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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Les fruits et les fleurs de la concentration &#233;ditoriale</title>
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		<dc:date>2026-04-23T10:00:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Discepolo</dc:creator>


		<dc:subject>Vincent Bollor&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Extrait actualis&#233; et compl&#233;t&#233; de La Trahison des &#233;diteurs.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Edition-" rel="directory"&gt;&#201;dition&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Vincent-Bollore-+" rel="tag"&gt;Vincent Bollor&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH81/trahison-21fb7.jpg?1776938452' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous reproduisons un extrait actualis&#233; et compl&#233;t&#233; de &lt;i&gt;La Trahison des &#233;diteurs&lt;/i&gt; (Thierry Discepolo, Agone, 2023), paru il y a quelques jours &lt;a href=&#034;https://agone.org/les-fruits-et-les-fleurs-de-la-concentration-editoriale/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site d'Agone&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 15 avril, Olivier Nora, PDG des &#233;ditions Grasset, propri&#233;t&#233; de Vincent Bollor&#233;, a &#233;t&#233; limog&#233;. Cette d&#233;cision a provoqu&#233; la prise de conscience d'une centaine d'auteurs : leurs id&#233;es et leurs &#339;uvres sont, depuis trois ans, la propri&#233;t&#233; de Vincent Bollor&#233;. Et donc au service de son id&#233;ologie. Un pas de plus doit &#234;tre fait : cette situation est une cons&#233;quence pr&#233;visible de la concentration qui, en France, fait d'un quarteron de patrons les ma&#238;tres de l'&#233;dition fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2007, &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; offrait une s&#233;rie estivale sur les &#171; grands &#233;diteurs &#187;. Ouverte avec Claude Durand (1938-2025), la d&#233;finition qu'il y donnait de lui-m&#234;me donnait en m&#234;me temps une d&#233;finition de son engeance : &#171; Je suis un mercenaire, quelqu'un qui se vend mais qui est libre. &#187; La s&#233;rie comptait aussi Olivier Nora.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Hachette, Olivier Nora est ce qu'on doit appeler un &#171; &#233;diteur maison &#187;, pas seulement parce que son p&#232;re, Simon Nora, fut directeur du groupe &#224; la fin des ann&#233;es 1970. Apr&#232;s avoir fait ses classes au Bureau du livre fran&#231;ais &#224; New York au d&#233;but des ann&#233;es 1990, Olivier Nora est nomm&#233;, en 1996, directeur g&#233;n&#233;ral de Calmann-L&#233;vy (propri&#233;t&#233; d'Hachette &#224; 84 %), avant de recevoir la direction de Grasset en 2000, qui ne lui est pas reprise lorsqu'il succ&#232;de &#224; Claude Durand, deux ans apr&#232;s, &#224; la direction de Fayard &#8211; o&#249; il est rest&#233; jusqu'en novembre 2013, quand il c&#232;de la place &#224; Sophie de Closets, qui y restera jusqu'&#224; sa nomination &#224; la t&#234;te de Flammarion en juillet 2022. (Ce genre de ballet est embl&#233;matique de la population de PDG qu'emploient indiff&#233;remment les quatre principaux groupes &#233;ditoriaux fran&#231;ais.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on lui demande quel est, selon lui, l'&#171; &#226;ge d'or de la maison Grasset &#187;, le bon &#233;l&#232;ve Olivier Nora mentionne la p&#233;riode 1910-1930, &#171; particuli&#232;rement fertile &#187;, puis la &#171; grande aventure de la litt&#233;rature f&#233;minine &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1950 &#187;. Il est vrai que, entre les deux moments de gr&#226;ce, Grasset porte, sur son seul nom, une part notoire de la collaboration des &#233;ditions fran&#231;aises avec l'occupant nazi. N'emp&#234;che, comme dit Olivier Nora, son fondateur, &#171; Bernard Grasset, &#233;tait un pur g&#233;nie de l'&#233;dition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Olivier Nora, le diplomate &#187;, Le Figaro, 27 juillet 2007 &#8211; sauf indication (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. On a de ces pudeurs dans le monde des lettres fran&#231;aises&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une &#233;vocation du &#171; caract&#232;re &#187;, du &#171; pass&#233; &#187; et de la &#171; culture &#187; des &#233;ditions Grasset, Olivier Nora pr&#233;cise sa vision d'une maison &#171; forg&#233;e par son comit&#233; de lecture, o&#249; les &#233;crivains sont majoritaires, [&#8230; et que les] auteurs se sont appropri&#233;e au point de souhaiter voir la rejoindre les &#233;crivains qu'ils estiment &#187; ; une maison o&#249; l'on prend &#171; la chose litt&#233;raire au s&#233;rieux, [et dont l']h&#233;ritage suinte des murs &#187;. Etc. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois plac&#233;e la l&#233;gende, Olivier Nora retrouve ses marques. Car Bernard Grasset ne fut pas seulement condamn&#233; &#224; la d&#233;gradation nationale &#224; vie et &#224; la confiscation de ses biens pour faits de collaboration. Ce &#171; g&#233;nie de l'&#233;dition &#187; a plus innov&#233; dans la mani&#232;re de faire parler des livres que dans la mani&#232;re de les faire : metteur en sc&#232;ne de la &#171; litt&#233;rature &#187; comme f&#233;tiche et de l'&#171; auteur &#187; comme produit, grand acteur dans le cirque du &#171; vient de para&#238;tre &#187;, Grasset donna aux campagnes de presse et publicitaires une ampleur jusque-l&#224; inconnue. Innovant dans les op&#233;rations de communication, voire de harc&#232;lement, ce &#171; g&#233;nie de l'&#233;dition &#187; associe scandales, fausses annonces, faux chiffres de vente, etc. Pour ce Grasset-l&#224;, &#171; tout s'ach&#232;te : auteur, critique, public &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roger Chartier et Henri-Jean Martin (dir.), Histoire de l'&#233;dition fran&#231;aise. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quand un journaliste rappelle, discr&#232;tement, &#224; Olivier Nora ces temps (r&#233;volus) o&#249;, pour le dire franchement, &#171; tous les moyens &#233;taient bons &#187; pour promouvoir les auteurs et qu'il lui demande : &#171; Y a-t-il des m&#233;thodes que vous vous interdisez ? &#187;, sans tergiverser, l'&#171; &#233;diteur maison &#187; d&#233;clare : &#171; Je m'inscris totalement dans la filiation Grasset. Je pense que notre devoir quotidien, c'est de faire en sorte que nos auteurs soient lus par le maximum de lecteurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gardiens de la plus pure tradition de la litt&#233;rature fran&#231;aise peuvent retourner &#224; leurs ch&#232;res biblioth&#232;ques. Sont assur&#233;es pour mille ans la qualit&#233; et la fid&#233;lit&#233; rendues par la maison qui a charge des &#339;uvres, entre autres penseurs et &#233;crivaines &#233;ternelles au service de l'humanit&#233; souffrante, de Bernard-Henri L&#233;vy, Jean-Paul Enthoven et Pascal Bruckner, de Caroline Fourest, Fr&#233;d&#233;ric Beigbeder et Michel Onfray, d'Alain Minc, Yann Moix et Patrick Poivre d'Arvor, d'Anne Sinclair, Laurent Joffrin, Claire Chazal et Laure Adler entre autres Arnaud Montebourg et Manuel Valls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant, avec Claude Durand, la l&#233;gende poudr&#233;e des lettres fran&#231;aises &#233;tait &#224; son aise. On y sentait m&#234;me ce parfum de cire, d'ascension fa&#231;on IIIe R&#233;publique et de vieux papiers indissociable des amiti&#233;s et des tra&#238;trises litt&#233;raires. Autant, avec Olivier Nora, on le voit bien, c'est autre chose. Certains aspects rappellent le style d&#233;complex&#233; d'Arnaud Lagard&#232;re. Un effet de g&#233;n&#233;ration, sans doute. Mais aussi le c&#244;t&#233; h&#233;ritier. Un autre h&#233;ritage, bien s&#251;r. Une version moins tapageuse. Appr&#233;cions &#224; sa juste mesure le portrait ing&#233;nu qu'on fait d'Olivier Nora dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; : &#171; Grand, courtois, &#034;le bel Olivier&#034; qui s&#233;duisait tant les Am&#233;ricaines d&#233;gage une &#233;l&#233;gance aristocratique. [&#8230;] Quand Val&#233;ry Giscard d'Estaing se d&#233;place chez Grasset, [&#8230;] il se rend aussi chez son petit cousin. Par sa m&#232;re, n&#233;e Georges-Picot, Olivier Nora descend, comme l'ex-pr&#233;sident de la R&#233;publique, de Louis XV. [&#8230;] La politique, les d&#233;bats d'id&#233;es, mais aussi le cin&#233;ma : &#224; &#034;Noraland&#034;, la propri&#233;t&#233; de famille des Yvelines o&#249; il aime &#224; se retirer le week-end pour y lire ses manuscrits, crayon en main, on peut croiser ses amis d'enfance, des &#233;diteurs, des auteurs, mais aussi les acteurs Sophie Duez ou Jean Reno. &#187; Et comme Arnaud, le sport : Olivier jouerait au golf, lors de ses vacances aux &#201;tats-Unis, avec l'ancien vainqueur de Roland-Garros Ivan Lendl&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Beuve-M&#233;ry, &#171; Olivier Nora, h&#233;ritier des lettres &#187;, Le Monde, 10 avril (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par d'autres aspects, le &#171; jeune commandeur des lettres &#187; peut se pr&#233;valoir de ce qui se fait de mieux en mati&#232;re de pedigree &#171; aristocratie r&#233;publicaine fran&#231;aise &#187; : fils du r&#233;sistant Simon Nora (conseiller de Pierre Mend&#232;s France puis de Jacques Chaban-Delmas), il fut &#233;duqu&#233; au lyc&#233;e Henri-IV et &#224; Normale-Sup. Une formation couv&#233;e par deux oncles : d'abord Pierre Nora, l'historien, acad&#233;micien, directeur de collection chez Gallimard et de la revue &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt; &#8211; avec celui-ci, l'&#233;diteur &#171; entretient une connivence intellectuelle plus qu'une complicit&#233; humaine &#187; ; ensuite Fran&#231;ois Furet, l'auteur de &lt;i&gt;Penser la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/i&gt; et &#171; &#226;me de la d&#233;funte Fondation Saint-Simon, [qui] a politiquement marqu&#233; l'&#233;diteur &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entre think tank &#224; l'am&#233;ricaine et club de r&#233;flexion &#224; la fran&#231;aise, cr&#233;&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Olivier Nora n'est pas seulement bien n&#233;. Il a aussi su garder des relations de jeunesse, comme Denis Olivennes. Ce dernier a l'avantage, pour un &#233;diteur, d'avoir &#233;t&#233; patron de la Fnac puis du &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, et PDG d'Editis depuis 2023. En novembre 2010, les deux vieux amis se sont encore rapproch&#233;s. Denis Olivennes a &#233;t&#233; lui aussi recueilli par le groupe Lagard&#232;re : plac&#233; &#224; la t&#234;te d'Europe 1, du &lt;i&gt;Journal du dimanche&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt;. Ensemble, les deux comp&#232;res se seraient b&#226;ti &#171; un r&#233;seau relationnel au Si&#232;cle, o&#249; Olivier Nora est parmi les siens, comme un poisson dans l'eau &#187;. Les &#171; siens &#187;, c'est-&#224;-dire quelques centaines de membres qui composent l'&#233;lite du pouvoir en France, dont les d&#238;ners mensuels du Si&#232;cle huilent la socialisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire Fran&#231;ois Denord et Paul Lagneau-Ymonet, Le Concert des puissants, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aux c&#244;t&#233;s de quelques confr&#232;res comme Claude Cherki (ex-Seuil), Odile Jacob, Teresa Cremisi (ex-Flammarion) ou Denis Jeambar (journaliste itin&#233;rant et PDG par int&#233;rim du Seuil), Olivier Nora pouvait surtout croiser au Si&#232;cle d'anciens ministres et personnalit&#233;s politiques plus ou moins en activit&#233; ; de plus ou moins grands patrons et PDG ; toutes sortes de gens utiles &#224; tout, comme Jacques Attali ou Alain Minc ; et bien s&#251;r le meilleur du journalisme, ceux dont il est vain de citer les noms&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire Fran&#231;ois Denord, Paul Lagneau-Ymonet et Sylvain Thine, &#171; Aux d&#238;ners du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si jamais il y en a eu, tout danger de dissidence dans les maisons d'&#233;dition cornaqu&#233;es par Olivier Nora est &#233;cart&#233;. Ce qui est rassurant. Car &#224; l'aube des ann&#233;es 2020, la conjugaison d'une concentration &#233;ditoriale galopante et d'une malheureuse transmission d'h&#233;ritage entre Jean-Luc et Arnaud Lagard&#232;re livrait la maison Hachette aux mains de Vincent Bollor&#233;. En mars 2021, un d&#233;saccord entre le milliardaire breton et Arnaud Nourry, le PDG du groupe, d&#233;bouche sur son licenciement. Nora ne bouge pas, ses auteurs non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un an plus tard, un toll&#233; accompagne l'accueil par Vincent Bollor&#233; de Rubempr&#233;, maison fond&#233;e par &#201;ric Zemmour pour lancer sa campagne avec son dernier livre, &lt;i&gt;La France n'a pas dit son dernier mot&lt;/i&gt;. Nora ne bouge pas, ses auteurs non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me ann&#233;e, Sophie de Closets quitte la pr&#233;sidence de Fayard. &#201;ditrice peu remarqu&#233;e de Philippe de Villiers et de son fr&#232;re, Pierre, ancien chef d'&#233;tat-major des arm&#233;es, elle semblait pourtant pr&#234;te &#224; tenir la ligne du nouveau propri&#233;taire. Mais elle aurait subi, de la part de Nicolas Sarkozy, ami d'Arnaud Lagard&#232;re et membre du conseil d'administration du groupe, des tentatives d'intimidations. De m&#234;me qu'Olivier Nora, mais qui ne bouge pas, ses auteurs non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2025, l'insolent succ&#232;s des livres de Jordan Bardella, de Philippe de Villiers et de Nicolas Sarkozy parus chez Fayard scandalise les &#226;mes sensibles. Olivier Nora ne bouge pas, ses auteurs non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recrutement par Hachette de Boualem Sansal, qui fait la une des m&#233;dias, s'accompagne d'une ing&#233;nue d&#233;couverte de l'ampleur de son engagement &#224; l'extr&#234;me droite, pourtant au c&#339;ur de son &#339;uvre maquill&#233;e en litt&#233;rature chez Gallimard depuis vingt ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la r&#233;alit&#233; des prises de position de Boualem Sansal, lire Faris Lounis, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le patron de Grasset explique au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; : &#171; Je ne connais aucun confr&#232;re qui n'aurait accueilli Boualem avec reconnaissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Nicole Vulser, &#171; Le limogeage d'Olivier Nora &#224; la t&#234;te de Grasset (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; (Nous devrions pouvoir pr&#233;senter sans difficult&#233;s &#224; Olivier Nora plusieurs confr&#232;res qui n'auraient jamais accueilli &#171; Boualem &#187;.) Le nouvel acad&#233;micien est mis en sc&#232;ne comme une rock star lors des 200 ans d'Hachette au Palais Brongniart, &#224; Paris ; et le 12 avril 2026, il affole ses anciens alli&#233;s en s'abouchant avec le baron du Puy-du-Fou en une du &lt;i&gt;Journal du dimanche&lt;/i&gt;. Olivier Nora ne bouge pas, ses auteurs non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir du 15 avril o&#249; leur charismatique &#233;diteur &#233;tait vir&#233;, une centaine d'auteurs signe une lettre ouverte o&#249; ils refusent &#8211; avec au moins trois ans de retard &#8211;, que &#171; nos id&#233;es et notre travail soient la propri&#233;t&#233; de Vincent Bollor&#233; &#187;. Toutes ces ann&#233;es, &#171; par son &#233;l&#233;gance morale, sa disponibilit&#233; et son engagement &#187;, le corps d'Olivier Nora avait &#233;t&#233; &#171; le rempart et le ciment &#187; de leur maison (d'&#233;dition)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Grasset : l'int&#233;gralit&#233; de la lettre de d&#233;part et la liste des auteurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La puissance de certaines illusions collectives n'est plus &#224; d&#233;montrer. Ainsi toutes et tous ont-ils d&#251; attendre qu'il leur prenne la main pour qu'ils prennent la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le diff&#233;rend qui a provoqu&#233; le limogeage du grand &#233;diteur fait l'objet de sp&#233;culations. Selon certains, on aurait impos&#233; &#224; Olivier Nora la date de publication du r&#233;cit tant attendu de la d&#233;tention de Boualem Sansal. Le premier proposait octobre et le second voulait juin. Intrusion inacceptable pour l'&#233;diteur : &#171; La question de la parution d'un livre rel&#232;ve de l'&#233;diteur et pas de l'auteur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; (Est-ce bien s&#233;rieux ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon d'autres, Olivier Nora aurait refus&#233; d'&#233;diter le r&#233;cit de voyage d'un certain Nicolas Diat, &#233;diteur maison chez Hachette de Philippe de Villiers, de Jordan Bardella et coauteur du tr&#232;s r&#233;actionnaire cardinal Robert Sarah, &lt;i&gt;Rome, objet d'amour&lt;/i&gt;, refourgu&#233; par Fayard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-invite-e-des-matins/olivier-nora-vire-par-bollore-le-monde-de-l-edition-est-il-en-train-de-basculer-3932678&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;16 avril sur France Culture&lt;/a&gt;, un ch&#339;ur de pleureuses vertueuses donnait, en hommage &#224; Olivier Nora, une hom&#233;lie sur les malheurs, non seulement de l'&#233;dition fran&#231;aise, mais aussi &#171; de notre d&#233;mocratie et [de] la libert&#233; de l'esprit qui est un &#233;l&#233;ment de notre civilisation &#187; &#8211; rien de moins ! Entre autres qualit&#233;s dont a &#233;t&#233; par&#233; l'&#233;diteur licenci&#233;, celle d'avoir su &#171; r&#233;unir des gens qui ne sont absolument pas d'accord entre eux, qui font tout l'&#233;chiquier politique &#187;. Olivier Nora a-t-il perdu ses talents diplomatiques ? ou la place accord&#233;e chez Grasset aux auteurs r&#233;actionnaires &#233;tait-elle d&#233;j&#224; satur&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant d'en savoir plus, une question persiste : malgr&#233; toutes les raisons dont une seule aurait suffi &#224; n'importe qui pour partir la t&#234;te haute, pourquoi Olivier Nora a-t-il si longtemps attendu que son patron le pousse dehors ?&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Post-scriptum&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Dans le &lt;a href=&#034;https://www.lejdd.fr/culture/exclusif-affaire-grasset-la-reponse-de-vincent-bollore-171828&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;JDD&lt;/i&gt; du 19 avril&lt;/a&gt;, la r&#233;action de Vincent Bollor&#233; &#224; la campagne m&#233;diatique autour du licenciement d'Olivier Nora donne une r&#233;ponse &#224; notre question, avec quelques &#233;l&#233;ments qui laissent penser que les raisons ont moins &#224; voir avec une divergence id&#233;ologique qu'une d&#233;cision &#233;conomique : alors qu'entre 2024 et 2025 la r&#233;mun&#233;ration annuelle du PDG de Grasset serait pass&#233;e de 0,83 &#224; 1,017 millions d'euros, le r&#233;sultat op&#233;rationnel de sa marque aurait chut&#233; de 1,2 &#224; 0,6 millions d'euros. Ce ne serait pas la premi&#232;re fois que le PDG d'une marque de groupe &#233;ditorial maquille en grande cause son licenciement pour incomp&#233;tence : ainsi, Hugues Jallon, recrut&#233; en 2018 &#224; la t&#234;te du Seuil comme caution de gauche par le nouveau patron de M&#233;dia-Participations, qui l'aurait vir&#233; six ans plus tard parce qu'il &#233;tait&#8230; de gauche &#8212; en fait pour le remplacer par une employ&#233;e plus rentable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, le pluralisme politique est requis (sinon tol&#233;r&#233;) s'il est compatible avec la rentabilit&#233;. Que baisse le profit et la bataille culturelle se durcit. On ne pouvait trouver affaire plus r&#233;v&#233;latrice de l'alliance entre fascisme et grand capital. Une alliance dont tous les autres groupes ne sont qu'une version maquill&#233;e : une seule alternative, l'&#233;dition ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Thierry Discepolo&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Version actualis&#233;e et compl&#233;t&#233;e d'un extrait de &lt;a href=&#034;https://agone.org/livre/la-trahison-des-editeurs/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La Trahison des &#233;diteurs&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (2011, 2017, 2023).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Olivier Nora, le diplomate &#187;, &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, 27 juillet 2007 &#8211; sauf indication contraire, les citations qui suivent en sont extraites.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roger Chartier et Henri-Jean Martin (dir.), &lt;i&gt;Histoire de l'&#233;dition fran&#231;aise. Le livre concurrenc&#233; (1900-1950)&lt;/i&gt;, Fayard-Cercle de la librairie, (1986) 1991, p. 142, 207-208.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Beuve-M&#233;ry, &#171; Olivier Nora, h&#233;ritier des lettres &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 10 avril 2009 &#8211; les citations des deux paragraphes suivants en sont extraites.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entre think tank &#224; l'am&#233;ricaine et club de r&#233;flexion &#224; la fran&#231;aise, cr&#233;&#233;e dans le but de faire se rencontrer les mondes de l'entreprise et de l'universit&#233; en d&#233;passant les oppositions droite-gauche, la Fondation Saint-Simon est impuls&#233;e en d&#233;cembre 1982 par les historiens Fran&#231;ois Furet, Emmanuel Le Roy Ladurie, Pierre Nora et Pierre Rosanvallon, le technocrate Simon Nora, l'affairiste Alain Minc et le patron de Saint-Gobain Roger Fauroux. (Lire Vincent Laurent, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/1998/09/LAURENT/4054&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les architectes du social-lib&#233;ralisme. Enqu&#234;te sur la Fondation Saint-Simon&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, septembre 1998.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire Fran&#231;ois Denord et Paul Lagneau-Ymonet, &lt;i&gt;Le Concert des puissants&lt;/i&gt;, Raisons d'agir, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire Fran&#231;ois Denord, Paul Lagneau-Ymonet et Sylvain Thine, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/2011/02/DENORD/20132&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Aux d&#238;ners du Si&#232;cle, l'&#233;lite du pouvoir se restaure&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, f&#233;vrier 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la r&#233;alit&#233; des prises de position de Boualem Sansal, lire Faris Lounis, &#171; &lt;a href=&#034;https://agone.org/un-cadavre-de-la-colonisation-immortalise-par-lacademie-francaise/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un cadavre de la colonisation immortalis&#233; par l'Acad&#233;mie fran&#231;aise&lt;/a&gt; &#187;, Antichambre, 17 avril 2026.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Nicole Vulser, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/04/15/le-limogeage-d-olivier-nora-a-la-tete-de-grasset-confirme-la-reprise-en-main-de-l-edition-par-vincent-bollore_6680200_3234.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le limogeage d'Olivier Nora &#224; la t&#234;te de Grasset confirme la reprise en main de l'&#233;dition par Vincent Bollor&#233;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 15 avril 2026.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/04/16/grasset-l-integralite-de-la-lettre-de-depart-et-la-liste-des-115-auteurs-signataires-qui-quittent-la-maison-d-edition_6680470_3234.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Grasset : l'int&#233;gralit&#233; de la lettre de d&#233;part et la liste des auteurs signataires qui quittent la maison d'&#233;dition&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 16 avril 2026.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pour un statut d'&#233;diteur ind&#233;pendant</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Pour-un-statut-d-editeur-independant</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Pour-un-statut-d-editeur-independant</guid>
		<dc:date>2025-02-24T14:03:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Discepolo</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Un texte de Thierry Discepolo (Agone).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Edition-" rel="directory"&gt;&#201;dition&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH99/assises_edition_logo-23188.png?1776688768' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous publions ci-dessous sous forme de tribune et en accord avec son auteur un article publi&#233; &lt;a href=&#034;https://agone.org/pour-un-statut-dediteur-independant-lettrinfo-25-iv/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site d'Agone&lt;/a&gt; le 23 f&#233;vrier. (Acrimed)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les 20 et 21 f&#233;vrier, &#224; Bordeaux, se tenaient les IIe Assises de l'&#233;dition ind&#233;pendante. Ses partenaires m&#233;diatiques, &lt;i&gt;Livres Hebdo&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;ActuaLitt&#233;&lt;/i&gt;, toujours &#224; l'avant-garde du confusionnisme, ont tent&#233; d'en miner les efforts &#8211; &lt;a href=&#034;https://agone.org/la-dependance-cest-la-liberte-lindependance-cest-lesclavage/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;nous en donnons ici un d&#233;codage&lt;/a&gt;. Ce p&#233;tard mouill&#233; fut sans effet sur la quinzaine de rencontres qui ont r&#233;uni pr&#232;s de 500 personnes. Ci-dessous l'une des interventions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 2023 &#224; Aix-en-Provence, les premi&#232;res Assises de l'&#233;dition ind&#233;pendante &#233;taient ouvertes par une rencontre rassemblant le directeur du livre et de la lecture au minist&#232;re de la Culture, le directeur g&#233;n&#233;ral du CNL (Centre national du livre), le directeur de la Sofia (Soci&#233;t&#233; fran&#231;aise des int&#233;r&#234;ts des auteurs de l'&#233;crit) et le pr&#233;sident du SNE (Syndicat national de l'&#233;dition), c'est-&#224;-dire les repr&#233;sentants des principales instances nationales du livre en France. Comme pour accomplir cette mise en sc&#232;ne du pouvoir, on trouvait, au bout de cette longue table, apr&#232;s le directeur de la Culture de la R&#233;gion Sud, mais sur le c&#244;t&#233;, la repr&#233;sentante de la F&#233;d&#233;ration interr&#233;gionale du livre et de la lecture. Il s'agissait d'un &#233;change sur &#171; Les politiques de soutien &#224; l'&#233;dition ind&#233;pendante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;ponse &#224; l'expos&#233; des urgences pour l'&#233;dition ind&#233;pendante donn&#233; par la repr&#233;sentante des structures r&#233;gionales du livre &#8211; un expos&#233; pr&#233;cis, clair (et, dans ce contexte, quand on songe &#224; l'&#233;tat du rapport de forces, particuli&#232;rement courageux), o&#249; il s'agissait de d&#233;finir un plafond aux aides &#224; l'&#233;dition en termes de chiffre d'affaires et de nombre d'aides par maison ; mais aussi, entre autres suggestions, d'&#233;tablir une taxe &#224; la surproduction en termes de co&#251;ts &#233;cologiques. En r&#233;ponse donc &#224; ces propositions modestes et de bon sens, le directeur g&#233;n&#233;ral du CNL a expliqu&#233; que, au nom de la &#171; diversit&#233; de la cr&#233;ation, notre mantra au minist&#232;re de la Culture &#187;, il n'imposerait jamais de plafonnement : &#171; Nous n'avons pas vocation &#224; exclure des maisons d'&#233;dition des soutiens du CNL. &#187; Et de donner, en exemple, le soutien par le CNL, en 2022, d'&#171; un formidable ouvrage, un dictionnaire du Moyen &#194;ge &#187;, dont il signale, en se penchant en arri&#232;re pour s'adresser, dans un geste de connivence, &#224; deux chaises de lui, au pr&#233;sident du SNE : &#171; Un ouvrage publi&#233; aux &#233;ditions du Seuil, que Vincent conna&#238;t bien. &#187; (Il n'est pas s&#251;r que Vincent Montagne connaisse bien cet &#233;diteur, mais il est s&#251;r en revanche qu'il l'a rachet&#233; avec le groupe La Martini&#232;re cinq ans plus t&#244;t.) Le directeur g&#233;n&#233;ral du CNL pr&#233;cise encore : &#171; C'est un ouvrage extr&#234;mement co&#251;teux, qui a vocation &#224; &#234;tre un ouvrage de r&#233;f&#233;rence. Il r&#233;unit tous les plus grands sp&#233;cialistes, et nous nous devions de le soutenir pour le rendre accessible au public. Nous n'avons pas vocation, quel que soit le chiffre d'affaires du Seuil, &#224; l'exclure de nos soutiens. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette profession de foi ne souffre aucune ambigu&#239;t&#233; &#8211; de fait, elle enterre les quelques pistes ouvertes par la repr&#233;sentante de la F&#233;d&#233;ration interr&#233;gionale du livre et de la lecture &#8211;, on pourrait faire quelques remarques sur ses pr&#233;requis. Ne serait-ce que sur la compatibilit&#233; entre la mission de sauvegarde de la &#171; diversit&#233; de la cr&#233;ation &#187;, l'&#233;tat de concentration qu'a atteint l'&#233;dition fran&#231;aise et le r&#244;le de l'&#201;tat dans ce processus, notamment au travers des soutiens symboliques et financiers accord&#233;s &#224; des groupes &#233;ditoriaux qui &#8211; du fait de leur croissance et de leurs liens avec de puissants int&#233;r&#234;ts industriels et financiers &#8211;, ne sont plus seulement, d&#233;sormais, en mesure d'acheter, comme depuis (presque) toujours, des maisons, mais d'autres groupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'une des rares vertus de Vincent Bollor&#233; que d'avoir mis &#224; jour avec &#233;clat les dangers de la concentration &#233;ditoriale. M&#234;me si la cause de cette r&#233;v&#233;lation &#8211; l'outrance de son programme de restauration des valeurs mill&#233;naires de l'Occident chr&#233;tien &#8211; a un peu tendance &#224; aveugler son public. Apr&#232;s tout, le probl&#232;me vient surtout du fait qu'autant de pouvoir puisse tomber entre les mains d'un seul individu. D'autant plus quand on sait que ce type de profil &#8211; les &#201;tats-Unis, en ce domaine, servent de mod&#232;le &#8211; est aussi loin que possible d'un humaniste d&#233;vou&#233; aux causes telles que la d&#233;fense des libert&#233;s publiques, de l'&#233;galit&#233; &#233;conomique et devant la loi, de la fraternit&#233; entre les peuples, de l'urgence climatique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal probl&#232;me vient donc moins de l'arriv&#233;e d'un soutien actif des droites extr&#234;mes &#224; la t&#234;te du plus grand groupe &#233;ditorial fran&#231;ais que du syst&#232;me qui l'a permise. Un constat qui ne semble pas &#234;tre partag&#233; par les m&#233;dias dominants et les repr&#233;sentants de la politique culturelle de l'&#201;tat fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans remonter avant le d&#233;but de ce si&#232;cle, on se souvient des louanges re&#231;ues par Jean-Marie Messier pour son montage du groupe m&#233;diatique transnational Vivendi Universal (2000). On se souvient aussi que l'effondrement, en moins de deux ans, de son ch&#226;teau de cartes a permis au groupe Hachette de doubler (provisoirement) sa taille. On se souvient bien s&#251;r qu'alors, au nom de l'&#171; ind&#233;pendance &#233;ditoriale &#187; un quarteron de &#171; grands ind&#233;pendants &#187;, dont les groupes Gallimard, La Martini&#232;re et Le Seuil sont mont&#233;s &#224; l'assaut de Bruxelles pour tenter d'arracher au lion sa part. On se souvient enfin que la victoire de cette geste a donn&#233; naissance au groupe Editis (2004), sous la f&#233;rule du patron des patrons d'alors, le baron Ernest-Antoine Seilli&#232;re ; mais aussi au rachat du Seuil par le groupe La Martini&#232;re avec l'aide de l'industriel du luxe Chanel (2004).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite des ann&#233;es 2000 voit enfler les groupes Editis, Gallimard et Actes Sud par des acquisitions ponctuelles. Les ann&#233;es 2010 connaissent une acc&#233;l&#233;ration avec le rachat par le groupe Gallimard du groupe Flammarion &#8211; ce qui donne naissance au groupe Madrigall (2012-2013) avec des capitaux de LVMH (Bernard Arnault) ; puis le rachat de Payot-Rivages par le groupe Actes Sud (2012) et du groupe La Martini&#232;re par le groupe M&#233;dia-Participations (2017) ; enfin la naissance des groupes Humensis (2016) et Bourgois (2019). Ces derniers ont &#233;t&#233; respectivement rachet&#233;s par les groupes Gallimard et Albin Michel l'an dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation peut-elle &#234;tre favorable &#224; la &#171; diversit&#233; de la cr&#233;ation &#187; ? Beaucoup en doutent. Pour ceux-l&#224;, le &#171; mantra du minist&#232;re de la Culture &#187; ne peut &#234;tre satisfait que par un d&#233;veloppement de l'&#233;dition ind&#233;pendante conjoint &#224; un arr&#234;t, voire une r&#233;duction, de la concentration &#233;ditoriale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous commercialisons en avril prochain une carte &#171; &#201;dition fran&#231;aise, qui poss&#232;de quoi &#187; &#8211; dont une version simplifi&#233;e para&#238;tra dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;. Prenant le contre-pied de la vision dominante, celle que donnent notamment les planisph&#232;res et classements de &lt;i&gt;Livres Hebdo&lt;/i&gt;, elle ne repr&#233;sente pas seulement les seuls gros chiffres d'affaires, soit les groupes et une poign&#233;e d'ind&#233;pendants : y est pr&#233;sent l'ensemble des &#233;diteurs de litt&#233;rature g&#233;n&#233;rale. En outre, contrairement &#224; la vision habituelle, la repr&#233;sentation des maisons ne suit pas les chiffres d'affaires mais leur date de cr&#233;ation et leurs statuts : les groupes (avec leurs maisons d&#233;pendantes) et les ind&#233;pendants sont ici au m&#234;me niveau. Enfin, on a retir&#233; les industriels du livre scientifique ou pratique (les groupes Relx et Lefebvre Sarrut) &#8211; trop loin du march&#233; du livre g&#233;n&#233;raliste et de la formation des opinions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette carte repr&#233;sente l'ampleur de la concentration &#233;ditoriale &#8211; les 90 % du chiffre d'affaires de l'&#233;dition produits par une poign&#233;e de groupes dont les plus gros sont la propri&#233;t&#233; de grandes fortunes (les rangs dans les classements &lt;i&gt;Challenges&lt;/i&gt;, en &#8364;, et &lt;i&gt;Bloomberg&lt;/i&gt;, en $, sont indiqu&#233;s). Mais elle expose en m&#234;me temps la v&#233;ritable source de sa diversit&#233; : les maisons ind&#233;pendantes. On comprend bien en effet que ces groupes de moins en moins nombreux et de plus en plus gros sont devenus ce qu'ils sont en se nourrissant du renouvellement r&#233;gulier de nouvelles maisons, dont ils absorbent, en les achetant, le chiffre d'affaires &#8211; qui leur permettra d'en acheter d'autres &#8211;, mais aussi la cr&#233;ativit&#233; &#8211; indispensable pour contrebalancer la st&#233;rilisation qui touche les maisons d&#233;pendantes soumises &#224; une production standardis&#233;e pour assurer la rentabilit&#233; que r&#233;clament leurs contr&#244;leurs de gestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on voit moins, mais que la plupart des &#233;diteurs ind&#233;pendants &#233;prouvent au quotidien, c'est qu'au niveau de concentration atteint par l'&#233;dition les conditions de pr&#233;carit&#233; plus ou moins importantes dans lesquelles sont maintenues les ind&#233;pendants ne sont rien d'autre que le maintien des conditions de leur rachat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les innombrables avantages qu'auraient les maisons d&#233;pendantes sur les maisons ind&#233;pendantes, on mentionne toujours l'&#233;conomie d'&#233;chelle r&#233;alis&#233;e par les groupes, notamment sur les charges fixes &#8211; une r&#233;alit&#233; &#233;conomique qui n'a rien de sp&#233;cifique &#224; l'&#233;dition. Ce n'est pas le seul avantage. Les plus importants sont certainement les moyens logistiques et financiers dont b&#233;n&#233;ficient les grands groupes &#8211; les quatre plus gros poss&#233;dant, en outre, les plus grosses entreprises de diffusion-distribution, et deux sont propri&#233;taires de m&#233;dias, voire de cha&#238;nes de libraires. Ces moyens leur permettent d'&#233;lever la surproduction au rang de strat&#233;gie d'occupation : d&#233;verser sur les librairies et les m&#233;dias une vague pour repousser celles de la concurrence. Une m&#233;canique qu'illustre la rentr&#233;e litt&#233;raire, quand d&#233;boulent des centaines de romans, dont la plupart sont destin&#233;s &#224; &#234;tre pilonn&#233;s avant la fin de l'ann&#233;e, quelques-uns (d&#233;j&#224; choisis) surfent plus ou moins bien et d'autres (d&#233;j&#224; choisis) sont pouss&#233;s vers les prix litt&#233;raires pour booster les ventes en supermarch&#233; et celles de No&#235;l. Pour l'essentiel, cette &#171; &#233;dition sans &#233;diteur &#187; &#8211; pour reprendre la formule de l'&#233;diteur franco-am&#233;ricain Andr&#233; Schiffrin &#8211; produit des livres vite faits, vendus en masse ou pilonn&#233;s en masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la base de ce diagnostic sommaire &#8211; mais qui a largement d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; ici et l&#224; au fil d'articles et d'ouvrages &#8211;, tentons quelques suggestions pour corriger quelques-uns des dysfonctionnements de ce syst&#232;me en suivant les conseils du minist&#232;re de la Culture et du CNL. Pas seulement la sauvegarde de la diversit&#233; de cr&#233;ation, mais aussi la satisfaction des enjeux soci&#233;taux et de la lutte contre la casse &#233;cologique dont ces institutions soulignent, &#224; juste titre, l'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, il faut donner un statut juridique &#224; l'&#233;dition ind&#233;pendante. Comme il en existe, par exemple, pour le secteur de la presse, prot&#233;g&#233;e au nom de la libert&#233; d'opinion. Un statut qui pourrait &#8211; comme l'&#233;voquait, il y a deux ans, lors des premi&#232;res Assises de l'&#233;dition ind&#233;pendante, le directeur du livre et de la lecture au minist&#232;re de la Culture &#8211; &#171; &#234;tre inscrit dans notre constitution, parce qu'apr&#232;s tout, le livre, c'est aussi un moyen de communiquer et de former l'opinion &#187; &#8211; moyens auxquels on devrait rajouter l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait partir de la d&#233;finition &#233;l&#233;mentaire que le CNL donne d'un &#233;diteur ind&#233;pendant : ne pas &#234;tre la propri&#233;t&#233; d'un groupe et ne pas d&#233;passer le chiffre d'affaires annuel d'un demi-million d'euros&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Julien Leford-Favreau, &#171; Quel avenir pour le livre dans l'apr&#232;s-Covid &#187;, The (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; pour ne pas &#234;tre accus&#233;s de mis&#233;rabilisme, on peut multiplier ce chiffre par deux, dix, voire vingt sans changer grand-chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la base de ce statut, on pourrait ajouter les avantages fiscaux associ&#233;s &#224; la presse ; mais aussi des tarifs postaux pr&#233;f&#233;rentiels &#8211; dans l'esprit du tarif Livre &amp; Brochures pour l'exportation de la culture fran&#231;aise que La Poste abandonne cette ann&#233;e dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce statut d'&#233;diteur ind&#233;pendant prot&#233;gera la diversit&#233; de la cr&#233;ation &#233;ditoriale, face &#224; l'&#233;tat de concentration, il sera insuffisant : il faut aussi r&#233;guler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re mesure simple &#8211; d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e voil&#224; deux ans par la repr&#233;sentante de la F&#233;d&#233;ration interr&#233;gionale du livre et de la lecture &#8211; serait d'&#233;tablir, pour l'attribution des aides &#224; l'&#233;dition, un plafond en termes de chiffre d'affaires (&#224; d&#233;finir) et de nombre d'aides par maison ou par groupe &#8211; en tenant compte, non pas des enseignes mais de leur propri&#233;t&#233;. &#192; ces exigences r&#233;pond tout simplement le fait de r&#233;server les aides aux maisons ind&#233;pendantes. Ce serait en outre le seul moyen d'&#233;viter que l'&#201;tat, par les aides aux groupes, nourrisse la concentration &#233;ditoriale, principal facteur de st&#233;rilisation de la diversit&#233; de cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le directeur du CNL et le directeur du livre au minist&#232;re de la Culture ayant r&#233;affirm&#233;, voil&#224; deux ans encore, leur souci de l'impact &#233;cologique, s'impose l'&#233;tablissement d'une taxe sur la surproduction. Ce qui serait aussi un premier pas pour r&#233;pondre &#224; la demande urgente, formul&#233;e par le Syndicat de la librairie fran&#231;aise (SLF), en juin dernier, &#224; quelques jours des Rencontres nationales de la librairie &#224; Strasbourg, d'une &#171; baisse drastique de la production de livres &#187;. Pour que cette mesure ait un effet, il est de bon sens qu'elle s'adresse en priorit&#233; aux quelques-uns qui produisent 90 % du march&#233; du livre plut&#244;t qu'aux nombreux qui en produisent 10 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la m&#234;me logique de d&#233;croissance, qui croise en l'occurrence la protection de la diversit&#233; de cr&#233;ation, ciblons deux acteurs majeurs de la consommation de biens r&#233;pondant moins aux besoins sociaux et environnementaux qu'&#224; des soucis mercantiles et aux exigences de l'accumulation : d'abord la publicit&#233; &#8211; qui fut longtemps interdite pour le livre (un interdit qu'il est temps de r&#233;tablir) ; ensuite la vente en supermarch&#233;, o&#249; s'&#233;coule une production standardis&#233;e avec un g&#226;chis incompatible m&#234;me avec les plus bas crit&#232;res environnementaux. Sans parler de la r&#233;gulation des supermarch&#233;s en ligne, dont l'embl&#232;me est Amazon, et dont on conna&#238;t l'ampleur des impacts &#233;cologiques et (puisque nous sommes aussi soucieux des enjeux soci&#233;taux) l'indignit&#233; des conditions de travail faites &#224; leurs employ&#233;s dans leurs entrep&#244;ts dantesques. En outre, ces mesures devraient recevoir le soutien des libraires, qui accueilleront une partie de cette client&#232;le &#233;gar&#233;e, &#224; qui on est s&#251;r qu'elle offrira autre chose &#224; lire que la production promue par les cha&#238;nes en continu de Vincent Bollor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit bien, ces mesures sont peu co&#251;teuses et assez b&#233;nignes. Une fois acquises, il faudra s'attaquer &#224; la racine. C'est-&#224;-dire l&#233;gif&#233;rer sur la possibilit&#233; pour un groupe &#233;ditorial de poss&#233;der m&#233;dias, diffusion-distribution et cha&#238;nes de librairies. Il s'agit de r&#233;duire les concentrations horizontale et verticale dans l'&#233;dition fran&#231;aise, d&#233;sormais aux mains de quatre grandes fortunes. Produit des effets pervers de la concurrence par le jeu m&#234;me des march&#233;s, ce contexte d'oligopole d&#233;bouche in&#233;vitablement sur des concentrations ; et les grands groupes issus de ce ph&#233;nom&#232;ne n'ont alors qu'une obsession : pr&#233;server leurs positions, quel qu'en soit le prix. C'est pourquoi l'ensemble des dangers qui p&#232;sent sur la production et le commerce du livre comme outil d'&#233;mancipation et partie prenante de tout projet de d&#233;mocratisation de la culture se r&#233;sume &#224; la concentration de l'&#233;dition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarquera que ces quelques mesures sugg&#233;r&#233;es pour corriger les dysfonctionnements du march&#233; &#233;ditorial sont ind&#233;pendantes de tout crit&#232;re intellectuel, artistique, politique, scientifique ou autre, pour ne s'en fixer qu'un seul : la taille. Limiter la taille d'un acteur &#233;conomique, c'est limiter sa capacit&#233; de nuisance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va pour le champ &#233;ditorial comme il en va pour la politique, la soci&#233;t&#233; et l'environnement : nous avons d&#233;pass&#233; le stade du sauvetage des acquis d'un monde qui n'existe plus. Il faut passer &#224; l'offensive avec des analyses et des propositions claires. La F&#233;d&#233;ration des &#233;diteurs ind&#233;pendants est bien s&#251;r le lieu o&#249; ouvrir ce chantier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Thierry Discepolo&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte issu d'une intervention, jeudi 20 f&#233;vrier 2025, aux IIe Assises de l'&#233;dition ind&#233;pendante, sur le th&#232;me : &#171; De la pr&#233;carisation &#224; la pr&#233;carit&#233; : pourquoi ? comment ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Julien Leford-Favreau, &#171; &lt;a href=&#034;https://theconversation.com/quel-avenir-pour-le-livre-dans-lapres-covid-138470&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quel avenir pour le livre dans l'apr&#232;s-Covid&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;The Conversation&lt;/i&gt;, 3 juin 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cons&#233;cration et promotion : le poids des &#201;ditions de l'Observatoire</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Consecration-et-promotion-le-poids-des-Editions</link>
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		<dc:date>2024-10-29T11:20:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Maxime Friot</dc:creator>


		<dc:subject>Livre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Donnant-donnant.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Edition-" rel="directory"&gt;&#201;dition&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH150/editions_de_lobservatoire_logo-5df0c.png?1776688768' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Donnant-donnant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On conna&#238;t l'importance, pour qui veut la parole dans les m&#233;dias dominants, de pouvoir &#234;tre pr&#233;sent&#233; comme l'auteur d'un livre &#8211; peu importe son contenu d'ailleurs, tant il est probable que l'intervieweur ne l'ait pas lu. Carte de visite valant droit &#224; invitation, dans certains cas, la publication d'un livre est une &#233;tape quasi-incontournable pour construire et entretenir son capital m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, &#233;diter le livre d'une personnalit&#233; disposant d&#233;j&#224; d'un certain capital m&#233;diatique permet d'attendre un retour sur investissement, lequel se mesure en tourn&#233;e promo et en recensions complaisantes. Les &#201;ditions de l'Observatoire (groupe Humensis) ont, semble-t-il, bien compris ce principe du donnant-donnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;ditant &#224; tour de bras des essais ou des romans de dirigeants de m&#233;dias, journalistes politiques et autres chroniqueurs tout terrain, sa renomm&#233;e m&#233;diatique est assur&#233;e. Attention, la liste est longue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;-	Actionnaires et dirigeants de m&#233;dias :&lt;/strong&gt; le propri&#233;taire des &lt;i&gt;Inrocks&lt;/i&gt; et de Radio Nova Matthieu Pigasse ; le PDG de l'AFP &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/+-Fabrice-Fries-+&#034;&gt;Fabrice Fries&lt;/a&gt; ; la PDG de Radio France Sibyle Veil ; la directrice de France Inter Ad&#232;le Van Reeth ; l'ex-directeur de France Inter &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/+-Philippe-Val-+&#034;&gt;Philippe Val&lt;/a&gt; ; l'ex-PDG de France T&#233;l&#233;visions Patrick de Carolis ; l'ex-directeur g&#233;n&#233;ral de France T&#233;l&#233;visions Patrice Duhamel ; l'ex-directeur g&#233;n&#233;ral adjoint de TF1 Robert Namias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;-	Actuels ou anciens directeurs de r&#233;dactions :&lt;/strong&gt; Jean-Fran&#231;ois Kahn, Natacha Polony, Renaud D&#233;ly, Christophe Barbier, Christine Ockrent, Joseph Mac&#233;-Scaron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;-	Journalistes :&lt;/strong&gt; Alain Duhamel, &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/+-Nathalie-Saint-Cricq-+&#034;&gt;Nathalie Saint-Cricq&lt;/a&gt;, Anne Fulda, Anne Saurat-Dubois, Micha&#235;l Darmon, Guillaume Daret, Alix Bouilhaguet, &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/+-Sonia-Mabrouk-+&#034;&gt;Sonia Mabrouk&lt;/a&gt;, Sophie Coignard, Anne Rosencher, Louis Hausalter et Agathe Lambret, Fran&#231;oise Degois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;-	Chroniqueurs et autres figures m&#233;diatiques :&lt;/strong&gt; Nicolas Baverez, Nicolas Bouzou, &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/+-Agnes-Verdier-Molinie-+&#034;&gt;Agn&#232;s Verdier-Molini&#233;&lt;/a&gt;, Luc Ferry, Michel Onfray, Rapha&#235;l Enthoven, &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/+-Brice-Couturier-+&#034;&gt;Brice Couturier&lt;/a&gt;, Abnousse Shalmani, Rachel Khan (dont une fois avec &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/+-Xavier-Gorce-+&#034;&gt;Xavier Gorce&lt;/a&gt;), Tristane Banon, Thibault de Montbrial, Julie Graziani, Gaspart Koenig, &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Berenice-Levet-dernier-avatar-de-l-editocratie&#034;&gt;B&#233;r&#233;nice Levet&lt;/a&gt;, Lydia Guirous, Perrine Simon-Nahum, Mohamed Sifaoui, Fr&#233;d&#233;ric Beigbeder, Pierre-Andr&#233; Taguieff, Gilles Kepel, Iannis Roder, Flora Ghebali etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec un tel casting, impossible d'allumer la t&#233;l&#233; sans tomber sur un auteur publi&#233; aux &#201;ditions de l'Observatoire ! Quant &#224; la ligne &lt;i&gt;&#233;ditoriale&lt;/i&gt; ainsi promue, outre l'entre-soi et l'autoc&#233;l&#233;bration de la profession &#233;ditocratique, c'est une tendance certaine &#224; la ligne printaniste, proche de &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Barbier-Enthoven-Couturier-et-Fourest-sont-sur-un&#034;&gt;&lt;i&gt;Franc-Tireur&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, qui se d&#233;gage. Sept livres y ont par exemple &#233;t&#233; publi&#233;s par Rapha&#235;l Enthoven, ce qui donne tout de m&#234;me une id&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'ambition intellectuelle de la maison d'&#233;dition. &#192; ce titre, les &#201;ditions de l'Observatoire pourraient, sinon devraient &#234;tre compt&#233;es parmi les responsables du d&#233;labrement du d&#233;bat politico-m&#233;diatique actuel.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_15915 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/editions_de_lobservatoire.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH265/editions_de_lobservatoire-2818d.png?1776688769' width='500' height='265' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Maxime Friot&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les &#233;ditions sociales et La Dispute ont besoin d'aide</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Les-editions-sociales-et-La-Dispute-ont-besoin-d</link>
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		<dc:date>2024-06-03T13:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>&lt;p&gt;Appel &#224; soutien.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Edition-" rel="directory"&gt;&#201;dition&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous relayons un &lt;a href=&#034;https://fr.ulule.com/sauvez-les-editions-sociales-et-la-dispute/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;appel &#224; soutien lanc&#233; par les &#233;ditions sociales et La Dispute&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Les &#233;ditions sociales et La Dispute ont besoin de vous !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Deux maisons, trois &#233;ditrices, un m&#234;me engagement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, l'&#233;dition vit &#233;cras&#233;e par une poign&#233;e de grands groupes capitalistes. Ces groupes aux chiffres d'affaires vertigineux poss&#232;dent des centaines d'&#233;diteurs, des groupes de diffusion et distribution, des r&#233;seaux de ventes, mais aussi une quantit&#233; de m&#233;dias &#224; leur service. R&#233;cemment, beaucoup de monde s'est &#233;mu du rachat d'Hachette par Bollor&#233;. Mais le monde du livre n'a malheureusement pas attendu le patron de Cnews pour servir des logiques de pr&#233;dation capitaliste et de guerre id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;ditions sociales et La Dispute font partie des &#233;diteurs qui s'opposent &#224; ces empires. Deux maisons, deux catalogues, mais une seule &#233;quipe d'&#233;ditrices, au service d'une m&#234;me ambition &#233;ditoriale. Nous publions des livres exigeants pour transmettre des savoirs populaires, reconstruire un espace de d&#233;bats marxistes, renforcer la puissance de penser et d'agir de celles et ceux qui veulent transformer le monde et changer la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#231;a, nous le faisons &#224; notre &#233;chelle, celle de petits &#233;diteurs ind&#233;pendants et autonomes, dont les moyens sont sans commune mesure avec ceux des grands groupes de l'&#233;dition. Si nous menons ce combat en mettant notre c&#339;ur &#224; l'ouvrage, c'est parce que nous sommes convaincues que, m&#234;me si l'&#233;dition critique que nous d&#233;fendons ne suffira pas &#224; abolir l'&#233;tat actuel des choses, elle peut beaucoup y contribuer. Aujourd'hui, c'est nous qui avons besoin de vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, nous avons besoin de vous&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es ont &#233;t&#233; bien remplies. Nous avons rajeuni nos &#233;quipes, d&#233;ploy&#233; nos catalogues, publi&#233; des dizaines d'auteur&#8901;ices, chang&#233; nos maquettes, lanc&#233; de nouvelles collections, repens&#233; notre pr&#233;sence sur les r&#233;seaux sociaux, chang&#233; de diffuseur, stopp&#233; notre travail avec Amazon, multipli&#233; nos initiatives en librairie et aupr&#232;s des mondes militants. Ces choix sont payants, mais notre &#233;quilibre &#233;conomique n'est pas encore &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, des d&#233;fauts de tr&#233;sorerie menacent la p&#233;rennit&#233; de nos maisons. Nous avons besoin de trouver 50 000 &#8364; dans les toutes prochaines semaines pour payer nos fournisseurs et nos salaires et passer le cap des prochains mois. Cr&#233;&#233;es sans fonds propres il y a pr&#232;s de 30 ans, les deux maisons rencontrent aujourd'hui des besoins de tr&#233;sorerie dus &#224; des mois de vente difficiles et &#224; une forte inflation du prix du papier. Pour vivre, une entreprise comme la n&#244;tre ne peut compter sur aucun m&#233;c&#232;ne, simplement sur la vente de ses livres, qui sont des livres dont la rentabilit&#233; ne s'&#233;tablit que sur le long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de 25 ans d'existence, c'est la premi&#232;re fois qu'on en appelle &#224; votre solidarit&#233;. En participant &#224; notre campagne, vous nous aidez &#224; poursuivre notre engagement et notre d&#233;veloppement &#233;ditorial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Rendez-vous &lt;a href=&#034;https://fr.ulule.com/sauvez-les-editions-sociales-et-la-dispute/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;ici&lt;/strong&gt; pour contribuer &#224; la cagnotte&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Bollor&#233; &#187;, le talisman des r&#233;sistants du 29 f&#233;vrier</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Bollore-le-talisman-des-resistants-du-29-fevrier</link>
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		<dc:date>2023-02-16T10:55:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Discepolo</dc:creator>


		<dc:subject>Vincent Bollor&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un texte de Thierry Discepolo &#224; propos d'une tribune d'Erik Orsenna dans Le Monde.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Edition-" rel="directory"&gt;&#201;dition&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Vincent-Bollore-+" rel="tag"&gt;Vincent Bollor&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-Monde-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous publions ci-dessous sous forme de tribune&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les articles publi&#233;s sous forme de &#171; tribune &#187; n'engagent pas collectivement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et en accord avec son auteur un article publi&#233; &lt;a href=&#034;https://agone.org/aujourlejour/bollore-le-talisman-des-resistants-du-29-fevrier-lettrinfo-23-iii&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site d'Agone&lt;/a&gt; le 11 f&#233;vrier. (Acrimed)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si facile de voir les mauvais c&#244;t&#233;s de Vincent Bollor&#233;, boudeur imp&#233;nitent des communicants qui ne r&#233;siste jamais &#224; une bourde. On ne met pas assez en valeur ses bons c&#244;t&#233;s. Qui sinon &#171; Bollor&#233; &#187; aurait pu redonner le sens de sa mission de service public &#224; l'Arcom, qu'apr&#232;s des ann&#233;es de compromission avec la droite et l'extr&#234;me droite tout le monde avait oubli&#233;e ? Qui sinon &#171; Bollor&#233; &#187; aurait pu permettre &#224; un acad&#233;micien moins connu pour son &#339;uvre litt&#233;raire que pour sa propagande patronale de passer pour un nostalgique du Conseil national de la R&#233;sistance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un entretien avec les grands de ce monde dont la grande presse a le secret, bien gard&#233;, &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/culture/article/2023/02/07/erik-orsenna-vincent-bollore-est-dangereux-pour-la-democratie_6160899_3246.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; vient de faire passer Erik Orsenna pour un pamphl&#233;taire &#224; l'avant-garde de la lutte contre le grand capital et pour la d&#233;mocratie. Comment pareil tour de prestidigitation est-il possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord et avant tout par la gr&#226;ce de &#171; Bollor&#233; &#187;, dont il suffit, d&#232;s lors qu'on a d&#233;j&#224; un peu d'entregent, de se d&#233;clarer l'ennemi pour &#234;tre re&#231;u avec les honneurs dans les rangs de la R&#233;sistance intellectuelle. Ensuite par l'audace &#224; laquelle on reconna&#238;t les vrais acad&#233;miciens comme Erik : ils osent tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qui est donc cet Orsenna qui voue aux g&#233;monies un &#171; homme d'affaires et de coups &#187; ? Qui d&#233;clare sans vergogne que &#171; le pouvoir corrompt absolument &#187; ? Qui en appelle &#224; inventer des &#171; contre-pouvoirs face &#224; [l']invasion grandissante de la finance &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce bien le m&#234;me Orsenna nomm&#233; par Jean-Marie Messier vice-pr&#233;sident du conseil de surveillance de Canal+ ? Le m&#234;me Orsenna qui fut membre de la Commission pour la lib&#233;ration de la croissance fran&#231;aise dirig&#233;e par Jacques Attali et lanc&#233;e par le pr&#233;sident Nicolas Sarkozy ? Le m&#234;me Orsenna qui se poussait au premier rang du lancement d'En marche au service du candidat Emmanuel Macron form&#233; &#224; la banque Rothschild &amp; Co ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attali, Macron, Messier, Sarkozy&#8230; sont-ils vraiment quatre noms qui sonnent en embl&#232;mes de la r&#233;sistance &#224; la &lt;i&gt;corruption par le pouvoir&lt;/i&gt; ? aux &lt;i&gt;coups d'affaires&lt;/i&gt; ? &#224; l'&lt;i&gt;invasion de la finance&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journaliste du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; qui passe les plats sugg&#232;re tout de m&#234;me que d'&#171; autres milliardaires ont investi dans les m&#233;dias &#187;. Et de citer Fran&#231;ois Pinault, Bernard Arnault et Xavier Niel &#8212; elle aurait pu ajouter au moins Patrick Drahi et les familles Bouygues, Dassault, Saad&#233;. Pourquoi ceux-l&#224; ne sont-ils pas menac&#233;s par l'ire f&#233;roce du &#171; Che Guevara de la grammaire &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un milliardaire ne peut pas &#234;tre en m&#234;me temps patron de presse et dirigeant de grandes maisons d'&#233;dition. C'est une situation malsaine &#187;, lui r&#233;torque derechef Erik. C'est pourtant bien au moins un livre par an qu'il a publi&#233;, dans les ann&#233;es 1990 et 2000, chez une marque ou une autre de Hachette, alors propri&#233;t&#233; de Jean-Luc Lagard&#232;re, &#224; la t&#234;te d'un groupe qui comprenait &#233;galement des m&#233;dias, et pas qu'un peu, mais aussi le monopole de la distribution de presse et, entre autres secteurs industriels, l'armement. N'&#233;tait-ce pas &lt;i&gt;malsain&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui inqui&#232;te l'&#226;pre d&#233;fenseur du livre menac&#233; par &#171; Bollor&#233; &#187; ? La d&#233;mesure. Qu'il puisse &#171; cumuler Editis et Hachette &#187;. On ne se souvient pourtant pas qu'au d&#233;but des ann&#233;es 2000 Orsenna battait tambour lorsque Hachette, qui l'&#233;ditait, rachetait le secteur &#233;ditorial de Vivendi (qui deviendrait Editis) abandonn&#233; par Messier, qui l'employait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commun, qui voit les choses de loin, ne voit pas que tout a chang&#233;, chez Hachette, avec l'arriv&#233;e de &#171; Bollor&#233; &#187;. Mais pour Orsenna, qui &#233;tait chez Hachette comme chez lui, une maison &#224; la campagne, depuis mars 2021, plus rien n'est pareil : &#171; Le renvoi du directeur g&#233;n&#233;ral, Arnaud Nourry, a sonn&#233; comme la mainmise des banquiers d'affaires sur l'artisanat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ses 200 marques d'&#233;ditions, ses 6.903 collaborateurs, ses 16.000 nouveaut&#233;s par an et ses 2.598 millions d'euros de CA, &lt;i&gt;artisanal&lt;/i&gt;, le &lt;a href=&#034;https://www.hachette.com/fr/une-histoire-un-avenir/les-chiffres-cles-2020/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;groupe Hachette Livre&lt;/a&gt; ? Et &lt;i&gt;artisanal&lt;/i&gt;, Arnaud Nourry ? ce PDG qui d&#233;clarait, en 2006 : &#171; Tr&#232;s bient&#244;t, l'Inde sera le troisi&#232;me pays anglophone, devant l'Australie. L'anglais y est la langue de l'essor social et &#233;conomique. Sur un milliard d'Indiens, cent &#224; cent cinquante millions seront suffisamment ais&#233;s pour acheter beaucoup de livres. Y implanter une structure de diffusion-distribution permettrait donc d'y am&#233;liorer la pr&#233;sentation de nos livres. Quant &#224; l'Am&#233;rique latine, nous nous y int&#233;ressons au moins autant. Le groupe &#233;tant num&#233;ro deux en Espagne, &#224; travers Anaya, c'est un d&#233;bouch&#233; important, o&#249; nous avons d'ailleurs d&#233;j&#224; quelques implantations (au Mexique, en Argentine). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne jamais mettre un ressenti en doute. Qui plus est le ressenti d'un acad&#233;micien qui s'est battu toute sa vie pour la libert&#233; d'&#233;diter. Il devait quitter Hachette avant l'arriv&#233;e du croquemitaine. Et il devait expliquer pourquoi : pour &#171; ne pas cautionner son syst&#232;me &#187;, parce que &#171; se retrouver censur&#233; ou sous pression ne m'aurait pas &#233;t&#233; supportable &#187;. (On se demande bien ce que l'acad&#233;micien a jamais pu &#233;crire qui puisse &#234;tre censur&#233; pour quelque raison que ce soit par qui que ce soit. Mais sait-on jamais ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant fait son deuil du groupe artisanal Hachette, Orsenna publiera d&#233;sormais ses &#171; romans chez Gallimard, et [s]es essais chez Flammarion et au Seuil, qui sont des &#233;diteurs ind&#233;pendants &#187;. On se demande bien en quoi Flammarion et le Seuil sont plus &lt;i&gt;ind&#233;pendants&lt;/i&gt; de leurs propri&#233;taires (familles Gallimard et Montagne) que ne le sont Editis et Hachette des leurs (familles Bollor&#233; et Lagard&#232;re). Mais encore une fois, on ne va mettre en doute le ressenti d'un acad&#233;micien, qui vient de s'enfuir du premier groupe &#233;ditorial fran&#231;ais pour sauvegarder sa libert&#233; dans les girons du troisi&#232;me et du quatri&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion de la promotion de son soixante-et-onzi&#232;me livre, le prolifique acad&#233;micien annonce son &#171; combat contre le d&#233;clin de la biodiversit&#233; intellectuelle &#187; et pour &#171; la libert&#233; d'expression et d'enqu&#234;te &#187; en &#171; limitant les parts des grands groupes dans la presse &#187; et &#171; emp&#234;chant que les m&#234;mes d&#233;tiennent les m&#233;dias et l'&#233;dition &#187;. N'est-ce pas l'esprit du Conseil national de la R&#233;sistance que retrouve Orsenna ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des esprits chagrins feront remarquer que les grossi&#232;res incoh&#233;rences de l'acad&#233;micien n'emp&#234;chent pas une certaine coh&#233;rence. En effet. Autant Erik est-il en contradiction avec toutes ses alliances pass&#233;es, autant Orsenna est-il coh&#233;rent avec ses nouveaux &#233;diteurs. De fait, ses critiques f&#233;roces du nouveau patron de Hachette &#233;pargnent aussi bien celui de Madrigall que celui de M&#233;dia-Participations. Mais c'est peut-&#234;tre un hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bollor&#233; &#187; a-t-il vraiment transform&#233; un n&#233;olib&#233;ral bon teint en militant anti-trust ? Orsenna a encore du chemin &#224; faire. &#192; commencer par prendre au s&#233;rieux ses d&#233;clarations et changer d'all&#233;geance. Mais il faut bien commencer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Thierry Discepolo&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auteur de &lt;a href=&#034;https://agone.org/livres/la-trahison-des-editeurs&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La Trahison des &#233;diteurs&lt;/i&gt; [2011], Agone, 2017&lt;/a&gt; &#8212; troisi&#232;me &#233;dition &#224; para&#238;tre le 17 f&#233;vrier 2023.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les articles publi&#233;s sous forme de &#171; tribune &#187; n'engagent pas collectivement l'association Acrimed, mais seulement leurs auteurs dont nous ne partageons pas n&#233;cessairement toutes les positions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le comique de gauche et le croquemitaine de l'&#233;dition fran&#231;aise</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Le-comique-de-gauche-et-le-croquemitaine-de-l</link>
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		<dc:date>2022-09-22T07:35:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Discepolo</dc:creator>


		<dc:subject>Vincent Bollor&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Censures</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un texte de Thierry Discepolo &#224; propos des m&#233;saventures &#233;ditoriales de Guillaume Meurice.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Edition-" rel="directory"&gt;&#201;dition&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Vincent-Bollore-+" rel="tag"&gt;Vincent Bollor&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Censures-+" rel="tag"&gt;Censures&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH145/arton6520-f2cbc.jpg?1776688769' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='145' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous publions ci-dessous sous forme de tribune&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les articles publi&#233;s sous forme de &#171; tribune &#187; n'engagent pas collectivement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et en accord avec son auteur un article publi&#233; &lt;a href=&#034;https://agone.org/aujourlejour/le-comique-de-gauche-et-le-croquemitaine-de-ledition-francaise&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site d'Agone&lt;/a&gt; le 19 septembre. (Acrimed)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Arr&#234;tons de voir tout en noir. Soyons positifs ! Les m&#233;saventures de Guillaume Meurice n'ont que des avantages. Pour lui, bien s&#251;r &#8211; mais on s'en fiche un peu. Surtout parce qu'elles illustrent avec brio le r&#244;le des auteurs (de gauche) dans l'am&#233;lioration des capacit&#233;s de nuisances des grands groupes &#233;ditoriaux. Mais d'abord parce ce que l'&#233;dition semble &#234;tre enfin trait&#233;e en m&#233;dia, et donc, &#224; ce titre, mise en danger par la concentration des groupes multi-m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a s'est pass&#233; le 15 septembre, sur le plateau de &lt;a href=&#034;https://twitter.com/qofficiel/status/1570480589605666816?s=46&amp;t=aAhZs4V6hb3bN_B4_3a61Q&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Quotidien &#187;&lt;/a&gt;, o&#249; le s&#233;millant pr&#233;sentateur r&#233;clamait &#224; la ministre de la Culture un commentaire sur le traitement de Meurice par le patron d'Editis, groupe propri&#233;taire de la marque qui refuse in extremis d'&#233;diter son dernier livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des esprits chagrins ont reproch&#233; &#224; l'invit&#233;e de TMC sa r&#233;ponse, qualifi&#233;e de &#171; langue de bois &#187;. Pourtant, Rima Abdul-Malak n'a fait que rappeler une r&#233;alit&#233; : Bollor&#233; d&#233;cide de tout qui se fait chez lui. On ne va tout de m&#234;me pas reprocher &#224; une ministre du gouvernement d'Emmanuel Macron (ni d'aucun autre, d'ailleurs) de ne pas remettre en cause la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ! (Imaginez qu'en rentrant dans votre villa vous tombiez sur la crotte que le chien de votre gardien a pos&#233; sur la pelouse de votre piscine. Que faites-vous ? Vous exigez aussit&#244;t la m&#234;me chose que Bollor&#233; a demand&#233; &#224; ses employ&#233;s de faire avec le livre de Meurice.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'affolement du fringant animateur de &#171; Quotidien &#187;, effray&#233; &#224; l'id&#233;e que Rima Abdul Malak abandonne Meurice &#224; son sort &#8211; et prive du m&#234;me co&#251;t des milliers de lecteurs de son dernier livre &#8211;, la ministre a rassur&#233; tout le monde en rappelant une autre r&#233;alit&#233; : le comique de France Inter n'a d&#233;j&#224; que l'embarras du choix pour diffuser sa pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que diable, on vit dans le monde libre, o&#249; r&#232;gne un march&#233; libre et une concurrence libre et non fauss&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit donc d'autant plus se demander pourquoi Meurice a confi&#233; ses blagues &#224; une marque d'Editis, dont le patron est moins connu pour son humour que pour sa vigueur dans la revivification de notre pass&#233; colonial et son habilet&#233; &#224; danser avec l'Autorit&#233; des march&#233;s financiers en slalomant entre les paradis fiscaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis on peut s'&#233;tonner que #MeuriceRecrute sur France Inter un gouvernement de gauche alors que Guillaume signe son livre sous la marque d'un groupe &#233;ditorial dont le patron promeut sans complexe ses id&#233;es d'extr&#234;me droite : fait-il sciemment passer l'anticapitalisme pour une blague comme une autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De &lt;a href=&#034;https://charliehebdo.fr/2022/09/culture/livres/guillaume-meurice-le-message-de-vincent-bollore-cest-si-je-veux-tecraser-je-tecrase/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'impitoyable entretien auquel &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; a soumis un Meurice maltrait&#233; par les employ&#233;s de Bollor&#233;, on peut dire ce qu'on veut, mais le comique sur la sellette ne manque pas d'un certain culot et d'un sens de la r&#233;partie qui honore sa r&#233;putation de comique de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Harcel&#233; par l'interviewer sur le sujet qui f&#226;che &#8211; mais pourquoi donc a-t-il publi&#233; un livre chez Bollor&#233; ?! &#8211;, Meurice renouvelle au d&#233;bott&#233; le &#171; raisonnement du chaudron &#187; pourtant us&#233; jusqu'&#224; la corde par les h&#233;ritiers du grand Sigmund Freud. Rappel : &#171; Lorsque Vincent vient r&#233;cup&#233;rer le chaudron qu'il a pr&#234;t&#233; &#224; Guillaume, celui-ci lui r&#233;pond que, d'abord, il ne lui a jamais emprunt&#233; de chaudron ; qu'ensuite son chaudron avait d&#233;j&#224; un trou ; qu'enfin il lui a d&#233;j&#224; rendu son chaudron intact. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Meurice, &#231;a donne : &#171; D'abord je savais pas que j'&#233;tais &#233;dit&#233; par Bollor&#233; ; ensuite, m&#234;me si j'avais su, j'aurais bien voulu ; enfin, de toutes mani&#232;res, Bollor&#233; et consort &#233;tant partout, c'est pas la peine d'essayer de leur &#233;chapper. &#187; Comme disait l'un de ses plus fameux pr&#233;d&#233;cesseurs : &#171; Circulez, y'a rien &#224; voir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons voir tout de m&#234;me&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si encore Meurice &#233;tait un journaliste sp&#233;cialis&#233; dans la faune Arctique et qu'il avait d&#233;couvert l'existence du satrape de l'&#233;dition fran&#231;aise en passant &#224; Paris pour pr&#233;senter son livre sur la reproduction du pingouin Empereur, on comprendrait. Mais il passe plut&#244;t pour un comique &#224; l'impertinence inform&#233;e et politis&#233; &#8211; pas vraiment pour un Bigard de gauche ou une version &#233;l&#233;gante d'&#201;lie Kakou, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que ses blagues gauchistes ont &#233;t&#233; refus&#233;es par Editis, quels choix se pr&#233;sentent &#224; Meurice ? Priv&#233; de Hachette (bient&#244;t aval&#233; par le croquemitaine de l'&#233;dition), va-t-il &#224; nouveau c&#233;der devant l'offre g&#233;n&#233;reuse d'un grand groupe m&#233;diatique ou l'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;dition, &#171; Tomber de Charybde et Scylla &#187; se dit &#171; Tomber de Bollor&#233; en [*****] &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[**** Choisir entre Madrigall, M&#233;dia-Participation, Hachette, Actes Sud, Etc. &#8211; soit entre Gallimard-Flammarion-Minuit-Etc., Seuil-Etc., Grasset-Fayard-Etc., Payot-Textuel-Cambourakis-Etc.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute critique de Charybde qui &#233;pargne Scylla le favorise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appelons &#171; dilemme de Meurice &#187; celui auquel est confront&#233; tout auteur et autrice (de gauche) lorsque, bien qu'ayant l'embarras du choix, ils choisissent d'&#233;diter leurs livres dans un grand groupe &#233;ditorial ou l'autre, renfor&#231;ant par l&#224;-m&#234;me la capacit&#233; de nuisance qu'ils sont suppos&#233;s combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah, la douce inconsistance de ces universitaires, journalistes et consorts qui ne tirent jamais de cons&#233;quences : entre ceux dont les analyses nous sensibilisent aux d&#233;sordres climatiques et celles qui dirigent une organisation altermondialiste en &#233;tant &#233;dit&#233;s par les grands acteurs de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale&#8230; ceux qui publient des plaidoyers sur la libert&#233; d'expression chez des marques dont le propri&#233;taire se fait une sp&#233;cialit&#233; d'utiliser les proc&#232;s pour terroriser les critiques&#8230; sans parler de celles et ceux qui d&#233;filent et se font &#233;lire sous la banni&#232;re d'&#171; Un autre monde est possible &#187; en comptant toutefois sur les piliers de l'ordre qu'ils veulent abattre pour faire conna&#238;tre leur message.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est &#233;difiante, la d&#233;claration de Meurice avec laquelle &lt;a href=&#034;https://charliehebdo.fr/2022/09/culture/livres/guillaume-meurice-le-message-de-vincent-bollore-cest-si-je-veux-tecraser-je-tecrase/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; a choisi de titrer son entretien&lt;/a&gt; : &#171; Le message de Vincent Bollor&#233;, c'est : si je veux t'&#233;craser, je t'&#233;crase &#187;. On voit que le comique a retrouv&#233; sa verve et son impertinence. Mais enfin, quand on pense &#224; ceux que les Bollor&#233; et consorts &lt;i&gt;&#233;crasent vraiment&lt;/i&gt;, dans les ports et les for&#234;ts africaines, dans les entrep&#244;ts d'Editis et partout o&#249; ce genre de patron s&#233;vit, on peut se demander ce qui a &#233;t&#233; &#233;cras&#233; du porte-parole autoproclam&#233; auquel l'hebdomadaire a servi de porte-voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s tout, Meurice a touch&#233; des &#224;-valoir (certainement confortables) pour publier son livre chez Editis-LeRobert. &lt;i&gt;Win-Win&lt;/i&gt;. Et celui-ci, promu par la machine commerciale d'un grand groupe &#8211; avec, comme il dit, &#171; une belle mise en place chez les libraires, des rencontres pr&#233;vues dans des festivals &#187;, s'annon&#231;ait comme un succ&#232;s. &lt;i&gt;Win-Win&lt;/i&gt;. Mais Meurice est censur&#233; : il fait la une ici et l&#224; en victime expiatoire de l'embl&#232;me de la concentration des m&#233;dias et en combattant de la sacro-sainte libert&#233; d'expression. &lt;i&gt;Win-Win&lt;/i&gt;. Le livre ne paraissant pas, suivant les r&#232;gles contractuelles, il garde ses &#224;-valoir. &lt;i&gt;Win-Win&lt;/i&gt;. Son &#233;diteur ayant rompu le contrat unilat&#233;ralement, l'auteur gagnera certainement le proc&#232;s qu'il va lui intenter. &lt;i&gt;Win-Win&lt;/i&gt;. Enfin, m&#234;me Rima Abdul-Malak le sait : le jour de l'&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/09/13/le-groupe-editis-suspend-la-parution-d-un-livre-de-guillaume-meurice-juste-avant-sa-sortie_6141497_3234.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;annonce de sa censure par &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Meurice a &#171; re&#231;u une vingtaine de propositions &#187;. &lt;i&gt;Win-Win&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, Meurice est moins &#224; plaindre qu'&#224; envier &#8211; ce qui est une bonne nouvelle, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une moins bonne nouvelle, c'est qu'en faisant de Vincent Bollor&#233; le symbole de la concentration dans les m&#233;dias (dont l'&#233;dition), en se focalisant sur l'antifascisme, la censure et les coups d'&#233;clats de cette figure outranci&#232;re par l'affichage de son id&#233;ologie rance et la brutalit&#233; de sa gestion, on laisse de c&#244;t&#233; l'analyse du syst&#232;me de concentration capitalistique dont b&#233;n&#233;ficient &lt;i&gt;tous les grands groupes d'&#233;dition&lt;/i&gt;. Dans cette configuration, ils n'ont aucune difficult&#233; &#224; jouer les alli&#233;s de circonstance de #StopBollore en esp&#233;rant l'emporter sur leurs concurrents dans le partage de ce qui tombera de la table des n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tournez man&#232;ge !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Thierry Discepolo&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auteur de &lt;a href=&#034;https://agone.org/livres/latrahisondesediteurs&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La Trahison des &#233;diteurs&lt;/i&gt; [2011], Agone, 2017&lt;/a&gt; &#8212; troisi&#232;me &#233;dition &#224; para&#238;tre en f&#233;vrier 2023.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les articles publi&#233;s sous forme de &#171; tribune &#187; n'engagent pas collectivement l'association Acrimed, mais seulement leurs auteurs dont nous ne partageons pas n&#233;cessairement toutes les positions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vincent Bollor&#233; met la main sur le deuxi&#232;me &#233;diteur fran&#231;ais</title>
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		<dc:date>2019-01-24T11:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean P&#233;r&#232;s</dc:creator>


		<dc:subject>Vincent Bollor&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Livre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#201;ditis, deuxi&#232;me &#233;diteur fran&#231;ais, de retour chez Vivendi avec un nouveau patron&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Edition-" rel="directory"&gt;&#201;dition&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Vincent-Bollore-+" rel="tag"&gt;Vincent Bollor&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L147xH150/arton5858-041f4.png?1776688769' class='spip_logo spip_logo_right' width='147' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Retour sur le rachat d'&#201;ditis, deuxi&#232;me &#233;diteur fran&#231;ais, par Vincent Bollor&#233;. Une op&#233;ration qui t&#233;moigne des man&#339;uvres en cours dans le secteur de l'&#233;dition.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le monde de l'&#233;dition des livres a connu quelques bouleversements ces derni&#232;res ann&#233;es. Apr&#232;s que Madrigall&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Groupe appartenant &#224; Gallimard dont Madrigall est le subtil anagramme.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; eut achet&#233; Flammarion &#224; l'Italien Rizzoli en 2012, c'est le groupe M&#233;dias participation qui a acquis en 2016 le groupe La Martini&#232;re-Le Seuil. Et c'est maintenant Vincent Bollor&#233;, l'homme des &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Face-aux-poursuites-baillons-de-Bollore-nous-ne?recherche=proc%C3%A9dures%20baillon&#034;&gt;poursuites-b&#226;illons&lt;/a&gt;, qui vient d'ajouter &#224; la mosa&#239;que de soci&#233;t&#233;s qu'il poss&#232;de, une nouvelle pi&#232;ce : le deuxi&#232;me &#233;diteur fran&#231;ais, &#201;ditis, qui regroupe 45 maisons d'&#233;dition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont notamment Robert Laffont, Plon, Presses de la Cit&#233;, Pocket, 10/18, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; repris pour 900 millions d'euros au groupe espagnol Planeta, le 15 novembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par une sorte de b&#233;gaiement de l'Histoire, cette transaction a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e par Vivendi, possession de Bollor&#233;, vingt ans apr&#232;s le rachat d'&#201;ditis par le m&#234;me Vivendi, alors aux mains de Jean-Marie Messier. &#192; l'&#233;poque, cela ne lui avait pas port&#233; bonheur, puisqu'il avait d&#251; revendre &#201;ditis en catastrophe, quatre ans plus tard, &#224; son concurrent historique, Hachette-Lagard&#232;re. Mais Hachette se trouvant de ce fait en situation de quasi-monopole dans plusieurs segments de l'&#233;dition fran&#231;aise, la Commission europ&#233;enne l'avait alors contraint &#224; revendre 60% d'&#201;ditis. C'est ainsi que l'&#233;diteur avait &#233;t&#233; rachet&#233; en 2004, &#224; la surprise g&#233;n&#233;rale, par le baron Seilli&#232;re (patron du Medef) via son fonds d'investissement Wendel. Lequel le revendait, quatre ans plus tard en 2008, &#224; Planeta, un mastodonte de l'&#233;dition espagnole, avec une forte plus-value et malgr&#233; ses engagements formels de garder &#201;ditis beaucoup plus longtemps. Le m&#234;me groupe espagnol vient &#224; son tour de le revendre &#224; Vivendi&#8230; la boucle est boucl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s toutes ces p&#233;rip&#233;ties, c'est un &#201;ditis amaigri qui tombe dans l'escarcelle de Bollor&#233;, lest&#233; des 40% qui sont all&#233;s &#224; Hachette et, qui plus est, d&#233;ficitaire en 2017. Le chiffre d'affaires d'&#201;ditis repr&#233;sente aujourd'hui &lt;a href=&#034;https://www.csp.fr/sites/default/files/content/press-article/file/1806/livre_hebdo_classement_juin_2018.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le tiers de celui de Hachette&lt;/a&gt; qui domine ainsi largement le secteur de l'&#233;dition en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez les salari&#233;s du groupe &#201;ditis, &#233;difi&#233;s par la gestion calamiteuse de Bollor&#233; &#224; Canal+, autre possession de Vivendi, l'ambiance n'est pas &#224; l'euphorie. Leur quatri&#232;me patron en vingt ans risque de n'&#234;tre pas plus tendre &#224; leur &#233;gard que le baron Seilli&#232;re, un autre fou de rentabilit&#233;. Entre 2004 et 2008, ce dernier avait impos&#233; des mesures drastiques : r&#233;ductions d'effectifs et gel des salaires, etc. D&#233;but septembre 2018, Nicole Vulser &#233;voque &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/livres/article/2018/09/10/edition-un-automne-inquiet_5352830_3260.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans un article du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; l'ambiance dans le groupe : &#171; &lt;i&gt;La fa&#231;on dont Canal+ a &#233;t&#233; malmen&#233; par Vivendi agit comme un repoussoir. Vincent Bollor&#233;, alors &#224; la t&#234;te du conseil de surveillance de Vivendi et de Canal+, a exig&#233; d'affadir les sketches des Guignols, au point que, faute d'audience, l'&#233;mission satirique a &#233;t&#233; supprim&#233;e. Aussi l'arriv&#233;e de ce patron et de son fils fait-elle grincer des dents. Mais craignant d'&#234;tre satellis&#233;s sur une liste noire, la plupart des auteurs et des &#233;diteurs parlent sous anonymat.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rachat est un nouvel exemple d'une tendance qui s'affirme depuis bient&#244;t deux d&#233;cennies dans l'ensemble des maisons d'&#233;dition : leur prise en main par des hommes d'affaires qui n'ont aucune culture de l'&#233;dition et se soucient comme d'une guigne de la &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Pour-une-critique-de-l-edition-dominante&#034;&gt;qualit&#233; des ouvrages qu'ils publient&lt;/a&gt;. Les Lagard&#232;re, Seilli&#232;re, Messier, Wertheimer (Le Seuil jusqu'en 2017), &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Les-PUF-sous-controle-d-une-multinationale-de-l-assurance&#034;&gt;Kessler&lt;/a&gt;, Bollor&#233;, ne cherchent dans l'&#233;dition de livres qu'&#224; produire de la rentabilit&#233; &#224; court terme. Avec une telle strat&#233;gie, il devient de plus en plus difficile, pour les maisons qui appartiennent &#224; ces grands groupes, de pouvoir publier, si elles le souhaitent encore, des ouvrages qui demandent du temps pour &#234;tre reconnus du public, ou encore des ouvrages de jeunes auteurs qui n'ont pas, par d&#233;finition, de rente de situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour des groupes comme Hachette-Lagard&#232;re ou &#201;ditis-Bollor&#233;, d&#233;j&#224; fortement pr&#233;sents dans d'autres m&#233;dias, la recherche de rentabilit&#233; passe notamment par celle de &#171; synergies &#187; entre les diverses soci&#233;t&#233;s qui composent leur conglom&#233;rat. Andr&#233; Schiffrin dans son ouvrage paru en 2005, &lt;i&gt;Le contr&#244;le de la parole&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Schiffrin, Le contr&#244;le de la parole. L'&#233;dition sans &#233;diteurs, suite, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, parlait &#224; ce sujet et &#224; propos de Hachette, de &#171; &lt;i&gt;promotion crois&#233;e des produits grands m&#233;dias propos&#233;s par le Groupe, &#224; travers ses grands relais de communication : ainsi du dernier livre publi&#233; par Grasset dont la promotion publicitaire ou &#233;ditoriale pourra &#234;tre faite sur Europe 1, dans les colonnes de Paris-Match, du Journal du dimanche, de La Provence et des groupes comme AOL, Time Warner, Viacom ou d'autres&lt;/i&gt; [&#8230;] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me esprit, Arnaud de Puyfontaine, pr&#233;sident du directoire de Vivendi, pr&#233;f&#232;re s'appuyer sur le cas &#171; Paddington &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paddington est un ourson p&#233;ruvien qui &#233;migre en Angleterre o&#249; l'attendent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#171; &lt;i&gt;Les droits, rachet&#233;s par Vivendi &#224; la famille qui en &#233;tait propri&#233;taire, ont permis de d&#233;velopper deux films, dont la bande-son &#233;tait sign&#233;e Universal Music (propri&#233;t&#233; de Vivendi ndlr). Et aux 25 millions de peluches vendues jusqu'ici s'est ajout&#233; un programme de licences tr&#232;s vari&#233; : du jeu vid&#233;o &#171; Paddington Run &#187; de Gameloft (2 millions de t&#233;l&#233;chargements), &#224; l'&#233;dition via un accord global avec Harper Collins en passant par les parcs &#224; th&#232;mes (&#171; Paddington on Ice &#187;, &#224; Europa Park en Allemagne) mais aussi Marks &amp; Spencer au Royaume-Uni (v&#234;tements pour enfants, nourriture, jouets). En r&#233;sum&#233;, nous voulons tout simplement r&#233;p&#233;ter que ce qu'a fait un certain Walt Disney en 1954 avec une souris nomm&#233;e Mickey&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#201;chos.fr, 29/08/2018, V&#233;ronique Richebois, &#171; Avec &#201;ditis, Vivendi veut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour ce qui est des &#171; synergies &#187;, il est vrai que Vincent Bollor&#233; ne manque pas d'exp&#233;rience, comme en t&#233;moigne la promotion de son Autolib' &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Direct-Matin-Autolib-et-Bollore-une-annee-d-autopromotion&#034;&gt;dans son &lt;i&gt;DirectMatin&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le baron Seilli&#232;re, alors patron d'&#201;ditis, pr&#233;tendait que &#231;a &#171; l'amusait &#187; de publier des livres de Jos&#233; Bov&#233; ou de Michael Moore. D&#233;but janvier 2019, Vincent Bollor&#233; a gagn&#233; un de ses proc&#232;s-b&#226;illons pour diffamation contre Mediapart, apr&#232;s en avoir perdu un pr&#233;c&#233;dent en mars 2018. Le 7 mars prochain doit para&#238;tre aux &#233;ditions de La D&#233;couverte, d&#233;sormais propri&#233;t&#233; de Bollor&#233;, le dernier ouvrage d'Edwy Plenel qui porte sur les gilets jaunes, &lt;i&gt;La victoire des vaincus&lt;/i&gt;. Une bonne occasion de voir si &#171; le petit prince du cash flow &#187;, alias Vincent Bollor&#233;, s'amuse autant que le baron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Jean P&#233;r&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Groupe appartenant &#224; Gallimard dont Madrigall est le subtil anagramme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dont notamment Robert Laffont, Plon, Presses de la Cit&#233;, Pocket, 10/18, Nathan, Bordas, Le Robert, La D&#233;couverte, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Schiffrin, &lt;i&gt;Le contr&#244;le de la parole. L'&#233;dition sans &#233;diteurs, suite&lt;/i&gt;, La Fabrique, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paddington est un ourson p&#233;ruvien qui &#233;migre en Angleterre o&#249; l'attendent bien des aventures, &#233;dit&#233;es par Harper Collins, qui se vendront &#224; plus de 35 millions d'exemplaires de par le monde (depuis 1958).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &#201;chos.fr, 29/08/2018, V&#233;ronique Richebois, &lt;a href=&#034;https://www.lesechos.fr/29/08/2018/lesechos.fr/0302142497111_avec-editis--vivendi-veut-marcher-sur-les-traces-de-disney.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Avec &#201;ditis, Vivendi veut marcher sur les traces de Disney &#187;&lt;/a&gt; (acc&#232;s payant).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lire : Hachette, le g&#233;ant aux ailes bris&#233;es, de Jean-Yves Mollier</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Lire-Hachette-le-geant-aux-ailes-brisees-de-Jean-Yves-Mollier</link>
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		<dc:date>2015-12-16T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean P&#233;r&#232;s</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Vers le d&#233;clin de l'empire Hachette ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Edition-" rel="directory"&gt;&#201;dition&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L97xH150/arton4826-7f31e.png?1776688769' class='spip_logo spip_logo_right' width='97' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En contrepoint de son excellente histoire de l'&#233;dition fran&#231;aise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont nous avons rendu compte ici.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Jean-Yves Mollier publie, cette fois aux &#201;ditions de l'Atelier, une illustration de cette histoire dans une &#233;tude tr&#232;s document&#233;e sp&#233;cialement consacr&#233;e &#224; Hachette&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Yves Mollier, Hachette, le g&#233;ant aux ailes bris&#233;es, &#201;ditions de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais s'il se penche sur le plus grand groupe d'&#233;dition fran&#231;ais, qui fut &lt;i&gt;&#171; la principale industrie culturelle de 1830 aux ann&#233;es 1980 &#187;&lt;/i&gt;, ce n'est pas seulement parce qu'il illustre, jusqu'&#224; la caricature et avec une remarquable continuit&#233;, les strat&#233;gies gagnantes du milieu tr&#232;s concurrentiel de l'&#233;dition. Aux yeux de Jean-Yves Mollier, l'&#233;chec du groupe Hachette face &#224; Amazon est aussi le sympt&#244;me de la fin d'une &#233;poque, celle des grands &#233;diteurs qui, depuis presque deux si&#232;cles, dominent le march&#233; du livre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Encadr&#233; par une introduction et une conclusion qui en synth&#233;tisent le contenu, l'ouvrage se divise en six chapitres qui se suivent chronologiquement mais recouvrent des p&#233;riodes de longueur tr&#232;s variable, selon leur signification dans l'&#233;volution de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Du livre de classe &#224; l'empire Hachette (1826-1864)&lt;br class='manualbr' /&gt;2. Des Biblioth&#232;ques de gare aux messageries de la presse et du livre (1865-1939)&lt;br class='manualbr' /&gt;3. Le temps des menaces (1940-1947)&lt;br class='manualbr' /&gt;4. La tentation du pouvoir (1947-1968)&lt;br class='manualbr' /&gt;5. De la librairie au groupe Hachette (1968-1980)&lt;br class='manualbr' /&gt;6. Un g&#233;ant tr&#232;s vite fragilis&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;I. Du livre de classe &#224; l'empire Hachette (1826-1864)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cette p&#233;riode de presque 40 ans est celle de la naissance et des premiers d&#233;veloppements de la Librairie Hachette sous la direction de son fondateur, Louis Hachette (1800-1864)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Yves Mollier a consacr&#233; un ouvrage &#224; Louis Hachette : Louis Hachette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans l'&#233;dition scolaire, en pleine expansion dans les ann&#233;es 1830, que Louis Hachette &#233;tablit les bases de son empire. Lui-m&#234;me &lt;i&gt;&#171; authentique intellectuel &#187;&lt;/i&gt; et p&#233;dagogue, il se lie &#224; Ambroise Rendu, &lt;i&gt;&#171; ma&#238;tre d'&#339;uvre de la plupart des r&#233;formes introduites dans l'enseignement fran&#231;ais pendant la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle &#187;&lt;/i&gt;. Il sera ainsi, gr&#226;ce au soutien de Rendu, le principal b&#233;n&#233;ficiaire des commandes de l'&#201;ducation nationale de l'&#233;poque et deviendra tr&#232;s riche, se faisant traiter, d&#233;j&#224;, de &#171; monopoleur &#187; par ses concurrents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la distribution, son deuxi&#232;me cheval de bataille, c'est gr&#226;ce au comte de Morny, puissant homme politique, qu'il obtient le monopole des Biblioth&#232;ques de gare (les Relay d'aujourd'hui) o&#249; sont vendus des livres sp&#233;cialement &#233;dit&#233;s pour les voyageurs, et peu &#224; peu, les journaux et p&#233;riodiques (plus de mille boutiques en 1890). La censure, garante des &#171; bonnes m&#339;urs &#187;, exerc&#233;e par les compagnies priv&#233;es de chemin de fer, et toujours accept&#233;e par Hachette, r&#232;gne sur les boutiques, au grand dam, entre autres, de Maupassant et de Flaubert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1864, la Librairie Hachette est le premier &#233;diteur europ&#233;en. Son ascension, selon Jean-Yves Mollier, est caract&#233;ristique d'une &lt;i&gt;&#171; r&#233;ussite &#224; la fran&#231;aise qui ne peut s'expliquer sans la constante recherche d'appuis politiques au plus haut niveau &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;II. Des Biblioth&#232;ques de gare aux messageries de la presse et du livre (1865-1939)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ces quelque quatre-vingt ann&#233;es sont marqu&#233;es par le d&#233;veloppement continu du chemin de fer qui &lt;i&gt;&#171; ravitaillait la moindre petite ville, m&#234;me si elle ne d&#233;passait pas deux ou trois milliers d'&#226;mes &#187;&lt;/i&gt;. Si bien qu'en 1939, 9,5 millions de quotidiens &#233;taient distribu&#233;s sur 80 000 points de vente. Les journaux rapportent alors &#224; Hachette plus d'argent que les livres, et c'est leur distribution, au petit matin, dans les rues de Paris dans des camionnettes vertes qui vaudra &#224; la soci&#233;t&#233; le surnom de &#171; pieuvre verte &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la censure continue de s'exercer sur les livres vendus en kiosque, c'est moins pour des raisons morales qu'&#233;conomiques : &lt;i&gt;&#171; C'est le march&#233;, et lui seul, qui imposait le choix des auteurs suppos&#233;s plaire au public. &#187;&lt;/i&gt; La censure s'applique aussi bien &#224; &lt;i&gt;Une vie&lt;/i&gt; de Maupassant, qu'&#224; &lt;i&gt;La France juive&lt;/i&gt; de Drumont. Par contre, en 1877, la Librairie Hachette osera, pour complaire au mar&#233;chal de Mac-Mahon en difficult&#233;, supprimer la diffusion des journaux r&#233;publicains dans les kiosques de gare pendant tout le temps d'une campagne &#233;lectorale. Sur un terrain plus social, pour se venger de ses gr&#233;vistes de 1936, Hachette aurait s&#233;rieusement perturb&#233; la distribution de &lt;i&gt;Messidor&lt;/i&gt;, la revue de la CGTU, qui dut cesser de para&#238;tre. Malgr&#233; cela, la nationalisation des chemins de fer par le Front populaire en 1937 n'a pas affect&#233; le moins du monde le monopole de Hachette sur les kiosques de gare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; deux reprises, Hachette devra, au cours de cette p&#233;riode, faire face &#224; un assaut de la concurrence. D'abord, ce sont les &#233;diteurs Flammarion et Fasquelle qui cherchent &#224; casser le monopole des kiosques de gare sans y parvenir. Ensuite, c'est une v&#233;ritable coalition d'&#233;diteurs (130) et de libraires (800) derri&#232;re Larousse et Armand Colin, r&#233;unis dans la Maison du livre fran&#231;ais, qui s'int&#233;ressent de tr&#232;s pr&#232;s aux messageries du livre. L&#224; encore, Hachette l'emporte gr&#226;ce &#224; son exp&#233;rience, sa puissance financi&#232;re, et la strat&#233;gie d&#233;velopp&#233;e par son directeur Eug&#232;ne Delesalle, pr&#233;curseur des &lt;i&gt;spin doctors&lt;/i&gt; aupr&#232;s du gouvernement pendant la guerre de 14-18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la veille de la Seconde Guerre mondiale, l'activit&#233; de distribution repr&#233;sente la moiti&#233; des revenus de Hachette. 130 millions de quotidiens sont distribu&#233;s tous les mois, ainsi que 83 000 livres chaque jour : &lt;i&gt;&#171; La Librairie Hachette &#233;tait bien cette puissance consid&#233;rable que les nouveaux ma&#238;tres de la France allaient tenter de mettre &#224; leur service pour s'assurer durablement le contr&#244;le de l'opinion en Europe. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;III. Le temps des menaces (1940-1947)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'intention du minist&#232;re de la Propagande de Goebbels n'est pas de s'emparer de Hachette mais de s'associer avec elle pour profiter au maximum de son savoir-faire et de son r&#233;seau de distribution. Le projet, soutenu par Pierre Laval, est celui de deux soci&#233;t&#233;s dont l'une dirigeant la distribution en France serait d&#233;tenue &#224; 51% par Hachette et 49% par Mundus, une soci&#233;t&#233; allemande, et l'autre, dirigeant la distribution sur le reste de l'Europe, serait contr&#244;l&#233;e par Mundus. Les n&#233;gociations, laborieuses, n'aboutirent pas avant la fin de la guerre. Aux yeux de Jean-Yves Mollier, il est clair que les gestionnaires de Hachette ont tout fait pour profiter de la situation, choisissant, par exemple, un avocat collaborationniste notoire, Olivier Jallu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de la censure, Jean-Yves Mollier retrace pas &#224; pas le processus d'&#233;laboration des listes d'ouvrages interdits. Il souligne que les &#233;diteurs fran&#231;ais avaient &#233;tabli des listes, rassembl&#233;es par Henri Filipacchi, secr&#233;taire de Gaston Gallimard, avant que les Allemands n'imposent la censure, et que la liste finale a &#233;t&#233; &#233;tablie par fusion des listes allemande et fran&#231;aise ; ce que souligne clairement le texte qui accompagne la publication de cette liste : &lt;i&gt;&#171; Les autorit&#233;s allemandes ont enregistr&#233; avec satisfaction l'initiative des &#233;diteurs fran&#231;ais et ont de leur c&#244;t&#233; pris les mesures n&#233;cessaires&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bibliographie de la France, 4 octobre 1940, p. 70-71.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la Lib&#233;ration, les &#233;ditions Hachette proc&#233;deront &#224; une nouvelle &#233;puration de leur catalogue, mais dans le sens inverse : ce sont les ouvrages promus par l'occupant qui seront retir&#233;s. De m&#234;me, les archives sont nettoy&#233;es pour effacer les traces trop voyantes des compromissions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces pr&#233;cautions, le 1er septembre 1945, les messageries de la presse sont r&#233;quisitionn&#233;es, pour collaboration, sous le nom de Messageries fran&#231;aises de presse (MFP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'engage alors une rude bataille, que Jean-Yves Mollier d&#233;crit pr&#233;cis&#233;ment, opposant l'&#233;diteur et le Parti communiste. Soutenu par ceux que l'on a appel&#233;s les &#171; d&#233;put&#233;s-Hachette &#187;, Jacques Chaban-Delmas (Radicaux) et Gaston Defferre (SFIO), l'&#233;diteur l'emporte avec l'adoption de la loi Bichet en 1947 qui ouvre la distribution &#224; la concurrence. Une soci&#233;t&#233; de gestion des messageries de presse est constitu&#233;e, dans laquelle Hachette est formellement minoritaire avec 49% des parts contre 51% &#224; cinq coop&#233;ratives de presse ; mais en r&#233;alit&#233;, apr&#232;s avoir achet&#233; &lt;i&gt;France soir&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Paris presse&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;France dimanche&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Journal du dimanche&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Elle&lt;/i&gt;, Hachette est en fait majoritaire. De plus, c'est elle qui est charg&#233;e statutairement de nommer le directeur des Messageries. Une nouvelle fois, Hachette se tire fort bien d'une situation pour le moins p&#233;rilleuse.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;IV. La tentation du pouvoir (1947-1968)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'intitul&#233; de ce chapitre indique que la Librairie Hachette s'est impliqu&#233;e dans les jeux de pouvoir, politique s'entend, alors qu'au cours de son histoire, elle s'en est bien gard&#233;e, s'appuyant constamment, comme on l'a vu, sur le pouvoir en place, f&#251;t-il celui d'une puissance occupante. Une premi&#232;re fois, il s'est agi de favoriser, sous l'impulsion de la Banque de Paris et des Pays-Bas (son actionnaire principal), la candidature de Gaston Defferre &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique, et une deuxi&#232;me fois d'organiser, &#224; l'initiative de Guy Lapeyre, directeur des NMPP et de la Librairie, le soutien de la candidature du centriste Jean Lecanuet. Ces man&#339;uvres &#233;taient compl&#233;t&#233;es par l'arrosage r&#233;gulier d'un certain nombre de d&#233;put&#233;s de diverses ob&#233;diences, mobilisables quand les int&#233;r&#234;ts de Hachette &#233;taient en jeu (Fran&#231;ois Mitterrand, par exemple, touchait de la Librairie, en 1967, l'&#233;quivalent de 4 000 euros par mois). Ces soutiens &#224; des opposants au gaullisme ne furent d&#233;jou&#233;s que par la vigilance &#233;nergique (notamment la menace d'une nationalisation) du Premier ministre d'alors, Georges Pompidou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;v&#233;nements se d&#233;roulent sur fond de prosp&#233;rit&#233; croissante pour Hachette, particuli&#232;rement gr&#226;ce au d&#233;veloppement du livre de poche, g&#233;r&#233; par sa filiale Librairie g&#233;n&#233;rale de France dirig&#233;e par Henri Filipacchi (ancien collaborateur notoire, comme on a eu l'occasion de le voir), et qui atteint, en 1964, le record historique de cent millions d'exemplaires vendus en neuf ans. Pour alimenter sa collection de poche et partir &#224; la conqu&#234;te des prix litt&#233;raires, Hachette prend successivement le contr&#244;le de Grasset (1954), Fasquelle (1959), Fayard (1959) et Stock (1961).&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;V. De la Librairie au groupe Hachette (1968-1980)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es soixante, la baisse des ventes de presse se fait sentir sur la tranquille prosp&#233;rit&#233; des NMPP, dont b&#233;n&#233;ficient aussi bien les journaux, les typographes et ouvriers du livre, que l'entreprise Hachette. Pass&#233;s de 15 millions d'exemplaires en 1946 &#224; 11 millions en 1958, les journaux subissent la concurrence de la radio et des d&#233;buts de la t&#233;l&#233;vision. Hachette cherche alors &#224; d&#233;velopper son secteur livres, particuli&#232;rement en am&#233;liorant le circuit de distribution avec le nouvel entrep&#244;t national de Maurepas relay&#233; par des entrep&#244;ts r&#233;gionaux. Mais la prise d'ind&#233;pendance de Gallimard sur la distribution, et d'autres &#233;diteurs &#224; sa suite, vont priver Hachette d'importants revenus. Ces pertes de revenus, associ&#233;es &#224; des erreurs de gestion manifestes (notamment sous la direction de Simon Nora) conduiront en 1974 et 1975 &#224; des b&#233;n&#233;fices nuls. &#192; cela s'ajoute l'&#233;chec en 1974 de la candidature Chaban-Delmas, nouveau poulain de Hachette et dont Nora devait &#234;tre le Premier ministre, &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques ann&#233;es plus tard (1981), c'est cette fois pour soutenir la candidature Val&#233;ry Giscard d'Estaing, qu'un projet fut concoct&#233; en haut lieu &lt;i&gt;&#171; visant &#224; r&#233;unir autour de la Compagnie luxembourgeoise de t&#233;l&#233;communication, la CLT, propri&#233;taire de RTL, le groupe Havas&lt;/i&gt; [alors premi&#232;re agence de presse fran&#231;aise &#8211; note d'Acrimed] &lt;i&gt;et Hachette SA &#187;&lt;/i&gt;. Event&#233; par &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; qui en d&#233;voila le contenu dans un article intitul&#233; &#171; Le clandestin Hachette &#187;, le projet fut abandonn&#233; &#224; la demande expresse de Giscard. C'est le moment que choisit Lagard&#232;re pour s'emparer de Hachette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Associ&#233; &#224; son tour &#224; un projet politique (chiraquien), ou mesure de prudence face aux nationalisations pr&#233;vues par Mitterrand, l'achat de Hachette par Lagard&#232;re fut en tout cas une bonne affaire, &lt;i&gt;&#171; le capital total de Hachette SA de 1980 &#233;tait inf&#233;rieur au seul prix des terrains des anciennes messageries &#187;&lt;/i&gt; vendus en 1990. Du c&#244;t&#233; de la concurrence, dans les ann&#233;es qui suivent, des s&#233;ries d'achats et de concentrations aboutissent &#224; la cr&#233;ation de VUP (Vivendi Universal Publications) qui r&#233;unit Havas, Le Groupe de la Cit&#233;, la Compagnie g&#233;n&#233;rale des eaux devenue Vivendi, et le groupe am&#233;ricain Universal, sous la houlette de Jean-Marie Messier. Un groupe de 230 000 salari&#233;s, 200 milliards de chiffre d'affaires, qui s'effondrera en 2002, pour le grand bien d'Hachette.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;VI. Un g&#233;ant tr&#232;s vite fragilis&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est en 2004 que Hachette, autoris&#233; par la Commission europ&#233;enne &#224; racheter 40% de VUP, (au lieu des 100% initiaux) parvient &#224; une domination sans partage sur le territoire national, son CA &#233;tant sup&#233;rieur au triple de son premier concurrent, Editis, d&#233;tenteur des 60% restants alors acquis par Ernest-Antoine Seilli&#232;re de Laborde, ex pr&#233;sident du Medef. En m&#234;me temps, le groupe s'est fortement d&#233;velopp&#233; &#224; l'&#233;tranger o&#249; il r&#233;alise les deux tiers de son CA (Angleterre, Australie, Espagne, &#201;tats-Unis). Paradoxalement, c'est parvenu au fa&#238;te de sa puissance qu'il est le plus vuln&#233;rable, du moins aux yeux de Jean-Yves Mollier. Ce dernier constate en effet que le soutien des hommes politiques nationaux, constant dans l'histoire de l'&#233;diteur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On en trouve encore tout r&#233;cemment une illustration grossi&#232;re avec la remise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est de peu de poids &#224; l'&#233;chelle mondiale o&#249; se d&#233;finissent d&#233;sormais les enjeux &#233;conomiques de l'&#233;dition et de la distribution. Or, &#224; cette &#233;chelle, Hachette, compar&#233;e aux GAFA (Google, Amazon, FaceBook, Apple) est un nain &#233;conomique avec son CA de 2 milliards d'euros (contre 80 milliards &#224; Amazon). D'o&#249; sa d&#233;faite dans la lutte qui l'a oppos&#233;e &#224; Amazon sur le prix des livres &#233;dit&#233;s par l'un et vendus sur Internet par l'autre. Cet &#233;v&#233;nement participe de ce que Jean-Yves Mollier appelle &lt;i&gt;&#171; la d&#233;r&#233;gulation du march&#233; du livre &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y participent aussi la pr&#233;occupation de la rentabilit&#233; maximum chez les &#233;diteurs, d&#233;nonc&#233;e par Andr&#233; Schiffrin, la progression des livres num&#233;riques, des liseuses et autres tablettes, surtout aux &#201;tats-Unis, le r&#244;le grandissant de prescripteur des r&#233;seaux sociaux (qui ont contribu&#233; au succ&#232;s de livres comme &lt;i&gt;Fifty Shades of Grey&lt;/i&gt;, n&#233; sur Internet et vendu ensuite &#224; 40 millions d'exemplaires, ou &lt;i&gt;Girl Online&lt;/i&gt;, best-seller de Zoe Sugg, une youtubeuse anglaise tr&#232;s populaire sur le Net, lanc&#233; par Penguin Books), ce qui pourrait conduire, si la tendance se confirme, &#224; une politique &#233;ditoriale d&#233;termin&#233;e par la demande plut&#244;t que l'offre comme c'est le cas g&#233;n&#233;ralement ; et aussi la proposition faite aux auteurs par Amazon, devenu &#233;diteur, de leur reverser 35% du prix de vente du livre sur Internet (au lieu des 10% consentis par les &#233;diteurs classiques, voire 5% pour les livres de poche). Autant de ph&#233;nom&#232;nes et de tendances qui g&#233;n&#232;rent un bouleversement complet de l'univers &#233;ditorial et ouvrent une p&#233;riode ind&#233;finie de profonde instabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Yves Mollier n'est gu&#232;re optimiste face &#224; cette situation : &lt;i&gt;&#171; Nul ne pouvait imaginer hier encore qu'elles [les GAFA &#8211;note d'Acrimed] menaceraient l'existence des majors de l'&#233;dition alors que ces derni&#232;res apparaissent, &#224; la fin des ann&#233;es 1990, comme des g&#233;ants que nul ne parviendrait &#224; briser, mais le combat est bien engag&#233; et le repli de Hachette Livre devant Amazon en 2014 ne laisse gu&#232;re entrevoir un avenir ensoleill&#233;&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Jean P&#233;r&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dont nous avons rendu compte &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/Lire-Une-autre-histoire-de-l-edition-francaise-de-Jean-Yves-Mollier&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Yves Mollier, &lt;i&gt;Hachette, le g&#233;ant aux ailes bris&#233;es&lt;/i&gt;, &#201;ditions de l'Atelier, 2015, 195 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Yves Mollier a consacr&#233; un ouvrage &#224; Louis Hachette : &lt;i&gt;Louis Hachette (1800-1864) : le fondateur d'un empire&lt;/i&gt;, Fayard, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Bibliographie de la France&lt;/i&gt;, 4 octobre 1940, p. 70-71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On en trouve encore tout r&#233;cemment une illustration grossi&#232;re avec la remise de la L&#233;gion d'honneur par le Pr&#233;sident de la R&#233;publique &#224; deux hommes, Jean-Pierre Elkabbach et Ramzi Khiroun que Fran&#231;ois Hollande, qualifie lui-m&#234;me de &lt;i&gt;&#171; duo&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;qui fait d&#233;sormais la pluie et le beau temps au sommet du groupe Lagard&#232;re &#187;&lt;/i&gt;. Cela six jours apr&#232;s les attentats du 13 novembre 2015, et quinze jours avant des &#233;lections r&#233;gionales, en pr&#233;sence de &lt;i&gt;&#171; la moiti&#233; du gouvernement, la moiti&#233; du CAC40 et quelques journalistes &#187;&lt;/i&gt; comme le relate &lt;a href=&#034;http://www.lopinion.fr/edition/politique/a-18-mois-presidentielle-hollande-honore-elkabbach-khiroun-hommes-cles-91049&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le journal &lt;i&gt;L'Opinion&lt;/i&gt; du 20 novembre 2015&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lire : Une autre histoire de l'&#233;dition fran&#231;aise, de Jean-Yves Mollier</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Lire-Une-autre-histoire-de-l-edition-francaise-de-Jean-Yves-Mollier</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Lire-Une-autre-histoire-de-l-edition-francaise-de-Jean-Yves-Mollier</guid>
		<dc:date>2015-12-09T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean P&#233;r&#232;s</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Et une autre image de l'&#233;diteur...&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Edition-" rel="directory"&gt;&#201;dition&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L100xH150/arton4819-3cb6d.png?1776688769' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Deux &#233;diteurs ind&#233;pendants, La Fabrique et les &#233;ditions de l'Atelier, viennent de publier &#224; quelques semaines d'intervalle deux ouvrages de Jean-Yves Mollier : &lt;i&gt;Une autre histoire de l'&#233;dition fran&#231;aise&lt;/i&gt;(La Fabrique, 450 p., 25 euros) et &lt;i&gt;Hachette, le g&#233;ant aux ailes bris&#233;es&lt;/i&gt; (&#233;ditions de l'Atelier, 230 p., 15 euros). Deux approches donc, l'une g&#233;n&#233;rale et l'autre monographique, coh&#233;rentes et compl&#233;mentaires, pour un m&#234;me auteur, historien enseignant-chercheur sp&#233;cialis&#233; en histoire du livre et de l'&#233;dition, et qui a d&#233;j&#224; publi&#233; nombre d'articles et de livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce premier article est consacr&#233; &#224; &lt;i&gt;Une autre histoire de l'&#233;dition fran&#231;aise&lt;/i&gt;. Les &#233;ditions La Fabrique ont d&#233;j&#224; publi&#233; plusieurs livres sur l'&#233;dition, dont trois d'Andr&#233; Schiffrin, &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/Deces-d-Andre-Schiffrin-un-extrait-en-guise-d-hommage?recherche=%26quot%3BAndr&#233;%20Schiffrin%26quot%3B&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mort l'an dernier&lt;/a&gt;. Les livres d'Andr&#233; Schiffrin, lui-m&#234;me &#233;diteur aux &#201;tats-Unis, sont tr&#232;s critiques sur l'&#233;volution du secteur de l'&#233;dition en France, gagn&#233; par un lib&#233;ralisme &#224; tout crin. L'ouvrage de Jean-Yves Mollier se situe sur un terrain plus scientifique. Il n'en apporte pas moins un &#233;clairage tr&#232;s instructif et plut&#244;t d&#233;mystificateur sur cette histoire de l'&#233;dition et des &#233;diteurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Pourquoi une &#171; autre &#187; histoire ? &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'il y en a d&#233;j&#224; une, et parce que celle-ci est diff&#233;rente ; mais ce n'est pas une &#171; contre-histoire &#187; de l'&#233;dition, une histoire alternative, comme l'est, par exemple, l'&lt;i&gt;Histoire populaire des Etats-Unis&lt;/i&gt; de Howard Zinn par rapport &#224; l'histoire officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re grande histoire de l'&#233;dition fran&#231;aise est celle qui fut coordonn&#233;e par Roger Chartier et Henri-Jean Martin de 1983 &#224; 1986. Avec ses 3 000 pages, cette histoire en quatre volumes a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;e par un grand nombre de contributeurs. Rien de tel ici. Jean-Yves Mollier est l'auteur unique de cette histoire beaucoup plus condens&#233;e (450 pages) et b&#233;n&#233;ficiant de nouvelles sources, comme les archives du Syndicat national de l'&#233;dition, ouvertes pour la premi&#232;re fois &#224; son intention en 2006. Nous avons affaire ici &#224; un point de vue de chercheur &#233;tay&#233; sur des connaissances, plut&#244;t qu'&#224; une somme de ces connaissances, comme a pu l'&#234;tre le premier ouvrage de Chartier et Martin, m&#234;me s'il ne fut pas que cela, &#224; une &#233;poque o&#249; l'histoire du livre et de l'&#233;dition &#233;tait une discipline assez neuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi une &#171; autre &#187; histoire de l'&#233;dition parce que Jean-Yves Mollier ins&#232;re cette histoire dans l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble, son &#233;conomie, sa culture, ses r&#233;volutions, ses guerres, etc., &#233;volution dans laquelle les rapports avec les pouvoirs en place prennent une importance d&#233;cisive pour les &#233;diteurs. Ajoutons enfin que, sans avoir vocation &#224; devenir un best-seller, ce livre, par son prix et son contenu, s'adresse &#224; un public sensiblement plus large que le pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est divis&#233; en 13 chapitres d'une trentaine de pages chacun, ordonn&#233;s chronologiquement, mais aussi selon des th&#232;mes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple, &#171; Censure et &#233;dition sous l'Ancien R&#233;gime &#187; ou &#171; Le si&#232;cle des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'une introduction qui en r&#233;sume le propos et d'une br&#232;ve conclusion sur l'avenir de l'&#233;dition. Des index des noms, institutions, collections et p&#233;riodiques cit&#233;s en font un v&#233;ritable outil de travail pour les chercheurs. Dans l'impossibilit&#233; de restituer la richesse de cet ouvrage &#224; la lecture duquel nous ne pouvons qu'inviter, nous nous limiterons &#224; en retenir les grands traits tout en soulignant quelques &#233;l&#233;ments int&#233;ressant la critique des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Pr&#233;histoire de l'&#233;dition&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Jean-Yves Mollier situe la naissance de l'&#233;dition &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle, et ce que nous appellerons sa pr&#233;histoire &#224; l'invention de l'imprimerie. De cette derni&#232;re, il retient, non seulement l'aspect technique de multiplicateur des &#233;crits, mais surtout l'effet profond qu'aura ce progr&#232;s technique sur la propagation des id&#233;es nouvelles au moment de la R&#233;forme et de la Contre-R&#233;forme encourageant notamment, pour des raisons d'efficacit&#233; de la propagande, des &#233;ditions en langue locale au lieu du latin. On notera, par analogie avec les d&#233;bats contemporains autour du livre &#233;lectronique, que les premiers livres imprim&#233;s s'effor&#231;aient d'imiter au plus pr&#232;s les manuscrits, ce qui n'est pas sans rappeler les efforts tragi-comiques des fabricants de liseuses &#233;lectroniques pour imiter le livre papier, jusqu'au tournage des pages simul&#233; sur l'appareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'Ancien R&#233;gime, la fonction &#233;ditoriale est assur&#233;e par les imprimeurs-libraires. Cette activit&#233; fait peur aux pouvoirs en place, religieux et politiques : &lt;i&gt;&#171; La censure fut la marque constitutive de la librairie fran&#231;aise d'Ancien R&#233;gime &#187;&lt;/i&gt;, nous dit l'auteur. Les &#171; &#233;diteurs &#187; avant la lettre devaient obtenir un &#171; privil&#232;ge &#187; royal, autorisation d'imprimer accord&#233;e par le pouvoir royal, et se soumettre &#224; la censure exerc&#233;e sur chaque publication. Ce contr&#244;le de l'&#233;crit et de l'imprim&#233;, qui perdurera jusqu'en 1881, aura pour effet secondaire une contribution significative &#224; la concentration de l'activit&#233; &#233;ditoriale en r&#233;gion parisienne, avec la d&#233;cision de Louis XIV de &lt;i&gt;&#171; transf&#233;rer &#224; Versailles les instances charg&#233;es d'attribuer les privil&#232;ges, de lire les manuscrits et d'accorder l'autorisation &#187;&lt;/i&gt;, concentration qui se maintiendra jusqu'&#224; la fin du XVIII&#232;me si&#232;cle, et m&#234;me, jusqu'&#224; un certain point, jusqu'&#224; nos jours. Cette censure &#233;tait contourn&#233;e par des publications sous fausse adresse ou dans des pays voisins. Elle n'a pas emp&#234;ch&#233; la prolif&#233;ration des libelles et des pamphlets, premi&#232;res publications politiques, tandis que se d&#233;veloppaient par ailleurs les &#171; canards &#187; et &#171; placards &#187; dans lesquels &lt;i&gt;&#171; les ph&#233;nom&#232;nes cosmiques, plan&#232;tes ou &#233;toiles monstrueuses, les diableries, les miracles, les inondations et tremblements de terre annoncent, &#224; n'en pas douter, les pr&#233;f&#233;rences de maintes cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision actuelles &#187;&lt;/i&gt;. Les auteurs ne sont pas plus libres que les &#233;diteurs et souvent sous la &#171; protection &#187; de m&#233;c&#232;nes. Voltaire et Diderot firent de la prison et &#224; la veille de la R&#233;volution, 17% des embastill&#233;s &#233;taient des hommes de lettres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de l'Ancien R&#233;gime, le grand succ&#232;s de la publication de l'&lt;i&gt;Encyclop&#233;die&lt;/i&gt; de Diderot et d'Alembert (24 000 exemplaires), l'apparition du premier &#233;diteur en la personne de Joseph Panckoucke, v&#233;ritable &lt;i&gt;&#171; magnat de la presse et de l'&#233;dition &#187;&lt;/i&gt; avant l'heure, d&#233;tenteur d'une quinzaine de revues et d'une v&#233;ritable &lt;i&gt;&#171; &#233;curie d'auteurs &#187;&lt;/i&gt;, le r&#232;glement de 1777 reconnaissant le droit d'auteur, tous ces ph&#233;nom&#232;nes associ&#233;s &#224; une soif de connaissances nouvelle en Europe, sont autant d'indices qui annoncent, nous dit Jean-Yves Mollier, la naissance de l'&#233;diteur moderne.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Histoire de l'&#233;dition (proprement dite)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La loi du 19 juillet 1793 d&#233;finit le droit d'auteur plus pr&#233;cis&#233;ment que le r&#232;glement de 1777. L'auteur devient le titulaire exclusif des droits sur son &#339;uvre (et ses descendants jusqu'&#224; 10 ans apr&#232;s sa mort &#8211; 70 ans aujourd'hui !), droits qu'il peut c&#233;der en tout ou partie. &#192; ce fondement juridique de l'activit&#233; de l'&#233;diteur en tant que cessionnaire des droits de l'auteur, Jean-Yves Mollier ajoute un fondement socio-&#233;conomique : &lt;i&gt;&#171; l'autonomisation progressive des m&#233;tiers du livre &#187;&lt;/i&gt; : l'imprimeur se consacre uniquement &#224; l'impression, le libraire &#224; la vente, le papetier &#224; la fabrication du papier, tandis que la fonction &#233;ditoriale, devenue un m&#233;tier &#224; part enti&#232;re &#224; partir de 1830, domine par sa position strat&#233;giquement centrale les autres m&#233;tiers du livre et l'auteur. Mais c'est avant tout l'intensification de l'alphab&#233;tisation et la multiplication des &#233;coles sur tout le territoire qui sont &#224; l'origine du d&#233;collage de l'&#233;diteur au sens moderne du mot. Les premiers best-sellers furent en effet les livres scolaires avec, d&#232;s 1830, des millions d'exemplaires vendus. C'est &#224; ce moment que les grands &#233;diteurs vont se d&#233;velopper, et tout particuli&#232;rement Louis Hachette dont la soci&#233;t&#233; dominera, pendant presque deux si&#232;cles, le monde de l'&#233;dition en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le XIXe si&#232;cle est aux yeux de Jean-Yves Mollier le grand si&#232;cle de l'&#233;dition, si&#232;cle du roman, des dictionnaires avec l'affrontement Larousse-Hachette, du d&#233;veloppement des cabinets de lecture, puis des biblioth&#232;ques, sans oublier la r&#233;volution industrielle permettant des productions en grandes quantit&#233;s. Les grands &#233;diteurs, largement d&#233;crits, souvent tr&#232;s riches, se partagent entre leur passion entrepreneuriale et culturelle et une vie d'apparat dans les salons parisiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Yves Mollier insiste sur l'importance du support : &lt;i&gt;&#171; &#192; l'&#233;poque o&#249; le roman-feuilleton se logeait au &#034;rez-de-chauss&#233;e&#034; du quotidien &#8211; le bas de la premi&#232;re page &#8211;, les lecteurs d'Alexandre Dumas et d'Eug&#232;ne Sue d&#233;couvraient leur &#233;crivain favori dans les pages de leur journal plut&#244;t que dans celles du volume mis en vente en librairie &#187;&lt;/i&gt;, sur la concurrence sur les prix dont la baisse &#233;tait devenue n&#233;cessaire en raison de la d&#233;mocratisation du lectorat (prix divis&#233;s par dix, par exemple, entre 1838 et 1853) et la modification cons&#233;quente des formats d'&#233;dition, qui annoncent le &#171; livre de poche &#187; du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il insiste aussi sur la capacit&#233; des &#233;diteurs fran&#231;ais &#224; exporter leurs livres dans le monde entier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En un si&#232;cle o&#249; le fran&#231;ais &#233;tait une langue mondiale (cf. Pascale Casanova, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;i&gt;&#171; Si la ville de Montevideo a donn&#233; &#224; son hospice des enfants trouv&#233;s le nom d'Alexandre Dumas et si les cigariers de La Havane ont baptis&#233; &#034;Monte-Cristo&#034; leur plus fameux cigare, c'est bien que le romancier &#233;tait lu [&#8230;] sur tout le continent am&#233;ricain et dans toutes les classes sociales. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Premier et le Second Empire ayant r&#233;tabli la censure d'Ancien R&#233;gime, les &#233;crivains socialisants, ou seulement critiques du r&#233;gime, durent se faire &#233;diter &#224; l'&#233;tranger tandis que les &#233;diteurs pratiquaient une autocensure pr&#233;ventive en refusant des textes, comme le fit Louis Hachette avec Proudhon. Vis-&#224;-vis de la censure religieuse, l'attitude des &#233;diteurs est plus distanci&#233;e. Presque tous les grands auteurs du XIXe si&#232;cle &#233;taient &#224; l'Index et furent n&#233;anmoins publi&#233;s. Pour des raisons plus &#233;conomiques, les &#233;diteurs veillent cependant au respect des bonnes m&#339;urs par leurs &#233;crivains, n'h&#233;sitant pas &#224; modifier les textes, comme le fit Calmann-L&#233;vy avec un livre de Pierre Loti (Aziyad&#233;) pour &lt;i&gt;&#171; gommer toutes les allusions &#224; l'homosexualit&#233; et &#224; la p&#233;d&#233;rastie de son personnage &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la grande loi de 1881, sur la libert&#233; de la presse, la censure est abolie (sauf en quelques cas, &#171; incitation &#224; la haine raciale &#187;, &#171; apologie des crimes de guerre &#187;, etc.). Jean-Yves Mollier &#233;voque, &#224; propos de la p&#233;riode qui suit, l'av&#232;nement de la culture de masse et les rapports, parfois tumultueux, entre les &#233;diteurs et le monde lettr&#233; et les avant-gardes, l'importance des revues dans la vie litt&#233;raire (&lt;i&gt;NRF&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Mercure de France&lt;/i&gt;), la supr&#233;matie du roman, &#224; l'aube du XXe si&#232;cle, avec l'apparition des prix litt&#233;raires, &lt;i&gt;&#171; Goncourt en 1903 et Femina-Vie Heureuse en 1904. Leur cr&#233;ation semble mettre un point final &#224; la structuration du champ litt&#233;raire autour des grandes maisons d'&#233;dition, Librairie Hachette, Calmann-L&#233;vy, Charpentier-Fasquelle, Garnier fr&#232;res, Plon, Hetzel, auxquelles Flammarion et Fayard se sont ajout&#233;es et o&#249; Albin Michel, [&#8230;] et Bernard Grasset [&#8230;] ont bien l'intention de se faire un nom &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du XXe si&#232;cle, l'auteur souligne la domination d'Hachette et de Larousse sur l'&#233;dition fran&#231;aise, leur rivalit&#233; pour la ma&#238;trise de la distribution dont Hachette sortira vainqueur, mais aussi l'apparition, en marge de l'&#233;dition scolaire, d'une litt&#233;rature pour la jeunesse (o&#249; s'affrontent sans merci &lt;i&gt;Mickey&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;C&#339;urs vaillants&lt;/i&gt;) qui ne cessera de se d&#233;velopper jusqu'&#224; nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;crit enfin l'&#233;tat de l'&#233;dition &#224; la fin du si&#232;cle dernier, concentration et financiarisation qui ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; largement comment&#233;es dans les prestigieuses colonnes d'Acrimed, &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/La-concentration-dans-l-edition-et-ses-effets&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/Concentrations-dans-l-edition-suite-grandes-manoeuvres-dans-la-Bande-dessinee&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;, et &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/Quand-Wendel-Seilliere-rachete-Editis-derriere-les-apparences&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;, qu'il pr&#233;sente comme un secteur &#233;ditorial &#224; deux visages correspondant au concept d' &#171; oligopole &#224; franges &#187;, l'un de ces visages &#233;tant celui des grands groupes, l'autre celui de la multitude de petits et moyens &#233;diteurs ind&#233;pendants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, Jean-Yves Mollier plaide pour un maintien du r&#244;le de l'&#233;diteur en tant que d&#233;couvreur, malgr&#233; l'empire grandissant des GAFA (Google, Amazon, FaceBook, Apple), dans un univers &#233;ditorial en voie de transformation compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Une autre image de l'&#233;diteur&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si Jean-Yves Mollier manifeste sans ambigu&#239;t&#233; son adh&#233;sion &#224; la fonction de l'&#233;diteur, &lt;i&gt;&#171; celui sans lequel les textes ne deviendraient jamais des livres &#187;&lt;/i&gt;, son estime pour les &#233;diteurs de chair et d'os est beaucoup plus nuanc&#233;e. M&#234;me s'il reconna&#238;t &#224; des personnages comme Joseph Panckoucke ou Louis Hachette d'incontestables qualit&#233;s d'entrepreneurs, &#224; d'autres un courage certain : &#201;tienne Dolet, qui fut br&#251;l&#233; vif, Les &#233;ditions de Minuit, n&#233;es de la r&#233;sistance, et quelques autres, il ne peut que constater, tout au long de cette histoire de l'&#233;dition, l'all&#233;geance constante des &#233;diteurs aux pouvoirs en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#224; la fin de l'Empire : &lt;i&gt;&#171; Les imprimeurs et les libraires accueillaient Louis XVIII avec une ferveur identique &#224; celle qu'ils avaient mise &#224; c&#233;l&#233;brer le culte de l'empereur d&#233;chu. &#187;&lt;/i&gt; Et ult&#233;rieurement : &lt;i&gt;&#171; M&#234;me si Maurice Lach&#226;tre, Pierre Larousse et quelques autres s'&#233;cartent de ce mod&#232;le, les instances corporatives, Cercle de la Librairie, depuis 1847, puis Syndicat national de l'&#233;dition &#224; partir de 1891, collaboreront g&#233;n&#233;ralement sans &#233;tat d'&#226;me avec les pouvoirs publics. Le r&#233;tablissement de la censure, en ao&#251;t 1914 puis en septembre 1939, ne posera pas plus de probl&#232;me que le maintien du corps des commissaires-inspecteurs de la Librairie n'en avait soulev&#233; de 1811 &#224; 1881. Habitu&#233;s depuis Fran&#231;ois Ier &#224; ob&#233;ir ou &#224; se plier aux injonctions du pouvoir politique, les professionnels avaient d&#233;velopp&#233; un &#171; habitus &#187; de servilit&#233; &#224; l'&#233;gard de celui-ci qui p&#232;sera lourd quand l'heure sera venue d'accepter ou de refuser le diktat des autorit&#233;s d'occupation allemande. &#187;&lt;/i&gt; All&#233;geance au pouvoir qui peut devenir franchement r&#233;actionnaire en temps de troubles : &lt;i&gt;&#171; Lors de la Commune de Paris, la plupart des &#233;diteurs quitt&#232;rent la ville et particip&#232;rent sans &#233;tat d'&#226;me au lynchage m&#233;diatique qui suivit son &#233;crasement&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; l'oppos&#233;, les ouvriers typographes furent d'ardents propagateurs des id&#233;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;. &#187;&lt;/i&gt; Quant &#224; leur attitude au cours de la derni&#232;re guerre, elle est sans ambigu&#239;t&#233; : &lt;i&gt;&#171; Tous avaient expurg&#233; leurs catalogues avant m&#234;me que les Allemands ne les y invitent &#187;&lt;/i&gt;, &#224; l'exception unique de Mlle Boiteau, g&#233;rante de la librairie Payot de Paris, qui refusa de confier sa liste aux autorit&#233;s d'occupation. Mais tous les autres, Bernard Grasset en t&#234;te qui se flattait que dans sa g&#233;n&#233;alogie &lt;i&gt;&#171; si haut que l'on remonte dans les deux branches, on ne peut trouver un juif ou une juive &#187;&lt;/i&gt;, devanc&#232;rent la censure nazie. On sait que non seulement ils ont licenci&#233; leurs personnels juifs sur ordre des Allemands&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le cas le plus connu est celui de Jacques Schiffrin (l'inventeur de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais aussi qu'ils se sont livr&#233;s au pillage en r&#232;gle des &#233;ditions Calmann-L&#233;vy, ferm&#233;es par l'occupant pour cause de jud&#233;it&#233; de leur propri&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;diteur d&#233;couvreur de talents, intellectuel passionn&#233; de litt&#233;rature, est une image d'&#201;pinal qui, si elle n'est pas sans aucun fondement, subit tout de m&#234;me de s&#233;rieuses retouches au cours de cette &#171; autre histoire de l'&#233;dition &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Jean P&#233;r&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple, &#171; Censure et &#233;dition sous l'Ancien R&#233;gime &#187; ou &#171; Le si&#232;cle des dictionnaires &#187; &#224; propos du XIXe si&#232;cle&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En un si&#232;cle o&#249; le fran&#231;ais &#233;tait une langue mondiale (cf. Pascale Casanova, &lt;i&gt;La langue mondiale&lt;/i&gt;, Le Seuil, 2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; l'oppos&#233;, les ouvriers typographes furent d'ardents propagateurs des id&#233;es r&#233;volutionnaires de la Commune de Paris, comme en t&#233;moigne un livre r&#233;cent : &lt;i&gt;Bataillons de typographes (1870-1871). De la casse au fusil&lt;/i&gt;, de Bernard Boller, L'&#233;carlate, Orl&#233;ans, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le cas le plus connu est celui de Jacques Schiffrin (l'inventeur de la collection &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187;) auquel son licenciement fut signifi&#233; par une note &#233;crite, sans m&#234;me un entretien, par Gaston Gallimard qui ne l'a jamais d&#233;dommag&#233; ni m&#234;me recontact&#233; apr&#232;s la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;dition lamin&#233;e (entretien avec Fran&#231;ois Maspero)</title>
		<link>https://www.acrimed.org/L-edition-laminee-entretien-avec-Francois-Maspero</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/L-edition-laminee-entretien-avec-Francois-Maspero</guid>
		<dc:date>2015-05-19T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Lire - &#233;couter - voir</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un entretien avec Bertrand Leclair, paru dans &lt;i&gt;La Quizaine Litt&#233;raire&lt;/i&gt; en mars 2006.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Edition-" rel="directory"&gt;&#201;dition&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Lire-ecouter-voir-+" rel="tag"&gt;Lire - &#233;couter - voir&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un mois apr&#232;s la mort de Fran&#231;ois Maspero, &#224; qui &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article4636.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;nous avions rendu hommage&lt;/a&gt;, nous publions un entretien de l'&#233;diteur avec Bertrand Leclair paru dans &lt;i&gt;La Quinzaine litt&#233;raire&lt;/i&gt; en mars 2006 (n&#176;919, du 16 au 31 mars 2006). Fran&#231;ois Maspero y revient sur les inqui&#233;tantes &#233;volutions du monde de l'&#233;dition, qu'il s'agisse des processus de concentration ou des difficult&#233;s auxquelles sont confront&#233;es les &#233;diteurs ind&#233;pendants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous remercions &lt;i&gt;La Quinzaine litt&#233;raire&lt;/i&gt; de nous avoir autoris&#233;s &#224; reproduire ce texte (Acrimed).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Du mouvement de la main vers la feuille blanche au sourire du lecteur ravi de quitter sa librairie en emportant un livre prometteur, Fran&#231;ois Maspero a une connaissance exceptionnelle de l'univers du livre. &#201;crivain et traducteur, auteur d'une vingtaine d'ouvrages depuis la parution du Sourire du chat en&lt;br class='autobr' /&gt;
1984&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il a publi&#233; en mars 2006 Le Vol de la m&#233;sange et L'Ombre d'une photographe, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, longtemps membre du comit&#233; de r&#233;daction de &lt;i&gt;La Quinzaine litt&#233;raire&lt;/i&gt;, il a d'abord &#233;t&#233; libraire et &#233;diteur. Dans la continuit&#233; d'un article publi&#233; en avril 2005 et intitul&#233; &#171; Main basse sur l'&#233;dition &#187;, qui rendait compte du &lt;i&gt;Contr&#244;le de la parole&lt;/i&gt; d'Andr&#233; Schiffrin, il a accept&#233; de revenir ici sur les &#233;volutions redoutables de l'univers des livres.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Vous avez &#233;t&#233; libraire de 1954 &#224; 1975, et &#233;diteur de 1959 &#224; 1982. Historiquement marqu&#233;e par vos engagements, la maison d'&#233;dition que vous avez fond&#233;e, devenue ensuite La D&#233;couverte, a &#233;t&#233; rachet&#233;e par Vivendi, il y a quelques ann&#233;es. Elle fait donc aujourd'hui partie d'&#201;ditis, pass&#233; sous la coupe du Wendel Investissement, que dirige le baron Seilli&#232;re.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai cess&#233; d'&#234;tre libraire il y a trente ans, &#233;diteur il y a vingt-deux ans. C'est-&#224;-dire qu'aujourd'hui, ceux qui se disent mes successeurs ont dirig&#233; leur maison plus longtemps que je ne l'avais fait. Ils ont cr&#233;&#233; leur propre identit&#233;, qui, forc&#233;ment, n'a rien &#224; voir avec la mienne, peut-&#234;tre plus forte que ne l'&#233;tait la mienne. Ce n'est pas un jugement de valeur, mais &#231;a me d&#233;pla&#238;t quand on se pr&#233;sente comme mes &#171; h&#233;ritiers &#187; (en principe, on n'h&#233;rite que des morts), d'autant que les conditions de l'&#233;dition ont consid&#233;rablement &#233;volu&#233;. J'&#233;tais, &#224; l'image de Jos&#233; Corti, l'un des derniers libraires-&#233;diteurs : malgr&#233; la distance d'un si&#232;cle, plus proche des techniques utilis&#233;es au temps de Balzac que de celles qui ont cours dans l'&#233;dition telle que se l'est appropri&#233;e le baron Seilli&#232;re. Ce bouleversement, plus rapide qu'aucun de ceux qui ont pr&#233;c&#233;d&#233;, a commenc&#233; dans les ann&#233;es 1960, lorsque la maison Plon a &#233;t&#233; rachet&#233;e par des capitaux bancaires : on peut dater de l&#224; le moment o&#249; des investisseurs ext&#233;rieurs ont commenc&#233; &#224; entrer directement dans l'&#233;dition. &#192; l'&#233;poque, l'&#233;dition restait un milieu extr&#234;mement ferm&#233;. Une multitude de maisons &#233;taient n&#233;es en 1945, parmi lesquelles Minuit, n&#233;e dans la R&#233;sistance et poursuivie par J&#233;r&#244;me Lindon, Seghers, Laffont, ou Julliard, mais beaucoup avaient rapidement disparu, et il a fallu attendre 1968 pour voir surgir un nouveau type d'&#233;diteurs, li&#233;s &#224; un v&#233;ritable projet de soci&#233;t&#233;, par exemple les &#233;ditions Des femmes, mais dont la plupart ont &#233;t&#233; marginalis&#233;s ou r&#233;cup&#233;r&#233;s au fil du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des diff&#233;rences notables li&#233;es &#224; cette intrusion du monde des affaires dans l'&#233;dition, c'est qu'il n'&#233;tait jamais question, dans la presse, de tous ces mouvements de cadres qui occupent d&#233;sormais une ou deux pages des suppl&#233;ments litt&#233;raires, chaque semaine, pour nous apprendre, ce dont tout le monde se contrefiche, que Mme ou M. Duchemole a quitt&#233; les &#233;ditions Machin pour rejoindre les &#233;ditions Truc. La premi&#232;re fois que ma maison a &#233;t&#233; d&#233;sign&#233;e en tant que telle dans la presse, c'&#233;tait en f&#233;vrier 1960 : &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; titrait en une qu'un &#171; livre publi&#233; chez Maspero &#187; venait d'&#234;tre interdit. Je me suis dit : &#171; Tiens ! Chez Maspero &#187; comme si j'avais toujours exist&#233; ! (Il s'agissait de &lt;i&gt;L'An V de la r&#233;volution alg&#233;rienne&lt;/i&gt;, de Franz Fanon, ndlr.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;La premi&#232;re tentation, lorsqu'on vous interroge, serait de constater que l'itin&#233;raire d'&#233;diteur qui a &#233;t&#233; le v&#244;tre ne serait plus possible aujourd'hui. &#192; la r&#233;flexion, pourtant, mieux vaudrait dire que ce type d'itin&#233;raire n'est jamais possible, qu'il est n&#233;cessairement hors norme, en butte &#224; tous les &#233;cueils de l'&#233;tablissement, de la pens&#233;e dominante.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, je pense que n'importe qui pouvait faire ce que j'ai fait &#224; l'&#233;poque, &#224; condition d'avoir un peu d'argent ; mon investissement pour ouvrir la librairie repr&#233;sentait le co&#251;t d'un appartement (avant la flamb&#233;e immobili&#232;re !), et la librairie m'ayant donn&#233; pignon sur rue a facilit&#233; la cr&#233;ation de la maison d'&#233;dition. Jamais un investisseur du type Lagard&#232;re, Messier, Seilli&#232;re et autres, n'aurait mis un centime dans ma maison ; celle-ci a tenu le coup gr&#226;ce &#224; des amis, pour beaucoup les auteurs eux-m&#234;mes. &#199;a avait au moins le m&#233;rite de la clart&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, aujourd'hui, m&#234;me si les conditions ont compl&#232;tement chang&#233;, on peut encore cr&#233;er une maison d'&#233;dition avec peu. Un des gros probl&#232;mes, en 1959, c'&#233;tait la diffusion-distribution. Il n'existait aucune structure. Le seul &#233;diteur qui a &#233;t&#233; int&#233;ress&#233; c'&#233;tait Pierre Seghers qui poss&#233;dait avec des Belges l'Intercontinentale du livre, mais, tr&#232;s vite, apr&#232;s avoir re&#231;u un coup de t&#233;l&#233;phone de la pr&#233;fecture, il m'a annonc&#233; qu'il ne pouvait pas diffuser la revue &lt;i&gt;Partisans&lt;/i&gt;. Je lui ai mis mon poing dans la figure, ce qui n'&#233;tait pas tr&#232;s malin, mais enfin&#8230; Ensuite il nous a fallu nous diffuser nous-m&#234;mes. Jean-Philippe Bernigaud, qui avait le sens de l'organisation dans l'improvisation la plus compl&#232;te, a tenu seul sur ses &#233;paules, pendant dix ans, tout ce qui relevait de la diffusion, des contacts avec les libraires, des envois... Aujourd'hui il y a encore des &#233;diteurs tr&#232;s s&#233;rieux qui travaillent de cette fa&#231;on, en ma&#238;trisant toute la cha&#238;ne, Claire Paulhan par exemple, mais c'est devenu rare. Il s'est cr&#233;&#233; des organismes de diffusion-distribution d'une telle ampleur qu'ils sont au contraire demandeurs d'&#233;diteurs &#224; distribuer &#8211; le fait qu'ils les distribuent tr&#232;s mal &#233;tant une autre question. Schiffrin a tr&#232;s bien analys&#233; qu'en s&#233;parant radicalement l'entreprise diffusion de l'entreprise &#233;dition, on pouvait se faire un maximum de fric avec la premi&#232;re, quitte &#224; jeter la seconde d&#232;s qu'elle s'essouffle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Vous avez publi&#233; dans &lt;i&gt;La Quinzaine&lt;/i&gt; un compte-rendu du livre d'Andr&#233; Schiffrin, &lt;i&gt;Le Contr&#244;le de la parole&lt;/i&gt;, qui a marqu&#233; les esprits, mais qui n'est pas r&#233;jouissant...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que dit Schiffrin, c'est que, si vraiment des investisseurs de fonds de pension, ou des marchands d'armes, ou des fabricants de parfums demandent &#224; l'&#233;dition des rentabilit&#233;s de 10 et 15 % ou plus, on ne voit pas comment les &#233;diteurs peuvent y parvenir, ou on ne le voit que trop. Autrefois, les grosses maisons s'arr&#234;taient &#224; leurs quelques actionnaires ; elles avaient chacune une personnalit&#233;. Gallimard, ce n'&#233;tait pas Grasset. Les maisons, pour bourgeoises qu'elles &#233;taient, n'appartenaient pas, comme c'est d&#233;sormais le cas pour la plupart d'entre elles, &#224; une holding comptant dix, quinze ou vingt maisons d'&#233;dition r&#233;duites souvent &#224; l'&#233;tat de &#171; label &#187;, et contr&#244;lant &#233;galement des cha&#238;nes de m&#233;dias. Ce sont les quatre ou cinq grands acteurs dont parle Schiffrin qui contr&#244;lent la parole de bout en bout, de l'&#233;dition d'un livre &#224; son traitement m&#233;diatique, qui peuvent cr&#233;er de toutes pi&#232;ces des &#171; &#233;v&#233;nements &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand La D&#233;couverte, par exemple, publie Jos&#233; Bov&#233; et que son propri&#233;taire de l'&#233;poque, Jean-Marie Messier, s'en dit tr&#232;s content, on peut aussi bien se f&#233;liciter du lib&#233;ralisme &#171; postmoderne &#187; des gros d&#233;tenteurs du fric que se poser des questions sur le sens d'une com&#233;die o&#249; tout se vaut tant que le fric rentre. En fait, l'univers de l'&#233;dition, dans les maisons importantes, prend le pli de toutes les entreprises, avec &#224; leur sommet de plus en plus de gestionnaires qui ne s'int&#233;ressent pas au contenu de ce qu'ils publient. Ce serait d'ailleurs int&#233;ressant d'&#233;tablir un de ces &#171; ratios &#187; dont ils ont le secret en rapportant le nombre toujours croissant d'entr&#233;e de technocrates dans l'&#233;dition au nombre &#233;galement croissant de d&#233;p&#244;ts de bilan, d'absorptions, de reprises, de fusions, de plans sociaux, etc., de maisons dont la qualit&#233; du fonds semblait garantir la p&#233;rennit&#233;. On a vu &#231;a aux &#233;ditions du Cerf, ou a vu &#231;a aux Presses universitaires, et ailleurs... Il y a certes encore, et heureusement, des responsables qui se passionnent pour la litt&#233;rature et la connaissance (et c'est toujours apparemment le cas de La D&#233;couverte), mais le nombre de cadres qui ne survivent que parce qu'ils savent se construire et cultiver leur &#171; carnet d'adresses &#187; selon les canons modernes de la &#171; Com &#187;, et en t&#226;chant de flinguer tout ce qui bouge dans le bureau voisin, est de plus en plus grand. Comme partout, les gens ont tout le temps peur de perdre leur boulot, et beaucoup ont raison d'&#234;tre particuli&#232;rement inquiets : les pr&#233;parateurs de copie ou les correcteurs, par exemple. Il n'y a plus que quelques grandes maisons traditionnelles pour employer des pr&#233;parateurs, qui sont pourtant les derniers garants de la langue ; leur disparition, catastrophique en terme de qualit&#233;, est facilement consid&#233;r&#233;e comme n'ayant pas d'incidence au plan du marketing.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Le paradoxe, c'est que devenir &#233;diteur semble de plus en plus facile. De nouvelles maisons se cr&#233;ent r&#233;guli&#232;rement, et certaines publient avec bonheur ce que les grands &#233;diteurs ne sont plus capables d'assumer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Facile de d&#233;buter. Tr&#232;s dur de tenir le coup. Schiffrin lui-m&#234;me est publi&#233; dans une petite maison d'&#233;dition, La Fabrique, qui a une tr&#232;s forte personnalit&#233;. Il est d&#233;sormais ais&#233; de se mettre devant un ordinateur, d'utiliser la PAO, et de sortir dix livres par an, qui seront d'excellente qualit&#233;, qui seront la traduction d'une authentique originalit&#233;. Cette facilit&#233; peut bien s&#251;r aussi favoriser le n'importe quoi, mais certains font des choses formidables. La Fosse aux ours, par exemple, qui fait des livres intelligents et soign&#233;s, en publiant en particulier Rigoni Stern, auquel les grosses maisons fran&#231;aises ne s'&#233;taient gu&#232;re int&#233;ress&#233;es. Ou Agone, &#224; Marseille, o&#249; je retrouve un esprit de remise en cause sans concession, comme une bouff&#233;e d'air frais. Ou Verdier, ou l'Aube. Ou encore, parmi des centaines d'autres, les &#233;ditions du Sansonnet, bas&#233;es dans le Nord-Pas-de-Calais, qui font un travail remarquable sur l'histoire des quartiers, sur la m&#233;moire ouvri&#232;re. Mais cet espace est d'une fragilit&#233; terrible. Les grands pr&#233;dateurs r&#244;dent constamment. Apr&#232;s tout, il y a l&#224; pour eux un formidable vivier. C'est darwinien. Je trouve &#231;a d'autant plus path&#233;tique que ces &#233;diteurs-l&#224; sont des passionn&#233;s. J'ai de l'admiration pour eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Peut-on dire que cela vous rend moins alarmiste que Schiffrin ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, je ne le suis pas moins. Simplement, je trouve magnifique qu'il y ait tant de passionn&#233;s pour s'acharner, penser que le livre peut encore s'inscrire au c&#339;ur de la vie. Jusqu'&#224; l'&#233;poque de la guerre d'Alg&#233;rie, pour ce qui me concerne, le livre &#233;tait un m&#233;dium, parmi d'autres. Avec les revues, &#224; l'&#233;poque beaucoup plus importantes, il avait sa place parmi les instruments d'information qu'&#233;taient le journal, la radio, la t&#233;l&#233;vision. Il &#233;tait un instrument d'information &#224; part enti&#232;re ; aujourd'hui il n'est plus qu'un compl&#233;ment d'information, dans le meilleur des cas. Ou un objet de divertissement. Ou un instrument de promotion. En tout cas, il n'existe plus que par m&#233;dias interpos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Pouvez-vous, en &#233;cho &#224; l'enqu&#234;te que nous menons dans ce num&#233;ro, nous parler de votre attachement &#224; &lt;i&gt;La Quinzaine litt&#233;raire&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est total.&lt;i&gt; La Quinzaine&lt;/i&gt; est arriv&#233;e dans un moment d'effervescence intellectuelle ; beaucoup de chercheurs pensaient qu'ils &#233;taient en train de construire des instruments conceptuels susceptibles de modifier la connaissance de la soci&#233;t&#233; de la pens&#233;e, et le besoin &#233;tait manifeste d'un lieu o&#249; faire le point sur cette interdisciplinarit&#233;, dans une v&#233;ritable exigence litt&#233;raire. C'est ce qu'a apport&#233; &lt;i&gt;La Quinzaine&lt;/i&gt;, qui ne se contentait pas d'annoncer les livres, mais permettait aux gens qui publiaient de se confronter et d'aller plus loin. Ce qui avait &#233;t&#233; d&#233;j&#224; esquiss&#233; avec l'exp&#233;rience formidable du passage de la revue Les Lettres nouvelles au rythme hebdomadaire, exp&#233;rience vou&#233;e &#224; l'&#233;chec, mais qui nous avait passionn&#233;s, dans la librairie. Aujourd'hui, s'il y a un adjectif qui peut &#234;tre employ&#233; au sujet de &lt;i&gt;La Quinzaine&lt;/i&gt;, c'est &#171; unique &#187;. Quel autre journal o&#249; trouver une r&#233;flexion sur la litt&#233;rature ? C'est un guide formidable, o&#249; l'on apprend beaucoup, ce qui est tr&#232;s rare dans la presse fran&#231;aise : la notion de compte-rendu existait dans les revues, mais elle existe peu dans les journaux. Le compte-rendu, c'est-&#224;-dire le fait de rendre compte &#8211; il n'y a pas d'autre mot &#8211; de ce qu'il y a dans un livre, c'est l'apport de &lt;i&gt;La Quinzaine&lt;/i&gt;, m&#234;me si, &#233;videmment, on n'est pas toujours d'accord avec l'ensemble des collaborateurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il a publi&#233; en mars 2006 &lt;i&gt;Le Vol de la m&#233;sange&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;L'Ombre d'une photographe&lt;/i&gt;, sur Gerda Taro, aux &#233;ditions du Seuil.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

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