'h&#233;siterait sans doute pas &#224; la briser &#224; nouveau si ses int&#233;r&#234;ts &#233;taient en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Val&#233;rie Robert&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Autrice de La presse en France et en Allemagne. Une comparaison des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'absence des groupes ext&#233;rieurs aux m&#233;dias dans l'&#233;cosyst&#232;me m&#233;diatique ne d&#233;coulerait pas seulement du &#171; tabou Hugenberg &#187;, mais rel&#232;verait surtout d'une &#171; &lt;i&gt;logique de branche, celle d'entrepreneurs de presse qui consid&#232;rent que leur m&#233;tier a ses sp&#233;cificit&#233;s et que le principal crit&#232;re lors d'un rachat est la comp&#233;tence du repreneur&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Val&#233;rie Robert, La presse en France et en Allemagne, p. 69.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il qu'&#224; ce jour, aucun groupe industriel ne poss&#232;de de m&#233;dia en Allemagne, et les groupes m&#233;diatiques n'investissent pas l'industrie. Tout au plus ont-ils parfois des activit&#233;s secondaires dans les services (d'enseignement, postaux, annonces, informatique) mais jamais dans l'industrie. La distinction avec la situation fran&#231;aise, o&#249; les grands m&#233;dias priv&#233;s appartiennent &#224; des industriels et sont soumis &#224; leurs strat&#233;gies, est patente.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Ind&#233;pendance des m&#233;dias vis-&#224;-vis de l'&#201;tat&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;L'organisation g&#233;n&#233;rale du syst&#232;me m&#233;diatique allemand se veut &#233;galement ind&#233;pendante de l'influence &#233;tatique. Cette derni&#232;re est entendue ici au sens tr&#232;s large : influence de l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral, mais aussi celle des organes &#8211; gouvernement et parlement &#8211; des L&#228;nder, et celle des partis politiques. Elle fut d&#233;finie apr&#232;s-guerre par une volont&#233; de rupture totale avec le syst&#232;me de propagande nazi, qui avait mis &#224; son service l'audiovisuel &#233;tatis&#233; et centralis&#233; et instaur&#233; la censure dans toute la presse ; et aussi en opposition, apr&#232;s la guerre et jusqu'&#224; la r&#233;unification, au contr&#244;le bureaucratique de type sovi&#233;tique sur les m&#233;dias est-allemands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle disposition, impos&#233;e par les Alli&#233;s, n'est forc&#233;ment pas du go&#251;t des d&#233;tenteurs du pouvoir qui durent s'y plier &#224; plusieurs reprises. Ainsi, le chancelier Adenauer en 1961 voulut cr&#233;er une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision contr&#244;l&#233;e par l'&#201;tat, mais la cour constitutionnelle s'y opposa, et il dut renoncer (alors qu'au m&#234;me moment en France, la RTF, qui deviendra ORTF, monopole d'&#201;tat, contr&#244;lait la radio et la t&#233;l&#233;vision)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; L'audiovisuel public allemand, entre autonomie et d&#233;pendance &#187;, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e suivante &#233;clate l'affaire du &lt;i&gt;Spiegel&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; L'affaire du Spiegel &#187;, Cinq colonnes &#224; la une, INA, 7/12/1962.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le premier magazine d'information politique, accus&#233; par le ministre de l'Int&#233;rieur Strauss de haute trahison. Les locaux du magazine sont perquisitionn&#233;s, tandis que son directeur et plusieurs journalistes sont incarc&#233;r&#233;s. Motif : divulgation de documents &#171; secret d&#233;fense &#187; qui r&#233;v&#233;laient la vuln&#233;rabilit&#233; militaire de l'Allemagne en cas d'offensive sovi&#233;tique. L'affaire fit grand bruit en Allemagne et dans le monde. Face aux vives protestations des autres journaux, y compris la presse Springer qui aida mat&#233;riellement le &lt;i&gt;Spiegel&lt;/i&gt;, et surtout celles de la population allemande qui manifesta nombreuse pour la d&#233;fense de la libert&#233; de la presse, Strauss d&#251;t d&#233;missionner. Le chancelier Adenauer, fortement discr&#233;dit&#233; par cette affaire, d&#233;missionna &#233;galement quelques mois plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2013, c'est le pr&#233;sident de la R&#233;publique, Christian Wulff, qui est conduit &#224; d&#233;missionner &#224; la suite de la r&#233;v&#233;lation d'une intervention de sa part aupr&#232;s du journal &lt;i&gt;Bild&lt;/i&gt; visant &#224; &#233;touffer une affaire de pr&#234;t immobilier douteux. L&#224; encore, &lt;a href=&#034;https://www.arretsurimages.net/articles/allemagne-pression-presidentielle-sur-bild&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les m&#233;dias et l'opinion publique ont fait bloc&lt;/a&gt; contre cette atteinte &#224; la libert&#233; de la presse par des membres de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me esprit, les aides directes de l'&#201;tat &#224; la presse qui sont attribu&#233;es en France aux journaux d'information politique et g&#233;n&#233;rale et qui contribuent largement &#224; leur financement, d'une fa&#231;on d'ailleurs &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Aides-a-la-presse-2022-le-gateau-pour-les-grands&#034;&gt;parfaitement in&#233;galitaire&lt;/a&gt;, n'existent pas en Allemagne et y seraient consid&#233;r&#233;es comme une atteinte &#224; l'ind&#233;pendance de ces journaux, inscrite &#224; l'article 5 de la constitution f&#233;d&#233;rale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Libert&#233; d'opinion : Chacun a le droit d'exprimer et de diffuser librement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#171; &lt;i&gt;Je pr&#233;f&#232;re encore les faillites des journaux &#224; l'achat de leur ind&#233;pendance au moyen des subventions&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clarait, en 2019, le patron de la maison d'&#233;dition Axel Springer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, 16/12/2019.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il existe cependant en Allemagne quelques aides &#224; la presse comme un taux r&#233;duit de TVA et des tarifs postaux pr&#233;f&#233;rentiels, des remboursements de taxes, ou encore des pr&#234;ts &#224; taux r&#233;duits consentis par le minist&#232;re de l'&#201;conomie. Avec la crise de la presse et les mouvements de concentration, un d&#233;bat r&#233;current repose la question de cette aide de l'&#201;tat. Le philosophe J&#252;rgen Habermas, par exemple, y est favorable, ainsi que le parti socialiste (SPD) et les syndicats de journalistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Val&#233;rie Robert, op. cit., p. 30-34.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, alors que les partis situ&#233;s plus &#224; droite, CDU-CSU (d&#233;mocrate chr&#233;tien) et FDP (lib&#233;ral) y sont hostiles. Diverses propositions &#233;mergent de ces d&#233;bats, et la seule qui a &#233;t&#233; adopt&#233;e &#224; ce jour est une subvention de 40 millions d'euros par an d'aide au portage, en 2019. Mais ces aides restent tr&#232;s faibles en comparaison de celles que l'&#201;tat fran&#231;ais accorde aux journaux (plusieurs centaines de millions d'euros d'aides directes chaque ann&#233;e, et plus d'un milliard en comptant les aides indirectes, selon le minist&#232;re de la Culture).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; d'ind&#233;pendance vis-&#224;-vis de l'&#201;tat et des groupes industriels est presque concomitante et rappelle le programme du Conseil national de la r&#233;sistance en France &#224; la Lib&#233;ration, pour des m&#233;dias &#171; ind&#233;pendants de l'&#201;tat et des puissances d'argent &#187;. Le programme fran&#231;ais &#233;tait plus ambitieux, mais il a &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Petite-histoire-des-ordonnances-de-1944-sur-la&#034;&gt;fait long feu&lt;/a&gt;. Celui de l'Allemagne s'est en partie r&#233;alis&#233;, et il faut reconna&#238;tre qu'il est toujours vivant, m&#234;me si l'ind&#233;pendance des m&#233;dias vis-&#224;-vis de l'industrie ne veut pas dire ind&#233;pendance vis-&#224;-vis de toutes les puissances d'argent, comme on va le voir.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Cons&#233;quence de l'autonomie : la rentabilit&#233; oblig&#233;e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Cette double ind&#233;pendance vis-&#224;-vis des groupes industriels et de l'&#201;tat, bien que certainement b&#233;n&#233;fique sur le plan de la libert&#233; &#233;ditoriale, a aussi une contrepartie : les m&#233;dias priv&#233;s allemands ne peuvent compter que sur eux-m&#234;mes, et sur les lois du march&#233; m&#233;diatique, pour se maintenir et se d&#233;velopper ; ce qu'Isabelle Bourgeois appelle leur d&#233;veloppement par &#171; endogamie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Isabelle Bourgeois, &#171; Les m&#233;dias dans l'Allemagne unie &#187;, in Allemagne, les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pas de Bollor&#233;, de Niel, d'Arnault ou d'autres &#171; philanthropes &#187; int&#233;ress&#233;s pour combler des d&#233;ficits chroniques ; pas non plus de ces aides de l'&#201;tat qui peuvent constituer pour les journaux fran&#231;ais un soutien substantiel, et pour certains la condition de leur existence. C'est dire que la rentabilit&#233; des entreprises m&#233;diatiques allemandes sur le march&#233; est vitale, les places ch&#232;res et la concurrence f&#233;roce pour l'audience et les recettes publicitaires. Si ch&#232;res que la concurrence f&#233;roce s'est parfois transform&#233;e en solidarit&#233; des acteurs nationaux install&#233;s, afin d'entraver l'entr&#233;e d'un acteur ext&#233;rieur. Comme lorsque le &#171; gratuit &#187; norv&#233;gien &lt;i&gt;20 Minutes&lt;/i&gt;, en 1999, chercha &#224; se lancer &#224; Cologne : les quotidiens locaux, d&#233;tenus par les patrons de presse Springer et DuMont Schauberg, &#233;dit&#232;rent alors concomitamment deux &#171; gratuits &#187; concurrents, qui capt&#232;rent la plus grande partie de la publicit&#233; et contraignirent &lt;i&gt;20 Minutes&lt;/i&gt; &#224; abandonner le terrain. Le danger &#233;cart&#233;, les deux &#171; gratuits &#187; cess&#232;rent de para&#238;tre&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Val&#233;rie Robert, op. cit., p. 95.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette autonomie &#233;conomique du secteur des m&#233;dias se d&#233;cline diff&#233;remment selon qu'il s'agit de la presse, enti&#232;rement priv&#233;e, ou de l'audiovisuel, o&#249; les groupes priv&#233;s doivent compter avec un puissant service public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Jean P&#233;r&#232;s&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Florian Werl&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Land allemand correspond aux r&#233;gions fran&#231;aises, mais avec une autonomie bien plus grande. Le Land dispose d'une constitution, d'une assembl&#233;e et d'un gouvernement. Il a des pouvoirs &#233;tendus en mati&#232;re de police, d'&#233;ducation, de culture, y compris les m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alfred Hugenberg, lui-m&#234;me dirigeant d'un parti d'extr&#234;me droite, poss&#233;dait sous la r&#233;publique de Weimar (1918-1933) la moiti&#233; des journaux ainsi qu'une agence de presse, une agence de publicit&#233;, une maison d'&#233;dition, et une soci&#233;t&#233; de production.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire le chapitre qui y est consacr&#233; dans &lt;i&gt;Les Irresponsables. Qui a port&#233; Hitler au pouvoir ?&lt;/i&gt;, Johann Chapoutot, Gallimard, 2025, p. 85-102.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entre 1962 et 1974, la soci&#233;t&#233; Bosch (&#233;lectrom&#233;nager) contr&#244;lait le journal de Stuttgart ainsi que six journaux et quelques feuilles locales du Bade-W&#252;rtenberg. De m&#234;me, la Deutsche Bank fut actionnaire &#224; deux reprises du groupe de m&#233;dias Springer. Ce sont surtout les fonds d'investissement &#233;trangers qui ont inqui&#233;t&#233; les milieux de la presse allemande : &#224; partir de 2005, le fonds britannique Mecum investit dans la presse allemande et constitue le 10e groupe m&#233;diatique du pays, avant de revendre ; les fonds am&#233;ricains Hellman &amp; Friedman et KKR furent actionnaires de Springer, m&#234;me majoritaire dans le cas de KKR.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Autrice de &lt;i&gt;La presse en France et en Allemagne. Une comparaison des syst&#232;mes&lt;/i&gt;, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2011, ouvrage tr&#232;s complet, qui contient de nombreuses et pr&#233;cieuses informations sur la p&#233;riode ant&#233;rieure &#224; 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Val&#233;rie Robert, &lt;i&gt;La presse en France et en Allemagne&lt;/i&gt;, p. 69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href=&#034;https://larevuedesmedias.ina.fr/laudiovisuel-public-allemand-entre-autonomie-et-dependance&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'audiovisuel public allemand, entre autonomie et d&#233;pendance&lt;/a&gt; &#187;, La revue des m&#233;dias, 6/01/2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#171; &lt;a href=&#034;https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/caf93014273/l-affaire-du-spiegel&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'affaire du Spiegel&lt;/a&gt; &#187;, Cinq colonnes &#224; la une, INA, 7/12/1962.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Libert&#233; d'opinion : Chacun a le droit d'exprimer et de diffuser librement son opinion par la parole, par l'&#233;crit et par l'image, et de s'informer sans entraves aux sources accessibles au public. La libert&#233; de la presse et la libert&#233; d'informer par la radio, la t&#233;l&#233;vision et le cin&#233;ma sont garanties. Il n'y a pas de censure. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 16/12/2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Val&#233;rie Robert, op. cit., p. 30-34.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Isabelle Bourgeois, &#171; Les m&#233;dias dans l'Allemagne unie &#187;, in &lt;i&gt;Allemagne, les chemins de l'unit&#233;&lt;/i&gt;, CIRAC, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Val&#233;rie Robert, op. cit., p. 95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>T18, le nouveau joujou de Daniel Kretinsky</title>
		<link>https://www.acrimed.org/T18-le-nouveau-joujou-de-Daniel-Kretinsky</link>
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		<dc:date>2025-06-11T06:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Maxime Friot</dc:creator>


		<dc:subject>Daniel Kretinsky</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; C'est qui le patron, le vrai patron ? &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Televisions-" rel="directory"&gt;T&#233;l&#233;visions&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Daniel-Kretinsky-+" rel="tag"&gt;Daniel Kretinsky&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH83/kretinskyt18-263e5.png?1776675496' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='83' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une cha&#238;ne qui annonce la couleur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 6 juin 2025, la nouvelle cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision T18, succursale du groupe CMI de Daniel Kretinsky (&lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Franc-Tireur&lt;/i&gt;&#8230;) est diffus&#233;e pour la premi&#232;re fois. L'occasion, pour celui qui anime l'&#233;mission de lancement &#8211; un certain Laurent Ruquier &#8211;, de mettre &#224; l'honneur ses &#171; &lt;i&gt;patrons&lt;/i&gt; &#187; : Denis Olivennes, pr&#233;sident du conseil de surveillance de CMI France, Val&#233;rie Salomon, pr&#233;sidente de CMI France, et Christopher Baldelli, le pr&#233;sident de la cha&#238;ne, sont tous trois pr&#233;sents en plateau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, quand Laurent Ruquier demande &#224; Denis Olivennes &#171; &lt;i&gt;c'est qui le patron, le vrai patron&lt;/i&gt; ? &#187;, ce dernier ne se fait pas prier et sort la brosse &#224; reluire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Denis Olivennes :&lt;/strong&gt; C'est un gars absolument fantastique, et je dis &#231;a non pas par flagornerie, quiconque a travaill&#233; avec lui le sait. C'est un gar&#231;on qui s'appelle Daniel Kretinsky, qui est tch&#232;que mais qui est francophone et francophile [&#8230;], qui a construit en une vingtaine d'ann&#233;es un &#233;norme groupe industriel europ&#233;en dans l'&#233;lectricit&#233;, la production d'&#233;lectricit&#233;, mais qui est par ailleurs, par sa formation, par son esprit, par ses engagements, d&#233;termin&#233; &#224; favoriser, &#224; aider la d&#233;mocratie [&#8230;] et donc il a d&#233;cid&#233; d'investir dans des groupes de m&#233;dias, de contenus. En France il est chez CMI, mais il est aussi chez Editis, qui est le deuxi&#232;me groupe d'&#233;dition, l&#224; encore, avec l'id&#233;e du pluralisme, de l'ind&#233;pendance et de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait l&#224; qu'un d&#233;but. En effet, ce &#171; gars absolument fantastique &#187;, pour reprendre les mots de Denis Olivennes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et plut&#244;t que de se fier &#224; Denis Olivennes, lire &#171; Daniel K&#345;et&#237;nsk&#253; : une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Matthieu Croissandeau a eu &#171; &lt;i&gt;la chance de le rencontrer&lt;/i&gt; &#187;. Interview pr&#233;enregistr&#233;e, quatre questions en tout et pour tout, mais &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Aude-Lancelin-viree-de-L-Obs-un-chef-d-oeuvre-de&#034;&gt;l'ancien directeur du &lt;i&gt;Nouvel Obs&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; a d&#233;j&#224; pu montrer tout son savoir-faire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Question n&#176;1 :&lt;/strong&gt; Pourquoi vous vous lancez aujourd'hui dans la cr&#233;ation d'une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision ? Qu'est-ce que vous en attendez ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Question n&#176;2 :&lt;/strong&gt; Vous &#234;tes attach&#233; au d&#233;bat, un d&#233;bat constructif, pluraliste, j'allais dire apais&#233;. Pourquoi est-ce que c'est n&#233;cessaire aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Question n&#176;3 :&lt;/strong&gt; D'o&#249; vous vient votre int&#233;r&#234;t pour la France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Question n&#176;4 :&lt;/strong&gt; Les journalistes, en France comme ailleurs, ils sont tr&#232;s attach&#233;s &#224; leur ind&#233;pendance. Comment vous concevez l'ind&#233;pendance journalistique ? Attention, c'est enregistr&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ind&#233;pendance &#187;, un mantra qui sera convoqu&#233; plusieurs fois au cours de l'&#233;mission. Mais qu'importe la coh&#233;rence&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_16107 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/kretinskyt18.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH277/kretinskyt18-9054d.png?1776675496' width='500' height='277' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Il y a deux ans, presque jour pour jour, &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Stopper-Kretinsky-et-les-autres&#034;&gt;nous alertions sur l'emprise croissante de Daniel Kretinsky&lt;/a&gt; sur les m&#233;dias et l'&#233;dition. Depuis, l'Arcom a donc eu la riche id&#233;e d'attribuer une fr&#233;quence TNT au groupe CMI &#8211; &#233;cartant au passage d'autres projets (notamment &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/L-objectif-c-est-d-etre-un-media-de-masse&#034;&gt;celui port&#233; par Le M&#233;dia&lt;/a&gt;). Un nouveau joujou pour le milliardaire tch&#232;que&#8230; et une nouvelle caisse de r&#233;sonance pour les &#233;ditorialistes printanistes. Rapha&#235;l Enthoven, qui en avait d&#233;fendu &lt;a href=&#034;https://www.arretsurimages.net/articles/tnt-larcom-remplace-cyril-hanouna-par-raphael-enthoven&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la candidature devant l'Arcom&lt;/a&gt;, &#233;tait d'ailleurs &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/economie/medias/on-a-assiste-au-lancement-de-t18-la-nouvelle-chaine-de-la-tnt-20250607_FSMBI2CFMNH2NDBSBUXUFNBEME/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'un des invit&#233;s&lt;/a&gt; de la premi&#232;re &#233;mission de d&#233;bat (&#171; Pour tout dire &#187;, 6/06).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kretinsky, Bollor&#233;, Arnault, Bouygues, Saad&#233;, Niel, Pigasse, Pinault et les autres : &#224; quand une politique ambitieuse contre la concentration et la financiarisation des m&#233;dias ? &#192; quand une d&#233;fense effective de l'ind&#233;pendance des m&#233;dias et du pluralisme de l'information ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Maxime Friot&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et plut&#244;t que de se fier &#224; Denis Olivennes, lire &#171; &lt;a href=&#034;https://multinationales.org/fr/a-chaud/actualites/daniel-kretinsky-une-fortune-basee-sur-les-energies-fossiles&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Daniel K&#345;et&#237;nsk&#253; : une fortune bas&#233;e sur les &#233;nergies fossiles&lt;/a&gt; &#187;, Observatoire des multinationales, 11/05/2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Entre crises et r&#233;sistances : la presse f&#233;ministe en qu&#234;te de viabilit&#233; &#233;conomique</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Entre-crises-et-resistances-la-presse-feministe</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Entre-crises-et-resistances-la-presse-feministe</guid>
		<dc:date>2025-05-19T08:20:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lucie Barette</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Difficult&#233;s &#233;conomiques.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Economie-et-publicite-" rel="directory"&gt;&#201;conomie des m&#233;dias&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le magazine &lt;i&gt;Causette&lt;/i&gt; en liquidation judiciaire en juin 2024 ; l'arr&#234;t de la publication papier de l'exp&#233;rimental &lt;i&gt;Censored&lt;/i&gt; ; le point final de Cheek, verticale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une verticale est une section sp&#233;cialis&#233;e d'un m&#233;dia g&#233;n&#233;raliste : elle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; f&#233;ministe des &lt;i&gt;Inrocks&lt;/i&gt;, apr&#232;s 10 ans de fonctionnement ; Period, le m&#233;dia f&#233;ministe de Loopsider, &lt;a href=&#034;https://www.arretsurimages.net/articles/le-media-feministe-period-est-il-en-passe-de-disparaitre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;au ralenti&lt;/a&gt; ; une &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Sauvons-Nouvelles-Questions-Feministes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cagnotte de soutien&lt;/a&gt; pour &lt;i&gt;Nouvelles Questions F&#233;ministes&lt;/i&gt;&#8230; De quoi ces mises &#224; l'arr&#234;t sont-elles le nom ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand Cheek a &#233;t&#233; rachet&#233; par les &lt;i&gt;Inrocks&lt;/i&gt; en 2017, apr&#232;s 4 ans d'existence ind&#233;pendante, le #MeToo n'avait pas encore secou&#233; les plateformes et les m&#233;dias fran&#231;ais. Bonne id&#233;e que de s'adosser &#224; un magazine d'une telle envergure, afin d'y creuser les nombreux sujets f&#233;ministes dans les milieux culturels ? D&#232;s le d&#233;but pourtant, il faut composer avec l'&#233;pineuse question du cas Cantat, en couverture du magazine en octobre, suscitant une vive pol&#233;mique. La r&#233;daction est divis&#233;e, la verticale f&#233;ministe produit un &#233;dito critique &#8211; l'&#233;dito de la direction de la r&#233;daction des &lt;i&gt;Inrocks&lt;/i&gt; sous forme de molles excuses n'apaisant pas grand monde. Les ann&#233;es, les directions g&#233;n&#233;rales et r&#233;dactions en chef passant, la r&#233;daction de Cheek perd en visibilit&#233; : &#224; partir de 2021, l'&#233;quipe est drastiquement r&#233;duite, et les sujets f&#233;ministes se font de moins en moins nombreux. Le 9 avril 2025 &lt;a href=&#034;https://www.instagram.com/p/DIOJtsKscLn/?img_index=1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur Instagram&lt;/a&gt;, l'&#233;quipe annonce la fin de l'aventure Cheek, sans explication sur les motifs de cet arr&#234;t inattendu. Malgr&#233; les mises en avant de livres et s&#233;ries f&#233;ministes dans les &lt;i&gt;Inrocks&lt;/i&gt;, malgr&#233; le storytelling d'une r&#233;dactrice en chef (Carole Boinet) entr&#233;e stagiaire dix ans plus t&#244;t, puis &#224; la t&#234;te du hors-s&#233;rie Sexe, faut-il en d&#233;duire que l'expertise f&#233;ministe de Cheek n'&#233;tait plus utile au sein du groupe Combat (Matthieu Pigasse) ? Ou s'agirait-il plut&#244;t d'une banale histoire de restriction budg&#233;taire ? C'est s&#251;rement plus rentable de confier des sujets f&#233;ministes &#224; des pigistes pr&#233;caris&#233;es et de nourrir son r&#233;cit de gauche au sein du groupe, notamment depuis l'arriv&#233;e de l'&#233;quipe Meurice sur Nova, plut&#244;t que de financer une &#233;quipe &#224; temps plein et questionner ses hi&#233;rarchies internes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de &lt;i&gt;Causette&lt;/i&gt;, la descente aux enfers est plus document&#233;e, les difficult&#233;s &#233;conomiques se succ&#233;dant depuis dix ans. Si pour Cl&#233;mentine Gallot, pigiste r&#233;guli&#232;re puis salari&#233;e, la r&#233;daction avait au d&#233;part un aspect tr&#232;s agr&#233;able, assez align&#233;e avec ses valeurs, au moins entre les employ&#233;-es, l'&#233;cosyst&#232;me a fini par rattraper les choix du magazine. En octobre 2023, l'annonce de la fin de l'imprim&#233; est un coup dur. Les journalistes &#233;taient volontaires pour assurer la transition vers un m&#233;dia uniquement digital mais les moyens n'ont pas suivi : pas de formation, pas de mat&#233;riel, une cadence intenable par l'&#233;quipe pour produire de l'information en continu. Les conditions de travail se sont rapidement d&#233;grad&#233;es. Mise en liquidation judiciaire sans passer par le redressement, la r&#233;daction est licenci&#233;e brutalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez &lt;i&gt;Censored&lt;/i&gt;, ce sont aussi les difficult&#233;s financi&#232;res qui expliquent la fin de la version imprim&#233;e du magazine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La fin d'un cycle, le d&#233;but d'un nouveau &#187;, Instagram, 16/12/24.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si la subvention pour les entreprises de presse &#233;mergentes accord&#233;e par le minist&#232;re de la Culture avait permis de financer la newsletter gratuite, les refus du Centre National du Livre et du Centre national des arts plastiques vont mettre en danger l'&#233;quilibre financier d&#233;j&#224; fragile du semestriel. La fondation d'une maison d'&#233;dition (&#233;ditions trouble) et la sortie du premier essai (&lt;i&gt;Manifeste pour une d&#233;mocratie d&#233;viante&lt;/i&gt; de Constant Spina) ont &#233;galement questionn&#233; les deux cr&#233;atrices, Apolline et Cl&#233;mentine Labrosse, sur la mani&#232;re dont elles voulaient accompagner leurs auteurs et autrices, dans une d&#233;marche coh&#233;rente avec les valeurs d&#233;ploy&#233;es dans le magazine : &#171; &lt;i&gt;Il ne s'agissait pas seulement d'argent, m&#234;me si &#231;a passait aussi par une r&#233;mun&#233;ration appropri&#233;e&lt;/i&gt;, pr&#233;cise Cl&#233;mentine Labrosse, &lt;i&gt;c'&#233;tait aussi un enjeu de prise en soin, sauf qu'&#224; trente, c'est compliqu&#233;.&lt;/i&gt; &#187; L'&#233;dition de livres permet, selon Cl&#233;mentine Labrosse, un rapport qualitatif aux auteurs et autrices et une organisation financi&#232;re diff&#233;rents. Le bouclage du &lt;i&gt;Censored&lt;/i&gt; num&#233;ro 8 et un probl&#232;me de sant&#233; presque fatal pour l'auteur du &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; ont pr&#233;cipit&#233; l'&#233;quipe en &lt;i&gt;burn-out&lt;/i&gt;, aussi provoqu&#233; par toute la gestion invisible et le travail de coordination associ&#233;s &#224; la pr&#233;carit&#233;. Ces &#233;pisodes ont suscit&#233; une pause et une refondation compl&#232;te du mod&#232;le Censored.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exp&#233;riences m&#233;diatiques qui s'arr&#234;tent posent la question de la viabilit&#233; &#233;conomique de l'information f&#233;ministe. &#338;uvre de transmission collective, un projet m&#233;diatique n'est pas forc&#233;ment une entreprise rentable. Les journaux f&#233;ministes historiques comme &lt;i&gt;La Citoyenne&lt;/i&gt; d'Hubertine Auclert ou &lt;i&gt;La Fronde&lt;/i&gt; de &lt;a href=&#034;https://www.editionslesperegrines.fr/fr/books/marguerite-durand-lutter-par-la-presse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marguerite Durand&lt;/a&gt; dressent des le&#231;ons sur les difficult&#233;s &#224; faire financer les initiatives f&#233;ministes dans l'&#233;conomie du m&#233;dia. Les milliardaires pr&#234;ts &#224; investir &#224; perte dans des journaux ne sont pas du c&#244;t&#233; des progr&#232;s &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;. Le magazine &lt;i&gt;Gaze&lt;/i&gt; d&#233;multiplie ses activit&#233;s r&#233;dactionnelles avec une agence de communication sp&#233;cialis&#233;e dans l'inclusivit&#233;, la r&#233;daction de &lt;i&gt;La D&#233;ferlante&lt;/i&gt; a ouvert son capital, autant de tentatives pour ne pas d&#233;pendre d'un groupe peu fiable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore la question du renouvellement des formats qui est mise en lumi&#232;re : papier versus num&#233;rique, et m&#234;me de nouvelles pistes qui sont explor&#233;es pour r&#233;pondre aux attentes des publics f&#233;ministes. Cl&#233;mentine Gallot, qui vient du podcast f&#233;ministe &#171; Quoi de meuf &#187;, a lanc&#233; une newsletter sur la plateforme Substack, &#171; &lt;a href=&#034;https://quoidemum.substack.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quoi de Mum&lt;/a&gt; &#187;. Il s'agit pour la journaliste de cr&#233;er un espace d'analyse s&#233;rieux et dr&#244;le de la parentalit&#233; qui ne d&#233;nigre pas les enfants. B&#233;n&#233;ficiant d'un accompagnement de la structure M&#233;dianes, Cl&#233;mentine Gallot esp&#232;re pouvoir faire grandir ce m&#233;dia, le structurer, le mon&#233;tiser et le d&#233;cliner sur diff&#233;rents supports. Cl&#233;mentine Labrosse a lanc&#233; en mai 2025 &lt;a href=&#034;https://www.censoredmagazine.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Censored online&lt;/a&gt;, une plateforme en ligne sur abonnement. Elle explique que, face au climat politique chaotique et aux difficult&#233;s des m&#233;dias engag&#233;s &#224; gauche, il lui a sembl&#233; n&#233;cessaire de prendre ses responsabilit&#233;s et contribuer au collectif &#224; partir de ses comp&#233;tences : &#171; &lt;i&gt;On a besoin d'espace, de partage. La plateforme num&#233;rique est s&#251;rement un espace &#224; investir et &#224; explorer.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les diff&#233;rentes journalistes et directrices de presse interrog&#233;es nous apprennent enfin, c'est qu'il n'existe pas d'organisme ni m&#234;me d'espace de f&#233;d&#233;ration des m&#233;dias f&#233;ministes. S'il existait en 1896 un Syndicat de la presse f&#233;minine et f&#233;ministe, peut-&#234;tre manque-t-il aujourd'hui un espace de mutualisation et de r&#233;flexion collective, &#224; l'image des regroupements de l'&#233;dition ind&#233;pendante, sur ce qu'une cat&#233;gorisation f&#233;ministe implique pour un m&#233;dia en termes de ligne &#233;ditoriale, de r&#233;gie publicitaire et de gestion des ressources humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Lucie Barette&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une verticale est une section sp&#233;cialis&#233;e d'un m&#233;dia g&#233;n&#233;raliste : elle b&#233;n&#233;ficie de son propre nom et de sa propre &#233;quipe &#224; l'int&#233;rieur de la r&#233;daction g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La fin d'un cycle, le d&#233;but d'un nouveau &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.instagram.com/p/DDo77tgimg-/?img_index=1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Instagram, 16/12/24&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'empire m&#233;diatique de Bollor&#233; en Afrique</title>
		<link>https://www.acrimed.org/L-empire-mediatique-de-Bollore-en-Afrique</link>
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		<dc:date>2025-04-29T12:03:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Vincent Bollor&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Extrait d'un rapport d'Attac et de l'ODM.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-L-empire-Bollore-" rel="directory"&gt;L'empire Bollor&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Afrique-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Afrique-232-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Vincent-Bollore-+" rel="tag"&gt;Vincent Bollor&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH79/rapportbollore3-289d7.png?1776675073' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions un extrait du rapport &lt;i&gt;Le Syst&#232;me Bollor&#233;. De la pr&#233;dation financi&#232;re &#224; la croisade politique&lt;/i&gt;, produit par &lt;a href=&#034;https://france.attac.org/nos-publications/notes-et-rapports/article/rapport-le-systeme-bollore&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Attac&lt;/a&gt; et l'&lt;a href=&#034;https://multinationales.org/fr/enquetes/le-systeme-bollore/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Observatoire des multinationales&lt;/a&gt; (24 avril).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lorsqu'en 2022, Vincent Bollor&#233; vend pour 5,7 milliards d'euros sa branche logistique africaine &#224; l'amateur Mediterranean Shipping Company (MSC), le milliardaire a sembl&#233; tourner le dos au continent qui a fait sa fortune. Deux ans plus tard, le voici reparti &#224; l'offensive, dans la t&#233;l&#233;vision et le divertissement cette fois : en annon&#231;ant vouloir prendre le contr&#244;le de MultiChoice, le g&#233;ant sud-africain de la t&#233;l&#233;vision payante, Bollor&#233; se positionne pour faire de Canal+, son groupe de m&#233;dias, le premier op&#233;rateur de toute l'Afrique subsaharienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la peine dans l'Hexagone&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arcom, Bilan financier 2022 des cha&#238;nes payantes, janvier 2024.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; o&#249; il perd des abonn&#233;&#183;es, Canal+ a aujourd'hui de grandes ambitions &#224; l'international. Comme l'a expliqu&#233; le pr&#233;sident du directoire du groupe, Maxime Saada, devant une commission s&#233;natoriale, &#171; &lt;i&gt;la vid&#233;o par abonnement est un march&#233; de co&#251;ts fixes. Il y a donc un enjeu de taille critique pour l'ensemble des acteurs, afin de mieux amortir ces co&#251;ts. Plus un op&#233;rateur a d'abonn&#233;s, moins le prix de revient par abonn&#233; d'une s&#233;rie ou d'un film est important&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Audition de Maxime Saada par la Commission d'enqu&#234;te du S&#233;nat sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Canal+ mise donc sur une offre combinant &#224; la fois des contenus propres &#8211; cha&#238;nes en continu, exclusivit&#233;s sportives, production de s&#233;ries, etc. &#8211; et la distribution des offres en streaming de ses concurrents&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la strat&#233;gie de Canal+, voir notamment Alexandre Joux, &#171; Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Avec un objectif clair : d&#233;passer rapidement les 50 millions d'abonn&#233;&#183;es et devenir un acteur de taille mondiale, capable de r&#233;sister aux grandes plateformes de vid&#233;o &#224; la demande comme Netflix, Prime Video ou Disney+. Et pour cela, multiplier les acquisitions, alors que le groupe Bollor&#233; regorge de liquidit&#233;s. &#192; partir de 2019, Canal+ rach&#232;te ainsi le diffuseur de cha&#238;nes luxembourgeois M7 (3 millions d'abonn&#233;s au Benelux et en Europe centrale et de l'est), prend une participation majoritaire dans l'op&#233;rateur SPI&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le groupe SPI a &#233;t&#233; totalement acquis par Canal+ en ao&#251;t 2023.&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, propri&#233;taire du groupe polonais de t&#233;l&#233;vision Kino Polska et distributeur, dans une cinquantaine de pays, des cha&#238;nes et service de streaming FilmBox, investit dans la plateforme de streaming hongkongaise Viu et entre au capital de Viaplay, le &#171; Netflix scandinave &#187; aux 7,3 millions d'abonn&#233;&#183;es. En parall&#232;le, Studio Canal investissait dans une quinzaine de studios de production europ&#233;ens ou am&#233;ricains afin de s&#233;curiser son acc&#232;s aux contenus exclusifs : Red Production, UrbanMythFilm ou Sunny March au Royaume-Uni, Bamb&#250; Productions en Espagne, SAM Productions au Danemark, The Picture Company aux &#201;tats-Unis, Lailaps Films en Allemagne, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette fr&#233;n&#233;sie d'acquisitions internationales, l'Afrique subsaharienne occupe une place &#224; part. Les dirigeants du groupe en sont persuad&#233;s : &#171; L'avenir de Canal+, c'est l'Afrique ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maxime Saada invit&#233; de CNBC Africa, 1er f&#233;vrier 2024.&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le potentiel de d&#233;veloppement de la t&#233;l&#233;vision payante y est en effet plus important que partout ailleurs, port&#233; par une urbanisation rapide, par le d&#233;veloppement de l'&#233;lectrification et de la connectivit&#233; &#224; haut d&#233;bit et par l'&#233;mergence d'une classe moyenne au pouvoir d'achat plus cons&#233;quent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Canal+, ce nouvel eldorado africain est d'autant plus strat&#233;gique que le groupe est implant&#233; au sud du Sahara depuis plus de 30 ans. Il y revendique un peu plus de 8 millions d'abonn&#233;&#183;es, presque autant qu'en France &#8211; 9,8 millions &#8211; et pr&#232;s du tiers du total de ses abonn&#233;s &#224; travers le monde. Son chiffre d'affaires sur le continent progresse r&#233;guli&#232;rement, pour franchir la barre des 850 millions d'euros en 2023. En Afrique, Canal+ propose naturellement ses abonnements de t&#233;l&#233;vision par satellite mais aussi, plus r&#233;cemment, par la TNT via ses filiales Telenum. La C&#244;te d'Ivoire y est de loin son premier march&#233; de t&#233;l&#233;vision payante &#8211; 225 millions d'euros de chiffre d'affaires part du groupe en 2023 et pr&#232;s de 10 millions d'euros de b&#233;n&#233;fices &#8211; devant la R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo (97 millions d'euros de CA), le Cameroun (87 millions) et le S&#233;n&#233;gal (55 millions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre branche, celle l'op&#233;rateur t&#233;l&#233;com Group Vivendi Africa (GVA), installe et commercialise, sous la marque CanalBox, ses propres r&#233;seaux internet haut d&#233;bit en fibre optique dans une dizaine de m&#233;tropoles africaines, de Libreville &#224; Kampala, Lom&#233;, Pointe Noire ou Abidjan. La soci&#233;t&#233; CanalOlympia, une vitrine culturelle du groupe, g&#232;re &#233;galement un r&#233;seau d'espaces polyvalents, &#224; la fois salles de cin&#233;ma, de spectacle et de concert, dans une douzaine de pays. En Afrique, Canal+ fait aussi et surtout le pari des contenus locaux, en investissant dans la production ou en proposant ses propres cha&#238;nes africaines. Il est ainsi devenu l'actionnaire majoritaire des soci&#233;t&#233;s de production Rok Studios au Nigeria et au Ghana, Plan A en C&#244;te d'Ivoire et ZACU Entertainment au Rwanda, et est entr&#233; au capital de Marodi TV au S&#233;n&#233;gal. Il &#233;dite et diffuse la cha&#238;ne A+ &#224; l'&#233;chelle du continent, des d&#233;clinaisons locales en C&#244;te d'Ivoire et au B&#233;nin, Kana TV en &#201;thiopie ou encore Nollywood TV et Nollywood TV Epic, sp&#233;cialis&#233;s dans la diffusion des produits de l'industrie cin&#233;matographique nig&#233;riane. Canal+ multiplie les cha&#238;nes en langues locales, du wolof au S&#233;n&#233;gal (Sunu Yeuf TV) au lingala en R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo (Maboke TV), en passant par le kinyarwanda (Zacu TV) pour les abonn&#233;&#183;es du Burundi et du Rwanda, le malgache (Novegasy) ou l'amharique et l'oromifa pour le public &#233;thiopien. Comme s'en inqui&#232;te aupr&#232;s de Mediapart le journaliste Hamadou Tidiane Sy, directeur de l'&#201;cole sup&#233;rieure de journalisme, des m&#233;tiers de l'internet et de la communication de Dakar, &#171; cela signifie que les petites radios ou t&#233;l&#233;visions communautaires diffusant dans ces langues et qui se disaient que &#231;a, au moins, c'&#233;tait leur &#034;petit territoire&#034;, ne vont plus avoir de marge &#224; ce niveau &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Canal+ sur le point de contr&#244;ler le march&#233; de la t&#233;l&#233; payante en Afrique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;&lt;div class='spip_document_16071 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/rapportbollore1.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH353/rapportbollore1-2835c-cb7e4.png?1776675073' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;L'emprise de Bollor&#233; va donc croissante, tout en restant circonscrite &#224; une quinzaine de pays, essentiellement francophones. Et c'est ici que l'enjeu de la prise de contr&#244;le de MultiChoice devient manifeste : le groupe de t&#233;l&#233;vision payante sud-africain aux 20,9 millions d'abonn&#233;&#183;es, avec une audience estim&#233;e &#224; pr&#232;s de 100 millions de personnes, est comme un miroir anglophone et lusophone de Canal+, dans une compl&#233;mentarit&#233; presque parfaite [Fig. 4]. L'Afrique du Sud, o&#249; il a commenc&#233; &#224; diffuser en 1985, reste son premier d&#233;bouch&#233; et repr&#233;sente 60 % de son chiffre d'affaires. Mais MultiChoice est aussi le premier op&#233;rateur sur les tr&#232;s vastes march&#233;s du Nigeria et de l'&#201;thiopie, au Kenya, en Zambie ou au Ghana, et dans une moindre mesure en Angola et au Mozambique. La compl&#233;mentarit&#233; n'est pas seulement g&#233;ographique : comme Canal+, le Sud-Africain propose des bouquets de cha&#238;nes par satellite, en ligne ou via mobile et dispose, via GOtv, d'une plate-forme de diffusion num&#233;rique terrestre ; sa filiale SuperSport est le premier diffuseur sportif d'Afrique par t&#233;l&#233;vision payante, d&#233;tenant les droits des principaux &#233;v&#233;nements mondiaux de football, de rugby, de cricket, de tennis ou de golf ; Shomax, son service de vid&#233;o &#224; la demande, propose des contenus en partenariat avec le g&#233;ant am&#233;ricain Comcast &#8211; premier c&#226;blo-op&#233;rateur et fournisseur d'acc&#232;s &#224; internet am&#233;ricain, propri&#233;taire des studios DreamWorks et NBCUniversal. MultiChoice s'appuie &#233;galement sur Irdeto, un acteur mondial de la cyber-s&#233;curit&#233; sp&#233;cialis&#233; dans la lutte contre le piratage des contenus en ligne, et d&#233;tient des actifs dans les paris sportifs (Betking au Nigeria, SuperSportBet en Afrique du Sud) ou dans les services m&#233;dicaux en ligne (Namola). Il est enfin et surtout un important producteur de s&#233;ries, de films ou d'&#233;missions de t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; en anglais, en portugais ou en langues nationales &#8211; plus de 6 500 heures de productions locales en 2023 &#8211; et un des principaux acheteurs de contenus produits en Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;&lt;div class='spip_document_16070 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/rapportbollore2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH294/rapportbollore2-af58f-3cb40.png?1776675073' width='500' height='294' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;L'int&#233;r&#234;t de Canal+ pour MultiChoice est ancien. En 2017 d&#233;j&#224;, le groupe avait propos&#233; un milliard de dollars pour racheter l'op&#233;rateur &#224; son propri&#233;taire de l'&#233;poque, l'&#233;diteur de presse sud-africain Naspers. L'offre avait &#233;t&#233; jug&#233;e insuffisante et Naspers avait pr&#233;f&#233;r&#233; jouer la carte de la scission et de l'introduction &#224; la bourse de Johannesburg. En septembre 2020, le groupe Canal+ annon&#231;ait franchir le seuil des 5 % de d&#233;tention de MultiChoice. En 2024, alors que le contexte macro&#233;conomique au Nigeria et en Afrique du Sud p&#232;se lourdement sur les r&#233;sultats de MultiChoice, dont le cours de l'action s'est effondr&#233; de pr&#232;s de 40 % sur un an, tout s'acc&#233;l&#232;re : le groupe fran&#231;ais annonce d&#233;tenir plus de 35 % du capital de son partenaire, franchissant ainsi le seuil de d&#233;clenchement d'une offre publique d'achat (OPA) obligatoire. Dans un premier temps, le conseil d'administration MultiChoice rejette l'offre de Canal+ au minimum r&#233;glementaire de 105 rands par action (env. 5,15 euros). D&#233;but mars, le fran&#231;ais rench&#233;rit sur sa proposition initiale &#224; 125 rands par action (env. 6,12 euros), soit une prime de 67 % par rapport au cours du 1er f&#233;vrier et une valorisation de MultiChoice &#224; 2,7 milliards d'euros. Un accord est conclu entre les parties, publi&#233; le 8 avril 2024 : Canal+ s'engage &#224; d&#233;bourser jusqu'&#224; 1,8 milliard d'euros suppl&#233;mentaires &#8211; il est entre-temps mont&#233; &#224; 45,2 % du capital &#8211; pour acqu&#233;rir tous les titres que les actionnaires de MultiChoice voudront lui c&#233;der. L'offre, &#171; enti&#232;rement financ&#233;e par les fonds dont dispose le groupe &#187;, devait s'achever en avril 2025. Elle a &#233;t&#233; prolong&#233;e de six mois pour permettre &#224; Canal+ de se conformer &#224; la r&#233;glementation sud-africaine interdisant &#224; tout actionnaire &#233;tranger de poss&#233;der plus de 20 % des votes au conseil d'administration d'un groupe de t&#233;l&#233;communications et de poss&#233;der plus de 20 % du capital du titulaire d'une licence de radiodiffusion commerciale. Pour satisfaire ces exigences, Canal+ et MultiChoice envisagent tous les sc&#233;narios, y compris des cessions d'actifs, des partenaires locaux ou des dispositifs de limitation des droits de vote sur certaines entit&#233;s du groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants de Canal+ attendent beaucoup de cette fusion : ils esp&#232;rent naturellement b&#233;n&#233;ficier de l'exp&#233;rience du Sud-Africain dans le streaming en ligne, mutualiser les co&#251;ts de production, offrir aux annonceurs un d&#233;bouch&#233; publicitaire beaucoup plus large et peser dans les n&#233;gociations des co&#251;ts satellites, des droits sportifs, cin&#233;matographiques ou de distribution des cha&#238;nes. Surtout, avec la prise de contr&#244;le de MultiChoice, le groupe Canal+ changerait litt&#233;ralement d'&#233;chelle : son chiffre d'affaires devrait bondir de 45 %, son nombre d'abonn&#233;&#183;es presque doubler pour fr&#244;ler les 50 millions, dont pr&#232;s de 30 millions au sud du Sahara. Son centre de gravit&#233; se transporterait ainsi brusquement en Afrique, qui p&#232;serait plus de 40 % du chiffre d'affaires mondial et plus de 60 % de l'audience [Fig. 5]. Le groupe de Vincent Bollor&#233; deviendrait le principal op&#233;rateur de t&#233;l&#233;vision payante du continent africain, tr&#232;s loin devant son principal concurrent, le chinois StarTimes et ses 13 millions d'abonn&#233;&#183;es. L'offensive de Bollor&#233; va ainsi donner naissance &#224; un nouvel empire de la t&#233;l&#233;vision et du divertissement, en situation de quasi-monopole dans une trentaine de pays et pesant d'un poids consid&#233;rable sur la production de contenus africains. Un nouvel empire aux mains d'un milliardaire r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Attac et l'Observatoire des multinationales, &lt;i&gt;Le Syst&#232;me Bollor&#233;. De la pr&#233;dation financi&#232;re &#224; la croisade politique&lt;/i&gt;, 24 avril 2025, p. 31-36.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Arcom, &lt;a href=&#034;https://www.arcom.fr/sites/default/files/2024-01/Arcom-Bilan-financier-2022-chaines-payantes.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Bilan financier 2022 des cha&#238;nes payantes, janvier 2024&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Audition de Maxime Saada &lt;a href=&#034;https://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20220124/ce_medias.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;par la Commission d'enqu&#234;te du S&#233;nat sur la concentration dans les m&#233;dias, 28 janvier 2022&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la strat&#233;gie de Canal+, voir notamment Alexandre Joux, &#171; Les investissements de Canal+ dessinent une alternative mondiale aux services am&#233;ricains de streaming &#187;, &lt;a href=&#034;https://la-rem.eu/2024/10/les-investissements-de-canal-dessinent-une-alternative-mondiale-aux-services-americains-de-streaming/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Revue europ&#233;enne des m&#233;dias et du num&#233;rique, 69-70, 2024&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le groupe SPI a &#233;t&#233; totalement acquis par Canal+ en ao&#251;t 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maxime Saada invit&#233; &lt;a href=&#034;https://www.cnbcafrica.com/media/6345995997112/frances-canaloffers-to-buy-multichoice-group/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;de CNBC Africa, 1er f&#233;vrier 2024&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Canal+ sur le point de contr&#244;ler le march&#233; de la t&#233;l&#233; payante en Afrique &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/030724/canal-sur-le-point-de-controler-le-marche-de-la-tele-payante-en-afrique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mediapart, 3 juillet 2024&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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