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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Les Pin&#231;on-Charlot et les m&#233;dias : &#224; propos du documentaire &#192; demain mon amour </title>
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		<dc:date>2022-04-02T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Daur&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Documentaires</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien avec le r&#233;alisateur Basile Carr&#233;-Agostini.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Des-presentations-de-films-" rel="directory"&gt;Des pr&#233;sentations de films&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Documentaires-+" rel="tag"&gt;Documentaires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L113xH150/arton6465-046d1.jpg?1776676575' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un documentaire au plus pr&#232;s des sociologues Monique et Michel Pin&#231;on-Charlot est sorti en salle le 9 mars : &lt;a href=&#034;https://jour2fete.com/film/a-demain-mon-amour/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&#192; demain mon amour&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Nous nous sommes entretenus avec le r&#233;alisateur, Basile Carr&#233;-Agostini, sur les diff&#233;rents aspects du film qui concernent la critique des m&#233;dias.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_13344 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH666/a_demain_mon_amour-747e7.jpg?1776676576' width='500' height='666' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Acrimed : La question des m&#233;dias et de leur critique jalonne &lt;i&gt;&#192; demain mon amour&lt;/i&gt;, est-ce un choix conscient au-del&#224; du souci de refl&#233;ter les pr&#233;occupations et la pratique des Pin&#231;on-Charlot ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Basile Carr&#233;-Agostini :&lt;/strong&gt; Oui, absolument. Mais avant m&#234;me de parler pr&#233;cis&#233;ment du film, je pense pouvoir affirmer que le geste documentaire est en soi une forme de r&#233;sistance au bruit permanent qu'imposent les m&#233;dias dominants, et ce d'autant plus quand les productions sont destin&#233;es au calme des salles de cin&#233;ma. Mon documentaire est aussi un film sur deux sociologues, deux chercheurs, qui ont pass&#233; une vie de labeur &#224; produire de la connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin du fracas m&#233;diatique, dans leur travail scientifique au CNRS, ils ont cependant, surtout &#224; la retraite, d&#233;cid&#233; de prendre la parole pour offrir au plus grand nombre le fruit de leur recherche, d'une part en &#233;crivant des livres plus accessibles et d'autre part en allant en parler &#224; la t&#233;l&#233;vision et &#224; la radio. Petite anecdote &#224; ce propos : c'est Pierre Bourdieu lui-m&#234;me qui, dans la cour du Coll&#232;ge de France, a f&#233;licit&#233; Monique et Michel Pin&#231;on-Charlot : &#171; &lt;i&gt;J'appr&#233;cie la fa&#231;on dont vous arrivez &#224; travailler avec les m&#233;dias, je vous &#233;coute &#224; la radio. Vous arrivez vraiment &#224; faire passer la sociologie !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monique a pris cette injonction du &#171; ma&#238;tre &#187; tr&#232;s &#224; c&#339;ur, ce n'&#233;tait pourtant pas dans son temp&#233;rament, et j'ai pu la filmer de nombreuses fois en train de se pr&#233;parer &#224; affronter des plateaux g&#233;n&#233;ralement hostiles. Il fallait la r&#233;conforter quand elle en revenait, apr&#232;s s'&#234;tre retrouv&#233;e seule face &#224; des contradicteurs lib&#233;raux unis pour la d&#233;cr&#233;dibiliser ; &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/C-l-hebdo-France-5-censure-et-concert-de-chiens&#034;&gt;un article d'Acrimed&lt;/a&gt; d&#233;nonce les manipulations de montage dont la parole de Monique a &#233;t&#233; victime dans une &#233;mission de France 5, comme si le d&#233;s&#233;quilibre flagrant du plateau ne suffisait pas. Dans ces moments, Monique vit la sociologie comme un vrai sport de combat. Aujourd'hui c'est plus simple, elle n'est presque plus invit&#233;e dans les grands m&#233;dias depuis le d&#233;but du quinquennat d'Emmanuel Macron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parler du film, au tournage comme au montage, une de mes obsessions &#233;tait bien de d&#233;noncer la fiction dans laquelle je consid&#232;re que les m&#233;dias dominants nous font vivre. Ainsi, si je suis entr&#233; dans la chambre de Monique et Michel pour les filmer, ce n'est pas par voyeurisme, mais bien pour mesurer la diff&#233;rence entre le r&#233;el que nous avions v&#233;cu ensemble la journ&#233;e, par exemple lors d'une mobilisation sociale, et le traitement m&#233;diatique dans le JT du soir. Ma chance de cin&#233;aste est que leur grande t&#233;l&#233;vision est au pied du lit. Ainsi, le message est clair d&#232;s le premier dialogue du film, on entend Monique dans la p&#233;nombre de la chambre dire &#224; son mari : &#171; &lt;i&gt;Oh j'ai la flemme, c'est toi qui vas &#233;teindre la t&#233;l&#233;&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Il &#233;teint la t&#233;l&#233; mais la lecture studieuse du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; semble &#234;tre un rituel quotidien chez les deux sociologues. L'objectif est-il d'&#171; &#233;teindre &#187; les m&#233;dias dominants, voire de faire comme s'ils n'existaient pas, ou plut&#244;t de les combattre r&#233;solument, frontalement, comme Monique le conseille &#224; deux Gilets jaunes venus chez elle pour discuter de l'attitude &#224; adopter sur les plateaux t&#233;l&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B.C.-A. :&lt;/strong&gt; Monique et Michel ont un rapport intime avec le journal &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, ils le d&#233;coupent, l'annotent, en discutent tous les deux. Pour eux, ce journal est une mine d'informations, malgr&#233; ses orientations. Comme intellectuels, ils sont actifs &#224; sa lecture, identifient les signatures, essaient de rep&#233;rer les &#233;volutions d'un discours au fil des mois. Ils sont tr&#232;s organis&#233;s, leur grenier est rempli de cartons th&#233;matiques qui regroupent des coupures de presse. De plus, l'avantage du collectif que constitue leur couple fait qu'ils ne sont pas seuls dans leur rapport aux m&#233;dias, ils confrontent au quotidien la r&#233;ception de l'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se couper ou non des m&#233;dias dominants ? Je n'ai pas la r&#233;ponse, mais il para&#238;t essentiel, et c'est le conseil que je me donne &#224; moi-m&#234;me, de mesurer la fatigue que le bruit m&#233;diatique impose &#224; nos cerveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la sc&#232;ne du film o&#249; le salon de Monique et Michel est devenu le temps d'une apr&#232;s-midi, une cellule de communication pour les Gilets jaunes venus les interroger, il faut se souvenir de l'agression permanente que subissait le mouvement au fil des semaines. Il me semble important de mesurer la diff&#233;rence de mobilisation de la classe dominante et de ses agents m&#233;diatiques selon que le pays se trouve &#234;tre ou non en temps de crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la monteuse, Cl&#233;mence Carr&#233;, nous avons construit le montage du film &lt;i&gt;crescendo&lt;/i&gt; et ce sur diff&#233;rents objets que j'ai document&#233;s au fil de ces quatre ann&#233;es de tournage. Nous commen&#231;ons le film en parlant de violence symbolique, le continuons en sugg&#233;rant la violence fiscale des premi&#232;res mesures du gouvernement d'&#201;douard Philippe et nous finissons par documenter la violence brutale de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons construit la r&#233;flexion sur les m&#233;dias en variant les rythmes, en ma&#238;trisant au montage l'intensit&#233; de la violence m&#233;diatique, avec pour point d'orgue, au moment du mouvement des Gilets jaunes, la s&#233;quence o&#249; Michel &#233;coute Luc Ferry &#224; la radio qui appelle les policiers &#224; se servir de leurs armes sur &#171; &lt;i&gt;ces salopards d'extr&#234;me droite [&#8230;], d'extr&#234;me gauche ou des quartiers&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette s&#233;quence n'est pas le fruit d'un montage sonore a posteriori. Michel &#233;coute beaucoup de musique classique dans la journ&#233;e, je lui ai propos&#233; de se brancher sur Radio Classique peu de temps apr&#232;s un des actes de d&#233;cembre 2018 ; j'&#233;coute moi-m&#234;me cette radio pour entendre la bourgeoisie discuter dans le confort de l'entre-soi, les mots qu'on peut y entendre sont un bon moyen de se faire, sans filtre, une id&#233;e des opinions r&#233;elles de cette classe sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, &#231;a n'a pas loup&#233;. Alors, d'entendre, tout en filmant Michel replier soigneusement son propre gilet, un ancien ministre de la R&#233;publique appeler &#171; &lt;i&gt;la quatri&#232;me arm&#233;e du monde&lt;/i&gt; &#187; &#224; mettre fin &#224; un mouvement social, nous a permis de construire, je crois, une belle s&#233;quence de cin&#233;ma documentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Serait-il correct de voir le film comme une sorte d'antidote au traitement m&#233;diatique dominant des mouvements sociaux et de ceux qui les soutiennent ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B.C.-A. :&lt;/strong&gt; Le tournage m&#234;me a &#233;t&#233; pour moi un antidote au traitement m&#233;diatique que je savais que j'allais devoir supporter une fois de plus sous la pr&#233;sidence d'Emmanuel Macron. J'ai rencontr&#233; Monique et Michel Pin&#231;on-Charlot fin 2016, je leur ai propos&#233; que nous prenions le temps de vivre ensemble ce quinquennat. J'avais besoin de prendre, en tant que documentariste, la mesure des d&#233;g&#226;ts de la loi Travail et je devinais l'ampleur des mouvements sociaux &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais besoin d'&#234;tre moi-m&#234;me accompagn&#233; pour soutenir le m&#233;pris de classe qui se d&#233;complexait de mois en mois. J'ai eu envie de me poser sur le nez les lunettes de ces deux sociologues pour vivre autrement la r&#233;alit&#233; de mon pays, pas de la fa&#231;on impos&#233;e par les m&#233;dias dominants. J'ai &#233;t&#233; tr&#232;s privil&#233;gi&#233; de partager ces ann&#233;es avec Monique et Michel, ils m'ont offert des perspectives que j'ai ensuite &#224; mon tour propos&#233;es au spectateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, au fil du documentaire, mes personnages principaux disparaissent presque de certaines s&#233;quences. En effet, nous avons travaill&#233; le montage de mani&#232;re &#224; ce que le spectateur soit rapidement &#233;quip&#233; du point de vue des Pin&#231;on-Charlot, pour qu'ensuite, qu'il l'accepte ou non, il soit libre de consid&#233;rer le r&#233;el que je lui expose sans qu'il ne soit n&#233;cessaire de le commenter. C'&#233;tait important de sortir tr&#232;s vite des mots et de l'analyse, de mani&#232;re &#224; ce qu'une &#233;motion puisse na&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le cas par exemple d'une de mes s&#233;quences pr&#233;f&#233;r&#233;es du film, o&#249; je documente une intersyndicale sur le parvis de la gare d'Amiens autour de la r&#233;forme des retraites fin 2019. Le traitement du mouvement cheminot est symptomatique de la propagande m&#233;diatique depuis des ann&#233;es, le micro-trottoir &#171; preneur d'otage &#187; est devenu un marronnier. Offrir la parole, comme je le fais, &#224; ces cheminotes et cheminots, pour construire une vraie s&#233;quence de cin&#233;ma autour de la d&#233;fense du service public, t&#233;moignant du sens du devoir de ces agents, est effectivement un contrepoint tr&#232;s fort au traitement m&#233;diatique des mouvements sociaux. Les mots, les envol&#233;es, les sourires, les musiques et la solidarit&#233; que j'ai mis en image ce jour-l&#224; n'ont jamais leur place &#224; la t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une s&#233;quence o&#249; d'ailleurs des journalistes de cha&#238;nes d'info en continu sont pr&#233;sents dans l'assembl&#233;e ; j'ai conserv&#233; au montage le moment o&#249; des syndicalistes les d&#233;signent comme les chiens de garde du syst&#232;me. Ce jour-l&#224;, il y avait aussi une &#233;quipe de France 3 Picardie. J'ai voulu v&#233;rifier le soir comment eux avaient trait&#233; la journ&#233;e de mobilisation, et, bonne surprise, leur sujet &#233;tait hyper respectueux de la r&#233;alit&#233; g&#233;n&#233;reuse de la journ&#233;e. Depuis, c'est un des seuls JT que je regarde ; je ne sais pas par quel miracle, cette r&#233;daction semble raisonnablement libre. J'esp&#232;re que le fait de les mentionner favorablement chez Acrimed ne leur causera pas de tort&#8230; Je conseille en tout cas &#224; tous d'aller jeter un &#339;il &#224; cette &#233;dition r&#233;gionale disponible sur Internet.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_13345 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH282/visuel_1_a_demain_mon_amour-03791.jpg?1776676576' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Il est amplement question du mouvement des Gilets jaunes dans le film. Les Pin&#231;on-Charlot s'y sont inscrits avec enthousiasme, &#224; la fois pour l'&#233;tudier et y participer. Quel est votre regard sur le traitement m&#233;diatique &#8211; puis plus tard cin&#233;matographique &#8211; des Gilets jaunes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B.C.-A. :&lt;/strong&gt; En ce qui concerne le cin&#233;ma, je conseille vivement &#224; vos lecteurs de courir voir le documentaire d'Emmanuel Gras, &lt;i&gt;Un peuple&lt;/i&gt;, sorti deux semaines avant &lt;i&gt;&#192; demain mon amour&lt;/i&gt;. En plus d'&#234;tre un tr&#232;s beau film, c'est aussi un document pr&#233;cieux qui, j'en suis certain, sera aussi &#233;tudi&#233; par les chercheurs dans les ann&#233;es &#224; venir. Emmanuel Gras a pass&#233; presque une ann&#233;e &#224; suivre le quotidien d'un rond-point &#224; Chartres. C'est un film qui a cette qualit&#233; rare de r&#233;ussir un bel exercice de g&#233;ographie urbaine tout en d&#233;roulant une dramaturgie tr&#232;s &#233;mouvante. &#201;mouvante comme l'&#233;chec et la r&#233;pression de ce mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la t&#233;l&#233;vision, je veux remercier la b&#234;tise dont les m&#233;dias dominants ont fait preuve au d&#233;but du mouvement des ronds-points. Leur erreur de diagnostic a permis au mouvement de prendre rapidement de l'ampleur. Les cha&#238;nes d'info en continu ont pens&#233; alimenter le moulin de la pens&#233;e lib&#233;rale en donnant la parole &#224; des citoyens qu'ils croyaient anti-&#233;colo, anti-taxes, etc. Mais ce n'est malheureusement pas (pour eux) ce qui s'est pass&#233;. Pensant bien faire, ces m&#233;dias ont mandat&#233; &#224; travers la France des envoy&#233;s sp&#233;ciaux pour recueillir la d&#233;tresse et la col&#232;re de centaines de femmes et d'hommes t&#233;moignant de leurs conditions de vie. Ce qui n'arrive jamais &#224; la t&#233;l&#233;vision !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mois de d&#233;cembre 2018 est &#224; graver dans les annales de la t&#233;l&#233;vision, on a assist&#233; &#224; une irruption du r&#233;el sur le petit &#233;cran. C'est personnellement un aspect de cette p&#233;riode qui me rassure grandement en tant que citoyen, mais aussi qui conforte mon choix de consacrer ma vie au documentaire, &#224; savoir qu'il suffit que l'on sorte, ne serait-ce qu'un instant, de la fiction m&#233;diatique habituelle, que l'on prenne collectivement conscience de la r&#233;alit&#233; sociologique de ce pays, pour qu'il r&#233;agisse. Et d&#233;cide ne plus se laisser abuser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Quelle a &#233;t&#233; la r&#233;ception m&#233;diatique d'&lt;i&gt;&#192; demain mon amour&lt;/i&gt; ? On imagine mal la presse bourgeoise accueillir favorablement un film qui donne une large place aux analyses critiques de deux sociologues bourdieusiens, a fortiori quand celles-ci la concernent directement... Avez-vous observ&#233; des diff&#233;rences de traitement entre les types de m&#233;dias (g&#233;n&#233;ralistes, sp&#233;cialis&#233;s, PQR, etc.) ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B.C.-A. :&lt;/strong&gt; Il serait injuste de ma part de ne pas reconna&#238;tre que la presse &#233;crite a globalement soutenu mon film. La moyenne des notes presse d'AlloCin&#233; est de 3,5/5, c'est tr&#232;s bien pour un documentaire. D'autres films encore meilleurs que le mien n'ont pas toujours la chance d'avoir cette visibilit&#233;, je ne peux globalement pas me plaindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait le plus mal &#224; ce genre de films, c'est plut&#244;t quand ils sont totalement ignor&#233;s, ce qui a &#233;t&#233; le cas sur France Culture et dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, mais il faut croire que des documentaires qui suivent pendant quatre ann&#233;es l'intimit&#233; de sociologues dans leur travail de terrain, leurs doutes existentiels quant &#224; la violence du monde moderne, il en sort chaque semaine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux ou trois journalistes qui ont effectivement essay&#233; de moquer le film, mais c'est moins pire que le silence ; en effet, quand par exemple sur France Inter un journaliste raille le documentaire parce qu'on y voit des sociologues en cale&#231;on au r&#233;veil, il prouve son manque de s&#233;rieux. Il parle de la premi&#232;re sc&#232;ne, peut-&#234;tre n'est-il pas all&#233; plus loin que les trois premi&#232;res minutes du film dans le lien de visionnage qui lui a &#233;t&#233; envoy&#233; ? En outre, cette sc&#232;ne se passe au coucher et non au r&#233;veil, et Michel porte un slip et non un cale&#231;on&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blague &#224; part. Les spectateurs, a contrario, comprennent bien l'intention que j'ai plac&#233;e dans le fait de filmer les corps des Pin&#231;on-Charlot. Beaucoup voient le tissage fin que j'ai tent&#233; de faire entre l'implication du corps du sociologue dans ses &#233;tudes, et plus pr&#233;cis&#233;ment ceux de mes personnages, qui rappelle la violence symbolique qu'ils ont ressentie pendant leurs ann&#233;es de travail dans les beaux quartiers. D'autres comprennent l'int&#233;r&#234;t de filmer ce couple et leurs gestes de tendresse quand la violence de l'&#201;tat ou les injustices criantes les atteignent jusque dans leur chair. D'autres enfin me remercient d'avoir rendu plus humaine et accessible l'aura du chercheur, t&#233;moignant que la fragilit&#233; et l'engagement physique de mes personnages leur donnent envie de s'engager dans la lutte, et surtout les spectateurs ressentent l'int&#233;r&#234;t vital de rester curieux et ouverts au monde jusqu'&#224; leur dernier souffle.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_13346 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH282/visuel_2_a_demain_mon_amour-9d402.jpg?1776676576' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Un journaliste de la PQR &#224; Montpellier a consid&#233;r&#233; que le film &#233;tait totalement paradoxal dans son propos parce qu'il rendait compte de la vie de deux personnes r&#233;volt&#233;es, qui selon lui &#233;taient des grands bourgeois ; certainement &#224; la vue des images du confortable et lent am&#233;nagement que Monique et Michel ont fait de leur petit pavillon de banlieue sur 40 ans. Je ne saurais mieux lui conseiller que de lire un peu plus de sociologie pour &#233;viter de faire de telles erreurs de jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel des critiques &#171; critiques &#187; ont eu pour point commun de ne pas &#234;tre tr&#232;s s&#233;rieuses et parfois d'une virulence &#233;videmment gratuite. J'ai pu constater que certaines avaient &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es &#224; partir de la seule bande-annonce, qui comporte des plans ne figurant pas dans mon film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La palme de la brutalit&#233; revient au &lt;i&gt;Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;. Plut&#244;t que de ranger le film dans la case &#171; &lt;i&gt;Les films qu'on peut ne pas voir&lt;/i&gt; &#187;, ils auraient mieux fait de le classer dans une cat&#233;gorie nouvelle : &#171; Les films qu'on essaie de massacrer par r&#233;flexe id&#233;ologique &#187; ou encore &#171; Les films sur des sociologues qu'on n'a pas lus &#187;. Le journaliste se permet de qualifier les livres de Monique et Michel de &#171; &lt;i&gt;pittoresques&lt;/i&gt; &#187;, ignorant probablement que la majorit&#233; de leurs ouvrages sont tr&#232;s largement diffus&#233;s &#224; l'universit&#233;, que leurs articles ont &#233;t&#233; reconnus internationalement par leurs pairs et que notamment leur ouvrage de m&#233;thodologie &lt;i&gt;Voyage en grande bourgeoisie&lt;/i&gt; (2005, PUF) est un texte de r&#233;f&#233;rence et n'a franchement rien de pittoresque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir son article, le journaliste se permet de dire que &#171; &lt;i&gt;leurs commentaires&lt;/i&gt; &#187;, comme mon travail je suppose, &#171; &lt;i&gt;sont d'une grande pauvret&#233;&lt;/i&gt; &#187;, ce qui pourrait &#234;tre son avis bien personnel et je ne l'aurais pas relev&#233;, mais comme, tr&#232;s vulgairement, il se demande si c'est &#171; &lt;i&gt;par solidarit&#233; de classe&lt;/i&gt; &#187; que nous avons produit ce travail... Je ne peux m'emp&#234;cher d'&#234;tre interloqu&#233; par le fait qu'&#224; l'occasion d'une critique de film, le journaliste diffuse l'id&#233;e que les pauvres m&#233;riteraient une pens&#233;e pauvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crit-il ceci par... solidarit&#233; de classe ? Je l'ignore. Encore une fois, je ne saurais mieux conseiller &#224; ce journaliste &#8211; comme aux autres partageant cette inclination anti-peuple &#8211; que de lire (davantage) Pierre Bourdieu pour comprendre qu'il ne fait pas partie de la classe qu'il pense d&#233;fendre mais qu'il n'en est qu'un de ses serviteurs z&#233;l&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, il est aussi tout &#224; fait possible que ce soit moi qui fasse une erreur de diagnostic. Ce monsieur fait peut-&#234;tre effectivement partie de la grande bourgeoisie, quoique journaliste au &lt;i&gt;Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;. Peut-&#234;tre a-t-il effectivement tr&#232;s bien lu Monique et Michel Pin&#231;on-Charlot et par cet article il d&#233;cide de faire en sorte que le moins possible de spectateurs se retrouvent autour du film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a bien quelque chose que j'ai compris gr&#226;ce au travail de Monique et Michel c'est que la conscience de classe de la bourgeoisie se construit du fait d'une sociabilit&#233; mondaine quasi quotidienne qui permet &#224; cette classe de cr&#233;er un sentiment d'appartenance et donc une solidarit&#233;. &#201;crire un article destructeur, consciemment ou non, &#224; propos d'un film documentaire dont la survie en salle est surtout li&#233;e &#224; des rencontres dans les cin&#233;mas est effectivement un bon moyen de continuer &#224; nous isoler les uns des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Laurent Daur&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>BFM-TV et le journalisme politique : le n&#233;ant au carr&#233;</title>
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		<dc:date>2022-01-26T10:35:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pauline Perrenot</dc:creator>


		<dc:subject>Journalisme politique</dc:subject>
		<dc:subject>Documentaires</dc:subject>
		<dc:subject>BFM-TV</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Le service politique &#187; en s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Election-presidentielle-de-2022-" rel="directory"&gt;&#201;lection pr&#233;sidentielle de 2022&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-journalisme-politique-+" rel="tag"&gt;Journalisme politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Documentaires-+" rel="tag"&gt;Documentaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-BFM-TV-+" rel="tag"&gt;BFM-TV&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L114xH150/arton6438-ec353.png?1776733433' class='spip_logo spip_logo_right' width='114' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nombriliste &#224; souhait, englu&#233; dans ses routines, le journalisme politique tourne en rond. Inlassablement. Les coulisses, la communication, les strat&#233;gies des candidats, les sondages de la &#171; course &#187; pr&#233;sidentielle, les strat&#233;gies des coulisses... Et parce qu'il se vit au-dessus de la m&#234;l&#233;e, le journalisme politique croit int&#233;ressant de s'auto-m&#233;diatiser. C'est en tout cas ce &#224; quoi s'att&#232;le le service d&#233;di&#233; de BFM-TV, dans une s&#233;rie de podcasts d&#233;clin&#233;e d&#233;sormais sous la forme de &#171; documentaires &#187; &#224; l'antenne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quoi de pire qu'un sujet politique de BFM-TV ? Un &#171; documentaire &#187; de BFM-TV revenant sur les coulisses du sujet politique de BFM-TV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis septembre 2021, le chef du service, Philippe Corb&#233;, propose un podcast &lt;i&gt;&#171; d&#233;voilant des &#034;off&#034; des grands &#233;v&#233;nements politiques &#187;&lt;/i&gt;. Les &#171; grands &#233;v&#233;nements &#187; en question ? Ceux que la r&#233;daction aura pr&#233;alablement construits comme tels sur son antenne. Recenser les candidats figurant en titre de ces podcasts permet ainsi, sans trop de surprise, de corroborer le fort d&#233;s&#233;quilibre de la cha&#238;ne sur le terrain du pluralisme, et de confirmer ses priorit&#233;s &#233;ditoriales, comme le montre le graphique ci-dessous&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'un des &#233;pisodes ayant &#233;t&#233; consacr&#233; &#224; &#201;douard Philippe, non candidat, nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_13274 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH313/graph_service_politique-46616.png?1776733433' width='500' height='313' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Et depuis le 17 janvier, remplissage et &#171; auto-promo &#187; obligent, cette trouvaille se recycle &#224; l'antenne sous la forme d'une s&#233;rie de documentaires intitul&#233;e&#8230; &#171; le service politique &#187;. Des esprits moins chagrins pourraient entrevoir dans le mat&#233;riau r&#233;colt&#233; &#8211; au plus pr&#232;s des pratiques des stars (vieilles et en herbe) de BFM-TV &#8211; une information &#224; valeur sociologique. Et c'est en partie le cas. Sachons gr&#233; aux journalistes de nous &#233;pargner un travail d'entretien, mais n'y voyons aucune tentative d'autocritique, ni m&#234;me le d&#233;but d'une d&#233;marche r&#233;flexive : les journalistes politiques font ce qu'ils font d'ordinaire &#224; l'antenne. Autrement dit, ils se mettent en sc&#232;ne en train de&#8230; mettre en sc&#232;ne l'information. Loin d'imaginer fourbir les armes de la critique des m&#233;dias, ils en appellent &#224; la &#171; nouveaut&#233; &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lancement par Aur&#233;lie Casse, BFM-TV, 17/01 :&lt;/strong&gt; Notre nouvelle s&#233;rie, &#171; le service politique &#187; ! O&#249; l'on vous montre l'envers du d&#233;cor de la course &#224; la pr&#233;sidentielle. [&#8230;] On a choisi de vous raconter la pr&#233;sidentielle autrement. Vous allez voir l'envers du d&#233;cor, comment nos journalistes travaillent, comment ils obtiennent des informations sans tomber dans le pi&#232;ge de la communication des candidats.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si seulement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un g&#233;n&#233;rique d'anthologie dans lequel se succ&#232;dent des plans ralentis d'&#233;ditorialistes au travail/t&#233;l&#233;phone, &lt;a href=&#034;https://www.bfmtv.com/replay-emissions/ligne-rouge/le-service-politique-episode-1-revoir-l-enquete-de-bfmtv_VN-202201180016.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le premier &#233;pisode (16 minutes)&lt;/a&gt; se divise en trois parties : d'abord, un retour sur les coulisses du meeting nantais de Jean-Luc M&#233;lenchon (3'40). Ensuite, un retour sur les coulisses de l'interview d'&#201;ric Zemmour dans &#171; Face &#224; BFM-TV &#187; (5'55). Enfin, un retour sur les coulisses du d&#233;placement d'Emmanuel Macron &#224; Nice, sur le th&#232;me de la s&#233;curit&#233; (6'11)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les trois &#233;v&#233;nements se sont respectivement tenus les 16 janvier, 12 janvier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais hormis une vision plus aigu&#235; de la m&#233;diocrit&#233; des pratiques journalistiques ordinaires, on peine &#224; comprendre &#171; autrement &#187; la campagne pr&#233;sidentielle : le r&#233;cit et les angles propos&#233;s par les journalistes ne diff&#232;rent en rien du type d'information qu'ils nous livrent en direct &#224; l'&#233;cran, que ce soit &#224; travers les reportages ou les commentaires de plateau.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Jean-Luc M&#233;lenchon : 0 nuance de fond&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;La &#171; reporter politique &#187; Perrine Vasque inaugure le format. &#171; L'envers du d&#233;cor &#187; revient, pour le t&#233;l&#233;spectateur, &#224; observer la journaliste &#224; l'arri&#232;re d'une voiture, discutant avec celui qu'on imagine &#234;tre son r&#233;dacteur en chef &#8211; il n'est question que de timing &#8211;, puis &#224; l'entr&#233;e du meeting, en train de chercher l'entr&#233;e et un masque FFP2. &#171; L'information &#187;. La suite du reportage n'est qu'un d&#233;calque des productions diffus&#233;es &#224; l'antenne. Strat&#233;gie et course de petits chevaux, d'abord : &lt;i&gt;&#171; Samedi, il y a eu la candidature de Christiane Taubira. Pour l'instant, c'est toujours Jean-Luc M&#233;lenchon qui est devant &#224; gauche dans les sondages et il veut que ce soit de lui dont on parle dans les prochains jours, et pas de la candidature de Christiane Taubira. &#187;&lt;/i&gt; Puis, la journaliste revient sur le dispositif du meeting, illustr&#233; par un extrait d&#233;nu&#233; de tout fond politique, qui avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; diffus&#233; &#224; l'antenne le jour m&#234;me. Avant de commenter &#224; nouveau les objectifs strat&#233;giques du candidat &#8211; r&#233;els et/ou tels que les fantasment les r&#233;dactions : &lt;i&gt;&#171; Il faut qu'il puisse continuer &#224; inventer un r&#233;cit et puis, on se rappelle qu'en 2017, ses hologrammes, &#231;a avait tr&#232;s fortement impact&#233; l'esprit des gens. &#187;&lt;/i&gt; Et surtout occup&#233; celui des journalistes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors qu'arrive &#171; le fond &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- Voix off de Perrine Vasque :&lt;/strong&gt; Je vais voir Manuel Bompard [le directeur de campagne, NDLR] pour savoir un peu la suite. C'est-&#224;-dire que OK, il y a ce grand meeting, quelque chose d'un peu innovant, mais il faut du fond aussi. Nous, il nous faut du fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- Perrine Vasque face &#224; Manuel Bompard :&lt;/strong&gt; Vous avez entendu Hidalgo ce matin sur BFM ? Vous l'avez &#233;cout&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- Voix off de Perrine Vasque :&lt;/strong&gt; Manuel Bompard, c'est vraiment le strat&#232;ge de Jean-Luc M&#233;lenchon. En fait, il m'explique la prochaine strat&#233;gie de Jean-Luc M&#233;lenchon.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le fond &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce sera tout. La journaliste est film&#233;e pendant un direct en train de commenter la sortie du &lt;i&gt;&#171; spectacle &#187;&lt;/i&gt;, avant de signaler un &lt;i&gt;&#171; fond un peu nouveau sur l'&#233;cologie &#187;&lt;/i&gt;, dont on ne saura strictement rien&#8230; sur le fond.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;&#201;ric Zemmour : peopolisation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;S'ouvre le deuxi&#232;me reportage. Haletant. Le jeune Benjamin Duhamel se presse dans les couloirs, descend les escaliers. C'est qu'il doit rencontrer &#201;ric Zemmour dans sa loge avant la prise d'antenne. Apr&#232;s quelques &#171; bonjour &#187; &#233;chang&#233;s, soulignons l'int&#233;r&#234;t d'observer un candidat d'extr&#234;me droite en pleine s&#233;ance de maquillage qui, pr&#233;cise-t-on, est &lt;i&gt;&#171; arriv&#233; aux environs de 20h &#187;&lt;/i&gt;. &#171; Banal &#187;. Plus &#233;difiants sont les commentaires de Benjamin Duhamel analysant &#171; l'&#233;v&#233;nement &#187; en amont, et en aval. Floril&#232;ge :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;- L'enjeu pour lui, c'est d'essayer de se relancer, de remettre du charbon dans la machine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Il arrive avec Sarah Knafo, sa principale conseill&#232;re, sa compagne. Donc ce qui montre bien &#224; quel point elle est une sorte de chef d'orchestre, de tour de contr&#244;le, donc &#231;a dit la place qu'elle a dans le dispositif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Le moment fort ind&#233;niablement de cette &#233;mission, c'est le moment o&#249; &#201;ric Zemmour parle pour la premi&#232;re fois de l'importance de Sarah Knafo. &#201;ric Zemmour montre &#224; ce moment-l&#224; une facette de l'individu, et peut-&#234;tre qu'&#201;ric Zemmour consid&#232;re que cette fa&#231;on d'essayer de fendre l'armure, m&#234;me si l'expression est devenue un poncif, est une fa&#231;on aussi pour lui de d&#233;passer les caricatures, selon lui, qui sont faites de sa personnalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Sur le fond, &#201;ric Zemmour continue de faire du &#201;ric Zemmour, il sait que c'est sa planche de salut. Mais sur la forme, sur sa personnalit&#233;, il lui reste trois mois pour se faire conna&#238;tre davantage aupr&#232;s des Fran&#231;ais, c'&#233;tait sans doute aussi pour lui l'objet de cette &#233;mission.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;i&gt;&#171; Sans tomber dans le pi&#232;ge de la communication des candidats &#187;&lt;/i&gt; annon&#231;ait Aur&#233;lie Casse &#224; propos du travail des journalistes. C'est pourtant syst&#233;matiquement le cas : &#224; vouloir inlassablement verbaliser les strat&#233;gies (r&#233;elles ou suppos&#233;es) du personnel politique, les journalistes se confondent avec les candidats et leurs communicants eux-m&#234;mes. Jusqu'&#224; ce que dans certains extraits de ce reportage, les marques de distanciation disparaissent compl&#232;tement :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Benjamin Duhamel :&lt;/strong&gt; &#201;ric Zemmour, dans les sondages, il est beaucoup per&#231;u comme &#233;tant arrogant, dangereux, certains se disent carr&#233;ment inquiets. C'est pour &#231;a que ce type d'&#233;mission est absolument crucial, justement pour essayer de faire &#233;voluer ces traits d'image pour les candidats.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et au vu de ce qu'en a retenu Benjamin Duhamel, on peut dire que BFM-TV a bien servi la soupe.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Emmanuel Macron : tambouille &#224; gogo&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;C'est sensiblement la m&#234;me bouillie que nous propose Agathe Lambret, journaliste en charge de la campagne d'Emmanuel Macron, dans le troisi&#232;me et dernier volet de ce &#171; documentaire &#187;. Pr&#233;tendant r&#233;sumer l'enjeu du d&#233;placement du Pr&#233;sident &#224; Nice, elle active d'embl&#233;e le mode &#171; ventriloque &#187; : &lt;i&gt;&#171; En ce moment il est aussi dans un combat &#224; distance avec Val&#233;rie P&#233;cresse donc c'est tr&#232;s important pour lui d'imprimer sur ce sujet [la &#034;s&#233;curit&#233;&#034;, NDLR]. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s des d&#233;tails sur le dispositif de s&#233;curit&#233; mis en place par l'&#201;lys&#233;e et celui des &#233;quipes de BFM-TV&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La pr&#233;sence de deux &#233;quipes connect&#233;es, Agathe Lambert d'un c&#244;t&#233; et des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'essentiel du &#171; reportage &#187; se concentre sur la qu&#234;te de la journaliste politique : mais o&#249; est &#201;ric Ciotti ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Et donc [il n'y a] pas &#201;ric Ciotti. Vous le d&#233;plorez ? &#187;&lt;/i&gt; demande-t-elle &#224; l'attach&#233;e de presse de l'&#201;lys&#233;e (qui la tutoie). &lt;i&gt;&#171; C'est rare qu'il soit pas l&#224; &#201;ric Ciotti. [&#8230;] C'est quand m&#234;me exceptionnel &#187;&lt;/i&gt; lance-t-elle, bien d&#233;cid&#233;e &#224; ne pas l&#226;cher l'affaire : &lt;i&gt;&#171; Je suis &#233;tonn&#233;e, normalement, &#201;ric Ciotti il est toujours l&#224; non ? &#187;&lt;/i&gt; enqu&#234;te-t-elle encore aupr&#232;s d'Hubert Falco, le maire de Toulon. Mais qu'importent les retours : notre Sherlock Holmes avait d&#233;j&#224; perc&#233; &#224; jour le pourquoi du comment : &lt;i&gt;&#171; La r&#233;alit&#233; c'est qu'&#201;ric Ciotti soutient Val&#233;rie P&#233;cresse, que c'est une pi&#232;ce ma&#238;tresse de son dispositif et qu'il n'a pas envie de servir de faire-valoir au Pr&#233;sident. &#199;a montre qu'on est en campagne et que la p&#233;riode est tendue. &#187;&lt;/i&gt; Dingue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En guise de conclusion, nous aurons droit &#224; quelques extraits du discours d'Emmanuel Macron face aux &#233;lus, &lt;i&gt;&#171; sorte de grand d&#233;bat national &#187;&lt;/i&gt; nous dit sans trembler la journaliste, qui terminera son exercice de communicante &#224; coups de &lt;i&gt;&#171; le Pr&#233;sident essaye de &#187;&lt;/i&gt; et autres &lt;i&gt;&#171; il veut installer l'id&#233;e que &#187;&lt;/i&gt;. Cerise sur le g&#226;teau : une tentative de question &#224; Emmanuel Macron dans la nu&#233;e des cam&#233;ras, dont BFM-TV valorise la pertinence au point d'en diffuser la vid&#233;o : &lt;i&gt;&#171; &#199;a ressemble &#224; un programme monsieur le Pr&#233;sident ce que vous avez pr&#233;sent&#233; ? &#187;&lt;/i&gt; Hum&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Que ce soit &#224; l'antenne ou &#224; travers un &#171; documentaire &#187; r&#233;trospectif, r&#233;ussir &#224; syst&#233;matiquement d&#233;politiser le fond des enjeux politiques rel&#232;ve presque de l'exploit journalistique. Pour peu qu'il y en ait un, l'int&#233;r&#234;t de ce genre t&#233;l&#233;vis&#233; &#8211; devenu courant, en particulier &#224; l'occasion des campagnes pr&#233;sidentielles &#8211; ne r&#233;side certainement pas dans son argument de vente : &lt;i&gt;&#171; l'information autrement &#187;&lt;/i&gt;. Mais interpelle sans doute davantage pour sa valeur d'autoportrait, donnant &#224; (re)voir, &#224; travers l'expos&#233; de leurs pratiques professionnelles ultra normalis&#233;es, la mani&#232;re dont les journalistes politiques con&#231;oivent et exercent leur m&#233;tier, la fa&#231;on dont ils appr&#233;hendent &#171; l'information &#187; et comment ils se per&#231;oivent eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les&lt;/i&gt; journalistes politiques, car de BFM-TV &#224; France 2 en passant par France Inter ou RTL, les professionnels se ressemblent &#8211; sociologiquement parlant &#8211; comme deux gouttes d'eau, r&#233;pondent aux m&#234;mes contraintes, se livrent aux m&#234;mes routines, pr&#233;fabriquent leurs reportages avec les chefferies de mani&#232;re quasi analogue, posent des questions similaires et &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, d&#233;politisent l'information &#224; l'identique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interchangeables, ils vivent la politique comme un spectacle, la restituent telle un spectacle avant de la rembobiner pour le spectacle. En 2019, &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Filmer-la-misere-du-journalisme-politique&#034;&gt;le documentaire consacr&#233; &#224; la journaliste Astrid Mezmorian&lt;/a&gt; &#8211; en charge pour France 2 de la couverture de la campagne pr&#233;sidentielle d'Emmanuel Macron en 2017 &#8211; illustrait lui aussi, &#224; son insu, le naufrage du journalisme politique dominant. Et &#224; chaque fois, cette r&#233;flexion nous taraude : puisque les journalistes politiques sont &#224; ce point fascin&#233;s par les communicants, qu'ils changent de m&#233;tier. Il n'y aurait l&#224;, du reste, rien d'in&#233;dit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Pauline Perrenot&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'un des &#233;pisodes ayant &#233;t&#233; consacr&#233; &#224; &#201;douard Philippe, non candidat, nous ne l'avons pas inclus dans le d&#233;compte. Ont &#233;t&#233; rassembl&#233;s dans la l&#233;gende &#171; LR &#187; les autres candidats &#224; la primaire des R&#233;publicains.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les trois &#233;v&#233;nements se sont respectivement tenus les 16 janvier, 12 janvier et 10 janvier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La pr&#233;sence de deux &#233;quipes connect&#233;es, Agathe Lambert d'un c&#244;t&#233; et des reporters de l'autre, filmant notamment les manifestants aux abords du &#171; rassemblement r&#233;publicain &#187; dans un quartier compl&#232;tement boucl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Immersion dans le Centre de formation des journalistes</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Immersion-dans-le-Centre-de-formation-des</link>
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		<dc:date>2021-12-01T06:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Elodie Gabillard</dc:creator>


		<dc:subject>Ecoles de journalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Formation de journalistes</dc:subject>
		<dc:subject>CFJ</dc:subject>
		<dc:subject>Documentaires</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien avec les r&#233;alisateurs du documentaire &#171; En formation &#187;, Julien Meunier et S&#233;bastien Magnier.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Formations-au-journalisme-" rel="directory"&gt;Formations au journalisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Ecoles-de-journalisme-+" rel="tag"&gt;Ecoles de journalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Formation-de-journalistes-+" rel="tag"&gt;Formation de journalistes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-CFJ-+" rel="tag"&gt;CFJ&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Documentaires-+" rel="tag"&gt;Documentaires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L110xH150/arton6335-74fc1.png?1776733433' class='spip_logo spip_logo_right' width='110' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Les petits soldats du journalisme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Titre de l'ouvrage de Fran&#231;ois Ruffin (Les Ar&#232;nes, 2003). Lire la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; continuent de marcher au pas. C'est en tous cas ce qu'il ressort du documentaire &#171; En Formation &#187; : une immersion, le temps d'une ann&#233;e scolaire, dans une promotion du Centre de formation des journalistes (CFJ). S&#233;lectionn&#233; au festival &#171; Filmer le Travail &#187; de Poitiers, le film a obtenu le prix du public. Entretien avec les r&#233;alisateurs Julien Meunier et S&#233;bastien Magnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Mise &#224; jour, 01/12/21 : le documentaire sortant aujourd'hui en salles, nous republions cet entretien, paru initialement le 23 avril 2021.]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;div class=&#034;capsule-video&#034;&gt;&lt;div class=&#034;mini_capsule-video&#034;&gt; &lt;iframe title=&#034;EN FORMATION - un film de S&#233;bastien Magnier &amp; Julien Meunier - (&#8230;)&#034; src=&#034;//player.vimeo.com/video/513750482?byline=0&amp;autoplay=0&#034; width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034;&gt;&lt;/iframe&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt; &lt;!-- .capsule-video .mini_capsule-video --&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui vous a donn&#233; envie de faire ce film ? Quel rapport entretenez-vous aux m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;S&#233;bastien Magnier :&lt;/strong&gt; Petit, je me souviens avoir voulu &#234;tre journaliste, sans trop savoir ce que c'&#233;tait. J'ai toujours regard&#233; les informations ; aujourd'hui je lis plut&#244;t les journaux, j'&#233;coute la radio, tout cela m'int&#233;resse. En tant qu'usager des m&#233;dias, j'ai aussi d&#233;velopp&#233; un regard critique. &#192; la fac, j'avais un professeur qui contribuait &#224; Acrimed et je regardais l'&#233;mission de Daniel Schneidermann, Arr&#234;t sur images. &#192; force d'&#233;couter la radio, j'ai commenc&#233; &#224; me poser des questions : les journalistes racontaient tous la m&#234;me chose, parlaient tous de la m&#234;me mani&#232;re. Ils semblaient former un corps, sans individualit&#233;. J'ai voulu savoir comment ils &#233;taient form&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Julien Meunier :&lt;/strong&gt; Je me souviens que lorsque S&#233;bastien m'en a parl&#233;, c'&#233;tait il y a cinq ou six ans, &#224; un moment o&#249; je me posais pas mal de questions sur les canaux de l'information. De plus en plus de citoyens se mettaient, via les r&#233;seaux sociaux, &#224; produire de l'information. J'&#233;tais curieux de savoir ce qu'une &#233;cole r&#233;pondait &#224; cela : si, d'un c&#244;t&#233;, il y a des professionnels que l'on est cens&#233; croire, que penser de ce ph&#233;nom&#232;ne nouveau qui pousse les citoyens &#224; faire un travail de journaliste ? Quelle est la diff&#233;rence entre un journaliste form&#233; au CFJ et un individu &lt;i&gt;lambda&lt;/i&gt; qui, chez lui, avec son t&#233;l&#233;phone portable, raconte ce qui se passe au coin de sa rue, va faire un petit micro-trottoir et mettre &#231;a sur Youtube ? Je me disais qu'il y aurait quelque chose de l'ordre d'une d&#233;finition du journalisme qui allait se donner dans les cours du CFJ. Par ailleurs, je savais qu'il y avait des studios de t&#233;l&#233; et de radio dans lesquels des jeunes allaient se mettre en sc&#232;ne, imiter ce qu'ils s'imaginent du m&#233;tier de journaliste. D&#232;s lors, on a su qu'on pourrait faire un film, qu'il y aurait une mati&#232;re cin&#233;matographique, quelque chose de l'ordre de l'image qui parle d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Comment avez-vous choisi l'&#233;cole ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;S. M. :&lt;/strong&gt; Le CFJ compte parmi les &#233;coles les plus r&#233;put&#233;es - une des 14 &#233;coles reconnues par la profession - et puis, c'est &#224; Paris, l&#224; o&#249; Julien et moi habitons. C'est donc la premi&#232;re &#233;cole que nous avons d&#233;march&#233;e et ils ont imm&#233;diatement accept&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. M. :&lt;/strong&gt; Nous nous sommes pr&#233;sent&#233;s tr&#232;s simplement, en expliquant notre int&#233;r&#234;t pour l'&#233;cole, la formation des journalistes, notre envie de faire un film. Nous nous sommes rendu compte que &#231;a n'avait jamais &#233;t&#233; fait, notamment dans le documentaire de cr&#233;ation. Nous pensions que c'&#233;tait un lieu secret, que nous mettrions des mois &#224; percer. Pas du tout. Ils nous ont ouvert grand les portes de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que vous vous &#234;tes lanc&#233;s dans ce film en vous disant que vous alliez &#171; filmer l'ennemi ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;J. M. :&lt;/strong&gt; C'est une question vraiment compliqu&#233;e parce qu'en tant que citoyens, les pratiques journalistiques majoritaires ne nous conviennent pas. Mais, en tant que documentaristes, tr&#232;s naturellement, il y a eu la volont&#233; d'ouvrir le regard, de se laisser la possibilit&#233; de rencontrer autre chose que ce qu'on imaginait. Donc en pratique, on ne les a pas abord&#233;s comme des ennemis. Mais &#231;a n'emp&#234;che pas le regard critique, avant, pendant et apr&#232;s, au montage, lorsqu'on reconstruit notre regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. M. :&lt;/strong&gt; En allant filmer ces gens, il ne s'agissait pas de les juger. Nous avons adopt&#233; un point de vue de t&#233;moin. Je me souviens que beaucoup d'&#233;l&#232;ves &#233;taient m&#233;fiants et nous demandaient pour qui on travaillait. Quant &#224; la direction du CFJ, elle nous a dit : &#171; &lt;i&gt;On fait le m&#234;me m&#233;tier !&lt;/i&gt; &#187; Je pense qu'ils se sont dit que &#231;a pouvait leur faire un peu de publicit&#233;. C'est une &#233;cole priv&#233;e qui fonctionne avec des donations et les frais de scolarit&#233; des &#233;tudiants et des &#233;tudiantes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. M. :&lt;/strong&gt; Nous m&#234;me, nous &#233;tions surpris d'un tel accueil. Rien ne nous a &#233;t&#233; cach&#233;. De la part de l'&#233;cole, il y avait vraiment une volont&#233; de respecter notre travail. Nous avons pu, d&#232;s le d&#233;but du tournage, filmer le concours d'entr&#233;e et les d&#233;lib&#233;rations du jury, ce qui n'est pas anodin. Donc au moment de la rencontre, la question de l'ennemi ne se pose pas, ni m&#234;me vraiment plus tard. Mais cela ne nous emp&#234;che pas de nous inscrire en faux. Surtout au montage, parce que notre pratique de documentaristes se confronte &#224; la pratique journalistique. Nous sommes quasiment &#224; l'oppos&#233; de la pratique journalistique majoritaire. Cela nous a oblig&#233;s aussi &#224; r&#233;affirmer nos pratiques de documentaristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. M. :&lt;/strong&gt; Nous avons voulu marquer la diff&#233;rence entre le regard du journaliste et celui du documentariste ; s'inscrire contre la pratique, mais pas contre les gens. Nous restions longtemps au m&#234;me endroit, laissions tourner la cam&#233;ra, refusant de construire des personnages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. M. :&lt;/strong&gt; C'est peut-&#234;tre aussi la diff&#233;rence entre une d&#233;marche de journalistes et une d&#233;marche de documentaristes. Nous aurions &#233;t&#233; journalistes, nous aurions recueilli l'information, pos&#233; des questions, men&#233; l'enqu&#234;te. En tant que documentaristes, il nous faut quelque chose du cin&#233;ma qui nous excite ou qui nous interpelle pour pouvoir en faire un film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Ce qui m'a frapp&#233;e dans votre film, c'est que ce que vous avez choisi de nous montrer s'apparente plus &#224; une formation th&#233;&#226;trale qu'&#224; une formation de journalistes. &#192; les entendre sans cesse r&#233;p&#233;ter leurs textes, corriger leurs intonations, on finit par se demander si on n'est pas au Cours Florent. Tout semble privil&#233;gier la forme au fond : m&#234;me les rares livres que l'on aper&#231;oit servent de pieds de table ! &#192; aucun moment, nous ne voyons les &#233;tudiants et &#233;tudiantes effectuer un travail de terrain : &#234;tre &#224; la source de l'information, r&#233;aliser des entretiens, se documenter, enqu&#234;ter. Pourquoi ce choix ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;S. M. :&lt;/strong&gt; Nous n'avons pas r&#233;pondu &#224; un d&#233;sir d'exhaustivit&#233;... Mais s'ils font un travail d'enqu&#234;te, on ne l'a pas vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. M. :&lt;/strong&gt; Nous n'avons, justement, pas fait un travail de journaliste. Nous sommes all&#233;s uniquement l&#224; o&#249; nous voulions. N&#233;anmoins, il nous semble qu'il n'y a pas de cours sur l'histoire du journalisme, sur l'&#233;thique. Mais cela para&#238;t tellement extraordinaire aux spectateurs du film que je deviens de moins en moins affirmatif et me demande si on n'est pas pass&#233; &#224; c&#244;t&#233; ! C'est toujours le format qui est travaill&#233; : le format du micro-trottoir, le format du reportage. Au fond, ce que je pense, c'est que le CFJ forme les jeunes au monde du travail. Et la r&#233;alit&#233; du monde du travail, ce n'est pas l'enqu&#234;te. D'ailleurs, les deux conf&#233;rences auxquelles nous avons assist&#233;, c'&#233;tait : &#171; Comment devenir son propre employeur et fabriquer son propre m&#233;dia. &#187; C'est vraiment des questions &#171; P&#244;le Emploi &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. M. :&lt;/strong&gt; Je me souviens que lorsque les &#233;l&#232;ves arrivaient le matin, ils ou elles faisaient une conf&#233;rence de r&#233;daction mais je ne les ai jamais vu r&#233;aliser un travail d'enqu&#234;te ou d'investigation. Les &#233;l&#232;ves partaient donc faire un sujet sur un th&#232;me, pr&#233;d&#233;termin&#233; par l'actualit&#233;. Ils allaient faire semblant, et poser les m&#234;mes questions que tel ou tel journaliste lors de tel ou tel &#233;v&#233;nement. Il n'y avait pas d'enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. M. :&lt;/strong&gt; Ce qui est r&#233;v&#233;lateur c'est que quand ils revenaient avec leur sujet, les &#233;l&#232;ves n'&#233;taient jamais not&#233;s sur la qualit&#233; de l'information, mais toujours sur la forme : il fallait que &#231;a fasse tant de minutes, que l'exposition arrive au d&#233;but, que les images accompagnent bien le texte, que de temps en temps il y ait une prise de parole qui rythme l'article. Ils sont l&#224; pour apprendre l'&#233;criture journalistique, le fond n'a aucune importance. Que ce soit un salon du chocolat, la semaine de la mode ou un accident nucl&#233;aire, c'est identique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les rep&#233;rages, dans un couloir, nous avons vu plusieurs &#233;l&#232;ves effectuant des all&#233;es et venues en r&#233;citant leur br&#232;ve. Effectivement, ils auraient pu passer pour des acteurs qui r&#233;p&#232;tent leur texte. Nous, imm&#233;diatement, cela nous a fait penser &#224; une secte. La sc&#232;ne &#233;tait vraiment &#233;tonnante, et tr&#232;s cin&#233;matographique. &#192; ce moment-l&#224;, nous avons compris qu'il se passait quelque chose &#224; l'image, qu'un journaliste d&#233;butant n'avait pas la m&#234;me prosodie qu'un &#233;tudiant de deuxi&#232;me ann&#233;e et que cela allait s'entendre. Nous avons compris que leur corps et leur voix seraient des outils cin&#233;matographiques pour comprendre les questions de formats, d'&#233;criture, de pratiques journalistiques et d'int&#233;gration de ces pratiques professionnelles. Quasiment tout ce qui nous int&#233;ressait dans la question de l'information se retrouvait r&#233;sum&#233; dans ces images d'un corps ou d'un visage face &#224; un micro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. M. :&lt;/strong&gt; C'est frappant chez l'&#233;tudiant qui doit r&#233;citer sa br&#232;ve sur les migrants morts en M&#233;diterran&#233;e. Il avait une &#233;nergie incroyable, il &#233;tait hyper tendu, tr&#232;s stress&#233;, il avait envie de faire du mieux possible. Et pourtant, la r&#233;p&#233;tition dilue compl&#232;tement le drame qui se joue. On assiste &#224; une perte de sens et &#224; une distanciation par rapport &#224; la r&#233;alit&#233;. Pourtant, il avait commenc&#233; en disant &#171; &lt;i&gt;le sujet m'intimide&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. M. :&lt;/strong&gt; Ce qui semble paradoxal c'est que l'&#233;cole a conscience de cela. Elle pr&#233;tend chercher les individualit&#233;s, et surtout pas un journaliste &lt;i&gt;lambda&lt;/i&gt;. Des intervenants sont pay&#233;s pour leur apprendre &#224; respirer et sortir de cette caricature de voix journalistique. C'est comme si l'&#233;cole refusait ce formatage tout en le produisant. Il faut entrer dans le moule pour trouver du travail. Il n'est pas question de ne former que des marginaux et en m&#234;me temps, il y a un souci d'essayer d'en faire autre chose que des robots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. M. :&lt;/strong&gt; Oui, c'est assez maigre comme solution, &#231;a n'est jamais remis en question par l'&#233;cole, il n'y a pas de volont&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. M. :&lt;/strong&gt; Il n'y a pas le temps, puisque toutes les demi-heures, tu dois r&#233;diger un papier d'une minute trente. Ils n'ont pas le temps de penser...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Votre film se construit &#224; travers une succession de plans o&#249; les &#233;tudiants et les &#233;tudiantes semblent compl&#232;tement interchangeables : la cam&#233;ra se pose dans un coin du studio et les sujets d&#233;filent, ce qui donne une impression de fabrication en s&#233;rie.... Combien de promotions avez-vous film&#233;es ? Pendant combien de temps ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;S. M. :&lt;/strong&gt; Nous sommes rest&#233;s un an et avons film&#233; de mai 2015 &#224; juillet 2016. On a suivi trois promotions, m&#234;me si c'est surtout la premi&#232;re ann&#233;e qui appara&#238;t &#224; l'&#233;cran. Quant aux &#233;l&#232;ves, nous n'avions pas envie de les identifier pour justement ne pas construire des personnages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. M. :&lt;/strong&gt; Nous ne voulions pas entrer dans une narration lin&#233;aire, ni dans une psychologie ou une sociologie des futurs journalistes. On focalise &#8211; ce qui veut dire exclure beaucoup de choses &#8211; sur la pratique. Nous avons d&#233;cid&#233; de ne regarder que ce qu'ils font et non pas qui ils sont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Votre film est presque un huis-clos. Le seul moment hors de l'&#233;cole a lieu juste apr&#232;s les attentats du Bataclan et l&#224; encore, les journalistes sont tellement concentr&#233;s au m&#234;me endroit qu'ils donnent l'impression d'&#234;tre enferm&#233;s dehors. &#201;tait-ce pour vous une mani&#232;re de d&#233;noncer un entre-soi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;S. M. :&lt;/strong&gt; Nous les avons film&#233;s &#224; l'ext&#233;rieur &#224; d'autres moments mais, avec cette s&#233;quence, nous voulions marquer la diff&#233;rence entre la mani&#232;re dont ils travaillent &#224; l'&#233;cole et la confrontation avec le r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. M. :&lt;/strong&gt; Avec la s&#233;quence du Bataclan, c'est la premi&#232;re fois dans le film qu'ils sortent. Il y a une confrontation avec le r&#233;el parce qu'on les sent perdus, c'est compliqu&#233; pour eux de se retrouver face aux gens, etc. Mais il y a quand m&#234;me quelque chose de l'entre-soi aussi parce qu'autour d'eux, il y a des journalistes. Ils sont tous au m&#234;me endroit, c'est un &#233;clairage de plateau et on sent bien que tout le monde fait le m&#234;me reportage au m&#234;me moment. Il y a effectivement quelque chose du monde journalistique qui les suit dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait une s&#233;quence qu'on aimait bien, dans laquelle les &#233;l&#232;ves sortaient dans la rue pour travailler le duplex. C'&#233;tait au moment de l'attentat de Charm el-Cheikh : ils sont dehors et miment, micro en main, un duplex. Sauf qu'ils sont rue du Louvre &#224; Paris. On les entend dire : &#171; &lt;i&gt;Derri&#232;re moi, les &#201;gyptiens, la plage, les touristes russes qui partent.&lt;/i&gt; &#187; Et on voit le march&#233; du quartier, une classe d'enfants qui passe ! Cette s&#233;quence racontait vraiment comment, m&#234;me hors de l'&#233;cole, ils sont dans leur bulle et jamais dans le r&#233;el. Nous avons enlev&#233; la s&#233;quence pour des raisons de structure et de narration, mais je pense qu'on en trouve un &#233;cho dans celle du Bataclan, m&#234;me s'il s'agissait surtout ici de montrer la rupture. En t&#233;moigne cette &#233;tudiante qui, devant les lieux de l'attentat, sugg&#232;re d'interviewer des enfants. Sa proposition peut choquer, mais elle montre bien que dehors, ils sont perdus, ils sont d&#233;connect&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, nous sommes face &#224; un miroir d&#233;formant de notre pratique qui consiste &#224; rencontrer le r&#233;el : pour eux, le sc&#233;nario est d&#233;j&#224; &#233;crit, ils savent ce qu'ils veulent, ce qu'ils cherchent. Bizarrement, le r&#233;el n'est pas leur sujet. On le voit bien avec, par exemple, l'importance donn&#233;e par les intervenants &#224; l'id&#233;e de raconter une histoire, de capter l'attention &#224; travers un storytelling permanent. Ils travaillent principalement sur des tech-niques de r&#233;cit et des formats pr&#233;&#233;tablis. Et quand la singularit&#233; du r&#233;el devient incontournable, ils ne savent plus quoi en faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Pendant une heure, nous voyons ces &#233;tudiants et &#233;tudiantes d&#233;filer, se comporter &#171; en bons petits soldats &#187; pour reprendre l'expression de Fran&#231;ois Ruffin. Et arrive la derni&#232;re s&#233;quence, qui sonne un peu comme une mutinerie : soudain &#233;mergent des questionnements extr&#234;mement int&#233;ressants et m&#234;me des prises de parole touchantes. Je pense &#224; cet &#233;tudiant qui dit : &#171; &lt;i&gt;Je suis venu dans une &#233;cole de journaliste en pensant faire de l'information et je me retrouve &#224; faire de l'&#233;motion.&lt;/i&gt; &#187; Mais &lt;i&gt;quid&lt;/i&gt; des enseignants ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;S. M. :&lt;/strong&gt; La s&#233;quence de fin, ce moment o&#249; les &#233;tudiants &#233;changent autour de leurs pratiques, ce n'&#233;tait pas pr&#233;vu, ce n'est pas organis&#233; par l'&#233;cole. C'est le seul moment o&#249; nous sommes un peu intervenus parce que beaucoup d'&#233;l&#232;ves &#233;taient chamboul&#233;s et s'interrogeaient par rapport &#224; leur mani&#232;re de faire. &#199;a nous paraissait important de cr&#233;er un moment qui puisse faire &#233;merger ces discussions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. M. :&lt;/strong&gt; L'&#233;cole avait &#233;videmment conscience de la difficult&#233; de la situation. Leur r&#233;ponse consistait &#224; dire : &#171; Nous sommes l&#224; pour vous &#233;couter si vous avez des probl&#232;mes. &#187; Donc on savait qu'il y aurait des moments de discussion, mais de mani&#232;re informelle et individuelle. C'est pour cela que nous avons propos&#233; ce temps collectif. Les intervenants ne sont pas dans le montage parce que, s'ils &#233;taient pr&#233;sents, ils et elles ont eu l'intelligence de ne pas phagocyter la parole, de laisser les &#233;tudiants et les &#233;tudiantes s'exprimer. Cela a seulement &#233;t&#233; rehauss&#233; au montage pour les faire dispara&#238;tre un peu plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. M. :&lt;/strong&gt; Et puis, cette s&#233;quence, c'&#233;tait aussi l'occasion de donner la parole aux &#233;tudiants. Jusqu'ici, ils faisaient les exercices sans poser de questions. Avec le Bataclan, il y a eu rupture. Certains se seront fait eux-m&#234;mes interviewer parce qu'ils avaient un ami &#224; l'h&#244;pital et se seront retrouv&#233;s devant des journalistes tr&#232;s insistants ; d'autres auront eu tout un week-end pour regarder la t&#233;l&#233;vision, observer les pratiques de leurs a&#238;n&#233;s et les confronter avec leurs propres pratiques. Tout d'un coup, ils et elles se posent des questions. Et une parole qui n'existait pas avant, appara&#238;t. Maintenant, on ne dit pas que cette pratique journalistique va changer : on travaille un doute, tout est possible... Ils restent deux ans &#224; l'&#233;cole et apr&#232;s, ils ont toute une vie de journaliste dans diff&#233;rentes r&#233;dactions qui font que... rien n'est &#233;crit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous projet&#233; votre film au CFJ ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Le montage du film s'est termin&#233; en d&#233;cembre 2019 et en raison de la situation sanitaire, &#231;a n'a pas encore &#233;t&#233; possible. Mais nous avons tr&#232;s envie de montrer ce film, d'en discuter, de poser et r&#233;pondre aux questions. Nous croyons vraiment que &#231;a peut donner lieu &#224; des discussions profitables pour tout le monde. C'est presque quelque chose que nous souhaitons rendre &#224; l'&#233;cole qui nous a si bien accueillis, ce moment o&#249; deux pratiques se croisent et se rencontrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;i&gt;Sortie en salles pr&#233;vue &#224; l'automne 2021.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis et transcrits par &#201;lodie Gabillard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Les r&#233;alisateurs :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julien Meunier est dipl&#244;m&#233; de la facult&#233; de cin&#233;ma Censier Paris III Sorbonne Nouvelle, o&#249; il rencontre S&#233;bastien Magnier. Il part ensuite &#233;tudier la bande dessin&#233;e &#224; Angoul&#234;me puis revient au cin&#233;ma par le documentaire. Depuis 2008, il r&#233;alise des films et travaille toujours en co-r&#233;alisation. Il s'agit de sa premi&#232;re collaboration avec S&#233;bastien Magnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec &#171; En formation &#187;, S&#233;bastien Magnier, &#233;galement dipl&#244;m&#233; de la facult&#233; de cin&#233;ma Censier Paris III Sorbonne Nouvelle, r&#233;alise son premier film. Il a travaill&#233; pendant 15 ans comme documentaliste au CNC, a rejoint en 2012 la r&#233;daction du journal du festival &#171; Le cin&#233;ma du R&#233;el &#187;, qui marque sa rencontre avec le documentaire de cr&#233;ation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Titre de l'ouvrage de Fran&#231;ois Ruffin (Les Ar&#232;nes, 2003). Lire la pr&#233;sentation qu'en avait faite l'auteur &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Les-Petits-Soldats-du-journalisme-de-Francois-Ruffin-presentation-par-l-auteur&#034;&gt;sur le site d'Acrimed&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Filmer la mis&#232;re du journalisme politique</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pauline Perrenot</dc:creator>


		<dc:subject>France 2</dc:subject>
		<dc:subject>Documentaires</dc:subject>
		<dc:subject>Journalisme politique</dc:subject>
		<dc:subject>Emmanuel Macron</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos du documentaire &#171; Premi&#232;re campagne &#187; d'Audrey Gordon (2019).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Election-presidentielle-de-2017-" rel="directory"&gt;&#201;lection pr&#233;sidentielle de 2017&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-France-2-+" rel="tag"&gt;France 2&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Documentaires-+" rel="tag"&gt;Documentaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-journalisme-politique-+" rel="tag"&gt;Journalisme politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Emmanuel-Macron-+" rel="tag"&gt;Emmanuel Macron&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L110xH150/arton6340-c05f3.jpg?1776723208' class='spip_logo spip_logo_right' width='110' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le documentaire &lt;i&gt;Premi&#232;re Campagne&lt;/i&gt; (2019), Audrey Gordon suit la journaliste Astrid Mezmorian, en charge pour France 2 de la couverture de la campagne pr&#233;sidentielle d'Emmanuel Macron. Un film qui illustre, &#224; son insu, le naufrage d'un certain journalisme politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note : cet article est tir&#233; du num&#233;ro 38 de notre revue&lt;/i&gt; M&#233;diacritiques&lt;i&gt;, qu'il est encore temps &lt;a href=&#034;https://boutique.acrimed.org/m%C3%A9diacritiques-n-38.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;de commander&lt;/a&gt; !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est un petit bijou offert &#224; la critique des m&#233;dias. Un tr&#232;s bon documentaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Disponible en VOD sur la plateforme des Mutins de Pang&#233;e.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour s&#251;r, qui n'en reste pas moins (contre sa volont&#233;) une impeccable illustration des travers du journalisme. En tout cas, d'une partie d'entre eux : manipulation de l'information, mim&#233;tisme qui pr&#233;side &#224; sa fabrication, domination des chefferies &#233;ditoriales, division jusqu'&#224; l'absurde du travail, bricolage, obsession du temps court et urgence permanente, d&#233;crites comme une sorte de &#171; fatalit&#233; &#187; par ceux qui la subissent, pour le plus grand bonheur des directions m&#233;diatiques acquises &#224; la politique du &#171; faire plus avec moins &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de septembre 2016, quoique principalement centr&#233; sur les mois de mars-avril 2017, &lt;i&gt;Premi&#232;re Campagne&lt;/i&gt; suit donc la route d'Astrid Mezmorian. La journaliste ne fait alors que d&#233;buter au service politique de France 2 quand la cheffe du moment, Nathalie Saint-Cricq, lui demande de couvrir la campagne d'Emmanuel Macron. Au fil du documentaire, on replonge au c&#339;ur d'&#233;pisodes ayant jalonn&#233; la course de l'actuel pr&#233;sident : ici un meeting &#224; Bordeaux, l&#224; une op&#233;ration de communication soigneusement mont&#233;e &#224; La Mongie (cf. annexe), dans les Hautes-Pyr&#233;n&#233;es, mais aussi des d&#233;placements &#224; Oradour-sur-Glane, en Corse ou &#224; la foire de Ch&#226;lons-en-Champagne. Autant de marathons &#171; en ext&#233;rieur &#187; &#8211; o&#249; la nu&#233;e de micros et cam&#233;ras qui s'abat sur le candidat dessine comme une carapace de tortue &#8211; alternant avec d'autres marathons, tourn&#233;s cette fois &#171; en int&#233;rieur &#187;, au si&#232;ge de France T&#233;l&#233;visions.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Fabrique de la d&#233;sinformation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Si cette plong&#233;e dans le &#171; journalisme en train de se faire &#187; est donc l'objet (et l'int&#233;r&#234;t) central du documentaire, qu'on ne s'y trompe pas : la r&#233;alisatrice n'entendait pas du tout produire un r&#233;quisitoire &#224; charge sur le m&#233;tier. Reste que certaines images parlent d'elles-m&#234;mes&#8230; &#192; commencer par la sc&#232;ne d'ouverture. Dans le train pour Talence, o&#249; doit se tenir un meeting de Macron, Astrid Mezmorian alerte les deux confr&#232;res &#8211; journaliste reporter d'image (JRI) pour l'un d'entre eux &#8211; qui l'accompagnent : &#171; &lt;i&gt;&#199;a sera vraiment en mode urgence quoi. Trouver les gens, [il faut] qu'on ratisse tout.&lt;/i&gt; &#187; La consigne de la r&#233;daction est claire : trouver &#171; &lt;i&gt;des gens qui a priori veulent voter Hamon, mais face &#224; la campagne qui patine, face au risque Le Pen, face &#224; la dynamique Macron, s'interrogent, sont curieux et viennent au meeting [de Macron].&lt;/i&gt; &#187; Un sc&#233;nario pr&#233;emball&#233; depuis Paris, qu'Astrid Mezmorian va chercher &#224; plaquer sur le terrain indiqu&#233;. Non sans une certaine r&#233;serve : &#171; &lt;i&gt;Je vais limite me faire une pancarte &#8220;Y a-t-il un hamoniste dans la salle&#8221; !&lt;/i&gt; &#187; Une id&#233;e de g&#233;nie&#8230; selon l'un des confr&#232;res : &#171; &lt;i&gt;Bah oui, c'est &#231;a ! Non mais je pensais &#224; &#231;a, carr&#233;ment. &#192; l'entr&#233;e de la salle !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la pancarte fut, pour de vrai : &#171; &lt;i&gt;Cherchons hamoniste&lt;/i&gt; &#187;, dessine-t-elle au stylo-bille, en grosses lettres sur un A4. &#201;ject&#233;e d'une voiture au pied de la file d'attente du meeting, la journaliste a une demi-heure pour tourner et envoyer deux micros-trottoirs &#224; la r&#233;daction. &#171; &lt;i&gt;Bonjour, excusez-moi de vous d&#233;ranger, je suis journaliste pour France 2. On a une recherche un peu sp&#233;ciale.&lt;/i&gt; &#187; Et de continuer parmi les badauds : &#171; &lt;i&gt;En fait je cherche des gens qui a priori auraient plus envie de voter Hamon, mais qui viennent se faire une id&#233;e sur Macron. C'est votre cas ou pas du tout ?&lt;/i&gt; &#187; Peinant &#224; mettre la main sur le bon client, sorti de l'esprit de Nathalie Saint-Cricq, la journaliste s'impatiente : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a aucun hamoniste ici ?! Il n'y a personne qui veut voter Beno&#238;t Hamon ? Non ?&lt;/i&gt; &#187; Visiblement non. Quelques instants plus tard pourtant, elle croit toucher au Graal : &#171; &lt;i&gt;Mais dites-moi si je me trompe, est-ce qu'on peut r&#233;sumer votre pens&#233;e en disant que finalement, votre vote de c&#339;ur, ce serait Hamon, mais qu'avec tout ce qui se passe autour, c'est-&#224;-dire la mont&#233;e de Marine Le Pen, une certaine dynamique cr&#233;&#233;e pour l'instant par Emmanuel Macron, vous pourriez vous dire que le vote utile, c'est lui ?&lt;/i&gt; &#187; Caramba ! &#171; &lt;i&gt;Non pas du tout&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;pond l'interview&#233;. Fin de partie ? Pas vraiment. Car &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt;, le messie tombe du ciel : &#171; &lt;i&gt;J'ai vot&#233; aux primaires pour Beno&#238;t Hamon et je viens &#233;couter Emmanuel Macron parce que je crains d'&#234;tre oblig&#233; de faire un vote utile pour &#233;viter l'arriv&#233;e de Marine Le Pen au pouvoir.&lt;/i&gt; &#187; Sourire aux l&#232;vres, Astrid Mezmorian ne cache pas son soulagement : &#171; &lt;i&gt;Merci beaucoup. Merci Monsieur, c'est parfait ! C'est super !&lt;/i&gt; &#187; Et les rushs sont envoy&#233;s &#224; Paris, juste &#224; temps pour le 20h.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la t&#233;l&#233;vision, quelques minutes plus tard, la grand-messe lance le produit fini : &#171; Gauche : le doute des &#233;lecteurs socialistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sujet diffus&#233; au 20h de France 2 le 9 mars 2017.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Militants et sympathisants socialistes s'interrogent : faut-il un vote de conviction ou un vote utile ?&lt;/i&gt; &#187; demande une voix off (&#233;crite &#224; la va-vite depuis Paris) qui poursuit apr&#232;s plusieurs micros-trottoirs : &#171; &lt;i&gt;&#192; Bordeaux ce soir dans la file d'attente du meeting d'Emmanuel Macron, certains sympathisants de Beno&#238;t Hamon, curieux et ind&#233;cis.&lt;/i&gt; &#187; S'encha&#238;nent alors les deux t&#233;moignages r&#233;colt&#233;s par Astrid Mezmorian. Mais aucun indice ne permettra aux t&#233;l&#233;spectateurs de savoir que ce profil d'&#233;lecteur &#233;tait de toute &#233;vidence ultra-minoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus grave encore : ce cas flagrant de d&#233;sinformation, pour ne pas dire de manipulation, ne semble pas g&#234;ner outre mesure Astrid Mezmorian. Interrog&#233;e &#224; ce sujet sur le plateau d'Arr&#234;t sur images&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Campagne Macron 2017 : &#8220;Ma libert&#233; &#233;tait proche du n&#233;ant&#8221; &#187;, Arr&#234;t sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la journaliste botte en touche : &#171; &lt;i&gt;C'est tellement difficile une campagne au jour le jour. Il y a une injonction au renouvellement et [&#8230;] c'est difficile de faire avancer la narration, de faire vivre cette campagne aux t&#233;l&#233;spectateurs. &#201;videmment que par moment, il y a des probl&#233;matisations moins pertinentes que d'autres.&lt;/i&gt; &#187; Moins pertinentes, seulement ? En sa compagnie sur un autre plateau, cette fois sur France Inter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Quand le cin&#233;ma pose un autre regard sur la jeunesse et la politique &#187;, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'&#233;ditorialiste maison Thomas Legrand joue le soutien &#171; corpo &#187;, quoique passablement g&#234;n&#233; aux entournures : &#171; &lt;i&gt;Nos auditeurs se disent : &#8220;Ah mais alors, on fabrique l'info !&#8221; On la fabrique mais en fait, si le r&#233;dacteur en chef lui a demand&#233; &#231;a, ou si Astrid a d&#233;cid&#233; de faire &#231;a, c'est [parce qu'] on conna&#238;t tous des gens qui voulaient voter Hamon et qui se disaient &#8220;Oulala, le Front national monte [&#8230;] !&#8221; Il y avait une tendance comme &#231;a, elle a voulu l'illustrer. Alors l'illustrant, est-ce qu'elle l'accentue ? C'est notre grand d&#233;bat.&lt;/i&gt; &#187; D&#233;bat d&#233;ontologique qu'Astrid Mezmorian a tranch&#233;, sans singer l'hypocrisie de son confr&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas si absurde comme recherche. C'est absurde de trouver [les t&#233;moignages] en cinq minutes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Esprit critique, es-tu l&#224; ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Manifestement, la seule autocritique dont est capable la profession concerne le rythme effr&#233;n&#233; auquel elle est soumise. Et de fait, les temps et les formats courts imposent des contraintes dont d&#233;coulent des conditions de travail d&#233;plorables, qui ne peuvent que nuire &#224; l'information. Ce que le documentaire illustre &#224; merveille &#224; travers de nombreuses sc&#232;nes qui, soit dit en passant, devraient suffire &#224; d&#233;mystifier le m&#233;tier aux yeux de tout apprenti journaliste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi de sujets r&#233;alis&#233;s au pied lev&#233;, en voiture, ordinateur sur les genoux. Ainsi d'une sup&#233;rieure hi&#233;rarchique dictant &#224; Astrid Mezmorian des commentaires plus &#171; punchy &#187; pour son texte d'accompagnement &#8211; &#171; &lt;i&gt;Tu sais, ce n'est pas toujours sujet, verbe, compl&#233;ment hein !&lt;/i&gt; &#187; Ainsi de la panique (r&#233;elle) dans laquelle &#233;volue la journaliste, contrainte, faute de temps, de devoir presque improviser une voix off en direct du 20h, courant &#171; en cabine &#187; en pleine cacophonie, entre les incessantes sonneries de t&#233;l&#233;phone et les d&#233;comptes des secondes du JT lus &#224; haute voix&#8230; Ce marathon, Astrid Mezmorian le remet en question &#224; plusieurs reprises. Comme dans cet &#233;change avec son confr&#232;re JRI :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;- Elle : Je dis juste que c'est d&#233;s&#233;quilibrant &#233;motionnellement d'&#234;tre tout le temps dans une sorte de surchauffe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Lui : Ouais d'accord&#8230; Mais d&#233;j&#224; un, tu as plein de m&#233;tiers o&#249; tu as &#231;a. Et deux, je t'avouerais que le m&#233;tier o&#249; tu n'as aucune excitation et o&#249; l'enc&#233;phalogramme [sic] ne d&#233;passe pas les 80 pulsations minute, ben&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Elle : Excuse-moi mais l'excitation, ce n'est pas proportionnel &#224; la r&#233;flexion. Au contraire, en g&#233;n&#233;ral, plus t'es excit&#233;, et moins tu peux penser.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Plus tard dans le documentaire, au si&#232;ge de France 2, un confr&#232;re plus aguerri d&#233;barque &#224; ses c&#244;t&#233;s avant de s'avachir dans un fauteuil, pieds sur le bureau. Consignes et tempo reviennent sur la table :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;-Lui : &#199;a se passe bien ta premi&#232;re campagne ? T'es heureuse ? C'est marrant quand m&#234;me&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;-Elle : Mais oui, hyper dr&#244;le ! Moi j'adore. Hyper dr&#244;le, c'est excitant ! [Mais] il y a plein de d&#233;placements o&#249; je suivais Macron, j'avais vachement envie de lui poser des questions de fond&#8230; Et en fait, je ne pouvais pas parce que d&#233;j&#224;, t'as pas l'espace pour, et d'autre part, ce n'est de toute fa&#231;on pas ce qu'attend l'&#233;dition, vu qu'on a un angle tr&#232;s pr&#233;cis [&#8230;]. Et du coup, hop ! &#231;a passe &#224; la trappe compl&#232;tement.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais le film montre aussi comment ce semblant d'esprit critique est &#233;touff&#233; dans l'oeuf, victime du surmenage, lui-m&#234;me relativis&#233; pour faire bonne figure (&#171; &lt;i&gt;Non mais je ne me plains pas !&lt;/i&gt; &#187;), quand les contraintes ne sont pas tout bonnement int&#233;gr&#233;es et avalis&#233;es par les professionnels eux-m&#234;mes, entretenant le mythe de l'&#171; adr&#233;naline &#187;, &#224; l'origine de &#171; &lt;i&gt;l'addiction [&#8230;] dans ce m&#233;tier&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Le timing, c'est de la cuisine interne, c'est normal, on est l&#224; pour &#231;a&lt;/i&gt; &#187;, analyse un JRI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de continuer &#224; &#171; faire avec &#187;, inlassablement&#8230; quitte &#224; appliquer des consignes plus insignifiantes les unes que les autres. Alors que touche &#224; sa fin le dernier grand raout de Macron (17 avr. 2017), la journaliste en vient &#224; appeler le p&#244;le communication d'&#171; En Marche ! &#187;, faute &#8211; on le comprend &#8211; d'avoir pu photographier Vincent Lindon, pour obtenir l'image qu'attendait un certain &#171; Jeff &#187; (Wittenberg ?) &#224; France 2. Elle ironise : &#171; &lt;i&gt;&#201;coutez, c'est d&#233;cisif pour la cha&#238;ne de haute information qu'est France 2. C'est pour notre rubrique Cin&#233;ma&#8230; Non je blague !&lt;/i&gt; &#187; Avant de pester en apart&#233; : &#171; &lt;i&gt;J'ai authentiquement l'impression de bosser pour&lt;/i&gt; Gala. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand les contraintes ne d&#233;rivent pas des consignes, elles d&#233;coulent d'une autre pratique : le mim&#233;tisme. Soit faire &#224; tout prix comme les autres, &#234;tre l&#224; o&#249; sont les confr&#232;res, capter le m&#234;me son, &#233;crire les m&#234;mes choses. &#192; l'&#233;coute de France Info dans un voyage en voiture, Astrid Mezmorian entend que &#171; &lt;i&gt;Macron a fait applaudir Jupp&#233;&lt;/i&gt; &#187; lors de son meeting &#224; Talence. Et la journaliste r&#233;agit : &#171; &lt;i&gt;Ouais, c'est quand m&#234;me &#231;a le sujet&#8230; Putain, comment je vais faire !&lt;/i&gt; &#187; Jour apr&#232;s jour, une telle routine tourne &#224; la b&#234;tise : lors d'un bain de foule en Corse, on voit la journaliste tenter ardemment de se frayer une place aupr&#232;s du candidat. Il faut dire que l'enjeu est de taille : &#171; &lt;i&gt;Monsieur Macron ! Une petite question ! Napol&#233;on avait 40 ans quand il a pris le pouvoir en France, est-ce que vous esp&#233;rez battre son record ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en d&#233;finitive, &#224; entendre Astrid Mezmorian parler de son propre m&#233;tier, on comprend bien vite que le type de socialisation professionnelle auquel est confront&#233;e cette dipl&#244;m&#233;e de Sciences Po, comme la fr&#233;quentation &#8211; qu'elle revendique &#171; distanci&#233;e &#187; &#8211; des milieux favoris&#233;s qu'elle couvre, signent l'arr&#234;t de mort de tout recul critique :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;J'avais tr&#232;s peur qu'il n'y ait rien d'authentique, qu'on m'ass&#232;ne trop d'&#233;l&#233;ments de langage mais en fait, moi j'ai un peu l'impression d'aller au th&#233;&#226;tre chaque jour. Et puis je m'amuse, parce qu'il y a quand m&#234;me une dimension psychanalytique : qu'est-ce qui donne &#224; un homme l'envie d'embrasser un destin national ? Pour moi &#231;a rel&#232;ve du myst&#232;re, donc &#231;a m'attire. Et puis d'autre part, ce sont quand m&#234;me des gens lettr&#233;s, cultiv&#233;s, on apprend toujours quelque chose avec un homme politique. (France Inter, 13 avr. 2019)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; ne trouver rien &#224; redire du monopole de l'insignifiance par rapport aux sujets de fond :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[On est aux] deux derniers mois de la campagne : les programmes sont connus, on les a d&#233;cortiqu&#233;s &#224; l'antenne [sic]. Et apr&#232;s, c'est la joute verbale qui commence ! On sent qu'on arrive vers un duel in&#233;vitable, on savait qu'il y aurait Marine Le Pen au second tour et c'est vrai qu'&#224; la t&#233;l&#233;vision, mais en fait dans tous les autres m&#233;dias, [&#8230;] il y a peut-&#234;tre cette gu&#233;guerre de la petite phrase, et qu'on est peut-&#234;tre un peu trop l&#224;-dessus. Mais &#231;a fait partie de la narration de la campagne.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ou comme lorsqu'elle consid&#232;re que les communicants sont &lt;i&gt;&#171; une source d'information pr&#233;cieuse &#187;&lt;/i&gt; et se r&#233;jouit de pouvoir leur t&#233;l&#233;phoner &#171; &lt;i&gt;quand on manque d'info pour &#233;tayer et d&#233;ployer un reportage avec du fond, tout en triant les &#233;l&#233;ments de langage&lt;/i&gt; &#187;. Mis&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Sp&#233;cialit&#233;s des &#171; chefs &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&#192; sa d&#233;charge, les plus haut plac&#233;s ne rel&#232;vent pas le niveau. On se d&#233;lecte par exemple de ce coup de t&#233;l&#233;phone, au cours duquel Nathalie Saint-Cricq, alors cheffe du service politique de France 2, formule &#224; Astrid Mezmorian (alors en vadrouille) une demande urgente&#8230; et tr&#232;s inform&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Essaie de te d&#233;brouiller pour&#8230; euh&#8230; tu sais, il y a les politologues, les mecs qui disent que la cristallisation du vote, &#231;a se fait deux mois avant. Bon, bref&#8230; L&#224;, [Macron] est en t&#234;te dans les sondages, d&#233;merde-toi pour lui poser une question autour de la cristallisation parce que j'en ai besoin pour mon &#171; Mot de la semaine &#187; la semaine prochaine. [&#8230;] J'ai demand&#233; &#224; H&#233;l&#232;ne de le faire dire &#224; Hamon, il faudrait que Macron le dise aussi.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La journaliste regarde la signification de cet emprunt litt&#233;raire sur son portable, parle de Stendhal au candidat Macron dans la foul&#233;e, puis (on suppose) bricole &#224; son retour une interview tr&#232;s philosophique avec un sp&#233;cialiste du genre, ins&#232;re un extrait d'Yves Calvi sur RTL et&#8230; magie ! le sujet passe au 20h (&#171; Lexique de campagne : c'est quoi la cristallisation ? &#187;, 17 avr. 2017) :&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_12912 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH279/cristallisation-47de1.png?1776723208' width='500' height='279' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Ou encore cet extrait au cours duquel Nathalie Saint-Cricq (toujours&#8230;) raconte une m&#233;saventure &#224; ses confr&#232;res :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ils m'ont invit&#233;e &#224; &#171; C dans l'air &#187;. Je n'avais pas le droit de parler de Macron, et si je parlais de Hamon, il fallait que je dise du bien pendant le temps d'antenne. Donc au bout d'un moment je leur ai dit : &#171; Ben je vais juste fermer ma gueule, &#231;a va gagner du temps, &#231;a va &#234;tre beaucoup plus simple. &#187; Et &#224; France Inter dimanche prochain, on doit inviter des gens qui ne sont pour personne, qui ne jugent personne, mais qui parlent politique quand m&#234;me&#8230; [Elle &#233;carquille les yeux.] Tu peux prendre deux &#233;conomistes par exemple, mais ils n'ont pas le droit de se prononcer. Donc je ne sais m&#234;me pas si &#231;a va &#234;tre jouable.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quand les chefs ne prennent pas tout simplement les jeunes journalistes pour des laquais. On admirera ainsi le sympathique Gilles Bornstein, d&#233;barquant en trombe dans le bureau d'Astrid Mezmorian alors en plein travail : &#171; &lt;i&gt;Tu peux faire en plateau chez moi ton sujet &#8220;Avec qui gouverner ?&#8221; Ce soir, &#224; 21 h 10 ?&lt;/i&gt; &#187; Alors qu'elle r&#233;pond qu'elle doit en terminer avec le 20h et qu'elle se l&#232;ve &#224; 4h le lendemain, le prince insiste, en vain&#8230; avant de s'en retourner bougon.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Qu'on se le dise, les coulisses film&#233;es de France 2 font encore moins r&#234;ver que ce que nous en laissent imaginer les contenus diffus&#233;s &#224; l'antenne ! &#171; &lt;i&gt;Comment fait-on pour prendre du recul en pleine temp&#234;te ?&lt;/i&gt; &#187; demandera plus tard une journaliste de France Inter &#224; Astrid Mezmorian. La r&#233;ponse semble dans la question. Et bien plus qu'une illustration d'un m&#233;tier &#171; temp&#233;tueux &#187;, le documentaire donne &#224; voir un vaste panel de contraintes, de pratiques et de pr&#233;jug&#233;s id&#233;ologiques qui mutilent chaque jour l'information &#8211; campagne pr&#233;sidentielle ou non. Ce qui attriste davantage, c'est l'accoutumance (par adh&#233;sion, adaptation ou r&#233;signation) de cette nouvelle recrue, qui travaillait auparavant pour un format plus &#171; long &#187; (&#171; L'&#339;il du 20h &#187;). Et, osons le mot, son aveuglement : on tombe (presque) de sa chaise en entendant Astrid Mezmorian se d&#233;clarer &#171; libre &#187; en toutes circonstances, quelques secondes apr&#232;s avoir reconnu que &#171; &lt;i&gt;[la libert&#233;], on ne peut pas la d&#233;ployer tout le temps, il y a des moments o&#249; il faut &#234;tre efficace&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Mais on ne rit (vraiment) plus quand elle se dit anim&#233;e d'un &#171; &lt;i&gt;souci d'un peu d'irr&#233;v&#233;rence&lt;/i&gt; &#187; et peu (voire pas) &#171; &lt;i&gt;d&#233;poss&#233;d&#233;e de [s]on travail&lt;/i&gt; &#187;, pour terminer en tressant des lauriers &#224; France T&#233;l&#233;visions, &#171; &lt;i&gt;dernier bastion de grande libert&#233; dans le journalisme&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces derni&#232;res citations sont extraites de l'&#233;mission d'Arr&#234;t sur images (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela ne nous avait pas saut&#233; aux yeux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Pauline Perrenot&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Annexe&lt;/h3&gt;&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_12922 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/IMG/jpg/bd_h.jpg&#034; class=&#034;spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH708/bd_l-19287.jpg?1776723208' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;(cliquer pour agrandir et zoomer)&lt;/center&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Disponible en VOD &lt;a href=&#034;https://www.cinemutins.com/premiere-campagne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur la plateforme&lt;/a&gt; des Mutins de Pang&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sujet diffus&#233; au 20h de France 2 le 9 mars 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.arretsurimages.net/emissions/arret-sur-images/campagne-macron-2017-sur-ce-reportage-ma-liberte-etait-proche-du-neant&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Campagne Macron 2017 : &#8220;Ma libert&#233; &#233;tait proche du n&#233;ant&#8221;&lt;/a&gt; &#187;, Arr&#234;t sur images, 9 d&#233;c. 2020. Au cours de l'&#233;mission, Daniel Schneidermann confronte deux sujets du 20h tels qu'ils furent diffus&#233;s aux coulisses de leur production, telles que film&#233;es dans le documentaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Quand le cin&#233;ma pose un autre regard sur la jeunesse et la politique &#187;, &#171; On aura tout vu &#187;, France Inter, 13 avr. 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces derni&#232;res citations sont extraites de l'&#233;mission d'Arr&#234;t sur images pr&#233;c&#233;demment cit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mieux que Netflix&#8230; BFM-TV !</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Mieux-que-Netflix-BFM-TV</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Mieux-que-Netflix-BFM-TV</guid>
		<dc:date>2021-01-13T17:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pauline Perrenot</dc:creator>


		<dc:subject>BFM-TV</dc:subject>
		<dc:subject>Personnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Documentaires</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Mis&#232;re des &#171; longs formats &#187; fa&#231;on cha&#238;ne d'info.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Info-en-continu-BFM-TV-LCI-CNews-France-Info-" rel="directory"&gt;Info en continu&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-BFM-TV-+" rel="tag"&gt;BFM-TV&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Documentaires-+" rel="tag"&gt;Documentaires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L132xH150/arton6281-1622f.jpg?1776732725' class='spip_logo spip_logo_right' width='132' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les &#171; longs formats &#187; de BFM-TV font la part belle au sensationnalisme : fascination pour les puissants, personnalisation, d&#233;politisation de la politique. Comme dans une s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e, l'actualit&#233; est romanc&#233;e, et le journalisme, comme l'information... malmen&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans notre &lt;i&gt;M&#233;diacritiques&lt;/i&gt; n&#176;36, nous publiions quelques morceaux choisis de l'&#233;mission &#171; Ligne Rouge &#187;, estampill&#233;e BFM-TV :&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_12691 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/bfm_netflix_mag_site.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH586/bfm_netflix_mag_site-bfb80.jpg?1776732726' width='500' height='586' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Auxquels nous pourrions ajouter p&#234;le-m&#234;le &#171; Inside Trump &#187;, &#171; Ligonn&#232;s. L'incroyable fausse piste &#187;, &#171; &#201;lizabeth II. Les secrets d'un empire &#187;, &#171; Fran&#231;ois Fillon. Apr&#232;s le crash &#187;, &#171; Curtis. Chien tueur ? &#187;, &#171; Carlos Ghosn. La grande &#233;vasion &#187; ou encore &#171; Isabelle Balkany. La tauli&#232;re &#187;. Mais &#233;galement &#171; Brigitte Macron. L'influente &#187;, &#171; Dupond-Moretti. L'ogre de la justice &#187;, &#171; Marion Mar&#233;chal. Les ambitions secr&#232;tes &#187;, ou &#171; Bernadette et Jacques. Les ins&#233;parables &#187;. &#192; moins qu'on ne leur pr&#233;f&#232;re le magazine &#171; 7 jours BFM &#187;, proposant un r&#233;pertoire tout aussi vari&#233; et non moins exaltant, garanti sans d&#233;j&#224;-vu : &#171; Balkany, l'empereur de Levallois &#187;, &#171; Carlos Ghosn, les secrets d'une chute &#187;, &#171; Boris Johnson. Le manipulateur &#187; ou encore&#8230; &#171; Les derniers secrets d'Epstein &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle ma&#238;trise de la titraille confine &#224; l'exercice de style, et inviterait &#224; la parodie si les sujets ne r&#233;v&#233;laient pas &lt;i&gt;&#171; l'inanit&#233; et l'inutilit&#233; sans fronti&#232;re m&#233;diatique du journalisme politique dominant qui, m&#234;me lorsqu'il dispose d'un format non contraint pour s'exprimer, de temps et de moyens pour travailler, ne sait rendre compte de la vie politique que comme une suite de &#034;coups&#034;, et plus particuli&#232;rement de &#034;coups de comm'&#034;, jou&#233;s par une poign&#233;e de responsables de premier plan.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme nous l'&#233;crivions &#224; propos de l'un de ces longs formats intitul&#233; &#171; Qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car en effet, chacune de ces enqu&#234;tes n&#233;cessitent des moyens cons&#233;quents. Les formats de 26 minutes requi&#232;rent six semaines de travail, divis&#233;es entre deux semaines d'enqu&#234;te, deux autres de tournage, et deux derni&#232;res pour le montage. Pour les formats de 52 minutes, on passe &#224; un total de trois mois et demi de travail. C'est ce que raconte fi&#232;rement la r&#233;dactrice en chef des &#171; long formats &#187;, Myriam Alma, dans &lt;a href=&#034;https://www.bfmtv.com/replay-emissions/bfm-inside/inside-myriam-redactrice-en-chef-des-longs-formats-de-bfmtv_VN-202002280248.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une confession en t&#234;te-&#224;-t&#234;te avec sa cha&#238;ne&lt;/a&gt;. O&#249; l'on prend &#233;galement connaissance des commandements qui pr&#233;sident au choix des &#171; enqu&#234;tes &#187; : &lt;i&gt;&#171; Il y a deux principes pour qu'un sujet puisse correspondre aux longs formats : il faut qu'il y ait de l'info et ensuite un lien avec l'actualit&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diantre ! &#192; la lumi&#232;re d'une telle ligne &#233;ditoriale, on s'&#233;tonne donc de ne pas trouver un long format sur la rapacit&#233; des grands patrons, gavant leurs actionnaires en licenciant &#224; tout-va sur le dos du Covid (&#171; actu &#187; et &#171; infos &#187; garanties) ; ou, encore, dans un autre style, une enqu&#234;te sur l'engagement de Patrick Drahi dans les ench&#232;res pour les fr&#233;quences 5G (&#171; actu &#187; et &#171; infos &#187; garanties aussi, prime &#171; ind&#233;pendance &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant que &#171; Ligne rouge &#187; franchisse le pas, nous serions plut&#244;t tent&#233;s de consid&#233;rer ses longs formats comme autant de r&#233;ponses peu co&#251;teuses aux principes du buzz et de la fait-diversion de la politique, recyclant les &#233;ternelles m&#234;mes th&#233;matiques, les &#233;ternels m&#234;mes angles et les analyses indigestes des &#233;ditocrates-maison, r&#233;guli&#232;rement mis &#224; profit. Le tout pour un immense g&#226;chis&#8230; quand bien m&#234;me la r&#233;dactrice en chef s'enorgueillit des dispositifs, &#224; l'instar de celui ayant encadr&#233; l' &#171; enqu&#234;te exceptionnelle &#187; sur Carlos Ghosn, diffus&#233;e le 21 janvier 2019 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Pour l'&#233;vasion de Carlos Ghosn, &#224; ce moment-l&#224;, on a envoy&#233; un JRI au Japon, un JRI en Turquie, et un autre au Liban !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Oubliant, modeste, de compl&#233;ter le tableau de chasse&#8230; la pr&#233;sence de BFM-TV au Japon ayant en l'occurrence permis de tirer au clair un des &#233;l&#233;ments les plus savoureux de l'enqu&#234;te judiciaire, aux c&#244;t&#233;s d'un restaurateur local : &lt;i&gt;&#171; [Carlos Ghosn] a mang&#233; des brochettes de poulet et une salade. Son plat pr&#233;f&#233;r&#233; ce sont les brochettes de poulet aux poireaux, et celles aux asperges avec du bacon. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; dans notre article &#171; Affaire Carlos Ghosn : le journalisme se fait la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;bauche de moyens au moins aussi utile &#224; l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral que celle qui d&#233;boucha, en janvier 2020, sur l'&#233;pisode &#171; L&#233;a Salam&#233; en exclu au Liban &#187;. &#201;pisode qui restera en revanche dans les annales, pour avoir offert &#224; chaque auditeur, quelques jours avant la temp&#234;te Covid, une temp&#234;te &#233;motionnelle entre les rires et les larmes, pay&#233;e par ses propres imp&#244;ts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parce qu'on ne s'en lassera jamais, L&#233;a Salam&#233; &#224; Carlos Ghosn : &#171; Pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;La &#171; s&#233;rie &#187; Daval : le &#171; feuilleton &#187; de trop&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Que ce soit donc au travers de courts ou de longs formats, BFM-TV ne semble jamais &#224; court de recettes pour remplir son antenne &#224; grand renfort de malinformation. Parfois jusqu'&#224; la naus&#233;e. Exemple : le buzz se mariant divinement avec le voyeurisme, la cha&#238;ne d'info ne r&#233;siste pas &#224; l'app&#226;t du feuilleton judiciaire. En particulier si l'enqu&#234;te est longue, &#233;prouvante et, &#224; tout point de vue, sordide. Ce fut le cas de l'affaire Daval&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jonathan Daval a assassin&#233; sa compagne Alexia Fouillot avant de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; c'est pourquoi BFM-TV d&#233;cida, en toute d&#233;licatesse, d'en faire&#8230; une s&#233;rie. Au nom du journalisme :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Et pour mieux comprendre les enjeux, le caract&#232;re hors-norme de cette affaire, vous avez rendez-vous ce soir sur l'antenne de BFM-TV avec &lt;strong&gt;l'int&#233;gralit&#233; de &#171; Daval, la s&#233;rie &#187;, les quatre &#233;pisodes ! S&#233;rie que vous pouvez aussi retrouver en replay&lt;/strong&gt; sur toutes les box et sur le site bfmtv.com. (Pr&#233;sentateur de BFM-TV, 20 novembre)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une &#171; s&#233;rie &#187; donc, promue comme il se doit &lt;a href=&#034;https://www.bfmtv.com/bfmtv-et-vous/making-of/daval-la-serie-la-serie-documentaire-evenement-de-bfmtv_AN-202010270240.html#&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#224; coups de bandes annonces&lt;/a&gt;, diffus&#233;e jusqu'&#224; plus soif sur la cha&#238;ne (en concurrence avec LCI qui produisit sa propre &#171; s&#233;rie Daval &#187; au m&#234;me moment), sc&#233;naris&#233;e comme un polar avec ralentis sur fond de musique sinistre, et romanc&#233;e &#224; la mani&#232;re d'un roman de gare :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;quipes de Ligne Rouge proposent le r&#233;cit de ce &lt;strong&gt;drame familial&lt;/strong&gt; en quatre &#233;pisodes, racont&#233;s chacun par un des personnages cl&#233;s de l'affaire : &#201;pisode 1 : &#171; Moi, Jonathann Daval &#187; - racont&#233; &#224; la premi&#232;re personne &#224; partir des &#233;l&#233;ments de l'enqu&#234;te. &#201;pisode 2 : &#171; Le mensonge &#187; - racont&#233; par Jean-Pierre Fouillot, le p&#232;re d'Alexia Daval. &#201;pisode 3 : &#171; Les aveux &#187; - racont&#233; par Randall Schwerdorffer, l'avocat de Jonathann Daval. &#201;pisode 4 : &#171; Le face-&#224;-face &#187; - racont&#233; par Isabelle Fouillot, la m&#232;re d'Alexia Daval.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si vous croyiez en avoir termin&#233; avec les &#171; drames familiaux &#187;, c'&#233;tait sans compter sur BFM-TV. Et tant pis pour les f&#233;minicides. D'ailleurs, tant pis pour le traitement m&#233;diatique des violences sexistes en g&#233;n&#233;ral, dont la cha&#238;ne pulv&#233;rise pour l'occasion un certain nombre d'acquis, n'h&#233;sitant pas &#224; &#233;voquer par exemple le &lt;i&gt;&#171; caract&#232;re rude &#187;&lt;/i&gt; d'Alexia Fouillot, la fameuse &lt;i&gt;&#171; dispute de trop &#187;&lt;/i&gt;, sans compter l'iconographie, r&#233;v&#233;lant une d&#233;ontologie exemplaire :&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_12692 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH279/2-58-ed1d8.jpg?1776732726' width='500' height='279' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_12693 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH279/3-54-45696.jpg?1776732726' width='500' height='279' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_12696 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/4-40-500ef.jpg?1776732726' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;De &#171; s&#233;ries &#187; judiciaires ind&#233;centes en biopics complaisants de responsables politiques &#224; la moralit&#233; douteuse, en passant par les feuilletons attach&#233;s &#224; r&#233;habiliter des &#171; personnalit&#233;s &#187; dites &#171; sulfureuses &#187; (Bernard Tapie, Didier Raoult, G&#233;rard Depardieu, etc.), les longs formats de BFM-TV semblent davantage annex&#233;s sur le degr&#233; de &#171; scandale &#187; et format&#233;s pour le racolage plut&#244;t que pour l'enqu&#234;te documentaire. Les reportages th&#233;matiques (gilets jaunes, h&#244;pital&#8230;) restent ainsi minoritaires &#8211; et du reste, non exempts de travers &#8211; dans un oc&#233;an de vacuit&#233;. Comme quoi, la mis&#232;re de l'information t&#233;l&#233;visuelle n'est pas qu'une affaire de manque de temps&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Pauline Perrenot&lt;/strong&gt; (avec &lt;strong&gt;Antonin Padovani&lt;/strong&gt; pour le montage)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme nous l'&#233;crivions &#224; propos de l'un de ces longs formats intitul&#233; &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Misere-du-documentaire-politique&#034;&gt;&#171; Qui a tu&#233; Fran&#231;ois Fillon ? &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans notre article &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Affaire-Carlos-Ghosn-le-journalisme-se-fait-la&#034;&gt;&#171; Affaire Carlos Ghosn : le journalisme se fait la malle &#187;&lt;/a&gt;, 24/02/20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parce qu'on ne s'en lassera jamais, L&#233;a Salam&#233; &#224; Carlos Ghosn : &lt;i&gt;&#171; Pour beaucoup d'enfants vous &#234;tes l'homme qui a voyag&#233; dans la malle. [&#8230;] La malle, pas la malle ? [&#8230;] Allez, un petit indice ? Tout le monde r&#234;ve de savoir &#231;a ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jonathan Daval a assassin&#233; sa compagne Alexia Fouillot avant de partiellement br&#251;ler son corps et de le dissimuler dans les bois.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mis&#232;re du documentaire politique</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Misere-du-documentaire-politique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Misere-du-documentaire-politique</guid>
		<dc:date>2018-06-12T16:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Blaise Magnin</dc:creator>


		<dc:subject>France 5</dc:subject>
		<dc:subject>Documentaires</dc:subject>
		<dc:subject>Journalisme politique</dc:subject>
		<dc:subject>BFM-TV</dc:subject>
		<dc:subject>Fran&#231;ois FIllon</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos de deux films consacr&#233;s au &#171; Penelopegate &#187; qui consacrent l'inanit&#233; et l'inutilit&#233; du journalisme politique.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Journalismes-de-microcosme-" rel="directory"&gt;Journalismes de microcosme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-France-5-22-+" rel="tag"&gt;France 5&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Documentaires-+" rel="tag"&gt;Documentaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-journalisme-politique-+" rel="tag"&gt;Journalisme politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-BFM-TV-+" rel="tag"&gt;BFM-TV&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Francois-FIllon-+" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois FIllon&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH112/arton5754-8c134.jpg?1776733433' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au mois de f&#233;vrier dernier, un an apr&#232;s les premi&#232;res r&#233;v&#233;lations du &lt;i&gt;Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;, BFMTV et France 5 diffusaient deux documentaires revenant sur la campagne pr&#233;sidentielle de Fran&#231;ois Fillon et sur ce qu'il convient d'appeler, en langage m&#233;diatique, le &#171; Penelopegate &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour m&#233;moire, &#171; l'affaire Fillon &#187; d&#233;bute avec les premi&#232;res r&#233;v&#233;lations du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; Qui a tu&#233; Fran&#231;ois Fillon ? L'enqu&#234;te &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De Pauline Revenaz, Camille Langlade, Quentin Baulier et Alexandre Funel. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#171; Fran&#231;ois Fillon : l'homme qui ne pouvait pas &#234;tre pr&#233;sident &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De Bruce Toussaint et F&#233;lix Seger, premi&#232;re diffusion le dimanche 4 f&#233;vrier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Curieux de savoir comment deux r&#233;dactions en principe si diff&#233;rentes aborderaient le sujet, nous avons visionn&#233; les deux documentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occasion de constater une nouvelle fois l'inanit&#233; et l'inutilit&#233; sans fronti&#232;re m&#233;diatique du journalisme politique dominant qui, m&#234;me lorsqu'il dispose d'un format non contraint pour s'exprimer, de temps et de moyens pour travailler, ne sait rendre compte de la vie politique que comme une suite de &#171; coups &#187;, et plus particuli&#232;rement de &#171; coups de comm' &#187;, jou&#233;s par une poign&#233;e de responsables de premier plan. Dans un tel sch&#233;ma, les pronostics sondagiers, les anecdotes et les bons mots, la psychologie (de comptoir) des protagonistes, sont cens&#233;s &#233;clairer les coulisses de la course pour le pouvoir et tiennent lieu d'information.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Qui a tu&#233; Fran&#231;ois Fillon ? &#187; et &#171; Fran&#231;ois Fillon : l'homme qui ne pouvait pas &#234;tre pr&#233;sident &#187; sont construits et mont&#233;s de fa&#231;ons tr&#232;s diff&#233;rentes : le premier, centr&#233; sur les trois derniers mois de campagne se pr&#233;sente comme une enqu&#234;te polici&#232;re visant &#224; d&#233;busquer la ou les sources du &lt;i&gt;Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;, et plus largement &#224; &#233;tablir les responsabilit&#233;s individuelles et collectives dans l'&#233;chec du candidat de la droite. Le second film, de facture plus classique, se veut aussi plus ambitieux, explorant la personnalit&#233; et remontant le fil de la carri&#232;re politique de Fran&#231;ois Fillon pour y retrouver les signes annonciateurs des affres dans lesquelles allaient &#234;tre plong&#233;s le candidat, son &#233;quipe et les membres de son parti au cours de cette campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces deux approches en apparence diff&#233;rentes, les deux films sont presque interchangeables : on y retrouve les m&#234;mes protagonistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parmi les plus &#171; notables &#187;, et dans le d&#233;sordre : Patrick Stefanini, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou presque, livrant les m&#234;mes confidences sur les m&#234;mes p&#233;rip&#233;ties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, sur BFM-TV dont c'&#233;tait l&#224; une premi&#232;re incursion dans le genre documentaire, on a essay&#233; d'innover sur la forme. Pour le pire. La cha&#238;ne d'information en continu abuse en effet d'artifices narratifs afin de maintenir le t&#233;l&#233;spectateur en haleine devant un document qui ne pr&#233;sente aucune information originale. En recourant par exemple &#224; des reconstitutions de petits-d&#233;jeuners secrets ou de r&#233;unions houleuses avec des figurants en costume sombre &#233;voluant comme dans un th&#233;&#226;tre d'ombres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En entretenant surtout un suspense artificiel qui singe l'atmosph&#232;re des (mauvais) polars (ou d'une partie de Cluedo), avec tout au long du film une surench&#232;re de commentaires aussi grandiloquents que ridicules : &#171; &lt;i&gt;Saura-t-on un jour qui est la taupe ?&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Si l'ennemi ne vient pas de l'int&#233;rieur, il faut chercher ailleurs&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Un candidat qui semble ne pas avoir livr&#233; tous ses secrets. Un homme dont on d&#233;couvre le c&#244;t&#233; obscur. Alors qui est-il vraiment ? Fran&#231;ois Fillon ne s'est-il pas tu&#233; lui-m&#234;me ? Et si c'&#233;tait lui, et lui seul, qui d&#233;tenait la clef du meurtre ?&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Comme dans le meurtre de L'Orient Express, il n'y a pas un seul meurtrier. Chacun y est all&#233; de son petit coup de couteau&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;de nombreux coups de couteau plant&#233;s dans le dos&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;les fusils sont charg&#233;s, des armes &#224; plusieurs coups &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;les balles le fr&#244;lent mais ne l'atteignent pas&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;l'odeur de poudre se r&#233;pand&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;des mots pleins de sang&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;l'animal bless&#233;&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;tapi dans l'ombre&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;crime sign&#233; &lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;le meurtre a donc &#233;chou&#233;&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;trois mois sanglants&lt;/i&gt; &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur France 5, rien de tel. La forme est sobre et convenue, &#224; base d'images d'archive et d'entretiens men&#233;s par Bruce Toussaint &lt;i&gt;himself&lt;/i&gt;. Pourtant, le fond du film est le m&#234;me que sur BFM-TV. Les deux documentaires mettent en sc&#232;ne avec la m&#234;me gourmandise l'anecdote des f&#232;ves en forme de chat noir qui garnissent les galettes des rois que se partagent les convives au si&#232;ge de campagne du candidat Fillon le 24 janvier 2017, quelques minutes avant que les premi&#232;res r&#233;v&#233;lations du &lt;i&gt;Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt; ne soient rendues publiques. Dans un cas comme dans l'autre, on relate un rendez-vous t&#233;l&#233;phonique rat&#233; entre Alain Jupp&#233; et Nicolas Sarkozy, injoignable un soir de match du PSG, rendez-vous qui aurait pu sceller le sort de Fran&#231;ois Fillon si l'on en croit ces adeptes du journalisme de fiction qui, ne se contentent pas de relater ce qui s'est pass&#233;, mais qui, en se saisissant de rumeurs et d'anecdotes imaginent &lt;i&gt;ce qui aurait pu&lt;/i&gt; se passer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus encore, dans les deux films, on se d&#233;lecte de la m&#234;me fa&#231;on de la faconde de l'avocat Robert Bourgi, qui ne demande qu'&#224; raconter &#8211; encore et encore &#8211; comment il a &#171; &lt;i&gt;niqu&#233; Fillon&lt;/i&gt; &#187; avec l'affaire des costumes. Autre point (biais journalistique) commun aux deux films : le peu de cas que leurs auteurs font du contenu m&#234;me des r&#233;v&#233;lations du &lt;i&gt;Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;, pr&#233;f&#233;rant s'appesantir sur les maladresses de la d&#233;fense de Fran&#231;ois Fillon, sur sa communication d&#233;faillante, et sur les d&#233;fections d'&#233;lus de son camp pour expliquer son &#233;chec &#224; se qualifier pour le second tour &#8211; comme si un bon &#171; plan comm' &#187; relay&#233; &#224; l'unisson par une arm&#233;e d'&#233;lus disciplin&#233;s pouvait faire avaler n'importe quoi &#224; &#171; l'opinion &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat ? Deux documentaires qui &#233;crivent une pseudo (petite) histoire officielle reposant sur les souvenirs et les t&#233;moignages de ses acteurs directs, sans aucun recul ni mise en perspective ; deux documentaires inutiles qui n'&#233;clairent en rien une affaire qui avait d&#233;j&#224; tant focalis&#233; l'attention m&#233;diatique au cours de la campagne pr&#233;sidentielle, jusqu'&#224; en occulter le reste et l'essentiel pendant des semaines. Mais une telle affaire, initi&#233;e par des journalistes et faisant mentir tous les pronostics journalistiques ne pouvait que fasciner&#8230; les journalistes !&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Une couverture g&#233;n&#233;reuse, un succ&#232;s critique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, les m&#233;dias qui ont chroniqu&#233; les documentaires les ont ador&#233;s. Comme &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Campagne Fillon : un documentaire refait le crash &#187; ; &#171; Avec &#171; Qui a tu&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.telerama.fr/television/francois-fillon-retour-sur-un-naufrage-politique-bien-documente,n5463313.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, par exemple. Le quotidien de Drahi a appr&#233;ci&#233; que soit restitu&#233;e &lt;i&gt;&#171; &lt;strong&gt;la dimension psychologique et finalement psychodramatique de l'&#233;pop&#233;e&lt;/strong&gt;, marche triomphale durant la primaire puis fun&#232;bre durant la pr&#233;sidentielle &#187;&lt;/i&gt;, lorsque l'hebdomadaire de Niel et Pigasse a salu&#233; les &lt;i&gt;&#171; &lt;strong&gt;anecdotes croustillantes&lt;/strong&gt;, t&#233;moignages de premier plan, &lt;strong&gt;r&#233;cits romanesques&lt;/strong&gt; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous deux louent &#233;galement la qualit&#233; du sc&#233;nario : pour le journaliste de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, relatant les propos d'un protagoniste, la r&#233;alit&#233; de ce &#171; Penelopegate &#187; d&#233;passe la fiction (&lt;i&gt;&#171; &#034;Aucune s&#233;rie politique ne pourra jamais &#233;galer en rebondissements ce qui s'est pass&#233; durant ces quelques semaines&#034;, note Gilles Boyer &#187;&lt;/i&gt;), tandis que pour le r&#233;dacteur de &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt;, elle ne fait que la rejoindre (&#171; &lt;i&gt;On s'en souviendra comme du feuilleton de la campagne, entre House of cards et Petits Meurtres entre amis. Avec &lt;strong&gt;son lot de mensonges, de trahisons, de rebondissements surr&#233;alistes&lt;/strong&gt;, l'histoire Fillon a &lt;strong&gt;tenu la France en haleine&lt;/strong&gt; pendant trois mois&lt;/i&gt; &#187;). Mais pour le reste, les deux journalistes rel&#232;vent la m&#234;me id&#233;e-force qui traverse les deux documentaires, et qui est aussi l'un des principaux carburants du journalisme politique : &#171; &lt;i&gt;L'explosion en vol de l'ancien Premier ministre de Sarkozy est relue, (&#8230;) &#224; la lumi&#232;re &lt;strong&gt;des vieilles haines et des ranc&#339;urs tenaces qui font (aussi) la r&#233;alit&#233; d'un camp politique&lt;/strong&gt;, notamment &#224; droite&lt;/i&gt; &#187; analyse &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, confirm&#233; sur ce point par &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt; (&#171; &lt;i&gt;la &lt;strong&gt;saga Fillon&lt;/strong&gt; est symptomatique des &lt;strong&gt;d&#233;chirements internes &#224; la droite fran&#231;aise&lt;/strong&gt; ces dix derni&#232;res ann&#233;es&lt;/i&gt; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt; sont loin d'&#234;tre les seuls &#224; avoir particip&#233; au tapage m&#233;diatique autour de ces documentaires. BFM-TV, cha&#238;ne productrice de &#171; Qui a tu&#233; Fran&#231;ois Fillon ? &#187; en a fait la promotion environ 120 fois en 24h&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon un d&#233;compte r&#233;alis&#233; par T&#233;l&#233;star, participant utilement, une fois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! Une promotion intense lanc&#233;e une semaine avant la premi&#232;re diffusion de &#171; Qui a tu&#233; Fran&#231;ois Fillon ? &#187; et qui s'est poursuivie les jours suivants. Une armada de commentateurs, de &#171; chroniqueurs TV &#187; et d'&#233;ditorialistes se sont ainsi attel&#233;s &#224; paraphraser le documentaire au gr&#233; de &#171; critiques &#187; ou d'interviews des r&#233;alisateurs, sur BFM-TV comme dans la quasi totalit&#233; des grands m&#233;dias&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir en annexe quelques exemples de la couverture du chef d'&#339;uvre de BFM-TV (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une couverture qui illustre les obsessions d'un journalisme de microcosme, qui mutile l'information politique en la personnalisant, en la psychologisant et en la th&#233;&#226;tralisant jusqu'&#224; l'absurde. Et sous ce prisme, le &#171; Penelopegate &#187; recelait effectivement tous les ingr&#233;dients &#224; m&#234;me d'en faire une p&#233;pite journalistique &#8211; et le sujet de deux documentaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Blaise Magnin&lt;/strong&gt; (avec &lt;strong&gt;Bruno Dastillung&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Pauline Perrenot&lt;/strong&gt;)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Annexe : le journalisme de microcosme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quelques exemples (non exhaustifs !) de la promotion de son propre film par BFM-TV au gr&#233; de d&#233;comptes journaliers, d'extraits &#171; exclusifs &#187; et d'interviews :&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_10103 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L480xH93/1-23-c2937.jpg?1776733433' width='480' height='93' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10104 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L480xH61/2-20-a2fd6.jpg?1776733433' width='480' height='61' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10105 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L480xH46/3-25-d9ac3.jpg?1776733433' width='480' height='46' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10106 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L480xH181/4-17-0eb87.jpg?1776733433' width='480' height='181' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;- La veille de la premi&#232;re diffusion, le 28 janvier :&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_10107 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L480xH267/5-16-99dce.jpg?1776733433' width='480' height='267' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10108 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L480xH324/6-12-49cec.jpg?1776733433' width='480' height='324' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;- Le jour m&#234;me, le 29 janvier :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_10109 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L480xH170/7-9-f6716.jpg?1776733433' width='480' height='170' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10110 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L480xH276/8-9-ce676.jpg?1776733433' width='480' height='276' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10111 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L480xH267/9-9-118ae.jpg?1776733433' width='480' height='267' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10112 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L480xH264/10-5-a3b9a.jpg?1776733433' width='480' height='264' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10113 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L480xH326/11-3-e1b56.jpg?1776733433' width='480' height='326' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais &#233;galement dans le reste des grands m&#233;dias :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_10114 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L480xH141/12-3-8a326.jpg?1776733433' width='480' height='141' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_10115 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L480xH89/13-4-38740.jpg?1776733433' width='480' height='89' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;- Quotidien :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_10116 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L480xH249/14-3-f2efe.jpg?1776733433' width='480' height='249' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;- France Inter :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_10117 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L480xH218/15-3-dbfec.jpg?1776733433' width='480' height='218' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_10118 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L480xH196/16-3-d3bdd.jpg?1776733433' width='480' height='196' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_10119 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L480xH163/17-2-e4010.jpg?1776733433' width='480' height='163' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_10120 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L480xH169/18-2-21c1a.jpg?1776733433' width='480' height='169' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_10121 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L480xH237/19-2-0a334.jpg?1776733433' width='480' height='237' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_10122 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L480xH182/20-2-cc070.jpg?1776733433' width='480' height='182' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour m&#233;moire, &#171; l'affaire Fillon &#187; d&#233;bute avec les premi&#232;res r&#233;v&#233;lations du &lt;i&gt;Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt; fin janvier 2017, qui portent sur des soup&#231;ons d'emplois fictifs, dont aurait b&#233;n&#233;fici&#233; P&#233;n&#233;lope Fillon. S'ensuivent des r&#233;v&#233;lations en cascade dans la presse qui valent &#224; Fran&#231;ois Fillon d'&#234;tre &lt;i&gt;&#171; mis en examen, mardi 14 mars, notamment pour d&#233;tournement de fonds publics, complicit&#233; et recel d'abus de biens sociaux, dans l'enqu&#234;te sur les soup&#231;ons d'emplois fictifs de son &#233;pouse et ses enfants comme assistants parlementaires. &#187;&lt;/i&gt; Voir le r&#233;sum&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.francetvinfo.fr/politique/francois-fillon/penelope-fillon/les-six-affaires-qui-plombent-francois-fillon_2044099.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;France Info&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De Pauline Revenaz, Camille Langlade, Quentin Baulier et Alexandre Funel. Premi&#232;re diffusion le samedi 3 f&#233;vrier 2018, sur BFMTV. Le film est d&#233;sormais visible &lt;a href=&#034;https://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/revoir-qui-a-tue-francois-fillon-l-enquete-documentaire-exceptionnel-bfmtv-1029397.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De Bruce Toussaint et F&#233;lix Seger, premi&#232;re diffusion le dimanche 4 f&#233;vrier 2018, sur France 5, dans la nouvelle case documentaire &#171; C'&#233;tait &#233;crit &#187;. Le film n'est pas disponible en &#171; replay &#187; sur les sites de France T&#233;l&#233;visions, mais l'internaute curieux pourra le trouver sur des sites non officiels&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parmi les plus &#171; notables &#187;, et dans le d&#233;sordre : Patrick Stefanini, Rachida Dati, Thierry Sol&#232;re, Jean-Pierre Raffarin, G&#233;rard Longuet, Bruno Jeudy, Fran&#231;ois Barouin, Val&#233;rie Boyer, Benoit Apparu, Robert Bourgi, Jean de Boishue, ou encore Jean-Fran&#231;ois Cop&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/france/2018/01/26/campagne-fillon-un-documentaire-refait-le-crash_1625192&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Campagne Fillon : un documentaire refait le crash &#187;&lt;/a&gt; ; &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/france/2018/01/29/avec-qui-a-tue-francois-fillon-bfm-tv-se-met-au-documentaire_1625908&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Avec &#171; Qui a tu&#233; Fran&#231;ois Fillon ? &#187;, BFM TV se met au documentaire &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon un d&#233;compte r&#233;alis&#233; par &lt;a href=&#034;https://www.telestar.fr/actu-tv/autres-evenements/on-fait-les-comptes-en-24h-bfm-a-fait-environ-120-fois-la-promo-de-son-docume-327352&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;T&#233;l&#233;star&lt;/a&gt;, participant utilement, une fois n'est pas coutume, &#224; la critique des m&#233;dias !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir en annexe quelques exemples de la couverture du chef d'&#339;uvre de BFM-TV par Quotidien, France Inter, &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sur Arte, le procureur Jean Quatremer instruit le proc&#232;s &#224; charge de Syriza</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Sur-Arte-le-procureur-Jean-Quatremer-instruit-le-proces-a-charge-de-Syriza</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Sur-Arte-le-procureur-Jean-Quatremer-instruit-le-proces-a-charge-de-Syriza</guid>
		<dc:date>2015-11-09T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Blaise Magnin</dc:creator>


		<dc:subject>Arte</dc:subject>
		<dc:subject>Union Europ&#233;enne</dc:subject>
		<dc:subject>Documentaires</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Jean Quatremer</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Son nouveau documentaire revient sur la crise de l'&#233;t&#233; en ne donnant la parole qu'aux contempteurs de Syriza et aux adorateurs des politiques d'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Mauvaise-Grece-" rel="directory"&gt;Mauvaise Gr&#232;ce&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Arte-+" rel="tag"&gt;Arte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Union-Europeenne-+" rel="tag"&gt;Union Europ&#233;enne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Documentaires-+" rel="tag"&gt;Documentaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Pluralisme-+" rel="tag"&gt;Pluralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Jean-Quatremer-+" rel="tag"&gt;Jean Quatremer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Grece-+" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L125xH150/arton4794-5465a.png?1776690447' class='spip_logo spip_logo_right' width='125' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En janvier dernier, Jean Quatremer, l'in&#233;narrable correspondant de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; &#224; Bruxelles, commettait un documentaire intitul&#233; &#171; Gr&#232;ce ann&#233;e z&#233;ro &#187;, qui s'av&#233;rait &#234;tre &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/Sur-Arte-Jean-Quatremer-psychanalyse-la-Grece&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une pseudo-psychanalyse inepte et m&#233;prisante du peuple grec&lt;/a&gt;. Quelques mois apr&#232;s, il r&#233;cidive avec un nouveau film, &#171; Gr&#232;ce, le jour d'apr&#232;s &#187;, diffus&#233; le 20 octobre dernier sur Arte. Dans ce nouvel &lt;i&gt;opus&lt;/i&gt;, Quatremer entend faire la chronique des &#233;v&#232;nements allant de la victoire de Syriza aux &#233;lections l&#233;gislatives du 25 janvier 2015 &#224; la r&#233;&#233;lection, le 20 septembre dernier, d'Alexis Tsipras &#224; la t&#234;te du gouvernement grec. Or le r&#233;cit qui est donn&#233; de ces huit mois marqu&#233;s par les n&#233;gociations qui aboutiront &#224; la reddition compl&#232;te du gouvernement emmen&#233; par Syriza et &#224; l'adoption d'un nouveau plan de rigueur tout aussi brutal que les pr&#233;c&#233;dents, a pour particularit&#233; de ne faire entendre qu'un seul et m&#234;me refrain : celui des contempteurs de Syriza et des adorateurs de l'Union europ&#233;enne et de ses politiques d'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_7786 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L477xH272/presentation-2710e.jpg?1776690447' width='477' height='272' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Un d&#233;s&#233;quilibre vertigineux&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Rien de surprenant &#224; cela toutefois. En effet, en confiant l'&#233;criture de ce film &#224; Jean Quatremer (&#233;paul&#233; de Pierre Bourgeois, professionnel de l'audiovisuel qui avait d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233; le film pr&#233;c&#233;dent), Arte faisait d&#233;j&#224; un choix &#233;ditorial &#8211; voire politique &#8211; fort. De la part de ce sp&#233;cialiste de la politique et des institutions europ&#233;ennes, europhile b&#233;at de surcro&#238;t, qu'esp&#233;rer d'autre qu'un point de vue conforme &#224; celui des institutions europ&#233;ennes et des cr&#233;anciers d'Ath&#232;nes ? Et vu le parti-pris &#233;hont&#233; de sa couverture, dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, sur son blog ou les r&#233;seaux sociaux,en juin et juillet dernier, de l'acm&#233; du processus de n&#233;gociations avec la victoire du non au r&#233;f&#233;rendum sur le plan de rigueur, suivie de la capitulation d'Alexis Tsipras&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans nos nombreux articles sur le sujet, Quatremer a souvent tenu les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nul ne pouvait s'attendre &#224; un film &#233;quilibr&#233;. Mais en l'esp&#232;ce, il faut bien reconna&#238;tre que Quatremer s'est surpass&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour preuve, le d&#233;compte &#233;difiant des tours et du temps de parole offerts aux diff&#233;rents intervenants sollicit&#233;s par Quatremer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Responsables europ&#233;ens, et intervenants grecs critiques de Syriza&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Pierre Moscovici (commissaire europ&#233;en aux affaires &#233;conomiques et mon&#233;taires) : 19 interventions &#8211; 12'35&lt;br class='manualbr' /&gt;- Jean-Claude Juncker (pr&#233;sident de la commission europ&#233;enne) : 18 interventions &#8211; 9'10&lt;br class='manualbr' /&gt;- Wolfgang Sch&#228;uble (ministre des Finances allemand) : 6 interventions &#8211; 4'05&lt;br class='manualbr' /&gt;- Evangelos Venizelos (d&#233;put&#233; Pasok ; ex-ministre des Affaires &#233;trang&#232;res) : 2 interventions &#8211; 1'&lt;br class='manualbr' /&gt;- Kyriakos Mitsotakis (d&#233;put&#233; Nouvelle d&#233;mocratie (conservateur) ; ex-ministre de la r&#233;forme administrative) : 3 interventions &#8211; 50''&lt;br class='manualbr' /&gt;- Harry Theoharis (d&#233;put&#233; To Potami, ex-secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral aux Finances grec) : 35''&lt;br class='manualbr' /&gt;- Petros Kladakis (chef d'entreprise) : 2 interventions &#8211; 45''&lt;br class='manualbr' /&gt;- Petro Markaris (&#233;crivain) : 6 interventions &#8211; 3'20&lt;br class='manualbr' /&gt;- Yanis Pretenderis (journaliste &#171; To Vima &#187; / &#171; Mega Channel &#187;) : 4 interventions &#8211; 1'20&lt;br class='manualbr' /&gt;- Nikolas Bloudanis (historien) : 3 interventions &#8211; 1'25&lt;br class='manualbr' /&gt;- Micro-trottoir r&#233;f&#233;rendum : 4 &#233;lecteurs votant oui &#8211; 1'40&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Total : 36'45 pour 68 interventions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Grecs et Grecques commentant &#224; chaud les n&#233;gociations en cours&lt;/strong&gt; &#8211; et affichant une relative neutralit&#233; dans leurs jugements :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Nicos Vernicos (Pr&#233;sident du syndicat des armateurs) : 2 interventions : 55''&lt;br class='manualbr' /&gt;- Giannis Siastras (Pr&#233;sident d'Euro capital Trader) : 25''&lt;br class='manualbr' /&gt;- Achileas Milonopoulos (Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral OTOE &#8211; f&#233;d&#233;ration grecque des employ&#233;s de banque) : 2 interventions &#8211; 45''&lt;br class='manualbr' /&gt;- Agents du fisc, Ath&#232;nes : 3 t&#233;moignages &#8211; 1'30 &lt;br class='manualbr' /&gt;- Micro-trottoir r&#233;f&#233;rendum : 1 &#233;lectrice incertaine &#8211; 20''&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Total : 3'55 pour 9 interventions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- Prises de position en faveur de Syriza&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Georgios Katrougalos (ministre du travail grec ; ex ministre de la r&#233;forme administrative &#8211; Syriza) : 5 interventions &#8211; 2'30&lt;br class='manualbr' /&gt;- Elias Nikolakopoulos (politologue ; proche de Syriza) : 4 interventions &#8211; 2'25&lt;br class='manualbr' /&gt;- Micro-trottoir r&#233;f&#233;rendum : 5 &#233;lecteurs votant non &#8211; 1'30&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Total : 6'25 pour 14 interventions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7787 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L460xH321/graph-9d378.jpg?1776690447' width='460' height='321' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;La disproportion est telle qu'il ne s'agit plus seulement de d&#233;s&#233;quilibre. Jean Quatremer s'est assis sur toute forme de pluralisme pour livrer une histoire unilat&#233;rale, dans laquelle les vainqueurs sont invit&#233;s &#224; donner leur version des &#233;v&#232;nements sans &#234;tre jamais contredits. Ou si peu : les six pauvres minutes conc&#233;d&#233;es au ministre de Syriza et au politologue proche du parti au pouvoir, ainsi qu'aux cinq &#233;lecteurs ayant choisi le non au r&#233;f&#233;rendum du 4 juillet, constituent &#224; peine un alibi aux flots d'explications, justifications, ratiocinations, verdicts d&#233;finitifs et autres jugements fielleux d&#233;vers&#233;s principalement par Pierre Moscovici et Jean-Claude Juncker &#8211; dont les t&#233;moignages occupent pr&#232;s de 40 % du film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Subodorant sans doute que quelques t&#233;l&#233;spectateurs s'apercevraient de ce l&#233;ger biais dans la d&#233;monstration, Jean Quatremer tente de s'en expliquer dans un commentaire path&#233;tique : &#171; &lt;i&gt;Georgios Katrougalos est le seul ministre de Syriza qui ait accept&#233; de nous parler. &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Pendant six mois, nous avons multipli&#233; les demandes d'entretien avec les diff&#233;rents membres du gouvernement charg&#233;s des n&#233;gociations. Sans r&#233;sultat. Un black out &#233;tonnant dans une d&#233;mocratie moderne&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, s'exprimer devant la cam&#233;ra d'un Jean Quatremer, quand bien m&#234;me il vous couvrirait de boue &#224; longueur de colonnes, serait un devoir pour tout responsable d&#233;mocratique moderne&#8230; On aimerait que Quatremer, en tant que journaliste forc&#233;ment d&#233;mocrate et moderne, soit aussi soucieux de ses obligations d&#233;mocratiques en termes d'ind&#233;pendance, de pluralisme et d'objectivit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au fond de l'argument, quel terrible aveu, qui r&#233;v&#232;le cr&#251;ment les insuffisances professionnelles de Jean Quatremer ! Face au refus de la plupart des ministres de Syriza de s'exprimer, n'y avait-il pas d'autres recours pour exposer les opinions anti-aust&#233;rit&#233;, ou au moins offrir un contrepoint aux &#233;lucubrations bruxelloises de Moscovici et Juncker ? Pourquoi Georgios Katrougalos et &#224; Elias Nikolakopoulos apparaissent-ils si peu et si bri&#232;vement tout au long du film ? Au-del&#224;, n'&#233;tait-il pas possible de trouver d'autres militants ou figures de la vie politique, intellectuelle et sociale grecque critiques des diktats europ&#233;ens ? Pourquoi aucun des nombreux &#233;conomistes h&#233;t&#233;rodoxes s'&#233;tant prononc&#233;s publiquement contre les positions et les potions des institutions europ&#233;ennes n'a-t-il &#233;t&#233; invit&#233; &#224; s'exprimer ? Pourquoi aucun responsable politique issu d'une formation europ&#233;enne solidaire de Syriza n'apporte-t-il son &#233;clairage ? Quant &#224; aller &#224; la rencontre des Grecs &#171; ordinaires &#187; pour essayer de comprendre leurs points de vue, leurs divergences, leurs difficult&#233;s et les cons&#233;quences de l'aust&#233;rit&#233; dans le pays, bref &#224; enqu&#234;ter, on ne saurait trop demander &#224; Quatremer, journaliste de salon s'il en est, qui ne s'&#233;panouit jamais autant que dans les all&#233;es et les alc&#244;ves du pouvoir, au chevet des &#171; grands &#187; d'Europe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute &#233;vidence, si le carnet d'adresses de Jean Quatremer est bien rempli, ce n'est pas la diversit&#233; et le pluralisme qui le caract&#233;risent. Peut-&#234;tre est-il temps que le journaliste ose franchir la Seine, lui qui narguait en juillet dernier, depuis la &#171; rive gauche &#187; et aux c&#244;t&#233;s de son comp&#232;re Arnaud Leparmentier, les manifestants solidaires des Grecs ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7788 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L356xH445/tweet-eda6e.jpg?1776690447' width='356' height='445' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Un contenu (forc&#233;ment) caricatural&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous n'analyserons, ne commenterons, ni ne critiquerons ici les arguments d&#233;ploy&#233;s par Moscovici, Juncker, Sch&#228;uble, ou par les Grecs interview&#233;s par Jean Quatremer, qui tous &#233;trillent d'une fa&#231;on ou d'une autre Syriza et son refus d'un nouveau train de mesures aust&#233;ritaires sans ren&#233;gociation pr&#233;alable de la dette. Si l'on peut douter de la cr&#233;dibilit&#233; d'ex-ministres appartenant &#224; des formations politiques ayant conduit le pays &#224; la ruine pendant des d&#233;cennies, et qui, revenus dans l'opposition, attribuent tous les maux de la Gr&#232;ce &#224; un parti au pouvoir depuis six mois, ce n'est pas le r&#244;le d'Acrimed de se livrer &#224; l'ex&#233;g&#232;se des discours eurocratiques &#8211; aussi malveillants, born&#233;s, lacunaires, approximatifs ou inexacts soient-ils &#8211;, dont la triste m&#233;lodie n'est que trop connue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sumant et en synth&#233;tisant, voil&#224; en substance ce que les interlocuteurs de Quatremer psalmodient pendant pr&#232;s d'une heure que dure &#171; Gr&#232;ce, le jour d'apr&#232;s &#187; : Syriza est un pseudo parti politique, balkanis&#233;, qui a fait campagne en jouant sur le nationalisme et en s'appuyant sur un programme irr&#233;alisable, puis qui a gagn&#233; les &#233;lections par surprise en janvier 2015, sur un score m&#233;diocre ; le gouvernement form&#233; par Alexis Tsipras &#233;tait constitu&#233; d'amateurs qui n'avaient jamais gouvern&#233; et ne voulaient pas vraiment le faire ; faux r&#233;volutionnaires, ils n'avaient ni la volont&#233; ni le courage de s'attaquer aux grandes fortunes des armateurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La critique est savoureuse venant de Pierre Moscovici, cet ennemi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; sans strat&#233;gie, le gouvernement a renonc&#233; &#224; r&#233;former et s'est englu&#233; dans l'immobilisme tout en s'enferrant dans des n&#233;gociations sans fin avec l'Union europ&#233;enne ; n&#233;gociations qu'il ne voulait pas vraiment voir aboutir, esp&#233;rant rafler la mise par le chantage au Grexit ; c'est Yanis Varoufakis, personnage dr&#244;le et pittoresque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dixit Pierre Moscovici&#8230;&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais d&#233;connect&#233; de la r&#233;alit&#233; et malfaisant, qui a orchestr&#233; cet enlisement des n&#233;gociations ; si le r&#233;f&#233;rendum d&#233;cid&#233; par Alexis Tsipras a entra&#238;n&#233; une rupture de confiance chez ses partenaires europ&#233;ens, et meurtri Jean-Claude Juncker, ce grand affectif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dixit Pierre Moscovici, toujours&#8230;&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il a au moins permis au premier, rel&#233;gitim&#233;, de se d&#233;barrasser de l'encombrant Varoufakis ; mais il &#233;tait trop tard, les dirigeants europ&#233;ens, trahis et ulc&#233;r&#233;s, avaient d&#233;j&#224; d&#233;mocratiquement d&#233;cid&#233; de ch&#226;tier la Gr&#232;ce, son impudent gouvernement, et la r&#233;bellion &#233;lectorale de son peuple contre le lib&#233;ralisme autoritaire promu par les institutions europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce conte pour enfants biberonn&#233;s &#224; l'ordo-lib&#233;ralisme bruxellois est servi par un montage tr&#233;pidant (91 extraits d'interview, d'une dur&#233;e moyenne n'exc&#233;dant pas 30 secondes, rythment les 57 min du film) et ne laisse gu&#232;re de place aux commentaires, tr&#232;s rares. Celui qui suit est n&#233;anmoins symptomatique de l'&#233;tat d'esprit du documentariste Quatremer, comme du ton g&#233;n&#233;ral de son film :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les institutions de la zone euro, compos&#233;es principalement de conservateurs et de sociaux-d&#233;mocrates d&#233;couvrent toute la &lt;strong&gt;difficult&#233; de n&#233;gocier avec un parti de gauche radicale qui veut obtenir l'aide financi&#232;re des Europ&#233;ens, mais sans les r&#233;formes qui vont avec&lt;/strong&gt;. &lt;strong&gt;La nomination de Yanis Varoufakis n'a pas facilit&#233; les choses, il a rapidement h&#233;riss&#233; ses partenaires et notamment le plus puissant d'entre eux, Wolfgang Sch&#228;uble&lt;/strong&gt;, le ministre des Finances allemand. Le second plan d'aide court jusqu'au 30 juin, au-del&#224; sans accord sur les r&#233;formes, ce sera la faillite du pays. En attendant, sur le front int&#233;rieur grec, peu de choses se passent.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et comme tout conte pour enfants, celui-ci se conclut forc&#233;ment sur une &#171; happy end &#187; dans laquelle les m&#233;chants (gauchistes, anti-europ&#233;ens et irresponsables) sont d&#233;faits, les gentils (pro-europ&#233;ens, mod&#233;r&#233;s et responsables) l'emportent, et o&#249;, ultime rebondissement, le chef des m&#233;chants (Alexis Tsipras) devient raisonnable, et triomphe en acceptant de se soumettre pour le bien des siens &#224; la dure loi de la grande famille europ&#233;enne :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;R&#233;&#233;lu le 20 septembre 2015 &#224; l'issue d'&#233;lections l&#233;gislatives anticip&#233;es, il s'est &lt;strong&gt;d&#233;barrass&#233; de son encombrante aile gauche anti-europ&#233;enne&lt;/strong&gt;. &lt;strong&gt;Les Grecs esp&#232;rent beaucoup de ce jeune dirigeant&lt;/strong&gt; qui n'est pas compromis avec le syst&#232;me client&#233;liste local et ne l'ont pas sanctionn&#233; pour avoir capitul&#233; devant ses cr&#233;anciers. Alexis Tsipras sera-t-il l'homme providentiel qui parviendra &#224; transformer la Gr&#232;ce en un &#201;tat moderne dot&#233; d'une &#233;conomie comp&#233;titive ? Finalement, &lt;strong&gt;les Grecs ont dit oui aux r&#233;formes et &#224; l'aust&#233;rit&#233;&lt;/strong&gt;. &lt;strong&gt;Oui, mais avec Alexis Tsipras&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ce dernier commentaire qui sonne comme un film publicitaire &#224; la gloire de l'Union europ&#233;enne et qui cl&#244;t le documentaire, il ne reste plus qu'&#224; esp&#233;rer que Jean Quatremer ne se soit pas engag&#233; aupr&#232;s d'Arte pour une trilogie&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7789 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L420xH315/quatremer_cigare-c88a9.jpg?1776690447' width='420' height='315' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;C'est une chose que Jean Quatremer fasse syst&#233;matiquement pr&#233;valoir ses opinions, ses convictions et ses fantasmes europ&#233;istes dans son travail journalistique &#8211; c'est aussi son droit, et cela ne regarde que son employeur et les lecteurs de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;. Mais c'en est une autre qu'Arte, cha&#238;ne publique, faut-il le rappeler, lui confie la r&#233;alisation d'un documentaire sur un sujet &#224; propos duquel ses parti-pris sont l&#233;gendaires. R&#233;sultat : un film qui, plut&#244;t que d'informer honn&#234;tement le public des int&#233;r&#234;ts des parties en pr&#233;sence, des enjeux sur lesquels elles s'affrontent, et de leurs interpr&#233;tations n&#233;cessairement contradictoires des &#233;v&#232;nements, choisit son camp, et laisse la partie qui domine d'une puissance &#233;crasante pilonner librement le vaincu et lui attribuer toute la responsabilit&#233; de l'humiliation qu'il lui inflige. S'il n'&#233;tait aussi grossier, un tel chef-d'&#339;uvre aurait toutes les caract&#233;ristiques d'un bon vieux film de propagande officielle&#8230; Un comble pour un chantre de la modernit&#233; et de la d&#233;mocratie comme Jean Quatremer !&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Blaise Magnin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans nos nombreux articles sur le sujet, Quatremer a souvent tenu les premiers r&#244;les&#8230; Voir notamment : &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/Jean-Quatremer-humoriste-et-martyr?recherche=quatremer&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Jean Quatremer, humoriste et martyr &#187;&lt;/a&gt; ; &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/Couverture-mediatique-du-referendum-en-Grece-le-meilleur-du-pire?recherche=quatremer&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Couverture m&#233;diatique du r&#233;f&#233;rendum en Gr&#232;ce : le meilleur du pire &#187;&lt;/a&gt; ; &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/Curee-mediatique-contre-le-referendum-irresponsable-d-Alexis-Tsipras?recherche=quatremer&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/Curee-mediatique-contre-le-referendum-irresponsable-d-Alexis-Tsipras?recherche=quatremer&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cur&#233;e m&#233;diatique contre le r&#233;f&#233;rendum &#171; irresponsable &#187; d'Alexis Tsipras&lt;/a&gt; &#187;&lt;/a&gt; ; &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/Referendum-en-Grece-les-editocrates-et-la-democratie-en-140-signes?recherche=quatremer&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; R&#233;f&#233;rendum en Gr&#232;ce : les &#233;ditocrates et la d&#233;mocratie en 140 signes &#187;&lt;/a&gt; ; &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/La-Grece-vue-par-Liberation-la-ligne-Bruxelles-Quatremer-ne-fait-pas-l?recherche=quatremer&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La Gr&#232;ce vue par Lib&#233;ration : la ligne Bruxelles-Quatremer ne fait pas l'unanimit&#233; &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La critique est savoureuse venant de Pierre Moscovici, cet ennemi universellement reconnu des grandes fortunes, et surtout, de Jean-Claude Juncker, ex-Premier ministre du Luxembourg, paradis fiscal patent&#233; et &#233;den de la finance la plus d&#233;brid&#233;e, si&#232;ge de Clearstream, et havre de toutes les formes d'&#233;vasion fiscale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dixit Pierre Moscovici&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dixit Pierre Moscovici, toujours&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sur Arte, Jean Quatremer psychanalyse la Gr&#232;ce</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Sur-Arte-Jean-Quatremer-psychanalyse-la-Grece</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Sur-Arte-Jean-Quatremer-psychanalyse-la-Grece</guid>
		<dc:date>2015-01-28T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lemaire, Olivier Poche</dc:creator>


		<dc:subject>Documentaires</dc:subject>
		<dc:subject>Jean Quatremer</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Gr&#232;ce, ann&#233;e z&#233;ro &#187; : c&#233;l&#233;bration des r&#233;formes et analyse des tares grecques.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Mauvaise-Grece-" rel="directory"&gt;Mauvaise Gr&#232;ce&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Documentaires-+" rel="tag"&gt;Documentaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Jean-Quatremer-+" rel="tag"&gt;Jean Quatremer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Grece-+" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mardi 20 janvier, Arte rediffusait le documentaire cor&#233;alis&#233; par Jean Quatremer, &#171; Gr&#232;ce, ann&#233;e z&#233;ro &#187;. S'agissait-il, &#224; l'approche des &#233;lections l&#233;gislatives en Gr&#232;ce, de fournir aux t&#233;l&#233;spectateurs fran&#231;ais l'occasion d'approfondir les enjeux autour de la situation critique du pays et des &#233;lections du 24 janvier ? Difficile de l'imaginer, avec ce film de 52 minutes qui enfile les clich&#233;s sur la Gr&#232;ce et la n&#233;cessit&#233; de &#171; la r&#233;forme &#187;, en se concentrant presque exclusivement sur la fraude et la corruption. De ces maux bien r&#233;els, le documentaire propose une explication culturelle ou historique (ou encore une &#171; psychanalyse &#187;, selon les mots de Quatremer lui-m&#234;me), au d&#233;triment d'une mise en perspective &#233;conomique et politique de la crise et des &#171; rem&#232;des &#187; possibles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_7270 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/Quatremer1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH444/Quatremer1-7add9.jpg?1776690449' width='500' height='444' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une question se pose d'embl&#233;e : pourquoi confier &#224; &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/mot1000.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jean Quatremer&lt;/a&gt; la r&#233;alisation d'un documentaire sur la crise grecque ? On gage que les producteurs d'Arte ont &#233;t&#233; s&#233;duits par l'acuit&#233; de son expertise sur la Gr&#232;ce, qui laisse appara&#238;tre certaines de ses qualit&#233;s : son europ&#233;isme convaincu, sa r&#233;pulsion pour les extr&#234;mes-qui-se-touchent, ou encore sa grande connaissance du pays, o&#249; il passe r&#233;guli&#232;rement ses vacances&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire Notes de voyage d'un touriste en Gr&#232;ce&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre &#224; l'occasion d'un s&#233;jour dans les Cyclades que le correspondant de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; a rencontr&#233; l'historien gr&#233;co-suisse Nicolas Bloudanis, originaire de l'&#238;le de Patmos, qui joue d&#232;s le commencement du documentaire le r&#244;le de &#171; guide &#187; dans la Gr&#232;ce en crise. Un choix qui n'a rien d'anodin ; interview&#233; en 2011 par Quatremer dans les colonnes de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, l'historien donnait un avis tranch&#233; sur la situation en Gr&#232;ce : il en appelait alors &#224; &lt;i&gt;&#171; privatiser les entreprises publiques &#187;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#171; r&#233;duire drastiquement la taille de la fonction publique &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de ces recommandations originales, Nicolas Bloudanis partage avec Quatremer, une vision &#171; culturelle &#187; de la crise grecque, selon laquelle les probl&#232;mes des Grecs &#8211; r&#233;duits pratiquement &#224; la fraude fiscale et &#224; la corruption &#8211; trouvent leur explication dans une certaine &#171; mentalit&#233; &#187;. On reviendra sur cette question centrale dans le documentaire ; plus importante m&#234;me que celle pos&#233;e dans le sous-titre de l'&#233;mission &#8211; et qui annonce n&#233;anmoins la couleur : &lt;i&gt;&#171; Comment l'amer rem&#232;de impos&#233; par l'Europe &#224; la crise de la dette apporte aussi &#224; la Gr&#232;ce une chance in&#233;dite de construire un &#201;tat de droit. &#187;&lt;/i&gt; Une version grecque de &#171; Vive la crise &#187;, en quelque sorte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Vive la crise &#187; est une &#233;mission lanc&#233;e en 1984 sur Antenne 2. Son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le documentaire est fid&#232;le &#224; l'&#339;uvre du correspondant &#224; Bruxelles de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, dont la critique acerbe des vicissitudes grecques n'a d'&#233;gal que la bienveillance, voire la r&#233;v&#233;rence &#224; l'&#233;gard des institutions europ&#233;ennes. Il est difficile de r&#233;sumer le propos d'un film qui, sur le mode des &#171; choses vues et entendues &#187; et du commentaire ponctuel, s'abstient de tout discours construit et argument&#233; ; mais &#224; bien &#233;couter, on y reconna&#238;t une petite musique que l'on pourrait d&#233;composer en quatre motifs principaux.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Une petite musique famili&#232;re&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'aust&#233;rit&#233; est un mal n&#233;cessaire. &#8211;&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;&#171; Le pays doit profond&#233;ment changer, il n'a pas le choix &#187;&lt;/i&gt; : le ton est donn&#233; d&#232;s l'ouverture du documentaire, qui &#233;voque rapidement les mesures de rigueur, in&#233;luctables : &lt;i&gt;&#171; &#192; partir de la faillite, le gouvernement n'avait qu'une seule possibilit&#233; : prendre l'argent l&#224; o&#249; il &#233;tait [&#8230;] c'est-&#224;-dire chez les fonctionnaires chez les retrait&#233;s, il pouvait leur retirer une partie de leur revenu, ce qui a provoqu&#233; &#233;norm&#233;ment de m&#233;contentement &#187;&lt;/i&gt;, explique Bloudanis, pragmatique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id&#233;e reprise et d&#233;velopp&#233;e &#8211; de quelle savoureuse mani&#232;re ! &#8211; &#224; la fin du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La seule possibilit&#233;, vraiment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le narrateur reconna&#238;t en tout cas une &lt;i&gt;&#171; situation terriblement angoissante pour le peuple grec, qui fr&#244;le la d&#233;pression collective. &#187;&lt;/i&gt; Mais se reprend, philosophe : &#171; &lt;i&gt;Le prix &#224; payer pour vivre dans une soci&#233;t&#233; lib&#233;rale &lt;strong&gt;peut parfois para&#238;tre&lt;/strong&gt; tr&#232;s &#233;lev&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Un doux euph&#233;misme qui pr&#234;terait &#224; sourire, si la situation en Gr&#232;ce n'&#233;tait pas si tragique. &lt;a href=&#034;http://www.okeanews.fr/20140507-austerite-en-grece-tous-les-chiffres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La pauvret&#233; a doubl&#233; entre 2010 et 2012 et le ch&#244;mage a tripl&#233; depuis les d&#233;buts de la crise&lt;/a&gt;, et cela n'a rien d'une impression. Et si c'est le &lt;i&gt;&#171; prix &#224; payer pour vivre dans une soci&#233;t&#233; lib&#233;rale &#187;&lt;/i&gt;, que faut-il en conclure ? L'aust&#233;rit&#233; ou le goulag ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Grecs fraudeurs l'ont tout de m&#234;me bien m&#233;rit&#233;. &#8211;&lt;/strong&gt; Le documentaire se poursuit en &#233;voquant la question de la fraude fiscale et de la corruption en Gr&#232;ce. Bien s&#251;r ces deux ph&#233;nom&#232;nes existent, mais ils sont loin de constituer les seules causes de la crise grecque. Or non seulement le documentaire se focalise sur la corruption et la fraude, mais il tend &#224; les g&#233;n&#233;raliser &#224; l'ensemble de la population grecque, &#233;voquant par exemple &#171; la fraude fiscale &#187; comme une pratique uniforme &#8211; un &lt;i&gt;&#171; sport national &#187;&lt;/i&gt;. La voix-off rappelle par ailleurs que &lt;i&gt;&#171; si chaque citoyen avait pay&#233; son d&#251;, [la Gr&#232;ce] n'aurait tout simplement pas eu besoin d'emprunter &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix des interlocuteurs, remarquablement monocorde, pose lui aussi question. Qu'il s'agisse du ministre conservateur &lt;i&gt;&#171; charg&#233; de r&#233;former la pl&#233;thorique administration grecque &#187;&lt;/i&gt;, du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral pour les recettes fiscales, du repr&#233;sentant de la Commission en Gr&#232;ce, d'un ancien ministre des finances du PASOK, ou encore d'un repr&#233;sentant de la Tro&#239;ka, tous s'accordent sur la n&#233;cessit&#233; des &#171; r&#233;formes &#187;. Et qui de mieux pour &#233;voquer la corruption et les changements n&#233;cessaires que d'authentiques membres du s&#233;rail, comme l'ancien ministre des Finances Giorgios Papakonstantinou ? Ou Kyriakos Mitsotakis, issu des grandes familles grecques qui se partagent le pouvoir en Gr&#232;ce depuis des d&#233;cennies ? Ou encore Evangelos Venizelos, qui a fait partie, depuis 1993, de presque tous les gouvernements ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7272 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/Quatremer3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH282/Quatremer3-78ade.jpg?1776690449' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Seules exceptions : Giorgos Stathakis, d&#233;put&#233; de Syriza et Tryphon Alexiadis, vice-pr&#233;sident du syndicat des agents du fisc, &lt;i&gt;&#171; proche de la gauche radicale &#187;&lt;/i&gt;, dont les interventions sont souvent en d&#233;calage vis-&#224;-vis des autres t&#233;moignages &#8211; notamment parce qu'elles &#233;mettent un point de vue critique sur &#171; les r&#233;formes &#187; ou soulignent l'importance de distinguer les classes poss&#233;dantes du reste de la population, en mati&#232;re d'&#233;vasion fiscale notamment. Mais le commentaire fait la sourde oreille, ne rel&#232;ve pas ces d&#233;saccords et retourne &#224; sa marotte : la fraude expliqu&#233;e par l'histoire et la culture grecques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le populisme, c'est mal. &#8211;&lt;/strong&gt; Non seulement les voix discordantes qui s'expriment dans le documentaire de Quatremer sont rares&#8230; mais elles sont d'embl&#233;e mises dans le m&#234;me sac : le populisme. La voix-off pose le d&#233;cor : &lt;i&gt;&#171; La r&#233;forme de l'&#201;tat, tout le monde s'accorde &#224; la trouver n&#233;cessaire dans un syst&#232;me qui a fait faillite. Mais elle n'en est pas moins douloureuse [&#8230;]. Alors, comme partout dans le monde, la tentation du populisme, de droite ou de gauche, est grande. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est repr&#233;sent&#233; par Kostas Moneos, un chauffeur de taxi qui annonce qu'il votera Aube Dor&#233;e, par r&#233;volte face &#224; la paup&#233;risation g&#233;n&#233;ralis&#233;e et parce qu'il ne croit plus dans les partis politiques traditionnels. Le second, par le d&#233;put&#233; Giorgos Stathakis de Syriza, formation dont on apprend, en guise de pr&#233;sentation, qu'elle &lt;i&gt;&#171; a longtemps promis que tout pourrait redevenir comme avant &#187;&lt;/i&gt;, mais que son &lt;i&gt;&#171; discours se nuance &#187;&lt;/i&gt; &#224; l'approche des &#233;lections. S'ensuit une courte intervention de Stathakis sur la n&#233;cessit&#233; de lutter contre la fraude fiscale des plus riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, r&#233;sume le narrateur, &lt;i&gt;&#171; face au rejet de la classe politique, les Grecs pr&#233;f&#232;rent voter soit pour Syriza, parti de gauche radicale, soit pour Aube Dor&#233;e, un parti n&#233;o-nazi. &#187;&lt;/i&gt; Heureusement, &lt;i&gt;&#171; un tout nouveau parti cr&#233;&#233; par un ancien journaliste, Stavros Theodorakis, tente d'&#233;viter cette course dans les extr&#234;mes. &#187;&lt;/i&gt; Il s'agit de To Potami, parti pro-europ&#233;en dont le programme se r&#233;sume&#8230; &#224; &lt;i&gt;&#171; poursuivre les r&#233;formes, mais avec des hommes nouveaux qui n'ont jamais &#233;t&#233; impliqu&#233;s dans les affaires &#187;&lt;/i&gt;. Original.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Heureusement, il y a l'Europe. &#8211;&lt;/strong&gt; Car le v&#233;ritable rempart face aux &#171; extr&#234;mes &#187;, c'est bien l'Europe. M&#234;me si son action n'est pas toujours bien per&#231;ue. Le repr&#233;sentant de la Commission en Gr&#232;ce Pavos Karvounis se d&#233;sole : &lt;i&gt;&#171; On dit que c'est l'Union europ&#233;enne qui a mis la Gr&#232;ce &#224; genoux. &#187;&lt;/i&gt; Certes, il y a des &lt;i&gt;&#171; sacrifices &#187;&lt;/i&gt; ; mais ce n'est pas l'Union europ&#233;enne qu'il faut bl&#226;mer : &lt;i&gt;&#171; La le&#231;on &#224; tirer, c'est que les Grecs se sont plant&#233;s. &#187;&lt;/i&gt; Et de poursuivre : &lt;i&gt;&#171; Il faudrait m&#233;diatiser une image positive de l'Europe, car elle seule a &#233;t&#233; aux c&#244;t&#233;s de la Gr&#232;ce pour l'aider. &#187;&lt;/i&gt; &#192; ses c&#244;t&#233;s, certes&#8230; Mais pour l'aider, vraiment ? Cela au moins pourrait faire d&#233;bat &#8211; mais pas dans le documentaire de Jean Quatremer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la suggestion de Pavos Karvounis, &lt;i&gt;&#171; m&#233;diatiser une image positive de l'Europe &#187;&lt;/i&gt;, n'est manifestement pas tomb&#233;e dans l'oreille d'un sourd. Et l'on chercherait en vain dans le commentaire en voix-off la moindre &#233;valuation critique des &#171; r&#233;formes &#187; impos&#233;es par l'Europe en Gr&#232;ce. Pour notre part, nous n'avons relev&#233; qu'une phrase critique &#224; l'&#233;gard des institutions europ&#233;ennes. C'est &#224; la 42e minute : &lt;i&gt;&#171; Un pays n'est pas une entreprise et la Tro&#239;ka&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Commission europ&#233;enne, le Fonds mon&#233;taire international et la Banque (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; semble l'avoir oubli&#233;. &#187;&lt;/i&gt; &#192; l'inverse des religieux et des armateurs qui, eux, &lt;i&gt;&#171; l'ont parfaitement compris &#187;&lt;/i&gt; et savent en jouer &#224; leur avantage. Trop na&#239;ve, la Tro&#239;ka ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Une crise &#171; culturelle &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Gr&#232;ce, ann&#233;e z&#233;ro &#187; d&#233;veloppe une petite musique, donc, plut&#244;t qu'un discours construit. Les points de vue exprim&#233;s, qui reprennent presque exclusivement le discours officiel sur la situation grecque, sont rarement assum&#233;s par le narrateur. Le seul probl&#232;me que le documentaire accepte de prendre de front, au point de constituer une sorte de fil rouge, est celui des origines culturelles de la fraude et de la corruption.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7271 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/Quatremer2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/Quatremer2-83b54.jpg?1776690449' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans l'interview pr&#233;c&#233;dant le documentaire, le correspondant &#224; Bruxelles de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; s'en explique d'ailleurs tr&#232;s clairement : &lt;i&gt;&#171; Je voulais montrer aussi que si la Gr&#232;ce a d&#233;rap&#233;, c'est parce qu'il y a des raisons qui sont li&#233;es &#224; l'&#201;tat grec lui-m&#234;me, &#224; l'histoire grecque, &#224; la culture grecque. Ca ne veut pas dire que les Grecs sont des voleurs [&#8230;] &#187;&lt;/i&gt;. Disons que c'est une fa&#231;on moins brutale et pseudo-savante de le dire. Et disons surtout que faire un documentaire pour l'expliquer contribue &#224; pr&#233;senter &#171; les Grecs &#187; dans leur ensemble et sans distinction comme responsables de la crise, tout en d&#233;douanant les autres acteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision culturaliste n'est pas nouvelle chez Quatremer qui applaudissait d&#233;j&#224; en 2012 les propos douteux du philosophe Stelios Ramfos : &lt;i&gt;&#171; Les Grecs ne sont pas du tout rationnels. Ils ne raisonnent pas comme les Europ&#233;ens de l'Ouest. [&#8230;] Notre structure mentale est rest&#233;e d'une certaine mani&#232;re atrophi&#233;e, focalis&#233;e sur les probl&#232;mes du moment.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Dans &#171; Gr&#232;ce, ann&#233;e z&#233;ro &#187;, Nicolas Bloudanis lui embo&#238;te le pas : &lt;i&gt;&#171; Le Grec moderne r&#233;fl&#233;chit exactement comme r&#233;fl&#233;chissait celui du XIXe si&#232;cle, dans le sens o&#249; il attend de l'&#201;tat qu'il assure son avenir [&#8230;] et c'est ce qui explique son d&#233;sarroi total face &#224; la crise et aux r&#233;formes que cette crise oblige l'&#201;tat grec &#224; faire. &#187;&lt;/i&gt; Bien simplet qui croyait que le d&#233;sarroi des Grecs &#233;tait avant tout la cons&#233;quence de l'effondrement de l'&#233;conomie, des salaires, de la protection sociale et des services publics&#8230; puisqu'il s'agit, au fond, d'une question de mentalit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire permet en tout cas de prendre de la hauteur. Le commentaire nous rappelle que &lt;i&gt;&#171; dans l'Antiquit&#233;, la Gr&#232;ce &#233;tait constitu&#233; de cit&#233;s-Etats, tour &#224; tour sous le joug de diff&#233;rentes occupations &#233;trang&#232;res &#187;&lt;/i&gt;, et Nicolas Bloudanis remet doctement en perspective la crise actuelle : &lt;i&gt;&#171; La faillite d'aujourd'hui est donc la troisi&#232;me que conna&#238;t la Gr&#232;ce dans son histoire. La premi&#232;re a eu lieu en 1893 ; la deuxi&#232;me a eu lieu en 1932, mais on ne peut pas la consid&#233;rer comme traditionnelle parce qu'elle faisait partie alors de la crise mondiale ; et aujourd'hui &#224; partir de 2009, c'est une troisi&#232;me faillite, qui est tout &#224; fait classique &#224; la Gr&#232;ce. &#187;&lt;/i&gt; R&#233;sumons : une tradition nationale de la faillite, fond&#233;e sur deux exemples, les crises de 1893 et de 2009. &#192; condition bien s&#251;r de consid&#233;rer, comme notre expert, que ces crises n'ont absolument rien &#224; voir avec de quelconques crises mondiales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour la crise de 2009, difficile de ne pas faire le lien entre la crise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Extr&#233;misme, fraude et corruption ne sont pourtant pas inscrits dans l'ADN grec &#187;&lt;/i&gt;, nous rassure le commentaire, &lt;i&gt;&#171; mais trouvent leur origine dans l'histoire tourment&#233;e de ce pays &#187;&lt;/i&gt;. Ce que confirme Margaritis Schinas, directeur r&#233;sidant charg&#233; de la liaison avec la Tro&#239;ka, qui &#233;voque quant &#224; lui non pas l'ADN grec, mais &#8211; nuance ! &#8211; &lt;i&gt;&#171; des pathologies d&#233;cennales, voire s&#233;culaires &#187;&lt;/i&gt; que la crise oblige &#224; d&#233;passer : &lt;i&gt;&#171; Historiquement, il existe une mentalit&#233; dans la Gr&#232;ce moderne qui est un r&#233;sidu de la p&#233;riode ottomane : pour les Grecs, l'&#201;tat, ce n'est pas nous [&#8230;] Ce n'est donc pas grave si on le vole un peu. &#187;&lt;/i&gt; Et &#224; la fin du documentaire (voir annexe), le vice Premier-ministre grec, Evangelos Venizelos, conclura ainsi : &lt;i&gt;&#171; Il faut poursuivre cet effort. Nous avons d&#233;j&#224; atteint de nombreux objectifs [&#8230;] Mais, nous devons faire face aux mentalit&#233;s corporatistes, au populisme, &#224; la th&#233;orie de la facilit&#233;. &#187;&lt;/i&gt; Encore et toujours, la &#171; mentalit&#233; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vision de la crise grecque comme crise culturelle fonctionne comme une puissante justification du &#171; calvaire &#187; subi par les Grecs et de l'intervention des institutions europ&#233;ennes : il s'agirait en fait de l'ajustement douloureux mais n&#233;cessaire d'une soci&#233;t&#233; min&#233;e par la fraude et la corruption, inscrites dans la culture et l'histoire grecques. Quatremer se d&#233;fend d'avoir une vision raciste, en pr&#233;cisant que ces maux ne sont pas &#171; dans l'ADN des Grecs &#187; (ce que personne de sens&#233; ne pourrait soutenir). Mais il d&#233;veloppe n&#233;anmoins une vision culturaliste qui, sous ses atours scientifiques, demeure tr&#232;s ambigu&#235;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce sujet, lire &#171; Culture et culturalisme &#187; sur le site LMSI.&#034; id=&#034;nh7-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et permet de renvoyer la crise grecque&#8230; &#224; un mal grec. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lemaire et Olivier Poche&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PS&lt;/strong&gt; : Comme on pouvait s'en douter, Jean Quatremer s'est rapidement r&#233;joui de la victoire de Syriza lors des &#233;lections l&#233;gislatives du 25 janvier. En t&#233;moigne par exemple ce Tweet, d'une bonne foi &#224; toute &#233;preuve. Question de &#171; mentalit&#233; &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7273 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH169/QuatremerSyriza2-5096f.jpg?1776690449' width='500' height='169' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Annexe : la conclusion de &#171; Gr&#232;ce, ann&#233;e z&#233;ro &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons retranscrit ici les derni&#232;res minutes de &#171; Gr&#232;ce, ann&#233;e z&#233;ro &#187;. Celles-ci sont embl&#233;matiques de l'importance donn&#233;e aux intervenants &#171; issus du s&#233;rail &#187;, qui, apr&#232;s avoir c&#233;l&#233;br&#233; les r&#233;formes qu'ils sont charg&#233;s de conduire, concluent le propos sur la situation de la Gr&#232;ce et ses perspectives. L'avertissement final, qui semble destin&#233; aux t&#233;l&#233;spectateurs fran&#231;ais, est lui aussi significatif : nous allons payer, &#171; tous ensemble &#187; et sans plus de distinction, pour les maux de la Gr&#232;ce. Les Grecs auront pay&#233; pour leurs p&#233;ch&#233;s, et nous paierons pour notre &#171; c&#233;cit&#233; &#187; : &#171; Gr&#232;ce, ann&#233;e z&#233;ro &#187;, ou le degr&#233; z&#233;ro de l'analyse politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kostas Moneos, chauffeur de taxi et &#233;lecteur d'Aube dor&#233;e&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;&#171; Mes espoirs reposent sur les Europ&#233;ens par sur nous. Ils veulent aider la Gr&#232;ce, ils ne veulent pas la voir d&#233;truite. La faillite de la Gr&#232;ce n'est dans l'int&#233;r&#234;t de personne, ni de l'UE ni des grands Etats europ&#233;ens, autrement ils nous auraient d&#233;j&#224; mis en faillite&#8230; Mon espoir est l&#224;. Je n'esp&#232;re rien des hommes politiques grecs. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pavos Karvounis, repr&#233;sentant de la Commission en Gr&#232;ce&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;&#171; Beaucoup de temps risque de s'&#233;couler avant que la Gr&#232;ce ne ressemble &#224; l'Etat fran&#231;ais ou &#224; l'Etat allemand. Ici, la soci&#233;t&#233; fait des progr&#232;s, mais ils se font tr&#232;s lentement. Par ailleurs, je pense que la crise acc&#233;l&#232;re l'adaptation, et depuis peu, nous allons plus vite vers un mod&#232;le occidental. La crise comporte beaucoup de points n&#233;gatifs, mais &#233;galement beaucoup de points positifs ; elle nous pousse plus rapidement &#224; adh&#233;rer &#224; une gouvernance europ&#233;enne qui n'existait pas en Gr&#232;ce avant la crise bien que nous soyons membres de l'Union depuis plus de trente ans &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Giorgios Papakonstantinou, ministre des finances de 2009 &#224; 2011 (PASOK)&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;&#171; Sur le plan budg&#233;taire, nous sommes au bout d'un long marathon. Mais sur le plan structurel, et sur celui des mentalit&#233;s dans notre pays, nous ne sommes qu'au d&#233;but. Cela va prendre des g&#233;n&#233;rations pour changer. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Evangelos Venizelos, vice Premier-ministre et ministre des affaires &#233;trang&#232;res (PASOK)&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;&#171; Il faut poursuivre cet effort. Nous avons d&#233;j&#224; atteint de nombreux objectifs. Nous avons assaini nos finances publiques en enregistrant un exc&#233;dent primaire et un d&#233;ficit budg&#233;taire contr&#244;lable. Nous avons r&#233;ussi &#224; nous conformer aux r&#232;gles budg&#233;taires, ce qu'aucun pays dans l'histoire n'a r&#233;ussi. Et dans le m&#234;me temps, nous avons proc&#233;d&#233; &#224; des changements structurels et institutionnels tr&#232;s importants. Nous avons un march&#233; du travail diff&#233;rent, un syst&#232;me de s&#233;curit&#233; sociale diff&#233;rent que nous essayons de rendre viable. Nous avons une administration que nous essayons de moderniser. Mais, nous devons faire face aux mentalit&#233;s corporatistes, au populisme, &#224; la th&#233;orie de la facilit&#233;. Les nombreuses subventions distribu&#233;es par l'Etat sont des habitudes profond&#233;ment ancr&#233;es dans les structures de la soci&#233;t&#233; ; non seulement en Gr&#232;ce, mais aussi dans d'autres pays. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Bloudanis, historien&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;&#171; Tout ce qu'on vient de voir, tous ces dysfonctionnements, les grecs ne les ont jamais r&#233;ellement cach&#233;s, et l'Europe avait le moyen de savoir. Alors, pourquoi est-ce qu'on a laiss&#233; entrer la Gr&#232;ce dans l'Euro sans exiger au pr&#233;alable les r&#233;formes n&#233;cessaires ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voix-off&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;&#171; Reste que la Gr&#232;ce n'est pas seule responsable du chaos actuel. Les autres Etats europ&#233;ens, en l'acceptant dans l'Union et dans l'Euro, ont &#233;t&#233; bien aveugles. Et maintenant, ce qui est s&#251;r, c'est qu'il faudra payer tous ensemble la facture de cette c&#233;cit&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &lt;a href=&#034;http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2011/08/notes-de-voyage-dun-touriste-en-gr%C3%A8ce.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Notes de voyage d'un touriste en Gr&#232;ce&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/economie/2011/10/29/la-dette-une-affaire-d-etat_771167&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.liberation.fr/economie/2011/10/29/la-dette-une-affaire-d-etat_771167&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Vive la crise &#187; est une &#233;mission lanc&#233;e en 1984 sur Antenne 2. Son objectif affich&#233; &#233;tait de convaincre les t&#233;l&#233;spectateurs que la crise &#233;tait une &#171; opportunit&#233; &#187; pour une r&#233;volution lib&#233;rale de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Pour plus d'information, lire &lt;a href=&#034;http://blogdenico.fr/22-fevrier-1984-vive-la-crise/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ce commentaire d'une &#233;mission de L&#224;-bas si j'y suis&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Id&#233;e reprise et d&#233;velopp&#233;e &#8211; de quelle savoureuse mani&#232;re ! &#8211; &#224; la fin du documentaire, par Pavos Karvounis, repr&#233;sentant de la Commission en Gr&#232;ce : &lt;i&gt;&#171; Au d&#233;but de la crise, l'&#201;tat grec n'a pris de l'argent qu'&#224; ceux qui semblaient en avoir : les retrait&#233;s et les salari&#233;s. Il n'en a pas collect&#233; aupr&#232;s des m&#233;decins, des avocats, des tr&#232;s riches. Cela a &#233;t&#233; fait seulement dans un second temps, lorsque nous avons compris que &#231;a n'allait plus, que la classe moyenne s'est retrouv&#233;e totalement d&#233;munie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Commission europ&#233;enne, le Fonds mon&#233;taire international et la Banque centrale europ&#233;enne, qui supervise la mise en &#339;uvre des plans de rigueur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2012/06/cet-entretien-avec-le-philosophe-grec-stelios-ramgos-73-ans-r%C3%A9alis%C3%A9e-par-mon-confr%C3%A8re-richard-werly-et-paru-dans-le-quot.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2012/06/cet-entretien-avec-le-philosophe-grec-stelios-ramgos-73-ans-r%C3%A9alis%C3%A9e-par-mon-confr%C3%A8re-richard-werly-et-paru-dans-le-quot.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour la crise de 2009, difficile de ne pas faire le lien entre la crise grecque et la crise financi&#232;re mondiale. Quant &#224; celle de 1893, lire la &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_D%C3%A9pression_%281873-1896%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;page wikipedia&lt;/a&gt; qui lui est consacr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; ce sujet, lire &lt;a href=&#034;http://lmsi.net/Culture-et-culturalisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Culture et culturalisme &#187;&lt;/a&gt; sur le site LMSI.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> &#171; Secrets d'Histoire &#187; sur France 2 : de Gaulle couronn&#233;, de Gaulle sanctifi&#233;, de Gaulle peopolis&#233;</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Secrets-d-Histoire-sur-France-2-de-Gaulle-couronne-de-Gaulle-sanctifie-de</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Secrets-d-Histoire-sur-France-2-de-Gaulle-couronne-de-Gaulle-sanctifie-de</guid>
		<dc:date>2014-09-22T04:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>R&#233;mi L&#233;pinay</dc:creator>


		<dc:subject>France 2</dc:subject>
		<dc:subject>Documentaires</dc:subject>
		<dc:subject>St&#233;phane Bern</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;De Gaulle, le dernier roi de France ? Comment faire l'apologie d'un homme d'&#201;tat pendant 1h30 en ne faisant qu'effleurer son action politique&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Medias-et-histoire-" rel="directory"&gt;M&#233;dias et histoire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-France-2-+" rel="tag"&gt;France 2&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Documentaires-+" rel="tag"&gt;Documentaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Stephane-Bern-+" rel="tag"&gt;St&#233;phane Bern&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 28 ao&#251;t dernier sur France 2, St&#233;phane Bern pr&#233;sentait un nouveau num&#233;ro de l'&#233;mission &#171; Secrets d'Histoire &#187;. Ce programme, sous couvert de vulgarisation historique, n'est pour l'essentiel qu'un assemblage de sujets st&#233;r&#233;otyp&#233;s m&#234;lant anecdotes superficielles et parti pris simplistes, et se pr&#233;sente &#233;galement, &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article4409.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;comme nous l'avions relev&#233; dans un pr&#233;c&#233;dent article, comme le magazine royaliste de France 2&lt;/a&gt;. Le num&#233;ro du 28 ao&#251;t, intitul&#233; &#171; De Gaulle, le dernier des g&#233;ants &#187;, n'a pas d&#233;rog&#233; &#224; la r&#232;gle. De Gaulle, le dernier des rois de France ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D'embl&#233;e, le titre choisi annonce un parti pris &#233;vident que la liste des intervenants ne peut que renforcer : sur les quatorze personnes sollicit&#233;es par St&#233;phane Bern, sept sont d'anciens proches du g&#233;n&#233;ral de Gaulle, collaborateurs ou membres de la famille. Un choix qui interdit presque &#224; coup s&#251;r que soit port&#233; un regard distanci&#233; sur la personne du g&#233;n&#233;ral, et moins encore une r&#233;flexion critique sur son &#339;uvre politique&#8230; Si au moins les sept autres intervenants avaient &#233;t&#233; choisis pour faire contrepoint. Il n'en fut rien, &#233;videmment. Nous retrouvons par exemple Jean-Louis Debr&#233;, dont le p&#232;re fut Premier ministre de de Gaulle (ce qui n'est jamais pr&#233;cis&#233; dans de l'&#233;mission), et dont on se doute que les interventions n'&#233;reinteront pas trop le grand homme... Bref, ce qui &#233;tait &#224; craindre d&#232;s le d&#233;but de l'&#233;mission se confirme par la suite : ce n'est pas &#224; un documentaire de vulgarisation historique que nous avons affaire mais &#224; une v&#233;ritable hagiographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La naissance d'une b&#234;te m&#233;diatique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien en phase avec le journalisme politique tel qu'il se pratique aujourd'hui, l'&#233;mission appr&#233;hende la politique essentiellement sous l'angle du spectacle et des petites phrases. Ainsi, apr&#232;s une premi&#232;re visite de la Boisserie o&#249; l'on apprend, d&#233;tail essentiel, que le t&#233;l&#233;phone est cach&#233; &#171; dans le cagibi, sous l'escalier &#187;, la voix off annonce sur fond de musique th&#233;&#226;trale : &#171; &lt;i&gt;Rebelle, insoumis, sarcastique, le g&#233;n&#233;ral de Gaulle est &lt;strong&gt;le premier homme politique fran&#231;ais &#224; faire de la communication une arme de persuasion massive pour changer le cours de l'histoire&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; &#187; (sic). Pour tenter d'appuyer cette affirmation p&#233;remptoire, une premi&#232;re s&#233;rie d'intervenants nous vante les talents de communicant du g&#233;n&#233;ral de Gaulle. Que m&#233;rite d'&#234;tre abord&#233;e la mani&#232;re dont de Gaulle utilise les outils de communications modernes pour construire sa propre image, notamment pendant ses deux mandats pr&#233;sidentiels, cela ne fait pas de doute. Mais cette question n'est jamais &#233;voqu&#233;e, et la ma&#238;trise de sa communication par de Gaulle n'est abord&#233;e que pour mieux vanter la grandeur du personnage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pis, les grandes &#233;tapes de son parcours sont revues sous le seul angle du potentiel m&#233;diatique. Ainsi, la Seconde Guerre mondiale est principalement per&#231;ue comme un premier essai concluant de de Gaulle sous les feux des projecteurs. Des d&#233;buts qui ont &#233;t&#233; rendus possible par l'impr&#233;sario de circonstance du g&#233;n&#233;ral, un certain&#8230;Winston Churchill qui souhaite &#171; &lt;i&gt;lui donner les moyens de ses ambitions &lt;/i&gt; &#187; et d&#233;cide de &#171; &lt;i&gt;tout miser sur cet illustre inconnu &lt;/i&gt; &#187;. Il s'en suit une s&#233;rie d'interventions, photographies d'&#233;poque &#224; l'appui, sur les campagnes m&#233;diatiques que de Gaulle effectue dans le but de conqu&#233;rir le c&#339;ur du public. Une bien belle histoire, dont on ignore trop souvent le versant show-business !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On encha&#238;ne ensuite sur le retour en France en 1944 et la descente triomphale des Champs-&#201;lys&#233;es, au cours de laquelle &#171; &lt;i&gt;toutes les cam&#233;ras sont braqu&#233;es sur l'homme providentiel&lt;/i&gt; &#187; (on notera au passage l'anachronisme, &#224; une &#233;poque ou les principaux m&#233;dias sont encore la presse &#233;crite et la radio). Le temps de passer un extrait du fameux discours &#224; la Mairie de Paris et c'en est fini de la guerre. Ainsi, vu par &#171; Secrets d'Histoire &#187;, la place de de Gaulle dans la Seconde Guerre mondiale se r&#233;sume pour l'essentiel &#224; celle d'un produit m&#233;diatique cr&#233;&#233; de toute pi&#232;ce et dont le succ&#232;s serait m&#234;me devenu incontr&#244;lable : &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;La cr&#233;ature m&#233;diatique finit cependant par &#233;chapper &#224; son cr&#233;ateur&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De Gaulle r&#232;gne sur la politique fran&#231;aise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un rapide passage sur le gouvernement provisoire permet d'encha&#238;ner sur la &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;travers&#233;e du d&#233;sert m&#233;diatique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187; et le &#171; &lt;i&gt;retour fracassant&lt;/i&gt; &#187; de 1958. Inutile de dire que la mani&#232;re dont sont trait&#233;es les onze ann&#233;es de pr&#233;sidence de de Gaulle sont du m&#234;me acabit que ce qui a pr&#233;c&#233;d&#233;. Sans surprise, les conf&#233;rences de presse constituent le premier point sur lequel l'&#233;mission s'attarde sans aucune distance critique. Seulement des commentaires d'intervenants b&#233;ats : &#171; &lt;i&gt;Les gens se battaient pour aller &#224; la conf&#233;rence de presse du g&#233;n&#233;ral De Gaulle. &lt;strong&gt;C'est un show !&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; &#187; raconte Jacques Vendroux, journaliste sportif et accessoirement&#8230; petit neveu de de Gaulle. Pour Alain Duhamel, &#171; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;c'est un com&#233;dien prodigieux &lt;/strong&gt; ! Mais vraiment prodigieux ! Mais qui travaillait beaucoup... Ses discours, il les pronon&#231;ait sans note. Mais il les m&#233;morisait. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principaux &#233;v&#233;nements survenus au cours des deux mandats pr&#233;sidentiels sont bien &#233;voqu&#233;s. Mais lorsqu'ils ne sont pas pr&#233;sent&#233;s sous le seul angle de la vie priv&#233;e, ils en deviennent si sch&#233;matiques et anecdotiques qu'ils en perdent toute substance politique. Ainsi, sur la Guerre d'Alg&#233;rie, on serait tent&#233; de croire que le fait de dire &#171; Je vous ai compris &#187; a permis &#224; de Gaulle de se faire admettre unanimement comme le seul recours possible ; que sa rencontre avec le Chancelier Adenauer en 1963 se r&#233;sume pour l'essentiel &#224; un conflit familial pour savoir si ce dernier doit coucher &#224; la Boisserie ; ou que la &#171; Troisi&#232;me voie &#187; voulue comme alternative aux mod&#232;les am&#233;ricain et sovi&#233;tique, n'est qu'une mani&#232;re de &#171; &lt;i&gt;faire de la France l'arbitre de ce combat de titans &lt;/i&gt; &#187; ; etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de la politique int&#233;rieure, ce n'est pas mieux. D'abord, alors qu'il &#233;voque la conception qu'avait de Gaulle de la France, St&#233;phane Bern ne peut s'emp&#234;cher de nous servir ses propres emballements monarchistes. Choisissant de se rendre &#224; Versailles pour nous faire visiter le Trianon-sous-Bois, r&#233;am&#233;nag&#233; en lieu de r&#233;sidence pr&#233;sidentielle &#224; la demande de De Gaulle, il introduit le sujet d'une dr&#244;le de mani&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Restaurer la grandeur de la France. Mais pas seulement : le g&#233;n&#233;ral de Gaulle veut aussi la r&#233;concilier avec son pass&#233; et souvenez-vous : son p&#232;re est monarchiste&lt;/i&gt; &#187; &#8230; Avant d'insister, quelques minutes plus tard : &#171; &lt;i&gt;Le g&#233;n&#233;ral de Gaulle a voulu restaurer la place de la France dans l'histoire en faisant de ce lieu le symbole d'une grandeur recouvr&#233;e &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre aspect incontournable de la personnalit&#233; de de Gaulle sur laquelle l'&#233;mission s'appesantit : ses rapports avec les artistes du show business et les sportifs. Pas d'inqui&#233;tude, ces rapports sont excellents, nous dit-on. Et s'agissant des sportifs, nous assistons &#224; une dr&#244;le de d&#233;monstration, consistant &#224; reprendre sans aucune distance un extrait des actualit&#233;s film&#233;es de l'&#233;t&#233; 1960 relatant le passage du Tour de France &#224; Colombey-les-Deux-&#201;glises, fief de la famille de Gaulle. Le journaliste de l'&#233;poque annonce que, &#171; grande surprise &#187;, de Gaulle est apparu &#171; au milieu des villageois de Colombey &#187; pour assister au passage du tour incognito. Si le caract&#232;re spontan&#233; de cette sc&#232;ne telle que rapport&#233;e par le reportage d'&#233;poque est plus que douteux, il est pourtant corrobor&#233; par le grand t&#233;moin convoqu&#233; par St&#233;phane Bern, Jacques Vendroux, qui pr&#233;cise : &#171; &lt;i&gt;Lui, il y a &#233;t&#233; tranquillement avec ses lunettes, comme un supporter... &#231;a a mis une pagaille, mais une pagaille ! Mais il y a des coureurs, des coureurs, mais des grands coureurs de l'&#233;poque hein, ils se sont arr&#234;t&#233;s, parce que c'&#233;tait le g&#233;n&#233;ral, mais leur seul souci c'&#233;tait de faire une photo en pleine comp&#233;tition avec le g&#233;n&#233;ral de Gaulle. C'&#233;tait extraordinaire.&lt;/i&gt; &#187; Apr&#232;s une telle d&#233;monstration, comment reprocher au reportage de conclure ce chapitre en faisant le constat que le g&#233;n&#233;ral de Gaulle &#233;tait adul&#233; des sportifs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De Gaulle au c&#339;ur de Mai 68&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus aberrant encore, le passage de l'&#233;mission consacr&#233; aux &#233;v&#233;nements de Mai 68. Alain Duhamel commence par expliquer doctement que &#171; &lt;i&gt;&#231;a faisait dix ans qu'il &#233;tait au pouvoir et les Fran&#231;ais sont les Fran&#231;ais, dix ans pour eux c'est toujours tr&#232;s long, m&#234;me si on a affaire au plus grand homme fran&#231;ais du XX&#232;me si&#232;cle &lt;/i&gt; &#187;. Les Fran&#231;ais, donc, en plus d'&#234;tre versatiles et incapables de reconna&#238;tre un &#171; grand homme &#187; quand ils en tiennent un, seraient des ingrats, ajoute l'historien &#8211; ou &#224; la lecture de ce qui suit, pr&#233;tendu tel &#8211; et chroniqueur au Point, Fran&#231;ois Kersaudy : &#171; &lt;i&gt;Il a quand m&#234;me redonn&#233; une extraordinaire prosp&#233;rit&#233; &#224; la France et d'un seul coup, il se fait traiter de dictateur par des gamins qui sont des gosses de riches en plus &lt;/i&gt; &#187;. Voil&#224; pour l'origine des &#233;v&#233;nements : une r&#233;bellion d'&#233;tudiants friqu&#233;s, bas du front et indignes du g&#233;n&#233;ral !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'issue de la crise, &#171; Secrets d'histoire &#187; n'y voit qu'une explication : le &#171; coup de comm' &#187; g&#233;nial de de Gaulle lors de sa &#171; disparition &#187; &#224; Baden-Baden&#8230; Jacques Vendroux, encore lui, nous donne la cl&#233; de la psych&#233; des Fran&#231;aises et des Fran&#231;ais face &#224; l'&#233;v&#233;nement : &#171; &lt;i&gt;Tout le monde s'inqui&#232;te, tout le monde s'affole, et tout le monde se dit : &#8220;Ben finalement le g&#233;n&#233;ral de Gaulle, c'est pas si mal que &#231;a&#8221;&lt;/i&gt; &#187;. Et la voix off d'approuver : &#171; &lt;i&gt;Une disparition de deux heures qui va renverser la situation : le 30 mai, 500 000 personnes d&#233;filent sur les Champs-&#201;lys&#233;es aux cris de &#8220;Vive de Gaulle&#8221; ! &lt;/i&gt; &#187;. Plusieurs interventions viennent par la suite exalter encore les talents de de Gaulle pour les coups de poker m&#233;diatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;sentation des choses est doublement simpliste, pour ne pas dire absurde. D'une part, la personnalisation atteint ici son paroxysme en ramenant le vaste bouillonnement social, culturel et politique, doubl&#233; de la plus grande gr&#232;ve ouvri&#232;re du XXe si&#232;cle en France, que fut mai 68, &#224; la seule question du maintien au pouvoir de de Gaulle. D'autre part, celle focalisation sur &#171; la communication &#187; et les &#171; strat&#233;gies m&#233;diatiques &#187;, d&#232;s qu'il s'agit de son action politique, ainsi que le r&#233;cit presque heure par heure de leur d&#233;roulement et de leurs effets, sont pour le moins excessifs, &#224; une &#233;poque o&#249; ni les sondages, ni les cha&#238;nes d'info en continu ne scandaient la vie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De Gaulle intime&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mission de St&#233;phane Bern ne serait pas ce qu'elle est sans cette avalanche d'anecdotes insignifiantes concernant la vie priv&#233;e et sentimentale de ceux dont il est question. Dans ce num&#233;ro, le ton est tout de suite donn&#233; : &#171; &lt;i&gt;On conna&#238;t l'homme public, moins l'homme priv&#233;, profond&#233;ment &#233;pris de sa femme Yvonne &lt;/i&gt; &#187;. Sur l'homme priv&#233;, l'&#233;mission tient effectivement toutes ses promesses, avec toute l'emphase m&#226;tin&#233;e de fausse pudeur qui fait le charme de l'exercice : &#171; &lt;i&gt;L'histoire de ce couple est indissociable de celle de la France&lt;/i&gt; &#187; ; les trois enfants de Charles et Yvonne de Gaulle sont le &#171; &lt;i&gt;ciment de cet amour&lt;/i&gt; &#187;, et tout particuli&#232;rement Anne, &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;leur fille trisomique &lt;/strong&gt;n&#233;e en 1928&lt;/i&gt; &#187;, dont nous apprendrons que la mort &#224; l'&#226;ge de 20 ans ne fera &#171; &lt;i&gt;que renforcer &lt;strong&gt;l'affection profonde qui unit ce couple de l&#233;gende&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; &#187;, apr&#232;s avoir assist&#233; &#224; l'&#233;talage complet de ses infirmit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas tout : &#171; &lt;i&gt;Si Charles est visiblement tr&#232;s &#233;pris de son &#233;pouse, il n'en est pas pour autant insensible au charme de la gente f&#233;minine. Yvonne ne semble pas avoir de motif de jalousie, m&#234;me si parfois, elle peut montrer quelques signes d'agacement &lt;/i&gt; &#187; ose la voix off. L'honneur est sauf, semble-t-il, puisque, selon Alexandre Duval-Stalla, &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;la seule ma&#238;tresse qu'on conna&#238;t au g&#233;n&#233;ral de Gaulle, c'est la France&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le documentaire s'aventure ainsi tr&#232;s, trop longuement sur le terrain de la vie conjugale des de Gaulle et de la psychologie intime des deux protagonistes : &#171; &lt;i&gt;D'abord ils s'installent dans un petit appartement &#224; Paris, o&#249; c'est moche hein, c'est petit, il y a le m&#233;tro qui passe tout le temps, elle fait les courses, elle fait la cuisine, elle cire le plancher, [&#8230;], lui il est constamment en exp&#233;dition dans le d&#233;sert, elle est seule avec les enfants, &lt;strong&gt;jamais elle ne se plaint &lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; &#187;, explique Christine Clerc. &#192; l'endurance d'Yvonne r&#233;pondent les failles cach&#233;es de Charles : &#171; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Le g&#233;n&#233;ral de Gaulle a toujours &#233;t&#233; un m&#233;lancolique&lt;/strong&gt;. Et peut-&#234;tre un peu un d&#233;pressif, un d&#233;pressif intermittent. &#199;a n'est pas un homme gai et &#231;a n'est pas un homme positif&lt;/i&gt; &#187; explique Alain Duhamel, avant que Christine Clerc ne revienne &#224; la charge : &#171; &lt;i&gt;Elle (Yvonne) conna&#238;t cette sensibilit&#233; cach&#233;e qu'il ne faut pas montrer, &lt;strong&gt;elle sait &#224; quel point il a souffert de ses &#233;checs&lt;/strong&gt;, de la naissance, du d&#233;veloppement et des crises de la petite Anne, &lt;strong&gt;elle voit &#224; quel point il souffre et elle ne le supporte pas&lt;/strong&gt; pour lui, elle cherche &#224; le prot&#233;ger &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;mission se termine par une critique &#224; mots couverts de certains aspects de l'action de de Gaulle, comme le m&#233;pris qu'il vouait &#224; ses opposants du fait d'une conception excessive de son propre r&#244;le politique, ou sa rencontre avec Franco en 1970, ces quelques objections, empil&#233;es dans les dix derni&#232;res minutes de l'&#233;mission, n'entament en rien le ton apolog&#233;tique qui pr&#233;vaut dans l'ensemble du film.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;Comme &#224; l'accoutum&#233;e, l'&#233;mission de St&#233;phane Bern ne nous &#233;pargne donc pas les d&#233;tails futiles sur la vie intime de celui auquel elle se consacre, d&#233;tails que l'on tente na&#239;vement de faire passer pour les r&#233;sultats d'une investigation historique. Ce go&#251;t pour les anecdotes insignifiantes r&#233;v&#232;le surtout une extraordinaire confusion entre la vie collective d'une soci&#233;t&#233; &#224; une certaine &#233;poque et la vie intime de ceux qui en sont les acteurs les plus en vue. Pis, cette personnalisation extr&#234;me sugg&#232;re implicitement que l'histoire n'est que le produit de la volont&#233; et des d&#233;cisions de ceux qui gouvernent, de leur g&#233;nie, de leur clairvoyance et de leur charisme&#8230; Personnalisation et peopolisation : tel est le secret de &#171; Secrets d'histoire &#187;. C'est aussi la recette du journalisme politique du temps pr&#233;sent. Co&#239;ncidence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;mi L&#233;pinay (avec Blaise Magnin)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>&#171; Secrets d'histoire &#187;, le magazine royaliste de France 2 ?</title>
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		<dc:date>2014-07-21T04:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Blaise Magnin</dc:creator>


		<dc:subject>France 2</dc:subject>
		<dc:subject>Documentaires</dc:subject>
		<dc:subject>St&#233;phane Bern</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pr&#233;sent&#233;e par St&#233;phane Bern, sp&#233;cialiste m&#233;diatique des t&#234;tes couronn&#233;es, l'&#233;mission, sous couvert de proposer un divertissement instructif, fait passer une tr&#232;s singuli&#232;re version de l'histoire de France.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Medias-et-histoire-" rel="directory"&gt;M&#233;dias et histoire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-France-2-+" rel="tag"&gt;France 2&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Documentaires-+" rel="tag"&gt;Documentaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Stephane-Bern-+" rel="tag"&gt;St&#233;phane Bern&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pr&#233;sent&#233;e par l'animateur-amuseur multicartes St&#233;phane Bern, et dot&#233;e d'un titre qui &#233;voque on ne sait quels myst&#232;res, &#171; Secrets d'histoire &#187;, l'&#233;mission historique de France 2, diffus&#233;e depuis 2007, n'a pas pour vocation d'attirer les sp&#233;cialistes, ni m&#234;me les amateurs &#233;clair&#233;s. Elle n'a pas non plus pour objectif de proposer au plus grand nombre une vision accessible et &#233;quilibr&#233;e de sujets historiques vari&#233;s, faisant &#233;tat des points de consensus dans la communaut&#233; historienne, tout en laissant une place suffisante au doute et au d&#233;bat. Elle n'est tout au plus qu'un divertissement audiovisuel qui prend quelques pr&#233;cautions historiennes. Le genre n'est pas &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; m&#233;prisable. Mais sous couvert de proposer un divertissement instructif, &#171; Secrets d'histoire &#187; fait passer une tr&#232;s singuli&#232;re version de l'histoire de France.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En effet, au moment o&#249; r&#233;appara&#238;t une &#171; histoire identitaire &#187;, dont la petite entreprise &#233;ditoriale de Lor&#224;nt Deutsch constitue l'exemple le plus frappant, et qui s'applique &#224; reconstruire une histoire nationale (ou plut&#244;t nationaliste) simpliste et fantasm&#233;e, &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article4230.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;comme on peut le lire ici m&#234;me&lt;/a&gt;, on s'assurera aussi que l'&#233;mission &#233;vite toute instrumentalisation grossi&#232;re du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6947 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L399xH355/secrets_d_histoire-c5697.jpg?1776733433' width='399' height='355' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La question m&#233;rite d'&#234;tre pos&#233;e tant le choix de confier la pr&#233;sentation de cette &#233;mission &#224; St&#233;phane Bern est d&#233;concertant. Ni sa formation (il est dipl&#244;m&#233; de l'&#201;cole sup&#233;rieure de commerce de Lyon), ni son parcours m&#233;diatique ant&#233;rieur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon sa fiche Wikipedia, il fut r&#233;dacteur en chef du magazine Dynastie de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, n'invitent &#224; penser qu'il d&#233;tient quelque comp&#233;tence en la mati&#232;re. &#192; moins de consid&#233;rer qu'une passion &#224; toute &#233;preuve pour tout ce qui a trait aux t&#234;tes couronn&#233;es, une sp&#233;cialisation journalistique (et mondaine) en la mati&#232;re, et surtout des convictions&#8230; royalistes jamais d&#233;menties conf&#232;rent &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; une l&#233;gitimit&#233; pour traiter de sujets historiques ! Enfin, si l'on peut encore parler de &#171; sujets historiques &#187; &#224; propos du contenu de &#171; Secrets d'histoire &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la recension des sujets diffus&#233;s depuis 2007&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Disponible sur Wikipedia.&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; permet de constater que St&#233;phane Bern (gr&#226;ce au concours des auteurs et des r&#233;alisateurs de l'&#233;mission) ne s'est pas priv&#233; de laisser libre cours &#224; sa fascination : pas moins de 50 sujets sur 85 traitent d'un roi ou d'une reine, d'un empereur ou d'une imp&#233;ratrice, d'un pharaon ou d'une pharaonne, ou encore d'un sultan ! Et encore, ce bilan est-il en partie trompeur, puisque l'ann&#233;e 2008, avec seulement 8 sujets &#171; monarque &#187; sur 21, fait baisser la moyenne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le reste, &#171; Secrets d'histoire &#187; s'applique &#224; n'aborder que des sujets historiquement anecdotiques, qui prennent la forme d'&#233;nigmes insignifiantes et recuites (&#171; Quel est le myst&#232;re de la b&#234;te du G&#233;vaudan ? &#187; ; &#171; O&#249; est cach&#233; le tr&#233;sor des Templiers ? &#187;), ou qui font, encore, la part belle aux &#171; grands hommes &#187;, qu'il s'agisse de &#171; c&#233;l&#233;brit&#233;s &#187; historiques diverses et vari&#233;es (J&#233;sus, Barbe-Bleue, Casanova, Nostradamus, Robin des Bois), de g&#233;nies artistiques (Moli&#232;re, Mozart, Monet, Hugo), ou de quasi contemporains (Clemenceau, De Gaulle, &#171; les milliardaires am&#233;ricains depuis la Guerre de S&#233;cession &#187;). Et comme un souverain digne de ce nom ne se con&#231;oit pas sans son palais f&#233;&#233;rique, St&#233;phane Bern ne manque pas d'y conduire r&#233;guli&#232;rement les t&#233;l&#233;spectateurs (les r&#233;sidences d'&#233;t&#233;, le Vatican, l'&#201;lys&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est du mode de traitement choisi, le portrait &#8211; autant dire l'hagiographie &#8211; domine largement, mais St&#233;phane Bern ne se refuse pas, pour varier les plaisirs, &#224; s'int&#233;resser r&#233;guli&#232;rement aux amours royales et aux amants ou aux maitresses des souveraines et des souverains. La presse &#224; scandales et le journalisme de trou de serrure n'existant pas &#224; ces &#233;poques, on sait gr&#233; &#224; St&#233;phane Bern de combler ces lacunes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les sommaires complets des saisons 2013 et 2014 permettront de mieux se figurer le menu indigeste et monomaniaque de l'&#233;mission :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;2013&lt;/strong&gt; : 15 janvier 2013 - Moli&#232;re tombe le masque ! ; 19 f&#233;vrier 2013 - Juan Carlos, le roi des Espagnols ; 26 mars 2013 - Si les murs du Vatican pouvaient parler ; 9 avril 2013 - Le myst&#232;re Picasso ; 7 mai 2013 - Un homme nomm&#233; J&#233;sus ; 14 juillet 2013 - 14 juillet 1789 : le matin du grand soir ; 6 ao&#251;t 2013 - Sarah Bernhardt, sa vie, ses folies ; 13 ao&#251;t 2013 - Richelieu le ciel peut attendre ; 20 ao&#251;t 2013 - Mozart : la libert&#233; ou la mort ! ; 27 ao&#251;t 2013 - La reine Am&#233;lie, une Fran&#231;aise au Portugal ! ; 3 septembre 2013 - Moi, Charles Quint, ma&#238;tre du monde ; 1er octobre 2013 - Gatsby et les magnifiques (portraits des milliardaires am&#233;ricains depuis la Guerre de S&#233;cession : John Davison Rockefeller, John Jacob Astor IV, John Pierpont Morgan, William Henry Vanderbilt et Andrew Carnegie) ; 5 novembre 2013 - Fr&#233;d&#233;ric II : le roi de Prusse est un peu baroque ; 3 d&#233;cembre 2013 - Georges Clemenceau : un tigre au grand c&#339;ur ; 26 d&#233;cembre 2013 - Gayatri Devi : une princesse au pays des Maharajas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;2014&lt;/strong&gt; : 25 f&#233;vrier 2014 - Nicolas II : le dernier tsar de Russie ; 28 juin 2014 - Fran&#231;ois-Ferdinand ou la fin du monde ; 14 juillet 2014 - Danton : aux armes citoyens ! ; 15 juillet 2014 - Vacances royales. Portrait des r&#233;sidences du pouvoir ; 22 juillet 2014 - La Pompadour ou le roi amoureux ; 29 juillet 2014 - Agn&#232;s Sorel, premi&#232;re des favorites ; 12 ao&#251;t 2014 - Saint Louis, sur la terre comme au ciel ; 19 ao&#251;t 2014 - Portrait de La Castiglione, ma&#238;tresse de Napol&#233;on III ; 25 ao&#251;t 2014 - De Gaulle, le dernier des g&#233;ants ; non encore programm&#233;s : La Grande-Duchesse de Luxembourg ; Gloire et douleurs de Maria Callas ; Les reines de Paris ; Portrait de Louis XIV dit Le Roi Soleil ; Portrait d'Anne de Bretagne ; L'irr&#233;sistible ascension de Madame de Maintenon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, selon France 2 et St&#233;phane Bern, l'histoire est avant tout l'histoire priv&#233;e &#8211; et m&#234;me intime &#8211; de celles et ceux qui ont r&#233;gn&#233; et gouvern&#233; par le pass&#233;. &#171; Secrets d'histoire &#187; est &#224; l'histoire ce que le fait divers, quand il n'est pas dramatique, est souvent &#224; l'information : une occasion de se divertir en racontant des histoires qui s&#233;duisent un large public. Or les belles histoires qui nous sont ainsi cont&#233;es, avec le concours et la caution de quelques historiens, ne sont pas seulement des divertissements que l'on aurait tort de m&#233;priser au nom de la &#171; haute culture &#187;. Elles affichent aussi des pr&#233;tentions savantes pour le moins f&#226;cheuses, quand on sait que depuis les ann&#233;es&#8230; 1930 et la fondation de l'&#201;cole des annales, les historiens s'efforcent de ne plus se focaliser sur les &#233;v&#233;nements militaires et politiques, ni sur leurs acteurs dominants, mais ambitionnent de rendre compte des ph&#233;nom&#232;nes culturels, &#233;conomiques et sociaux, et donc des modes de vie des masses anonymes du pass&#233; &#8211; ainsi que de leur &#233;volution &#8211;, dans leur totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vision du pass&#233; propos&#233;e par &#171; Secrets d'histoire &#187; ne souffre pas seulement d'&#234;tre &#233;triqu&#233;e et partielle &#224; un point tel qu'elle en devient grotesque. Le propos, souvent apolog&#233;tique et tr&#232;s psychologisant, fait la part belle &#224; la vie sentimentale et familiale des souverains, &#224; leurs traits de caract&#232;re et &#224; leurs tourments int&#233;rieurs, &#224; leurs joies et &#224; leurs peines, interdisant toute mise en perspective critique &#8211; et toute mise en perspective tout court... Si bien que, m&#234;me assez inoffensive, l'&#233;mission est loin d'&#234;tre neutre politiquement. Certes, on est tr&#232;s loin des emportements nationalistes de Lor&#224;nt Deutsch et de ses &#233;pigones, mais diss&#233;quer sans fin les us et coutumes, les &#233;tats d'&#226;me et la libido des rois et des reines, pour, le plus souvent, se p&#226;mer sans retenue devant leur bon go&#251;t, leur grandeur, leur courage ou leur lucidit&#233; d&#233;note une conception de l'histoire et du monde social pour le moins partiale, et si d&#233;politis&#233;e qu'elle en devient&#8230; tr&#232;s politique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, avec cette &#233;mission &#171; historique &#187;, &#224; mi chemin entre le reportage people et le manifeste monarchiste, France 2 se fourvoie une fois de plus en s'asseyant sur ses missions de service public, avec comme seul objectif, de maximiser l'audience. Proposer des documentaires historiques sous une forme divertissante ? Pourquoi pas ? Encore faudrait-il que le choix des sujets et leur mise en forme ne servent pas une version de l'histoire qui est tout sauf anodine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blaise Magnin&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/St%C3%A9phane_Bern&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sa fiche Wikipedia&lt;/a&gt;, il fut r&#233;dacteur en chef du magazine &lt;i&gt;Dynastie&lt;/i&gt; de 1985 &#224; 1987, ann&#233;e au cours de laquelle il collabore au magazine &lt;i&gt;Voici&lt;/i&gt;, avant de devenir journaliste &#224; &lt;i&gt;Jours de France&lt;/i&gt; en 1988. En 1992, St&#233;phane Bern entame une carri&#232;re radiophonique et t&#233;l&#233;visuelle fructueuse qui le voit animer ou participer &#224; quelques unes des plus grandes &#233;missions de divertissement sur France Inter, Europe 1 et RTL, ou, entre autres, assurer la pr&#233;sentation de &#171; grands &#233;v&#232;nements &#187; (comme en 2011 les mariages britannique et mon&#233;gasque) sur France 2. Depuis 1999, il est &#233;galement r&#233;dacteur en chef adjoint (rubrique &#201;v&#233;nements) du magazine &lt;i&gt;Le Figaro Madame&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Disponible sur &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Secrets_d'histoire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Wikipedia&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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