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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Venezuela : &#171; Il y a une richesse et une complexit&#233; politique dont la presse ne rend pas du tout compte &#187;</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Venezuela-Il-y-a-une-richesse-et-une-complexite</link>
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		<dc:date>2026-02-03T11:04:48Z</dc:date>
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		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Younes</dc:creator>


		<dc:subject>Venezuela</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien avec Pablo Aiquel.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Loin-de-l-Amerique-Latine-" rel="directory"&gt;Loin de l'Am&#233;rique Latine&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Venezuela-+" rel="tag"&gt;Venezuela&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pablo Aiquel est secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Syndicat national des journalistes CGT (SNJ-CGT) et vice-pr&#233;sident de la F&#233;d&#233;ration Europ&#233;enne des journalistes (EFJ). Il est aussi franco-v&#233;n&#233;zu&#233;lien et ancien correspondant &#224; Caracas de nombreux m&#233;dias francophones au moment de la r&#233;volution chaviste, en 1998. Pourtant, il n'a pas &#233;t&#233; sollicit&#233; par les grands m&#233;dias au moment de l'agression imp&#233;rialiste des &#201;tats-Unis au Venezuela, le 3 janvier 2026, qui lui ont pr&#233;f&#233;r&#233; les toutologues de la g&#233;opolitique. Pablo Aiquel r&#233;pond &#224; quelques questions sur le traitement journalistique de cet &#233;v&#233;nement, et sur les angles morts habituels inh&#233;rents &#224; la fonction de correspondant &#224; Caracas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Acrimed : Pouvez-vous nous parler de votre exp&#233;rience en tant que correspondant au Venezuela ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pablo Aiquel :&lt;/strong&gt; Je suis V&#233;n&#233;zu&#233;lien, et j'ai fait mes &#233;tudes en France. J'ai &#233;t&#233; dipl&#244;m&#233; de l'&#233;cole de journalisme de Lille en 1997. Et j'avais vocation &#224; rentrer au Venezuela pour y travailler. C'est ce que j'ai fait. Je suis arriv&#233; au Venezuela fin 1997, en gros, un an avant la premi&#232;re &#233;lection de Ch&#225;vez. Mais j'&#233;tais un correspondant particulier, parce que contrairement &#224; d'autres correspondants fran&#231;ais ou francophones &#224; l'&#233;tranger, la correspondance &#233;tait pour moi un compl&#233;ment de salaire et pas mon travail &#224; temps plein. J'&#233;tais journaliste dans des m&#233;dias importants au Venezuela, j'ai pass&#233; un an &#224; &lt;i&gt;El Universal&lt;/i&gt; &#8211; qui est l'&#233;quivalent en gros du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; ici. Et j'ai pass&#233; deux ans au &lt;i&gt;Nacional&lt;/i&gt; &#8211; qui est en gros l'&#233;quivalent du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; ici. J'ai eu aussi une &#233;mission de radio en fran&#231;ais, parrain&#233;e par l'ambassade de France. Ils m'ont embauch&#233; pour animer une &#233;mission de radio pendant des ann&#233;es pour la communaut&#233; francophone du Venezuela. Donc j'avais aussi plusieurs points d'observation de la soci&#233;t&#233; v&#233;n&#233;zu&#233;lienne, et je gardais toujours un lien avec la France ou avec la langue fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que correspondant, principalement, j'ai travaill&#233; pour Radio France Internationale en espagnol, mais aussi de temps en temps en fran&#231;ais. Parfois pour la Radio Suisse Romande ou pour Radio-Canada. Et en presse &#233;crite, j'ai surtout travaill&#233; pour &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;. Mais aussi ponctuellement pour &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, pour 24h.ch en Suisse, et je ne me souviens m&#234;me plus combien d'autres journaux. J'ai aussi beaucoup travaill&#233; comme &#171; fixeur &#187; francophone, quand des journalistes t&#233;l&#233;s venaient au Venezuela. France 2, France 5&#8230; Je suis rentr&#233; en France en 2003, pour plein de raisons, et en 2006, j'y suis retourn&#233; avec France 2 pour &#171; Un &#339;il sur la plan&#232;te &#187;, au moment des &#233;lections, avec Arnauld Miguet et &#201;douard Perrin, parce que mes r&#233;seaux, notamment dans les milieux chavistes, &#233;taient encore tr&#232;s bons. Nous avons d'ailleurs interview&#233; les parents de Ch&#225;vez pour faire un portrait de Ch&#225;vez sans Ch&#225;vez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Sur quels sujets &#233;tiez-vous sollicit&#233; par la presse fran&#231;aise, pour parler du Venezuela ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dirais que mon boulot comme correspondant a commenc&#233; par le sommet ib&#233;ro-am&#233;ricain de Margarita. C'&#233;tait en 1997, donc avant que Ch&#225;vez ne soit &#233;lu, avec Aznar, Fidel Castro et plein d'autres pr&#233;sidents de l'&#233;poque. Globalement, avant que Ch&#225;vez ne soit &#233;lu, le Venezuela int&#233;ressait relativement peu en France. Et donc je n'avais pas &#233;norm&#233;ment de boulot comme correspondant. Ensuite, une fois que Ch&#225;vez a &#233;t&#233; &#233;lu, forc&#233;ment, &#231;a a mis le Venezuela sous le feu des projecteurs. Mon travail en tant que correspondant &#233;tait tr&#232;s rythm&#233; par l'actualit&#233; et les mont&#233;es de tensions, que ce soit entre &#201;tats ou quand il y avait des manifestations anti-chavistes. Je me souviens, par exemple, des tensions et des rencontres entre Ch&#225;vez et &#193;lvaro Uribe V&#233;lez, qui &#233;tait le pr&#233;sident de droite colombien &#224; l'&#233;poque. J'ai couvert ce type de rencontres bilat&#233;rales. On &#233;tait une flop&#233;e de correspondants &#233;trangers &#224; suivre ce type de rencontres avec Ch&#225;vez et &#193;lvaro Uribe. Ils s'invitaient, ils se faisaient des &#233;treintes &#8211; un peu &#224; la Macron-Trump &#8211; et &#224; d'autres moments, ils s'engueulaient &#224; distance, ils s'insultaient presque. Donc ce type de rapport avec la droite colombienne &#233;tait relativement suivi. C'est &#231;a qui int&#233;ressait les journaux et non pas les enqu&#234;tes de terrain qui faisaient comprendre pourquoi les quartiers populaires avaient un attachement profond au chavisme naissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y a eu le moment o&#249; les manifestations de Ch&#225;vez face &#224; l'opposition ont vraiment pris de l'ampleur, en 2001-2002. Et notamment le coup d'&#201;tat manqu&#233;, ou plut&#244;t r&#233;ussi mais &#233;ph&#233;m&#232;re, d'avril 2002, qui a &#233;t&#233; un peu le climax de mon travail au Venezuela. Je faisais beaucoup de radio &#224; l'&#233;poque, et ces journ&#233;es du 11, 12 et 13 avril, j'ai eu l'impression d'avoir travaill&#233; presque 24 heures sur 24 et d'avoir t&#233;moign&#233; pour de tr&#232;s nombreux m&#233;dias de la francophonie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Pouvez-vous d&#233;velopper sur le manque d'int&#233;r&#234;t des r&#233;dactions pour les reportages de terrain que vous proposiez, au profit des rencontres diplomatiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cela que je disais que j'&#233;tais un peu un correspondant particulier. Dans la derni&#232;re partie de mon travail au Venezuela, j'ai travaill&#233; pour &lt;i&gt;El Nacional&lt;/i&gt;, entre 2001 et 2003, d'abord au service enqu&#234;te puis au service politique. Et le &lt;i&gt;Nacional&lt;/i&gt; avait &#233;t&#233; un journal qui, jusqu'&#224; d&#233;but 2000 disons, jusqu'&#224; la premi&#232;re &#233;lection pr&#233;sidentielle sur la base de la nouvelle constitution, avait &#233;t&#233; plut&#244;t favorable au mouvement bolivarien. Le directeur du journal, &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Alfredo_Pe%C3%B1a&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Alfredo Pe&#241;a&lt;/a&gt;, a &#233;t&#233; un &#233;lu du Mouvement pour la Cinqui&#232;me R&#233;publique de Ch&#225;vez (Movimiento Quinta Rep&#250;blica). Mais assez rapidement, apr&#232;s la premi&#232;re &#233;lection de 2000 et avec les premi&#232;res d&#233;cisions de Ch&#225;vez, comme la r&#233;forme agraire, des choses peut-&#234;tre un peu basiques mais qui n'allaient pas n&#233;cessairement en faveur des int&#233;r&#234;ts du capital, ils avaient retourn&#233; assez vite le journal contre Ch&#225;vez. On se retrouvait dans une situation dans laquelle il y avait une guerre entre les m&#233;dias priv&#233;s qui essayaient de d&#233;zinguer le gouvernement, et les m&#233;dias publics qui essayaient de le d&#233;fendre. Cette polarisation est arriv&#233;e assez vite et d'une mani&#232;re assez impressionnante pour certains alli&#233;s de 1999-2000 qui assez vite, en 2001-2002, &#233;taient devenus des opposants. Le travail qu'on m'a fait faire, quand on m'a embauch&#233; au &lt;i&gt;Nacional&lt;/i&gt;, c'&#233;tait justement d'aller couvrir les secteurs populaires du chavisme naissant et d'essayer de comprendre pourquoi, dans les quartiers populaires, on pouvait &#224; un moment donn&#233; en avoir ras-le-bol du maire chaviste, du d&#233;put&#233; chaviste. Et &#233;ventuellement, quand est-ce que l'&#233;tat de gr&#226;ce avec Ch&#225;vez allait se terminer ? C'est la commande qui m'&#233;tait faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces reportages de terrain m'ont permis de cerner assez vite que l'identification des quartiers populaires avec Ch&#225;vez &#233;tait visc&#233;rale et que m&#234;me s'ils &#233;taient plut&#244;t d&#233;&#231;us de tel maire ou de tel d&#233;put&#233;, le lien avec Ch&#225;vez &#233;tait extr&#234;mement fort et qu'il n'allait pas s'&#233;teindre si rapidement. Je proposais donc des reportages pour expliquer cela, mais ce n'&#233;tait pas ce qui int&#233;ressait les r&#233;dactions &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que cette polarisation qui est arriv&#233;e tr&#232;s vite a eu des effets sur votre travail de correspondant, sur le type de sujets que l'on vous commandait ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Avec, comme je le disais plus t&#244;t, une focalisation sur les moments de &#171; mont&#233;e de tension &#187;. Parfois je proposais des sujets plus froids, sur des situations qui me paraissaient int&#233;ressantes. On me disait &#171; non, on ne va pas prendre, personne n'en parle &#187;. En revanche, si quelques jours plus tard, il y avait des mont&#233;es de tensions en manifestation, et que l'AFP faisait une d&#233;p&#234;che, &#224; ce moment-l&#224;, on m'appelait pour que je fasse le papier. J'avais envie de dire &#171; mais je te l'ai dit il y a 5 jours, on aurait pu devancer l'AFP &#187;. Donc un fort int&#233;r&#234;t pour cette mise en sc&#232;ne entre, d'un c&#244;t&#233;, les manifestations chavistes, de l'autre c&#244;t&#233;, les manifestations anti-chavistes. Mais relativement peu sur du reportage, du terrain, qui permettent de faire un pas de c&#244;t&#233;, d'essayer de comprendre vraiment le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Pour pr&#233;parer cette interview, vous nous avez parl&#233; de &#171; l'isolement sociologique &#187; des correspondants au Venezuela &#8211; qui n'aide pas pour comprendre la soci&#233;t&#233;. Pouvez-vous d&#233;velopper ce point ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est l'autre t&#233;moignage que je peux apporter comme ancien correspondant. Je ne voyais aucun inconv&#233;nient &#224; ce que, quand il y avait des temps forts, les m&#233;dias pour lesquels je travaille envoient quelqu'un, un envoy&#233; sp&#233;cial. Mon exp&#233;rience comme fixeur t&#233;l&#233; m'avait fait voir que c'&#233;tait aussi int&#233;ressant qu'un journaliste canadien, un journaliste suisse, un journaliste fran&#231;ais vienne voir de lui-m&#234;me et fasse lui-m&#234;me le travail, m&#234;me si je peux l'aider en lui donnant quelques contacts, des sources. J'avais notamment &#8211; &#231;a peut surprendre &#8211; des sources francophones dans les quartiers populaires chavistes. Mais j'ai &#233;t&#233; souvent surpris que certains journalistes veuillent &#224; tout prix rester dans les quartiers hupp&#233;s de Caracas, dans l'h&#244;tel qui est tenu par un Fran&#231;ais, &#224; rendre compte de la vision de cette famille, disons des Fran&#231;ais de Caracas et de leur entourage. Ils n'allaient pas dans les quartiers populaires, ils n'allaient pas interroger des intellectuels favorables au mouvement bolivarien, etc., ce qui revenait de fait &#224; privil&#233;gier un narratif &#171; anti-chaviste &#187;. Et &#224; la limite, quand ils tendaient le micro &#224; des partisans du chavisme c'&#233;tait sous la forme du micro-trottoir &#8211; ce qui ne permet que d'&#233;voquer des positions simples. Il y a une richesse et une complexit&#233; politique dans ce pays dont la presse ne rend pas du tout compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;De m&#234;me, en lisant la presse fran&#231;aise et m&#234;me internationale, on a l'impression qu'il n'existe qu'une seule opposition au Venezuela et que c'est celle de Mar&#237;a Corina Machado. Il n'existe pas de gauche anti-Maduro, de droite mod&#233;r&#233;e, de centristes, etc. ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai que c'est important. Il existe cette autre opposition et ce sont des gens &#224; qui il faudrait donner la parole. Je pense par exemple &#224; Claudio Ferm&#237;n d'Action d&#233;mocratique qui, en d&#233;cembre, disait qu'on ne pouvait pas, tout en &#233;tant dans l'opposition, accepter les menaces d'un pays &#233;tranger sur son propre pays. Ou &#224; Henrique Capriles, qui a quand m&#234;me pris ses distances avec l'extr&#234;me droite. Mar&#237;a Corina Machado au contraire est l'une des principales personnalit&#233;s v&#233;n&#233;zu&#233;liennes qui demandait une invasion am&#233;ricaine, depuis des ann&#233;es. Et c'est une faute assez importante, je pense, du journalisme fran&#231;ais et europ&#233;en que de ne pas avoir produit de grandes enqu&#234;tes sur ce que faisait Mar&#237;a Corina Machado dans les ann&#233;es 2000. Pour rappel, en avril 2002, des militaires ont r&#233;alis&#233; un coup d'&#201;tat, ont enlev&#233; Ch&#225;vez et ont d&#233;sign&#233; le patron de l'&#233;quivalent du MEDEF, Pedro Carmona, comme nouveau pr&#233;sident. La premi&#232;re d&#233;cision de Carmona a &#233;t&#233; de dissoudre tous les pouvoirs constitu&#233;s. D'autres militaires ont utilis&#233; cela comme preuve que le fil constitutionnel &#233;tait rompu et ont fait sortir ces gens-l&#224; du palais de Miraflores, ramenant Ch&#225;vez au pouvoir le lendemain. Donc ce coup d'&#201;tat a dur&#233; 48 heures. Mar&#237;a Corina Machado est l'une des signataires du d&#233;cret qui a dissous tous les pouvoirs constitu&#233;s le 12 avril 2002. Donc pour les V&#233;n&#233;zu&#233;liens, elle fait partie des putschistes depuis plus de 20 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Pour revenir &#224; la fa&#231;on dont est trait&#233;e l'agression militaire du 3 janvier et ses suites dans les m&#233;dias fran&#231;ais, nous avons remarqu&#233; une focalisation sur les t&#233;moignages de V&#233;n&#233;zueliens expatri&#233;s &#8211; qui sont bien s&#251;r &#224; entendre mais qui constituent notre seul &#171; acc&#232;s &#187; &#224; la parole du peuple v&#233;n&#233;zuelien dans la presse fran&#231;aise. Est-ce que vous, avec votre casquette de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du SNJ-CGT, de vice-pr&#233;sident de la F&#233;d&#233;ration europ&#233;enne des journalistes, d'ancien correspondant &#224; Caracas, et de V&#233;n&#233;zu&#233;lien, vous avez &#233;t&#233; sollicit&#233; par les m&#233;dias fran&#231;ais ces derni&#232;res semaines ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, je n'ai pas &#233;t&#233; beaucoup sollicit&#233;. Mais je viens de donner une interview &#224; un m&#233;dia tch&#232;que. Les m&#233;dias fran&#231;ais pr&#233;f&#232;rent sans doute des gens qui travaillent encore actuellement sur le sujet. Les citoyens v&#233;n&#233;zu&#233;liens qui sont sollicit&#233;s sont ceux qui, comme vous le disiez, sont en exil et qui ont un t&#233;moignage de v&#233;cu &#224; apporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela rejoint le th&#232;me de la polarisation que j'&#233;voquais tout &#224; l'heure, et qui n'a fait que s'approfondir au cours des ann&#233;es. Cela am&#232;ne &#224; avoir chacun ses m&#233;dias, chacun ses canaux. En France, nous entendons tr&#232;s souvent la parole des exil&#233;s et tr&#232;s rarement celle du &#171; peuple chaviste &#187;, mais l'inverse est &#233;galement vrai. Aujourd'hui, le Venezuela a aussi les m&#233;dias de ses alli&#233;s. Sur les cha&#238;nes hertziennes au Venezuela, on a des canaux iraniens en espagnol, des cha&#238;nes chinoises, russes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai envie de reprendre les mots de la politologue espagnole, Arantxa Tirado S&#225;nchez, qui est une chercheuse ouvri&#233;riste qui a v&#233;cu &#224; Caracas, et qui a dit : &#171; Le journalisme est mort au Venezuela &#187;. Je suis assez d'accord avec elle. Les m&#233;dias ont beaucoup jou&#233; le r&#244;le d'&#234;tre vecteur d'une certaine propagande, et pas du tout celui qu'on attend vraiment d'eux : informer de fa&#231;on impartiale et &#233;quilibr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;J&#233;r&#233;mie Younes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La concentration des m&#233;dias en Allemagne : un mod&#232;le, vraiment ? (4/4)</title>
		<link>https://www.acrimed.org/La-concentration-des-medias-en-Allemagne-un</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean P&#233;r&#232;s</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Quatri&#232;me et derni&#232;re partie.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-En-Allemagne-" rel="directory"&gt;M&#233;dias en Allemagne&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH150/katapult-c70bf.png?1776678924' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les effets de la concentration des m&#233;dias, en Allemagne comme ailleurs, ce sont des licenciements en s&#233;ries, la r&#233;duction de l'ind&#233;pendance et du pluralisme, le conformisme &#233;ditorial. Des r&#233;solutions de l'apr&#232;s-guerre, il ne reste plus grand-chose.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Licenciements&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;En 2009, suite &#224; une concentration interne, 300 postes de r&#233;dacteurs sont supprim&#233;s au sein des journaux du groupe Funke, d&#233;but d'une &lt;a href=&#034;https://publik-verdi-de.translate.goog/ausgabe-2019-02/funke-mediengruppe-baut-ab/?_x_tr_sl=de&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;longue s&#233;rie&lt;/a&gt;. En 2012, le &lt;i&gt;Frankfurter Rundschau&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Financial Times Deutschland&lt;/i&gt;, d&#233;ficitaire depuis sa cr&#233;ation, sont en liquidation, avec &lt;a href=&#034;https://www-spiegel-de.translate.goog/kultur/gesellschaft/gruner-jahr-verkuendet-aus-fuer-financial-times-deutschland-a-868371.html?_x_tr_sl=de&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;nombre de licenciements &#224; la cl&#233;&lt;/a&gt;. En 2014, la plus longue gr&#232;ve du secteur des m&#233;dias, 117 jours, du service client de Madsack s'est sold&#233;e par le &lt;a href=&#034;https://www.verdi.de/presse/pressemitteilungen/++co++dd0d8d28-01cd-11e4-9f77-52540059119e&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;licenciement des 90 salari&#233;s concern&#233;s&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour rappel, le Parti socialiste (SPD) est l'actionnaire principal de Madsack.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En 2020, le &lt;a href=&#034;https://www.ccfi.asso.fr/bauer-ferme-des-magazines-et-licencie-140-personnes/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;groupe Bauer licencie 140 salari&#233;s&lt;/a&gt;, le &lt;i&gt;S&#252;ddeutsche Zeitung&lt;/i&gt;, 50 journalistes. En 2023, &#224; la crise s'ajoutent les effets du Covid, &lt;i&gt;Bild Zeitung&lt;/i&gt; d&#233;cide de licencier 200 journalistes &lt;a href=&#034;https://www.courrierinternational.com/article/allemagne-des-journalistes-du-tabloid-bild-bientot-remplaces-par-de-l-intelligence-artificielle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;remplac&#233;s, dit-elle, par l'intelligence artificielle&lt;/a&gt;. La m&#234;me ann&#233;e, Bertelsmann annonce la suppression de &lt;a href=&#034;https://www.lesechos.fr/tech-medias/medias/bertelsmann-va-supprimer-plus-dun-tiers-des-equipes-de-son-pole-edition-1904325&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;700 emplois dans la presse&lt;/a&gt;. Toujours la m&#234;me ann&#233;e, &lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/medias/le-groupe-allemand-de-medias-prosiebensat-1-supprime-400-emplois-d-ici-fin-2023-20230718&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;P7S1 supprime 400 emplois&lt;/a&gt;. Liste non exhaustive.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Ind&#233;pendance et pluralisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;On imagine facilement que, dans un tel contexte, les journalistes ne font pas preuve d'une ind&#233;pendance excessive et veillent plut&#244;t &#224; conserver leur emploi. Et ce d'autant plus que, malgr&#233; des syndicats puissants, ils sont &#233;cart&#233;s de la cogestion &#171; &#224; l'allemande &#187; et n'ont pas leur mot &#224; dire pour s'opposer aux vagues de licenciement. Ni d'ailleurs en mati&#232;re &#233;ditoriale qui est l'apanage des directions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les journalistes ont toutefois un r&#244;le d&#233;cisif au sein du premier magazine, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus des licenciements, les concentrations produisent du conformisme pour ainsi dire structurel. Le processus d'homog&#233;n&#233;isation des contenus, appel&#233; par euph&#233;misme &#171; synergies &#187; ou &#171; mutualisation &#187;, et qui consiste &#224; produire des articles &#224; partir d'une r&#233;daction centrale et &#224; les diffuser &#224; l'ensemble des journaux poss&#233;d&#233;s par le groupe, peut prendre des dimensions alarmantes. Le dernier rapport de la KEK&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kommission zur Ermittlung der Konzentration im Medienbereich - Commission de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#233;voque ainsi &#171; &lt;i&gt;un exemple marquant de diffusion de contenu [ :] le RedaktionsNetzwerk Deutschland (RND) du groupe Madsack Media, qui fournit d&#233;sormais du contenu national &#224; plus de 90 marques de m&#233;dias&lt;/i&gt; &#187; (rapport KEK, 2025). En fait de pluralisme, il reste surtout les informations locales, diverses par d&#233;finition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En rassemblant dans un petit nombre de mains de plus en plus de m&#233;dias, les concentrations confortent l'int&#233;gration de leurs richissimes propri&#233;taires aux cercles dirigeants de la soci&#233;t&#233;. D&#232;s lors, m&#234;me si les m&#233;dias sont juridiquement et &#233;conomiquement ind&#233;pendants de l'&#201;tat et des groupes industriels, rien n'emp&#234;che qu'une coop&#233;ration s'&#233;tablisse entre eux d&#232;s lors qu'ils partagent les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts et une commune id&#233;ologie. Une id&#233;ologie dans laquelle, en Allemagne comme ailleurs, se confondent la droite et la gauche de gouvernement dans un ensemble qui penche de plus en plus vers l'extr&#234;me droite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce propos le reportage d'Olivier Cyran &#171; En Allemagne, la m&#233;moire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de la connexion entre m&#233;dias et milieu politique, on a vu que le SPD poss&#233;dait un important groupe de presse sur lequel il pouvait faire pression, et que les partis politiques influen&#231;aient fortement les organes de d&#233;cision de l'audiovisuel public. Les deux plus gros groupes de m&#233;dias, Bertelsmann et Springer, sont &#224; ce propos parfaitement exemplaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal actionnaire du groupe Bertelsmann, la fondation &#233;ponyme, a fait une campagne tr&#232;s soutenue pour l'adoption par le Bundestag des lois Hartz (2003-2005) promues par le chancelier Schr&#246;der (SPD), lois qui d&#233;mantelaient le droit du travail et condamnaient les ch&#244;meurs &#224; la mis&#232;re. &#171; &lt;i&gt;L'&#339;uvre &#034;philanthropique&#034; du groupe de m&#233;dias et d'&#233;dition le plus influent d'Allemagne a &#233;t&#233; au c&#339;ur du processus d'&#233;laboration de l'Agenda 2010&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ensemble de r&#233;formes, dont les lois Hartz&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : financement d'expertises et de conf&#233;rences, diffusion d'argumentaires aupr&#232;s des journalistes, mise en r&#233;seau des &#034;bonnes volont&#233;s &#034;. &#034;Sans le travail de pr&#233;paration, d'accompagnement et d'apr&#232;s-vente d&#233;ploy&#233; &#224; tous les niveaux par la Fondation Bertelsmann, les propositions de la commission Hartz et leur traduction l&#233;gislative n'auraient jamais pu voir le jour&#034;, observe Helga Spindler, professeure en droit public &#224; l'universit&#233; de Duisburg.&lt;/i&gt; &#187; (Olivier Cyran, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/2017/09/CYRAN/57833&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'enfer du miracle allemand&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, septembre 2017).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;curseur, en quelque sorte, de la situation actuelle, le magnat de la presse Axel Springer, arm&#233; de son quotidien &#224; sensation &lt;i&gt;Bild Zeitung&lt;/i&gt;, s'est toujours situ&#233; bien &#224; droite de l'&#233;chiquier politique. Cumulant successivement des &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/1968/05/ABOSCH/28420&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;attaques f&#233;roces contre des &#233;tudiants en 1968&lt;/a&gt;, un sexisme d&#233;complex&#233; avec &lt;a href=&#034;https://www.slate.fr/lien/51247/bild-seins-nus&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les femmes nues en premi&#232;re page&lt;/a&gt;, les &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/2017/08/RIMBERT/57801&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pratiques de d&#233;lation de manifestants &#224; la police&lt;/a&gt;, les atteintes &#224; la d&#233;ontologie journalistique : il est le journal le plus sanctionn&#233; par le Conseil allemand de la Presse, &lt;a href=&#034;https://de.statista.com/infografik/2588/publikationen-mit-den-meisten-ruegen-durch-den-deutschen-presserat/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;avec 219 sanctions&lt;/a&gt; prononc&#233;es &#224; son encontre depuis 1986. Le deuxi&#232;me, &lt;i&gt;BZ&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Berliner Zeitung&lt;/i&gt;), est tr&#232;s loin derri&#232;re (21 sanctions) et appartient aussi &#224; Springer ! Tout journaliste travaillant pour Springer doit signer un contrat de travail o&#249; il s'engage &#224; d&#233;fendre Isra&#235;l et l'entente de l'Allemagne avec les &#201;tats-Unis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Nous d&#233;fendons la libert&#233;, l'&#201;tat de droit, la d&#233;mocratie et une Europe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un journaliste &lt;a href=&#034;https://theintercept.com/2023/10/26/axel-springer-fires-employee-israel/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vient d'&#234;tre licenci&#233; pour n'avoir pas respect&#233; cette clause&lt;/a&gt;. Mais le soutien &#224; Isra&#235;l n'est pas seulement id&#233;ologique, car le groupe Springer participe directement depuis 2014 &#224; la vente de biens immobiliers situ&#233;s sur les territoires de Cisjordanie ill&#233;galement occup&#233;s par Isra&#235;l, &lt;a href=&#034;https://www.courrierinternational.com/article/enquete-le-groupe-axel-springer-accuse-de-tirer-profit-des-colonies-israeliennes-illegales?&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;par le biais de sa soci&#233;t&#233; Yad2&lt;/a&gt;, qui est revenue au &lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/musique/accuse-de-soutien-a-israel-le-festival-sonar-de-barcelone-fait-face-au-boycott-de-70-artistes-20250527&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;fonds d'investissement KKR&lt;/a&gt;, au d&#233;but 2025, avec la division des activit&#233;s du groupe. Malgr&#233; son journalisme de caniveau, &lt;i&gt;Bild&lt;/i&gt; &#233;tait et reste fort courtis&#233; par les responsables politiques, chanceli&#232;re et chancelier compris ; c'est qu'il s'est vendu longtemps &#224; plusieurs millions d'exemplaires et, malgr&#233; une baisse sensible de son tirage, demeure de loin le premier quotidien allemand.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Conformisme &#233;ditorial&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Par contraste, mais pas seulement, les autres journaux et m&#233;dias paraissaient beaucoup plus consistants, et ils furent longtemps estim&#233;s comme ce que l'on faisait de mieux en mati&#232;re d'information, avec des magazines d'investigation comme le &lt;i&gt;Spiegel&lt;/i&gt;, ou de grande qualit&#233; d'information et de culture, comme &lt;i&gt;Die Zeit&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Die Frankfurter allgemeine Zeitung&lt;/i&gt;, ou plus &#224; gauche, mais pas trop, &lt;i&gt;Die S&#252;ddeutsche Zeitung&lt;/i&gt;, quelles que soient leurs orientations politiques, quoique toujours lib&#233;rales. Pareil pour l'information dans le service public de radio et de t&#233;l&#233;vision. Un changement s'op&#232;re dans l'audiovisuel vers les ann&#233;es 1990, suite &#224; l'arriv&#233;e des groupes priv&#233;s et de leurs m&#233;thodes commerciales racoleuses, qui d&#233;teignent sur le service public, comme en t&#233;moigne le gouvernement f&#233;d&#233;ral dans son &#171; Rapport annuel sur la t&#233;l&#233;vision &#187; de 1995 : &#171; &lt;i&gt;Tendance au sensationnalisme et au voyeurisme, avec pr&#233;sentation croissante d'images d'horreur, tendance au n&#233;gativisme avec pr&#233;sentation tr&#232;s pauvre en contexte et en arri&#232;re plan de d&#233;linquance et d'accident, tendance &#224; produire du scandale avec un penchant &#224; interpr&#233;ter l'actualit&#233; politique en termes de crises et de culpabilit&#233;, tendance &#224; une repr&#233;sentation ritualis&#233;e de la politique avec un penchant &#224; pr&#233;senter sans distance les apparences de la mise en sc&#232;ne politique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Klaus Wenger dans &#171; La radio, une contribution &#224; la culture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;cemment, comme l'expose Fabian Scheidler dans &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/2024/03/SCHEIDLER/66637&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un article du &lt;i&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, les m&#233;dias dominants ont fait preuve d'un alarmant suivisme des options politiques gouvernementales en mati&#232;re de militarisme, d'atlantisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il cite notamment l'Atlantik Br&#252;cke (Pont atlantique), v&#233;ritable rendez-vous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de traitement de la pand&#233;mie du Covid, de la guerre en Ukraine et du massacre de Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Nul doute, apr&#232;s ce tour d'horizon, qu'en termes de structures et r&#233;glementations favorisant le pluralisme et la d&#233;mocratie dans les m&#233;dias, le syst&#232;me allemand est nettement plus &#233;labor&#233; que le fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;centralisation des instances de contr&#244;le des m&#233;dias audiovisuels, publics et priv&#233;s, compos&#233;es de repr&#233;sentants de la soci&#233;t&#233; civile, la gestion et la production de l'audiovisuel public par les L&#228;nder et l&#224; encore par des repr&#233;sentants de la soci&#233;t&#233; civile, le dispositif du &#171; tiers ind&#233;pendant &#187;, la place pr&#233;pond&#233;rante donn&#233;e &#224; l'audiovisuel public soutenu par une redevance importante et anim&#233; de fortes pr&#233;occupations d&#233;mocratiques et pluralistes, une information d&#233;taill&#233;e, accessible et mise &#224; jour sur les m&#233;dias et les groupes de m&#233;dias, une m&#233;thode mesurant le pouvoir global des groupes incluant leur audience num&#233;rique, autant d'&#233;l&#233;ments constitutifs d'un ensemble peut-&#234;tre unique au monde, si on y ajoute l'ind&#233;pendance des m&#233;dias vis-&#224;-vis de l'&#201;tat et des groupes industriels, ind&#233;pendance qui, m&#234;me imparfaite, a une effectivit&#233; certaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de tel en France, qui a supprim&#233; la redevance et sous-finance le service public, dont elle a vendu le meilleur morceau et qu'elle se pr&#233;pare &#224; unifier &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Greve-et-motion-de-rejet-contre-la-reforme-de-l&#034;&gt;sous une holding contr&#244;l&#233;e &#224; 100 % par l'&#201;tat&lt;/a&gt;. Aucun contr&#244;le citoyen n'y est institutionnalis&#233;, ni sur le plan local, ni sur le plan national. Quant &#224; l'ind&#233;pendance vis-&#224;-vis de l'&#201;tat et des industriels&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, on ne peut que constater que le &#171; mod&#232;le allemand &#187; souffre de nombre de porosit&#233;s et que l'&#201;tat et les puissances d'argent y gardent un r&#244;le d&#233;terminant, avec les cons&#233;quences d&#233;sastreuses que nous avons &#233;voqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on s'en tient aux dispositifs anti-concentrations, on observe une l&#233;gislation plus laxiste en France, qui n'emp&#234;che quasiment aucune concentration, tandis que la loi allemande peut fluctuer au gr&#233; des politiques de l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral qui, par exemple, a fortement favoris&#233; les concentrations au cours des vingt derni&#232;res ann&#233;es. M&#234;me plus d&#233;mocratiques qu'en France, les contr&#244;les de ces concentrations n'ont pas d&#251; &#234;tre d'une rigueur extr&#234;me pour que l'on ait constat&#233; en 2009 que plus de la moiti&#233; des r&#233;gions et des villes allemandes &#233;taient d&#233;sormais sous monopole de presse, et la t&#233;l&#233;vision priv&#233;e largement domin&#233;e par deux acteurs, pour qu'une dizaine de groupes fort prosp&#232;res se maintiennent &#224; travers le temps en t&#234;te des m&#233;dias dominants. Et que, finalement, on se retrouve dans tout le secteur priv&#233; (hors radio) avec une concentration du m&#234;me ordre que celle du syst&#232;me fran&#231;ais, m&#234;me si, du fait de la dimension beaucoup plus importante de la configuration allemande, un certain pluralisme y subsiste jusqu'&#224; pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, malgr&#233; l'originalit&#233; de son dispositif et son souci affirm&#233; d'ind&#233;pendance et de pluralisme, l'Allemagne n'&#233;chappe pas &#224; la r&#232;gle commune des concentrations des m&#233;dias. C'est &#224; croire que le capitalisme m&#233;diatique se moque des particularismes r&#233;gionaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Jean P&#233;r&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Annexe : &lt;a href=&#034;https://katapult-magazin.de/de/karten/artikel/ich-weiss-wer-deine-nachrichten-macht/deutsche-pressekonzerne-und-ihre-groessten-marken-ausschnitt-knicker.png&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Infographie r&#233;alis&#233;e par Katapult&lt;/a&gt; (2019)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_16283 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/katapult.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH500/katapult-422ef.png?1776678924' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour rappel, le Parti socialiste (SPD) est l'actionnaire principal de Madsack.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les journalistes ont toutefois un r&#244;le d&#233;cisif au sein du premier magazine, &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/archives/article/1970/01/02/l-application-de-la-cogestion-a-l-hebdomadaire-allemand-der-spiegel-marque-une-date-importante_2653797_1819218.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Spiegel&lt;/i&gt;, dont ils sont copropri&#233;taires (50 % des parts)&lt;/a&gt;, et &#233;galement au &lt;i&gt;Tageszeitung&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;TAZ&lt;/i&gt;), &lt;a href=&#034;https://basta.media/comment-un-quotidien-ecolo-et-alternatif-allemand-resiste-a-la-crise-de-la&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;seul quotidien de la gauche radicale et &#233;cologiste pendant 46 ans&lt;/a&gt;, d&#233;sormais en ligne et hebdomadaire papier. Sous le statut de coop&#233;rative, le &lt;i&gt;TAZ&lt;/i&gt; est contr&#244;l&#233; par ses journalistes qui &#233;lisent leur directeur de r&#233;daction. Il &#233;dite notamment la version allemande du &lt;i&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt;. &#192; un degr&#233; moindre, mais significatif, &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/archives/article/1969/05/30/la-redaction-de-l-hebdomadaire-allemand-stern-acquiert-un-droit-de-veto-sur-l-orientation-du-magazine_2425676_1819218.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Stern&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://www-sueddeutsche-de.translate.goog/kolumne/sueddeutsche-zeitung-chronik-77-jahre-1.5665041?_x_tr_sl=de&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le &lt;i&gt;S&#252;ddeutsche Zeintung&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, accordent une place importante aux journalistes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kommission zur Ermittlung der Konzentration im Medienbereich - Commission de contr&#244;le de la concentration dans le domaine des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#224; ce propos le reportage d'Olivier Cyran &lt;a href=&#034;https://orientxxi.info/longforms/en-allemagne-la-memoire-s-estompe-et-l-afd-donne-le-tempo/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; En Allemagne, la m&#233;moire s'estompe et l'Afd donne le tempo &#187;&lt;/a&gt; (Orient XXI, 29/09/25) dont une partie traite de l'implication des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ensemble de r&#233;formes, dont les lois Hartz&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous d&#233;fendons la libert&#233;, l'&#201;tat de droit, la d&#233;mocratie et une Europe unie. Nous soutenons le peuple juif et le droit &#224; l'existence de l'&#201;tat d'Isra&#235;l. Nous soutenons l'alliance transatlantique entre les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique et l'Europe. Nous nous engageons en faveur d'une &#233;conomie de march&#233; libre et sociale. Nous rejetons l'extr&#233;misme politique et religieux ainsi que toutes les formes de racisme et de discrimination sexuelle.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Klaus Wenger dans &#171; &lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/mat_0769-3206_1999_num_55_1_405735&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La radio, une contribution &#224; la culture politique&lt;/a&gt; &#187;, in &lt;i&gt;Mat&#233;riaux pour l'histoire de notre temps&lt;/i&gt;, n&#176;55-56, 1999, p. 82&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il cite notamment l'Atlantik Br&#252;cke (Pont atlantique), v&#233;ritable rendez-vous pro-am&#233;ricain de la classe dominante (banque, affaires, politique, universit&#233;, etc.) auquel participent une quarantaine de cadres du journalisme, et dont le pr&#233;sident fut de 2009 &#224; 2019 l'actuel chancelier Friedrich Merz.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La concentration des m&#233;dias en Allemagne : l'audiovisuel (3/4)</title>
		<link>https://www.acrimed.org/La-concentration-des-medias-en-Allemagne-l</link>
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		<dc:date>2025-11-14T09:21:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean P&#233;r&#232;s</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Troisi&#232;me partie.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-En-Allemagne-" rel="directory"&gt;M&#233;dias en Allemagne&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH147/allemagne_logo-ff2b9.png?1776675496' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='147' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;centralisation, ind&#233;pendance vis-&#224;-vis des groupes industriels et de l'&#201;tat : le paysage m&#233;diatique allemand permet, par comparaison, de montrer que la situation fran&#231;aise n'est pas une fatalit&#233;. Mais est-ce pour autant un mod&#232;le &#224; suivre ? On fait le point. Cette troisi&#232;me partie se focalise sur le cas de l'audiovisuel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Impossible de parler des concentrations dans l'audiovisuel allemand sans &#233;voquer le service public, qu'il s'agisse de la radio ou de la t&#233;l&#233;vision, qui capte plus de la moiti&#233; de l'audience. Mais il s'agit d'un service public d&#233;centralis&#233;, &#224; l'oppos&#233; de la centralisation &#224; la fran&#231;aise. Quant au secteur priv&#233;, il est domin&#233; par deux groupes, RTL et P7S1, autrement dit Bertelsmann et Berlusconi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduite en 1923 en Allemagne, la radio fut l'instrument-roi de la propagande nazie. En 1933, Goebbels, le ministre nazi de la propagande, d&#233;clarait que &#171; &lt;i&gt;la mobilisation g&#233;n&#233;rale des esprits [&#8230;] est l'une des principales missions de la radiodiffusion&lt;/i&gt; &#187; et que celle-ci est &#171; &lt;i&gt;le plus moderne et le plus important des instruments pour influencer les masses&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; dans Isabelle Bourgeois, &#171; La t&#233;l&#233;vision allemande, une ind&#233;pendance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle est alors &#233;cout&#233;e &#224; travers 4 millions de r&#233;cepteurs (Volksempf&#228;nger, soit R&#233;cepteur du peuple, qui fut &#224; la radio ce que la Volkswagen fut &#224; l'automobile), puis 16 millions en 1943 (r&#233;cepteur encore plus performant et moins on&#233;reux, le DKE38, appel&#233; ironiquement par la population &lt;a href=&#034;https://www.dw.com/fr/90-ans-radio-volksempfaenger-hitler-allemagne-etudiants-inflation/audio-66608889&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La gueule de Goebbels &#187;&lt;/a&gt;, qu'on y entendait tr&#232;s souvent). Seul m&#233;dia &#224; m&#234;me de s'adresser &#224; l'ensemble de la population (la t&#233;l&#233;vision est alors balbutiante), la radio est contr&#244;l&#233;e et utilis&#233;e par les forces d'occupation de 1945 &#224; 1955. Elle est anim&#233;e par de jeunes journalistes, mais aussi, faute de personnel qualifi&#233;, par d'anciens partisans du nazisme. Le mod&#232;le, inspir&#233; de la BBC, dessinait une radio ind&#233;pendante de l'&#201;tat et des partis politiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Klaus Wenger, &#171; La radio, une contribution &#224; la culture politique &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; alors qu'en France, d&#232;s la Lib&#233;ration et malgr&#233; le projet du CNR, la radio et la t&#233;l&#233;vision furent sous monopole d'&#201;tat (jusqu'en 1986).&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Un audiovisuel public fort, d&#233;centralis&#233; et ind&#233;pendant&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;En fait, c'est aux L&#228;nder que les Alli&#233;s vont confier le monopole de la diffusion radiophonique. D&#232;s 1950, la cr&#233;ation de l'ARD&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arbeitsgemeinschaft der Rundfunkanstalten der BRD - Communaut&#233; de travail (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d&#233;finissait pour la radio un statut de droit public r&#233;gional ind&#233;pendant de l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral. En 1955, sept ans apr&#232;s les journaux, la radio passe &#224; son tour sous souverainet&#233; allemande, et y restera, de m&#234;me que la t&#233;l&#233;vision par la suite, sous cette forme de service public r&#233;gional o&#249; chaque Land apporte sa contribution &#224; la conception et la r&#233;alisation des programmes et &#233;missions diffus&#233;s. M&#234;me les programmes &#224; diffusion nationale sont assur&#233;s par les 9 instituts r&#233;gionaux de l'audiovisuel qui produisent aussi des programmes r&#233;gionaux (appel&#233;s Troisi&#232;me cha&#238;ne : Dritten Programme). Cette structuration fut confirm&#233;e en 1961, &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/archives/article/1961/03/02/la-cour-de-carlsruhe-affirme-que-le-projet-d-une-seconde-chaine-de-television-concu-par-m-adenauer-est-contraire-a-la-constitution_2287846_1819218.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;par le jugement du Tribunal constitutionnel f&#233;d&#233;ral&lt;/a&gt; sur le projet de &#171; t&#233;l&#233;vision Adenauer &#187;. C'est &#224; la suite de ce jugement que fut cr&#233;&#233;e la deuxi&#232;me cha&#238;ne publique, ZDF&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Zweites Deutsches Fernsehen.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, g&#233;r&#233;e et contr&#244;l&#233;e de la m&#234;me fa&#231;on que l'ARD, par les r&#233;gions, mais sans la radio et centralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#171; &lt;i&gt;pendant plus de vingt ans&lt;/i&gt; [en fait, 30 ans, ndlr]&lt;i&gt;, la t&#233;l&#233;vision et la radio furent exclusivement organis&#233;es par des institutions de droit public. Il n'y avait de place ni pour une radio priv&#233;e &#8211; comme par exemple Radio Luxembourg ou les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision anglaises &#8211;, ni pour une radio contr&#244;l&#233;e par l'&#201;tat ou le gouvernement comme en France ou en Italie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Klaus Wenger, op. cit.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 1986, les auditeurs et t&#233;l&#233;spectateurs allemands ne connurent que les t&#233;l&#233;visions et radios publiques g&#233;r&#233;es au niveau des L&#228;nder. Pendant la m&#234;me p&#233;riode, en Allemagne de l'est, la radio de propagande nazie &#233;tait devenue la radio de propagande du SED, le parti communiste unique au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; la France qui a vendu, scandale unique au monde, sa premi&#232;re cha&#238;ne publique au priv&#233; (au b&#233;tonneur Bouygues), les deux premiers groupes audiovisuels allemands (ARD-La Premi&#232;re pour la radio et la t&#233;l&#233;vision, ZDF-La Deuxi&#232;me pour la seule t&#233;l&#233;vision) sont demeur&#233;s publics jusqu'&#224; aujourd'hui. B&#233;n&#233;ficiant d'une redevance due par chaque habitant et parmi les plus &#233;lev&#233;es au monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;220 euros par an ; France : 138 euros en 2021.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'audiovisuel public allemand capte une part d'audience record : 50,5 % pour la radio ARD contre 31,9 % pour Radio France, 55,4 % pour les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision publiques allemandes, contre 29 % pour France T&#233;l&#233;visions (chiffres 2024)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour l'Allemagne : Medienvielfaltsmonitor ; pour la France : M&#233;diam&#233;trie.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La redevance est r&#233;vis&#233;e tous les quatre ans par les L&#228;nder r&#233;unis. Elle contribue pour 85 % du budget des deux cha&#238;nes, la publicit&#233; pour autour de 6 %&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La publicit&#233; est interdite sur les cha&#238;nes publiques &#224; partir de 20h, ainsi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Une mission d&#233;mocratique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Dans son jugement de rejet de la &#171; t&#233;l&#233;vision Adenauer &#187;, le Tribunal constitutionnel f&#233;d&#233;ral d&#233;clare que la t&#233;l&#233;vision &#171; &lt;i&gt;est plus qu'un simple &#034;medium&#034; dans la formation de l'opinion publique ; elle en est bien plut&#244;t un &#034;facteur&#034; &#233;minent&lt;/i&gt; &#187;, et pas seulement dans les &#233;missions politiques, car &#171; &lt;i&gt;la formation de l'opinion se fait &#233;galement par le biais des pi&#232;ces radiophoniques, des concerts, des retransmissions de spectacles de caf&#233;-concert et de chansonniers, jusqu'&#224; la mise en forme m&#234;me d'une &#233;mission&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Isabelle Bourgeois, op. cit., p. 31.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On ne saurait mieux dire. La radio et la t&#233;l&#233;vision publiques se trouvent ainsi investies d'une v&#233;ritable mission d&#233;mocratique et doivent pour cela demeurer &#224; bonne distance de l'&#201;tat et des partis politiques. C'est du moins ce qu'affirme le Tribunal constitutionnel : &#171; &lt;i&gt;L'art. 5 [&#8230;] exige que cet instrument moderne de la formation de l'opinion ne soit livr&#233; ni &#224; l'Etat, ni &#224; un seul groupe social.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, chaque Land dispose d'un syst&#232;me public de diffusion &#8211; qui doit rester ind&#233;pendant de l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral et &#234;tre administr&#233; par des conseils de l'audiovisuel (Rundfunkrat) o&#249; si&#232;gent des repr&#233;sentants des &#171; groupes importants pour la soci&#233;t&#233; &#187; dont les principaux partis politiques, syndicats, f&#233;d&#233;rations professionnelles, &#233;glises, associations, etc., choisis par les parlements des L&#228;nder&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple, le mouvement LGBTQI est repr&#233;sent&#233; dans plusieurs conseils.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces repr&#233;sentants sont &#233;lus ou nomm&#233;s par leur organisme. Ce syst&#232;me s'est &#233;galement peu &#224; peu impos&#233; dans les L&#228;nder issus de la RDA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi par rapport &#224; la France, l'Allemagne poss&#232;de un audiovisuel public fort (en termes de financement et d'audience), d&#233;centralis&#233; (la l&#233;gislation sur l'audiovisuel &#233;tant de la comp&#233;tence exclusive des L&#228;nder) et en principe &#171; ind&#233;pendant &#187; ou &#171; distant &#187; de l'&#201;tat par un financement sous forme de redevance fix&#233;e par les L&#228;nder r&#233;unis, et une gestion assur&#233;e par la soci&#233;t&#233; civile. La presse allemande use d'ailleurs du terme plut&#244;t p&#233;joratif Staatsrundfunk (&#171; audiovisuel d'&#201;tat &#187;) pour d&#233;signer les m&#233;dias publics d'autres pays du monde, dont la France, per&#231;us comme plus d&#233;pendants de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las, la pratique n'a pas &#233;t&#233; &#224; la hauteur de ces beaux principes. On se doute que les acteurs politiques n'ont pas appr&#233;ci&#233; d'&#234;tre mis &#224; l'&#233;cart par les Alli&#233;s des instances de d&#233;cision de l'audiovisuel public. Ils n'eurent de cesse de chercher &#224; influencer, &#224; noyauter les organes de d&#233;cision, c'est-&#224;-dire les conseils de l'audiovisuel de l'ARD et le conseil de t&#233;l&#233;vision de ZDF. Les partis politiques dominants, SPD et CDU-CSU, les repr&#233;sentants du gouvernement ou du parlement des L&#228;nder (consid&#233;r&#233;s comme partie de l'&#201;tat) et m&#234;me l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral prennent une place pr&#233;pond&#233;rante au sein des conseils de l'audiovisuel, au point qu'un arr&#234;t du Tribunal constitutionnel de 2014 limite la place des partis &#224; un maximum d'un tiers des membres des conseils. Mais il ne semble pas que cela ait suffi &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me, car les autres repr&#233;sentants de la soci&#233;t&#233; civile aux conseils sont souvent associ&#233;s aux partis politiques. Le syst&#232;me r&#244;d&#233; des &#171; proporz &#187; perdure, o&#249; le SPD et la CDU/CSU se partagent les si&#232;ges de direction, ce qui a pour effet de r&#233;duire consid&#233;rablement l'influence de la soci&#233;t&#233; civile en tant que telle, et de marginaliser l'influence des autres forces politiques. Sans parler d'une certaine &lt;a href=&#034;https://uebermedien-de.translate.goog/74777/wen-vertreten-eigentlich-die-rundfunkraete-von-ard-und-zdf/?_x_tr_sl=de&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;s&#233;lectivit&#233; dans le choix par les parlements des &#171; groupes importants pour la soci&#233;t&#233; &#187;&lt;/a&gt;. Le sch&#233;ma d'ind&#233;pendance vis-&#224;-vis des partis et de l'&#201;tat serait plut&#244;t, selon Val&#233;rie Robert, un mythe professionnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Val&#233;rie Robert, La presse en France et en Allemagne. Une comparaison des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'emp&#234;che que le succ&#232;s des cha&#238;nes publiques est constant et suscite bien des convoitises. L'Alternative f&#252;r Deutschland (AfD), parti d'extr&#234;me droite en pleine ascension, souhaite leur privatisation (tout comme le RN en France) et le parti lib&#233;ral Freie Demokratische Partei (FDP), celle de la seule deuxi&#232;me cha&#238;ne. Une certaine usure d'un service public de quelque 70 ans, et quelques scandales aidant, notamment sur le montant des salaires et les abus de pouvoir des dirigeants, une r&#233;forme importante est en cours depuis plusieurs ann&#233;es : rationalisation, modernisation, num&#233;risation, coop&#233;ration, mais sa mise en &#339;uvre est assez laborieuse, &#233;tant donn&#233; le succ&#232;s persistant des cha&#238;nes publiques et la r&#233;sistance des L&#228;nder, peu tent&#233;s de c&#233;der sur leur comp&#233;tence m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Des m&#233;dias priv&#233;s ind&#233;pendants de l'&#201;tat mais r&#233;gul&#233;s&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Les m&#233;dias audiovisuels priv&#233;s allemands sont &#233;galement sous la surveillance d'une autorit&#233; de r&#233;gulation (Landesmedienanstalten) dans chaque Land, &#233;galement compos&#233;e de repr&#233;sentants de la soci&#233;t&#233; civile (de 30 &#224; 60 personnes) qui sont &#233;lus par le parlement du Land. Bien que ce soit souvent &#224; la majorit&#233; des deux tiers, le r&#244;le des partis peut &#234;tre ici important, comme dans le cas des conseils de l'audiovisuel. L'autorit&#233; de r&#233;gulation &#233;lit son pr&#233;sident qui est son repr&#233;sentant l&#233;gal pendant six ans. Au total, il existe 14 autorit&#233;s r&#233;gulatrices qui veillent au respect du pluralisme, &#224; l'affectation des stations de radio et des cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision, &#224; la protection des jeunes, etc. Ces autorit&#233;s sont n&#233;anmoins regroup&#233;es dans des commissions centrales, dont une est charg&#233;e sp&#233;cifiquement du contr&#244;le des concentrations : la KEK&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kommission zur Ermittlung der Konzentration im Medienbereich - Commission de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui s'ajoute &#224; l'autorit&#233; de la concurrence qui intervient en cas de rachats dans le secteur des m&#233;dias. Ces commissions centrales r&#233;unissent 6 pr&#233;sidents des autorit&#233;s r&#233;gionales des m&#233;dias &#233;lus par leurs pairs, et 6 experts des m&#233;dias, souvent des juristes, choisis par les pr&#233;sidents des L&#228;nder. &lt;i&gt;A priori&lt;/i&gt;, elles semblent tr&#232;s diff&#233;rentes d'une institution comme l'Arcom fran&#231;aise, organisme de composition tr&#232;s politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le coll&#232;ge de l'Arcom comprend neuf membres : trois d&#233;sign&#233;s par le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, charg&#233;e notamment du contr&#244;le des concentrations des m&#233;dias audiovisuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouverture des ondes au secteur priv&#233;, en 1986, a provoqu&#233; une forte mobilisation des groupes de presse tr&#232;s int&#233;ress&#233;s &#224; l'id&#233;e de se faire une place dans l'audiovisuel. Ceux qui &#233;ditent surtout de la presse quotidienne, d&#233;j&#224; fortement implant&#233;s localement, ont investi les entreprises radiophoniques &#224; vocation locale, tandis que les groupes de presse &#224; dominante de magazines, &#224; vocation nationale et plus sensibles &#224; l'image, ont plut&#244;t investi la t&#233;l&#233;vision&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Isabelle Bourgeois, &#171; Les m&#233;dias dans l'Allemagne unie. De l'unification (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Le dispositif de contr&#244;le des concentrations : le &#171; pouvoir d'opinion &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Comme pour la presse &#233;crite, la concentration des m&#233;dias audiovisuels allemands est limit&#233;e. Depuis 1976, des contr&#244;les interviennent pour des op&#233;rations de concentration dont les parties ont un chiffre d'affaires cumul&#233; inf&#233;rieur au 1/8e du plafond de 500 millions d'euros appliqu&#233; aux autres entreprises, soit 62,5 millions d'euros (2021). C'est moiti&#233; moins de ce qui est exig&#233; pour les op&#233;rations des entreprises de presse. Cette disposition, plus restrictive que pour la presse &#233;crite, s'inscrit dans une &#233;valuation de ce que les Allemands appellent le &#171; pouvoir d'opinion &#187;, plus important selon eux dans les m&#233;dias audiovisuels que dans la presse, et de ce fait &#224; contr&#244;ler davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi fran&#231;aise pr&#233;voit des seuils de concentration par type de m&#233;dia, presse, radio, t&#233;l&#233;vision. Ces seuils ne sont pas tr&#232;s contraignants, &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Une-legislation-contre-ou-pour-la-concentration&#034;&gt;c'est le moins qu'on puisse dire&lt;/a&gt;. Par exemple, un seul propri&#233;taire ne peut poss&#233;der que 49 % maximum d'une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision dont l'audience d&#233;passe 8 %, sans limite sup&#233;rieure. En Allemagne c'est la limite de 30 % d'audience qu'un seul propri&#233;taire de cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision ne peut pas d&#233;passer. Mais de plus, et c'est l&#224; toute l'originalit&#233; du syst&#232;me allemand, cette audience est calcul&#233;e sur l'ensemble des int&#233;r&#234;ts m&#233;diatiques dudit propri&#233;taire, tous types confondus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, en 2006, lorsque le groupe Springer a voulu acqu&#233;rir le groupe audiovisuel P7S1, la KEK a refus&#233; le rachat : en additionnant les parts d'audience du groupe Springer dans la presse &#233;crite (notamment le &lt;i&gt;Bild&lt;/i&gt;) et les parts d'audience t&#233;l&#233;visuelles du groupe P7S1, la fusion des deux groupes aurait repr&#233;sent&#233; une part d'audience de 42%, sup&#233;rieure au seuil maximal de 30 % d&#233;fini dans l'accord entre les L&#228;nder. La KEK a ainsi &#233;valu&#233; le &#171; pouvoir d'opinion &#187; total du groupe en prenant en compte les diff&#233;rents types de m&#233;dias d&#233;tenus, ici presse et TV (concentration horizontale)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La concentration des m&#233;dias &#187;, &#201;tude de l&#233;gislation compar&#233;e n&#176;302, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais elle peut aussi, du fait de l'importante marge d'appr&#233;ciation qui lui est laiss&#233;e, prendre en compte tout &#171; march&#233; li&#233; aux m&#233;dias &#187; y compris en amont et en aval de la cha&#238;ne de production ou de distribution de programmes (concentration verticale) ou encore ses &#233;ventuelles participations dans des soci&#233;t&#233;s avec lesquelles elle n'a pas de relations client-fournisseur (concentration diagonale). En France, en revanche, aucune loi n'aurait emp&#234;ch&#233; une telle fusion : la seule qui r&#232;glemente les concentrations horizontales pluri-m&#233;dias (la r&#232;gle dite des &#171; deux sur trois &#187;) d&#233;finit des seuils tellement &#233;lev&#233;s qu'elle n'emp&#234;che aucune concentration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le rachat de M6 par TF1 aurait port&#233; l'audience cumul&#233;e des deux cha&#238;nes &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre disposition originale de la loi allemande en faveur du pluralisme : la r&#232;gle des &#171; tiers ind&#233;pendants &#187; (Drittanbieter). Lorsqu'une entreprise de m&#233;dias d&#233;tenant une cha&#238;ne g&#233;n&#233;raliste ou sp&#233;cialis&#233;e d&#233;tient une part d'audience annuelle de plus de 10 %, elle doit accorder, &#224; ses frais, un temps d'antenne &#224; des tiers ind&#233;pendants, c'est-&#224;-dire d'autres groupes audiovisuels qui ont une audience faible. Cette &#171; fen&#234;tre &#187; ne peut &#234;tre inf&#233;rieure &#224; 260 minutes dont 75 &#224; une heure de grande &#233;coute (entre 19h et 23h30). Des programmes r&#233;gionaux sont &#233;ligibles &#224; ces fen&#234;tres &#224; raison de 150 minutes par semaine. Actuellement, ces fen&#234;tres sont ouvertes par RTL, P7S1, et Vox (filiale de RTL). Bien s&#251;r, cette disposition a fait l'objet de vives protestations, mais elle a fonctionn&#233; et fonctionne toujours, m&#234;me si on peut trouver contestable que RTL diffuse ainsi Spiegel.tv, alors que le propri&#233;taire de RTL, Bertelsmann, l'est aussi en partie (&#224; 25 %) de Spiegel.tv. Il n'emp&#234;che que le dispositif permet &#224; des programmes de petites cha&#238;nes et de cha&#238;nes r&#233;gionales de toucher un large public.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Transparence sur la concentration des m&#233;dias&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Les autorit&#233;s r&#233;gulatrices des L&#228;nder publient conjointement, tous les trois ans, un rapport sur le d&#233;veloppement de la concentration dans les m&#233;dias et sur les mesures visant &#224; assurer le pluralisme dans l'audiovisuel priv&#233;. Pour ce faire, elles tracent pr&#233;cis&#233;ment les structures de propri&#233;t&#233; des groupes de m&#233;dias dans une &lt;a href=&#034;https://www.kek-online.de/mediendatenbank#/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;base de donn&#233;es publique&lt;/a&gt; &#8211; tout changement devant obligatoirement leur &#234;tre notifi&#233; &#8211; puis elles calculent un &#171; pouvoir d'opinion &#187; pour chaque groupe en agr&#233;geant les parts d'audience des diff&#233;rents m&#233;dias d&#233;tenus, pond&#233;r&#233;es par le poids du support (TV, radio, presse&#8230;) dans l'influence sur l'opinion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce poids est &#233;valu&#233; chaque ann&#233;e par la KEK sur la base de questionnaires et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Enfin, un &lt;a href=&#034;https://medienvielfaltsmonitor.de/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tableau de bord de la concentration des m&#233;dias&lt;/a&gt; est mis &#224; jour r&#233;guli&#232;rement pour permettre &#224; quiconque de suivre graphiquement la plupart des groupes et des m&#233;dias, leurs d&#233;tenteurs, leurs pouvoirs d'opinion respectifs... Bref, un travail comparable, moins beau graphiquement mais plus d&#233;taill&#233;, &#224; celui que font &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; et Acrimed avec la carte &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Medias-francais-qui-possede-quoi&#034;&gt;&#171; M&#233;dias fran&#231;ais, qui poss&#232;de quoi ? &#187;&lt;/a&gt;, est r&#233;alis&#233; outre-Rhin par des autorit&#233;s publiques mandat&#233;es pour cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On notera que l'&#233;valuation du &#171; pouvoir d'opinion &#187;, m&#234;me si son calcul est relativement complexe, est tout &#224; fait pertinente pour mesurer l'influence, non pas d'un ou plusieurs m&#233;dias, mais d'un groupe m&#233;diatique entier, avec toutes ses ramifications. Ce que le dispositif fran&#231;ais ne permet de toute &#233;vidence pas.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_16267 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/allemagne1.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH172/allemagne1-e0362.png?1776675496' width='500' height='172' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_16266 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH489/allemagne2-25727.png?1776675496' width='500' height='489' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Selon le crit&#232;re du &#171; pouvoir d'opinion &#187;, tous m&#233;dias confondus, les dix plus gros groupes de m&#233;dias concourent pour 64,8 % &#224; la formation de l'opinion allemande. Dans l'ordre : ARD (20,3%), Bertelsmann (11 %), ZDF (7,4%), Springer (6,8%), P7S1 (5,1%), Burda (3,5%), Funke (3,1 %), Madsack (2,9%), Medien Union (2,4%) et Bauer (2,3). Soit 27,7 % pour le public et 37,1 pour le priv&#233;. Ainsi, les m&#233;dias hors des dix groupes majeurs contribuent-ils pour 35,2 % &#224; la formation de l'opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, la concentration des m&#233;dias priv&#233;s est du m&#234;me ordre en Allemagne qu'en France dans le domaine de la presse, c'est-&#224;-dire tr&#232;s forte ; elle est inf&#233;rieure en Allemagne dans l'audiovisuel, surtout dans la radio, o&#249; elle est relativement faible, et aussi dans la t&#233;l&#233;vision, &#224; un degr&#233; moindre, alors que le service public de la radio et de la t&#233;l&#233;vision attire plus de la moiti&#233; de l'audience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Jean P&#233;r&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Annexe : Panorama des concentrations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;- Concentrations dans la radio&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Medienvielfaltsmonitor (Moniteur du pluralisme des m&#233;dias).&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela donne, pour la radio, un grand &#233;parpillement des unit&#233;s de diffusion et des propri&#233;taires, parmi lesquels on retrouve les Springer, Madsack, Funke, SWMH (S&#252;dwestdeutsche Medien Holding), etc., mais chacun pour un pourcentage minime de la diffusion (entre 0,8 et 2%) domin&#233;e, rappelons-le, &#224; plus de 50 % par le groupe public r&#233;gional ARD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus gros propri&#233;taire priv&#233; &#224; ce jour est le groupe Regiocast (6,5 %), qui poss&#232;de 4 radios et participe &#224; une douzaine d'autres dans divers L&#228;nder. Ses principaux actionnaires viennent du &lt;i&gt;Nouveau journal d'Osnabr&#252;ck&lt;/i&gt; (Basse Saxe) et sont accompagn&#233;s d'une flop&#233;e de petits actionnaires parmi lesquels on retrouve les grands groupes de presse ou leurs propri&#233;taires &#224; titre individuel. Le deuxi&#232;me groupe est Bertelsmann (5,1 %), et le troisi&#232;me M&#252;ller Medien (4,7 %), groupe familial fortement implant&#233; en Bavi&#232;re et en Autriche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La radio la plus importante est Radio NRW de la Rh&#233;nanie du Nord-Westphalie (6 % de l'audience), qui alimente 45 stations de radio du Land. Son actionnaire principal &#224; 59 % est Pressefunk Nordrhein Westfalie, lui-m&#234;me poss&#233;d&#233; par le groupe Funke (21,7 %) suivi de Springer (12,4 %) suivi de DuMont Schauberg (9,9 %), et parmi les petits actionnaires, on retrouve la soci&#233;t&#233; d'&#233;dition du SPD ; son deuxi&#232;me actionnaire est RTL, c'est-&#224;-dire Bertelsmann, &#224; 12,6 %. Radio NRW poss&#232;de aussi, avec Antenne NRW, elle-m&#234;me filiale &#224; 100 % d'Antenne Bayern Gmbh, soci&#233;t&#233; bavaroise, une radio priv&#233;e diffus&#233;e sur tout le pays : NRW1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la partie priv&#233;e du paysage radiophonique allemand, les 4 premiers groupes (Regiocast, Bertelsmann, M&#252;ller, Nordwest Medien) occupent 19,2 % de l'audience, soit bien moins que les 4 premiers fran&#231;ais qui en recueillent 46 %. Le paysage radiophonique priv&#233; allemand, relativement peu concentr&#233; en lui-m&#234;me, peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une extension des groupes de presse, surtout quotidienne, dont la pr&#233;sence se manifeste par une v&#233;ritable toile d'araign&#233;e de participations crois&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;- Concentrations dans la t&#233;l&#233;vision&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. pour les donn&#233;es d'audience : Medienvielfaltsmonitor (Moniteur du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de la t&#233;l&#233;vision, le 1er janvier 1984, sous l'impulsion de la CDU (parti d&#233;mocrate chr&#233;tien) et du chancelier Kohl, la premi&#232;re t&#233;l&#233;vision priv&#233;e, SAT1, est cr&#233;&#233;e par une association d'une dizaine de groupes de presse, et surnomm&#233;e pour cela &#171; La cha&#238;ne des patrons de presse &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Mousseau, &#171; La t&#233;l&#233;vision en R&#233;publique f&#233;d&#233;rale d'Allemagne &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On y reconna&#238;t, entre autres, Springer, Burda, Holzbrinck, Bauer, Funke. Mais le SPD, partisan du monopole public, bloque la cha&#238;ne dans les L&#228;nder o&#249; il domine. En retour, la CDU bloque la perception de la redevance dans ses L&#228;nder. Situation pour le moins tendue, d'autant plus qu'&#224; la concurrence public-priv&#233; et SPD-CDU s'ajoute celle entre groupes priv&#233;s avec la diffusion d&#232;s le 2 janvier 1984 (lendemain du lancement de la premi&#232;re), d'une deuxi&#232;me chaine priv&#233;e, RTL+, cha&#238;ne luxembourgeoise &#233;mettant en Allemagne, dont Bertelsmann poss&#232;de 40 % des actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux cha&#238;nes priv&#233;es, SAT1 et RTL+, tr&#232;s d&#233;ficitaires dans les premiers temps, se disputent farouchement les canaux analogiques distribu&#233;s par la Bundespost, et les opportunit&#233;s ouvertes par le satellite et le plan c&#226;ble, alors que les foyers allemands s'&#233;quipent en r&#233;cepteurs de t&#233;l&#233;vision. La Convention d'&#201;tat pour la r&#233;organisation des m&#233;dias, sign&#233;e en 1986 par les repr&#233;sentants des 11 L&#228;nder apaise les tensions en r&#233;partissant les canaux entre les cha&#238;nes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jaques Mousseau, op. cit., p. 97.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais la guerre continue de faire rage dans le secteur priv&#233;, principalement entre les deux dominants, Bertelsmann et Springer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode de 1987 &#224; 2002 o&#249; sera mise en place la t&#233;l&#233;vision que nous connaissons aujourd'hui, sera domin&#233;e par l'ascension et la chute de L&#233;o Kirch, surnomm&#233; le &#171; nouvel Hugenberg &#187;, que nous avons &#233;voqu&#233;es &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/De-Kirch-a-Springer-Partie-de-bonneteau-dans-les-medias-allemands&#034;&gt;dans un article pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt;, en raison de l'immensit&#233; de son empire m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es qui suivent sont marqu&#233;es par l'&#233;chec de Springer, qui r&#234;vait d'un groupe de m&#233;dias associant presse et t&#233;l&#233;vision. Sa tentative de racheter la deuxi&#232;me cha&#238;ne priv&#233;e, ProSiebenSat1, ex propri&#233;t&#233; de Kirch, a &#233;t&#233; retoqu&#233;e par la Commission de contr&#244;le des concentrations (KEK) en 2005 pour la raison que cette cha&#238;ne lui aurait conf&#233;r&#233; une position dominante. Par la suite, cette deuxi&#232;me cha&#238;ne priv&#233;e, apr&#232;s un parcours chaotique entre fonds d'investissement anglais et am&#233;ricains, tombe en 2014 dans les bras de Berlusconi et sa soci&#233;t&#233; Mediaset. Laquelle, rebaptis&#233;e MediaForEurope (MFE) en 2021, devient l'actionnaire principal de la cha&#238;ne avec 29,9 % du capital. MFE ambitionne de devenir un acteur europ&#233;en capable d'affronter les Gafam, notamment Netflix et Amazon. Avec 7 041 salari&#233;s (2024), P7S1 affiche un CA de 3,9 milliards d'euros (2024).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au groupe Bertelsmann, apr&#232;s son &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Le-groupe-Bertelsmann-659&#034;&gt;d&#233;veloppement dans plusieurs domaines&lt;/a&gt;, &#233;dition, librairie (France Loisirs), musique (Ariola), presse magazine et quotidienne (Gr&#252;ner + Jahr), cin&#233;ma (UFA), en 1997 il fusionne sa filiale l'UFA Film avec la Compagnie Luxembourgeoise de T&#233;l&#233;diffusion (CLT), dont il est devenu l'actionnaire principal. Ensuite, la fusion de CLT-UFA avec l'anglais Pearson TV en 2000 marque le d&#233;but de RTL Group. Malgr&#233; la crise d'endettement qui frappe les entreprises de m&#233;dias au d&#233;but des ann&#233;es 2000 (pour rappel, Vivendi et Kirch se sont effondr&#233;s en 2002), Bertelsmann, alors qu'il prend des &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Bertelsmann-recentrages-de-2003-2004&#034;&gt;mesures de sauvegarde de son empire&lt;/a&gt;, continue de monter au capital de RTL Group. En 2013, ses parts s'&#233;l&#232;vent &#224; 75,1 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant l'exercice 2019, RTL Group a r&#233;alis&#233; un chiffre d'affaires de 6,7 milliards d'euros pour un b&#233;n&#233;fice de 1,1 milliard d'euros. Les recettes proviennent essentiellement de la publicit&#233; (44 % t&#233;l&#233;vision, 4 % radio), des productions audiovisuelles (22 %), des activit&#233;s num&#233;riques (16 %) et des plateformes (6 %). RTL Group a r&#233;alis&#233; 32 % de son chiffre d'affaires en Allemagne, 22 % en France, 16 % aux &#201;tats-Unis, 8 % aux Pays-Bas, 4 % en Grande-Bretagne et 3 % en Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Springer doit se contenter de deux cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision, Welt et N24 r&#233;alisant respectivement 0,1 et 0,3 % d'audience, alors que Bertelsmann et Berlusconi dominent largement la t&#233;l&#233;vision priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux groupes publics ARD et ZDF, ainsi que les groupes priv&#233;s Bertelsmann (RTL) et P7S1 sont les principaux groupes de t&#233;l&#233;vision du pays. &#192; eux quatre, ils d&#233;tiennent 88 % des parts d'audience de la t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux groupes priv&#233;s, Bertelsmann-RTL et P7S1 d&#233;tiennent &#224; eux seuls 36,9 % de l'audience TV (contre 39,6 % en France pour Bouygues et Bertelsmann-M6). Tandis qu'en Allemagne, 5 groupes priv&#233;s d&#233;tiennent 45,4 % des audiences des cha&#238;nes g&#233;n&#233;ralistes, ils en d&#233;tiennent 56,2 % en France. On constate donc une forte concentration des m&#233;dias audiovisuels priv&#233;s dans les deux pays, et plus accentu&#233;e en France.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans Isabelle Bourgeois, &#171; &lt;a href=&#034;https://shs.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2009-2-page-29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La t&#233;l&#233;vision allemande, une ind&#233;pendance structurelle&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Temps des M&#233;dias&lt;/i&gt;, n&#176;13, hiver 2009-2010, p. 29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Klaus Wenger, &lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/mat_0769-3206_1999_num_55_1_405735&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La radio, une contribution &#224; la culture politique &#187;&lt;/a&gt;, in &lt;i&gt;Mat&#233;riaux pour l'histoire de notre temps&lt;/i&gt;, n&#176;55-56, 1999, p. 78-82.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Arbeitsgemeinschaft der Rundfunkanstalten der BRD - Communaut&#233; de travail des organismes radiophoniques de la RFA.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Zweites Deutsches Fernsehen.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Klaus Wenger, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;220 euros par an ; France : 138 euros en 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour l'Allemagne : &lt;a href=&#034;https://medienvielfaltsmonitor.de/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Medienvielfaltsmonitor&lt;/a&gt; ; pour la France : &lt;a href=&#034;https://www.mediametrie.fr/system/files/2024-12/2024%2012%2030%20M%C3%A9diamat%20annuel%202024.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;diam&#233;trie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La publicit&#233; est interdite sur les cha&#238;nes publiques &#224; partir de 20h, ainsi que les dimanches et jours f&#233;ri&#233;s, et limit&#233;e &#224; 20 minutes par jour. Contrairement &#224; la pratique fran&#231;aise, les parrainages sont &#233;galement interdits.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Isabelle Bourgeois, op. cit., p. 31.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple, le mouvement &lt;a href=&#034;https://www-lsvd-de.translate.goog/de/ct/4742-Sitz-fuer-LSBTIQ-in-Rundfunkraeten-und-Medienanstalten?_x_tr_sl=de&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;LGBTQI est repr&#233;sent&#233; dans plusieurs conseils&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Val&#233;rie Robert, &lt;i&gt;La presse en France et en Allemagne. Une comparaison des syst&#232;mes&lt;/i&gt;, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kommission zur Ermittlung der Konzentration im Medienbereich - Commission de contr&#244;le de la concentration dans le domaine des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le coll&#232;ge de l'Arcom comprend neuf membres : trois d&#233;sign&#233;s par le pr&#233;sident du S&#233;nat, trois par le pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e nationale, deux respectivement par le Conseil d'&#201;tat et la Cour de cassation, tandis que son pr&#233;sident est nomm&#233; directement par le pr&#233;sident de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Isabelle Bourgeois, &#171; &lt;a href='https://www.acrimed.org/journals.openedition.org/rea/4191'&gt;Les m&#233;dias dans l'Allemagne unie. De l'unification d&#233;mocratique &#224; la normalisation du march&#233;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Regards sur l'&#233;conomie allemande&lt;/i&gt;, n&#176;98-99, 2010, p. 63-78.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.senat.fr/lc/lc302/lc3022.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La concentration des m&#233;dias&lt;/a&gt; &#187;, &#201;tude de l&#233;gislation compar&#233;e n&#176;302, juillet 2022, S&#233;nat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le rachat de M6 par TF1 aurait port&#233; l'audience cumul&#233;e des deux cha&#238;nes &#224; 37,5 %, et encore davantage en comptant les autres cha&#238;nes des deux groupes sur la TNT. Mais du moment que le nouveau propri&#233;taire, TF1, n'eut poss&#233;d&#233; que moins de 49 % du capital de la nouvelle cha&#238;ne, l'Arcom n'aurait rien eu &#224; dire. C'est l'Autorit&#233; de la concurrence qui a oppos&#233; son v&#233;to pour entrave &#224; la concurrence sur le terrain publicitaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce poids est &#233;valu&#233; chaque ann&#233;e par la KEK sur la base de questionnaires et fait l'objet d'un rapport d&#233;di&#233;. En 2024, il est &#233;valu&#233; &#224; l'&#233;chelle nationale &#224; : 35 % pour les sites d'informations en ligne, 28 % pour la t&#233;l&#233;vision, 17 % pour la radio, 16 % pour la presse quotidienne, et 4 % pour les magazines (chiffres arrondis au plus proche).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;a href=&#034;https://medienvielfaltsmonitor.de/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Medienvielfaltsmonitor (Moniteur du pluralisme des m&#233;dias)&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. pour les donn&#233;es d'audience : &lt;a href=&#034;https://medienvielfaltsmonitor.de/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Medienvielfaltsmonitor (Moniteur du pluralisme des m&#233;dias)&lt;/a&gt; pour l'Allemagne et &lt;a href=&#034;https://www.mediametrie.fr/system/files/2024-12/2024%2012%2030%20M%C3%A9diamat%20annuel%202024.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;diam&#233;trie&lt;/a&gt; pour la France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Mousseau, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/colan_0336-1500_1988_num_77_1_1058&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La t&#233;l&#233;vision en R&#233;publique f&#233;d&#233;rale d'Allemagne&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Communication et langages&lt;/i&gt;, n&#176;77, 3&#232;me trimestre 1988, p. 94.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jaques Mousseau, op. cit., p. 97.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La concentration des m&#233;dias en Allemagne : la presse &#233;crite (2/4)</title>
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		<dc:date>2025-11-10T11:21:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean P&#233;r&#232;s</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Deuxi&#232;me partie.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-En-Allemagne-" rel="directory"&gt;M&#233;dias en Allemagne&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH101/concentrationallemagne-24772.png?1776675496' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;centralisation, ind&#233;pendance vis-&#224;-vis des groupes industriels et de l'&#201;tat : le paysage m&#233;diatique allemand permet, par comparaison, de montrer que la situation fran&#231;aise n'est pas une fatalit&#233;. Mais est-ce pour autant un mod&#232;le &#224; suivre ? On fait le point. Cette deuxi&#232;me partie se focalise sur le cas de la presse &#233;crite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le march&#233; de la presse allemande est &#224; tous points de vue beaucoup plus important que le march&#233; fran&#231;ais. Il est le cinqui&#232;me mondial et le premier europ&#233;en. On y compte 319 journaux quotidiens (78 en France) avec un tirage de 12 millions d'exemplaires (7 millions en France). Le r&#233;seau de distribution est le plus dense du monde avec 116 000 points de vente (20 000 en France)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Val&#233;rie Robert, La presse en France et en Allemagne. Une comparaison des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les cinq plus gros groupes de presse figurent parmi les plus prosp&#232;res du monde avec des chiffres d'affaires d&#233;passant le milliard d'euros, alors que le premier groupe fran&#231;ais, le groupe Sipa Ouest-France, affiche en 2022 un CA de 560 millions d'euros. Les magazines allemands ne sont pas en reste, plus nombreux, plus lus et plus rentables que leurs homologues fran&#231;ais, surtout en mati&#232;re d'information politique et g&#233;n&#233;rale, avec des publications comme &lt;i&gt;Der Spiegel&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Die Zeit&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Val&#233;rie Robert, op. cit., p. 103-110.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journaux allemands b&#233;n&#233;ficient d'une forte adh&#233;sion de la population &#224; la presse papier et aux informations r&#233;gionales. De plus, la grande majorit&#233; des lecteurs sont abonn&#233;s (91 % contre 46 % en France) et re&#231;oivent leur quotidien &#224; domicile par portage, ce qui assure une grande souplesse de gestion aux entreprises de presse et un glissement plus facile vers un abonnement &#224; la version num&#233;rique lorsque celui-ci est propos&#233;. Ainsi, sur de telles bases, si la presse allemande conna&#238;t, comme les autres, une crise tr&#232;s importante depuis deux d&#233;cennies, elle r&#233;siste mieux. Bien que les ventes de journaux aient &#233;t&#233; &lt;a href=&#034;https://www.media-perspektiven.de/fileadmin/user_upload/media-perspektiven/pdf/2022/2206_Roeper.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;divis&#233;es par deux en 27 ans (1995-2022)&lt;/a&gt;, elles restent tr&#232;s sup&#233;rieures &#224; celles des autres pays europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;L'apr&#232;s-guerre et le retour des collaborateurs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&#192; l'issue de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, les journaux fran&#231;ais qui avaient collabor&#233;, c'est-&#224;-dire la grande majorit&#233; d'entre eux, furent mis sous s&#233;questre et remplac&#233;s par les journaux de la R&#233;sistance. Le programme allemand &#233;tait comparable : &#171; &lt;i&gt;Quiconque s'&#233;tait politiquement compromis depuis 1933 ne devait plus jouer de r&#244;le dans la presse et, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, m&#234;me les noms de journaux en usage avant 1933 ne furent pas r&#233;admis. On voulait voir agir des noms enti&#232;rement nouveaux et des hommes neufs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Erhard Becker, &#171; La presse allemande depuis 1945 &#187; in Henri M&#233;nudier, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Sous s&#233;questre &#233;galement, les journaux allemands furent attribu&#233;s par les puissances occupantes sous forme de licences accord&#233;es &#224; des individus non compromis avec le nazisme. Les Alli&#233;s contr&#244;laient, chacun &#224; leur fa&#231;on, les publications, tout en &#233;ditant aussi leurs propres journaux, dont certains continu&#232;rent de para&#238;tre par la suite (&lt;i&gt;Die Welt&lt;/i&gt;, notamment, cr&#233;&#233; par les Britanniques). &#192; la fin 1948, il y avait ainsi 140 journaux tir&#233;s &#224; 14 millions d'exemplaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Erhard Becker, op. cit.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1949, les contr&#244;les cess&#232;rent et la libert&#233; de la presse fut r&#233;tablie, ouvrant la voie &#224; 400 publications suppl&#233;mentaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Erhard Becker, op. cit.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parmi elles, nombre de journaux d'avant-guerre, compromis avec le nazisme, refirent surface. Certains d'entre eux avaient surv&#233;cu &#224; la fin de la guerre, gr&#226;ce notamment aux lucratives petites annonces, mais surtout la plupart des imprimeries demeuraient leur propri&#233;t&#233;, leur conf&#233;rant, en ces temps de fortes difficult&#233;s &#233;conomiques, un avantage substantiel sur leurs concurrents. D'autant qu'&#224; la fin des ann&#233;es 1940, la lutte contre les r&#233;sidus du nazisme c&#233;dait peu &#224; peu le pas, sur le plan id&#233;ologique, &#224; la lutte contre le communisme sovi&#233;tique, inaugurant la guerre froide&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Allemagne de l'ouest : naissance d'une presse &#034;alternative&#034; contre les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'o&#249; un certain laxisme vis-&#224;-vis des ex-collaborateurs. Quant &#224; la zone occup&#233;e par les sovi&#233;tiques, le contr&#244;le centralis&#233; de la presse passa sans transition des nazis aux nouvelles autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;80 ans apr&#232;s, on constate que les d&#233;tenteurs des 10 plus importants groupes de presse furent (eux-m&#234;mes ou leurs a&#239;eux) membres du NSDAP, le parti nazi, parfois &#224; des postes importants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Axel Springer, qui passe pour un des moins compromis, et qui fut un des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou bien ont particip&#233; &#224; la propagande du r&#233;gime&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pareillement en France : on pense &#224; Prouvost, au trust Hachette, et surtout (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En 2006, la plus vieille maison d'&#233;dition allemande, DuMont Schauberg, a d&#233;fray&#233; la chronique en devenant actionnaire du journal isra&#233;lien &lt;i&gt;Haaretz&lt;/i&gt;, le propri&#233;taire du groupe &#233;tant le fils d'un z&#233;l&#233; nazi. On constate ainsi, &#224; partir de 1949, un retour en force des &lt;a href=&#034;https://de-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Altverleger?_x_tr_sl=de&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;anciens propri&#233;taires de journaux&lt;/a&gt;, voire anciens partisans des nazis, par un de ces retournements dont la classe dominante a le secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es suivantes, les concentrations dans la presse, comme dans l'ensemble de l'&#233;conomie allemande (au cours de ce que l'on a appel&#233; &#171; le miracle &#233;conomique &#187;), se feront &#224; un rythme quasi continu jusqu'&#224; l'ann&#233;e 1976. Selon Manfred K&#246;tterheinrich&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Manfred K&#246;tterheinrich, &#171; Die Konzentration in der deutschen Presse &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d&#233;j&#224; entre 1954 et 1964 le nombre de quotidiens passe de 1 500 &#224; 1 409 et celui des r&#233;dactions autonomes de 225 &#224; 185.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Les r&#233;dactions autonomes de moins en moins nombreuses&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Une bonne mesure de la concentration des journaux et de ses effets sur le pluralisme r&#233;side dans l'&#233;valuation du nombre de r&#233;dactions autonomes. Par &#171; r&#233;daction autonome &#187;, on entend une r&#233;daction qui couvre par ses propres journalistes l'ensemble des rubriques d'un journal. Les journaux achet&#233;s sont la plupart du temps priv&#233;s de la couverture des questions de politique nationale et internationale, qui leur est livr&#233;e pour ainsi dire &#171; cl&#233; en main &#187; par le groupe propri&#233;taire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ce qu'on appelle la &#171; matrice &#187; dans les ann&#233;es 1950 ou le &#171; manteau &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et se voient cantonn&#233;s aux actualit&#233;s locales, avec nombre de licenciements &#224; la cl&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cas limite de cette tendance, le Westfalische Rundschau a vu sa r&#233;daction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. M&#234;me ind&#233;pendants &#233;conomiquement, de nombreux journaux ach&#232;tent &#224; d'autres les articles de politique g&#233;n&#233;rale, ne gardant qu'une r&#233;daction locale. Un pluralisme de fa&#231;ade peut ainsi cacher de fortes concentrations internes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andrea Czepek d&#233;finit les diff&#233;rentes modalit&#233;s de cette perte d'autonomie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre de r&#233;dactions autonomes en Allemagne a chut&#233; de moiti&#233; entre 1954 et 1976, p&#233;riode de fortes concentrations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Allemagne de l'ouest : naissance d'une presse &#034;alternative&#034; contre les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En 1976, pour y mettre un frein, notamment dans la Ruhr o&#249; le &lt;i&gt;Westdeutsche allgemeine Zeitung&lt;/i&gt; (WAZ) venait d'acheter de nombreux journaux, le gouvernement social-d&#233;mocrate modifie la loi sur les concentrations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#232;gles anti-concentration dans la presse allemande sont, comme en France, celles du droit commun de la concurrence. Dans les deux pays, l'autorit&#233; de la concurrence n'intervient que si les chiffres d'affaires cumul&#233;s des entreprises concern&#233;es sont sup&#233;rieurs &#224; un certain plafond : 150 millions d'euros pour la France, 500 millions pour l'Allemagne. Au-dessus de ce chiffre, c'est l'office des cartels (Bundeskartellamt) qui v&#233;rifie que le projet d'achat ne met pas une entreprise de presse en position dominante, voire de monopole, dans la ville ou la r&#233;gion concern&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la loi allemande contient depuis 1976 une disposition sp&#233;cifique &#224; la presse : le plafond de chiffre d'affaires pris en compte, pour les entreprises de presse, est divis&#233; par 20. D'o&#249; une multiplication des contr&#244;les &#224; partir de cette date et une baisse sensible des concentrations pendant les ann&#233;es 1980 et 1990, &#224; l'exception notoire de la phase de r&#233;unification, au cours de laquelle les groupes de presse de l'ouest achet&#232;rent la plupart de ceux de l'est. On notera au passage que la r&#233;gulation par le plafond de chiffre d'affaires est un puissant moyen de contr&#244;le des concentrations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en 1981, le projet de rachat du plus important groupe du pays (Springer) par le deuxi&#232;me (Burda), qui aurait conduit ce dernier &#224; une position ultra-dominante, a &#233;t&#233; retoqu&#233; par le Kartellamt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Val&#233;rie Robert, op.cit., p. 60.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour la m&#234;me raison, le projet de vente, en 2004, du &lt;i&gt;Berliner Verlag&lt;/i&gt; &#224; Holzbrinck, un tr&#232;s important groupe de presse, &lt;a href=&#034;https://de-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Berliner_Verlag?_x_tr_sl=de&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;a &#233;t&#233; refus&#233;&lt;/a&gt;. Exceptionnellement, si l'existence de l'entreprise rachet&#233;e est menac&#233;e, l'achat peut &#234;tre autoris&#233;, m&#234;me s'il met l'acheteur en position dominante. C'est ainsi que la &lt;i&gt;Frankfurter Allgemeine Zeitung&lt;/i&gt; (FAZ) &lt;a href=&#034;https://de-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Frankfurter_Rundschau?_x_tr_sl=de&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;a pu racheter&lt;/a&gt; le &lt;i&gt;Frankfurter Rundschau&lt;/i&gt; en 2013, bien que cela l'ait plac&#233;e en position dominante dans le Land de Hesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite aux mesures anti-concentrations, la baisse du nombre de r&#233;dactions autonomes a ralenti. Mais la crise &#233;conomique que subit la presse dans les ann&#233;es 2000, notamment sur le terrain publicitaire, va provoquer, sous la pression des gros &#233;diteurs, une lib&#233;ralisation croissante des concentrations. Le plafond de CA n'est plus divis&#233; que par 10 en 2005, puis 8 en 2013, et enfin 4 en 2021. C'est &#224; cette p&#233;riode que, selon Val&#233;rie Robert, &#171; &lt;i&gt;les groupes de journaux qui changent de mains sont de plus en plus gros, et [que] la presse suprar&#233;gionale n'est plus &#233;pargn&#233;e&lt;/i&gt; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Val&#233;rie Robert, op. cit., p. 65.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Une presse fortement concentr&#233;e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Beaucoup plus prosp&#232;re que la fran&#231;aise, la presse allemande &#233;tait paradoxalement moins concentr&#233;e jusqu'&#224; une p&#233;riode r&#233;cente. Selon une &#233;valuation de Val&#233;rie Robert&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 61-63 et 72-73.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; portant sur l'ann&#233;e 2010, les dix premiers groupes de presse quotidienne allemands r&#233;alisaient 59 % de la diffusion totale, contre 84 % pour les dix premiers fran&#231;ais. Ces dix premiers groupes d&#233;tenaient 37 % des titres de presse en Allemagne, contre 76 % en France. Pour les magazines, la chercheuse compte, en 2010, que les 5 premiers groupes de presse repr&#233;sentent dans les deux pays 65 % de la diffusion totale, avec une concentration plus intense en France, puisqu'il y a deux fois moins de titres qu'en Allemagne. Mais, selon le Medienvielfalt monitor&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Observatoire du pluralisme, qui publie chaque ann&#233;e des donn&#233;es actualis&#233;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, entre 2010 et 2024 la presse allemande a continu&#233; de se concentrer pour atteindre 87 % de la diffusion totale pour les 10 premiers groupes, et 73,5 % pour les 5 premiers groupes de magazines. Bien que plus diverse, la presse allemande est d&#233;sormais aussi concentr&#233;e que la fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effet de cette concentration, la presse quotidienne allemande est en position de monopole dans un nombre de plus en plus important de villes et de L&#228;nder&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour rappel, en France, le monopole r&#233;gional est la r&#232;gle, &#224; de rares (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Particuli&#232;rement dans l'ancienne RDA, o&#249; les journaux du parti socialiste unifi&#233; (SED) furent achet&#233;s dans les premi&#232;res ann&#233;es 1990 par les groupes de presse de l'ouest, perp&#233;tuant ainsi un monopole&#8230; devenu capitaliste. Comme le dit Michael Haller, journaliste et chercheur : &#171; &lt;i&gt;C'est l'une des n&#233;gligences des hommes politiques ayant men&#233; la r&#233;unification &#224; bien de ne pas avoir pluralis&#233; les structures monopolistiques de l'&#233;poque de la RDA, les confirmant au contraire en appliquant les conditions de l'&#233;conomie de march&#233;. La cons&#233;quence est que, aujourd'hui, presque tous les journaux r&#233;gionaux des nouveaux L&#228;nder sont des monopoles.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michael Haller, &#171; La presse en Allemagne &#187;, Communication &amp; Langages, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ce faisant, les journaux de l'est se greffaient sur une tendance d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre &#224; l'ouest depuis de longues ann&#233;es. Car dans l'&#233;conomie de march&#233; endogame de la presse allemande, la seule solution, toute relative, &#224; la crise de la presse r&#233;side dans les concentrations, qui permettent de r&#233;duire les co&#251;ts par des &#233;conomies d'&#233;chelle et des licenciements, au prix du pluralisme. Une carte dress&#233;e par Andrea Czepek&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andrea Czepek, op. cit., p. 143.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des zones de monopole et des zones pluralistes prenant en compte les r&#233;dactions autonomes fait appara&#238;tre pour l'ann&#233;e 2009 une partition en &#224; peu pr&#232;s deux parties, soit plus de la moiti&#233; de l'Allemagne sous monopole, et une partie o&#249; les habitants ont deux ou plusieurs sources d'information dans la presse quotidienne. Tendance qui s'est poursuivie avec la progression des concentrations.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_16274 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/concentrationallemagne.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH336/concentrationallemagne-d947c.png?1776675496' width='500' height='336' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;center&gt;&lt;small&gt;Andrea Czepek, op. cit., p. 143.&lt;/small&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Jean P&#233;r&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Annexe : Petit panorama de groupes de presse&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La plupart des informations sur les groupes de presse sont issues de leurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Assez repr&#233;sentatif des processus de concentration dans la presse, le groupe Madsack s'est construit autour du principal quotidien de Hanovre, le &lt;i&gt;Hannover Anzeiger&lt;/i&gt;, fond&#233; en 1893. En 1937, Erich Madsack, propri&#233;taire du groupe, adh&#232;re au parti nazi, le NSDAP. En 1943, le gouvernement national-socialiste fait fusionner le &lt;i&gt;Hannover Anzeiger&lt;/i&gt; avec le &lt;i&gt;Quotidien de Basse Saxe&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Nieders&#228;chsischen Tageszeitung&lt;/i&gt;), si bien qu'au moment du retour aux affaires de Madsack, en ao&#251;t 1949, il est le premier quotidien de la r&#233;gion. En 1973, deux autres journaux de Basse Saxe sont acquis. Ainsi, pendant 80 ann&#233;es, le groupe Madsack s'&#233;tend sur le seul Land de Basse Saxe par achats successifs de plusieurs quotidiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la chute du mur cependant, Erich Madsack ach&#232;te &#224; d'autres groupes de presse (Springer, FAZ, Bertelsmann) des quotidiens importants dans le Schleswig Holstein, et aussi dans les L&#228;nder d'ex-RDA de Saxe et du Brandebourg. Enfin et surtout, en 2009, il ach&#232;te la presse quotidienne de Springer (&lt;i&gt;Leipziger Volkes Zeitung&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L&#252;becker Nachrichten&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Kieler Nachrichten&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Segeberger Zeitung&lt;/i&gt;), devenant ainsi un acteur majeur de la presse &#233;galement dans le Land de Schleswig Holstein. Il poursuit encore son extension en 2011 en p&#233;n&#233;trant le Land de Brandebourg par le rachat du &lt;i&gt;M&#228;rkische Allgemeine&lt;/i&gt;, quotidien le plus lu de la r&#233;gion, au &lt;i&gt;Frankfurter Allgemeine Zeitung&lt;/i&gt;. Et in fine, Madsack ach&#232;te &#224; Bertelsmann en 2024 le DDV Medien Gruppe, avec notamment le &lt;i&gt;S&#228;chsische Zeitung&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Morgenpost Sachsen&lt;/i&gt;, lui assurant une position dominante en Saxe. Une vingtaine de quotidiens r&#233;partis sur cinq L&#228;nder lui appartiennent d&#233;sormais. Parall&#232;lement, Madsack a achet&#233; des journaux d'annonces, fait d&#233;velopper des applications num&#233;riques, fait produire des films et des reportages pour la t&#233;l&#233;vision, propos&#233; des services : portage, logistique, centres d'appel, publicit&#233;, et m&#234;me du co-voiturage. En 2024, il compte 900 000 abonn&#233;s aux quotidiens pour un chiffre d'affaires de 780 millions d'euros (2022). Un des principaux actionnaires du groupe Madsack, pour 23,5 %, est la Deutsche Druck und Verlagsgesellschaft (DDVG), groupe de presse dont le propri&#233;taire se trouve &#234;tre le SPD, parti socialiste allemand. La DDVG, 8e groupe de presse du pays, poss&#232;de aussi ses propres journaux et imprimeries. En 2004, son rachat du &lt;i&gt;Frankfurter Rundschau&lt;/i&gt;, quotidien d'audience nationale, fit grand bruit. Le SPD se d&#233;fend de toute intervention sur la ligne &#233;ditoriale de ses publications, mais, en 2005, certains de ses membres auraient incit&#233; le &lt;i&gt;Frankfurter Rundschau&lt;/i&gt; &#224; une critique plus f&#233;roce de son concurrent de la gauche radicale, Die Linke.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe Funke (Funke Medien Gruppe) a une &#233;volution tr&#232;s comparable &#224; celle de Madsack &#224; partir d'un autre land, la Rh&#233;nanie du Nord Westphalie. Journaliste, Jakob Funke adh&#232;re au NDSAP en 1941, et devient chef de bureau &#224; l'agence de presse nazie. En 1948, &#224; Essen, na&#238;t le quotidien &lt;i&gt;Westdeutsche Allgemeine Zeitung&lt;/i&gt; (WAZ), qui demeure aujourd'hui le deuxi&#232;me quotidien allemand, apr&#232;s &lt;i&gt;Bild&lt;/i&gt;, avec 20 &#233;ditions r&#233;gionales. Erich Prost, journaliste r&#233;sistant allemand est son premier propri&#233;taire avec Jakob Funke. Dans les ann&#233;es 1970, quatre autres quotidiens de la m&#234;me r&#233;gion seront acquis. Apr&#232;s la chute du mur, Funke r&#233;cup&#232;re plusieurs quotidiens de Thuringe qu'il associe dans le &lt;i&gt;Funke Medien Thuringen&lt;/i&gt;, un des plus gros groupes de presse dans l'ex-RDA. Sa plus importante op&#233;ration est l'achat en 2013 &#224; Springer, pour 920 millions d'euros, de deux nouveaux quotidiens, le &lt;i&gt;Berliner Morgenpost&lt;/i&gt;, un des principaux quotidiens de la capitale, et le &lt;i&gt;Hamburger Abendblat&lt;/i&gt;, ainsi que des magazines de t&#233;l&#233;vision et des f&#233;minins. Si bien qu'en 2024, le groupe compte une vingtaine de quotidiens r&#233;partis sur cinq L&#228;nder. Le groupe Funke dispose &#233;galement d'un p&#244;le magazines et de prises de participation &#224; l'&#233;tranger. Il compte aujourd'hui une quarantaine de magazines dans les domaines de la t&#233;l&#233;vision, du style de vie, de la f&#233;minit&#233;, de la cuisine, etc., ce qui fait de lui un des premiers groupes europ&#233;ens en la mati&#232;re. Il s'&#233;tend &#224; l'&#233;tranger &#224; partir de 1987, lorsqu'il prend 50 % du premier quotidien autrichien, &lt;i&gt;Die Krone&lt;/i&gt; (810 000 exemplaires en 2012) et en 1988, 49,4 % dans le &lt;i&gt;Kurier&lt;/i&gt; (108 000 exemplaires en 2019), &#233;galement autrichien. Il est &#233;galement actif en Hongrie, Albanie, Croatie, et Russie. Comme le groupe Madsack, il s'&#233;tend aux march&#233;s connexes des petites annonces et des offres digitales &#224; l'intention des femmes, dans les domaines de la sant&#233; et de l'habitat, et anime en outre des stations de radio dans la Westphalie du Nord et un portail de vid&#233;os &#224; la demande (VOD). Avec 5 400 salari&#233;s et 1 700 journalistes (et 14 000 livreurs) pour un chiffre d'affaires de 1,13 milliards d'euros (2022), Funke Medien Gruppe ambitionne rien de moins que de devenir le premier groupe de m&#233;dias allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres groupes de presse se sont constitu&#233;s &#224; partir de magazines comme le groupe Bauer, n&#233; de l'imprimerie &#224; la fin du XIXe si&#232;cle. Pendant la guerre, son propri&#233;taire, Alfred Bauer, fut membre du parti nazi, qui lui a permis d'augmenter la diffusion de ses magazines. Le groupe a cumul&#233; au fil du temps quelque 60 magazines en Allemagne, et plus de 500 dans d'autres pays &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1980. Par exemple, il ach&#232;te en 2007 le groupe britannique Emap (magazines et radios) pour 1,58 milliard d'euros, ou encore, pour 407 millions d'euros, le plus important d&#233;tenteur de magazines en Australie. Il poss&#232;de &#233;galement les deux principaux quotidiens de Saxe Anhalt. C'est l'un des plus grands groupes de presse europ&#233;en, avec 15 000 salari&#233;s dans 12 pays et 2,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires. En France, Bauer poss&#232;de quelques publications (&lt;i&gt;T&#233;l&#233;c&#226;ble Sat Hebdo&lt;/i&gt;, les magazines f&#233;minins &lt;i&gt;Maxi&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Maxi Cuisine&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Jeux de Maxi&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe Burda est &#233;galement issu de l'imprimerie &#224; Offenburg (Bade Wurtemberg), au d&#233;but du XXe si&#232;cle. Il prosp&#232;re dans l'acquisition de magazines, notamment sous le nazisme, dont Hubert Burda est membre du parti. Actionnaire de Springer en 1983 (25 %), il b&#233;n&#233;ficie de dividendes tr&#232;s importants, mais &#233;choue &#224; en prendre le contr&#244;le en 1988. D&#232;s lors, il se rabat sur les magazines &#224; forte diffusion (&lt;i&gt;Bunte&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Playboy&lt;/i&gt;-&#233;dition allemande, &lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt;-&#233;dition allemande), et cr&#233;e &lt;i&gt;Focus&lt;/i&gt;, grand concurrent du premier magazine d'information &lt;i&gt;Der Spiegel&lt;/i&gt;. &#192; partir des ann&#233;es 2000, le groupe &#233;tend son domaine aux activit&#233;s digitales, dont il tire aujourd'hui plus de la moiti&#233; de ses revenus. Comme le groupe Bauer, il d&#233;veloppe son activit&#233; dans 12 pays, dont la France avec &lt;i&gt;Le Nouveau d&#233;tective&lt;/i&gt;, et 6 autres magazines de la filiale Burda Bleu. Il emploie 12 000 salari&#233;s, &#233;dite 444 magazines pour un chiffre d'affaires de 2,7 milliards d'euros (2023).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unique en son genre, le groupe Axel Springer doit l'essentiel de sa prosp&#233;rit&#233; au quotidien &#224; sensation &lt;i&gt;Bild Zeitung&lt;/i&gt;, premier journal europ&#233;en en tirage. Il tire encore, malgr&#233; une baisse constante, &#224; presque un million d'exemplaires. Son &#233;dition du dimanche (&lt;i&gt;Bild am Sonntag&lt;/i&gt;) est le deuxi&#232;me magazine allemand, et celui d&#233;di&#233; aux femmes (&lt;i&gt;Bild der Frau&lt;/i&gt;) le 5e, au sport, le 6e. En outre, le groupe Springer poss&#232;de &lt;i&gt;Die Welt&lt;/i&gt;, un des plus importants quotidiens d'information. Apr&#232;s avoir vendu une partie de sa presse &#224; Funke, Springer reste d&#233;tenteur d'une trentaine de magazines, et de sites comme l'am&#233;ricain Politico (son plus gros investissement, un milliard d'euros) ou le fran&#231;ais Marmiton. Le fonds d'investissement KKR (pour &#171; Kohlberg Kravis Roberts &amp; Co &#187;), l'un des plus importants du monde, est devenu en 2019 l'actionnaire majoritaire du groupe qui, en septembre 2024, se divise en deux entit&#233;s autonomes : KKR r&#233;cup&#232;re les sites d'annonces et Springer reprend toute la partie presse. Il conduit depuis quelques ann&#233;es une conversion de son empire de presse vers le num&#233;rique &#8211; en particulier les sites d'information en ligne &#8211; qui constitue la plus grande part de ses recettes et de ses b&#233;n&#233;fices, respectivement de 3,9 milliards et 750 millions d'euros (2023), pour un effectif de 18 000 salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au g&#233;ant allemand des m&#233;dias et de l'&#233;dition, Bertelsmann (145 000 salari&#233;s, CA de 13,8 milliards d'euros en 2021), il est d'abord une maison d'&#233;dition n&#233;e en 1835. Le groupe s'est fortement enrichi au cours de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale gr&#226;ce &#224; une coop&#233;ration &#233;troite avec le r&#233;gime nazi. &#171; &lt;i&gt;Bertelsmann s'&#233;tait sp&#233;cialis&#233; dans la publication d'ouvrages &#224; la gloire de la Wehrmacht. Une cinquantaine d'ouvrages litt&#233;raires (sur 1 200 publi&#233;s &#224; l'&#233;poque) contenaient des attaques antis&#233;mites massives&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le pass&#233; nazi de Bertelsmann av&#233;r&#233; &#187;, Lib&#233;ration, 10 octobre 2002.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son activit&#233; dans la presse d&#233;bute en 1970, alors qu'il est d&#233;j&#224; un des plus gros groupes de communication du monde. En achetant l'&#233;diteur Gr&#252;ner+Jahr, il acquiert un certain nombre de magazines, parmi lesquels on compte l'un des plus importants, &lt;i&gt;Stern&lt;/i&gt;, dans l'information politique et g&#233;n&#233;rale, et &lt;i&gt;Brigitte&lt;/i&gt;, magazine f&#233;minin qui &#233;tait alors le plus fort tirage en Allemagne (800 000 exemplaires), ainsi que de nombreux magazines dans d'autres pays. Il devient ainsi un des plus importants groupes de presse magazine d'Allemagne. Il poss&#233;dait en France le groupe Prisma Presse, une quarantaine de titres (&lt;i&gt;Geo&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Gala&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Femme actuelle&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Voici&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;&#8230;) qu'il a vendus &#224; Bollor&#233; en 2021. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le groupe veut faire le m&#233;nage dans sa presse magazine en ne gardant que les titres les plus importants. En f&#233;vrier 2023, Bertelsmann annonce la suppression de 700 emplois dans le p&#244;le magazine, soit le tiers des effectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aura remarqu&#233; la notable quantit&#233; d'investissements des groupes allemands dans des entreprises &#233;trang&#232;res, y compris en France, alors que les m&#233;dias fran&#231;ais restent, &#224; de rares exceptions pr&#232;s, centr&#233;s sur l'hexagone. Une question de capacit&#233; capitalistique, sans doute, mais aussi le fait que les m&#233;dias fran&#231;ais qui sont aux mains d'industriels se soucient peu d'exercer une influence politique dans des pays &#233;trangers, alors que les allemands y voient une occasion d'&#233;tendre leur empire et d'augmenter leurs profits sans enfreindre les lois allemandes anti-concentrations.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Val&#233;rie Robert, &lt;i&gt;La presse en France et en Allemagne. Une comparaison des syst&#232;mes&lt;/i&gt;, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2011, p. 52-53.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Val&#233;rie Robert, op. cit., p. 103-110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Erhard Becker, &#171; La presse allemande depuis 1945 &#187; &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Henri M&#233;nudier, &lt;i&gt;L'Allemagne occup&#233;e 1945-1949&lt;/i&gt;, Presses Sorbonne Nouvelle, 1989, p. 97-103.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Erhard Becker, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Erhard Becker, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Allemagne de l'ouest : naissance d'une presse &#034;alternative&#034; contre les g&#233;ants &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/1977/05/BECKER/34244&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, mai 1977&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Axel Springer, qui passe pour un des moins compromis, et qui fut un des premiers &#224; recevoir une licence des puissances occupantes, n'&#233;tait pas membre du NSDAP, mais il &#233;tait tout de m&#234;me membre, &#224; partir de 1934, de la NSKK, organisme paramilitaire qui recrutait ses membres sur la preuve de leur origine aryenne, et qui participa &#224; la d&#233;portation de juifs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pareillement en France : on pense &#224; Prouvost, au trust Hachette, et surtout &#224; Robert Hersant, &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Petite-histoire-des-ordonnances-de-1944-sur-la&#034;&gt;collaborateurs notoires devenus des magnats de la presse&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Manfred K&#246;tterheinrich, &#171; Die Konzentration in der deutschen Presse &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Harry Pross (dir.), &lt;i&gt;Deutsche Presse seit 1945&lt;/i&gt;, 1965, p. 78-79.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est ce qu'on appelle la &#171; matrice &#187; dans les ann&#233;es 1950 ou le &#171; manteau &#187; plus tard. Cette politique est &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/La-mutualisation-en-marche-dans-le-groupe-EBRA&#034;&gt;&#233;galement suivie en France par le groupe EBRA&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cas limite de cette tendance, le &lt;i&gt;Westfalische Rundschau&lt;/i&gt; a vu sa r&#233;daction centrale et ses r&#233;dactions locales supprim&#233;es en 2013 par le groupe Funke, et ses 120 journalistes licenci&#233;s. Seul le titre perdure, aliment&#233; par d'autres instances du groupe et d'anciens concurrents locaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andrea Czepek d&#233;finit les diff&#233;rentes modalit&#233;s de cette perte d'autonomie des r&#233;dactions : &lt;br class='autobr' /&gt;
1. Un journal distribue plusieurs &#171; &#233;ditions locales &#187; qui ne diff&#232;rent que par le contenu de leurs actualit&#233;s locales.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Une entreprise de presse poss&#232;de plusieurs journaux portant des noms distincts, mais une salle de r&#233;daction centrale produit les actualit&#233;s nationales et internationales pour l'ensemble des titres. Seule la couverture des actualit&#233;s locales est effectu&#233;e s&#233;par&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Les journaux sont ind&#233;pendants les uns des autres sur le plan &#233;conomique, mais ceux de plus petite taille ach&#232;tent leurs actualit&#233;s nationales et internationales &#224; un plus grand journal et n'exploitent qu'une salle de r&#233;daction locale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Andrea Czepek, &#171; La concentration de la presse &#233;crite et le pluralisme en Allemagne &#187;, in Franck Rebillard et Marl&#232;ne Loicq (dir.), &#171; Pluralisme de l'information et &lt;i&gt;media diversity&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Culture &amp; communication&lt;/i&gt;, 2013, p. 139.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Allemagne de l'ouest : naissance d'une presse &#034;alternative&#034; contre les g&#233;ants &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/1977/05/BECKER/34244&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, mai 1977&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Val&#233;rie Robert, op.cit., p. 60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Val&#233;rie Robert, op. cit., p. 65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Op. cit., p. 61-63 et 72-73.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Observatoire du pluralisme, qui publie chaque ann&#233;e des &lt;a href=&#034;https://medienvielfaltsmonitor.de/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;donn&#233;es actualis&#233;es sur les m&#233;dias&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour rappel, en France, le monopole r&#233;gional est la r&#232;gle, &#224; de rares exceptions pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michael Haller, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/colan_0336-1500_1999_num_121_1_2940&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La presse en Allemagne&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Communication &amp; Langages&lt;/i&gt;, n&#176;121, 1999, p. 15-26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andrea Czepek, op. cit., p. 143.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La plupart des informations sur les groupes de presse sont issues de leurs sites ou des sites des journaux associ&#233;s et de leurs fiches Wikip&#233;dia.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/culture/2002/10/10/le-passe-nazi-de-bertelsmann-avere_418043/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le pass&#233; nazi de Bertelsmann av&#233;r&#233;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 10 octobre 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La concentration des m&#233;dias en Allemagne : panorama (1/4)</title>
		<link>https://www.acrimed.org/La-concentration-des-medias-en-Allemagne-panorama</link>
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		<dc:date>2025-11-04T14:58:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Florian Werl&#233;, Jean P&#233;r&#232;s</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Premi&#232;re partie.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-En-Allemagne-" rel="directory"&gt;M&#233;dias en Allemagne&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH111/allemagne_1-35260.png?1776675496' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='111' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;centralisation, ind&#233;pendance vis-&#224;-vis des groupes industriels et de l'&#201;tat : le paysage m&#233;diatique allemand permet, par comparaison, de montrer que la situation fran&#231;aise n'est pas une fatalit&#233;. Mais est-ce pour autant un mod&#232;le &#224; suivre ? On fait le point. Cette premi&#232;re partie tente de dresser un panorama historique et &#233;conomique des m&#233;dias allemands.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;La d&#233;centralisation des m&#233;dias&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Au sortir de la guerre de 1939-1945, l'Allemagne vaincue fut divis&#233;e en quatre zones d'occupation par l'Union sovi&#233;tique, les &#201;tats-Unis, la Grande-Bretagne et la France. L'organisation administrative du pays est prise en main par les puissances occupantes, notamment le contr&#244;le des m&#233;dias, jusqu&#8216;en 1949 pour la presse, et jusqu'en 1955 pour la radio et la t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par opposition au centralisme nazi, c'est une structuration d&#233;centralis&#233;e qui est promue, un &#201;tat f&#233;d&#233;ral compos&#233; de 16 r&#233;gions, les L&#228;nder&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Land allemand correspond aux r&#233;gions fran&#231;aises, mais avec une autonomie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La gestion des m&#233;dias audiovisuels et le contr&#244;le de leur concentration font ainsi partie des pr&#233;rogatives r&#233;gionales, ce qui fait une grande diff&#233;rence avec le syst&#232;me centralis&#233; fran&#231;ais. Surtout lorsque l'on constate que cette gestion et ce contr&#244;le sont exerc&#233;s avec une forte repr&#233;sentation de la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, de longue tradition, il n'y a pas outre-Rhin de distinction, comme en France, entre presse quotidienne nationale et presse quotidienne r&#233;gionale : tout y est r&#233;gional. M&#234;me les grands journaux comme la &lt;i&gt;West Deutsche Allgemeine Zeitung&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;Frankfurter Allgemeine Zeitung&lt;/i&gt; ou la &lt;i&gt;S&#252;ddeutsche Zeitung&lt;/i&gt; sont des journaux r&#233;gionaux, comme le rappelle leur d&#233;nomination, fabriqu&#233;s dans leur r&#233;gion, mais qui ont une audience nationale et sont commercialis&#233;s dans tout le pays. On les appelle &#171; supra-r&#233;gionaux &#187;. Ainsi, c'est toujours &#224; partir d'une forte implantation r&#233;gionale que la plupart des grands groupes de presse se sont constitu&#233;s, comparables en cela &#224; des groupes fran&#231;ais r&#233;gionaux comme &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Sud Ouest&lt;/i&gt;, avant de se d&#233;velopper plus largement. Cet ancrage local explique en grande partie la r&#233;sistance de la presse allemande &#224; la crise des derni&#232;res d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Ind&#233;pendance des m&#233;dias vis-&#224;-vis des groupes industriels&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;L'accaparement des m&#233;dias priv&#233;s par des milliardaires dont l'activit&#233; principale se d&#233;ploie dans d'autres secteurs &#8211; industries de l'armement, du b&#226;timent, du transport, de la banque, des t&#233;l&#233;communications, du luxe, etc. &#8211;, caract&#233;ristique du paysage m&#233;diatique fran&#231;ais, para&#238;t tr&#232;s improbable outre-Rhin. Cela notamment en raison du &#171; tabou Hugenberg &#187;, du nom de l'industriel, pr&#233;sident du conseil d'administration du fabricant d'armes Krupp, d&#233;tenteur d'un empire m&#233;diatique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alfred Hugenberg, lui-m&#234;me dirigeant d'un parti d'extr&#234;me droite, poss&#233;dait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui joua un r&#244;le d&#233;cisif dans l'accession du nazisme au pouvoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire le chapitre qui y est consacr&#233; dans Les Irresponsables. Qui a port&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le &#171; tabou Hugenberg &#187; interdit tacitement &#224; tout industriel, et plus largement &#224; tout investisseur &#233;tranger aux m&#233;dias, d'en poss&#233;der. C'est une r&#232;gle non &#233;crite, qui a souffert quelques exceptions au cours de l'histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entre 1962 et 1974, la soci&#233;t&#233; Bosch (&#233;lectrom&#233;nager) contr&#244;lait le journal (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais qui demeure, dans l'ensemble, effective, m&#234;me si Springer, le groupe dominant de la presse, s'assoit dessus &#224; l'occasion, et n'h&#233;siterait sans doute pas &#224; la briser &#224; nouveau si ses int&#233;r&#234;ts &#233;taient en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Val&#233;rie Robert&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Autrice de La presse en France et en Allemagne. Une comparaison des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'absence des groupes ext&#233;rieurs aux m&#233;dias dans l'&#233;cosyst&#232;me m&#233;diatique ne d&#233;coulerait pas seulement du &#171; tabou Hugenberg &#187;, mais rel&#232;verait surtout d'une &#171; &lt;i&gt;logique de branche, celle d'entrepreneurs de presse qui consid&#232;rent que leur m&#233;tier a ses sp&#233;cificit&#233;s et que le principal crit&#232;re lors d'un rachat est la comp&#233;tence du repreneur&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Val&#233;rie Robert, La presse en France et en Allemagne, p. 69.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il qu'&#224; ce jour, aucun groupe industriel ne poss&#232;de de m&#233;dia en Allemagne, et les groupes m&#233;diatiques n'investissent pas l'industrie. Tout au plus ont-ils parfois des activit&#233;s secondaires dans les services (d'enseignement, postaux, annonces, informatique) mais jamais dans l'industrie. La distinction avec la situation fran&#231;aise, o&#249; les grands m&#233;dias priv&#233;s appartiennent &#224; des industriels et sont soumis &#224; leurs strat&#233;gies, est patente.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Ind&#233;pendance des m&#233;dias vis-&#224;-vis de l'&#201;tat&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;L'organisation g&#233;n&#233;rale du syst&#232;me m&#233;diatique allemand se veut &#233;galement ind&#233;pendante de l'influence &#233;tatique. Cette derni&#232;re est entendue ici au sens tr&#232;s large : influence de l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral, mais aussi celle des organes &#8211; gouvernement et parlement &#8211; des L&#228;nder, et celle des partis politiques. Elle fut d&#233;finie apr&#232;s-guerre par une volont&#233; de rupture totale avec le syst&#232;me de propagande nazi, qui avait mis &#224; son service l'audiovisuel &#233;tatis&#233; et centralis&#233; et instaur&#233; la censure dans toute la presse ; et aussi en opposition, apr&#232;s la guerre et jusqu'&#224; la r&#233;unification, au contr&#244;le bureaucratique de type sovi&#233;tique sur les m&#233;dias est-allemands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle disposition, impos&#233;e par les Alli&#233;s, n'est forc&#233;ment pas du go&#251;t des d&#233;tenteurs du pouvoir qui durent s'y plier &#224; plusieurs reprises. Ainsi, le chancelier Adenauer en 1961 voulut cr&#233;er une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision contr&#244;l&#233;e par l'&#201;tat, mais la cour constitutionnelle s'y opposa, et il dut renoncer (alors qu'au m&#234;me moment en France, la RTF, qui deviendra ORTF, monopole d'&#201;tat, contr&#244;lait la radio et la t&#233;l&#233;vision)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; L'audiovisuel public allemand, entre autonomie et d&#233;pendance &#187;, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e suivante &#233;clate l'affaire du &lt;i&gt;Spiegel&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; L'affaire du Spiegel &#187;, Cinq colonnes &#224; la une, INA, 7/12/1962.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le premier magazine d'information politique, accus&#233; par le ministre de l'Int&#233;rieur Strauss de haute trahison. Les locaux du magazine sont perquisitionn&#233;s, tandis que son directeur et plusieurs journalistes sont incarc&#233;r&#233;s. Motif : divulgation de documents &#171; secret d&#233;fense &#187; qui r&#233;v&#233;laient la vuln&#233;rabilit&#233; militaire de l'Allemagne en cas d'offensive sovi&#233;tique. L'affaire fit grand bruit en Allemagne et dans le monde. Face aux vives protestations des autres journaux, y compris la presse Springer qui aida mat&#233;riellement le &lt;i&gt;Spiegel&lt;/i&gt;, et surtout celles de la population allemande qui manifesta nombreuse pour la d&#233;fense de la libert&#233; de la presse, Strauss d&#251;t d&#233;missionner. Le chancelier Adenauer, fortement discr&#233;dit&#233; par cette affaire, d&#233;missionna &#233;galement quelques mois plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2013, c'est le pr&#233;sident de la R&#233;publique, Christian Wulff, qui est conduit &#224; d&#233;missionner &#224; la suite de la r&#233;v&#233;lation d'une intervention de sa part aupr&#232;s du journal &lt;i&gt;Bild&lt;/i&gt; visant &#224; &#233;touffer une affaire de pr&#234;t immobilier douteux. L&#224; encore, &lt;a href=&#034;https://www.arretsurimages.net/articles/allemagne-pression-presidentielle-sur-bild&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les m&#233;dias et l'opinion publique ont fait bloc&lt;/a&gt; contre cette atteinte &#224; la libert&#233; de la presse par des membres de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me esprit, les aides directes de l'&#201;tat &#224; la presse qui sont attribu&#233;es en France aux journaux d'information politique et g&#233;n&#233;rale et qui contribuent largement &#224; leur financement, d'une fa&#231;on d'ailleurs &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Aides-a-la-presse-2022-le-gateau-pour-les-grands&#034;&gt;parfaitement in&#233;galitaire&lt;/a&gt;, n'existent pas en Allemagne et y seraient consid&#233;r&#233;es comme une atteinte &#224; l'ind&#233;pendance de ces journaux, inscrite &#224; l'article 5 de la constitution f&#233;d&#233;rale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Libert&#233; d'opinion : Chacun a le droit d'exprimer et de diffuser librement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#171; &lt;i&gt;Je pr&#233;f&#232;re encore les faillites des journaux &#224; l'achat de leur ind&#233;pendance au moyen des subventions&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clarait, en 2019, le patron de la maison d'&#233;dition Axel Springer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, 16/12/2019.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il existe cependant en Allemagne quelques aides &#224; la presse comme un taux r&#233;duit de TVA et des tarifs postaux pr&#233;f&#233;rentiels, des remboursements de taxes, ou encore des pr&#234;ts &#224; taux r&#233;duits consentis par le minist&#232;re de l'&#201;conomie. Avec la crise de la presse et les mouvements de concentration, un d&#233;bat r&#233;current repose la question de cette aide de l'&#201;tat. Le philosophe J&#252;rgen Habermas, par exemple, y est favorable, ainsi que le parti socialiste (SPD) et les syndicats de journalistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Val&#233;rie Robert, op. cit., p. 30-34.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, alors que les partis situ&#233;s plus &#224; droite, CDU-CSU (d&#233;mocrate chr&#233;tien) et FDP (lib&#233;ral) y sont hostiles. Diverses propositions &#233;mergent de ces d&#233;bats, et la seule qui a &#233;t&#233; adopt&#233;e &#224; ce jour est une subvention de 40 millions d'euros par an d'aide au portage, en 2019. Mais ces aides restent tr&#232;s faibles en comparaison de celles que l'&#201;tat fran&#231;ais accorde aux journaux (plusieurs centaines de millions d'euros d'aides directes chaque ann&#233;e, et plus d'un milliard en comptant les aides indirectes, selon le minist&#232;re de la Culture).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; d'ind&#233;pendance vis-&#224;-vis de l'&#201;tat et des groupes industriels est presque concomitante et rappelle le programme du Conseil national de la r&#233;sistance en France &#224; la Lib&#233;ration, pour des m&#233;dias &#171; ind&#233;pendants de l'&#201;tat et des puissances d'argent &#187;. Le programme fran&#231;ais &#233;tait plus ambitieux, mais il a &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Petite-histoire-des-ordonnances-de-1944-sur-la&#034;&gt;fait long feu&lt;/a&gt;. Celui de l'Allemagne s'est en partie r&#233;alis&#233;, et il faut reconna&#238;tre qu'il est toujours vivant, m&#234;me si l'ind&#233;pendance des m&#233;dias vis-&#224;-vis de l'industrie ne veut pas dire ind&#233;pendance vis-&#224;-vis de toutes les puissances d'argent, comme on va le voir.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Cons&#233;quence de l'autonomie : la rentabilit&#233; oblig&#233;e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Cette double ind&#233;pendance vis-&#224;-vis des groupes industriels et de l'&#201;tat, bien que certainement b&#233;n&#233;fique sur le plan de la libert&#233; &#233;ditoriale, a aussi une contrepartie : les m&#233;dias priv&#233;s allemands ne peuvent compter que sur eux-m&#234;mes, et sur les lois du march&#233; m&#233;diatique, pour se maintenir et se d&#233;velopper ; ce qu'Isabelle Bourgeois appelle leur d&#233;veloppement par &#171; endogamie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Isabelle Bourgeois, &#171; Les m&#233;dias dans l'Allemagne unie &#187;, in Allemagne, les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pas de Bollor&#233;, de Niel, d'Arnault ou d'autres &#171; philanthropes &#187; int&#233;ress&#233;s pour combler des d&#233;ficits chroniques ; pas non plus de ces aides de l'&#201;tat qui peuvent constituer pour les journaux fran&#231;ais un soutien substantiel, et pour certains la condition de leur existence. C'est dire que la rentabilit&#233; des entreprises m&#233;diatiques allemandes sur le march&#233; est vitale, les places ch&#232;res et la concurrence f&#233;roce pour l'audience et les recettes publicitaires. Si ch&#232;res que la concurrence f&#233;roce s'est parfois transform&#233;e en solidarit&#233; des acteurs nationaux install&#233;s, afin d'entraver l'entr&#233;e d'un acteur ext&#233;rieur. Comme lorsque le &#171; gratuit &#187; norv&#233;gien &lt;i&gt;20 Minutes&lt;/i&gt;, en 1999, chercha &#224; se lancer &#224; Cologne : les quotidiens locaux, d&#233;tenus par les patrons de presse Springer et DuMont Schauberg, &#233;dit&#232;rent alors concomitamment deux &#171; gratuits &#187; concurrents, qui capt&#232;rent la plus grande partie de la publicit&#233; et contraignirent &lt;i&gt;20 Minutes&lt;/i&gt; &#224; abandonner le terrain. Le danger &#233;cart&#233;, les deux &#171; gratuits &#187; cess&#232;rent de para&#238;tre&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Val&#233;rie Robert, op. cit., p. 95.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette autonomie &#233;conomique du secteur des m&#233;dias se d&#233;cline diff&#233;remment selon qu'il s'agit de la presse, enti&#232;rement priv&#233;e, ou de l'audiovisuel, o&#249; les groupes priv&#233;s doivent compter avec un puissant service public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Jean P&#233;r&#232;s&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Florian Werl&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Land allemand correspond aux r&#233;gions fran&#231;aises, mais avec une autonomie bien plus grande. Le Land dispose d'une constitution, d'une assembl&#233;e et d'un gouvernement. Il a des pouvoirs &#233;tendus en mati&#232;re de police, d'&#233;ducation, de culture, y compris les m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alfred Hugenberg, lui-m&#234;me dirigeant d'un parti d'extr&#234;me droite, poss&#233;dait sous la r&#233;publique de Weimar (1918-1933) la moiti&#233; des journaux ainsi qu'une agence de presse, une agence de publicit&#233;, une maison d'&#233;dition, et une soci&#233;t&#233; de production.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire le chapitre qui y est consacr&#233; dans &lt;i&gt;Les Irresponsables. Qui a port&#233; Hitler au pouvoir ?&lt;/i&gt;, Johann Chapoutot, Gallimard, 2025, p. 85-102.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entre 1962 et 1974, la soci&#233;t&#233; Bosch (&#233;lectrom&#233;nager) contr&#244;lait le journal de Stuttgart ainsi que six journaux et quelques feuilles locales du Bade-W&#252;rtenberg. De m&#234;me, la Deutsche Bank fut actionnaire &#224; deux reprises du groupe de m&#233;dias Springer. Ce sont surtout les fonds d'investissement &#233;trangers qui ont inqui&#233;t&#233; les milieux de la presse allemande : &#224; partir de 2005, le fonds britannique Mecum investit dans la presse allemande et constitue le 10e groupe m&#233;diatique du pays, avant de revendre ; les fonds am&#233;ricains Hellman &amp; Friedman et KKR furent actionnaires de Springer, m&#234;me majoritaire dans le cas de KKR.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Autrice de &lt;i&gt;La presse en France et en Allemagne. Une comparaison des syst&#232;mes&lt;/i&gt;, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2011, ouvrage tr&#232;s complet, qui contient de nombreuses et pr&#233;cieuses informations sur la p&#233;riode ant&#233;rieure &#224; 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Val&#233;rie Robert, &lt;i&gt;La presse en France et en Allemagne&lt;/i&gt;, p. 69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href=&#034;https://larevuedesmedias.ina.fr/laudiovisuel-public-allemand-entre-autonomie-et-dependance&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'audiovisuel public allemand, entre autonomie et d&#233;pendance&lt;/a&gt; &#187;, La revue des m&#233;dias, 6/01/2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#171; &lt;a href=&#034;https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/caf93014273/l-affaire-du-spiegel&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'affaire du Spiegel&lt;/a&gt; &#187;, Cinq colonnes &#224; la une, INA, 7/12/1962.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Libert&#233; d'opinion : Chacun a le droit d'exprimer et de diffuser librement son opinion par la parole, par l'&#233;crit et par l'image, et de s'informer sans entraves aux sources accessibles au public. La libert&#233; de la presse et la libert&#233; d'informer par la radio, la t&#233;l&#233;vision et le cin&#233;ma sont garanties. Il n'y a pas de censure. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 16/12/2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Val&#233;rie Robert, op. cit., p. 30-34.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Isabelle Bourgeois, &#171; Les m&#233;dias dans l'Allemagne unie &#187;, in &lt;i&gt;Allemagne, les chemins de l'unit&#233;&lt;/i&gt;, CIRAC, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Val&#233;rie Robert, op. cit., p. 95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'empire m&#233;diatique de Bollor&#233; en Afrique</title>
		<link>https://www.acrimed.org/L-empire-mediatique-de-Bollore-en-Afrique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/L-empire-mediatique-de-Bollore-en-Afrique</guid>
		<dc:date>2025-04-29T12:03:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Vincent Bollor&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Extrait d'un rapport d'Attac et de l'ODM.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-L-empire-Bollore-" rel="directory"&gt;L'empire Bollor&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Afrique-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Afrique-232-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Vincent-Bollore-+" rel="tag"&gt;Vincent Bollor&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH79/rapportbollore3-289d7.png?1776675073' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions un extrait du rapport &lt;i&gt;Le Syst&#232;me Bollor&#233;. De la pr&#233;dation financi&#232;re &#224; la croisade politique&lt;/i&gt;, produit par &lt;a href=&#034;https://france.attac.org/nos-publications/notes-et-rapports/article/rapport-le-systeme-bollore&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Attac&lt;/a&gt; et l'&lt;a href=&#034;https://multinationales.org/fr/enquetes/le-systeme-bollore/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Observatoire des multinationales&lt;/a&gt; (24 avril).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lorsqu'en 2022, Vincent Bollor&#233; vend pour 5,7 milliards d'euros sa branche logistique africaine &#224; l'amateur Mediterranean Shipping Company (MSC), le milliardaire a sembl&#233; tourner le dos au continent qui a fait sa fortune. Deux ans plus tard, le voici reparti &#224; l'offensive, dans la t&#233;l&#233;vision et le divertissement cette fois : en annon&#231;ant vouloir prendre le contr&#244;le de MultiChoice, le g&#233;ant sud-africain de la t&#233;l&#233;vision payante, Bollor&#233; se positionne pour faire de Canal+, son groupe de m&#233;dias, le premier op&#233;rateur de toute l'Afrique subsaharienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la peine dans l'Hexagone&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arcom, Bilan financier 2022 des cha&#238;nes payantes, janvier 2024.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; o&#249; il perd des abonn&#233;&#183;es, Canal+ a aujourd'hui de grandes ambitions &#224; l'international. Comme l'a expliqu&#233; le pr&#233;sident du directoire du groupe, Maxime Saada, devant une commission s&#233;natoriale, &#171; &lt;i&gt;la vid&#233;o par abonnement est un march&#233; de co&#251;ts fixes. Il y a donc un enjeu de taille critique pour l'ensemble des acteurs, afin de mieux amortir ces co&#251;ts. Plus un op&#233;rateur a d'abonn&#233;s, moins le prix de revient par abonn&#233; d'une s&#233;rie ou d'un film est important&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Audition de Maxime Saada par la Commission d'enqu&#234;te du S&#233;nat sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Canal+ mise donc sur une offre combinant &#224; la fois des contenus propres &#8211; cha&#238;nes en continu, exclusivit&#233;s sportives, production de s&#233;ries, etc. &#8211; et la distribution des offres en streaming de ses concurrents&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la strat&#233;gie de Canal+, voir notamment Alexandre Joux, &#171; Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Avec un objectif clair : d&#233;passer rapidement les 50 millions d'abonn&#233;&#183;es et devenir un acteur de taille mondiale, capable de r&#233;sister aux grandes plateformes de vid&#233;o &#224; la demande comme Netflix, Prime Video ou Disney+. Et pour cela, multiplier les acquisitions, alors que le groupe Bollor&#233; regorge de liquidit&#233;s. &#192; partir de 2019, Canal+ rach&#232;te ainsi le diffuseur de cha&#238;nes luxembourgeois M7 (3 millions d'abonn&#233;s au Benelux et en Europe centrale et de l'est), prend une participation majoritaire dans l'op&#233;rateur SPI&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le groupe SPI a &#233;t&#233; totalement acquis par Canal+ en ao&#251;t 2023.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, propri&#233;taire du groupe polonais de t&#233;l&#233;vision Kino Polska et distributeur, dans une cinquantaine de pays, des cha&#238;nes et service de streaming FilmBox, investit dans la plateforme de streaming hongkongaise Viu et entre au capital de Viaplay, le &#171; Netflix scandinave &#187; aux 7,3 millions d'abonn&#233;&#183;es. En parall&#232;le, Studio Canal investissait dans une quinzaine de studios de production europ&#233;ens ou am&#233;ricains afin de s&#233;curiser son acc&#232;s aux contenus exclusifs : Red Production, UrbanMythFilm ou Sunny March au Royaume-Uni, Bamb&#250; Productions en Espagne, SAM Productions au Danemark, The Picture Company aux &#201;tats-Unis, Lailaps Films en Allemagne, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette fr&#233;n&#233;sie d'acquisitions internationales, l'Afrique subsaharienne occupe une place &#224; part. Les dirigeants du groupe en sont persuad&#233;s : &#171; L'avenir de Canal+, c'est l'Afrique ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maxime Saada invit&#233; de CNBC Africa, 1er f&#233;vrier 2024.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le potentiel de d&#233;veloppement de la t&#233;l&#233;vision payante y est en effet plus important que partout ailleurs, port&#233; par une urbanisation rapide, par le d&#233;veloppement de l'&#233;lectrification et de la connectivit&#233; &#224; haut d&#233;bit et par l'&#233;mergence d'une classe moyenne au pouvoir d'achat plus cons&#233;quent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Canal+, ce nouvel eldorado africain est d'autant plus strat&#233;gique que le groupe est implant&#233; au sud du Sahara depuis plus de 30 ans. Il y revendique un peu plus de 8 millions d'abonn&#233;&#183;es, presque autant qu'en France &#8211; 9,8 millions &#8211; et pr&#232;s du tiers du total de ses abonn&#233;s &#224; travers le monde. Son chiffre d'affaires sur le continent progresse r&#233;guli&#232;rement, pour franchir la barre des 850 millions d'euros en 2023. En Afrique, Canal+ propose naturellement ses abonnements de t&#233;l&#233;vision par satellite mais aussi, plus r&#233;cemment, par la TNT via ses filiales Telenum. La C&#244;te d'Ivoire y est de loin son premier march&#233; de t&#233;l&#233;vision payante &#8211; 225 millions d'euros de chiffre d'affaires part du groupe en 2023 et pr&#232;s de 10 millions d'euros de b&#233;n&#233;fices &#8211; devant la R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo (97 millions d'euros de CA), le Cameroun (87 millions) et le S&#233;n&#233;gal (55 millions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre branche, celle l'op&#233;rateur t&#233;l&#233;com Group Vivendi Africa (GVA), installe et commercialise, sous la marque CanalBox, ses propres r&#233;seaux internet haut d&#233;bit en fibre optique dans une dizaine de m&#233;tropoles africaines, de Libreville &#224; Kampala, Lom&#233;, Pointe Noire ou Abidjan. La soci&#233;t&#233; CanalOlympia, une vitrine culturelle du groupe, g&#232;re &#233;galement un r&#233;seau d'espaces polyvalents, &#224; la fois salles de cin&#233;ma, de spectacle et de concert, dans une douzaine de pays. En Afrique, Canal+ fait aussi et surtout le pari des contenus locaux, en investissant dans la production ou en proposant ses propres cha&#238;nes africaines. Il est ainsi devenu l'actionnaire majoritaire des soci&#233;t&#233;s de production Rok Studios au Nigeria et au Ghana, Plan A en C&#244;te d'Ivoire et ZACU Entertainment au Rwanda, et est entr&#233; au capital de Marodi TV au S&#233;n&#233;gal. Il &#233;dite et diffuse la cha&#238;ne A+ &#224; l'&#233;chelle du continent, des d&#233;clinaisons locales en C&#244;te d'Ivoire et au B&#233;nin, Kana TV en &#201;thiopie ou encore Nollywood TV et Nollywood TV Epic, sp&#233;cialis&#233;s dans la diffusion des produits de l'industrie cin&#233;matographique nig&#233;riane. Canal+ multiplie les cha&#238;nes en langues locales, du wolof au S&#233;n&#233;gal (Sunu Yeuf TV) au lingala en R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo (Maboke TV), en passant par le kinyarwanda (Zacu TV) pour les abonn&#233;&#183;es du Burundi et du Rwanda, le malgache (Novegasy) ou l'amharique et l'oromifa pour le public &#233;thiopien. Comme s'en inqui&#232;te aupr&#232;s de Mediapart le journaliste Hamadou Tidiane Sy, directeur de l'&#201;cole sup&#233;rieure de journalisme, des m&#233;tiers de l'internet et de la communication de Dakar, &#171; cela signifie que les petites radios ou t&#233;l&#233;visions communautaires diffusant dans ces langues et qui se disaient que &#231;a, au moins, c'&#233;tait leur &#034;petit territoire&#034;, ne vont plus avoir de marge &#224; ce niveau &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Canal+ sur le point de contr&#244;ler le march&#233; de la t&#233;l&#233; payante en Afrique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;&lt;div class='spip_document_16071 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/rapportbollore1.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH353/rapportbollore1-2835c-cb7e4.png?1776675073' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;L'emprise de Bollor&#233; va donc croissante, tout en restant circonscrite &#224; une quinzaine de pays, essentiellement francophones. Et c'est ici que l'enjeu de la prise de contr&#244;le de MultiChoice devient manifeste : le groupe de t&#233;l&#233;vision payante sud-africain aux 20,9 millions d'abonn&#233;&#183;es, avec une audience estim&#233;e &#224; pr&#232;s de 100 millions de personnes, est comme un miroir anglophone et lusophone de Canal+, dans une compl&#233;mentarit&#233; presque parfaite [Fig. 4]. L'Afrique du Sud, o&#249; il a commenc&#233; &#224; diffuser en 1985, reste son premier d&#233;bouch&#233; et repr&#233;sente 60 % de son chiffre d'affaires. Mais MultiChoice est aussi le premier op&#233;rateur sur les tr&#232;s vastes march&#233;s du Nigeria et de l'&#201;thiopie, au Kenya, en Zambie ou au Ghana, et dans une moindre mesure en Angola et au Mozambique. La compl&#233;mentarit&#233; n'est pas seulement g&#233;ographique : comme Canal+, le Sud-Africain propose des bouquets de cha&#238;nes par satellite, en ligne ou via mobile et dispose, via GOtv, d'une plate-forme de diffusion num&#233;rique terrestre ; sa filiale SuperSport est le premier diffuseur sportif d'Afrique par t&#233;l&#233;vision payante, d&#233;tenant les droits des principaux &#233;v&#233;nements mondiaux de football, de rugby, de cricket, de tennis ou de golf ; Shomax, son service de vid&#233;o &#224; la demande, propose des contenus en partenariat avec le g&#233;ant am&#233;ricain Comcast &#8211; premier c&#226;blo-op&#233;rateur et fournisseur d'acc&#232;s &#224; internet am&#233;ricain, propri&#233;taire des studios DreamWorks et NBCUniversal. MultiChoice s'appuie &#233;galement sur Irdeto, un acteur mondial de la cyber-s&#233;curit&#233; sp&#233;cialis&#233; dans la lutte contre le piratage des contenus en ligne, et d&#233;tient des actifs dans les paris sportifs (Betking au Nigeria, SuperSportBet en Afrique du Sud) ou dans les services m&#233;dicaux en ligne (Namola). Il est enfin et surtout un important producteur de s&#233;ries, de films ou d'&#233;missions de t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; en anglais, en portugais ou en langues nationales &#8211; plus de 6 500 heures de productions locales en 2023 &#8211; et un des principaux acheteurs de contenus produits en Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;&lt;div class='spip_document_16070 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/rapportbollore2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH294/rapportbollore2-af58f-3cb40.png?1776675073' width='500' height='294' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;L'int&#233;r&#234;t de Canal+ pour MultiChoice est ancien. En 2017 d&#233;j&#224;, le groupe avait propos&#233; un milliard de dollars pour racheter l'op&#233;rateur &#224; son propri&#233;taire de l'&#233;poque, l'&#233;diteur de presse sud-africain Naspers. L'offre avait &#233;t&#233; jug&#233;e insuffisante et Naspers avait pr&#233;f&#233;r&#233; jouer la carte de la scission et de l'introduction &#224; la bourse de Johannesburg. En septembre 2020, le groupe Canal+ annon&#231;ait franchir le seuil des 5 % de d&#233;tention de MultiChoice. En 2024, alors que le contexte macro&#233;conomique au Nigeria et en Afrique du Sud p&#232;se lourdement sur les r&#233;sultats de MultiChoice, dont le cours de l'action s'est effondr&#233; de pr&#232;s de 40 % sur un an, tout s'acc&#233;l&#232;re : le groupe fran&#231;ais annonce d&#233;tenir plus de 35 % du capital de son partenaire, franchissant ainsi le seuil de d&#233;clenchement d'une offre publique d'achat (OPA) obligatoire. Dans un premier temps, le conseil d'administration MultiChoice rejette l'offre de Canal+ au minimum r&#233;glementaire de 105 rands par action (env. 5,15 euros). D&#233;but mars, le fran&#231;ais rench&#233;rit sur sa proposition initiale &#224; 125 rands par action (env. 6,12 euros), soit une prime de 67 % par rapport au cours du 1er f&#233;vrier et une valorisation de MultiChoice &#224; 2,7 milliards d'euros. Un accord est conclu entre les parties, publi&#233; le 8 avril 2024 : Canal+ s'engage &#224; d&#233;bourser jusqu'&#224; 1,8 milliard d'euros suppl&#233;mentaires &#8211; il est entre-temps mont&#233; &#224; 45,2 % du capital &#8211; pour acqu&#233;rir tous les titres que les actionnaires de MultiChoice voudront lui c&#233;der. L'offre, &#171; enti&#232;rement financ&#233;e par les fonds dont dispose le groupe &#187;, devait s'achever en avril 2025. Elle a &#233;t&#233; prolong&#233;e de six mois pour permettre &#224; Canal+ de se conformer &#224; la r&#233;glementation sud-africaine interdisant &#224; tout actionnaire &#233;tranger de poss&#233;der plus de 20 % des votes au conseil d'administration d'un groupe de t&#233;l&#233;communications et de poss&#233;der plus de 20 % du capital du titulaire d'une licence de radiodiffusion commerciale. Pour satisfaire ces exigences, Canal+ et MultiChoice envisagent tous les sc&#233;narios, y compris des cessions d'actifs, des partenaires locaux ou des dispositifs de limitation des droits de vote sur certaines entit&#233;s du groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants de Canal+ attendent beaucoup de cette fusion : ils esp&#232;rent naturellement b&#233;n&#233;ficier de l'exp&#233;rience du Sud-Africain dans le streaming en ligne, mutualiser les co&#251;ts de production, offrir aux annonceurs un d&#233;bouch&#233; publicitaire beaucoup plus large et peser dans les n&#233;gociations des co&#251;ts satellites, des droits sportifs, cin&#233;matographiques ou de distribution des cha&#238;nes. Surtout, avec la prise de contr&#244;le de MultiChoice, le groupe Canal+ changerait litt&#233;ralement d'&#233;chelle : son chiffre d'affaires devrait bondir de 45 %, son nombre d'abonn&#233;&#183;es presque doubler pour fr&#244;ler les 50 millions, dont pr&#232;s de 30 millions au sud du Sahara. Son centre de gravit&#233; se transporterait ainsi brusquement en Afrique, qui p&#232;serait plus de 40 % du chiffre d'affaires mondial et plus de 60 % de l'audience [Fig. 5]. Le groupe de Vincent Bollor&#233; deviendrait le principal op&#233;rateur de t&#233;l&#233;vision payante du continent africain, tr&#232;s loin devant son principal concurrent, le chinois StarTimes et ses 13 millions d'abonn&#233;&#183;es. L'offensive de Bollor&#233; va ainsi donner naissance &#224; un nouvel empire de la t&#233;l&#233;vision et du divertissement, en situation de quasi-monopole dans une trentaine de pays et pesant d'un poids consid&#233;rable sur la production de contenus africains. Un nouvel empire aux mains d'un milliardaire r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Attac et l'Observatoire des multinationales, &lt;i&gt;Le Syst&#232;me Bollor&#233;. De la pr&#233;dation financi&#232;re &#224; la croisade politique&lt;/i&gt;, 24 avril 2025, p. 31-36.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Arcom, &lt;a href=&#034;https://www.arcom.fr/sites/default/files/2024-01/Arcom-Bilan-financier-2022-chaines-payantes.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Bilan financier 2022 des cha&#238;nes payantes, janvier 2024&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Audition de Maxime Saada &lt;a href=&#034;https://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20220124/ce_medias.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;par la Commission d'enqu&#234;te du S&#233;nat sur la concentration dans les m&#233;dias, 28 janvier 2022&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la strat&#233;gie de Canal+, voir notamment Alexandre Joux, &#171; Les investissements de Canal+ dessinent une alternative mondiale aux services am&#233;ricains de streaming &#187;, &lt;a href=&#034;https://la-rem.eu/2024/10/les-investissements-de-canal-dessinent-une-alternative-mondiale-aux-services-americains-de-streaming/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Revue europ&#233;enne des m&#233;dias et du num&#233;rique, 69-70, 2024&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le groupe SPI a &#233;t&#233; totalement acquis par Canal+ en ao&#251;t 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maxime Saada invit&#233; &lt;a href=&#034;https://www.cnbcafrica.com/media/6345995997112/frances-canaloffers-to-buy-multichoice-group/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;de CNBC Africa, 1er f&#233;vrier 2024&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Canal+ sur le point de contr&#244;ler le march&#233; de la t&#233;l&#233; payante en Afrique &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/030724/canal-sur-le-point-de-controler-le-marche-de-la-tele-payante-en-afrique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mediapart, 3 juillet 2024&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Du Labour de Corbyn &#224; LFI de M&#233;lenchon, les m&#233;dias contre la gauche</title>
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		<dc:date>2024-08-26T10:18:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Labica</dc:creator>


		<dc:subject>Grande-Bretagne</dc:subject>
		<dc:subject>Grande Bretagne</dc:subject>
		<dc:subject>Antis&#233;mitisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien avec Thierry Labica.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Medias-en-Grande-Bretagne-" rel="directory"&gt;M&#233;dias en Grande-Bretagne&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L115xH150/corbyn-1ef36.png?1776678925' class='spip_logo spip_logo_right' width='115' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Thierry Labica, ma&#238;tre de conf&#233;rences au d&#233;partement d'&#233;tudes anglophones de l'universit&#233; Paris-Ouest Nanterre, est l'auteur de &lt;i&gt;L'hypoth&#232;se Jeremy Corbyn : Une histoire politique et sociale de la Grande Bretagne depuis Tony Blair&lt;/i&gt; (Demopolis, 2019) et a coordonn&#233;, avec Fran&#231;ois Cusset et V&#233;ronique Rauline, l'ouvrage &lt;i&gt;Imaginaires du n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/i&gt; (La Dispute, 2016). Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Acrimed : Depuis des mois, et m&#234;me des ann&#233;es, Acrimed documente l'acharnement m&#233;diatique contre La France insoumise et singuli&#232;rement contre Jean-Luc M&#233;lenchon. Sa volont&#233; de rompre avec les orientations n&#233;olib&#233;rales, s&#233;curitaires et atlantistes de la gauche de gouvernement lui valent, notamment depuis qu'il a supplant&#233; le PS en 2017, l'hostilit&#233; de tous les m&#233;dias, m&#234;me &#171; de gauche &#187;. Avant de revenir sur les m&#233;saventures m&#233;diatiques de Jeremy Corbyn, parvenu entre 2015 et 2020 &#224; la t&#234;te du Labour avec un programme de rupture assez similaire &#224; celui de LFI, pourrait-on remonter un peu dans le temps, dans les ann&#233;es 1980, pour voir comment les m&#233;dias de gauche avaient r&#233;agi au thatch&#233;risme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thierry Labica :&lt;/strong&gt; Dans les ann&#233;es 1960-1970, l'&#233;v&#233;nement politique principal de l'ann&#233;e c'&#233;tait le congr&#232;s syndical, o&#249; les responsables politiques se rendaient, o&#249; les politiques industrielles &#233;taient n&#233;goci&#233;es dans un cadre cogestionnaire, o&#249; les grandes annonces &#233;taient faites. Une cat&#233;gorie bien sp&#233;cifique de journalistes couvrait ces congr&#232;s : les correspondants industriels. Et les correspondants industriels, c'&#233;tait la fine fleur du journalisme politique. Or dans les ann&#233;es 1980, il se passe quelque chose d'assez important dans le champ de l'audiovisuel : il y a un mouvement de reflux de cette cat&#233;gorie particuli&#232;re de journalistes. Et &#231;a a des cons&#233;quences tr&#232;s importantes dans le contexte de luttes du monde du travail contre la r&#233;volution d&#233;sindustrielle thatch&#233;rienne. Le moment charni&#232;re et le mieux connu est celui de la gr&#232;ve des mineurs de 1984-1985, qui est vraiment un &#233;pisode seuil &#224; tout point de vue, symbolique, &#233;conomique, politique, etc. Les mineurs sont un embl&#232;me de l'histoire industrielle nationale et 1984, c'est le moment o&#249; le thatch&#233;risme remet en question toutes les grandes institutions du compromis social d'apr&#232;s-guerre. Au m&#234;me moment, dans les m&#233;dias disparaissent les gens les plus qualifi&#233;s pour parler des conflits du monde du travail, des relations entre les syndicats et le gouvernement, avec une expertise sur la question des politiques industrielles, des n&#233;gociations, des gr&#232;ves, etc. R&#233;sultat : le discours d&#233;sormais dominant construit la classe ouvri&#232;re d&#233;sindustrialis&#233;e comme un milieu compl&#232;tement rel&#233;gu&#233;, voire criminel. Et cette disqualification, cette rel&#233;gation symbolique des mineurs, en l'occurrence, c'est aussi quelque chose qui concerne l'ensemble du monde ouvrier, l'ensemble du monde syndical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette criminalisation, elle est explicite lors de la gr&#232;ve de 1984, par exemple avec l'&#233;pisode d'Orgreave. Orgreave, c'est un lieu pr&#232;s de Sheffield o&#249; il y a eu un piquet de gr&#232;ve tr&#232;s, tr&#232;s important en juin 1984 qui a abouti &#224; une bataille rang&#233;e. Or quand la BBC a montr&#233; les images de Orgreave, elle a invers&#233; l'ordre du montage. C'est-&#224;-dire qu'elle a montr&#233; les mineurs en train de caillasser la police, qui ensuite a charg&#233;. Et finalement il y a eu des excuses apr&#232;s coup sur le mode : &#171; On s'est tromp&#233;s, on a mont&#233; la s&#233;quence &#224; l'envers ! C'est la police qui a charg&#233; en premier &#187;. Les m&#233;dias orientaient clairement leur couverture sur une responsabilit&#233; des mineurs dans la violence, le chaos, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait aussi que dans la communication interne du gouvernement Thatcher, pour les ministres et leurs conseillers, les mineurs &#233;taient r&#233;guli&#232;rement consid&#233;r&#233;s comme des nazis. Il y a un conseiller important de Thatcher (David Hart) qui lui dit : &#171; Je suis all&#233; voir &#224; tel endroit ce meeting avec Arthur Scargill qui &#233;tait le porte-parole du syndicat des mineurs, le NUM [National Union of Mineworkers], j'avais l'impression d'&#234;tre &#224; Nuremberg. &#187;. Chose int&#233;ressante ; dans la m&#234;me p&#233;riode, le &lt;i&gt;Sun&lt;/i&gt; &#8211; ce grand journal &#224; scandales, sensationnaliste, tr&#232;s, tr&#232;s &#224; droite, propri&#233;t&#233; de l'empire m&#233;diatique de Rupert Murdoch, et qui tire &#224; des millions d'exemplaires &#8211; avait d&#233;cid&#233; de faire une premi&#232;re page pendant la gr&#232;ve montrant Arthur Scargill faisant apparemment un salut hitl&#233;rien, avec en gros titre : &#171; Mine f&#252;hrer &#187; (jeu de mots sur &#171; mine/mein f&#252;hrer &#187;). Or, &#224; cette &#233;poque-l&#224;, les journalistes du &lt;i&gt;Sun&lt;/i&gt; avaient refus&#233; de publier cette Une &#8211; une prise de position politique et professionnelle dont je ne connais pas d'&#233;quivalent ult&#233;rieur. D&#232;s 1984, on voit d&#233;j&#224; une mobilisation de motifs relatifs &#224; l'antis&#233;mitisme, au nazisme. Mais pas encore de mani&#232;re compl&#232;tement d&#233;ploy&#233;e dans le champ m&#233;diatique : en 1984-85, on &#233;tait encore en temps de guerre froide et l'association avec &#171; Moscou &#187; restait l'accusation dominante. Le syndicat national des mineurs (NUM) fut donc prioritairement la cible de &#171; r&#233;v&#233;lations &#187; &#8211; totalement d&#233;mont&#233;es quelque temps plus tard &#8211; sur l'&#171; argent de Moscou &#187; ou provenant de la principale figure &#171; terroriste &#187; de l'&#233;poque, le dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a toutes sortes d'autres choses qui sont mobilis&#233;es pour disqualifier et criminaliser. On peut citer, en 1989, l'&#233;pisode du stade de Hillsborough &#224; Sheffield o&#249; eut lieu une rencontre de football entre Liverpool FC et Nottingham Forest. Suite &#224; une gestion polici&#232;re catastrophique de la foule se pressant &#224; l'entr&#233;e du stade, 97 personnes p&#233;rirent dans des conditions particuli&#232;rement horribles. Le lendemain, la presse &#224; scandale, le &lt;i&gt;Sun&lt;/i&gt; en t&#234;te, fait une page sortie du fond des enfers : des fans auraient vol&#233; des victimes, auraient urin&#233; sur la police &#171; courageuse &#187;, auraient agress&#233; des policiers tentant de ranimer des personnes &#233;vanouies. Et cette couverture m&#233;diatique re&#231;oit une validation politique de Thatcher affirmant que la police a fait de son mieux, etc. C'&#233;tait tellement inqualifiable qu'il a fallu qu'un Premier ministre, 23 ans plus tard (en 2012) fasse des excuses publiques, en s&#233;ance parlementaire, pour les dissimulations et mensonges de la police, la diffamation journalistique, l'acharnement de la presse et des m&#233;dias contre les victimes et leurs familles. Cela dit, trente-deux ans plus tard, en 2021, aucun responsable n'avait encore &#233;t&#233; poursuivi, &#224; l'exception du responsable de la s&#233;curit&#233; du stade qui a re&#231;u une amende de 6 500 livres sterling.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au passage, le terme de &#171; criminalisation &#187; n'est pas le mien. C'est le nom d'une politique mise en &#339;uvre en Irlande du Nord par les travaillistes &#224; partir de mars 1976 et poursuivie avec une ferveur fanatique par Thatcher dans les ann&#233;es 1980. Les prisonniers de l'IRA, de l'INLA (autre organisation paramilitaire r&#233;publicaine) incarc&#233;r&#233;s dans la grande prison de Maze voient leurs droits sp&#233;cifiques de prisonniers &#224; caract&#232;re politique retir&#233;s. &#171; Criminalisation &#187; fut l'appellation m&#234;me de cette strat&#233;gie (qui certes n'&#233;tait pas d&#233;pourvue de pr&#233;c&#233;dents). On ne fait plus de politique : la question r&#233;publicaine en Irlande du Nord &#233;tait d&#233;sormais affaire de criminalit&#233; et un peu plus tard, en r&#233;ponse &#224; la gr&#232;ve de la faim de Bobby Sands, d&#233;tenu dans la prison de Maze, Thatcher d&#233;clara : &#171; &lt;i&gt;Crime is crime is crime. It is not political.&lt;/i&gt; &#187; On &#233;tait donc dans une s&#233;quence de durcissement politique marqu&#233; par la r&#233;duction criminelle, dans le champ politique et dans le champ m&#233;diatique, des deux grands adversaires du pouvoir n&#233;oconservateur des ann&#233;es 1980, c'est-&#224;-dire le mouvement ind&#233;pendantiste irlandais en Irlande du Nord, et le mouvement syndical dans sa composante la plus combative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Donc, c'est sous le thatch&#233;risme que na&#238;t cette hostilit&#233; syst&#233;matique des m&#233;dias envers la gauche traditionnelle, attach&#233;e &#224; la d&#233;fense du monde ouvrier.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons qu'il y a un moment propre aux ann&#233;es 1980. Un exemple (avec celui de la gr&#232;ve de 1984) est la campagne extr&#234;mement virulente contre la gauche du parti travailliste. &#192; la fin des ann&#233;es 1970 et au d&#233;but des ann&#233;es 1980, &#233;merge un dirigeant tr&#232;s &#224; gauche : Tony Benn, une figure de premier plan, qui a &#233;volu&#233; vers la gauche au fil de sa carri&#232;re. Ministre de l'Industrie en 1975-1976, il brigue ensuite la direction du parti. Il y a donc le risque de voir le Labour dirig&#233; par une figure embl&#233;matique, pas juste travailliste, mais dans une tradition explicitement socialiste, avec des liens avec la gauche radicale anticapitaliste, avec des r&#233;f&#233;rences au marxisme, aux grandes exp&#233;riences de contr&#244;le ouvrier des ann&#233;es 1970 en Grande-Bretagne, elles-m&#234;mes parfois inspir&#233;es par les exp&#233;riences yougoslave, portugaise ou de la jeune Alg&#233;rie ind&#233;pendante. Tony Benn proposait un programme : l'Alternative Economics Strategy, la strat&#233;gie &#233;conomique alternative. Et il y a de bonnes raisons de penser que la formule c&#233;l&#232;bre de Margaret Thatcher, &#171; Il n'y a pas d'alternative &#187;, n'&#233;tait pas seulement une formule g&#233;n&#233;rale pour imposer une norme n&#233;olib&#233;rale exclusive, les privatisations, etc., mais r&#233;sonnait aussi dans le contexte proprement britannique, en r&#233;ponse &#224; une certaine radicalit&#233; qui s'&#233;tait exprim&#233;e au cours des ann&#233;es 1970 et qui se prolongeait alors dans la &#171; strat&#233;gie &#233;conomique alternative &#187;, le programme de rupture associ&#233; &#224; Tony Benn.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc l'hostilit&#233; &#224; Benn, c'est une hostilit&#233; &#224; la gauche, une gauche qui repr&#233;sente vraiment une menace. D'ailleurs, les m&#233;dias en prennent la mesure : on parle alors de la &#171; &lt;i&gt;loony left&lt;/i&gt; &#187;, de gauche cingl&#233;e, et dans les journaux, on voit Tony Benn, Ken Livingstone et une s&#233;rie d'autres dirigeants pris en photo au moment le plus d&#233;favorable, o&#249; ils ont l'air vraiment dingues. Il s'agit d'&#233;carter ce danger, et ce danger va &#234;tre &#233;cart&#233; lorsque Neil Kinnock prendra la t&#234;te du parti dans les ann&#233;es 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que tout ceci n'est pas sans pr&#233;c&#233;dent, l&#224; encore. Il faudrait parler du r&#244;le de la jeune BBC face &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1926 ; &#224; celui du &lt;i&gt;Daily Mail&lt;/i&gt; et sa fausse &#171; lettre de Zinoviev &#187; aux travaillistes &#224; la veille des &#233;lections d'octobre 1924 ; aux rumeurs d'espionnage pour le compte de l'URSS dirig&#233;es contre le Premier ministre travailliste, Harold Wilson, &#224; la fin des ann&#233;es 1960.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1980 repr&#233;sentent un seuil dans cette histoire et dans les ann&#233;es 1990, on peut parler d'un basculement et d'un d&#233;litement de tout l'h&#233;ritage ouvrier du XXe si&#232;cle et de cette esp&#232;ce de pilier syndical de l'&#201;tat britannique d'apr&#232;s-guerre &#8211; il y avait quand m&#234;me 13 200 000 syndiqu&#233;s en 1980 ! Au gr&#233; de la d&#233;sindustrialisation, de la mont&#233;e du ch&#244;mage de masse et des lois antisyndicales, il y a un reflux de cette construction sociale et politique gigantesque, centrale dans la culture politique britannique, et ce reflux devient une v&#233;ritable rel&#233;gation symbolique dans des m&#233;dias appliqu&#233;s &#224; c&#233;l&#233;brer la nouveaut&#233; de la fin de la guerre froide et de la disparition des bastions du monde ouvrier le plus familier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;C'est sur ce terreau que Tony Blair arrive au pouvoir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blair est &#233;lu avec une forte majorit&#233; absolue en 1997. Blair est soutenu m&#233;diatiquement par le principal soutien historique de la droite, c'est-&#224;-dire Rupert Murdoch et le journal le &lt;i&gt;Sun&lt;/i&gt;. Quand Blair est &#233;lu, le &lt;i&gt;Sun&lt;/i&gt; fait une premi&#232;re page o&#249; il titre : &#171; &lt;i&gt;It's the Sun wot won it&lt;/i&gt; &#187;. C'est une expression d'anglais oral un peu &lt;i&gt;cockney&lt;/i&gt;, un peu famili&#232;re, qui signifie : &#171; C'est gr&#226;ce &#224; nous &#187;. Donc quand on dit &#171; Blair, c'est la droite &#187;, ce n'est pas juste des proc&#232;s d'intention. Dans le succ&#232;s m&#233;diatique de ce n&#233;o-travaillisme il y a une esp&#232;ce de f&#233;tichisme du nouveau, c'est la nouvelle &#233;conomie, le nouvel ordre post-guerre froide apr&#232;s la chute du Mur, etc., on est encore dans ce moment-l&#224; de triomphalisme et il y a un r&#233;alignement m&#233;diatique sur cette &#171; gauche moderne &#187;. Pourquoi elle est moderne ? Parce que Blair fait abolir dans un vote du Congr&#232;s la clause IV de la constitution du parti travailliste qui disait de mani&#232;re vague que le parti travailliste visait la propri&#233;t&#233; commune des moyens de production. Cette formule cens&#233;e repr&#233;senter l'ambition &#171; socialiste &#187; du travaillisme faisait signe en direction de politiques de nationalisation, d'&#233;tatisation, sans que l'on puisse m&#234;me parler de socialisme d'&#201;tat. En tout cas, symboliquement, le renoncement formel &#224; cette clause IV &#233;tait le signal d'une &#171; modernisation &#187;, o&#249; le march&#233;, la libre concurrence, l'entreprise &#233;taient maintenant mis au centre, c'est &#231;a qui compte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Et comment les m&#233;dias de gauche r&#233;agissent-ils &#224; ce moment-l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;dias de gauche, c'est quoi, en Grande-Bretagne ? Souvent, on pense que dans la presse, le m&#233;dia de gauche, de centre gauche, principal serait le &lt;i&gt;Guardian&lt;/i&gt;. Et l'&lt;i&gt;Observer&lt;/i&gt;. Au vu des derni&#232;res ann&#233;es, on a du mal &#224; se dire &#231;a. Au &lt;i&gt;Guardian&lt;/i&gt;, qui est une expression du centre gauche travailliste, on peut parfois trouver des travaux d'enqu&#234;te tr&#232;s pouss&#233;s, la r&#233;v&#233;lation de vraies affaires, des choses magnifiques sur le plan journalistique. Apr&#232;s, il y a ce qui rel&#232;ve de la routine informationnelle qui n'est pas du tout du m&#234;me ordre et qui est finalement tr&#232;s conformiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meilleur exemple que je peux donner c'est le magazine du parti communiste britannique. Historiquement le PC britannique a toujours &#233;t&#233; tr&#232;s petit mais influent, notamment dans le monde syndical. Et surtout, son magazine &lt;i&gt;Marxism Today&lt;/i&gt; avait &#224; la fin des ann&#233;es 1980 et au d&#233;but des ann&#233;es 1990 un rayonnement &#233;norme, jusqu'&#224; voir des ministres conservateurs lui donner des interviews. On pouvait y lire des articles de c&#233;l&#233;brit&#233;s de la gauche intellectuelle comme Eric Hobsbawm ou Stuart Hall. Eh bien, m&#234;me cette revue a contribu&#233; &#224; une esp&#232;ce d'illusion blairiste. M&#234;me pour Eric Hobsbawm, le grand historien li&#233; au PC, comme pour beaucoup de gens dans le milieu intellectuel et en lien avec la presse class&#233;e &#224; gauche en Grande-Bretagne, il y a une esp&#232;ce d'adh&#233;sion &#224; cette nouveaut&#233; travailliste qui prend acte de la chute du Mur, qui prend acte de la d&#233;sindustrialisation de l'&#233;conomie britannique et surtout qui permet d'en finir avec un pouvoir conservateur d&#233;test&#233; et continuellement au pouvoir pendant 18 ans. Donc il y a une esp&#232;ce de consensus autour de l'&#233;mergence du n&#233;o-travaillisme qui veille de son c&#244;t&#233; &#224; ma&#238;triser son image : les d&#233;penses de communication du gouvernement Blair sont le double de celles de Thatcher qui en faisait d&#233;j&#224; beaucoup en la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Et apr&#232;s la longue nuit blairiste, on arrive en 2015 avec l'accession de Jeremy Corbyn &#224; la t&#234;te du Labour. Il est en butte &#224; l'hostilit&#233; des m&#233;dias d'embl&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Corbyn arrive &#224; la t&#234;te du parti en 2015, on pense d'abord que ce type-l&#224; ne sera jamais &#233;lu ; les parrainages de parlementaires travaillistes lui ont permis de briguer l'investiture pour pouvoir afficher un certain pluralisme. Mais assez rapidement, et contre toute attente, il y a un engouement &#233;norme. Certains commencent &#224; angoisser. Commencent &#224; resurgir &#171; la gauche radicale &#187;, les dangers qu'il ferait courir &#224; l'&#233;conomie, &#224; la d&#233;fense du pays et les connexions avec l'Irlande : c'est &#171; l'ami des terroristes irlandais &#187;. Mais &#231;a, &#231;a ne marche plus car pour toute une g&#233;n&#233;ration, c'est d&#233;pass&#233;, c'est les ann&#233;es 1970, ils s'en fichent. Voire, quand ils savent des choses sur les ann&#233;es 1970, ils estiment que c'&#233;tait pas mal sur plein de questions : de logement, de salaire, de politique sociale, etc. Et puis Gerry Adams et le Sinn Fein &#233;taient devenus des acteurs politiques &#233;lectoraux l&#233;gitimes et de premier plan. Donc tout &#231;a ne marche pas, alors on l'attaque aussi sur le fait qu'il soit soutenu par une gauche radicale, soi-disant violente, qui pratiquerait l'intimidation, avec de vraies fabrications de faux &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les activistes de la Media Reform Coalition, sorte d'&#233;quivalent britannique d'Acrimed, ainsi que plusieurs &#233;tudes d'universitaires qui ont fait un travail quantitatif sur de gros corpus et de longues p&#233;riodes ont montr&#233; que le traitement m&#233;diatique des travaillistes sous Corbyn, et de Corbyn lui-m&#234;me, &#233;tait quasi universellement d&#233;favorable. D&#232;s 2015, le &lt;i&gt;Guardian&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; absolument complice de ce sabotage, et le restera de bout en bout. Dans la presse s&#233;rieuse, il y a le journal &lt;i&gt;The Independent&lt;/i&gt;, qui a assez longtemps trait&#233; Corbyn et la gauche corbyniste de mani&#232;re plut&#244;t objective. Mais &#224; un moment, &#231;a s'arr&#234;te et on a quelque chose qui ressemble &#224; une reprise en main et un alignement sur la campagne anti-Corbyn.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Globalement, jusqu'&#224; 2017, on met l'accent sur l'incomp&#233;tence de Corbyn, &#171; le type qui ne saura pas faire &#187;. Non seulement son incomp&#233;tence mais comme il est issu de la circonscription londonienne de Islington, jadis quartier tr&#232;s populaire devenu un quartier qu'on appellerait &#171; petit bourgeois de gauche &#187;, on lui reproche d'&#234;tre &#233;lu par une jeunesse plut&#244;t dipl&#244;m&#233;e, d&#233;connect&#233;e des &#171; r&#233;alit&#233;s &#187; du &#171; pays profond &#187; &#8211; sur une variation des malheurs de la &#171; classe ouvri&#232;re blanche &#187;. Donc subitement, le reste de l'&#233;chiquier politique trouve que les ouvriers, c'est super, et que les jeunes dipl&#244;m&#233;s sur les bancs de la fac sont dans leur bulle, ne connaissant rien &#224; l'authenticit&#233; ouvri&#232;re. Et dans les m&#233;dias infuse cette id&#233;e que Corbyn conduit &#224; la catastrophe parce qu'il est soutenu par de petits groupes marginaux, de nantis, et notamment, au sein du parti travailliste, par Momentum qui a &#233;t&#233; fond&#233; pour soutenir sa campagne et qui serait compos&#233; d'une jeunesse bobo, des &#171; extr&#233;mistes &#187; d&#233;connect&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un premier test &#233;lectoral &#224; la toute fin de l'ann&#233;e 2015 avec une &#233;lection partielle dans une circonscription du nord du pays et l'on pense que ce sera le d&#233;but de la fin pour Corbyn qui est cens&#233; essuyer un revers. Le journaliste du &lt;i&gt;Guardian&lt;/i&gt; va faire un reportage sur place : c'est le nord, il pleut, les gens sont pauvres, ils sont cons mais on les aime parce que de toute fa&#231;on, ils d&#233;testent la gauche &#8211; bref, tous les clich&#233;s y passent et ces m&#233;dias pr&#233;disent une grosse claque pour la gauche travailliste. Or le candidat soutenu par Corbyn est &#233;lu &#224; une large majorit&#233; et &#224; chaque nouvelle &#233;lection, l'&#233;chec attendu &#8211; et esp&#233;r&#233; par la grande majorit&#233; du parti travailliste parlementaire &#8211; n'arrive pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand arrivent les l&#233;gislatives anticip&#233;es en juin 2017, dans les sondages &#231;a se pr&#233;sente mal, tout le monde est tr&#232;s content, pensant qu'il va se prendre une racl&#233;e et sera enfin oblig&#233; de laisser la place. Mais &#224; mesure que l'&#233;lection approche, les travaillistes remontent, Theresa May commet des maladresses terribles, et le jour du vote le parti travailliste conna&#238;t sa plus forte progression &#233;lectorale depuis 1945, en gagnant des circonscriptions qu'il n'avait jamais r&#233;ussi &#224; prendre. Et il r&#233;ussit &#231;a malgr&#233; un acharnement de tous les m&#233;dias : &#171; Corbyn l'incomp&#233;tent &#187;, le &#171; non premier ministrable &#187;, la &#171; calamit&#233; &#187;, &#171; l'hiver nucl&#233;aire &#187;, la &#171; fin du d&#233;bat d&#233;mocratique en Grande-Bretagne &#187;, etc. Cela dit, la campagne &#233;lectorale impose d'accorder un temps de parole qui permet &#224; cette gauche de s'adresser plus directement au pays, et le programme anti-aust&#233;rit&#233;, ainsi que l'engagement &#224; respecter l'issue du r&#233;f&#233;rendum sur le Brexit acqui&#232;rent une tr&#232;s large audience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Justement, cette s&#233;rie de bons r&#233;sultats &#233;lectoraux ne lui offre pas un certain r&#233;pit sur le terrain m&#233;diatique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, &#231;a ne cesse jamais. Non seulement Corbyn est de gauche, mais en plus il est issu d'un milieu de petite classe moyenne populaire, qui n'a pas fait les &#233;coles classiques de l'&#233;lite politique. On est en Grande-Bretagne, et Corbyn n'est pas un produit de ce gros r&#233;sidu aristocratique, nobiliaire. Tant que ces gens sont sur les arri&#232;res bancs du Parlement &#231;a va encore, mais l'id&#233;e qu'ils puissent arriver &#224; Downing Street&#8230; Il y a une disqualification sociale et symbolique qui est tr&#232;s forte. Boris Johnson a, lui, la particularit&#233; d'&#234;tre tellement l'homme du s&#233;rail que ses bouffonneries et ses outrances sont acceptables, ses saillies formidablement sympathiques. Une personne jamais s&#233;rieuse, qui d&#233;conne, qui arrive d&#233;coiff&#233;e avec sa tasse de th&#233;, une esp&#232;ce de caricature de nobliau excentrique sorti d'une com&#233;die du genre &#171; Quatre mariages et un enterrement &#187;. Donc &#231;a, pas de probl&#232;me ; mais Corbyn, jamais de la vie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est vrai qu'apr&#232;s cette presque victoire en 2017, la progression &#233;lectorale des travaillistes est telle que personne ne songe &#224; lui demander de quitter la t&#234;te du Labour. D'habitude c'est &#171; tu perds, tu pars &#187;, l&#224; non. Par ailleurs, dans les mois qui vont suivre, la structure bureaucratique au service de la direction du parti qui est enti&#232;rement acquise au blairisme va &#234;tre renouvel&#233;e avec l'arriv&#233;e d'une nouvelle secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale, Jenny Formby, issue du monde syndical, proche de Corbyn, et de beaucoup de gens loyaux. La direction du parti paraissait donc en bien meilleur &#233;tat de marche pour permettre une victoire prochaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249;, apr&#232;s une br&#232;ve p&#233;riode d'accalmie post-&#233;lectorale, une reprise des attaques. Par exemple, vers f&#233;vrier-mars 2018, se r&#233;pand la rumeur selon laquelle Corbyn &#233;tait un agent des services de renseignement tch&#233;coslovaques en 1986. C'est un d&#233;put&#233; conservateur qui a sorti &#231;a. Il y a eu une d&#233;marche en justice, il s'est pris une amende de 30 000 &#163;, &#231;a s'est r&#233;gl&#233; comme &#231;a, mais &#231;a a dur&#233; 15 jours. Et le truc est tellement &#233;norme que m&#234;me les m&#233;dias les plus hostiles n'ont pas trop insist&#233; dessus. Mais &#224; peu pr&#232;s dans les m&#234;mes semaines (vers mars 2018), Newsnight &#8211; un programme de commentaire politique de la BBC &#8211; utilise en arri&#232;re-plan, pendant toute la dur&#233;e de l'&#233;mission, une image de Corbyn avec une casquette genre bolch&#233;vique sur fond de Kremlin rougeoyant... Mais &#231;a, ce n'est rien en comparaison de l'extr&#234;me virulence du programme documentaire phare de BBC 1, &#171; Panorama &#187;, diffus&#233; &#224; l'&#233;t&#233; 2019, sur l'antis&#233;mitisme dans le Labour quelques mois seulement avant les &#233;lections de d&#233;cembre 2019. Il faut regarder l'indispensable documentaire &#8211; &#171; The Labour File &#187; &#8211; qu'Al Jazeera a consacr&#233; &#224; cet &#233;pisode, entre autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que les m&#233;dias fran&#231;ais s'int&#233;ressent alors &#224; ce qui passe chez les travaillistes, et si c'est le cas est-ce qu'ils sont aussi hostiles &#224; Corbyn que leurs confr&#232;res britanniques ? Parce qu'en France, &#224; la m&#234;me &#233;poque, M&#233;lenchon qui a fait pr&#232;s de 20 % &#224; la pr&#233;sidentielle, est en permanence dans le collimateur des m&#233;dias.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti travailliste qui avait environ 200 000 militants en 2015 se retrouve avec pr&#232;s de 600 000 militants deux ans plus tard, au moment o&#249; la plupart des autres partis sociaux-d&#233;mocrates europ&#233;ens sont mal en point. Il se passe donc quelque chose d'&#233;norme. Dans les m&#233;dias fran&#231;ais, ce ph&#233;nom&#232;ne n'a &#233;veill&#233; aucune curiosit&#233;. Compte tenu de l'&#233;tat du PASOK grec, du PS en France, alors qu'&#224; un moment, ces partis sociaux-d&#233;mocrates &#233;taient h&#233;g&#233;moniques en Europe, la singularit&#233; britannique aurait d&#251; susciter un int&#233;r&#234;t certain. Mais non, rien. Il y en a qui ont quand m&#234;me r&#233;ussi &#224; se distinguer dans la malfaisance, je me souviens, par exemple, des chroniques de Claude Askolovitch, d'une hargne effrayante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de la comparaison avec M&#233;lenchon et LFI, l'une des grandes diff&#233;rences c'est que Corbyn est &#224; la t&#234;te d'un &#233;norme parti de la social-d&#233;mocratie historique, qui est l&#224; depuis pr&#232;s de 120 ans et qui est forc&#233;ment appel&#233; &#224; exercer le pouvoir dans un syst&#232;me bipartisan. Donc en termes de structuration politique et institutionnelle, la diff&#233;rence est consid&#233;rable avec la France. Mais globalement, on voit que les situations sont tr&#232;s similaires. Comme dans le cas de Corbyn, M&#233;lenchon est construit en point de cristallisation de tous les malaises de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. L'autre jour, j'entends dans la matinale de France Culture le gars qui fait un petit billet politique tous les matins, qui est toujours tr&#232;s gentil et tr&#232;s agr&#233;able, mais qui reprend l'antienne selon laquelle Jean-Luc M&#233;lenchon &#171; a brutalis&#233; le d&#233;bat politique &#187;. L'&#233;l&#233;ment de malaise et de brutalisation du d&#233;bat politique, c'est Jean-Luc M&#233;lenchon. Les gens qui ont perdu une main ou un &#339;il dans des manifestations de Gilets jaunes, les dirigeants politiques qui ont utilis&#233; plus de vingt fois le 49.3, l'extr&#234;me droite qui a sa chaine d'info, tout &#231;a, ce n'est pas une brutalisation du champ politique ! Mais que M&#233;lenchon ait un ton pol&#233;mique, c'est insupportable, c'est &#231;a la violence&#8230; Son bilan de la semaine sur son blog, c'est une contribution au d&#233;bat politique en termes de contenu, en termes d'information qui est quand m&#234;me d'assez haut niveau, que l'on soit d'accord ou pas. Pourtant, le cadrage m&#233;diatique archi dominant c'est que c'est lui, M&#233;lenchon, &#171; l'&#233;l&#233;ment toxique de la situation &#187;. Et se greffe l&#224;-dessus un certain choix des mots qui trahirait une esp&#232;ce de fond d'antis&#233;mitisme. &#199;a fait des ann&#233;es que &#231;a dure mais depuis le 7 octobre &#231;a a ressurgi tr&#232;s fort et cela participe, entre autres &#233;l&#233;ments, &#224; l'analogie avec Corbyn entre 2017 et 2019 en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Tu peux nous expliquer comment et pourquoi ces accusations d'antis&#233;mitisme contre Corbyn ont surgi &#224; l'&#233;poque ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 2017, il y a ces trois facteurs : augmentation des effectifs, mise en coh&#233;rence de l'appareil et progression &#233;lectorale importante. Les corbynistes semblent avoir r&#233;ussi &#224; remettre le parti en ordre de marche pour revenir au pouvoir. Et c'est l&#224; que l'on passe &#224; un ciblage concentr&#233; et syst&#233;matique sur la question de l'antis&#233;mitisme, tout le reste n'ayant pas fonctionn&#233; jusqu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 2018, commencent les marches du retour &#224; Gaza. Et il y a ces images terribles des militaires isra&#233;liens qui abattent comme des animaux des gens qui marchent avec des drapeaux jusqu'&#224; la fronti&#232;re. Il y a environ 250 morts et des dizaines de milliers de bless&#233;s sur un peu plus d'un an. Corbyn est identifi&#233; comme un pro-palestinien historique. Il n'est pas un soutien complet du mouvement BDS (Boycott, d&#233;sinvestissement, sanctions) mais on le juge quand m&#234;me pas mal en phase. Il faut bien avoir en t&#234;te que le Palestine Solidarity Campaign, qui est l'un des plus gros mouvements anticoloniaux au monde et qui est &#224; l'origine des grandes manifestations qu'on a vues ces derniers mois, est identifi&#233; comme tr&#232;s en lien avec Corbyn. Et comme traditionnellement, historiquement, la classe politique et les m&#233;dias sont tr&#232;s pro-isra&#233;liens en Grande-Bretagne, il va donc falloir &#224; la fois bloquer Corbyn et neutraliser les images qui viennent de Gaza. Donc plut&#244;t que de parler de Gaza, on va dire &#171; Corbyn est antis&#233;mite, et toute la gauche autour de lui, &#233;lus et camarades juifs et juives inclus, sont des antis&#233;mites &#187;, et ce &#224; tout propos. Les exemples sont sans fin, mais je peux en donner un ou deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des premiers scandales autour du pr&#233;tendu antis&#233;mitisme de Corbyn, c'est un truc qu'il faudrait toujours rappeler. En avril 2018, Corbyn est invit&#233; au repas de Pessah par une organisation juive tr&#232;s &#224; gauche et religieuse : Jewdas. Jewdas est vraiment dans la tradition de la gauche radicale juive, si centrale dans l'histoire de la gauche radicale europ&#233;enne, et clairement antisioniste. Et c'est rapport&#233; ainsi : il va f&#234;ter une f&#234;te juive avec des antis&#233;mites, et des gens (des Juifs pratiquants) qui pourraient encourager l'antis&#233;mitisme. Corbyn aurait commis une terrible erreur de jugement en acceptant leur invitation &#171; &#224; ce moment-l&#224; &#187; (comme si plus t&#244;t ou plus tard y aurait chang&#233; quoi que ce soit !). Et c'est parti ! &#199;a a &#233;t&#233; un des &#233;pisodes marquants du scandale. Et des exemples comme &#231;a, ridicules, on peut les multiplier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des premiers axes d'attaque, dans l'&#233;t&#233; qui a suivi, fut autour de l'IHRA (l'Alliance internationale pour la m&#233;moire de l'holocauste) et de la d&#233;finition de l'antis&#233;mitisme qu'elle reprend, assortie de onze exemples. &#192; ce stade, cette d&#233;finition avait &#233;t&#233; adopt&#233;e par neuf &#201;tats dans le monde, dont Isra&#235;l. C'est une d&#233;finition qui a &#233;t&#233; rejet&#233;e par son concepteur m&#234;me, Kenneth Stern, aux &#201;tats-Unis, apr&#232;s avoir constat&#233; l'usage qui en &#233;tait fait sur les campus am&#233;ricains pour emp&#234;cher les gens de d&#233;battre sur la question palestinienne, notamment parce que sur les onze exemples utilis&#233;s, sept font l'amalgame entre critique d'Isra&#235;l et antis&#233;mitisme. Pourtant on assiste &#224; une campagne pour dire que le parti travailliste doit adopter cette d&#233;finition pour apporter la preuve qu'il n'est pas antis&#233;mite. Les travaillistes disent &#171; on va regarder &#187;, la pression est super forte, c'est le feuilleton de l'&#233;t&#233; 2018. Ils disent : &#171; on peut adopter la d&#233;finition mais on ne va pas garder tous les exemples parce qu'ils posent probl&#232;me, notamment en termes de libert&#233; d'expression &#187;. Et le seul fait qu'ils disent que &#231;a va poser probl&#232;me suscite des critiques, on entend : &#171; le parti travailliste, la gauche travailliste, Corbyn, ne veulent pas entendre parler d'une d&#233;finition de l'antis&#233;mitisme, et donc c'est qu'ils sont antis&#233;mites &#187;. Pour vous donner une id&#233;e de la teneur et du niveau des d&#233;bats, je me rappelle avoir &#233;cout&#233; une fameuse &#233;mission de la BBC (Women's Hours, Radio 4) dans laquelle Margareth Hodge, qui est une vieille d&#233;put&#233;e travailliste plut&#244;t gauchiste dans les ann&#233;es 1970, mais devenue tr&#232;s droiti&#232;re et pro-isra&#233;lienne, affirme que c'est incroyable que le parti ne veuille pas adopter cette d&#233;finition parce qu'elle explique qu'il y aurait &#171; des tonnes de pays qui l'auraient d&#233;j&#224; fait &#187; (&#171; &lt;i&gt;tons of countries&lt;/i&gt; &#187;) &#8211; alors qu'ils sont moins de dix en r&#233;alit&#233; &#224; l'&#233;poque&#8230; C'est un mensonge caract&#233;ris&#233;, de la pure d&#233;sinformation, mais sans aucune correction d'aucune sorte de la part de l'intervieweuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est int&#233;ressant, c'est que le parti lib&#233;ral d&#233;mocrate britannique a des &#233;lus qui sont clairement pro-palestiniens et qui ont eu un d&#233;bat sur cette d&#233;finition. Et il n'en a jamais &#233;t&#233; question une minute dans les m&#233;dias britanniques. Le gros de la critique a port&#233; sur les travaillistes, a &#233;t&#233; nourri de l'int&#233;rieur du parti par des composantes oppos&#233;es &#224; Corbyn et entretenu par l'inertie m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;pisode a cristallis&#233; toutes ces th&#233;matiques-l&#224;. Il a permis ensuite de cr&#233;er une rumeur persistante, o&#249; aucune des accusations ne tient s&#233;rieusement mais o&#249; chacune contribue &#224; entretenir un bruit permanent. Alors je vous donne encore quelques exemples. Il y a cette &#233;lue issue de la gauche socialiste au sein du parti travailliste, Jo Bird, une femme tr&#232;s &#224; gauche qui revendique sa jud&#233;it&#233;. Dans un meeting, elle fait une plaisanterie. Elle dit que les proc&#232;s en antis&#233;mitisme contre le Labour sont injustes, qu'il faut que les gens aient droit &#224; un proc&#232;s &#233;quitable. Et en anglais, on dit proc&#233;dure &#233;quitable, due process, c'est-&#224;-dire un processus respectueux des r&#232;gles internes du cahier des charges travailliste. Elle fait un jeu de mots : en anglais due process &#231;a ressemble &#224; jew process. Elle fait ce jeu de mots l&#224;, qu'on pourrait consid&#233;rer tout &#224; fait inoffensif, et tu pourrais m&#234;me dire qu'elle fait appel &#224; une &#233;thique juive de la justice. Ce jeu de mot est devenu une nouvelle nationale ! La gauche corbyniste vient encore de faire la preuve de son antis&#233;mitisme ! &#199;a ne dure pas tr&#232;s longtemps, mais c'est une nouvelle nationale jusqu'&#224; la suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple : Corbyn fait le d&#233;bat de fin de campagne avec Boris Johnson, et &#224; un moment, il parle de l'affaire Epstein, le p&#233;dophile ami des puissants aux &#201;tats-Unis et ailleurs. En anglais, &#231;a se prononce Epstine, et Corbyn prononce Epsta&#239;ne. Et l&#224; sur Twitter un com&#233;dien assez connu dit &#171; Corbyn ne peut pas s'emp&#234;cher d'ostraciser les Juifs &#187; (&lt;i&gt;othering Jews&lt;/i&gt;). D'autres gens r&#233;pondent &#171; ben non, mon nom vient de d'Allemagne, d'Europe centrale, c'est comme &#231;a qu'il faudrait prononcer &#187;, et donc tu as un d&#233;bat l&#224;-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;re anecdote : dans sa circonscription, o&#249; il y a des synagogues et des organisations juives qui le soutiennent depuis toujours, il y a un type qui a longtemps organis&#233; des comm&#233;morations du massacre qui a eu lieu dans le village palestinien de Deir Yassin en 1948, Paul Eisen. Or ce type a fini par virer n&#233;gationniste. Mais Corbyn bien avant cela, et comme beaucoup d'autres, avait contribu&#233; financi&#232;rement aux comm&#233;morations avec toutes sortes de gens, dont certains rabbins, des la&#239;ques, des religieux, etc. Eh bien Corbyn est accus&#233; d'&#234;tre proche des n&#233;gationnistes ! On se dit que &#231;a ne va pas &#234;tre trop difficile de voir que cette accusation ne peut pas tenir parce qu'on retrouve en ligne la lettre du cabinet de Tony Blair, au m&#234;me mec, Paul Eisen, pour s'excuser de ne pas pouvoir &#234;tre pr&#233;sent et pour le remercier de l'organisation de cet &#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et bien entendu, jamais un seul mot, nulle part, sur les expressions r&#233;p&#233;t&#233;es de soutien &#224; Corbyn des personnes et organisations juives, &#224; commencer par celles de sa circonscription, en Grande-Bretagne et ailleurs dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, je pourrais continuer quasiment &#224; l'infini. L'analogie avec ce qui se passe pour La France Insoumise et, en particulier pour Jean-Luc M&#233;lenchon, est &#233;vidente, la ressemblance est absolument frappante. Et on se rappelle que Sanders aux &#201;tats-Unis y avait eu droit aussi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Et finalement, c'est sur cette question qu'ils vont finir par avoir sa peau apr&#232;s la d&#233;faite &#233;lectorale de 2019, jusqu'&#224; l'exclure du parti travailliste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, aujourd'hui, il est d&#233;put&#233; ind&#233;pendant, il a &#233;t&#233; suspendu, puis r&#233;int&#233;gr&#233; par le comit&#233; ex&#233;cutif national, mais Starmer a d&#233;cid&#233; de l'exclure quand m&#234;me en contravention de toutes les recommandations qui avaient &#233;t&#233; faites dans le rapport que Corbyn n'a m&#234;me pas contest&#233;. Corbyn a dit bien s&#251;r que l'antis&#233;mitisme existe, il n'est pas question de le contester, mais que son ampleur dans le parti travailliste a &#233;t&#233; vastement exag&#233;r&#233;e. Ce qui est absolument et ind&#233;niablement vrai. En dehors de Corbyn il y en a un paquet d'autres qui ont &#233;t&#233; soit rappel&#233;s &#224; l'ordre, soit exclus. L'autre cas c&#233;l&#232;bre, c'est Ken Loach, quand l'Universit&#233; libre de Bruxelles (ULB) a voulu lui remettre un titre de docteur Honoris causa, il y a m&#234;me eu une campagne pour dire qu'il &#233;tait n&#233;gationniste. Alors il y a bien s&#251;r des r&#233;actions contre &#231;a de tout un tas d'organisations de gauche, par exemple tu as la Jewish Voice for Labour, ce sont des gens qui ont leur site, qui contre-argumentent en permanence et qui d&#233;fendent des positions de gauche antisioniste, mais la question c'est que &#231;a ne passe pas le seuil du &lt;i&gt;reporting&lt;/i&gt;, &#231;a ne perce pas dans les grands m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Et pour finir, est-ce que tu peux nous dire un mot de la situation actuelle ? Keir Starmer &#233;tait soutenu par le &lt;i&gt;Sun&lt;/i&gt;, le parti travailliste compl&#232;tement recentr&#233; &#8211; &#224; tel point qu'un &#233;ditorialiste c&#233;l&#232;bre du &lt;i&gt;Guardian&lt;/i&gt; a annonc&#233; rendre sa carte du parti &#8211;, est-ce qu'on est repartis pour vingt ans d'une resuc&#233;e de blairisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;&#233;lection de Corbyn dans sa circonscription, avec une tr&#232;s large majorit&#233;, et contre une campagne du Labour tr&#232;s d&#233;termin&#233;e &#224; l'&#233;liminer enfin compl&#232;tement de la sc&#232;ne politique met un peu de baume au c&#339;ur. L'&#233;lection de quatre autres ind&#233;pendants pro-palestiniens positionn&#233;s contre le Labour inconditionnellement pro-Isra&#235;l, est aussi un motif d'encouragement. &#192; quoi il faut ajouter que le Labour 2024, &#171; responsable &#187;, ouvertement repositionn&#233; &#224; droite sur un ensemble de questions, et qui a donc fait l'objet d'un traitement m&#233;diatique tout &#224; fait bienveillant, obtient 500 000 voix de moins qu'en 2019, d&#233;faite de Corbyn dramatis&#233;e, pr&#233;sent&#233;e comme la pire de l'histoire travailliste, afin de mieux justifier le r&#233;alignement droitier du parti et de pr&#233;parer l'exclusion de ses composantes plus &#224; gauche. Bref, il y a quelques le&#231;ons encourageantes &#224; tirer de cette affaire, et malgr&#233; les apparences dues au mode de scrutin (qui induit une distorsion sans pr&#233;c&#233;dent entre vote et majorit&#233; parlementaire), on doit constater que manifestement, le Labour de Starmer, m&#234;me apr&#232;s 14 ans d'agression sociale et d'extr&#233;misme tory, ne fait pas r&#234;ver, pour dire le moins, et on est tr&#232;s, tr&#232;s loin de l'euphorie qui avait accompagn&#233; pour un temps la premi&#232;re &#233;lection de Blair en 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Blaise Magnin&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Thibault Roques&lt;/strong&gt;, avec une retranscription collective d'adh&#233;rent&#183;e&#183;s d'Acrimed.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ukraine : quand les m&#233;dias s'int&#233;ressent enfin aux civils (FAIR)</title>
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		<dc:date>2022-05-03T11:49:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>FAIR</dc:creator>


		<dc:subject>Fairness and Accuracy In Reporting (FAIR)</dc:subject>
		<dc:subject>Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Irak</dc:subject>
		<dc:subject>USA (m&#233;dias des)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des cha&#238;nes d'info &#233;tatsuniennes.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-2022-Guerre-en-Ukraine-" rel="directory"&gt;2022 : Guerre en Ukraine&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Fairness-and-Accuracy-In-Reporting-FAIR-+" rel="tag"&gt;Fairness and Accuracy In Reporting (FAIR)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Ukraine-+" rel="tag"&gt;Ukraine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Irak-+" rel="tag"&gt;Irak&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-USA-medias-des-+" rel="tag"&gt;USA (m&#233;dias des)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L110xH150/arton6477-50f54.jpg?1776678925' class='spip_logo spip_logo_right' width='110' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous traduisons ci-dessous un &lt;a href=&#034;https://fair.org/home/how-much-less-newsworthy-are-civilians-in-other-conflicts/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt; paru le 18 mars sur le site de FAIR&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Titr&#233; &#171; How Much Less Newsworthy Are Civilians in Other Conflicts ? &#187;&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, observatoire des m&#233;dias &#233;tatsuniens. Au moment o&#249; tous les m&#233;dias mettent la guerre en Ukraine &#224; la Une, FAIR compare le traitement de ce conflit avec d'autres impliquant les &#201;tats-Unis et leurs alli&#233;s, notamment en Irak. (Acrimed)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Alors que les cha&#238;nes d'information am&#233;ricaines couvraient le choc des premi&#232;res semaines de l'invasion russe en Ukraine, certains observateurs des m&#233;dias &#8212; comme le fondateur de FAIR Jeff Cohen (Common Dreams, &lt;a href=&#034;https://www.commondreams.org/views/2022/02/28/so-what-it-looks-when-corporate-media-opposes-war&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;28/2/22&lt;/a&gt;) &#8212; ont partag&#233; leur impression d'une couverture assez nettement diff&#233;rente de celle de conflits ant&#233;rieurs, notamment l'attention toute particuli&#232;re accord&#233;e aux civils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour objectiver et approfondir cette analyse, FAIR a scrut&#233; la premi&#232;re semaine de couverture de la guerre en Ukraine (24 f&#233;vrier au 2 mars 2022) dans trois journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s : &#171; ABC World News Tonight &#187;, &#171; CBS Evening News &#187; et &#171; NBC Nightly News &#187;. Nous avons utilis&#233; la base de donn&#233;es Nexis pour d&#233;compter tant les sources que les sujets sur l'Ukraine pendant la p&#233;riode &#233;tudi&#233;e : qui parvient &#224; se faire entendre ? Quels sont les angles retenus ? En comparant cette couverture &#224; celle d'autres conflits, on retrouve une d&#233;pendance bien connue au r&#233;cit officiel pour cadrer les &#233;v&#233;nements, mais on rel&#232;ve aussi une toute nouvelle aptitude &#224; rendre compte de l'impact sur les civils &#8212; pourvu que ceux-ci soient blancs et l'agresseur, un ennemi am&#233;ricain reconnu et non les &#201;tats-Unis eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Les sources ? Des Ukrainiens &#8212; pas les experts&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;L'un des aspects les plus frappants des premiers reportages sur la guerre a &#233;t&#233; le nombre impressionnant de sources ukrainiennes. FAIR met toujours les cha&#238;nes d'information au d&#233;fi d'adopter le point de vue des principales victimes, et de fait, les m&#233;dias am&#233;ricains le font bien davantage pour cette guerre que pour toute autre guerre r&#233;cente. Sur 234 sources cit&#233;es au total &#8212; dont 230 d'une nationalit&#233; identifiable &#8212; 119 &#233;taient ukrainiennes (dont cinq vivant aux &#201;tats-Unis).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, il ne s'agissait presque toujours que de micros-trottoirs, rarement trait&#233;s en plus d'une ligne ou deux. M&#234;me les trois Ukrainiens identifi&#233;s comme ayant une expertise professionnelle av&#233;r&#233;e &#8212; deux m&#233;decins et un journaliste &#8212; n'ont parl&#233; que de leur exp&#233;rience personnelle de la guerre. Vingt et un (17 % des sources ukrainiennes) &#233;taient fonctionnaires ou militaires, encore en service ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relayer autant de voix ukrainiennes, mais en en invitant si peu &#224; d&#233;velopper une v&#233;ritable analyse, suscite assur&#233;ment la compassion, mais pour des gens pr&#233;sent&#233;s surtout comme des pions ou des victimes plut&#244;t qu'un peuple dot&#233; d'une culture et d'une histoire propres, capable de d&#233;terminer son avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, les sources officielles russes n'apparaissent que quatre fois. Seize sources ont &#233;t&#233; cit&#233;es c&#244;t&#233; russe : treize de simples passants, une d'un opposant politique et deux de membres de familles ais&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre-vingts sources &#233;taient am&#233;ricaines, dont cinquante-sept de responsables ayant &#233;t&#233; ou &#233;tant encore en fonction. Nonobstant l'implication diplomatique de l'Union europ&#233;enne, deux sources d'Europe occidentale seulement sont pr&#233;sent&#233;es : le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral norv&#233;gien de l'OTAN et un civil allemand aidant les r&#233;fugi&#233;s en Pologne. Huit civils &#233;trangers vivant en Ukraine ont &#233;t&#233; &#233;galement inclus : trois Am&#233;ricains, trois Africains et deux personnes originaires du Moyen-Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si les dirigeants politiques apportent assur&#233;ment des connaissances et des perspectives importantes &#224; la couverture de la guerre, il en va de m&#234;me des universitaires, des think tanks et des associations citoyennes ayant une bonne connaissance de la r&#233;gion. Mais ces voix ont &#233;t&#233; presque compl&#232;tement marginalis&#233;es, cinq d'entre elles seulement apparaissant au cours de la semaine &#233;tudi&#233;e. Tous r&#233;sidaient aux &#201;tats-Unis, en comptant l'Am&#233;ricain d'origine ukrainienne Michael Sawkiw (CBS, &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=hEQNVhlLnKs&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;24/2/22&lt;/a&gt;), repr&#233;sentant le Comit&#233; du Congr&#232;s ukrainien d'Am&#233;rique (organisation &lt;a href=&#034;http://www.encyclopediaofukraine.com/display.asp?linkpath=pages%5CO%5CR%5COrganizationofUkrainianNationalists.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;parente&lt;/a&gt; de la faction de Stepan Bandera de l'Association des Nationalistes Ukrainiens, qui &lt;a href=&#034;https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=3429340&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;prit part &#224; la Shoah&lt;/a&gt; pendant la Seconde Guerre mondiale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les faits, les cha&#238;nes d'information am&#233;ricaines ont donc largement laiss&#233; les gouvernants am&#233;ricains d&#233;finir les termes du conflit pour les t&#233;l&#233;spectateurs. Quand ces officiels fustigeaient le gouvernement russe et mettaient en avant &#171; ce qu'on va faire pour aider le peuple ukrainien dans sa lutte &#187; (NBC, 1/3/22), aucun intervenant n'a remis en question le r&#244;le des &#201;tats-Unis dans le conflit (FAIR, &lt;a href=&#034;https://fair.org/home/calling-russias-attack-unprovoked-lets-us-off-the-hook/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;4/3/22&lt;/a&gt;), ou &lt;a href=&#034;https://inthesetimes.com/article/russia-sanctions-ukraine-biden-war-economic-punishment-swift-central-bank&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'impact&lt;/a&gt; des sanctions occidentales sur les civils russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti pris en faveur des gouvernants am&#233;ricains et la marginalisation des experts appartenant au pays envahi &#8212; comme d'ailleurs des experts issus de la soci&#233;t&#233; civile, o&#249; que ce soit &#8212; n'est pas sans rappeler la couverture par la t&#233;l&#233;vision am&#233;ricaine d'une autre invasion &#224; grande &#233;chelle r&#233;cente : celle de l'Irak. Une &#233;tude de FAIR (Extra !, &lt;a href=&#034;https://fair.org/extra/amplifying-officials-squelching-dissent/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;5-6/03&lt;/a&gt;) avait montr&#233; alors que, dans les trois premi&#232;res semaines de l'invasion am&#233;ricaine, les fonctionnaires am&#233;ricains en service ou retrait&#233;s repr&#233;sentaient plus de la moiti&#233; (52 %) des intervenants cit&#233;s dans les journaux aux heures de grande &#233;coute sur ABC, CBS, NBC, CNN, Fox et PBS. Les Irakiens, eux, ne repr&#233;sentaient que 12 % des sources, et 4 % de l'ensemble des intervenants &#233;manaient d'universit&#233;s, de think tanks ou d'ONG.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, m&#234;me si le biais est encore plus marqu&#233; quand ce sont les &#201;tats-Unis qui font la guerre, les m&#233;dias am&#233;ricains semblent prendre le parti de laisser les responsables am&#233;ricains construire le r&#233;cit dans tout type de guerre, et de mettre en sourdine leurs critiques.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Civils visibles et invisibles&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Ceci dit, il y a aussi des diff&#233;rences frappantes dans la couverture des deux guerres. La plus &#233;vidente &#233;tant que, lors de l'invasion am&#233;ricaine de l'Irak, les civils du pays repr&#233;sentaient un pourcentage bien plus faible des sources : 8 %, contre 45 % dans le cas ukrainien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journalistes am&#233;ricains, presque tous embarqu&#233;s avec les troupes am&#233;ricaines en Irak au d&#233;but du conflit, ont absorb&#233; et r&#233;gurgit&#233; la propagande am&#233;ricaine d&#233;crivant la guerre comme une lib&#233;ration des Irakiens, et non comme leur massacre. Il y avait donc peu de raisons de leur adresser la parole ou de les pr&#233;senter &#224; l'&#233;cran, sinon pour les montrer faisant l'&#233;loge des &#201;tats-Unis &#8212; typiquement le genre de r&#233;action qu'un journaliste embarqu&#233; avec des soldats lourdement arm&#233;s a toutes les des chances de recueillir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre diff&#233;rence notable, la fa&#231;on dont les cha&#238;nes d'information am&#233;ricaines rendent compte des voix dissidentes du pays agresseur. On peut relever que l'opposition de l'opinion publique russe &#224; la guerre en Ukraine semble &#234;tre &#224; peu pr&#232;s du m&#234;me ordre que l'opposition de l'opinion publique am&#233;ricaine &#224; la guerre en Irak : si une majorit&#233; dans chaque pays a soutenu l'agression initi&#233;e par son gouvernement au d&#233;but des deux guerres, environ un quart s'y est oppos&#233; (Gallup, &lt;a href=&#034;https://news.gallup.com/poll/8038/seventytwo-percent-americans-support-war-against-iraq.aspx&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;24/3/03&lt;/a&gt; ; Meduza, &lt;a href=&#034;https://meduza.io/en/feature/2022/03/07/russia-s-tricky-opinion-polling&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;7/3/22&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, dans les journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s am&#233;ricains, l'opposition &#224; la guerre est apparue tr&#232;s diff&#233;rente dans les deux conflits. Sur les vingt sources russes relev&#233;es dans l'&#233;tude, dix (50 %) s'exprimaient contre la guerre, soit sensiblement plus que relev&#233; par les sondages. En leur temps, les voix antiguerre ne repr&#233;sentaient que 3 % de l'ensemble des sources am&#233;ricaines dans la couverture initiale du conflit irakien (FAIR, &lt;a href=&#034;https://fair.org/extra/amplifying-officials-squelching-dissent/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mai 2003&lt;/a&gt;), soit une minimisation spectaculaire de l'opposition citoyenne &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Une couverture de la guerre centr&#233;e sur les civils&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Dans les guerres modernes, ce sont presque toujours des civils innocents qui font les frais de la violence. Mais la couverture m&#233;diatique am&#233;ricaine met rarement l'accent sur le d&#233;compte des victimes civiles, si bien que les r&#233;cents reportages sur l'invasion de l'Ukraine par la Russie offrent un aper&#231;u exceptionnel de ce que peut &#234;tre une couverture de la guerre ax&#233;e sur les civils &#8212; dans certaines circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre &#233;tude, nous avons pris en compte non seulement les intervenants, mais aussi le contenu des sujets sur l'Ukraine. Au cours de la premi&#232;re semaine de la guerre, les journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s am&#233;ricains diffus&#233;s aux heures de grande &#233;coute sur ABC, CBS et NBC ont propos&#233; des reportages fr&#233;quents sur le bilan des victimes civiles de l'invasion, en d&#233;p&#234;chant des journalistes dans les principales villes cibl&#233;es, ainsi que dans les zones frontali&#232;res accueillant les r&#233;fugi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soixante et onze sujets sur les trois grandes cha&#238;nes ont trait&#233; de l'impact sur les civils ukrainiens, tant ceux rest&#233;s sur place que ceux ayant fui la violence. Vingt-huit d'entre eux &#233;taient centr&#233;s sur le bilan des victimes civiles ou bien l'ont mentionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux reportages d&#233;crivaient ou diffusaient de brefs extraits de civils d&#233;crivant leur peur et les difficult&#233;s affront&#233;es ; plusieurs mettaient en avant des enfants. Un sujet d'ABC (28/02/22), par exemple, le montre bien, o&#249; le correspondant de guerre Matt Gutman t&#233;moigne : &#171; &lt;i&gt;Cette petite fille dans le train sanglote dans sa peluche, elle fait partie des plus de 500 000 personnes qui ont tout laiss&#233; derri&#232;re elles, fuyant dans des trains bond&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Centrer le r&#233;cit sur l'impact du conflit sur les civils, et mettre en avant leur v&#233;cu, pousse &#224; compatir pour ces civils et &#224; condamner la guerre. Mais cette d&#233;monstration, dans le cas ukrainien, de la facult&#233; des cha&#238;nes d'information &#224; cibler l'impact civil, y compris le bilan des victimes, est d'autant plus accablante pour leur couverture des guerres o&#249; les &#201;tats-Unis et leurs alli&#233;s ont &#233;t&#233; les agresseurs &#8212; ou dans lesquelles les victimes n'&#233;taient pas blanches.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;&#171; &lt;i&gt;Ils nous ressemblent tellement&lt;/i&gt; &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;De nombreux &#233;ditocrates et journalistes se sont laiss&#233; surprendre &#224; dire tout haut ce qu'ils pensaient tout bas. &#171; &lt;i&gt;Ils nous ressemblent tellement&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crivait Daniel Hannan dans le &lt;i&gt;Telegraph&lt;/i&gt; (&lt;a href='https://www.acrimed.org/https :/www.telegraph.co.uk/news/2022/02/26/vladimir-putins-monstrous-invasion-attack-civilisation/'&gt;26/2/22&lt;/a&gt;). &#171; &lt;i&gt;C'est ce qui rend la chose si choquante&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charlie D'Agata de CBS News (&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=CXYrbCCErSo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;25/2/22&lt;/a&gt;) a d&#233;clar&#233; aux t&#233;l&#233;spectateurs que l'Ukraine &#171; &lt;i&gt;n'est pas, avec le respect qu'on lui doit, un endroit comme l'Irak ou l'Afghanistan, o&#249; le conflit fait rage depuis des d&#233;cennies. L&#224; on est dans une ville relativement civilis&#233;e, relativement europ&#233;enne &#8212; bon, j'essaie de peser mes mots &#8212;, un lieu o&#249; l'on ne s'attend pas &#224; &#231;a, o&#249; on ne souhaite pas non plus que &#231;a se produise.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce qui est fascinant, c'est que, rien qu'&#224; les voir, leur look, ce sont des gens qui ont r&#233;ussi &#8212; je m'en veux d'utiliser l'expression &#8212; de la classe moyenne&lt;/i&gt; &#187;, s'&#233;merveillait Peter Dobbie, reporter de la BBC, sur Al Jazeera (&lt;a href=&#034;https://twitter.com/DocRobotnivik/status/1497895651887271938?s=20&amp;t=DLdJ9F1i_5MUYGY3jTE0Sg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;27/2/22&lt;/a&gt;) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#192; l'&#233;vidence, ce ne sont pas des r&#233;fugi&#233;s cherchant &#224; fuir telle ou telle zone du Moyen-Orient toujours en &#233;tat de guerre. Ce ne sont pas des gens essayant de s'&#233;chapper de telle ou telle zone d'Afrique du Nord. Ils ressemblent &#224; n'importe quelle famille europ&#233;enne qui pourrait &#234;tre vos voisins.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt; Il est arriv&#233; que les m&#233;dias am&#233;ricains montrent de l'int&#233;r&#234;t pour les r&#233;fugi&#233;s noirs et racis&#233;s victimes de la guerre (par exemple, Extra !, &lt;a href=&#034;https://fair.org/home/do-something-about-refugees-us-has-done-plenty-to-create-them/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;octobre 2015&lt;/a&gt;), mais on a du mal &#224; imaginer qu'ils b&#233;n&#233;ficient un jour de la couverture massive accord&#233;e aux Ukrainiens qui &#171; &lt;i&gt;nous ressemblent&lt;/i&gt; &#187; &#8212; comme l'entendent des journalistes blancs.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;&#171; &lt;i&gt; Donner une chance &#224; la guerre &lt;/i&gt; &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Et l'on a s&#251;rement en t&#234;te des cas o&#249; des r&#233;fugi&#233;s non-blancs sont quasi pass&#233;s sous silence par les m&#233;dias am&#233;ricains. Par exemple, au moment o&#249; les &#201;tats-Unis ont retir&#233; leurs troupes l'ann&#233;e derni&#232;re, quoique se disant tr&#232;s pr&#233;occup&#233;es par le sort du peuple afghan, ces m&#234;mes cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision ont &#224; peine rendu compte de la catastrophe humanitaire pr&#233;visible et &#233;vitable &#224; laquelle le pays est confront&#233; (FAIR, &lt;a href=&#034;https://fair.org/home/media-forget-afghan-plight-as-us-sanctions-drive-mass-famine-risk/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;21/12/21&lt;/a&gt;). Plus de cinq millions de civils afghans sont soit r&#233;fugi&#233;s, soit d&#233;plac&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo, th&#233;&#226;tre l'an pass&#233; de la crise migratoire la plus n&#233;glig&#233;e au monde, selon le Conseil norv&#233;gien pour les r&#233;fugi&#233;s (&lt;a href=&#034;https://www.nrc.no/shorthand/fr/the-worlds-most-neglected-displacement-crises-in-2020/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;27/5/21&lt;/a&gt;), avec un million de personnes exil&#233;es et cinq millions d&#233;plac&#233;es &#224; l'int&#233;rieur du pays, n'a pas &#233;t&#233; mentionn&#233;e aux informations une seule fois au cours des deux derni&#232;res ann&#233;es aux heures de grande &#233;coute aux &#201;tats-Unis. Et dans les ann&#233;es 2000, alors que l'on estimait &#224; quarante-cinq mille le nombre mensuel de Congolais mourant des suites du conflit, il en a &#233;t&#233; question en moyenne moins de deux fois par an (FAIR, &lt;a href=&#034;https://fair.org/extra/congo-ignored-not-forgotten/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;avril 2009&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux fronti&#232;res m&#234;mes de notre pays, les m&#233;dias relativisent les voix des r&#233;fugi&#233;s, pr&#233;sentant essentiellement la situation comme une crise politique pour les &#201;tats-Unis, et non comme une crise humanitaire pour des r&#233;fugi&#233;s surtout noirs et racis&#233;s (FAIR, &lt;a href=&#034;https://fair.org/home/tv-news-coverage-of-southern-border-lacks-refugee-sources/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;19/6/21&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant, &#234;tre blanc ne donne pas automatiquement aux victimes civiles un r&#244;le de premier plan dans la couverture m&#233;diatique am&#233;ricaine. Pendant la guerre du Kosovo, les journalistes am&#233;ricains ont minimis&#233; les victimes serbes des bombardements de l'OTAN &#8212; quand ils n'encourageaient pas &#224; multiplier les morts (FAIR, &lt;a href=&#034;https://fair.org/extra/legitimate-targets/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;juillet 1999&lt;/a&gt;). Quand l'OTAN a assoupli ses r&#232;gles d'engagement, augmentant ainsi le nombre de victimes civiles, le chroniqueur du &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; Thomas Friedman a &#233;crit (&lt;a href=&#034;https://www.nytimes.com/1999/04/06/opinion/foreign-affairs-more-sticks.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;6/4/99&lt;/a&gt;) : &#171; &lt;i&gt;Douze jours de bombardements chirurgicaux n'allaient s&#251;rement pas infl&#233;chir la Serbie. Voyons voir ce que pourront faire douze semaines de bombardements pas trop chirurgicaux. Laissons sa chance &#224; la guerre&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, le chroniqueur du &lt;i&gt;Washington Post&lt;/i&gt; Charles Krauthammer (8/4/99), critiquant &#171; &lt;i&gt;l'affligeante s&#233;lectivit&#233;&lt;/i&gt; &#187; des bombardements de l'OTAN, s'&#233;tait r&#233;joui qu'ils &#171; &lt;i&gt;frappent enfin des cibles &#8212; centrales &#233;lectriques, d&#233;p&#244;ts de carburant, ponts, a&#233;roports, relais de t&#233;l&#233;vision &#8212; qui peuvent vraiment en finir avec l'ennemi et les civils &#224; proximit&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;&#171; &lt;i&gt;Con&#231;us pour ne frapper que leurs cibles&lt;/i&gt; &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Comme le sugg&#232;rent ces exemples, si la race peut jouer dans le sentiment d'identification des journalistes avec les victimes civiles, dans un &#233;cosyst&#232;me de m&#233;dias dominants d&#233;pendant si &#233;troitement des gouvernants am&#233;ricains pour d&#233;finir et cadrer les &#233;v&#233;nements, les int&#233;r&#234;ts de ces responsables vont n&#233;cessairement d&#233;terminer les crises &#224; mieux couvrir et les acteurs les plus dignes de compassion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre d'Irak pr&#233;sente un contraste &#233;vident avec la couverture de l'Ukraine. Les &#201;tats-Unis ont envahi l'Irak sous pr&#233;texte de s'inqui&#233;ter &#224; la fois des armes de destruction massive suppos&#233;es de Saddam Hussein et de la fa&#231;on dont il traitait le peuple irakien, pr&#233;sentant la guerre comme un acte humanitaire (FAIR, &lt;a href=&#034;https://fair.org/home/support-the-tropes/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;9/4/21&lt;/a&gt;). Mais &lt;a href=&#034;https://www.iraqbodycount.org/database/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Iraq Body Count&lt;/a&gt; a d&#233;compt&#233; 3 986 morts violentes civiles par fait de guerre pour le seul mois de mars 2003 ; l'invasion ayant commenc&#233; le 20 mars, cela veut dire que ces d&#233;c&#232;s se sont produits en moins de deux semaines. (Les chiffres de l'IBC &#8212; &lt;a href=&#034;https://fair.org/take-action/action-alerts/the-washington-post-undercounts-iraq-deaths/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;presque certainement sous-&#233;valu&#233;s&lt;/a&gt; &#8212; ont montr&#233; que quelque 200 000 civils avaient perdu la vie au cours de cette guerre). La coalition men&#233;e par les &#201;tats-Unis &#233;tait en grande partie responsable de ces d&#233;c&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Bien que la guerre ait en d&#233;finitive entra&#238;n&#233; plus de neuf millions d'Irakiens r&#233;fugi&#233;s ou d&#233;plac&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du pays, ces d&#233;placements de population ne sont devenus massifs que plus tard, de sorte qu'on ne peut pas attendre de la couverture initiale du conflit un accent aussi marqu&#233; sur les r&#233;fugi&#233;s que dans le cas ukrainien.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la premi&#232;re semaine de la guerre en Irak (20-26 mars 2003), nous avons relev&#233; trente-deux sujets dans les journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s aux heures de grande &#233;coute d'ABC, CBS et NBC mentionnant les civils et l'impact de la guerre sur eux &#8212; soit moins de la moiti&#233; du nombre des sujets du m&#234;me type diffus&#233;s concernant les civils ukrainiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fait notable, seuls neuf de ces sujets identifiaient les &#201;tats-Unis comme potentiellement responsables des pertes civiles, tandis que douze pr&#233;sentaient les &#201;tats-Unis comme cherchant &#224; &#233;viter de nuire aux civils ou concourant au secours de civils menac&#233;s du fait de Saddam Hussein. Jim Miklaszewski sur NBC par exemple (21/03/03), indiquait aux t&#233;l&#233;spectateurs que si &#171; &lt;i&gt;plus de mille armes ont pilonn&#233; Bagdad aujourd'hui [&#8230;] chacune &#233;tant con&#231;ue, gr&#226;ce &#224; une pr&#233;cision diabolique, pour tuer uniquement les cibles, pas des civils innocents&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, dans la couverture de l'Ukraine, ces m&#234;mes journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s ont d&#233;sign&#233; la Russie comme l'auteur de chacune des vingt-huit victimes civiles mentionn&#233;es, sauf dans le cas d'un bref titre annon&#231;ant qu'un char avait &#233;cras&#233; une voiture avec un civil &#224; l'int&#233;rieur (ABC, 25/02/22) ; cette nouvelle a &#233;t&#233; reprise dans la suite du journal pour indiquer clairement que le char &#233;tait russe.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;&#171; &lt;i&gt;La cons&#233;quence directe des d&#233;cisions de Saddam Hussein&lt;/i&gt; &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt; Avant la toute fin de la premi&#232;re semaine de l'invasion am&#233;ricaine de l'Irak, les t&#233;l&#233;spectateurs de &#171; CBS Evening News &#187; n'ont eu vent d'aucune mention de dommages collat&#233;raux du fait des Am&#233;ricains &#8212; ils auront entendu parler en revanche de combattants irakiens s'habillant en civils pour tirer sur les troupes am&#233;ricaines (23-24 mars 2003) ; de forces de la coalition am&#233;ricaine &#171; &lt;i&gt;ne tirant pas en centre-ville pour ne pas risquer de dommages collat&#233;raux&lt;/i&gt; &#187; (25/03/03) ; et dans une ville voisine, de &#171; &lt;i&gt;forces alli&#233;es ayant apport&#233; le premier ravitaillement en eau &#224; des civils irakiens d&#233;sesp&#233;r&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, isol&#233;s par Saddam Hussein (25/03/03). L'&#233;mission a bri&#232;vement mentionn&#233; des victimes civiles &#224; deux reprises (24 et 26 mars 2003) sans pr&#233;ciser quel camp &#233;tait responsable des blessures, l'une des s&#233;quences (24/03) aura soulign&#233; du moins que l'irruption d'une famille irakienne bless&#233;e dans un camp am&#233;ricain &#171; &lt;i&gt;avait amen&#233; ces soldats [am&#233;ricains] &#224; se mobiliser pour prodiguer les premiers secours qu'ils pouvaient&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 25 mars, &#224; la suite de frappes a&#233;riennes am&#233;ricaines ayant ravag&#233; un quartier r&#233;sidentiel de Bagdad, le r&#233;cit m&#233;diatique soigneusement contr&#244;l&#233; par l'arm&#233;e am&#233;ricaine a commenc&#233; &#224; se fissurer &#8212; mais tous les m&#233;dias n'&#233;taient pas pr&#234;ts &#224; reconna&#238;tre la responsabilit&#233; am&#233;ricaine. Ainsi de Dan Rather, sur CBS (26/03/03) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Quelle que soit la mani&#232;re dont les sc&#232;nes de carnage de civils &#224; Bagdad ont eu lieu et quels qu'en soient les responsables, elles n'ont pas tard&#233; &#224; devenir un &#233;l&#233;ment de la guerre de propagande, tr&#232;s exactement ce que les strat&#232;ges am&#233;ricains voulaient &#233;viter.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;M&#234;me dans les reportages qui ne taxaient pas les victimes civiles de propagande, les journalistes ergotaient souvent sur les responsabilit&#233;s, att&#233;nuant ainsi la critique. Dans un sujet sur NBC (26/03/03), par exemple, Peter Arnett n'a jamais recouru au mode actif pour identifier l'auteur de frappes sur des civils et des zones civiles, avec des p&#233;riphrases du style : &#171; &lt;i&gt;On a l'impression que Bagdad devient de plus en plus une cible&lt;/i&gt; &#187;, ou bien &#171; &lt;i&gt;D'abord, sur la cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision et maintenant en bombardant plus proche du centre-ville&lt;/i&gt; &#187;, ou encore &#171; &lt;i&gt;toute la zone a &#233;t&#233; d&#233;vast&#233;e&lt;/i&gt; &#187; et enfin &#171; &lt;i&gt;Lorsque ces missiles sont arriv&#233;s sur la ville aujourd'hui, les rues &#233;taient relativement anim&#233;es.&lt;/i&gt; &#187; Au lieu d'assumer le mode actif donc, le pr&#233;sentateur a fini par d&#233;crire les &#171; &lt;i&gt;troupes am&#233;ricaines&lt;/i&gt; &#187; comme &#171; &lt;i&gt;se concentrant pour attaquer Bagdad&lt;/i&gt; &#187; &#8212; comme si le bombardement d&#233;crit n'&#233;tait pas d&#233;j&#224; une attaque par les troupes am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de couverture, combin&#233; &#224; l'&#233;vocation r&#233;p&#233;t&#233;e de &#171; &lt;i&gt;boucliers humains&lt;/i&gt; &#187; et de combattants irakiens &#171; &lt;i&gt;habill&#233;s en civil&lt;/i&gt; &#187;, confortait directement la ligne du Pentagone telle qu'&#233;nonc&#233;e par la porte-parole Torie Clarke (C-SPAN, &lt;a href=&#034;https://www.c-span.org/video/?175768-1/defense-department-briefing&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;26/03/03&lt;/a&gt;) : &#171; &lt;i&gt;Nous faisons le maximum pour r&#233;duire la probabilit&#233; de ces pertes. Chaque victime, chaque mort est la cons&#233;quence directe des politiques de Saddam Hussein.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut que les civils irakiens aient suscit&#233; moins d'int&#233;r&#234;t aux yeux des journalistes am&#233;ricains que les civils ukrainiens parce qu'ils ne &#171; &lt;i&gt;nous ressemblaient pas&lt;/i&gt; &#187;. Une chose est s&#251;re : si l'on a fait peu de cas de ces morts, c'est qu'ils ne collaient pas &#224; la ligne officielle que les journalistes r&#233;p&#233;taient comme des perroquets.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;&#171; &lt;i&gt;Trop insister sur les pertes humaines, c'est de la perversion&lt;/i&gt; &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Les &#201;tats-Unis ont lanc&#233; la guerre en Irak il y a pr&#232;s de vingt ans, mais la couverture m&#233;diatique des victimes civiles de l'agression am&#233;ricaine n'a gu&#232;re chang&#233; au fil du temps. Tout au long de la guerre civile syrienne en cours, les &#201;tats-Unis sont intervenus &#224; des degr&#233;s divers, avec une escalade majeure sous Donald Trump en 2017. De juin &#224; octobre de cette ann&#233;e-l&#224;, une coalition dirig&#233;e par les &#201;tats-Unis a pilonn&#233; la ville dens&#233;ment peupl&#233;e de Raqqa, qui avait &#233;t&#233; reprise par Daech, en menant une guerre a&#233;rienne brutale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amnesty International (&lt;a href=&#034;https://www.amnesty.org/en/latest/news/2019/04/syria-unprecedented-investigation-reveals-us-led-coalition-killed-more-than-1600-civilians-in-raqqa-death-trap/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;avril 2019&lt;/a&gt;) a accus&#233; la coalition d'avoir d&#233;truit la ville par des frappes a&#233;riennes et d'artillerie, tuant plus de 1 600 civils &#8212; soit dix fois le nombre reconnu par les &#201;tats-Unis et leurs alli&#233;s &#8212; et en blessant beaucoup plus. Plus de 11 000 b&#226;timents ont &#233;t&#233; d&#233;truits. Comme l'a &#233;crit Anand Gopal du &lt;i&gt;New Yorker&lt;/i&gt; (&lt;a href=&#034;https://www.newyorker.com/magazine/2020/12/21/americas-war-on-syrian-civilians&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;21/12/20&lt;/a&gt;), &#171; &lt;i&gt;la destruction de Raqqa d&#233;passe tout ce qu'on a pu voir dans un conflit am&#233;ricain depuis la Seconde Guerre mondiale.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des cinq mois d'offensive, seulement dix-huit sujets des journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s aux heures de grande &#233;coute des trois cha&#238;nes &#233;tudi&#233;es ont mentionn&#233; les civils en Syrie. Sur ABC et NBC, les seules r&#233;f&#233;rences &#224; des victimes civiles venaient de Trump, soulignant une pr&#233;c&#233;dente attaque mortelle &#224; l'arme chimique par les forces syriennes ailleurs dans le pays (ABC, 27/06/17 ; NBC, 27/06/17). (CBS a &#233;galement mentionn&#233; l'attaque au cours de la p&#233;riode &#233;tudi&#233;e &#8212; 17/07/17.) En fait, &#224; ce jour, ni &#171; ABC World News Tonight &#187; ni &#171; NBC Nightly News &#187; n'ont &#233;voqu&#233; les attaques am&#233;ricaines contre les civils &#224; Raqqa, et ce malgr&#233; la publication non pas d'un, mais de deux rapports accablants d'Amnesty International (&lt;a href=&#034;https://www.amnesty.org/en/documents/mde24/8367/2018/en/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;5/6/18&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://www.amnesty.org/en/latest/news/2019/04/syria-unprecedented-investigation-reveals-us-led-coalition-killed-more-than-1600-civilians-in-raqqa-death-trap/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;avril 19&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur dix-sept sujets, seuls neuf ont mentionn&#233; la pr&#233;sence de civils &#224; Raqqa ; tous sur CBS, seule cha&#238;ne sur les trois &#233;tudi&#233;es &#224; avoir pris la peine d'envoyer quelqu'un couvrir le bombardement de la ville par le pays dont rel&#232;ve cette cha&#238;ne. La reporter de CBS Holly Williams a fait huit reportages mentionnant des victimes civiles, du 24 ao&#251;t au 17 octobre. Six d'entre eux d&#233;signent les frappes a&#233;riennes am&#233;ricaines comme ayant occasionn&#233; des morts civiles, mais chaque reportage &#233;voque dans le m&#234;me souffle la brutalit&#233; de Daech &#224; l'encontre des civils ou l'utilisation de boucliers humains, comme pour absoudre les &#201;tats-Unis ou rejeter la faute sur Daech.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le 10 octobre, o&#249; Williams relate que :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Sans les frappes a&#233;riennes am&#233;ricaines, vaincre Daech aurait &#233;t&#233; presque impossible. Mais certains de ceux qui fuient maintenant le territoire de Daech disent que ce sont surtout ces frappes qu'ils craignent. La coalition am&#233;ricaine reconna&#238;t que plus de sept cents civils ont &#233;t&#233; tu&#233;s incidemment en Syrie et en Irak, d'autres soutiennent que ce nombre est bien plus &#233;lev&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon Renas Halep, quoiqu'il en soit, quiconque veut d&#233;truire Daech est un ami. Il nous a dit que Daech l'avait faussement accus&#233; de vol et lui avait amput&#233; la main il y a quatre ans. C'est une peine que les extr&#233;mistes ont beaucoup appliqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Cet &#171; &lt;i&gt;&#233;quilibre&lt;/i&gt; &#187; est d'une coh&#233;rence suspecte. Il faut se rappeler que pendant la guerre d'Afghanistan, le pr&#233;sident de CNN Walter Isaacson avait enjoint &#224; ses &#233;quipes de contrebalancer les comptes rendus des ravages civils par l'&#233;vocation de la brutalit&#233; des talibans, disant que &#171; &lt;i&gt;trop insister sur les pertes ou les vicissitudes en Afghanistan para&#238;t pervers&lt;/i&gt; &#187; (FAIR, &lt;a href=&#034;https://fair.org/take-action/action-alerts/cnn-says-focus-on-civilian-casualties-would-be-quotperversequot/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;11/1/01&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun des t&#233;moins film&#233;s par Williams n'a critiqu&#233; les frappes a&#233;riennes de la coalition am&#233;ricaine, alors que beaucoup ont critiqu&#233; Daech &#8212; peut-&#234;tre &#224; cause de la politique &#233;ditoriale de CBS, ou bien parce que Williams &#233;tait embarqu&#233;e avec les forces de la coalition.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;&#171; &lt;i&gt;Les explosions des guerres lointaines&lt;/i&gt; &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Alors que l'invasion russe de l'Ukraine commen&#231;ait, le pr&#233;sentateur de NBC Lester Holt (&lt;a href=&#034;https://www.nbcnews.com/nightly-news/video/lester-holt-on-russia-ukraine-conflict-the-pain-of-war-is-borderless-134086213545&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;25/2/22&lt;/a&gt;) s'est risqu&#233; &#224; cette r&#233;flexion :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Ce soir, il y a au moins vingt-sept conflits arm&#233;s faisant rage sur cette plan&#232;te. Pourtant, les explosions des guerres lointaines souvent s'estompent avant d'atteindre notre conscience. &#192; d'autres moments, le jeu &#224; somme nulle d'int&#233;r&#234;ts nationaux partag&#233;s comble cette distance. Mais comme nous le rappellent encore les images de l'Ukraine, la souffrance de la guerre ne conna&#238;t pas de fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Holt s'est exprim&#233; comme si les journalistes de son esp&#232;ce ne jouaient aucun r&#244;le dans le choix des guerres qui atteignent notre conscience et de celles qui s'effacent. La souffrance de la guerre ne conna&#238;t peut-&#234;tre pas de fronti&#232;res, mais les r&#233;ponses internationales &#224; cette souffrance d&#233;pendent beaucoup de la compassion que suscitent les journalistes en en rendant compte. Et les journalistes occidentaux ont clairement montr&#233; quelles victimes sont les plus dignes &#224; leurs yeux de faire l'actualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Julie Hollar&lt;/strong&gt; (Documentation : &lt;strong&gt;Luca GoldMansour&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Traduction : Olivier Moreau pour Acrimed&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Titr&#233; &#171; How Much Less Newsworthy Are Civilians in Other Conflicts ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les m&#233;dias en Inde : oligarques triomphants, journalistes en p&#233;ril</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Les-medias-en-Inde-oligarques-triomphants</link>
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		<dc:date>2020-09-23T10:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lemaire</dc:creator>


		<dc:subject>Reporters Sans Fronti&#232;res</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;De graves menaces contre le droit &#224; l'information.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Medias-d-autres-pays-" rel="directory"&gt;M&#233;dias d'autres pays&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Reporters-Sans-Frontieres-+" rel="tag"&gt;Reporters Sans Fronti&#232;res&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L101xH150/arton6225-e6c74.png?1776678925' class='spip_logo spip_logo_right' width='101' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En France, il est bien rare que l'Inde soit sous le feu des projecteurs m&#233;diatiques ; sinon pour &#233;voquer des actualit&#233;s qui correspondraient aux clich&#233;s exotiques que les r&#233;dactions se font du sous-continent. Il est encore plus rare d'&#233;voquer la question du droit d'informer en Inde. Les journalistes y font pourtant face &#224; de graves menaces.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le secteur des m&#233;dias, en Inde, se distingue par sa dimension consid&#233;rable (on comptait, en 2018, 17000 journaux quotidiens publi&#233;s dans une douzaine de langues, 550 stations de radio et 880 cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision par satellite). Une apparente diversit&#233; qui masque mal de graves menaces contre le droit &#224; l'information. &#192; commencer par la concentration des m&#233;dias indiens dans une poign&#233;e de grands groupes, propri&#233;t&#233;s de puissants oligarques qui exercent ainsi une mainmise sur l'information dans le sous-continent. &#192; cette concentration s'ajoute un ph&#233;nom&#232;ne plus r&#233;cent mais au moins aussi inqui&#233;tant : le renforcement de la r&#233;pression contre toute tentative et modalit&#233;s d'information qui ferait preuve d'ind&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des pouvoirs &#233;conomiques et politiques. Le parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP), au pouvoir depuis 2014, ne cesse de faire la d&#233;monstration de son autoritarisme et de sa violence envers les minorit&#233;s. Et de sa volont&#233; de r&#233;primer m&#233;dias et journalistes ind&#233;pendants.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Concentration des m&#233;dias et m&#233;lange des genres entre politique et information&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;S'agissant de l'&#233;tat de concentration du secteur m&#233;diatique indien, Reporters sans fronti&#232;res (RSF) et l'organisation indienne DataLEADS publiaient en juin 2019 &lt;a href=&#034;https://rsf.org/fr/actualites/inde-qui-appartiennent-les-medias&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une &#233;tude&lt;/a&gt; livrant de nombreux enseignements. Premi&#232;rement : le secteur m&#233;diatique indien s'av&#232;re tr&#232;s concentr&#233; autour de quelques acteurs. Dans la presse &#233;crite, une &lt;a href=&#034;http://india.mom-rsf.org/en/findings/indicators/#!9fed61067e34232006ff7dcd0ed479d0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;poign&#233;e de journaux dominent&lt;/a&gt;. Au niveau national, quatre quotidiens se partagent trois quarts du lectorat en hindi. Il en va de m&#234;me pour les quatre principaux quotidiens nationaux en langue anglaise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit du Dainik Jagran, du Hindustan, du Amar Ujala, et du Dainik (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans chaque langue r&#233;gionale, quelques publications concentrent &#233;galement la majorit&#233; du lectorat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de la radio est singulier : la seule station autoris&#233;e &#224; diffuser des journaux d'information est la radio publique &lt;a href=&#034;http://india.mom-rsf.org/en/findings/radionewsmonopoly/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;All India Radio (AIR)&lt;/a&gt;. Les autres radios doivent se contenter de diffuser du contenu musical ou de divertissement. Les principales cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision indiennes (pour lesquelles les donn&#233;es d'audience ne sont pas disponibles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien que mesur&#233;es par la Broadcast Audience Research Council (BARC), un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) sont quant &#224; elles int&#233;gr&#233;es au sein des quelques grands groupes transm&#233;dias qui dominent le secteur m&#233;diatique indien (voir annexe). Ces groupes ont &#233;t&#233; les fers de lance de la concentration et de la financiarisation du secteur m&#233;diatique indien ces trente derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;a href=&#034;http://india.mom-rsf.org/en/findings/corporateownership/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une note&lt;/a&gt; publi&#233;e dans le cadre de l'&#233;tude coproduite par RSF et DataLEADS, Ahsanul Haq Chishti, sp&#233;cialiste en sciences de l'information, retrace la transformation des m&#233;dias indiens d'organes d'information en simples entreprises &#224; but lucratif. Cette transformation s'est traduite par une importance croissante des revenus publicitaires, et par la concentration des grands m&#233;dias entre les mains d'un nombre toujours plus limit&#233; de grands propri&#233;taires. Ce ph&#233;nom&#232;ne a &#233;t&#233; facilit&#233; par l'absence de garde-fous r&#233;glementaires : il n'existe en Inde &#171; &lt;i&gt;aucune limite fix&#233;e &#224; la concentration de l'actionnariat dans les domaines de la presse &#233;crite, de l'audiovisuel ou du num&#233;rique&lt;/i&gt; &#187;, ni d'organisme de r&#233;gulation du secteur des m&#233;dias. La financiarisation et la concentration des m&#233;dias indiens conduisent &#224; ce constat : pluralit&#233; des m&#233;dias ne signifie pas pluralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second enseignement concerne les m&#233;langes des genres entre le monde politique et celui des grands groupes de m&#233;dias indiens, particuli&#232;rement fr&#233;quents. Certains de leurs propri&#233;taires sont eux-m&#234;mes engag&#233;s en politique. C'est le cas de Subhash Chandra, pr&#233;sident du groupe Zee News (14 cha&#238;nes dans huit langues) : le milliardaire est &#233;galement &#233;lu au Parlement indien sous les couleurs du BJP, le parti nationaliste au gouvernement. La propri&#233;taire de HT Media (&lt;i&gt;Hindustan Times&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Hindustan&lt;/i&gt;), la femme d'affaires Shobhana Bhartia, est quant &#224; elle ancienne &#233;lue du parti du Congr&#232;s national indien (INC). Ces m&#233;langes des genres sont encore plus nombreux au niveau local, comme le note RSF :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La principale cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision de l'Etat de l'Odisha, dans l'est de l'Inde, est d&#233;tenue par la famille Panda, dont l'un des membres &#233;minents, Baijayant Jay Panda, n'est nul autre que le vice-pr&#233;sident national et porte-parole officiel du BJP, le parti du Premier ministre Modi. De m&#234;me, dans l'Assam, dans le nord-est du pays, la propri&#233;taire de la principale cha&#238;ne, NewsLive, est l'&#233;pouse d'un des principaux ministres de l'ex&#233;cutif r&#233;gional, lui aussi domin&#233; par le BJP.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les partis politiques (et tout particuli&#232;rement le BJP au pouvoir) disposent de moyens de pression importants sur les m&#233;dias, puisqu'ils figurent parmi les principaux investisseurs dans les espaces publicitaires des m&#233;dias. &#171; &lt;i&gt;Le BJP de Narendra Modi est l'un des plus gros - sinon le plus gros - annonceurs de tout le pays&lt;/i&gt; &#187; note ainsi RSF. Le Premier ministre dispose par ailleurs d'une tribune mensuelle de vingt minutes sur la station AIR, &#171; Mann Ki Baat &#187; (&#171; pens&#233;es intimes &#187;). Cette &#233;mission tr&#232;s &#233;cout&#233;e, o&#249; le chef du gouvernement a carte blanche, t&#233;moigne de l'emprise gouvernementale sur la radio publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;dias sont &#233;galement d&#233;pendant des publicit&#233;s officielles de la part des gouvernements locaux. Ce qui a permis au gouvernement de l'&#201;tat du Jammu-et-Cachemire, en f&#233;vrier 2019, de faire pression sur deux quotidiens en les privant des revenus li&#233;s aux commandes officielles, comme l'a &lt;a href=&#034;https://rsf.org/fr/actualites/chantage-aux-annonces-publicitaires-les-autorites-indiennes-tentent-de-faire-pression-sur-deux&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;document&#233; RSF&lt;/a&gt;. Ainsi les pouvoirs politiques (partis) et &#233;conomiques (notamment via les propri&#233;taires de m&#233;dias) disposent de leviers d'influence consid&#233;rable sur l'information en Inde.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;De graves menaces sur le droit d'informer&#8230;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Et ce n'est pas tout : un des aspects les plus inqui&#233;tants concernant le droit d'informer en Inde concerne les nombreuses et graves menaces pesant sur les journalistes. Lesquels font l'objet de diff&#233;rentes formes d'intimidation, des violences polici&#232;res aux passages &#224; tabac allant parfois jusqu'au meurtre par des groupes mafieux, des potentats locaux et autres militants de l'extr&#234;me droite au pouvoir. Ne serait-ce que ces derniers mois, plusieurs journalistes ont &#233;t&#233; victimes de violences polici&#232;res cibl&#233;es lors de la r&#233;pression brutale des manifestations contre la loi sur la citoyennet&#233; en d&#233;cembre 2019, &lt;a href=&#034;https://rsf.org/fr/actualites/manifestations-en-inde-plusieurs-journalistes-victimes-de-violences-policieres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;comme le rapporte RSF&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars dernier, l'ONG alertait sur &lt;a href=&#034;https://rsf.org/fr/actualites/inde-un-reporter-gravement-blesse-cause-dun-article-sur-un-ministre-du-tamil-nadu&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le cas d'un reporter&lt;/a&gt; gravement bless&#233; suite &#224; la publication d'un article faisant &#233;tat de dissensions au sein du principal parti politique de l'&#201;tat du Tamil Nadu. Une agression par un groupe d'hommes arm&#233;s de barres de fer, dont plusieurs seraient membres du &#171; clan &#187; d'un ministre r&#233;gional concern&#233; par l'article. Plus r&#233;cemment, en juin, le reporter &lt;a href=&#034;https://rsf.org/fr/actualites/inde-le-reporter-shubham-tripathi-tue-pour-ses-enquetes-sur-la-mafia-du-sable&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Shubham Tripathi&lt;/a&gt; a &#233;t&#233; tu&#233; pour ses enqu&#234;tes sur la mafia du sable, impliquant &#233;galement des potentats locaux et en particulier la police locale. En 2017, la journaliste Gauri Lankesh, tr&#232;s critique &#224; l'&#233;gard du nationalisme hindou, &#233;tait assassin&#233;e par balles devant chez elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RSF &#233;voque &#233;galement &#171; &lt;i&gt;d'effrayantes campagnes coordonn&#233;es de haine et d'appels au meurtre [...] men&#233;es sur les r&#233;seaux sociaux contre les journalistes qui oseraient parler ou &#233;crire sur les sujets qui d&#233;rangent&lt;/i&gt; &#187;, des campagnes &#171; &lt;i&gt;particuli&#232;rement violentes lorsqu'elles visent les femmes.&lt;/i&gt; &#187; En novembre 2019, la journaliste &lt;a href=&#034;https://rsf.org/fr/actualites/nouvelle-campagne-de-haine-contre-leditorialiste-indienne-rana-ayyub&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rana Ayyub&lt;/a&gt; a &#233;t&#233; la cible d'une de ces campagnes de harc&#232;lement, d'appel au viol et au meurtre. Des initiatives orchestr&#233;es, selon RSF, &#171; &lt;i&gt;par des militants pro-Hindutva, du nom de la l'id&#233;ologie qui m&#234;le fascisme et nationalisme hindou et qui se trouve &#234;tre la matrice doctrinale du BJP&lt;/i&gt; &#187;. La journaliste a &#233;galement fait l'objet de menaces de poursuites judiciaires par une police locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles menaces figurent parmi les formes d'intimidations r&#233;currentes &#224; l'&#233;gard des journalistes. Encore une fois selon RSF, elles sont &#171; &lt;i&gt;souvent utilis&#233;es pour museler les journalistes trop critiques &#224; l'encontre des autorit&#233;s, en vertu notamment de la section 124A du code p&#233;nal, qui punit de prison &#224; perp&#233;tuit&#233; les personnes reconnues coupables de &#8220;s&#233;dition&#8221;&lt;/i&gt; &#187;. En avril dernier, l'&#233;ditorialiste Gautam Navlakha pour le site d'information Newsclick a &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233; par l'agence indienne de lutte contre le terrorisme. Selon RSF, l'arrestation du journaliste, qui est accus&#233; de participer &#224; une &#171; &lt;i&gt;conspiration mao&#239;ste&lt;/i&gt; &#187;, serait &#171; &lt;i&gt;un acte politique de repr&#233;sailles contre ses articles, qui d&#233;non&#231;aient les violations des droits humains en Inde&lt;/i&gt; &#187;. Autre exemple embl&#233;matique de ce type de r&#233;pression, l'ONG &#233;voque le cas d'une &lt;a href=&#034;https://rsf.org/fr/actualites/en-inde-du-sud-un-etat-veut-punir-le-journalisme-anti-gouvernemental&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;directive gouvernementale&lt;/a&gt; de l'&#201;tat de l'Andhra Pradesh qui permettrait de poursuivre tout journaliste ou m&#233;dia publiant des informations &#171; &lt;i&gt;fausses&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;infond&#233;es&lt;/i&gt; &#187; ou de &#171; &lt;i&gt;mauvaise foi&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;&#8230; encore accrues au Cachemire et suite &#224; la crise du Covid&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Cette mise au pas de l'information est particuli&#232;rement alarmante au Cachemire indien, tout particuli&#232;rement depuis la r&#233;vocation unilat&#233;rale de l'autonomie relative de la province en ao&#251;t 2019. La r&#233;gion avait alors &#233;t&#233; priv&#233;e de tous les r&#233;seaux de communication &#8211; t&#233;l&#233;phone, t&#233;l&#233;vision et internet &#8211; un &lt;i&gt;black out&lt;/i&gt; prolong&#233; depuis ; et soumise &#224; un couvre-feu. En juin dernier, RSF d&#233;non&#231;ait &lt;a href=&#034;https://rsf.org/fr/actualites/rsf-denonce-un-projet-de-regulation-de-la-presse-orwellien-au-cachemire-indien&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un nouveau projet de r&#233;glementation&lt;/a&gt; visant &#224; permettre &#224; l'administration de la province, d&#233;sormais dirig&#233;e depuis Delhi, de &#171; &lt;i&gt;contr&#244;ler, a posteriori et a priori, le contenu de toutes les productions journalistiques dans la vall&#233;e du Cachemire durant les cinq prochaines ann&#233;es&lt;/i&gt; &#187;. Sont vis&#233;es les &#171; &lt;i&gt;fausses informations&lt;/i&gt; &#187; ou contenus &#171; &lt;i&gt;anti-nationaux&lt;/i&gt; &#187;, &#224; l'appr&#233;ciation de l'administration... En avril, la photojournaliste cachemirie Masrat Zahra &#233;tait d&#233;j&#224; poursuivie pour avoir publi&#233; des photos sur Internet. Une activit&#233; jug&#233;e &#171; &lt;i&gt;anti-nationale&lt;/i&gt; &#187; pour laquelle elle risque sept ans de prison, &lt;a href=&#034;https://rsf.org/fr/actualites/inde-la-photojournaliste-cachemirie-masrat-zahra-injustement-poursuivie-pour-activites-anti&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;selon RSF&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du Covid n'a fait qu'aggraver cette tendance liberticide. Ainsi la veille du premier jour du confinement (le 25 mars), le chef du gouvernement indien Narendra Modi a-t-il &#171; &lt;i&gt;personnellement enjoint les propri&#233;taires des vingt plus grands groupes de presse du pays &#224; se limiter &#224; des &#8220;r&#233;cits positifs&#8221; sur la gestion de la pand&#233;mie et du confinement, et de servir de &#8220;lien entre le gouvernement et le peuple&#8221;&lt;/i&gt; &#187; comme &lt;a href=&#034;https://rsf.org/fr/actualites/comment-le-gouvernement-indien-tente-de-verrouiller-toute-information-sur-le-covid-19&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le rapporte RSF&lt;/a&gt;. Le 31 mars, le gouvernement a d&#233;pos&#233; devant la Cour supr&#234;me une &#171; &lt;i&gt;demande de censure pr&#233;alable sur tous les sujets relatifs &#224; la pand&#233;mie&lt;/i&gt; &#187;, finalement rejet&#233;e face au toll&#233;. La Cour a n&#233;anmoins enjoint les m&#233;dias &#224; se r&#233;f&#233;rer &#171; &lt;i&gt;exclusivement &#224; la version officielle de la situation&lt;/i&gt; &#187; pour &#233;viter la diffusion de fausses nouvelles. Les poursuites judiciaires et campagnes de cyberharc&#232;lement et d'appel au meurtre se sont multipli&#233;es. RSF publie ainsi le t&#233;moignage de la journaliste ind&#233;pendante Vidya Krishnan, auteure dans le mensuel &#233;tatsunien &lt;i&gt;The Atlantic&lt;/i&gt; d'un article critiquant la gestion indienne de la crise :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les menaces de violence physique, de viol et de torture ont &#233;t&#233; amplifi&#233;es par l'insistance avec laquelle le minist&#232;re de la Sant&#233; &#224; appeler &#224; consid&#233;rer tout article critique comme &#171; fake news &#187;. De fait, tous les journalistes scientifiques en Inde sont l'objet de cyberharc&#232;lement pour leur couverture jug&#233;e &#171; antipatriotique &#187; des &#233;v&#233;nements. Les choses sont devenues un peu plus disproportionn&#233;es dans mon cas parce que je suis indienne et que j'ai critiqu&#233; le gouvernement indien dans la presse &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple rapport&#233; par Amanda Jacquel dans &lt;a href=&#034;https://www.politis.fr/articles/2020/04/inde-des-victimes-collaterales-par-millions-41713/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Politis&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; : le gouverneur de l'&#233;tat de l'Uttar Pradesh, Yogi Adityanath, proche du pouvoir, a port&#233; plainte contre le m&#233;dia The Wire pour avoir rapport&#233; sa participation &#224; un rassemblement religieux hindou le 25 mars, premier jour de confinement. RSF &#233;voque &#233;galement la r&#233;pression des reporters faisant &#233;tat, sur le terrain, de la situation sanitaire, qui prend la forme &lt;a href=&#034;https://rsf.org/fr/actualites/couverture-du-covid-19-en-inde-rsf-denonce-lalarmante-recrudescence-des-cas-de-harcelement-contre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'attaques judiciaires et polici&#232;res&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Durant la derni&#232;re semaine d'avril, ce sont pas moins de six journalistes qui ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s par la police de l'&#201;tat de l'Himachal Pradesh, situ&#233; dans le nord-ouest de l'Inde, pour leur couverture des cons&#233;quences du confinement.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'ONG d&#233;nombre ainsi plus de vingt journalistes directement menac&#233;s pour avoir publi&#233; des r&#233;v&#233;lations embarrassantes pour le pouvoir, ou simplement tent&#233; de rendre compte de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Ce bref aper&#231;u de la situation des m&#233;dias et journalistes en Inde fait &#233;tat d'une situation pr&#233;occupante. Comme dans de nombreux pays, la mainmise d'une poign&#233;e d'oligarques s'est accrue sur le secteur m&#233;diatique. Les m&#233;langes des genres et la collusion entre pouvoir politique et m&#233;diatique sont particuli&#232;rement &#233;vidents, certains magnats des m&#233;dias n'h&#233;sitant pas &#224; mener eux-m&#234;mes des campagnes &#233;lectorales. Une particularit&#233; reste la violence &#224; laquelle sont confront&#233;s les journalistes et m&#233;dias ind&#233;pendants : qu'il s'agisse des intimidations ou r&#232;glements de compte de la part de potentats locaux ou de la r&#233;pression d'un gouvernement en roue libre, guid&#233; par une id&#233;ologie fasciste et une volont&#233; de mise au pas de l'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lemaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit du &lt;i&gt;Dainik Jagran&lt;/i&gt;, du &lt;i&gt;Hindustan&lt;/i&gt;, du &lt;i&gt;Amar Ujala&lt;/i&gt;, et du &lt;i&gt;Dainik Bhaskar&lt;/i&gt; pour l'hindi ; du &lt;i&gt;Times of India&lt;/i&gt;, du &lt;i&gt;Hindustan Times&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;The Hindu&lt;/i&gt;, et de &lt;i&gt;The Economic Times&lt;/i&gt; pour l'anglais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bien que mesur&#233;es par la Broadcast Audience Research Council (BARC), un organisme g&#233;r&#233; conjointement par l'industrie (diffuseurs et annonceurs), les donn&#233;es concernant l'audience des cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision ne sont pas publiques dans la mesure o&#249; elles rel&#232;veraient du &#171; secret industriel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'inqui&#233;tant panorama des m&#233;dias au Br&#233;sil (3/3) : alternatives et r&#233;sistances</title>
		<link>https://www.acrimed.org/L-inquietant-panorama-des-medias-au-Bresil-3-3</link>
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		<dc:date>2020-09-14T10:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>M&#233;lanie Toulhoat, Nils Solari</dc:creator>


		<dc:subject>Br&#233;sil</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique Latine (m&#233;dias d')</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien avec M&#233;lanie Toulhoat &#8211; chercheuse en histoire contemporaine. (cr&#233;dit image : documentaire Resist&#234;ncia)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Autres-pays-d-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;M&#233;dias d'Am&#233;rique latine&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Bresil-+" rel="tag"&gt;Br&#233;sil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Amerique-Latine-medias-d-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique Latine (m&#233;dias d')&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L116xH150/arton6213-beaf9.png?1776678925' class='spip_logo spip_logo_right' width='116' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La question des m&#233;dias au Br&#233;sil est au carrefour de nombreux enjeux. Collusion avec les pouvoirs politique, &#233;conomique, religieux, hyperconcentration, corruption... Dans un entretien en trois volets, M&#233;lanie Toulhoat, chercheuse en histoire contemporaine, dresse un panorama particuli&#232;rement pr&#233;occupant du paysage m&#233;diatique br&#233;silien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;lanie Toulhoat est auteure d'une th&#232;se sur le r&#244;le politique de l'humour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette troisi&#232;me partie revient sur les tentatives de r&#233;forme du secteur m&#233;diatique ainsi que les r&#233;sistances et m&#233;dias alternatifs. Propos recueillis par Nils Solari.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lors du mandat de Lula, puis celui de Dilma Rousseff, des chantiers de r&#233;forme avaient &#233;t&#233; envisag&#233;s pour tenter de d&#233;mocratiser le secteur m&#233;diatique br&#233;silien et am&#233;liorer la programmation culturelle. Pouvez-vous d&#233;tailler ces tentatives de r&#233;forme, dont les enjeux peuvent &#234;tre colossaux dans ce &#171; pays-continent &#187;, et pr&#233;ciser ce qui explique selon vous, que ces r&#233;flexions n'aient pas abouti, pour ne pas dire qu'elles ont &#233;t&#233; totalement abandonn&#233;es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Les gouvernements du Parti des Travailleurs (PT) sous les pr&#233;sidences de Lula et Dilma Rousseff ont men&#233; d'importantes r&#233;formes &#233;conomiques et sociales au Br&#233;sil ; ils ont tent&#233;, dans ce cadre, de faire &#233;voluer les politiques de communication et de r&#233;former le secteur m&#233;diatique br&#233;silien, mais sans vrai r&#233;sultat. Comme le rappelle Maria Eduarda da Mota Rocha dans une interview pour la &lt;a href=&#034;https://seer.ufs.br/index.php/eptic/article/view/9617&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Eptic en 2018&lt;/a&gt;, un &#233;l&#233;ment important de contextualisation est que le PT est un parti politique proche des classes moyennes, une majorit&#233; de ses cadres &#233;tant recrut&#233;s dans ces cat&#233;gories (universitaires, issus des mouvements sociaux etc.), et une petite partie &#233;tant recrut&#233;e parmi les classes populaires. Malgr&#233; cette pr&#233;dominance des classes moyennes, le PT n'a jamais incarn&#233; une option pour les secteurs conservateurs et oligarchiques, qui sont pour la plupart au pouvoir aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme des moyens de communication annonc&#233;e par Lula aurait pu repr&#233;senter une vraie menace pour ces secteurs. Mais de fait, les grands monopoles m&#233;diatiques n'ont jamais &#233;t&#233; r&#233;ellement attaqu&#233;s par le PT. Pourtant, d&#232;s l'ann&#233;e 2002 lors de la campagne &#233;lectorale, celui qui n'&#233;tait alors encore que le candidat Luiz In&#225;cio Lula da Silva avait introduit dans son programme un projet de d&#233;mocratisation des moyens de communication. Dans les faits, ce vaste chantier n'a pas vraiment &#233;t&#233; entrepris par les gouvernements du PT, m&#234;me s'ils ont tout de m&#234;me tent&#233; de mettre en place certains projets. L'Entreprise Br&#233;silienne de Communication (EBC), par exemple, a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en 2008 et a repr&#233;sent&#233; un vrai premier pas vers la mise en place d'un secteur public des m&#233;dias au Br&#233;sil, &#233;loign&#233; des objectifs de profit et d'influence caract&#233;ristiques des grands m&#233;dias priv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 2009, le gouvernement de Lula a &#233;galement organis&#233; &#224; Brasilia la premi&#232;re conf&#233;rence nationale de Communication (Confecom) autour de la th&#233;matique : &#171; Communication : les moyens pour la construction de Droits et de la citoyennet&#233; &#224; l'&#232;re num&#233;rique &#187;. Une rencontre organis&#233;e avec l'objectif de discuter de grands principes et d'&#233;laborer une s&#233;rie de recommandations pour la formulation, ensuite, de politiques en mati&#232;re de m&#233;dias et de communication : am&#233;lioration du syst&#232;me m&#233;diatique br&#233;silien, y compris dans la sph&#232;re num&#233;rique, ou encore r&#233;gulation des entreprises priv&#233;es b&#233;n&#233;ficiaires de concessions de service public. L'apport le plus important de cette Confecom a r&#233;sid&#233; dans la tenue de nombreux d&#233;bats publics pour discuter du fonctionnement des m&#233;dias avec de tr&#232;s nombreux acteurs et notamment 1800 d&#233;l&#233;gu&#233;s pr&#233;alablement d&#233;sign&#233;s au cours des &#233;tapes pr&#233;paratoires afin de repr&#233;senter le monde des entreprises, la soci&#233;t&#233; civile et les pouvoirs publics. Malheureusement, cette conf&#233;rence n'a eu que tr&#232;s peu de d&#233;bouch&#233;s concrets, les recommandations formul&#233;es n'ayant pas abouti et ne s'&#233;tant jamais transform&#233;es en propositions de loi. Une commission interminist&#233;rielle a pourtant &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en 2010 portant sur les secteurs de la t&#233;l&#233;vision et de la radiodiffusion, sans r&#233;el r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses organisations &#233;manant de la soci&#233;t&#233; civile br&#233;silienne ont n&#233;anmoins continu&#233; &#224; exiger du gouvernement f&#233;d&#233;ral des r&#233;formes profondes en faveur de la d&#233;mocratisation des m&#233;dias. En 2011, par exemple, le &lt;a href=&#034;http://fndc.org.br/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Forum national pour la d&#233;mocratisation de la communication&lt;/a&gt; (F&#243;rum Nacional pela Democratiza&#231;&#227;o da Comunica&#231;&#227;o - FNDC) a organis&#233; un s&#233;minaire en faveur de la r&#233;gulation du secteur, avec l'&#233;mission de recommandations, de points prioritaires &#224; mettre &#224; l'agenda politique. En 2012, la campagne &lt;a href=&#034;http://www.paraexpressaraliberdade.org.br/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Para Expresar a Liberdade&lt;/a&gt; (&#171; Pour exprimer la libert&#233; &#187;) a pris forme autour d'un s&#233;minaire, Os desafios da liberdade de express&#227;o (&#171; les d&#233;fis de la libert&#233; d'expression &#187;). Or, cette campagne avait pour but de maintenir la pression sur le gouvernement f&#233;d&#233;ral afin qu'il donne des suites &#224; la Confecom. Cela a abouti en 2013 - et c'est assez int&#233;ressant de le noter - &#224; la formulation d'un &lt;a href=&#034;http://www.paraexpressaraliberdade.org.br/projeto-de-lei/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;projet de loi d'initiative populaire d&#233;nomm&#233; &#171; loi des m&#233;dias d&#233;mocratiques &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce projet de loi d'initiative populaire, pr&#233;vu pour renforcer la transparence, la gestion publique, l'ind&#233;pendance, la valorisation de la diversit&#233; et de la culture br&#233;silienne dans les m&#233;dias, devait garantir &#224; la population, les droits &#224; l'information et &#224; la communication, envisag&#233;s comme droits indispensables &#224; un exercice plein et entier de la d&#233;mocratie. Le projet a &#233;t&#233; soutenu par des syndicats, notamment de journalistes mais pas seulement, et par un spectre assez large d'associations et de secteurs de la soci&#233;t&#233; civile. Malgr&#233; ces soutiens, le projet n'est pas parvenu &#224; rassembler les signatures n&#233;cessaires, c'est &#224; dire 1% du corps &#233;lectoral br&#233;silien &#8211; soit au moment du lancement du projet, 1,3 million de signatures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des raisons qui peut expliquer l'&#233;chec de ce projet de loi d'initiative populaire, tout comme l'abdication du politique face aux recommandations de la Confecom, est le r&#244;le des m&#233;dias conservateurs. Ces derniers ont emp&#234;ch&#233; une large diffusion de ces travaux, en refusant de les couvrir, aupr&#232;s de secteurs plus diversifi&#233;s de la population, emp&#234;chant ainsi d'initier un vrai d&#233;bat public sur ces questions. Plus largement, les raisons de l'abandon des r&#233;formes de d&#233;mocratisation et de transparence des m&#233;dias sont nombreuses ; mais il est &#233;vident que la tr&#232;s grande concentration entre les mains de certains groupes familiaux, le poids &#233;conomique des grands groupes priv&#233;s de m&#233;dias, leur alliance avec les &#233;lites politiques conservatrices notamment au niveau local, la part importante des programmes revendue aux &#233;glises et &#224; certains lobbys, notamment dans l'agrobusiness, ont jou&#233; un r&#244;le majeur. &#192; cela, s'ajoutent les tr&#232;s nombreuses infractions et irr&#233;gularit&#233;s, contraires aussi bien &#224; la Constitution qu'au Code br&#233;silien des t&#233;l&#233;communications, et qui ne sont, en r&#233;alit&#233;, rarement voire jamais d&#233;nonc&#233;es et sanctionn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Vous d&#233;criviez un secteur ind&#233;pendant &#171; &lt;i&gt;aux audiences confidentielles&lt;/i&gt; &#187; mais mentionniez &#233;galement l'existence d'un &#171; &lt;i&gt;Observatoire de la presse&lt;/i&gt; &#187; dont vous dites qu'il peut &#234;tre compar&#233;, en France, &#224; Acrimed. Pensez-vous qu'il existe malgr&#233; tout des perspectives de r&#233;sistance, voire mieux, des chances de voir la question de la &#171; d&#233;mocratisation des m&#233;dias &#187; avancer au Br&#233;sil malgr&#233; ce panorama g&#233;n&#233;ral plut&#244;t sombre que nous avons d&#233;peint ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Le panorama du champ m&#233;diatique br&#233;silien actuel n'est pas tr&#232;s r&#233;jouissant, mais il existe tout de m&#234;me des exp&#233;riences r&#233;centes de journalisme ind&#233;pendant. Les radios communautaires et universitaires repr&#233;sentent &#233;galement un espace de r&#233;sistance important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier exemple est celui du programme &#171; &lt;a href=&#034;https://www.ufpe.br/ser/fora-da-curva&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fora da Curva&lt;/a&gt; &#187;, diffus&#233; sur les bandes FM et AM du r&#233;seau de chaines de TV et de radios de l'universit&#233; f&#233;d&#233;rale de l'&#201;tat de Pernambuco, sur la radio Paulo Freire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2019, les &#233;l&#232;ves et professeurs de l'universit&#233; f&#233;d&#233;rale de Pernambuco (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce programme Fora da Curva (ce qui pourrait &#234;tre traduit litt&#233;ralement par &#171; hors de la courbe &#187; ou plus justement par &#171; hors des sentiers battus &#187;), est n&#233; dans le contexte du coup d'&#201;tat parlementaire contre Dilma Rousseff en 2016. Au m&#234;me moment, Michel Temer, ayant assum&#233; la pr&#233;sidence, s'en est pris &#224; l'entreprise EBC en destituant le conseil de gestion, tra&#231;ant ainsi la voie &#224; Jair Bolsonaro qui souhaite aujourd'hui la privatiser pour en r&#233;duire l'ind&#233;pendance et la transformer en entreprise de diffusion de la politique du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fora da Curva est une initiative de professeurs du d&#233;partement de communication sociale de l'Universit&#233; f&#233;d&#233;rale de Pernambuco, en partenariat avec des professeurs du d&#233;partement de sociologie. Elle visait &#224; ouvrir un nouvel espace ind&#233;pendant de critique et d'analyse, &#224; l'&#233;poque o&#249; les recteurs des universit&#233;s avaient encore une certaine autonomie par rapport au gouvernement f&#233;d&#233;ral (c'est encore le cas aujourd'hui mais cet espace d'autonomie a tendance &#224; s'amoindrir sous la pression du gouvernement Bolsonaro). Fora da Curva est ainsi devenu un espace de r&#233;sistance avec une perspective tr&#232;s critique &#224; propos de la situation du pays &#224; compter de 2016, traitant des enjeux politiques, du d&#233;mant&#232;lement des droits du travail et des acquis sociaux notamment. Le programme s'appuyait sur la participation des professeurs de tous les d&#233;partements de l'Universit&#233; et sur la rencontre avec diff&#233;rentes forces sociales, des mouvements sociaux ou de la soci&#233;t&#233; civile. Les interviews &#233;taient conduites de mani&#232;re plus ou moins classiques mais elles &#233;taient anim&#233;es et pr&#233;sent&#233;es par des professeurs de l'Universit&#233;, ce qui a constitu&#233; une r&#233;elle innovation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme &#233;tait coordonn&#233; par les chercheuses Yvana Fechine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Docteure en communication et s&#233;miotique de l'Universit&#233; pontificale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et Paula Reis Melo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Professeure du d&#233;partement de communication sociale au sein de la m&#234;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et fonctionnait de mani&#232;re coll&#233;giale avec des collectifs issus de la soci&#233;t&#233; civile. Les d&#233;cisions, en termes de th&#233;matiques abord&#233;es et de sources, &#233;taient prises de mani&#232;re collective, avec une volont&#233; de diversifier les lieux de parole ou les acteurs. Aujourd'hui, la programmation quotidienne du programme Fora da Curva est suspendue, le fonctionnement est tr&#232;s pr&#233;caire et le programme se recentre sur la diffusion de &lt;i&gt;live&lt;/i&gt; sur Instagram ensuite diffus&#233;s sous forme de podcast. Les radios universitaires doivent faire face &#224; un manque cruel de structures et de budget (pour le mat&#233;riel et la pr&#233;paration de la programmation), encore accru par la r&#233;duction des budgets des universit&#233;s d&#233;cid&#233;e par le gouvernement Bolsonaro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les podcasts de d&#233;cryptage de l'actualit&#233; repr&#233;sentent d'ailleurs une dynamique importante au Br&#233;sil et proposent une v&#233;ritable diversit&#233; en termes de contenus, de th&#233;matiques et d'intervenants. Ils sont souvent tr&#232;s &#233;cout&#233;s et constituent une alternative aux m&#233;dias dominants, &#224; la radio ou au journal t&#233;l&#233;, comme cela peut &#234;tre le cas en France. Ces podcasts sont nombreux, souvent dynamiques, proposant des d&#233;bats dans un langage d&#233;contract&#233; mais vraiment approfondis sur des th&#233;matiques tr&#232;s pointues. Ils se sont d&#233;velopp&#233;s de mani&#232;re conjointe avec la diffusion des radios Internet et l'augmentation de la bande passante dans une grande partie des r&#233;gions du Br&#233;sil. Il est encore un peu difficile pour l'instant d'&#233;tudier ces pratiques d'&#233;coute, ou encore la rentabilit&#233; de ces mod&#232;les de communication, et m&#234;me s'ils ne sont pas majoritaires au Br&#233;sil, le potentiel est vraiment important. De plus, comme ils sont produits de mani&#232;re ind&#233;pendante, la question des pressions &#233;ditoriales ou politiques ne se pose pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple que l'on peut donner est celui de l'&lt;a href=&#034;https://apublica.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ag&#234;ncia P&#250;blica&lt;/a&gt;, litt&#233;ralement &#171; l'agence publique &#187;, qui est une agence ind&#233;pendante de journalisme et d'enqu&#234;te &#224; but non lucratif, fond&#233;e en 2011, et qui traite de th&#233;matiques d'int&#233;r&#234;t public et g&#233;n&#233;ral centr&#233;es sur la d&#233;fense des droits humains. On y trouve des reportages qui s'int&#233;ressent &#224; l'administration publique et aux gouvernements f&#233;d&#233;ral et locaux, au pouvoir judiciaire, &#224; la corruption des entreprises priv&#233;es et des politiques, aux violences commises contre les populations, aux probl&#233;matiques environnementales, etc. Le panel de th&#233;matiques abord&#233;es est vraiment large. Ag&#234;ncia P&#250;blica produit des contenus informatifs qui sont ensuite rediffus&#233;s par des centaines de moyens de communication. L'agence propose &#233;galement des modules de formation pour les journalistes, des &#233;v&#233;nements, des conf&#233;rences, des d&#233;bats et aussi des concours pour financer des reportages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Internet n'est &#233;videmment pas un champ exempt de censure et de formes de pression &#233;conomiques et politiques, mais il peut tout m&#234;me repr&#233;senter un lieu d'alternatives pour le journalisme et la d&#233;mocratisation des m&#233;dias. Il existe aussi de nombreuses initiatives dans le sens d'une &#233;ducation aux m&#233;dias, je pense notamment au travail r&#233;alis&#233; par &lt;a href=&#034;https://vladimirherzog.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'institut Vladimir Herzog&lt;/a&gt; de S&#227;o Paulo, qui propose un travail de valorisation de la communication publique, des r&#233;compenses pour des travaux en sciences humaines et sociales sur le th&#232;me de la communication&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le nom de cet institut rend hommage au journaliste et dramaturge br&#233;silien, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il d&#233;veloppe &#233;galement des ateliers sur des actions de d&#233;fense des droits humains ou d'&#233;ducation aux m&#233;dias, de tr&#232;s nombreux projets de protection des journalistes, l'organisation d'expositions&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, depuis 1996, l'observatoire de la presse, ou o &lt;a href=&#034;http://www.observatoriodaimprensa.com.br/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Observat&#243;rio da Imprensa&lt;/a&gt;, propose une critique des m&#233;dias sur internet. C'est une initiative du Laboratoire d'&#233;tudes avanc&#233;es en journalisme de l'Universit&#233; de Campinas, qui a commenc&#233; &#233;galement &#224; &#234;tre diffus&#233; &#224; la t&#233;l&#233;vision publique &#224; partir de 1998. L'Observat&#243;rio da Imprensa propose un espace de discussion et de critique des m&#233;dias br&#233;siliens, centr&#233; sur les notions de service public et d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Dans le cadre de ce projet, le public est consid&#233;r&#233; comme n'&#233;tant pas forc&#233;ment vou&#233; &#224; une consommation passive d'information. La soci&#233;t&#233; civile est capable de renforcer la citoyennet&#233;, en servant d'interm&#233;diaire entre les m&#233;dias et le public, en agissant et en critiquant l'action des journalistes et des entreprises m&#233;diatiques. En ce sens, il se rapproche de l'Observatoire des pratiques et des m&#233;tiers de la presse fran&#231;ais, fond&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 1990 au sein du Centre de formation et perfectionnement des journalistes. Son engagement en faveur de la pluralit&#233; et de l'ind&#233;pendance des m&#233;dias, de la v&#233;rification des faits et sa composition hybride &#8211; public, chercheurs, journalistes &#8211; le rapprochent &#233;galement de l'association Acrimed.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Nils Solari&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#233;lanie Toulhoat est auteure d'une &lt;a href=&#034;https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-02864906?fbclid=IwAR0fk5luqPVq3eQZB1rmGEO_59apJnZ264YDdzCaexEKKUdKw9q6qEK86zI&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;th&#232;se&lt;/a&gt; sur le r&#244;le politique de l'humour graphique et des images satiriques dans la presse ind&#233;pendante durant le r&#233;gime militaire br&#233;silien. Elle est docteure en histoire contemporaine de l'Universit&#233; Sorbonne Nouvelle &#8211; Paris 3 (IHEAL-CREDA) et de l'Universit&#233; de S&#227;o Paulo, post-doctorante du LabEx HASTEC de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE) affect&#233;e &#224; l'Institut des Mondes Africains pour 2020-2021 et vice-pr&#233;sidente de l'Association pour la Recherche sur le Br&#233;sil en Europe (ARBRE).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 2019, les &#233;l&#232;ves et professeurs de l'universit&#233; f&#233;d&#233;rale de Pernambuco ont r&#233;activ&#233; cette radio de l'Universit&#233; qu'ils ont rebaptis&#233;e &#171; Radio Paulo Freire &#187;, en hommage au p&#233;dagogue br&#233;silien critiqu&#233; par Bolsonaro et son gouvernement. Cette radio dispose d'une programmation propre et rediffuse l'apr&#232;s-midi les programmes de la bande FM.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Docteure en communication et s&#233;miotique de l'Universit&#233; pontificale catholique de S&#227;o Paulo et professeure du programme de communication &#224; l'Universit&#233; f&#233;d&#233;rale de Pernambuco.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Professeure du d&#233;partement de communication sociale au sein de la m&#234;me universit&#233;, docteure en sciences de la communication de l'Unisinos et coordinatrice g&#233;n&#233;rale de la radio Paulo Freire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le nom de cet institut rend hommage au journaliste et dramaturge br&#233;silien, symbole de la lutte pour les droits de l'homme, mort en 1975 dans les ge&#244;les de la dictature militaire apr&#232;s avoir subi la torture et dont l'assassinat avait &#233;t&#233; tr&#232;s grossi&#232;rement maquill&#233; en suicide.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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