<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
	<link>https://www.acrimed.org/</link>
	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.acrimed.org/spip.php?id_mot=433&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
		<url>https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L144xH69/siteon0-505bf.png?1776672965</url>
		<link>https://www.acrimed.org/</link>
		<height>69</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;c&#232;s de notre camarade et ami, Patrick Champagne</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Deces-de-notre-camarade-et-ami-Patrick-Champagne</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Deces-de-notre-camarade-et-ami-Patrick-Champagne</guid>
		<dc:date>2023-12-13T07:40:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acrimed</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Hommage.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Quelle-association-" rel="directory"&gt;Quelle association ?&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH105/patrick_champagne_acrimed-e8bd0.png?1776673251' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='105' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Hommage au sociologue, cofondateur et &#233;minent contributeur d'Acrimed.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous apprenons avec une immense tristesse la mort de notre camarade et ami Patrick Champagne. Proche de Pierre Bourdieu, le sociologue Patrick Champagne a particip&#233; &#224; la construction de la critique radicale des m&#233;dias &#224; travers plusieurs livres et de nombreux articles, notamment pour Acrimed, dont il &#233;tait l'un des cofondateurs. Il a &#233;t&#233;, pendant vingt ans, un compagnon de chaque instant, qui a nourri Acrimed de ses analyses toujours pr&#233;cieuses et est demeur&#233; un fid&#232;le participant aux instances de l'association, dont les membres qui l'ont connu se souviennent de la pr&#233;sence chaleureuse et attentive. Aujourd'hui, nos pens&#233;es vont &#224; sa famille et &#224; ses proches, auxquels nous envoyons toute notre affection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la r&#233;&#233;dition de son ouvrage majeur &lt;i&gt;Faire l'opinion. Le nouveau jeu politique&lt;/i&gt; en livre de poche, nous l'avions re&#231;u, en mai 2015, lors d'un Jeudi d'Acrimed (que l'on peut revoir &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Faire-l-opinion-video-d-un-Jeudi-d-Acrimed-avec-Patrick-Champagne&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;). Ce fut pour nous l'occasion d'&#233;voquer avec lui de nombreuses questions qu'il avait abord&#233;es tout au long de sa carri&#232;re de sociologue mais aussi dans sa vie de militant : la folie sondagi&#232;re ; la construction de l'objet &#171; opinion publique &#187; ; la place des sondeurs (et des sondages) dans les processus de restructuration du champ du pouvoir et de la lutte politique&#8230; Ses travaux sur ces questions sont devenus incontournables en sociologie et en science politique, et demeurent pour Acrimed une ressource centrale pour comprendre le journalisme politique et ses relations avec le champ politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est impossible de r&#233;sumer ici l'&#233;tendue de ses travaux, nous pouvons, &#224; travers quelques extraits de ses articles et ouvrages, constater que ses propos n'ont pas pris la moindre ride :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos de la subjectivit&#233; des journalistes :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chaque journal, compte tenu de son objet et du public auquel il s'adresse, pratique une s&#233;lection dans la multiplicit&#233; des choses qui se passent (c'est-&#224;-dire dans la r&#233;alit&#233; objective du monde) pour construire une information qui est un point de vue particulier sur ce monde (r&#233;alit&#233; subjective). &#187; (&lt;i&gt;La Double d&#233;pendance. Sur le journalisme&lt;/i&gt;, Raisons d'agir, 2016)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos des effets des sondages sur le m&#233;tier de journaliste :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le recours g&#233;n&#233;ralis&#233; aux sondages n'a pas seulement profond&#233;ment transform&#233; la pratique de la politique, cette pratique s'est introduite &#233;galement dans la presse. Elle s'est substitu&#233;e en partie aux enqu&#234;tes de terrain (le journaliste commande &#224; la place un sondage) et a transform&#233; les journalistes en commentateurs improvis&#233;s de sondages compos&#233;s majoritairement de questions na&#239;ves. &#187; (&lt;i&gt;La Double d&#233;pendance. Sur le journalisme&lt;/i&gt;, Raisons d'agir, 2016)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos de la d&#233;politisation de la politique :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Insensiblement, la t&#233;l&#233;vision et les sondages ont transform&#233; la vie politique d&#233;sormais caract&#233;ris&#233;e par la spectacularisation, par le primat donn&#233; &#224; l'&#233;motion, par l'apparition d'une information-divertissement, par la personnalisation (et m&#234;me la &#034;peoplelisation&#034;), par la gestion d'une nouvelle forme de notori&#233;t&#233; politiquement efficace, la notori&#233;t&#233; m&#233;diatique, qui, tr&#232;s d&#233;pendante des logiques m&#233;diatiques, se perd cependant aussi vite qu'elle s'acquiert (c'est la logique du &#034;vu &#224; la t&#233;l&#233;&#034;), par les barom&#232;tres politiques hebdomadaires cens&#233;s la mesurer, etc. &#187; (Pr&#233;face de la r&#233;&#233;dition de &lt;i&gt;Faire l'opinion&lt;/i&gt;, Seuil, 2015)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos des chroniqueurs politiques :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les chroniqueurs politiques aiment adopter une position de surplomb de la vie politique pour faire la le&#231;on et parfois la morale aux responsables politiques. Mais &#224; trop avoir les yeux riv&#233;s sur le microcosme politique et ses luttes intestines, ils entretiennent une version politicienne de la vie politique, concentr&#233;e sur la politique politicienne. Et quand ils ne font que cela, ils finissent par sombrer &#224; leur tour dans les travers qu'ils d&#233;noncent. &#187; (Extrait de &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Jean-Michel-Aphatie-et-la-mise-en-scene-politicienne-de-la-politique&#034;&gt;&#171; Jean-Michel Aphatie et la mise en sc&#232;ne politicienne de la politique &#187;&lt;/a&gt;, Acrimed, juin 2009)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos de l'autopromotion du microcosme m&#233;diatique :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand une des personnalit&#233;s d&#233;j&#224; omnipr&#233;sentes dans les m&#233;dias publie le moindre opuscule, elle entame g&#233;n&#233;ralement, dans tous les m&#233;dias, une tourn&#233;e de promotion qui doit beaucoup moins aux qualit&#233;s intrins&#232;ques de l'opuscule en question qu'au statut de l'auteur puisque celui&#8211;ci fait partie de ceux qui sont &#034;connus pour &#234;tre connus&#034;. &#187; (Extrait de &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Laurent-Joffrin-en-tournee-de-promotion-sur-France-Culture&#034;&gt;&#171; Laurent Joffrin, en tourn&#233;e de promotion, sur France Culture &#187;&lt;/a&gt;, Acrimed, mars 2009)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Patrick Champagne a publi&#233; pr&#232;s d'une &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/_Patrick-Champagne_&#034;&gt;quarantaine d'articles&lt;/a&gt; pour Acrimed.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le pouvoir des m&#233;dias : entre fantasmes, d&#233;ni et r&#233;alit&#233;</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Le-pouvoir-des-medias-entre-fantasmes-deni-et</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Le-pouvoir-des-medias-entre-fantasmes-deni-et</guid>
		<dc:date>2018-03-19T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Blaise Magnin, Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Ind&#233;pendance</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Quelques consid&#233;rations sous-jacentes &#224; notre critique.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Que-sont-les-journalistes-Ou-va-le-journalisme-" rel="directory"&gt;Que sont les journalistes ? O&#249; va le journalisme ?&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Independance-+" rel="tag"&gt;Ind&#233;pendance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Pluralisme-+" rel="tag"&gt;Pluralisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH99/arton5697-c85cc.jpg?1776749869' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Parmi les questions qui traversent les d&#233;bats publics contemporains, celle du &#171; pouvoir des m&#233;dias &#187; est particuli&#232;rement mal et confus&#233;ment pos&#233;e. Derri&#232;re cette notion de &#171; pouvoir des m&#233;dias &#187;, jamais pr&#233;cis&#233;ment d&#233;finie, deux th&#233;ories fondamentalement contradictoires du r&#244;le et du poids des m&#233;dias dans le monde social cohabitent au gr&#233; des conjonctures, sans s'affronter n&#233;cessairement, et coexistent parfois par bribes dans les m&#234;mes discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de &#171; 4e pouvoir &#187;, devenue une expression consacr&#233;e, sous-entend que les m&#233;dias exercent effectivement un pouvoir quasi institutionnel de pivot du fonctionnement d&#233;mocratique. Dans le m&#234;me temps, les &#233;ditocrates, qu'ils soient pris en flagrant d&#233;lit de parti-pris ou simplement intoxiqu&#233;s par leur propre id&#233;ologie professionnelle, consid&#232;rent que les &#171; informations &#187; qu'ils produisent sont de fid&#232;les miroirs, absolument neutres vis-&#224;-vis des r&#233;alit&#233;s qu'ils refl&#232;tent en toute objectivit&#233;, et qu'elles ne sauraient donc exercer aucun pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; l'inverse, une longue tradition th&#233;orique tend &#224; consid&#233;rer &#171; les m&#233;dias &#187; comme le deus ex machina des soci&#233;t&#233;s modernes, capables de faire les &#233;lections et de d&#233;faire les r&#233;gimes, de modeler &#171; l'opinion &#187; en s'immis&#231;ant dans les consciences qu'ils sont cens&#233;s informer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant d'interpr&#233;tations qui charrient leur lot d'id&#233;es fausses et d'id&#233;es re&#231;ues, ainsi que de repr&#233;sentations implicites de la profession journalistique qu'il s'agit de d&#233;construire pour comprendre de quel type de pouvoir peuvent r&#233;ellement se pr&#233;valoir m&#233;dias et journalistes. Produit de l'observation et de la sociologie critique des m&#233;dias&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce th&#232;me, les r&#233;f&#233;rences sont innombrables, on se contentera donc de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cette analyse des causes et de la port&#233;e des d&#233;rives de l'information est un pr&#233;alable indispensable &#224; la transformation n&#233;cessaire du monde m&#233;diatique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;1. Le mythe du 4e pouvoir&lt;/h3&gt;&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Un r&#244;le all&#233;gu&#233; de ferment d&#233;mocratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sorte de mythe positif de la profession journalistique, devenu un totem des soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques, la notion de &#171; 4e pouvoir &#187;, met explicitement les m&#233;dias sur le m&#234;me plan que les institutions gouvernementales, parlementaires et judicaires. En tant qu'institution, les m&#233;dias se voient conf&#233;rer une double responsabilit&#233; au c&#339;ur du syst&#232;me d&#233;mocratique puisqu'ils sont cens&#233;s jouer &#224; la fois un r&#244;le :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- de &#171; publicisation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon le concept d&#233;velopp&#233; par le philosophe allemand J&#252;rgen Habermas. Selon (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire d'animation &#8211; pluraliste, ind&#233;pendante et &#233;quitable, en principe du moins &#8211; du d&#233;bat public et politique ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- et surtout de contr&#244;le des gouvernants &#8211; et de leurs abus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; pouvoir &#187; serait par nature, de tous temps et en tous lieux, du moins dans les d&#233;mocraties &#233;lectorales, un &#171; contre-pouvoir &#187;. Dans ce sch&#233;ma, les m&#233;diacrates s'arrogent &#224; la fois le r&#244;le de garants du bon fonctionnement des institutions et de rempart contre les d&#233;rives des gouvernants, mais aussi de protecteurs et de d&#233;positaires principaux de deux des libert&#233;s les plus fondamentales que sont la libert&#233; d'opinion et d'expression. Pour autant, comme nombre de mythes, celui-ci rec&#232;le quelques contradictions : les tenants du &#171; 4e pouvoir &#187; attribuent tant&#244;t aux m&#233;dias un miraculeux pouvoir qu'ils n'ont gu&#232;re et tant&#244;t refusent paradoxalement d'attribuer quelque pouvoir que ce soit aux informations qu'ils diffusent &#8211; en tant que repr&#233;sentations du monde &#8211;, pas plus qu'&#224; eux-m&#234;mes &#8211; en tant qu'acteurs du d&#233;bat public et repr&#233;sentants de la classe dirigeante. Malheureusement, il s'en faut de beaucoup pour que la contribution m&#233;diatique &#224; la vie publique corresponde un tant soit peu &#224; cette construction s&#233;duisante.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Des m&#233;dias loin d'&#234;tre autonomes, des journalistes loin d'&#234;tre ind&#233;pendants&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes les m&#233;dias et les journalistes produisent et diffusent des informations (d'in&#233;gal int&#233;r&#234;t) qui r&#233;pondent, peu ou prou, au droit d'&#234;tre inform&#233;s. Qui oserait affirmer que le journalisme, du moins &#224; ce titre, n'est pas utile ? Mais pour pr&#233;sumer que les m&#233;dias constituent par eux-m&#234;mes &#171; un pouvoir &#187;, capable d'exercer une influence en propre et de r&#233;guler l'action des autres pouvoirs, encore faut-il qu'ils soient autonomes. Or c'est loin d'&#234;tre le cas : la plupart des grands m&#233;dias et des producteurs d'information (pris collectivement) se trouvent dans des situations d'interd&#233;pendance &#233;troite &#224; l'&#233;gard des pouvoirs politique et &#233;conomique vis-&#224;-vis desquels ils ne sont donc pas en position de jouer le moindre r&#244;le de contre-pouvoir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &#192; la fois associ&#233;s et rivaux des responsables politiques pour la d&#233;finition et le cadrage l&#233;gitime du d&#233;bat public, les &#233;ditocrates les plus en vue, adeptes d'un journalisme de commentaire et de prescription, apparaissent comme de v&#233;ritables acteurs de la vie politique ; comme tels, ils ne sauraient pr&#233;tendre &#224; incarner le r&#244;le d'arbitres impartiaux du d&#233;bat public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Alors que l'&#233;lite des grandes r&#233;dactions fraye avec bonheur jusqu'&#224; se confondre avec les &#233;lites politiques et &#233;conomiques, et alors que la profession recrute presque exclusivement parmi les classes moyennes et sup&#233;rieures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment Pour une socioanalyse du journalisme, publi&#233; par Alain (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le choix et la mise en perspective des informations produites dans les m&#233;dias dominants refl&#232;tent in&#233;vitablement des visions du monde et des pr&#233;occupations socialement tr&#232;s situ&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- La structure capitalistique de la plupart des m&#233;dias les place dans une situation de d&#233;pendance &#233;conomique et donc &#233;ditoriale vis-&#224;-vis de leurs propri&#233;taires qui se trouvent &#234;tre le plus souvent des repr&#233;sentants de grands int&#233;r&#234;ts priv&#233;s ; les grandes entreprises m&#233;diatiques finissent par constituer un secteur parmi d'autres du grand Monopoly capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, force est d'admettre que le journalisme d'investigation et particuli&#232;rement le journalisme d'enqu&#234;te sociale qui pourraient donner quelque consistance &#224; l'id&#233;e de contre-pouvoir, sont loin de constituer l'ordinaire de la production journalistique. Les prendre pour mod&#232;les c'est oublier qu'ils s'&#233;panouissent essentiellement aux marges de la profession. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;M&#233;dias et propagande d&#233;mocratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propagande n'existe pas que dans les dictatures. Dans les d&#233;mocraties, elle ne prend pas le m&#234;me caract&#232;re syst&#233;matique et orchestr&#233; &#8211; et ne se renforce pas en s'appuyant sur la r&#233;pression, voire la violence politique &#8211;, mais elle est non moins omnipr&#233;sente. Le contr&#244;le des contenus m&#233;diatiques est devenu un enjeu de luttes au sein des pouvoirs &#233;conomiques et politiques. Une lutte si intense et un enjeu si strat&#233;gique que l'industrie des relations publiques, qui fournit armes et munitions, est devenue un secteur &#233;conomique majeur. Et c'est ainsi que des arm&#233;es de communicants et de &#171; spin doctors &#187;, d'attach&#233;s de presse et de publicitaires, ainsi que les r&#233;cits qu'ils b&#226;tissent, sont devenus les filtres qui s'interposent d&#233;sormais entre les journalistes et la r&#233;alit&#233;. La porosit&#233; de ces professions avec le journalisme est &#224; cet &#233;gard particuli&#232;rement significative et inqui&#233;tante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Analysant la &#171; fabrication du consentement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s l'ouvrage de Noam Chomsky et Edward Herman, Manufacturing consent, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans les d&#233;mocraties, Noam Chomsky montre quels &#171; filtres &#187; (et non quelles conspirations) conditionnent la production de l'information et comment la r&#233;duction du pluralisme aboutit &#224; une repr&#233;sentation consensuelle, aseptis&#233;e et &#233;pur&#233;e de l'information, quand elle n'est pas strictement propagandiste. Le poids et la force des sources institutionnelles (priv&#233;es et publiques, capitalistes et &#233;tatiques) tendent &#224; co-construire l'information dans les contextes routiniers. En cas de crise sociale ou de conflit militaire, notamment, le recours &#224; des techniques de propagande et de d&#233;sinformation contribue &#224; transformer les m&#233;dias en simples relais des pouvoirs constitu&#233;s, sans qu'il soit n&#233;cessaire pour le comprendre de recourir &#224; l'explication par des manipulations intentionnelles et concert&#233;es, dont il serait na&#239;f de nier l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si les m&#233;dias ne constituent pas, par eux-m&#234;mes, un &#171; 4e pouvoir &#187; ou un contre-pouvoir, quels sont les pouvoirs qu'ils exercent ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;2. Le fantasme r&#233;current de m&#233;dias omnipotents&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Les m&#233;dias ne sont pas tout-puissants. Ils sont moins puissants qu'on ne le croit souvent. Et surtout ils n'exercent pas leur puissance comme on le croit commun&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;La crainte du &#171; viol des foules &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon le titre de l'ouvrage Le Viol des foules par la propagande politique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le XIXe si&#232;cle, on assiste &#224; la r&#233;surgence r&#233;guli&#232;re, sous des formes plus ou moins nuanc&#233;es, d'un m&#234;me sch&#232;me : inoculant leurs messages tels des &#171; seringues hypodermiques &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Concept propos&#233; par le chercheur &#233;tats-unien Harold D. Lasswell dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les m&#233;dias acc&#232;deraient clandestinement aux inconscients des lecteurs, auditeurs ou t&#233;l&#233;spectateurs pour mieux les manipuler. Les m&#233;dias seraient ainsi dot&#233;s d'un pouvoir de persuasion, de mobilisation et d'enr&#233;gimentement des masses qui les fait appara&#238;tre comme un moteur de l'histoire. Des interpr&#233;tations qui naissent et retrouvent du cr&#233;dit dans des configurations &#171; politico-m&#233;diatiques &#187; singuli&#232;res :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, avec le d&#233;veloppement du roman populaire et de la presse &#224; grand tirage concomitamment aux luttes pour le suffrage universel et les droits d&#233;mocratiques ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- dans l'entre-deux guerres, avec les usages propagandistes de la radio et du cin&#233;ma par les r&#233;gimes totalitaires ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &#224; partir des ann&#233;es 1950-1970, la d&#233;mocratisation progressive de la t&#233;l&#233;vision cr&#233;e son lot d'interrogations quant au &#171; pouvoir des images &#187; (violentes, pornographiques, favorisant le consum&#233;risme, etc.) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- depuis les ann&#233;es 2000, ce sont Internet et les r&#233;seaux sociaux qui focalisent l'attention en tant que catalyseurs de crises (&#171; r&#233;volutions de couleur &#187; dans les pays d'ex-Union sovi&#233;tique, r&#233;volutions arabes, Brexit, &#233;lection de Donald Trump, mont&#233;e de l'extr&#234;me droite en Europe, etc.), ou plus simplement de subversion politique (campagne contre le TCE, Wikileaks, #BalanceTonPorc, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette propension &#224; attribuer un pouvoir propre aux m&#233;dias repose hier comme aujourd'hui sur un m&#233;lange de d&#233;terminisme technique et de panique morale face &#224; des pratiques sociales nouvelles &#233;chappant en partie au contr&#244;le des institutions, et surtout sur une repr&#233;sentation du public (et du &#171; peuple &#187;) comme masse d'individus indolents et cr&#233;dules susceptibles de se transformer en foule hyst&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Des r&#233;cepteurs loin d'&#234;tre passifs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, contrairement &#224; ce qu'affirment ces th&#233;ories qui voudraient que les messages m&#233;diatiques infusent sans filtre et influencent directement les consciences du public, la sociologie de la r&#233;ception a depuis longtemps montr&#233; que les croyances et les opinions se fa&#231;onnent essentiellement dans les groupes primaires (cercles familiaux, amicaux ou professionnels). Si les informations v&#233;hicul&#233;es par les m&#233;dias exercent quelque influence, elles ne sont per&#231;ues et re&#231;ues qu'&#224; travers les grilles d'interpr&#233;tation partag&#233;es et n&#233;goci&#233;es avec les environnements sociaux qui constituent le cadre d'existence des individus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les enqu&#234;tes pionni&#232;res en la mati&#232;re, dirig&#233;es par le chercheur &#233;tats-unien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les pratiques concr&#232;tes de &#171; consommation &#187; des m&#233;dias interdisent d'y voir un pouvoir capable de modeler les opinions : les individus ne choisissent pas par hasard les m&#233;dias qu'ils suivent pr&#233;f&#233;rentiellement, et ils font en sorte d'&#234;tre surtout confront&#233;s &#224; des messages ne heurtant pas leurs opinions pr&#233;constitu&#233;es. Cette exposition s&#233;lective aux flux de messages m&#233;diatiques se conjugue souvent &#224; une &#171; attention oblique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s le concept &#233;labor&#233; par le sociologue britannique Richard Hoggart (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; la fois nonchalante et d&#233;fiante, port&#233;e par les publics populaires sur les contenus diffus&#233;s dans les m&#233;dias dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, le r&#233;sultat du r&#233;f&#233;rendum sur le Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en en 2005 ou la gr&#232;ve de novembre-d&#233;cembre 1995 contre la r&#233;forme de la S&#233;curit&#233; sociale voulue par le gouvernement font figure d'exp&#233;rience grandeur nature attestant de la perm&#233;abilit&#233; tr&#232;s relative du public aux messages et, le cas &#233;ch&#233;ant, aux injonctions m&#233;diatiques. Dans un cas comme dans l'autre, les &#233;lecteurs, les forces mobilis&#233;es &#8211; comme &#171; l'opinion &#187; sond&#233;e, d'ailleurs &#8211; ont r&#233;sist&#233; aux partis-pris unanimes des m&#233;dias dominants et sont parvenus, malgr&#233; l'hostilit&#233; manifeste de ces derniers, &#224; diffuser leurs arguments et &#224; convaincre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;3. Non pas un pouvoir, mais des pouvoirs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Loin d'&#234;tre dot&#233;s du pouvoir d'assujettir les consciences que certains voudraient leur pr&#234;ter, les m&#233;dias ne sont pas plus &#8211; m&#234;me s'ils le devraient &#8211; des organes d&#233;vou&#233;s au bon fonctionnement d&#233;mocratique. Il n'en demeure pas moins que leurs formes d'organisation et le recrutement social des journalistes, les modalit&#233;s de production de l'information, les formats qu'ils imposent &#224; l'expression des acteurs sociaux, ou encore les relations asym&#233;triques qu'ils entretiennent avec les diff&#233;rents secteurs du monde social &#8211; et tout ce que cela g&#233;n&#232;re de distorsions de l'information &#8211;, concourent &#224; structurer l'espace public, &#224; s&#233;lectionner ceux qui y participent et &#224; d&#233;finir les limites de ce qui y est pensable et discutable, ainsi que les formes requises pour y intervenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, m&#234;me s'ils apparaissent comme des &#171; effets &#233;mergents &#187; de leur fonctionnement et de leurs structures (&#233;conomique, juridique, sociale, politique) et non comme des pr&#233;rogatives d&#233;tenues par des instances organis&#233;es, et m&#234;me s'ils n'en sont pas les seuls titulaires, les m&#233;dias exercent bien certains pouvoirs. Des pouvoirs &#233;clat&#233;s et partag&#233;s qui ne s'exercent pas de fa&#231;on uniforme et continue, qui varient selon les conjonctures et les rapports de force dont elles sont porteuses, mais des pouvoirs bien r&#233;els. Des pouvoirs qu'ils s'arrogent de fa&#231;on indue ou dont ils font un usage qui outrepasse r&#233;guli&#232;rement le r&#244;le qui leur est a priori d&#233;volu. Loin d'&#234;tre tout puissants, les m&#233;dias n'en sont pas moins trop puissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Un pouvoir de co-construction des probl&#232;mes publics (et de leurs solutions)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Un pouvoir d'agenda&lt;/i&gt; : en d&#233;terminant quelles informations sont dignes d'&#234;tre trait&#233;es, les m&#233;dias d&#233;finissent les &#233;v&#233;nements qui font &#171; l'actualit&#233; &#187;, sugg&#233;rant au public non pas ce qu'il doit penser, mais ce &#224; quoi il faut penser (les faits divers plut&#244;t que l'actualit&#233; internationale ; la dette publique et les cours de la Bourse plut&#244;t que le partage de la valeur ajout&#233;e et le taux de l'imp&#244;t sur les soci&#233;t&#233;s ; &#171; l'ins&#233;curit&#233; &#187; des banlieues plut&#244;t que les accidents du travail, etc.) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Un pouvoir de probl&#233;matisation et de cadrage&lt;/i&gt; : les m&#233;dias ont &#233;galement le pouvoir de sugg&#233;rer sous quel angle doivent &#234;tre abord&#233;es les questions dont ils traitent et comment il faut y penser (la micro&#233;conomie &#8211; les comportements des producteurs et des consommateurs &#8211; prime ainsi sur la macro&#233;conomie &#8211; la r&#233;gulation politique des activit&#233;s de production &#8211; ; les &#171; blocages &#187; g&#233;n&#233;r&#233;s par les mobilisations sociales l'emportent sur les revendications des salari&#233;s ; l'immigration est syst&#233;matiquement pr&#233;sent&#233;e comme &#171; un probl&#232;me &#187;, la d&#233;gradation de l'environnement comme une trag&#233;die sans responsables, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Un pouvoir de l&#233;gitimation (et de d&#233;l&#233;gitimation)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Un pouvoir de cons&#233;cration et de stigmatisation&lt;/i&gt; : en choisissant les discours l&#233;gitimes et ceux qui ne le sont pas, selon des crit&#232;res qui font pr&#233;valoir la t&#233;l&#233;g&#233;nie des &#171; bons clients &#187;, les m&#233;dias portent atteinte &#224; l'autonomie de divers secteurs sociaux en contournant les jugements et les principes de l&#233;gitimit&#233; qui y ont cours ; la notori&#233;t&#233; m&#233;diatique se substituant d&#232;s lors &#224; la comp&#233;tence et &#224; la reconnaissance par les pairs (les champs intellectuel et culturel sont ainsi colonis&#233;s par des logiques de jugement n'ayant rien &#224; voir avec la qualit&#233; des &#339;uvres ; le champ de la repr&#233;sentation politique et syndicale conna&#238;t le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne lorsque les porte-parole d&#233;sign&#233;s par les militants ou les formes de mobilisation choisies ne satisfont pas aux exigences m&#233;diatiques, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Un pouvoir de r&#233;v&#233;lation et d'occultation&lt;/i&gt; : certaines questions n'acc&#232;dent jamais au d&#233;bat public, quand d'autres font l'objet d'un traitement quasi obsessionnel, sans qu'aucune logique proprement journalistique puisse justifier ces asym&#233;tries dans leur couverture m&#233;diatique (les pr&#233;occupations des classes dominantes en mati&#232;re &#233;ducative, de loisir ou de consommation sont l'objet de toutes les attentions lorsque les modes d'existence des classes populaires sont quasiment absents des grands m&#233;dias ; inversement, les ill&#233;galismes des classes populaires connaissent une couverture particuli&#232;rement intense dans les rubriques &#171; d&#233;linquance et ins&#233;curit&#233; &#187; quand ceux des classes dominantes font l'objet d'un traitement nettement plus pudique et discret) ; dans le m&#234;me temps, et m&#234;me s'ils paraissent d&#233;pendants en la mati&#232;re des sources qui les informent, les m&#233;dias ont le pouvoir d'attirer l'attention sur des questions qui resteraient m&#233;connues en dehors de cercles restreints (ainsi de la fraude fiscale, de nombreux probl&#232;mes de sant&#233; publique et d'atteinte &#224; l'environnement, des coulisses des relations internationales, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est pas tant que les m&#233;dias d&#233;tiennent de facto le pouvoir de co-organiser et donc de peser sur l'espace public d&#233;mocratique, mais la mani&#232;re dont ils l'exercent. Quand des m&#233;dias exercent ces pouvoirs continument dans le m&#234;me sens, ils exercent du m&#234;me coup une domination effective : c'est en cela que les m&#233;dias dominants sont dominants !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Un pouvoir de domination symbolique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pouvoirs qu'exercent les m&#233;dias sont difficiles &#224; saisir et &#224; &#233;valuer. &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/Lire-6eme-edition-augmentee-et-actualisee-L-opinion-ca-se-travaille-Les-medias&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; L'opinion, &#231;a se travaille &#187;&lt;/a&gt;... mais l'opinion est souvent r&#233;tive. L'impact des diff&#233;rents pouvoirs des m&#233;dias varie notablement selon les sujets et selon les contextes. Des informations fausses ou biais&#233;es peuvent commettre des ravages ou ne laisser aucune trace, n'avoir qu'un impact instantan&#233; ou limit&#233;. Mais il en va autrement si elles sont r&#233;it&#233;r&#233;es sur des p&#233;riodes plus ou moins longues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;dias ne fabriquent pas, &#224; proprement parler, le consentement des peuples, mais ils sont parvenus, en quelques d&#233;cennies, &#224; r&#233;duire consid&#233;rablement le p&#233;rim&#232;tre du politiquement pensable, &#224; rel&#233;guer en les disqualifiant les voix contestant l'ordre social et &#224; imposer la centralit&#233; et la cr&#233;dibilit&#233; des th&#232;ses et des solutions n&#233;olib&#233;rales. Ce faisant, ils ont construit jour apr&#232;s jour, par un unanimisme savamment organis&#233;, un consensus qui tient pour &#233;videntes et naturelles une doctrine sociale, une organisation &#233;conomique et des options politiques qui prot&#232;gent et favorisent les int&#233;r&#234;ts des dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trop souvent, les pratiques journalistiques ordinaires d&#233;forment et distordent l'information en introduisant &#224; tout instant biais factuels et parti-pris interpr&#233;tatifs. Mais surtout, loin de garantir une information et des d&#233;bats pluralistes, ind&#233;pendants et &#233;quilibr&#233;s, les chefferies &#233;ditoriales exhibent leurs petites diff&#233;rences mais renient toute autonomie pour participer avec d&#233;lice au grand jeu du pouvoir dans le sillage des classes dirigeantes qui les ont plus ou moins coopt&#233;es. Quant aux grandes entreprises m&#233;diatiques, elles sont devenues des vecteurs d'influence que s'arrachent les oligarques du grand capitalisme. La plupart des journalistes n'exercent pas le m&#234;me m&#233;tier que les professionnels du commentaire. Mais ce sont ces derniers qui orchestrent les pouvoirs des m&#233;dias dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usage d&#233;voy&#233; des pouvoirs qui leur &#233;choient conf&#232;re aux m&#233;dias et &#224; ceux qui les dirigent une fonction d'int&#233;gration id&#233;ologique de la classe dominante et de chambre d'&#233;cho de ses pr&#233;occupations, ainsi qu'un r&#244;le de relais et d'auxiliaires des pouvoirs politiques et des puissances &#233;conomiques &#8211; un r&#244;le de &#171; chien de garde &#187; en somme. C'est ce pouvoir de domination symbolique, jamais acquis et sans cesse recommenc&#233;, qui demande &#224; &#234;tre d&#233;nonc&#233; et combattu pied &#224; pied. C'est &#224; cette t&#226;che qu'Acrimed s'emploie depuis plus de 20 ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Blaise Magnin&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce th&#232;me, les r&#233;f&#233;rences sont innombrables, on se contentera donc de renvoyer &#224; un article de synth&#232;se de Patrick Lehingue intitul&#233; &lt;a href=&#034;http://polis.sciencespobordeaux.fr/vol5n1/lehingue.rtf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &#8220;Le pouvoir des m&#233;dias&#8221; : vieux terrain, nouveaux objets &#187;&lt;/a&gt;, &#224; l'ouvrage r&#233;cent de Patrick Champagne paru en mars 2016 aux &#233;ditions Raisons d'Agir, intitul&#233; &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/Lire-La-double-dependance-de-Patrick-Champagne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La double d&#233;pendance. Sur le journalisme&lt;/i&gt;, et recens&#233; ici-m&#234;me&lt;/a&gt;, ainsi qu'&#224; l'ouvrage collectif dirig&#233; par Pascal Durand et publi&#233; en 2004 par les &#233;ditions de l'ULG, &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/Lire-Medias-et-censure-Les-figures-de-l-orthodoxie-dir-Pascal-Durand&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;M&#233;dias et censure : figures de l'orthodoxie&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon le concept d&#233;velopp&#233; par le philosophe allemand J&#252;rgen Habermas. Selon lui, le r&#233;gime d&#233;mocratique repose sur un espace public dans lequel les questions d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral sont pos&#233;es et d&#233;battues publiquement, puis tranch&#233;es &#224; partir de l'&#233;change et de la confrontation d'arguments rationnels. Les m&#233;dias jouant un r&#244;le primordial dans ce processus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment &lt;i&gt;Pour une socioanalyse du journalisme&lt;/i&gt;, publi&#233; par Alain Accardo aux &#233;ditions Agone en 2017, et dont on trouvera &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/Lire-Pour-une-socioanalyse-du-journalisme-d-Alain&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une recension ici-m&#234;me&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'apr&#232;s l'ouvrage de Noam Chomsky et Edward Herman, &lt;i&gt;Manufacturing consent&lt;/i&gt;, paru en 1988, et dont on trouvera &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/Lire-La-fabrication-du-consentement-de-Noam-Chomsky-et-Edward-Herman-un-extrait&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un extrait ici-m&#234;me&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon le titre de l'ouvrage &lt;i&gt;Le Viol des foules par la propagande politique&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1939 par le philosophe allemand Serge Tchakhotine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Concept propos&#233; par le chercheur &#233;tats-unien Harold D. Lasswell dans l'ouvrage &lt;i&gt;Propaganda Technique in World War I&lt;/i&gt; paru en 1927.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les enqu&#234;tes pionni&#232;res en la mati&#232;re, dirig&#233;es par le chercheur &#233;tats-unien Paul Lazarsfeld dans le cadre de &#171; l'&#233;cole de Columbia &#187; remontent aux ann&#233;es 1940 et 1950 avec &lt;i&gt;The People's Choice&lt;/i&gt; (1944), &lt;i&gt;Voting&lt;/i&gt; (1954), et &lt;i&gt;Personal Influence&lt;/i&gt; (1955).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'apr&#232;s le concept &#233;labor&#233; par le sociologue britannique Richard Hoggart dans &lt;i&gt;La culture du pauvre&lt;/i&gt; paru en 1970.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lire : La double d&#233;pendance, de Patrick Champagne</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Lire-La-double-dependance-de-Patrick-Champagne</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Lire-La-double-dependance-de-Patrick-Champagne</guid>
		<dc:date>2016-09-19T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thibault Roques</dc:creator>


		<dc:subject>Quelle(s) critique(s) ?</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une stimulante r&#233;flexion sur le journalisme.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Des-livres-presentations-et-extraits-" rel="directory"&gt;Des livres : pr&#233;sentations et extraits&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Quelle-s-critique-s-+" rel="tag"&gt;Quelle(s) critique(s) ?&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L98xH150/arton5348-6cee1.png?1780980902' class='spip_logo spip_logo_right' width='98' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans ce petit livre, dont &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/La-Double-Dependance-Sur-le-journalisme-de&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;nous avons d&#233;j&#224; publi&#233; un extrait&lt;/a&gt;, Patrick Champagne propose, comme son sous-titre l'indique, une r&#233;flexion &#171; sur le journalisme &#187; qui synth&#233;tise des recherches men&#233;es de longue date visant &#224; mieux appr&#233;hender le fonctionnement et les r&#233;gularit&#233;s de ce champ. Sociologue sp&#233;cialiste des m&#233;dias, l'auteur analyse les contraintes structurelles qui p&#232;sent sur les journalistes, sans n&#233;gliger les &#233;volutions les plus r&#233;centes de cet univers, risquant m&#234;me, en conclusion, quelques propositions pour son avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre pr&#233;sentation, in&#233;vitablement simplificatrice, voudrait au moins donner une id&#233;e de la richesse d'un travail scientifique r&#233;dig&#233; dans un style exigeant, mais clair et accessible. On ne peut qu'en recommander vivement la lecture &#224; tous ceux qui, comme nous, s'int&#233;ressent aux m&#233;dias et &#224; la critique des m&#233;dias. Cette critique est d'autant plus fond&#233;e qu'elle s'appuie sur une connaissance et une compr&#233;hension approfondies du champ m&#233;diatique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8941 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L326xH514/capture_d_e_cran_2016-09-18_a_19.43.43-0a36d.png?1780980902' width='326' height='514' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Outre l'introduction, le livre comporte quatre chapitres : le premier est centr&#233; sur la notion d'&#233;v&#233;nement, ce qu'elle recouvre et ce qu'elle cache ; le second s'efforce de caract&#233;riser la &lt;i&gt;&#171; double d&#233;pendance &#187;&lt;/i&gt; qui est &#224; l'&#339;uvre dans le champ journalistique : d&#233;pendance &#171; historique &#187; vis-&#224;-vis de la politique mais aussi et surtout d&#233;pendance vis-&#224;-vis de l'&#233;conomie qui impose de plus en plus sa logique aux journalistes, y compris aux plus &#171; intellectuels &#187; d'entre eux. Le troisi&#232;me chapitre, s'appuyant sur le cas du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, illustre les cons&#233;quences multiples que ce souci croissant du march&#233; a entrain&#233;es. Au-del&#224; du cas particulier, c'est la transformation g&#233;n&#233;rale du monde journalistique qui est consid&#233;r&#233;e, sous l'influence d'une logique commerciale sans cesse grandissante. Le quatri&#232;me chapitre, enfin, aborde deux ph&#233;nom&#232;nes r&#233;cents qui tendent &#224; modifier les pratiques du journalisme : la &#171; pens&#233;e par sondages &#187; et la mont&#233;e en puissance d'internet. Tirant les cons&#233;quences des analyses qui pr&#233;c&#232;dent, Patrick Champagne appelle de ses v&#339;ux la cr&#233;ation d' &lt;i&gt;&#171; un service public de l'information &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;&#171; Faire &#233;v&#233;nement &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'auteur aborde d'embl&#233;e la notion d'&#233;v&#233;nement et les d&#233;finitions, in&#233;vitablement insatisfaisantes, qui en sont donn&#233;es. Force est en effet de constater que depuis une trentaine d'ann&#233;es, &#171; faire &#233;v&#233;nement &#187; sans se pr&#233;occuper des m&#233;dias est devenu chose impensable car impossible. Il existe deux cas de figure : ceux, d'abord, o&#249; le journaliste ne ferait qu'enregistrer un fait hautement susceptible de concerner et d'int&#233;resser le public ; ceux, ensuite, o&#249; ce m&#234;me journaliste contribue &#224; fabriquer un fait, &#224; le co-produire jusqu'&#224; en faire un &#233;v&#233;nement potentiel. En d'autres termes, l'&#233;v&#233;nement pr&#233;-existe-t-il au travail journalistique ou ce travail est-il indispensable pour le faire advenir ? Il appara&#238;t que les m&#233;dias contribuent, souvent de mani&#232;re d&#233;cisive, &#224; le faire exister dans l'espace public. Organe de construction de l'information (ou de l'&#233;v&#233;nement), chaque m&#233;dia op&#232;re une s&#233;lection de l'information qui varie en fonction de sa position et de son poids propres dans le champ m&#233;diatique, &#233;tant d&#232;s lors plus ou moins en capacit&#233; de &#171; faire &#233;v&#233;nement &#187;. On ne le dira jamais assez : il n'y a pas un journalisme mais une diversit&#233; de journaux, de journalismes et de journalistes. Et si, en mati&#232;re d'&#233;v&#233;nement, le r&#244;le des m&#233;dias est d&#233;terminant, il ne faut cependant pas n&#233;gliger nombre d'autres agents qui participent eux aussi (ou tentent de le faire) &#224; la fabrication d'un &#233;v&#233;nement. &lt;i&gt;&#171; Microcosme relativement autonome &#187;&lt;/i&gt;, le champ journalistique est ainsi &lt;i&gt;&#171; sans cesse menac&#233; par des strat&#233;gies d'instrumentalisation op&#233;r&#233;es depuis d'autres champs, notamment les champs politiques (&#224; des fins de propagande) et &#233;conomique (comme support de publicit&#233;). &#187;&lt;/i&gt; C'est dire combien son autonomie est relative, presque toujours menac&#233;e par ce qui se passe au-del&#224; de ses fronti&#232;res, au demeurant assez poreuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notion &#224; la fois &lt;i&gt;&#171; famili&#232;re et insaisissable &#187;&lt;/i&gt;, la d&#233;finition m&#234;me de ce qu'on appelle un &#171; &#233;v&#233;nement &#187; est en r&#233;alit&#233; un enjeu de luttes incessantes dans lesquelles les journalistes jouent un r&#244;le d&#233;cisif. Il s'agit donc de d&#233;crire ces luttes et ces tensions internes au champ journalistique plus que de d&#233;terminer l'essence &#8211; par d&#233;finition introuvable &#8211; de l'&#233;v&#233;nement (&#224; l'instar de celle d' &#171; opinion publique &#187;). D&#232;s lors, c'est &#224; partir de la reconstitution de la gen&#232;se de cet univers que l'on peut esp&#233;rer comprendre ce qui s'y joue aujourd'hui et, dans une certaine mesure au moins, ce qui s'y jouera demain.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Le journaliste entre la politique et l'&#233;conomie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Historiquement, l'&#233;v&#233;nement a partie li&#233;e avec la politique, le d&#233;veloppement de la presse &#233;tant corr&#233;latif de l'apparition des champs politiques de type d&#233;mocratique et &#233;tant en quelque sorte &#171; au service &#187; du champ politique et des luttes symboliques qui s'y d&#233;roulent ; puis, outre cette d&#233;finition originelle, l&#233;gitime, traditionnelle, situ&#233;e du c&#244;t&#233; politique, va apparaitre une autre d&#233;finition plus tardive, li&#233;e &#224; des consid&#233;rations &#233;conomiques et &#224; l'&#233;mergence de la presse populaire au XIXe si&#232;cle, cette d&#233;finition de l'&#233;v&#233;nement &#233;tant &#171; au service &#187; du champ &#233;conomique. Ces deux d&#233;finitions de l'&#233;v&#233;nement vont s'affronter ouvertement jusqu'&#224; aujourd'hui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nos articles en portent la trace, notamment lorsque nous analysons la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout au long de la premi&#232;re moiti&#233; du XXe si&#232;cle, &lt;i&gt;&#171; le clivage majeur oppose une presse populaire &#224; grande diffusion qui fait chaque jour ses titres sur des faits, le plus souvent mineurs au regard de la vie politique, &#224; une presse politique plus ancienne, &#224; tirage limit&#233;, politiquement cliv&#233;e et activement militante. &#187;&lt;/i&gt; Cette opposition entre une presse s&#233;rieuse mais relativement peu diffus&#233;e et une presse populaire &#224; grand tirage perdure apr&#232;s 1945 mais cette derni&#232;re parvient de plus en plus &#224; s'imposer et &#224; imposer au champ journalistique tout entier sa propre conception de l'&#233;v&#233;nement, y compris au p&#244;le de production restreinte, r&#233;put&#233; autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e massive de la t&#233;l&#233;vision dans les foyers quelques d&#233;cennies plus tard ne fera que renforcer cette tendance. Car si les journalistes semblent s'&#234;tre progressivement &#233;mancip&#233;s de la tutelle politique, l'emprise &#233;conomique n'a pas cess&#233;, dans le m&#234;me temps, de se renforcer. De sorte que, &#224; l'or&#233;e des ann&#233;es 1990, la situation s'est totalement invers&#233;e : ce sont les m&#233;dias audiovisuels qui sont d&#233;sormais en mesure de dicter &#224; la presse &#233;crite ce qu'est un &#233;v&#233;nement, &#233;largissant au passage consid&#233;rablement sa d&#233;finition. Inflexion insensible mais en d&#233;finitive majeure, &lt;i&gt;&#171; l'&#233;v&#233;nement n'est plus alors seulement ce qui est constat&#233; mais ce qui est produit par le champ journalistique &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur souligne que rien n'est donn&#233; dans le monde journalistique, pas plus que dans le monde social ; tout est en effet construit, et pas n'importe comment. Aujourd'hui, l'&#233;v&#233;nement ne peut &#234;tre, par d&#233;finition, qu'un produit collectif : c'est l'accord plus ou moins concert&#233; et conscient de plusieurs r&#233;dactions et/ ou de plusieurs cha&#238;nes disposant d'un certain pouvoir dans le champ qui sera, seul, susceptible de conf&#233;rer &#224; une simple information le statut d'&#233;v&#233;nement. Outre les m&#233;dias qui le produisent ou co-produisent, il faut se garder d'oublier un acteur majeur &#8211; le public &#8211; qui fait vivre les m&#233;dias et pour qui ces derniers produisent l'information et, le cas &#233;ch&#233;ant, l'&#233;v&#233;nement. C'est l'autonomie toute relative du champ journalistique qui explique sa grande d&#233;pendance aux lecteurs et autres t&#233;l&#233;spectateurs. De plus en plus, le journaliste semble tributaire des attentes de celui ou celle qui va le lire ou le regarder. &lt;i&gt;&#171; Ce rapport des lecteurs &#224; leurs journaux fait que l'information est aussi un march&#233; r&#233;gi par l'&#233;conomie, par la loi de l'offre et de la demande. &#187;&lt;/i&gt; Particuli&#232;rement p&#233;rissable, l'information est un bien culturel qui doit &#234;tre produit et vendu rapidement : la satisfaction du client est &#224; ce prix.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Le capital journalistique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il faut toutefois y insister : tous les m&#233;dias n'ont pas la m&#234;me conception de l'information et, partant, de l'&#233;v&#233;nement puisque chacun dispose de capitaux variables (&#233;conomique, politique et professionnel, toujours pr&#233;sents, mais &#224; des degr&#233;s divers et selon des combinaisons variables) et s'av&#232;re plus ou moins susceptible d'imposer au reste du champ journalistique sa vision de l'&#233;v&#233;nement selon le volume et la structure de ce que l'on peut appeler un &#171; capital journalistique &#187; (qui int&#232;gre les capitaux &#233;conomique, politique et symbolique). On trouvera ainsi &#224; un p&#244;le un journal qui, comme &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, poss&#232;de un fort capital symbolique mais un capital &#233;conomique relativement faible tandis qu'&#224; l'oppos&#233;, TF1 ne jouit pas d'un prestige tr&#232;s grand mais dispose de moyens consid&#233;rables pour &#234;tre largement diffus&#233;. Le fait que coexistent, au sein de chaque entreprise de presse, ces diff&#233;rentes esp&#232;ces de capitaux, dans des quantit&#233;s et des proportions tr&#232;s variables, est une sp&#233;cificit&#233; fondamentale du champ journalistique. Chaque m&#233;dia doit ainsi composer, &#224; chaque instant, avec une &#171; contradiction structurale &#187; l'obligeant &#224; &#171; n&#233;gocier &#187; en permanence entre capital symbolique et capital &#233;conomique, diam&#233;tralement oppos&#233;s mais tous deux n&#233;cessaires &#224; la r&#233;ussite d'un m&#233;dia quel qu'il soit. D'o&#249; l'importance de la diffusion pour la presse &#233;crite (ou du taux d'audience pour la t&#233;l&#233;vision ou la radio) : indicateur purement quantitatif de rentabilit&#233; &#233;conomique au d&#233;part, elle &lt;i&gt;&#171; fait l'objet d'une valorisation symbolique &#187;&lt;/i&gt;. Au fil du temps et des transformations du champ, consciemment ou non, chacun tend de plus en plus &#224; associer large diffusion (donc succ&#232;s &#233;conomique) et (bonne) qualit&#233; de l'information. Or historiquement, c'est l'inverse qui est vrai nous rappelle le sociologue : on accordait d'embl&#233;e au produit journalistique qui se vendait bien et se diffusait largement une valeur moindre. Reste que pour faire un bon produit journalistique (c'est-&#224;-dire un produit qui se diffuse bien), le journaliste doit tenir compte du public et de ses attentes, ce qui n'est pas nouveau. Ce qui l'est, en revanche, c'est la domination des m&#233;dias audiovisuels sur la presse &#233;crite (m&#234;me celle r&#233;put&#233;e &#171; s&#233;rieuse &#187;), qui n'est pas sans cons&#233;quence sur ce que l'on entend d&#233;sormais par &#171; &#233;v&#233;nement &#187;. Les journaux &#233;tant aujourd'hui largement d&#233;pendants des m&#233;dias audiovisuels, ils contribuent &#224; &lt;i&gt;&#171; promouvoir un nouveau type d'&#233;v&#233;nement que l'on peut appeler, sans que cela soit pour autant un pl&#233;onasme, &#034;l'&#233;v&#233;nement m&#233;diatique&#034; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mieux donner encore &#224; voir ce que ce dernier signifie, l'auteur consid&#232;re deux cas extr&#234;mes &#8211; quoiqu'assez r&#233;currents : &lt;i&gt;&#171; l'&#233;v&#233;nement qui s'impose &#187;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#171; l'&#233;v&#233;nement que l'on impose &#187;&lt;/i&gt;. La fausse agression d'une jeune femme dans le RER D en 2004 illustre parfaitement le cas d'un &#233;v&#233;nement apparemment incontournable, dont on sait par avance qu'il va mobiliser imm&#233;diatement et massivement les m&#233;dias les plus divers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On consultera avec profit les nombreux articles que nous avions consacr&#233;s &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tous les ingr&#233;dients sont alors r&#233;unis pour que soit fabriqu&#233; ce que l'on peut appeler un &lt;i&gt;&#171; pi&#232;ge &#224; journalistes &#187;&lt;/i&gt; : cette histoire, nous dit P. Champagne, est exemplaire du fonctionnement du champ m&#233;diatique o&#249; &lt;i&gt;&#171; tout le monde observe tout le monde et se d&#233;termine par rapport aux concurrents &#187;&lt;/i&gt; sans toujours se soucier de v&#233;rifier les faits ou de raison garder avant de s'emballer. Cet &#233;pisode est id&#233;altypique en ce qu'il semble condenser tous les travers de cet univers : &lt;i&gt;&#171; forte d&#233;pendance au champ politique, existence de faits cadr&#233;s &#224; un moment donn&#233; dans le champ journalistique comme &#233;tant a priori de l'information, processus circulaires multiples par lesquels chacun contribue &#224; fabriquer de la croyance, et &#224; faire tourner la machine &#224; produire l'&#233;v&#233;nement pour m&#233;dias &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;v&#233;nement est parfois fabriqu&#233; de toutes pi&#232;ces, les journalistes &#233;tant alors un &#233;l&#233;ment parmi d'autres d'une op&#233;ration de communication d&#233;guis&#233;e en &#233;v&#233;nement m&#233;diatique, ce qui tend &#224; brouiller un peu plus la fronti&#232;re entre information et communication. Dans les deux cas, l'influence du champ politique sur le champ journalistique est manifeste et s'ajoute &#224; une forte d&#233;pendance &#233;conomique. Ensemble, elles constituent une &lt;i&gt;&#171; double d&#233;pendance structurelle &#187;&lt;/i&gt; qu'il s'agit de pr&#233;ciser.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Le journalisme ambigu&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du second chapitre, l'auteur note que les repr&#233;sentations du m&#233;tier de journaliste sont tr&#232;s diff&#233;rentes sinon ambigu&#235;s : entre la figure du grand reporter et celle du journaliste peu scrupuleux pr&#234;t &#224; toutes les compromissions avec le si&#232;cle, il constitue un &lt;i&gt;&#171; personnage social trouble &#187;&lt;/i&gt;. Relativement libres d'exercer leur m&#233;tier mais jouissant en m&#234;me temps d'une libert&#233; tr&#232;s relative, les journalistes occupent une &lt;i&gt;&#171; position d'entre-deux &#187;&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#171; La libert&#233; revendiqu&#233;e, affich&#233;e et assum&#233;e des journalistes cache mal les contraintes et les d&#233;pendances qui, de fait, p&#232;sent sur eux et avec lesquelles ils doivent composer &#187;&lt;/i&gt;. C'est tout le paradoxe du champ journalistique qui est &#224; la fois domin&#233; et dominant dans le champ du pouvoir : domin&#233; parce que subissant l'agenda politique et dominant parce rien de significatif, aujourd'hui, ne peut plus se faire ou se voir sans lui. L'autonomie de cet univers est donc relative, et sans cesse menac&#233;e ; quelle que soit la sinc&#233;rit&#233; des discours r&#233;currents sur la libert&#233; de la presse et les chartes bonne conduite, &lt;i&gt;&#171; les journalistes sont structuralement condamn&#233;s &#224; produire [&#8230;] sous contraintes politique et/ ou &#233;conomique. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le journaliste est ainsi pris entre la politique et l'&#233;conomie, il est probable que l'id&#233;e m&#234;me d'autonomie du champ journalistique soit un v&#339;u pieux : &lt;i&gt;&#171; On peut distinguer deux grands r&#233;gimes de production de l'information, l'un qui est &#233;troitement d&#233;pendant de l'&#201;tat mais qui risque d'&#234;tre une courroie de transmission du pouvoir en place [&#8230;] et l'autre qui est constitu&#233; sur le mod&#232;le du march&#233; et de l'entreprise &#233;conomiquement rentable. &#187;&lt;/i&gt; Force est donc de reconna&#238;tre que, malgr&#233; la vari&#233;t&#233; des supports ou des formats, il n'existe que tr&#232;s peu de m&#233;dias r&#233;gis par des consid&#233;rations purement intellectuelles, pris qu'ils sont dans cette double contrainte. Il est n&#233;anmoins n&#233;cessaire de distinguer entre les effets qu'exerce la politique et ceux qu'exerce l'&#233;conomie aujourd'hui : si la censure politique brutale et directe a quasiment disparu, l'influence des acteurs politiques, de leurs probl&#233;matiques et de leurs exigences persiste. Cependant, le pouvoir de l'&#233;conomie sur les m&#233;dias est bien plus grand encore ; directement, d'abord, via la publicit&#233; ; indirectement ensuite et surtout, compte tenu du souci de rentabilit&#233; de toute entreprise journalistique de nos jours. Reste donc une contradiction ind&#233;passable : &lt;i&gt;&#171; les pratiques journalistiques les plus conformes aux attendus des chartes du journalisme sont &#233;galement le plus souvent loin d'&#234;tre les plus rentables &#233;conomiquement &#187;&lt;/i&gt;. La noble mission d'information, si souvent vant&#233;e, dissimule mal la dure loi de l'&#233;conomie : pour survivre, il faut d'abord et avant tout vendre, donc plaire, et donc r&#233;pondre aux attentes externes, celles du public, quitte &#224; faire certains compromis voire certaines compromissions. La vertu, en ce domaine, ne paie pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre l'&#233;volution de ces contraintes structurales, l'&#233;volution technologique n'a pas peu contribu&#233; pour sa part, &#224; la transformation du champ journalistique : faisant souvent de n&#233;cessit&#233; vertu, les journalistes pr&#233;sentent fr&#233;quemment l'urgence dans laquelle ils travaillent &#8211; et peuvent de plus en plus travailler gr&#226;ce &#224; Internet &#8211; comme la garantie d'&#234;tre en prise directe avec la r&#233;alit&#233;. Or &#171; coller au r&#233;el &#187; et suivre les &#233;v&#233;nements &#171; en temps r&#233;el &#187; n'est en rien gage de bon journalisme. Dans un tel contexte, il devient de plus en plus difficile de mener des enqu&#234;tes au long cours, loin des urgences du quotidien et des impatiences des chefferies &#233;ditoriales. Or c'est pr&#233;cis&#233;ment en faisant abstraction de l'actualit&#233; la plus br&#251;lante, nous dit l'auteur, que l'on a les meilleures chances de produire une information de qualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, les contraintes fortes et multiples qui s'exercent sur les journalistes, aujourd'hui sans doute plus qu'hier, rendent la nature m&#234;me de l'information produite de plus en plus incertaine comme en t&#233;moigne la confusion grandissante entre information et &#233;v&#233;nement ou encore entre information et communication.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;De l'ancien au nouveau &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;S'ensuit une analyse fine de l'&#233;volution du journal &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, dont on ne peut que r&#233;sumer ici les grandes lignes : il s'agit d'un cas exemplaire d'un titre pass&#233; en deux d&#233;cennies du statut de journal dominant peu perm&#233;able aux pressions politiques et &#233;conomiques &#224; un statut de journal domin&#233;. &#192; cet &#233;gard, la nomination, au mitan des ann&#233;es 1990, d'un m&#233;diateur au sein du journal est symptomatique de l'&#233;volution du titre &#8211; et du champ journalistique tout entier : accompagnant de fait les &lt;i&gt;&#171; transformations des bases &#233;conomiques du journal et des effets qu'elles peuvent avoir sur son contenu &#187;&lt;/i&gt; tout en &#233;tant officiellement garant de l'histoire et de la ligne du journal, son existence m&#234;me r&#233;v&#232;le les mutations qui traversent le champ m&#233;diatique &#224; partir des ann&#233;es 1980. Faut-il pr&#233;server co&#251;te que co&#251;te &lt;i&gt;&#171; le journalisme des professeurs &#187;&lt;/i&gt; des d&#233;buts et la distance qui a fait sa renomm&#233;e ou encourager, au contraire, &lt;i&gt;&#171; l'ouverture &#187;&lt;/i&gt; d'un journal dont la vision de l'information p&#232;se moins ? Concurrenc&#233; &#224; partir des ann&#233;es 1980 par &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, et de moins en moins apte &#224; r&#233;sister &#224; la pression qu'exercent sur lui les m&#233;dias audiovisuels, c'est bel et bien &#224; &lt;i&gt;&#171; la fin d'un magist&#232;re &#187;&lt;/i&gt; &#8211; celui qu'exer&#231;ait &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; &#8211; &#224; laquelle on assiste. Les convergences de plus en plus grandes entre les journaux, les logiques &#233;ditoriales et les pratiques journalistiques traduisent une homog&#233;n&#233;isation croissante d'un champ autrefois tr&#232;s cliv&#233; entre ses deux p&#244;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par un renversement progressif, l'emprise de l'information audiovisuelle va succ&#233;der &#224; l'emprise de la presse &#233;crite et du journal de r&#233;f&#233;rence qui la symbolisait. C'est dans ce contexte que le m&#233;diateur va &#234;tre charg&#233; d'une mission impossible : avoir un souci toujours plus grand de rentabilit&#233; en ne c&#233;dant rien (ou le moins possible&#8230;) sur la qualit&#233; de l'information produite. Signe d'une institution (voire d'un champ) journalistique en crise, on invoque la d&#233;ontologie d'autant plus souvent qu'elle est moins respect&#233;e &#224; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur du quotidien. D&#232;s lors, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, par l'interm&#233;diaire de son m&#233;diateur, ne peut que &lt;i&gt;&#171; l&#233;gitimer l'in&#233;vitable &#187;&lt;/i&gt;, s'effor&#231;ant de faire appara&#238;tre comme vertueuses des &#233;volutions qu'il a essentiellement subies. &lt;i&gt;&#171; Le travail que le journal fait, avec l'aide de son m&#233;diateur, pour se persuader, parfois contre l'&#233;vidence, qu'il n'a pas chang&#233;, ou mieux, qu'il a d&#251; changer pour ne pas changer &#187;&lt;/i&gt; n'y change rien : le nouveau &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; est pass&#233; de dominant &#224; domin&#233; dans le champ journalistique, les &lt;i&gt;&#171; transgressions &#187;&lt;/i&gt; successives du journal s'apparentant &#224; autant de &#171; d&#233;rives &#187; vers le p&#244;le commercial, tr&#232;s &#233;loign&#233;es de la pratique plus &#171; pure &#187; des origines.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;La pens&#233;e par sondages et Internet&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On ne peut analyser les transformations majeures qu'a connues le champ journalistique ces derni&#232;res ann&#233;es sans s'interroger sur le poids de la pratique des sondages dans la production journalistique actuelle ni sans prendre en compte l'arriv&#233;e d'internet dans les r&#233;dactions. En France, c'est &lt;i&gt;&#171; au milieu des ann&#233;es 60 que la pratique du sondage est entr&#233;e dans les m&#339;urs politico-journalistiques &#187;&lt;/i&gt;, pr&#233;sentant de multiples int&#233;r&#234;ts pour des journalistes en mal de temps : peu chronophages, ils peuvent &#234;tre r&#233;alis&#233;s chaque jour et coller ainsi au plus pr&#232;s de l'actualit&#233; ; mieux, ils pr&#233;sentent toutes les apparences de scientificit&#233; et permettent &#224; ceux qui les commandent de pouvoir se targuer de conna&#238;tre mieux que quiconque &#171; l'opinion publique &#187;, notion floue s'il en est. Tr&#232;s rapidement, s'instaure une relation de double d&#233;pendance entre m&#233;dias et sondages, les premiers ayant besoin des seconds comme gages de leur s&#233;rieux, les seconds ne circulant et ne se diffusant que gr&#226;ce aux premiers. Les sondages (notamment d'opinion) deviennent peu &#224; peu incontournables dans les champs journalistique et politique. Souvent per&#231;us comme l'arme d&#233;mocratique supr&#234;me, ils semblent m&#234;me litt&#233;ralement incontestables. Or les sondages servent manifestement davantage &#224; la manipulation politique qu'&#224; la promotion d&#233;mocratique. &#192; travers la mont&#233;e en puissance de la t&#233;l&#233;vision et des sondages d'audience, &lt;i&gt;&#171; on observe un changement significatif [&#8230;] : on ne demande plus aux t&#233;l&#233;spectateurs ce qu'ils aiment ou veulent mais, plus prosa&#239;quement, ce qu'ils ont regard&#233; et ce qu'ils pensent de ce qu'ils ont vu. [&#8230;] C'est d&#233;sormais &#034;le peuple&#034; qui, en choisissant entre des programmes concurrents, d&#233;cide (au moins apparemment) de ce qui doit se passer &#224; la t&#233;l&#233;vision. &#187;&lt;/i&gt; Insensiblement, l'audimat devient le crit&#232;re ultime pour juger de la qualit&#233; d'un programme ; cette logique s'&#233;tend progressivement &#224; la presse &#233;crite o&#249; l'on en vient &#224; estimer que la taille du lectorat sera un bon indicateur de la qualit&#233; du contenu. Loin de promouvoir la d&#233;mocratie, cette logique est davantage r&#233;v&#233;latrice d'une &lt;i&gt;&#171; dictature de l'audimat &#187;&lt;/i&gt; o&#249; les pr&#233;occupations &#233;conomiques priment les pr&#233;occupations culturelles. Autrement dit, &lt;i&gt;&#171; ce que la pratique des sondages ou de l'audimat impose, c'est &lt;strong&gt;un nouveau principe de l&#233;gitimit&#233; universel&lt;/strong&gt; fond&#233; sur l'audience, sur l'approbation populaire ou sur l'applaudim&#232;tre. &#187;&lt;/i&gt; Cette &lt;i&gt;&#171; loi de la majorit&#233; &#187;&lt;/i&gt; s'impose partout et pour tous, jusques et y compris dans le champ culturel, faisant resurgir la contrainte politique sous la forme d'un imp&#233;ratif &#233;conomique. Comme le montre Patrick Champagne, &lt;i&gt;&#171; la raison du grand nombre tend &#224; devenir la meilleure &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;videntes qu'elles soient, les transformations du journalisme li&#233;es aux nouvelles technologies n'en sont pas moins difficiles &#224; &#233;valuer. &#192; la mani&#232;re de la radio ou de la t&#233;l&#233;vision avant lui, nul doute qu'Internet bouleverse la production de l'information, sa r&#233;ception comme ses usages. Mais il est un peu t&#244;t pour en tirer des conclusions pr&#233;cises et d&#233;finitives. Pour ne citer que quelques unes des principales transformations &#224; l'&#339;uvre au cours des derni&#232;res ann&#233;es, on peut &#233;voquer l'acc&#233;l&#233;ration et l'intensification de la communication, la constitution d'une m&#233;moire et d'une archive in&#233;dites ainsi que l'apparition de nouvelles mani&#232;res de &#171; consommer &#187; de l'information.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Pour un service public de l'information&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au terme de ses analyses, l'auteur souligne que cet ouvrage se veut &lt;i&gt;&#171; une contribution &#224; l'instauration d'une critique des m&#233;dias &#187;&lt;/i&gt; sans laquelle le syst&#232;me m&#233;diatique restera inchang&#233;. Il s'agit en effet de mettre au jour les contraintes multiples qui p&#232;sent sur les journalistes et les m&#233;dias en g&#233;n&#233;ral afin de mieux comprendre la fabrication d'une information souvent r&#233;duite &#224; une succession d'&#233;v&#233;nements sans rime ni raison. Il s'agit surtout de montrer que, plus que jamais, d'autres m&#233;dias sont possibles voire n&#233;cessaires. Sans trop se bercer d'illusions, il faut faire confiance &#224; l'action conjugu&#233;e de la critique sociologique et de la critique militante en esp&#233;rant qu'elle permette &#224; ce nouveau monde m&#233;diatique de mieux fonctionner. Fort logiquement, cette critique tout ensemble &lt;i&gt;&#171; radicale et rationnelle &#187;&lt;/i&gt; pr&#233;conise la cr&#233;ation d'un service public de l'information, seul susceptible d'att&#233;nuer la double d&#233;pendance si puissante aujourd'hui dans le champ journalistique. Resterait &#224; savoir si la transformation de la soci&#233;t&#233; pr&#233;c&#232;de la transformation des m&#233;dias, ou si elle lui succ&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Thibault Roques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;- Patrick Champagne, &lt;i&gt;La Double D&#233;pendance. Sur le journalisme&lt;/i&gt;, Paris, Raisons d'Agir, 2016, 187 pages, 8 euros.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8943 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L417xH668/capture_d_e_cran_2016-09-18_a_22.08.36-26373.png?1780980902' width='417' height='668' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nos articles en portent la trace, notamment lorsque nous analysons la hi&#233;rarchie de l'information et la place donn&#233;e aux faits divers dans les JT du service public.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On consultera avec profit les nombreux articles que nous avions consacr&#233;s &#224; l'&#233;poque &#224; ce &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/La-fausse-agression-du-RER-D-un-journalisme-de-meute&#034;&gt;&#171; journalisme de meute &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Double D&#233;pendance. Sur le journalisme, de Patrick Champagne (2016)</title>
		<link>https://www.acrimed.org/La-Double-Dependance-Sur-le-journalisme-de</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/La-Double-Dependance-Sur-le-journalisme-de</guid>
		<dc:date>2016-05-10T07:19:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Champagne</dc:creator>


		<dc:subject>Quelle(s) critique(s) ?</dc:subject>
		<dc:subject>Lire - &#233;couter - voir</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Extraits de l'introduction.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Des-livres-presentations-et-extraits-" rel="directory"&gt;Des livres : pr&#233;sentations et extraits&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Quelle-s-critique-s-+" rel="tag"&gt;Quelle(s) critique(s) ?&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Lire-ecouter-voir-+" rel="tag"&gt;Lire - &#233;couter - voir&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous des extraits de l'introduction du livre de Patrick Champagne, &lt;i&gt;La Double D&#233;pendance. Sur le journalisme&lt;/i&gt;, paru en mars 2016, aux &#233;ditions Raisons d'Agir. En attendant un compte rendu plus d&#233;taill&#233;...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_8508 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L263xH424/champ-eb723.png?1776715377' width='263' height='424' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le point de d&#233;part des r&#233;flexions sur le journalisme qui composent ce livre est une manifestation de rue, celle des agriculteurs qui, en mars 1982, &#233;taient venus de toutes les r&#233;gions de France, &#224; l'appel de la FNSEA, d&#233;filer en bon ordre &#224; Paris pour faire la d&#233;monstration de la repr&#233;sentativit&#233; du syndicat agricole. Pour la premi&#232;re fois peut-&#234;tre, une manifestation int&#233;grait les journalistes comme une pi&#232;ce essentielle du dispositif. Il s'agissait en effet, pour les agriculteurs, en tout cas pour les responsables syndicaux, moins de manifester bruyamment pour faire conna&#238;tre leurs revendications que de r&#233;aliser une sorte de spectacle de rue largement diffus&#233; gr&#226;ce &#224; la t&#233;l&#233;vision, afin de susciter compr&#233;hension et soutien de la part de &#171; l'opinion publique &#187; dans leurs revendications face au pouvoir socialiste r&#233;cemment &#233;lu. Il s'agissait de faire &#233;v&#233;nement. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion d'&#233;v&#233;nement devenait, du m&#234;me coup, centrale pour comprendre comment fonctionne aujourd'hui le champ journalistique et comment les m&#233;dias agissent sur le champ politique. Il fallait donc analyser la lutte symbolique qui se joue &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du champ journalistique et dont l'enjeu est de transformer un simple fait en &#171; information &#187; et, plus encore, une information en &#171; &#233;v&#233;nement &#187;, c'est-&#224;-dire en information dont tout le monde parle, qui oblige les responsables, politiques et autres, &#224; prendre position et &#224; g&#233;rer, souvent avec l'aide de communicants, une situation qu'ils risquent de ne pas pouvoir contr&#244;ler. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque journal, compte tenu de son objet et du public auquel il s'adresse, pratique une s&#233;lection dans la multiplicit&#233; des choses qui se passent (c'est-&#224;-dire dans la r&#233;alit&#233; objective du monde) pour construire une information qui est un point de vue particulier sur ce monde (r&#233;alit&#233; subjective). S'ils sont proches sous bien des rapports, les diff&#233;rents quotidiens nationaux ne proc&#232;dent pas exactement aux m&#234;mes d&#233;coupages dans la masse des faits qui se sont produits ni ne leur accordent la m&#234;me place dans le journal. [&#8230;] Parmi le nombre infini des &#171; choses &#187; qui se passent chaque jour dans le monde, chaque m&#233;dia n'en retient qu'un nombre restreint en fonction de ses int&#233;r&#234;ts et de ceux suppos&#233;s de ses lecteurs, auditeurs et t&#233;l&#233;spectateurs. Les m&#233;dias produisent chaque jour une part importante des th&#232;mes de discussion et des sujets de conversation qui s'instaurent entre les individus, les informations &#233;tant utilis&#233;es en grande partie &#224; des fins d'int&#233;gration des individus &#224; leurs groupes d'appartenance (discussions dans les familles, entre coll&#232;gues de travail, entre amis, entre inconnus, etc.). On discute pour discuter avec, pour &#233;changer, pour faire partie de la conversation, pour maintenir le contact, pour exister comme membre d'un groupe. C'est l'un des usages sociaux majeurs qui sont faits des informations produites quotidiennement par les m&#233;dias. Cependant pour que les m&#233;dias puissent &#171; faire &#233;v&#233;nement &#187; et susciter, dans la population, des d&#233;bats et des r&#233;actions qui agiront plus ou moins sur le champ politique par l'interm&#233;diaire notamment de sondages cens&#233;s mesurer &#171; ce que les gens pensent &#187; des sujets dont la presse parle, encore faut-il que l'ensemble des m&#233;dias (du moins les m&#233;dias nationaux) s'accordent sur ce qui doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un &#233;v&#233;nement, et donc titrent sur la m&#234;me chose et, de pr&#233;f&#233;rence, plusieurs jours de suite. Car un journal ne peut pas &#224; lui seul cr&#233;er un &#233;v&#233;nement, faire en sorte qu'une simple information devienne un &#233;v&#233;nement. Pour qu'il en soit ainsi, il faut que l'ensemble des m&#233;dias et supports de presse reprennent l'information &#224; la une. Tous les m&#233;dias n'ont pas cependant la m&#234;me capacit&#233; &#224; agir dans et sur le champ du journalisme et &#224; imposer leurs choix &#233;ditoriaux &#224; l'ensemble des m&#233;dias. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Lib&#233;ration,&lt;/i&gt; par exemple, ont un poids fonctionnel plus important que &lt;i&gt;Nice Matin&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;La D&#233;p&#234;che du Midi.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse de la production des &#233;v&#233;nements met en &#233;vidence la diversit&#233; du monde du journalisme et l'existence d'une hi&#233;rarchie entre les diff&#233;rents supports. Autrement dit, &#171; le journaliste &#187; n'existe pas. Ce qui existe, ce sont des journalistes qui occupent des positions d&#233;termin&#233;es (pigistes, r&#233;dacteurs, reporters, journalistes reporters d'images, &#233;ditorialistes, etc.) dans des journaux (quotidiens, hebdomadaires, t&#233;l&#233;visions, radios, etc.) qui constituent ce qu'il faut bien appeler un champ journalistique. Dans le journalisme, la d&#233;fense de la profession est monolithique, la presse dite &#171; de qualit&#233; &#187; soutiendra la presse de bas niveau au nom d'une commune appartenance &#224; &#171; la presse &#187;. Mais si le monde du journalisme s'est bien constitu&#233; en une sorte de microcosme relativement autonome, il reste que cette autonomie est sans cesse menac&#233;e par des strat&#233;gies d'instrumentalisation op&#233;r&#233;es depuis d'autres champs, notamment les champs politique (&#224; des fins de propagande) et &#233;conomique (comme support de publicit&#233;). Pour le dire autrement, le champ journalistique est un champ qui est &#171; au service &#187; d'autres champs ou qui &#171; rend service &#187; aux autres champs (le champ de l'&#233;dition par exemple ne peut se comprendre si l'on oublie les relations qu'il entretient avec le sous champ des critiques litt&#233;raires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quotidien &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; constitue un cas de figure particuli&#232;rement int&#233;ressant &#233;tant donn&#233;e la position sp&#233;cifique, longtemps dominante, occup&#233;e par ce quotidien dans le journalisme fran&#231;ais et aussi parce que l'histoire r&#233;cente de ce quotidien pose le probl&#232;me de la succession &#224; la direction des m&#233;dias et de l'instabilit&#233; du champ journalistique. La cr&#233;ation d'un m&#233;diateur au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; dans les ann&#233;es 1990 est en soi r&#233;v&#233;lateur de la crise de croyance en l'excellence de ce quotidien, celui-ci devant d&#233;sormais s'expliquer et rendre des comptes chaque semaine &#224; ses lecteurs. Mais surtout cette cr&#233;ation &#233;tait une tentative pour g&#233;rer une situation d'entre-deux qui caract&#233;rise d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale le monde de la presse, et dans les ann&#233;es 1980, tout particuli&#232;rement la situation du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;. Celui-ci se trouvait pris alors dans de multiples entre-deux : entre journalistes et attentes des lecteurs du journal, entre deux formules &#233;ditoriales, entre les anciens journalistes du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; et les jeunes journalistes r&#233;cemment recrut&#233;s, entre les logiques du monde de l'&#233;conomie (le quotidien connaissait une situation &#233;conomique catastrophique) et celles du monde de la politique (le quotidien avait pris parti en 1981 pour le candidat de gauche), entre information et commentaires, etc. de sorte que ce quotidien &#233;tait comme une sorte de mod&#232;le r&#233;duit des contradictions qui p&#232;sent sur le champ journalistique et permettait de mieux appr&#233;hender les contraintes structurelles inh&#233;rentes au monde des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recours g&#233;n&#233;ralis&#233; aux sondages n'a pas seulement profond&#233;ment transform&#233; la pratique de la politique, cette pratique s'est introduite &#233;galement dans la presse. Elle s'est substitu&#233;e en partie aux enqu&#234;tes de terrain (le journaliste commande &#224; la place un sondage) et a transform&#233; les journalistes en commentateurs improvis&#233;s de sondages compos&#233;s majoritairement de questions na&#239;ves. [&#8230;] La presse aujourd'hui s'est litt&#233;ralement fait investir par cette pratique et il n'est pas de journaux qui ne fassent &#233;tat chaque jour, pour l&#233;gitimer une opinion, du dernier sondage command&#233; par le journal ou par ses concurrents. [&#8230;] Cette &#171; pens&#233;e par sondages &#187; qui caract&#233;rise de plus en plus le mode de penser des journalistes s'appuie sur l'effet politique qu'exerce l'invocation de la repr&#233;sentativit&#233; des enqu&#234;tes par sondages, on pourrait presque dire l'effet magique de transmutation que produit la repr&#233;sentativit&#233;. [&#8230;] Un nouveau principe de l&#233;gitimit&#233; issu du champ politique tend ainsi &#224; s'imposer dans le domaine culturel (au sens large) dont les moyens modernes de communication (la t&#233;l&#233;vision mais aussi la presse &#224; grand tirage) et la pratique g&#233;n&#233;ralis&#233;e des sondages d'opinion &#224; propos de tout et de rien sont les agents les plus actifs.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation de l'&#233;diteur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est peu de professions qui, comme celle de journaliste, donnent lieu &#224; des repr&#233;sentations sociales aussi contradictoires. Le personnage social du journaliste tend en effet &#224; osciller entre, d'une part, des figures tr&#232;s prestigieuses comme celle du &#171; grand reporter &#187; qui paye parfois de sa vie la couverture des conflits, celle du &#171; journaliste d'investigation &#187; qui l&#232;ve des scandales et sert ainsi la d&#233;mocratie ou encore du commentateur politique et, d'autre part, la figure tr&#232;s n&#233;gative du journaliste corrompu qui fait des articles de complaisance, qui bidonne ses reportages, qui profite des malheurs du monde (on parle des &#171; charognards de l'information &#187;) ou m&#234;me, qui tels les paparazzis, cherchent de fa&#231;on purement mercantile &#224; &#233;taler dans l'espace public la vie priv&#233;e des personnages publics - ou connus du public - devenus pl&#233;thore avec les moyens modernes de divertissement (t&#233;l&#233;vision, cin&#233;ma, disques, etc.) et les formes encore plus modernes de diffusion (internet, r&#233;seaux sociaux, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, le journaliste est un personnage social trouble, capable du meilleur comme du pire. Au principe de cette repr&#233;sentation sociale pour le moins contrast&#233;e : la faible autonomie du champ m&#233;diatique. Les journalistes doivent composer avec des contraintes propres au m&#233;tier (r&#233;activit&#233;, urgence, polyvalence parfois antagoniste avec la comp&#233;tence) mais aussi et surtout fortes contraintes externes, celles qu'exercent les champs politique et &#233;conomique avec l'assistance de sp&#233;cialistes en communication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que le risque de &#171; d&#233;rapages &#187; est grand que la profession multiplie les codes de d&#233;ontologie tout en se refusant au nom de la libert&#233;, d'en sanctionner les manquements. De m&#234;me, le recours massif aux sondages par les m&#233;dias - sondages pr&#233;&#233;lectoraux, d'opinion, d'audience, de notori&#233;t&#233;, etc. - constitue une forme de d&#233;fense des journalistes qui, &#224; la fois courtis&#233;s et m&#233;pris&#233;s, tendent &#224; s'abriter derri&#232;re des pourcentages apparemment scientifiques et donc indiscutables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas un m&#233;dia qui, aujourd'hui, ne fasse &#233;tat chaque jour, pour l&#233;gitimer une opinion, du dernier sondage command&#233; par lui ou par ses concurrents. Il ne faudrait pas croire cependant que l'introduction de cette pratique, parce qu'elle est peu scientifique, et m&#234;me souvent d'ordre ludique soit sans effets. Cette &#171; pens&#233;e par sondages &#187; qui caract&#233;rise de plus en plus le mode de penser des journalistes s'appuie sur l'effet politique qu'exerce l'invocation de la repr&#233;sentativit&#233; des enqu&#234;tes par sondages et tend &#224; g&#233;n&#233;raliser le principe majoritaire, au d&#233;triment de tout autre forme de &#171; participation &#187; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'appuyant sur des &#233;tudes de cas tr&#232;s concrets - une manifestation de rue, la fausse agression du RER D, la crise du journal &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et les avis de son m&#233;diateur, etc. - Patrick Champagne, sociologue des m&#233;dias, membre d'Acrimed, auteur de &lt;i&gt;Faire l'opinion&lt;/i&gt;, paru chez Minuit en 1990 et rest&#233; depuis un ouvrage de r&#233;f&#233;rence en science politique, nous fait entrer dans les luttes entre les journaux pour produire des &#233;v&#233;nements, voire parfois pour les coproduire et montre comment fonctionne le champ journalistique, cette machine &#224; fabriquer l'actualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage, &#233;crit dans un langage accessible aux non-sp&#233;cialistes, s'adresse &#224; tous ceux, militants associatifs, enseignants ou simples citoyens qui veulent s'informer sur la fabrication de l'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Patrick Champagne, &lt;i&gt;La Double D&#233;pendance. Sur le journalisme,&lt;/i&gt; Paris, Raisons d'Agir, 2016, 8 euros.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Faire l'opinion : vid&#233;o d'un Jeudi d'Acrimed avec Patrick Champagne</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Faire-l-opinion-video-d-un-Jeudi-d-Acrimed-avec-Patrick-Champagne</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Faire-l-opinion-video-d-un-Jeudi-d-Acrimed-avec-Patrick-Champagne</guid>
		<dc:date>2015-06-10T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acrimed</dc:creator>


		<dc:subject>Sondages</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats d'Acrimed</dc:subject>
		<dc:subject>&#034;Experts&#034;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; l'occasion de la r&#233;&#233;dition de l'ouvrage &lt;i&gt;Faire l'opinion. Le nouveau jeu politique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Les-Jeudis-d-Acrimed-en-videos-" rel="directory"&gt;Les Jeudis d'Acrimed en vid&#233;os&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Sondages-+" rel="tag"&gt;Sondages&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Debats-d-Acrimed-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats d'Acrimed&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Experts-+" rel="tag"&gt;&#034;Experts&#034;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L102xH150/arton4689-0f064.jpg?1780980902' class='spip_logo spip_logo_right' width='102' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'occasion de la r&#233;&#233;dition de l'ouvrage &lt;i&gt;Faire l'opinion. Le nouveau jeu politique&lt;/i&gt;, en livre de poche, nous avons re&#231;u, le 21 mai dernier, Patrick Champagne lors d'un jeudi d'Acrimed. L'occasion d'&#233;voquer de nombreuses questions, qu'il s'agisse de la folie sondagi&#232;re, de la construction de l'objet &#171; opinion publique &#187; ou de la place des sondeurs (et des sondages) dans les processus de restructuration du champ du pouvoir et de la lutte politiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;I) En guise d'introduction au d&#233;bat...
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;... quelques extraits de la nouvelle pr&#233;face r&#233;dig&#233;e en 2015 par Patrick Champagne, que vous pourrez lire en int&#233;gralit&#233; &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article4639.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la parution de &lt;i&gt;Faire l'opinion&lt;/i&gt;, il y a maintenant 25 ans, le d&#233;bat sur la validit&#233; des sondages et sur les usages en politique de cette nouvelle technologie sociale &#233;tait alors tr&#232;s intense, opposant de mani&#232;re souvent sommaire, dans les m&#233;dias notamment, les partisans des sondages &#224; ceux qui en d&#233;non&#231;aient non seulement le caract&#232;re peu scientifique mais aussi les effets, per&#231;us comme pervers, qu'ils exerceraient sur le fonctionnement des champs politique et journalistique. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication de mon livre, en 1990, s'inscrivait, pour dire vite, dans le cadre de cette lutte des sociologues contre les politologues m&#233;diatiques, form&#233;s pour la plupart, comme les sondeurs et comme nombre d'hommes politiques, &#224; Sciences Po de Paris, qui pr&#233;tendaient, au nom de leur science politique, d&#233;fendre cette pratique. Dix ans plus tard, la pratique des sondages faisait encore pol&#233;mique, comme en t&#233;moigne les r&#233;actions &#224; ce livre et la pr&#233;face que je r&#233;digeai alors &#224; l'occasion de la r&#233;&#233;dition de l'ouvrage en 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la pratique semble entr&#233;e dans les m&#339;urs et ne semble plus susciter de pol&#233;miques. Si, parfois, les sondages font encore &#171; la une &#187; des journaux, c'est moins d&#233;sormais parce qu'on en contesterait encore la fiabilit&#233; que du fait de d&#233;tournements financiers et de commandes excessives, voire scandaleuses, par le milieu politique, de sondages aupr&#232;s des divers instituts qui se sont multipli&#233;s. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi d&#232;s lors s'int&#233;resser &#224; des d&#233;bats qui appartiennent au pass&#233; et qui sont apparemment d&#233;pass&#233;s ? S'il n'est pas inutile de revenir vers ces d&#233;bats qui tendent progressivement &#224; sombrer dans l'oubli, c'est qu'ils peuvent aider &#224; rompre avec la nouvelle doxa qui tend in&#233;vitablement &#224; s'installer et &#224; devenir notre nouvel impens&#233;, notre inconscient social. Car de m&#234;me que la t&#233;l&#233;vision est au principe de ce que Bourdieu a appel&#233; la &#171; pens&#233;e audimat &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans Sur la t&#233;l&#233;vision, Paris, &#201;ditions Raisons d'agir, 1996.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la pratique des sondages est au principe d'une &#171; pens&#233;e par sondage &#187;, c'est-&#224;-dire de la tendance &#224; convoquer en permanence les sondeurs pour d&#233;cider de tout au nom d'une opinion qui est cens&#233;e &#234;tre majoritaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, comme un exemple parmi d'autres, l'annexe 3 qui a &#233;t&#233; ajout&#233;e &#224; cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'est pas facile de r&#233;sister &#224; ces forces d'int&#233;gration, la disposition critique, au niveau individuel, peinant &#224; rester constamment en alerte tant la remise en cause de la doxa, cette incitation &#224; penser comme tout le monde, exige une vigilance permanente et un effort sans rel&#226;che sur soi. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'int&#233;r&#234;t, aujourd'hui, de l'ouvrage ne r&#233;side pas seulement dans ce retour sur l'impens&#233; de la pratique actuelle des sondages. Il portait l'attention, comme l'indique le sous titre de l'ouvrage, &#171; le nouveau jeu politique &#187;, sur le fait que les sondeurs n'&#233;taient pas un acteur de plus dans le jeu politique mais contribuaient &#224; mettre en place un syst&#232;me politico-m&#233;diatico-sondagier dans lequel ils jouent d&#233;sormais un r&#244;le de premier plan. Loin d'&#234;tre de purs observateurs neutres du champ politique qui d&#233;livreraient modestement le r&#233;sultat de leurs enqu&#234;tes, les sondeurs, d&#233;sormais omnipr&#233;sents, revendiquent officiellement le monopole de la connaissance scientifique de la &#171; volont&#233; populaire &#187; &#8211; une notion qui appartient plus au registre de la m&#233;taphysique politique que de la science &#8211; et proposent officieusement aux partis politiques les moyens pour la manipuler. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;II) Vid&#233;o&lt;/h3&gt;&lt;div class=&#034;capsule-video&#034;&gt;&lt;div class=&#034;mini_capsule-video&#034;&gt; &lt;iframe title=&#034;Patrick Champagne invit&#233; aux Jeudis d'Acrimed le 21 mai 2015&#034; width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;//www.youtube-nocookie.com/embed/L6fXkQsdTsA?hd=1&amp;wmode=opaque&amp;autoplay=0&amp;rel=0&amp;showinfo=0&#034; allowfullscreen class=&#034;youtube-player&#034;&gt;&lt;/iframe&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt; &lt;!-- .capsule-video .mini_capsule-video --&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;Sur la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions Raisons d'agir, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, comme un exemple parmi d'autres, l'annexe 3 qui a &#233;t&#233; ajout&#233;e &#224; cette &#233;dition concernant le &#171; barom&#232;tre cr&#233;dibilit&#233; des m&#233;dias &#187;. [Note d'Acrimed : annexe publi&#233;e &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article4648.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur notre site&lt;/a&gt;.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.acrimed.org/L6fXkQsdTsA" length="0" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Jeudi d'Acrimed &#187; : Faire l'opinion, avec Patrick Champagne (21 mai)</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Jeudi-d-Acrimed-Faire-l-opinion-avec-Patrick-Champagne-21-mai</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Jeudi-d-Acrimed-Faire-l-opinion-avec-Patrick-Champagne-21-mai</guid>
		<dc:date>2015-05-07T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Acrimed</dc:creator>


		<dc:subject>Sondages</dc:subject>
		<dc:subject>Acrimed</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats d'Acrimed</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; l'occasion de la r&#233;&#233;dition de l'ouvrage &lt;i&gt;Faire l'opinion. Le nouveau jeu politique&lt;/i&gt;, de Patrick Champagne, en livre de poche.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Les-Jeudis-d-Acrimed-1996-2023-" rel="directory"&gt;Les Jeudis d'Acrimed (1996-2023)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Sondages-+" rel="tag"&gt;Sondages&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Acrimed-214-+" rel="tag"&gt;Acrimed&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Debats-d-Acrimed-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats d'Acrimed&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'occasion de la r&#233;&#233;dition de l'ouvrage &lt;i&gt;Faire l'opinion. Le nouveau jeu politique&lt;/i&gt;, de Patrick Champagne, en livre de poche, nous proposons un jeudi d'Acrimed consacr&#233; aux questions soulev&#233;es par ce livre, &#244; combien actuelles, qu'il s'agisse de la folie sondagi&#232;re, de la construction de l'objet &#171; opinion publique &#187; ou de la place des sondeurs (et des sondages) dans les processus de restructuration du champ du pouvoir et de la lutte politiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;&#171; Jeudi d'Acrimed &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Jeudi 21 mai 2015 &#224; 19 heures &lt;br class='manualbr' /&gt;&#224; la Bourse du travail de Paris &lt;br class='manualbr' /&gt;3, rue du Ch&#226;teau d'Eau, Paris 10e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Entr&#233;e libre et gratuite&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En guise d'introduction au d&#233;bat, des extraits de la nouvelle pr&#233;face r&#233;dig&#233;e en 2015 par Patrick Champagne, que vous pourrez lire en int&#233;gralit&#233; &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article4639.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la parution de &lt;i&gt;Faire l'opinion&lt;/i&gt;, il y a maintenant 25 ans, le d&#233;bat sur la validit&#233; des sondages et sur les usages en politique de cette nouvelle technologie sociale &#233;tait alors tr&#232;s intense, opposant de mani&#232;re souvent sommaire, dans les m&#233;dias notamment, les partisans des sondages &#224; ceux qui en d&#233;non&#231;aient non seulement le caract&#232;re peu scientifique mais aussi les effets, per&#231;us comme pervers, qu'ils exerceraient sur le fonctionnement des champs politique et journalistique. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication de mon livre, en 1990, s'inscrivait, pour dire vite, dans le cadre de cette lutte des sociologues contre les politologues m&#233;diatiques, form&#233;s pour la plupart, comme les sondeurs et comme nombre d'hommes politiques, &#224; Sciences Po de Paris, qui pr&#233;tendaient, au nom de leur science politique, d&#233;fendre cette pratique. Dix ans plus tard, la pratique des sondages faisait encore pol&#233;mique, comme en t&#233;moigne les r&#233;actions &#224; ce livre et la pr&#233;face que je r&#233;digeai alors &#224; l'occasion de la r&#233;&#233;dition de l'ouvrage en 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la pratique semble entr&#233;e dans les m&#339;urs et ne semble plus susciter de pol&#233;miques. Si, parfois, les sondages font encore &#171; la une &#187; des journaux, c'est moins d&#233;sormais parce qu'on en contesterait encore la fiabilit&#233; que du fait de d&#233;tournements financiers et de commandes excessives, voire scandaleuses, par le milieu politique, de sondages aupr&#232;s des divers instituts qui se sont multipli&#233;s. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi d&#232;s lors s'int&#233;resser &#224; des d&#233;bats qui appartiennent au pass&#233; et qui sont apparemment d&#233;pass&#233;s ? S'il n'est pas inutile de revenir vers ces d&#233;bats qui tendent progressivement &#224; sombrer dans l'oubli, c'est qu'ils peuvent aider &#224; rompre avec la nouvelle doxa qui tend in&#233;vitablement &#224; s'installer et &#224; devenir notre nouvel impens&#233;, notre inconscient social. Car de m&#234;me que la t&#233;l&#233;vision est au principe de ce que Bourdieu a appel&#233; la &#171; pens&#233;e audimat &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans Sur la t&#233;l&#233;vision, Paris, &#201;ditions Raisons d'agir, 1996.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la pratique des sondages est au principe d'une &#171; pens&#233;e par sondage &#187;, c'est-&#224;-dire de la tendance &#224; convoquer en permanence les sondeurs pour d&#233;cider de tout au nom d'une opinion qui est cens&#233;e &#234;tre majoritaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, comme un exemple parmi d'autres, l'annexe 3 qui a &#233;t&#233; ajout&#233;e &#224; cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'est pas facile de r&#233;sister &#224; ces forces d'int&#233;gration, la disposition critique, au niveau individuel, peinant &#224; rester constamment en alerte tant la remise en cause de la doxa, cette incitation &#224; penser comme tout le monde, exige une vigilance permanente et un effort sans rel&#226;che sur soi. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'int&#233;r&#234;t, aujourd'hui, de l'ouvrage ne r&#233;side pas seulement dans ce retour sur l'impens&#233; de la pratique actuelle des sondages. Il portait l'attention, comme l'indique le sous titre de l'ouvrage, &#171; le nouveau jeu politique &#187;, sur le fait que les sondeurs n'&#233;taient pas un acteur de plus dans le jeu politique mais contribuaient &#224; mettre en place un syst&#232;me politico-m&#233;diatico-sondagier dans lequel ils jouent d&#233;sormais un r&#244;le de premier plan. Loin d'&#234;tre de purs observateurs neutres du champ politique qui d&#233;livreraient modestement le r&#233;sultat de leurs enqu&#234;tes, les sondeurs, d&#233;sormais omnipr&#233;sents, revendiquent officiellement le monopole de la connaissance scientifique de la &#171; volont&#233; populaire &#187; &#8211; une notion qui appartient plus au registre de la m&#233;taphysique politique que de la science &#8211; et proposent officieusement aux partis politiques les moyens pour la manipuler. (&#8230;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;Sur la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions Raisons d'agir, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, comme un exemple parmi d'autres, l'annexe 3 qui a &#233;t&#233; ajout&#233;e &#224; cette &#233;dition concernant le &#171; barom&#232;tre cr&#233;dibilit&#233; des m&#233;dias &#187;. [Note d'Acrimed : annexe publi&#233;e &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article4648.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur notre site&lt;/a&gt;.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le barom&#232;tre &#171; Confiance dans les m&#233;dias &#187; ou l'arroseur arros&#233;</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Le-barometre-Confiance-dans-les-medias-ou-l-arroseur-arrose</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Le-barometre-Confiance-dans-les-medias-ou-l-arroseur-arrose</guid>
		<dc:date>2015-04-29T04:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Champagne</dc:creator>


		<dc:subject>Sondages</dc:subject>
		<dc:subject>Lire - &#233;couter - voir</dc:subject>
		<dc:subject>Journalisme politique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Annexe de la nouvelle &#233;dition, publi&#233;e en janvier 2015, de &lt;i&gt;Faire l'opinion&lt;/i&gt; de Patrick Champagne.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Des-livres-presentations-et-extraits-" rel="directory"&gt;Des livres : pr&#233;sentations et extraits&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Sondages-+" rel="tag"&gt;Sondages&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Lire-ecouter-voir-+" rel="tag"&gt;Lire - &#233;couter - voir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-journalisme-politique-+" rel="tag"&gt;Journalisme politique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'annexe de la nouvelle &#233;dition&lt;i&gt; &lt;/i&gt;parue en 2015 de&lt;i&gt; Faire l'opinion&lt;/i&gt;, de Patrick Champagne, que nous publions ci-dessous est une version revue, am&#233;lior&#233;e et actualis&#233;e d'&lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article104.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un article initialement paru sur notre site en 2001&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est paradoxal de constater que ce sont les journaux et les journalistes qui, parmi les m&#233;dias, devraient &#234;tre les plus critiques &#224; l'&#233;gard des enqu&#234;tes d'opinion par sondage qui en sont non seulement les initiateurs et les propagandistes involontaires mais &#233;galement, parfois, les principales victimes. Si l'on n'estimait pas que le journalisme est une activit&#233; beaucoup trop s&#233;rieuse pour ne pas se sentir oblig&#233; de le d&#233;fendre, y compris contre lui-m&#234;me, on serait presque en droit de se r&#233;jouir de le voir, pour une fois, s'infliger en toute inconscience, par le biais des sondages qu'il commande lui-m&#234;me sur lui-m&#234;me, le traitement qu'il inflige ordinairement aux autres, et en premier lieu au monde politique mais aussi au monde culturel, en convoquant en permanence dans leurs colonnes, les sondages. L&#224; o&#249; certains pourraient y voir une forme de masochisme, il serait plus juste d'y voir en fait un bon indicateur de la d&#233;pendance croissante du monde journalistique &#224; l'&#233;gard de l'industrie des sondages et &#224; l'int&#233;gration, dans la pratique journalistique la plus banale, y compris chez ceux qui incarnaient le plus une certaine forme de r&#233;sistance &#224; leur &#233;gard, de la philosophie sur laquelle ils reposent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas du sondage r&#233;alis&#233; chaque ann&#233;e depuis 26 ans par la Sofres intitul&#233; &#171; barom&#232;tre &#8216;confiance dans les m&#233;dias' &#187; ou &#171; barom&#232;tre &#8216;cr&#233;dibilit&#233; des m&#233;dias &#8216; &#187; est, &#224; cet &#233;gard, un v&#233;ritable cas d'&#233;cole. Il est commandit&#233; par &lt;i&gt;La Croix,&lt;/i&gt; un quotidien s&#233;rieux s'il en est, qui devrait &#234;tre le dernier support de presse &#224; soutenir un pareil type de sondage qui consiste &#224; importer les logiques politique et &#233;conomique comme principe d'&#233;valuation de la valeur proprement intellectuelle de l'activit&#233; journalistique.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;L'invention du barom&#232;tre &#171; cr&#233;dibilit&#233; des m&#233;dias &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas sans int&#233;r&#234;t, avant d'analyser bri&#232;vement ce barom&#232;tre cens&#233; mesurer la cr&#233;dibilit&#233; de la presse, de rappeler qui l'a invent&#233; et dans quelles conditions. Il a &#233;t&#233; propos&#233; en 1987 &#224; la revue &lt;i&gt;M&#233;diasPouvoirs&lt;/i&gt;, &#224; &lt;i&gt;La&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Croix&lt;/i&gt; et au &lt;i&gt;Centre de Formation des Journalistes&lt;/i&gt; (Paris) par Jean-Louis Missika, un de ces personnages aux multiples casquettes qui est situ&#233; &#224; l'intersection de la politique, des m&#233;dias, des sondages et de l'universit&#233; et qui ont une fonction de passeur entre les diff&#233;rents univers qu'ils fr&#233;quentent. Il fut d'abord connu, au d&#233;but des ann&#233;es 1980, comme co-auteur (avec Dominique Wolton, un autre passeur) d'un livre sur la t&#233;l&#233;vision qui eut un certain succ&#232;s, puis fit carri&#232;re - entre 1988 et 1991 sous le gouvernement de Michel Rocard - comme responsable du SID (Service d'Information et de Diffusion, un organisme rattach&#233; aupr&#232;s du premier ministre qui a essentiellement pour t&#226;che de commander des sondages pour le gouvernement),&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;puis devint consultant de son propre cabinet conseil, puis directeur des &#233;tudes m&#233;dias &#224; la Sofres, puis directeur g&#233;n&#233;ral de l'institut de sondage BVA, puis auteur d'un rapport sur l'avenir de la t&#233;l&#233;vision publique. Politologue venant commenter &#224; l'occasion les sondages &#233;lectoraux le soir des &#233;lections &#224; la t&#233;l&#233;vision et il est &#233;galement enseignant dans diverses formations universitaires et enseigne la sociologie des m&#233;dias notamment &#224; Sciences Po. Enfin, il est &#233;lu comme conseiller de Paris en 2008. L'importance du r&#233;seau de relations et la confusion des genres qui caract&#233;risent son parcours professionnel sont bien faites pour faire tomber les pr&#233;ventions des journalistes &#224; l'&#233;gard des sondages qu'il leur propose, le vernis de s&#233;rieux intellectuel voire universitaire permettant de masquer une op&#233;ration qui n'est pas sans vis&#233;e commerciale ou politique int&#233;ress&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1992, l'hebdomadaire &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt;, qui appartient, comme &lt;i&gt;La Croix,&lt;/i&gt; au groupe de presse Bayard, est associ&#233; &#224; l'op&#233;ration pour des raisons semble-t-il surtout financi&#232;res, le quotidien catholique ne pouvant plus prendre en charge seul le co&#251;t de ce sondage annuel. En 1995, la revue &lt;i&gt;M&#233;diasPouvoirs&lt;/i&gt; se retire, le barom&#232;tre devenant alors le sondage Sofres&lt;i&gt;-La Croix-T&#233;l&#233;rama &lt;/i&gt;puis &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt; se retire &#224; son tour, en partie parce qu'il commence &#224; percevoir le caract&#232;re pervers du sondage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers sondages seront comment&#233;s dans les journaux commanditaires par Jean-Louis Missika en personne, ou par les charg&#233;s d'&#233;tudes de la Sofres dont les &#171; analyses &#187; (les guillemets s'imposent comme on le verra) ne font qu'imposer la logique du barom&#232;tre sans s'interroger sur l'instrument de mesure ainsi invent&#233; et pr&#233;sent&#233; comme scientifique. Sondeurs et commentateurs vont ainsi dire chaque ann&#233;e, avec autorit&#233;, les raisons que &#171; la presse &#187; peut avoir, &#224; l'examen des chiffres qui tombent comme de v&#233;ritables verdicts, de se r&#233;jouir ou au contraire de s'inqui&#233;ter devant le jugement que &#171; les Fran&#231;ais &#187; porteraient sur elle alors que c'est l'instrument de mesure lui-m&#234;me qu'il faut soumettre &#224; la critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de se pr&#233;cipiter sur les r&#233;sultats du sondage et d'en tirer des conclusions h&#226;tives, les journalistes seraient mieux inspir&#233;s de s'interroger sur les conditions m&#234;me de passation du questionnaire et sur les significations, diverses et contradictoires, que peuvent avoir les r&#233;ponses extorqu&#233;es aux enqu&#234;t&#233;s afin de ne pas trop rapidement consid&#233;rer comme &#233;tabli et indiscutable ce que les chiffres semblent apparemment dire. Il faudrait, en d'autres termes, que les journalistes cessent de croire en la scientificit&#233; des chiffres sortis des questionnaires et s'int&#233;ressent au travail de recueil des donn&#233;es et &#224; toute la logique qui est au principe de leur pr&#233;sentation. Bref, il faudrait que les journalistes comprennent que les instituts de sondages ne recueillent pas la r&#233;alit&#233; mais la construisent au terme d'op&#233;rations successives : s&#233;lection de la population qu'ils parviennent &#224; interroger, type de formulation des questions qui sont pos&#233;es, addition de r&#233;ponses formellement plus que r&#233;ellement identiques et grille de lecture que les sondeurs proposent &#224; leurs commanditaires des distributions statistiques ainsi obtenues. Autrement dit, au lieu de s'interroger sur &#171; la confiance des Fran&#231;ais dans les m&#233;dias &#187;, il serait sans doute plus important que les journalistes s'interrogent sur les raisons de leur confiance excessive &#224; l'&#233;gard des instituts de sondage et des barom&#232;tres qu'ils construisent &#224; leur attention.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Questions et r&#233;ponses : le grand d&#233;tournement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Passons tr&#232;s vite sur la question de la repr&#233;sentativit&#233; de l'&#233;chantillon (1000 personnes interrog&#233;es en face &#224; face choisies par la m&#233;thode des quotas), question qui n'est pas sans int&#233;r&#234;t mais l'essentiel n'est pas l&#224;. Disons que ce qui est important en l'esp&#232;ce, c'est que les instituts fassent croire, et croient eux-m&#234;mes, que leurs &#233;chantillons sont bien repr&#233;sentatifs &#171; des Fran&#231;ais &#187; et donc que les r&#233;sultats du sondage repr&#233;sentent bien &#171; l'opinion des Fran&#231;ais sur leur presse &#187;. L'essentiel r&#233;side dans le type de questions pos&#233;es et dans l'interpr&#233;tation qui est donn&#233;e des r&#233;ponses. Certaines des questions pos&#233;es chaque ann&#233;e sont cens&#233;es permettre d'&#233;tablir un classement indiscutable entre les diff&#233;rents m&#233;dias sous le rapport de leur cr&#233;dibilit&#233; aupr&#232;s des Fran&#231;ais ainsi &#233;rig&#233;s en juge de la presse. Exemple de question : &lt;i&gt;Est-ce que les choses se sont pass&#233;es vraiment ou &#224; peu pr&#232;s comme le journal /la radio / la t&#233;l&#233;vision / internet les raconte ? &lt;/i&gt;On notera le caract&#232;re vague de la question (&#171; les choses &#187;) et global (&#171; le journal &#187; lequel ? / &#171; la radio &#187; quelle station ? &#171; la t&#233;l&#233;vision &#187; quelle cha&#238;ne ?/ &#171; internet &#187; quel site ?) mais surtout le fait que pour r&#233;pondre &#224; une telle question, il faut non seulement savoir comment les choses se sont pass&#233;es objectivement (et par quel moyen autre que les m&#233;dias les personnes interrog&#233;es peuvent-elles le savoir ?) mais ensuite comparer &#171; les choses &#187; avec les versions propos&#233;es par tous les m&#233;dias, ce qui suppose que les interview&#233;s sont &#224; la fois des lecteurs des journaux, des auditeurs des radios, des t&#233;l&#233;spectateurs et des surfeurs sur le net. Ils sont malgr&#233; tout 58% &#224; penser que la t&#233;l&#233;vision raconte les choses comme elles se sont pass&#233;es, 55% pour la radio et seulement 50% pour la presse alors que m&#234;me un observatoire critique des m&#233;dias sur internet comme ACRIMED ne pourrait pas r&#233;pondre &#224; une telle question. Des remarques analogues peuvent &#234;tre faites &#224; propos de la question r&#233;currente suivante :&lt;i&gt; Croyez-vous que les journalistes sont ind&#233;pendants, c'est-&#224;-dire qu'ils r&#233;sistent aux pressions des partis politiques et du pouvoir ? Aux pressions de l'argent ? &lt;/i&gt;Que peuvent en savoir la plupart des interview&#233;s et en outre est-il possible de r&#233;pondre de mani&#232;re aussi globale (&#171; les journalistes &#187;) &#224; cette question ? Cependant, bien que la presse quotidienne &#233;crite nationale diffuse, tous titres confondus (&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Aujourd'hui&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L&#8216;Humanit&#233;&lt;/i&gt;) &#224; moins de 900 000 exemplaires par jour seulement (ce qui veut dire en gros qu'un Fran&#231;ais sur 10 seulement lit un quotidien national), et bien que 31%, dans l'enqu&#234;te, d&#233;clarent ne pas suivre les nouvelles, ils sont cependant 90% &#224; avoir un avis sur la question. Enfin, question consid&#233;r&#233;e comme sans &#233;quivoque pour savoir comment positionner les m&#233;dias sur le barom&#232;tre de cr&#233;dibilit&#233;, il est demand&#233; quel m&#233;dia les interview&#233;s utilisent afin &#171; d'avoir des nouvelles &#187;. En 2013, 69% citaient la t&#233;l&#233;vision, 33% la radio, 27% Internet et 24% la presse quotidienne qui commandite le sondage dans lequel elle arrive bon dernier. Conclusion : la t&#233;l&#233;vision est consid&#233;r&#233;e comme plus cr&#233;dible que la presse &#233;crite quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle conclusion oublie que les enqu&#234;t&#233;s r&#233;pondent, dans les sondages d'opinion, &#224; la question qu'ils comprennent et non &#224; celle qu'on leur pose. Par exemple, la question &#171; A quelle cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision (ou station de radio) faites-vous le plus confiance comme source d'information ? &#187; est comprise, par une large fraction de la population des enqu&#234;t&#233;s : &#171; Quelle cha&#238;ne (ou quelle station de radio) regardez-vous (ou &#233;coutez-vous) habituellement ? &#187; comme l'indique le fait que la distribution des r&#233;ponses qui est tr&#232;s proche des taux d'audience des cha&#238;nes (et des stations de radio) relev&#233;s par ailleurs dans les enqu&#234;tes de &lt;i&gt;M&#233;diam&#233;trie&lt;/i&gt;. On transforme en fait un simple &#171; indice d'&#233;coute &#187; en &#171; indice de confiance &#187;, des r&#233;ponses sur des pratiques en jugement sur l'excellence journalistique de tel m&#233;dia ou de telle cha&#238;ne qui seraient choisis pour leur excellence journalistique. Les sondeurs font comme si les enqu&#234;t&#233;s r&#233;pondaient : &#171; je fais confiance &#224; telle cha&#238;ne, et uniquement &#224; telle cha&#238;ne, comme source d'informations au terme d'un examen de l'ensemble de l'offre d'information propos&#233;e par l'ensemble des cha&#238;nes &#187; alors qu'il ne s'agit, pour une large part, que d'une simple d&#233;claration tr&#232;s simplifi&#233;e sur une habitude d'&#233;coute qui n'implique pas n&#233;cessairement de jugement particulier sur la qualit&#233; de l'information et qui ne tient pas compte, en outre des pratiques d'&#233;coute irr&#233;guli&#232;res ou plurielles ou de la pratique du zapping qui affecte l'information comme n'importe quel programme.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Transmuter la quantit&#233; en qualit&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais le coup de force symbolique sans doute le plus massif et le moins per&#231;u comme tel r&#233;side dans la lecture unifiante et globale qui est faite du sondage et des r&#233;ponses obtenues, notamment dans les commentaires des sondeurs et des journalistes, et qui impose l'id&#233;e m&#234;me que &#171; les Fran&#231;ais &#187; puissent ainsi juger &#171; leurs m&#233;dias &#187; et puissent voter &#224; leur propos comme dans une &#233;lection politique. Il y a, en r&#233;alit&#233;, une pluralit&#233; de m&#233;dias et des publics diff&#233;rents qui recherchent les m&#233;dias les plus conformes, politiquement, culturellement et socialement, &#224; ce qu'ils sont et &#224; ce qu'ils recherchent. Il est normal que les cadres et professions intellectuelles, ou encore les titulaires d'un dipl&#244;me d'enseignement sup&#233;rieur, soient plus nombreux que les ouvriers ou les sans dipl&#244;me &#224; suivre avec un int&#233;r&#234;t tr&#232;s grand l'information. Il est normal que les cadres et les plus dipl&#244;m&#233;s soient plus li&#233;s au journal ou &#224; la radio qu'&#224; la t&#233;l&#233;vision, et plus pr&#233;cis&#233;ment encore, plus li&#233;s &#224; &lt;i&gt;France Info&lt;/i&gt; ou &#224; &lt;i&gt;Arte&lt;/i&gt; qu'&#224; &lt;i&gt;RTL&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt;. Etc. Et ce n'est pas parce que certains m&#233;dias s'adressent &#224; des cat&#233;gories de publics quantitativement plus nombreuses que d'autres qu'ils font une information qualitativement meilleure. Chaque m&#233;dia a son public, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; n'&#233;tant pas directement en concurrence avec &lt;i&gt;Paris-Match &lt;/i&gt;ou &lt;i&gt;Voici&lt;/i&gt;. Or, ce type de barom&#232;tre, comme l'audimat, conduit &#224; tout mettre au m&#234;me niveau (quantitatif) et dans le m&#234;me sac (&#233;conomique) sous couvert d'une consultation pr&#233;tendument &#171; d&#233;mocratique &#187;, bref, il consiste &#224; hi&#233;rarchiser les m&#233;dias en fonction de leur tirage ou de leur taux d'&#233;coute. Est-ce que 1% d'audimat pour une &#233;mission culturelle sur &lt;i&gt;Arte&lt;/i&gt; est comparable &#224; un taux de 30% d'audimat sur &lt;i&gt;TF1&lt;/i&gt; pour une retransmission de match sportif ou pour une &#233;mission de divertissement ? Est-ce qu'il est possible de tout juger et hi&#233;rarchiser par les taux d'audience ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journalisme est structurellement menac&#233;, dans son autonomie, c'est-&#224;-dire dans son effort pour produire une information s&#233;rieuse intellectuellement et politiquement ind&#233;pendante, d'une part par l'univers politique qui depuis toujours et partout cherche &#224; contr&#244;ler et &#224; instrumentaliser &#224; son service le monde de la presse, et d'autre part par le secteur &#233;conomique qui, plus r&#233;cemment, cherche &#224; faire main basse sur les m&#233;dias et &#224; en faire ou bien des entreprises ordinaires s'ils peuvent &#234;tre source de profits, directs ou indirects, importants ou bien des instruments de communication. La logique du barom&#232;tre r&#233;ussit ce tour de force d'imposer, en contrebande, comme principe de l&#233;gitimit&#233; de la presse, une l&#233;gitimit&#233; &#224; la fois politique et &#233;conomique qui contribue du m&#234;me coup &#224; affaiblir une l&#233;gitimit&#233; professionnelle d&#233;j&#224; fragile et qui peine &#224; s'imposer. La conclusion logique que les journalistes devraient tirer de cette analyse est, bien s&#251;r, de laisser l&#224; cette malheureuse initiative pour utiliser leurs ressources de mani&#232;re moins autodestructrices et plus utiles. Mais au-del&#224; de ce barom&#232;tre, ne devraient-ils pas s'interroger plus largement sur l'usage devenu trop banal des sondages, et sur les autres barom&#232;tres, politiques notamment, qu'ils financent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick Champagne&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Faire l'opinion de Patrick Champagne : pr&#233;face de la nouvelle &#233;dition</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Faire-l-opinion-de-Patrick-Champagne-preface-de-la-nouvelle-edition</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Faire-l-opinion-de-Patrick-Champagne-preface-de-la-nouvelle-edition</guid>
		<dc:date>2015-04-17T04:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Champagne</dc:creator>


		<dc:subject>Sondages</dc:subject>
		<dc:subject>Lire - &#233;couter - voir</dc:subject>
		<dc:subject>Journalisme politique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Sondages et m&#233;diatisation de la politique : ce qu'ils sont devenus vingt-cinq ans apr&#232;s.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Des-livres-presentations-et-extraits-" rel="directory"&gt;Des livres : pr&#233;sentations et extraits&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Sondages-+" rel="tag"&gt;Sondages&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Lire-ecouter-voir-+" rel="tag"&gt;Lire - &#233;couter - voir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-journalisme-politique-+" rel="tag"&gt;Journalisme politique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous la pr&#233;face de la nouvelle &#233;dition, en livre de poche, de &lt;i&gt;Faire l'opinion. Le nouveau jeu politique &lt;/i&gt;de Patrick Champagne qui fut aussi l'un des fondateurs d'Acrimed en 1996. Cet ouvrage est l'une des sources d'inspiration de notre critique de la sondagite et de la m&#233;diatisation de la politique, dont cette pr&#233;face tire un premier bilan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, Patrick Champagne sera l'invit&#233; du &#171; Jeudi d'Acrimed &#187; qui se tiendra le 21 mai &#224; la Bourse du travail (75010) et qui sera annonc&#233; ici-m&#234;me sous peu. (Acrimed)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_7392 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L325xH539/Fairelopinion-05a76.jpg?1776715377' width='325' height='539' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la parution de &lt;i&gt;Faire l'opinion&lt;/i&gt;, il y a maintenant 25 ans, le d&#233;bat sur la validit&#233; des sondages et sur les usages en politique de cette nouvelle technologie sociale &#233;tait alors tr&#232;s intense, opposant de mani&#232;re souvent sommaire, dans les m&#233;dias notamment, les partisans des sondages &#224; ceux qui en d&#233;non&#231;aient non seulement le caract&#232;re peu scientifique mais aussi les effets, per&#231;us comme pervers, qu'ils exerceraient sur le fonctionnement des champs politique et journalistique. Si la pratique des sondages d'opinion avait &#233;t&#233; import&#233;e des Etats-Unis d&#232;s 1938 par l'universitaire Jean Stoetzel, un sp&#233;cialiste en psychologie sociale, ce n'est qu'en 1965, &#224; l'occasion de la premi&#232;re &#233;lection pr&#233;sidentielle au suffrage universel, que ce type d'enqu&#234;te, pris en mains d&#233;sormais par des politologues sp&#233;cialistes en sociologie &#233;lectorale, s'est banalis&#233; et est devenu m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre la multiplication des sondages pr&#233;&#233;lectoraux, sondages techniques qui, sous certaines conditions tr&#232;s pr&#233;cises, sont acceptables scientifiquement et politiquement, les sondeurs et les politologues qui avaient investi les instituts de sondages ont cherch&#233; &#224; imposer en contrebande, une nouvelle d&#233;finition de l' &#171; opinion publique &#187;, notion centrale des r&#233;gimes d&#233;mocratiques qui &#233;tait jusqu'alors vague et &#233;tait invoqu&#233;e, comme principe de l&#233;gitimit&#233;, par les diff&#233;rents agents participant &#224; la lutte politique pour dire simplement que &#171; le peuple &#233;tait avec soi &#187;. Les politologues pr&#233;tendront la mesurer scientifiquement &#224; partir de leurs enqu&#234;tes par sondage, l'opinion publique devenant un pourcentage incontestable parce que obtenu de mani&#232;re apparemment scientifique et de surcroit &#233;tabli d&#233;mocratiquement puisque r&#233;sultant de l'interrogation d'&#233;chantillons repr&#233;sentatifs de citoyens &#171; en &#226;ge de voter &#187;. Les politologues vont s'autoproclamer les gardiens au dessus de tous soup&#231;ons charg&#233;s de faire parler en toute objectivit&#233; cette moderne Pythie qu'ils ont install&#233;e au c&#339;ur de la lutte politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1970, une critique scientifique radicale &#233;tait port&#233;e &#224; ce type d'enqu&#234;te par Pierre Bourdieu dans une conf&#233;rence intitul&#233;e &#171; L'opinion publique n'existe pas &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette conf&#233;rence a &#233;t&#233; publi&#233;e notamment dans Questions de sociologie, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui fit alors grand bruit dans le petit milieu du sondage. Si, d'un point de vue scientifique, on pouvait penser que tout &#233;tait dit, et que le d&#233;bat &#233;tait clos, c'&#233;tait sans compter sur l'emprise, sur les instituts de sondage, de ceux que Bourdieu avait appel&#233;, dans un article de la revue &lt;i&gt;Minuit &lt;/i&gt;paru en 1972&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Minuit, 1, novembre 1972, p.26-45.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les &#171; doxosophes &#187;, ces savants de l'apparence qui &#171; ne font que donner les apparences de la science sur un terrain o&#249; les apparences sont toujours pour l'apparence &#187;. Particuli&#232;rement actifs, ils multipli&#232;rent les enqu&#234;tes par sondage sur tous les sujets imaginables, posant inlassablement leurs questions standardis&#233;es (&#171; vous, personnellement, que pensez-vous de&#8230; ? &#187;) &#224; une population qui, tr&#232;s largement, n'en pensait rien mais qui permettait d'imposer progressivement leur vision de l'opinion publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication de mon livre, en 1990, s'inscrivait, pour dire vite, dans le cadre de cette lutte des sociologues contre les politologues m&#233;diatiques, form&#233;s pour la plupart, comme les sondeurs et comme nombre d'hommes politiques, &#224; Sciences Po de Paris, qui pr&#233;tendaient, au nom de leur science politique, d&#233;fendre cette pratique. Dix ans plus tard, la pratique des sondages faisait encore pol&#233;mique, comme en t&#233;moigne les r&#233;actions &#224; ce livre et la pr&#233;face que je r&#233;digeai alors &#224; l'occasion de la r&#233;&#233;dition de l'ouvrage en 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la pratique semble entr&#233;e dans les m&#339;urs et ne semble plus susciter de pol&#233;miques. Si, parfois, les sondages font encore &#171; la une &#187; des journaux, c'est moins d&#233;sormais parce qu'on en contesterait encore la fiabilit&#233; que du fait de d&#233;tournements financiers et de commandes excessives, voire scandaleuses, par le milieu politique, de sondages aupr&#232;s des divers instituts qui se sont multipli&#233;s. C'est que la pratique des sondages d'opinion en politique, &#224; mesure qu'elle s'intensifiait, a connu un processus de mithridatisation tout &#224; fait classique qui s'observe lorsqu'une nouvelle technologie appara&#238;t qui tend &#224; perturber l'ordre des choses existant : dans un premier temps, elle suscite des r&#233;actions sommaires de rejet comme d'adh&#233;sion enthousiaste, les pros&#233;lytes de la modernit&#233; s'opposant aux tenants de la tradition, c'est-&#224;-dire bien souvent &#171; les jeunes &#187; aux &#171; vieux &#187;, &#171; les modernes &#187; aux &#171; conservateurs &#187;, etc. ; dans un second temps se multiplient les d&#233;bats, les colloques, les publications auxquels participent des repr&#233;sentants de chaque camp et au cours desquels tous les arguments possibles sont &#233;chang&#233;s jusqu'&#224; saturation ; enfin la pratique s'installe peu &#224; peu compte tenu des syst&#232;mes d'int&#233;r&#234;ts en pr&#233;sence et du degr&#233; auquel la nouveaut&#233; a &#233;t&#233; socialement dig&#233;r&#233;e et est devenue indiscutable, c'est-&#224;-dire non discut&#233;e. Les d&#233;bats sont progressivement oubli&#233;s et des usages tendent &#224; s'imposer et &#224; s'installer dans la routine, la banalit&#233;, le cela-va-de-soi. Il s'agit l&#224; d'un processus tr&#232;s g&#233;n&#233;ral qui s'observe aussi bien s'agissant de la diffusion d'internet, que de la mise en place d'une r&#233;forme de la politique scolaire, de l'introduction des techniques du marketing en politique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi d&#232;s lors s'int&#233;resser &#224; des d&#233;bats qui appartiennent au pass&#233; et qui sont apparemment d&#233;pass&#233;s ? S'il n'est pas inutile de revenir vers ces d&#233;bats qui tendent progressivement &#224; sombrer dans l'oubli, c'est qu'ils peuvent aider &#224; rompre avec la nouvelle doxa qui tend in&#233;vitablement &#224; s'installer et &#224; devenir notre nouvel impens&#233;, notre inconscient social. Car de m&#234;me que la t&#233;l&#233;vision est au principe de ce que Bourdieu a appel&#233; la &#171; pens&#233;e audimat &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans Sur la t&#233;l&#233;vision, Paris, Editions Raisons d'agir, 1996.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la pratique des sondages est au principe d'une &#171; pens&#233;e par sondage &#187;, c'est-&#224;-dire de la tendance &#224; convoquer en permanence les sondeurs pour d&#233;cider de tout au nom d'une opinion qui est cens&#233;e &#234;tre majoritaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, comme un exemple parmi d'autres, l'annexe 3 qui a &#233;t&#233; ajout&#233;e &#224; cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'est pas facile de r&#233;sister &#224; ces forces d'int&#233;gration, la disposition critique, au niveau individuel, peinant &#224; rester constamment en alerte tant la remise en cause de la doxa, cette incitation &#224; penser comme tout le monde, exige une vigilance permanente et un effort sans rel&#226;che sur soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les p&#233;riodes de d&#233;bats, par contre &#8211; c'est ce qui fait leur int&#233;r&#234;t &#8211; sont de v&#233;ritables moments critiques, dans la mesure o&#249; la diffusion des nouvelles technologies sociales bouleverse et chahute les pratiques et les cat&#233;gories de perception, et par l&#224;, la doxa, et donc l'ordre symbolique &#233;tabli et les rapports de pouvoir. Ils sont de ce fait l'occasion d'une mobilisation intellectuelle collective, d'un effort de pens&#233;e, d'une lutte symbolique objectivement stimulante au cours de laquelle chacun, dans l'urgence, apporte sa contribution par le seul fait de penser &#224; la fois contre les adversaires et avec eux. C'est pourquoi cette anamn&#232;se, ce retour vers ces moments d'affrontements pass&#233;s peut aider &#224; retrouver un regard critique sur le pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'int&#233;r&#234;t, aujourd'hui, de l'ouvrage ne r&#233;side pas seulement dans ce retour sur l'impens&#233; de la pratique actuelle des sondages. Il portait l'attention, comme l'indique le sous titre de l'ouvrage, &#171; le nouveau jeu politique &#187;, sur le fait que les sondeurs n'&#233;taient pas un acteur de plus dans le jeu politique mais contribuaient &#224; mettre en place un syst&#232;me politico-m&#233;diatico-sondagier dans lequel ils jouent d&#233;sormais un r&#244;le de premier plan. Loin d'&#234;tre de purs observateurs neutres du champ politique qui d&#233;livreraient modestement le r&#233;sultat de leurs enqu&#234;tes, les sondeurs, d&#233;sormais omnipr&#233;sents, revendiquent officiellement le monopole de la connaissance scientifique de la &#171; volont&#233; populaire &#187; &#8211; une notion qui appartient plus au registre de la m&#233;taphysique politique que de la science &#8211; et proposent officieusement aux partis politiques les moyens pour la manipuler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insertion de cette technologie dans le fonctionnement du champ politique a eu des effets qui ont compl&#232;tement transform&#233; l'&#233;conomie g&#233;n&#233;rale de la lutte politique, le champ du pouvoir s'&#233;tant restructur&#233; autour de deux nouveaux acteurs : la t&#233;l&#233;vision et les sondeurs. Insensiblement, la t&#233;l&#233;vision et les sondages ont transform&#233; la vie politique d&#233;sormais caract&#233;ris&#233;e par la spectacularisation, par le primat donn&#233; &#224; l'&#233;motion, par l'apparition d'une information-divertissement, par la personnalisation (et m&#234;me la &#171; peoplelisation &#187;), par la gestion d'une nouvelle forme de notori&#233;t&#233; politiquement efficace, la notori&#233;t&#233; m&#233;diatique, qui, tr&#232;s d&#233;pendante des logiques m&#233;diatiques, se perd cependant aussi vite qu'elle s'acquiert (c'est la logique du &#171; vu &#224; la t&#233;l&#233; &#187;), par les barom&#232;tres politiques hebdomadaires cens&#233;s la mesurer, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les coulisses comme sur le devant de la sc&#232;ne o&#249; s'affrontent des leaders politiques devant de vastes auditoires de t&#233;l&#233;spectateurs s'agitent d&#233;sormais nombre d'agents qui contribuent &#224; faire le spectacle, depuis les commentateurs traditionnels tels que les &#233;ditorialistes et les hommes politiques jusqu'&#224; ces nouveaux venus que sont les politologues, les conseillers en communication, mais aussi les journalistes d'investigation qui traquent les scandales politiques, les humoristes qui caricaturent quotidiennement les hommes politiques, les Guignols de l'info qui minent la croyance dans le s&#233;rieux du jeu politique, et, bien s&#251;r, les sondeurs qui pr&#233;tendent traduire tout cela en chiffres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#233;diatisation de la politique, et son accompagnement par les sondages, ont tendanciellement eu pour effet de red&#233;finir ce qu'on met sous l'expression &#171; faire de la politique &#187; qui consiste de plus en plus en l'art d'utiliser un ensemble de techniques mises au point par des sp&#233;cialistes en communication et en sondages qui sont destin&#233;es &#224; agir, par m&#233;dias interpos&#233;s, sur des &#233;lecteurs plac&#233;s en position de spectateurs afin de produire des effets sur l'opinion mesur&#233;e par les instituts de sondage. Le cercle est ainsi boucl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick Champagne, janvier 2015&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette conf&#233;rence a &#233;t&#233; publi&#233;e notamment dans &lt;i&gt;Questions de sociologie&lt;/i&gt;, Paris, Editions de minuit, 1980. [Voir &#233;galement &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article3938.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur notre site&lt;/a&gt; (Acrimed)].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Minuit&lt;/i&gt;, 1, novembre 1972, p.26-45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;Sur la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, Paris, Editions Raisons d'agir, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, comme un exemple parmi d'autres, l'annexe 3 qui a &#233;t&#233; ajout&#233;e &#224; cette &#233;dition concernant le &#171; barom&#232;tre cr&#233;dibilit&#233; des m&#233;dias &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; C'est elle que nous voulons &#187; : l'investiture de Mme Royal dans les m&#233;dias</title>
		<link>https://www.acrimed.org/C-est-elle-que-nous-voulons-l-investiture-de-Mme-Royal-dans-les-medias</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/C-est-elle-que-nous-voulons-l-investiture-de-Mme-Royal-dans-les-medias</guid>
		<dc:date>2006-12-05T06:53:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gr&#233;gory Rzepski</dc:creator>


		<dc:subject>&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>Le Figaro</dc:subject>
		<dc:subject>Lib&#233;ration</dc:subject>
		<dc:subject>Le Nouvel Obs</dc:subject>
		<dc:subject>Le Point</dc:subject>
		<dc:subject>France 2</dc:subject>
		<dc:subject>France 3</dc:subject>
		<dc:subject>LCI</dc:subject>
		<dc:subject>France Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Sondages</dc:subject>
		<dc:subject>Europe 1</dc:subject>
		<dc:subject>Le Parisien</dc:subject>
		<dc:subject>Jacques Julliard</dc:subject>
		<dc:subject>Claude Imbert</dc:subject>
		<dc:subject>Bernard-Henri L&#233;vy</dc:subject>
		<dc:subject>Jean-Claude Casanova </dc:subject>
		<dc:subject>L'Express</dc:subject>
		<dc:subject>La Presse de la Manche</dc:subject>
		<dc:subject>Jean-Pierre Elkabbach</dc:subject>
		<dc:subject>RTL</dc:subject>
		<dc:subject>Yves Thr&#233;ard</dc:subject>
		<dc:subject>La D&#233;p&#234;che du Midi</dc:subject>
		<dc:subject>Christophe Barbier</dc:subject>
		<dc:subject>Jean-Michel Aphatie</dc:subject>
		<dc:subject>Nord &#201;clair</dc:subject>
		<dc:subject>Jean-Michel Blier</dc:subject>
		<dc:subject>J&#233;r&#244;me Jaffr&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Jean-Michel Th&#233;nard</dc:subject>
		<dc:subject>Elise Lucet</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;gol&#232;ne Royal</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comment interpr&#233;ter l'enthousiasme m&#233;diatique qui a suivi la d&#233;signation de l'&#233;lue picto-charentaise ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Election-presidentielle-de-2007-" rel="directory"&gt;&#201;lection pr&#233;sidentielle de 2007 &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-Monde-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-Figaro-9-+" rel="tag"&gt;Le Figaro&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Liberation-+" rel="tag"&gt;Lib&#233;ration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-Nouvel-Observateur-11-+" rel="tag"&gt;Le Nouvel Obs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-Point-+" rel="tag"&gt;Le Point&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-France-2-+" rel="tag"&gt;France 2&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-France-3-+" rel="tag"&gt;France 3&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-LCI-+" rel="tag"&gt;LCI&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-France-Culture-+" rel="tag"&gt;France Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Sondages-+" rel="tag"&gt;Sondages&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Europe-1-+" rel="tag"&gt;Europe 1&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-Parisien-+" rel="tag"&gt;Le Parisien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Jacques-Julliard-+" rel="tag"&gt;Jacques Julliard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Claude-Imbert-+" rel="tag"&gt;Claude Imbert&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Bernard-Henri-Levy-+" rel="tag"&gt;Bernard-Henri L&#233;vy&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Jean-Claude-Casanova-+" rel="tag"&gt;Jean-Claude Casanova &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-L-Express-364-+" rel="tag"&gt;L'Express&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-La-Presse-de-la-Manche-+" rel="tag"&gt;La Presse de la Manche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Jean-Pierre-Elkabbach-+" rel="tag"&gt;Jean-Pierre Elkabbach&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-RTL-+" rel="tag"&gt;RTL&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Yves-Threard-+" rel="tag"&gt;Yves Thr&#233;ard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-La-Depeche-du-Midi-+" rel="tag"&gt;La D&#233;p&#234;che du Midi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Christophe-Barbier-+" rel="tag"&gt;Christophe Barbier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Jean-Michel-Aphatie-+" rel="tag"&gt;Jean-Michel Aphatie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Nord-Eclair-+" rel="tag"&gt;Nord &#201;clair&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Jean-Michel-Blier-+" rel="tag"&gt;Jean-Michel Blier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Jerome-Jaffre-+" rel="tag"&gt;J&#233;r&#244;me Jaffr&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Pluralisme-+" rel="tag"&gt;Pluralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Jean-Michel-Thenard-+" rel="tag"&gt;Jean-Michel Th&#233;nard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Elise-Lucet-+" rel="tag"&gt;Elise Lucet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Segolene-Royal-+" rel="tag"&gt;S&#233;gol&#232;ne Royal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans la nuit du 16 au 17 novembre 2006, on apprenait que S&#233;gol&#232;ne Royal avait emport&#233; le scrutin organis&#233; par le Parti Socialiste pour d&#233;signer son candidat. Nous ne discutons ici ni de l'opportunit&#233; ni de la l&#233;gitimit&#233; du choix effectu&#233; pour son propre compte par le Parti Socialiste, ni des options politiques de S&#233;gol&#232;ne Royal, mais des usages m&#233;diatiques de sa d&#233;signation. En effet, quasi unanimes, les commentaires ont c&#233;l&#233;br&#233; le &#171; &lt;i&gt;triomphe&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Le Parisien&lt;/i&gt; du 18.11.2006) de &#171; &lt;i&gt;l'h&#233;ro&#239;ne radieuse&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Nord Eclair&lt;/i&gt;, le 18.11.2006). Que signifie ce consensus &#233;ditorial ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une r&#233;duction de l'opinion&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Parmi les pr&#233;tendants &#224; l'investiture par le PS, la plupart des journalistes politiques (ou assimil&#233;s) ont pr&#233;sent&#233; Mme Royal comme la candidate de &#171; l'opinion &#187;. Ainsi, pour Isabelle Mandraud dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (18.11.2006), &#171; &lt;i&gt;l'originalit&#233; de Mme Royal, &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;son lien avec l'opinion&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, ses libert&#233;s par rapport aux dogmes du parti font aussi partie des raisons de son succ&#232;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est nous qui soulignons ici et par la suite.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sur &lt;i&gt;RTL &lt;/i&gt;(17.11.2006), Bertrand Delay, va dans le m&#234;me sens : &#171; &lt;i&gt;la strat&#233;gie de S&#233;gol&#232;ne de &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;jouer l'opinion&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; au-dessus du parti a march&#233;.&lt;/i&gt; &#187; De son c&#244;t&#233;, Jean-Michel Blier, au JT de &lt;i&gt;France 3 &lt;/i&gt;(17.11.2006), &#233;voque une victoire construite &#171; &lt;i&gt;en s'appuyant d'abord&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt; sur l'opinion&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Quelle est cette opinion ? Pour paraphraser Gallup, c'est celle que les sondages enregistrent. Mais c'est aussi celle que les &#233;ditorialistes des m&#233;dias dominants croient repr&#233;senter. Comme l'&#233;crit Patrick Champagne, &#171; l&lt;i&gt;es instituts de sondage sont (...) parvenus &#224; imposer dans les champs politique et journalistique, et donc bien au-del&#224;, le fait que l' &#171; opinion publique &#187; est r&#233;ductible &#224; ce qu'ils mesurent&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Patrick Champagne, Faire l'opinion, Paris, Minuit, p. 42&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Des expressions comme &#171; lien avec l'opinion &#187; ou &#171; jouer l'opinion &#187; reposent sur la croyance qui identifie les r&#233;sultats des enqu&#234;tes d'opinion &#224; ce que l'on appelle &#171; opinion &#187;. L'un des effets de cette croyance, en l'esp&#232;ce, est que le petit monde m&#233;diatico-politique est persuad&#233; du r&#244;le d&#233;cisif que les sondages et les m&#233;dias ont jou&#233; dans l'ascension de Mme Royal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;duction de l'opinion aux r&#233;sultats des enqu&#234;tes d'opinion est explicite dans certains commentaires. Ainsi celui de Christophe Barbier qui, sur LCI (17.11.2006), explique qu'&#171; &lt;i&gt;elle a r&#233;ussi son hold-up sur le Parti socialiste avec les armes du XXI&#232; si&#232;cle : des sondages et des images. Les militants l'ont pl&#233;biscit&#233;e parce que &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;les sympathisants et derri&#232;re les sympathisants, les sond&#233;s ont dit c'est elle que l'on veut,&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; c'est elle qui a une chance de battre Nicolas Sarkozy.&lt;/i&gt; &#187; Rappelons que les instituts de sondages se sont content&#233;s d'interroger des &#233;chantillons de Fran&#231;ais (suppos&#233;s &#234;tre) repr&#233;sentatifs de ceux que les instituts de sondages d&#233;signent comme &#233;tant des &#171; sympathisants &#187; socialistes sur leurs intentions de vote au premier ou au second tour, et ce, &#224; plusieurs mois du premier tour...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des m&#233;dias et des instituts de sondages acteurs du champ politique&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Pris en d&#233;faut &#224; maintes reprises ces derni&#232;res ann&#233;es, les instituts de sondage (et leurs relais m&#233;diatiques) tiendraient leur revanche avec les r&#233;sultats du scrutin organis&#233; pour l'investiture socialiste. Ainsi, pour Alexis Br&#233;zet, dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; (17.11.2006), quotidien &#171; de droite &#187; amateur de sondages : &#171; &lt;i&gt;Ses concurrents d&#233;non&#231;aient &#034; l'instrumentalisation des sondages &#034; ? Les sondages ne se sont pas tromp&#233;s&lt;/i&gt;. &#187; La presse &#171; progressiste &#187; abonde dans le m&#234;me sens puisque, selon G&#233;rard Dupuy dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; (18.11.2006), quotidien &#171; de gauche &#187; amateur de sondages : &#171; &lt;i&gt;On les [les sondeurs] siffle quand ils se trompent ; donc bravo !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces bravos provoquent la m&#234;me satisfaction modeste chez deux &#171; professionnels &#187; des sondages. Dans sa chronique sur &lt;i&gt;France Culture &lt;/i&gt;(17.11.2006), Olivier Duhamel estime que &#171; &lt;i&gt;le succ&#232;s de S&#233;gol&#232;ne Royal atteste d'abord de la tr&#232;s grande symbiose entre l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur du Parti socialiste&lt;/i&gt; &#187;. M&#234;me &#171; avis &#187; chez J&#233;r&#244;me Jaffr&#233; (toujours sur &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt;, le 18.11.2006) : la d&#233;signation de Mme Royal &#171; &lt;i&gt;&#231;a veut dire la perm&#233;abilit&#233; du Parti socialiste avec la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, il n'y a pas d'&#233;cart majeur entre les adh&#233;rents du parti socialiste et les &#233;lecteurs, il n'y a pas d'&#233;cart important.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A plus de cinq mois du premier tour, difficile pourtant de caract&#233;riser des entit&#233;s comme &#171; les &#233;lecteurs &#187; (pour Jaffr&#233;) ou &#171; l'ext&#233;rieur du Parti socialiste &#187; (pour Duhamel). Cette posture &#171; sondologique &#187; dissimule une r&#233;alit&#233; : les m&#233;dias comme les instituts de sondage sont des acteurs &#224; part enti&#232;re du champ politique et non pas de simples observateurs. Ils ont &#233;t&#233; impliqu&#233;s (mais &#224; quel degr&#233; ? Difficile &#224; dire...) dans le succ&#232;s de S&#233;gol&#232;ne Royal sur ses rivaux socialistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;lire, par exemple, ici-m&#234;me &#171; Pr&#233;sidentielle 2007 : le non-d&#233;bat des m&#233;dias &#187;.&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La victoire de Mme Royal et de &#171; l'opinion &#187; au sens des commentateurs est donc aussi v&#233;cu par ces m&#234;mes commentateurs comme un succ&#232;s des m&#233;dias et des instituts de sondage dans le rapport de force qui structure le champ politique, une r&#233;affirmation du &#171; &lt;i&gt;pouvoir propre de la presse face au pouvoir politique&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Patrick Champagne, op. cit., p. 143&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut interpr&#233;ter en ce sens l'importance accord&#233;e par les commentateurs &#224; la notion de &#171; d&#233;mocratie d'opinion &#187; (oppos&#233;e classiquement &#224; la d&#233;mocratie repr&#233;sentative ou &#224; la d&#233;mocratie partisane) dans l'analyse de la victoire de Mme Royal. Sur son blog, Pierre-Luc S&#233;guillon explique, par exemple, que &#171; &lt;i&gt;c'est &#224; partir d'une popularit&#233; acquise dans l'opinion qu'elle s'est efforc&#233;e avec succ&#232;s d'imposer le caract&#232;re incontournable de sa d&#233;signation comme porte drapeau des socialistes dans la campagne pr&#233;sidentielle. (...) La d&#233;mocratie de repr&#233;sentation a c&#233;d&#233; progressivement la place &#224; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;la d&#233;mocratie d'opinion&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. http://blog-pl-seguillon.lci.fr/archive-11-17-2006.html.&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; M&#234;me analyse chez Michel Noblecourt dans&lt;i&gt; Le Monde&lt;/i&gt; (30.11.2006) : &#171; &lt;i&gt;Mme Royal a gagn&#233; en recourant aux armes de la &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;d&#233;mocratie d'opinion&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; et de la d&#233;mocratie participative&lt;/i&gt; &#187;. Pour Claude Imbert dans&lt;i&gt; Le Point &lt;/i&gt;(23.11.2006), &#224; l'avenir, &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;la d&#233;mocratie d'opinion&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; dictera ses volont&#233;s et, par exemple, des primaires &#224; l'am&#233;ricaine. Elle s'imposera &#224; la politique comme le suffrage universel s'est impos&#233; &#224; la d&#233;mocratie. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Tenir compte des sondages, des m&#233;dias... &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Le rapport de rivalit&#233; entre m&#233;dias et partis traditionnels dans le champ politique s'est, en outre, retrouv&#233; dans les nombreuses condamnations, d&#233;non&#231;ant un &#171; &lt;i&gt;appareil devenu incompr&#233;hensible politiquement et doctrinalement&lt;/i&gt; &#187; selon St&#233;phane Roz&#232;s de l'Institut CSA (dans &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, 23.11.2006) et, surtout, dans les railleries convenues qui prennent pour cibles des &#171; &#233;l&#233;phants &#187; d&#233;faits. Sur &lt;i&gt;LCI&lt;/i&gt; (20.11.2006), Christophe Barbier commente, par exemple, en ces termes le succ&#232;s de l'&#233;lue picto-charentaise : &#171; &lt;i&gt;Elle a &#233;t&#233; la candidate des sondages contre les &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#233;l&#233;phants&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, contre une vieille id&#233;e du Parti socialiste&lt;/i&gt;. &#187; De m&#234;me, pour Elise Lucet, au JT de &lt;i&gt;France 2 &lt;/i&gt;(le 17.11.2006), &#171; &lt;i&gt;S&#233;gol&#232;ne Royal n'&#233;tait pas la candidate id&#233;ale pour les &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#233;l&#233;phants&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; du parti. Elle a d'ailleurs men&#233; sa campagne avec sa propre &#233;quipe, en bousculant souvent la hi&#233;rarchie du PS. &lt;/i&gt; &#187; Autre style mais m&#234;me id&#233;e chez Claude Imbert dans &lt;i&gt;Le Point &lt;/i&gt;(23.11.2006) : &#171; &lt;i&gt;De l'&#233;paisse chrysalide d'un vieux parti, l'opinion aura donc fait sortir un papillon. Et du marigot des &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#233;l&#233;phants&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, une hirondelle&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un papillon s'est donc envol&#233;... Mais il faudrait aller plus loin si l'on suit G&#233;rard Grunberg (du CEVIPOF) qui, interrog&#233; par &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; (17.11.2006), se fait presque comminatoire : &#171; &lt;i&gt;converti au &#034; royalisme &#034;, le parti devra se montrer beaucoup plus pragmatique et en finir avec ses exercices rh&#233;toriques dont il est si friand. Sous l'influence de Royal, le PS a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; amen&#233; &#224; s'ouvrir d'avantage &#224; la soci&#233;t&#233;, &#224; tenir compte des sondages, des m&#233;dias. Pour rester le grand parti pr&#233;sidentiel de la gauche, il ne peut plus vivre en vase clos&lt;/i&gt;. &#187; S'ouvrir donc. A qui ? A quoi ? Aux m&#233;dias et aux sondages, un peu plus encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Mutation id&#233;ologique &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Pour Jean-Claude Casanova (&lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt;, le 17.11.2006), reste &#224; &#171; &lt;i&gt;voir si cela se poursuit dans l'ordre intellectuel, c'est-&#224;-dire si dans ses id&#233;es le parti socialiste se rapproche aussi de la soci&#233;t&#233;.&lt;/i&gt; &#187; De la soci&#233;t&#233; ou des options id&#233;ologiques d&#233;fendues par la grande majorit&#233; des prescripteurs d'opinion ? Les sommit&#233;s &#233;ditoriales ne s'embarrassent plus de ce genre de distinction. Quasi unanimes &#224; souhaiter la &#171; modernit&#233; &#187; et les &#171; r&#233;formes &#187; lib&#233;rales, Mme Royal est leur candidate &#224; gauche pour d&#233;fendre ce projet. Sera-t-elle &#224; la hauteur de leurs esp&#233;rances ? Christophe Barbier (sur LCI, le 17.11.2006) n'en doute pas : &#171; &lt;i&gt;elle a (...) r&#233;alis&#233; &#224; elle toute seule la mutation id&#233;ologique profonde que le PS a rat&#233; au lendemain du 21 avril 2002. Eh bien, aujourd'hui, c'est le parti d'Epinay, le parti de Mitterrand, qui dispara&#238;t &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain du 21 avril 2002, dans &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;, ce m&#234;me Christophe Barbier expliquait d&#233;j&#224; que &#171; &lt;i&gt;le Premier ministre a sombr&#233; parce qu'il a voulu affronter un monde nouveau avec des m&#233;thodes archa&#239;ques.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;le 25.04.2002, cit&#233; par PLPL n&#176;24&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Comme l'a ensuite montr&#233; &lt;i&gt;PLPL&lt;/i&gt;, &#171; &lt;i&gt;le r&#233;sultat du premier tour [des &#233;lections pr&#233;sidentielles de 2002] aura d'abord fourni le pr&#233;texte d'une radicalisation lib&#233;rale&lt;/i&gt; &#187; des commentaires m&#233;diatiques. Ceux-ci attribu&#232;rent alors massivement &#171; &lt;i&gt;l'&#233;chec du parti socialiste &#224; son archa&#239;sme doctrinal&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PLPL n&#176;24&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En juin 2006, la parution du programme du PS avait &#233;galement donn&#233; lieu &#224; un d&#233;cha&#238;nement de commentaires unanimes en ce sens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire ici-m&#234;me &#171; M&#233;dias en (pr&#233;-)campagne, les &#233;ditorialistes contre le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Avec la d&#233;signation de Mme Royal, on assiste &#224; un ph&#233;nom&#232;ne similaire. Dans la semaine qui suit sa d&#233;signation par les militants du PS, le &#171; d&#233;bat &#187; entre commentateurs s'organise entre ceux qui, comme Christophe Barbier, voient en elle une incarnation de la &#171; modernit&#233; &#187; contre le &#171; vieux dogme &#187; socialiste et ceux qui la somme de devenir cette incarnation de la &#171; modernit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S&#233;gol&#232;ne Royal contre l'&#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;archa&#239;sme doctrinal&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#187; d'une &#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;vieille gauche&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Jean-Pierre Elkabbach figure dans la premi&#232;re cat&#233;gorie. Confiant, il explique ainsi sur &lt;i&gt;Europe 1 &lt;/i&gt;(17.11.2006) qu'&#171; o&lt;i&gt;n voit bien, &#224; travers l'&#233;lection de S&#233;gol&#232;ne Royal, que le pays veut &#234;tre &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;s&#233;curis&#233;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; et &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;dynamis&#233;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt; &#187; Sans doute parce que Mme Royal n'est &#171; &lt;i&gt;jamais &#233;mue ou impressionn&#233;e par les &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;dogmes&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; et par les &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;tabous&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187; selon Jean-Michel Aphatie (sur &lt;i&gt;RTL&lt;/i&gt;, le 17.11.2006). Dans &lt;i&gt;Le R&#233;publicain lorrain&lt;/i&gt; (18.11.2006), Philippe Waucampt croit pouvoir affirmer que &#171; &lt;i&gt;le positionnement sur les th&#232;mes de la s&#233;curit&#233;, du travail, de l'autorit&#233; et des valeurs correspond &#224; un r&#233;el besoin des Fran&#231;ais. &lt;/i&gt; &#187; Et Jean-Marcel Bouguereau, dans &lt;i&gt;La R&#233;publique des Pyr&#233;n&#233;es&lt;/i&gt; (17.11.2006) d'expliquer que &#171; s&lt;i&gt;ur la s&#233;curit&#233;, les 35 heures et le ch&#244;mage, l'enseignement et la carte scolaire, elle pose les bonnes questions et ses propositions ont &#233;t&#233;, tout au long de cette pr&#233;-campagne, au centre du d&#233;bat politique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une candidate dynamique, positionn&#233;e sur le th&#232;me de la s&#233;curit&#233; et qui ne se laisse pas intimider par les &#171; tabous &#187;... Mais surtout une candidate qui modernise le PS. Elle est ainsi &#171; &lt;i&gt;le porte-drapeau d'une &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;gauche renouvel&#233;e&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt; &#187; pour Jean-Christophe Giesbert dans &lt;i&gt;La D&#233;p&#234;che du Midi&lt;/i&gt; (17.11.2006). Et ce, dans la mesure o&#249; &#171; e&lt;i&gt;lle a su inventer &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;un socialisme pragmatique, en rupture avec les na&#239;vet&#233;s&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; qui avaient perdu Jospin&lt;/i&gt; &lt;i&gt;en 2002&lt;/i&gt; &#187; selon Jean-Michel Th&#233;nard dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; (17.11.2006).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis, J&#233;r&#244;me Jaffr&#233; explique sur &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt; (18.11.2006) que &#171; &lt;i&gt;ce que les adh&#233;rents ont approuv&#233;, c'est l'id&#233;e que s'ils partaient &#224; la conqu&#234;te de l'&#201;lys&#233;e en 2007 sur les &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;dogmes traditionnels&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; du Parti socialiste, eh bien le 15% de Lionel Jospin de 2002 ne seraient plus un accident &#233;lectoral mais une r&#233;p&#233;tition somme toute d'une &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;vieille gauche&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; qui n'arrive plus &#224; s'adapter &#224; la situation&lt;/i&gt;. &#187; Pour Jean Levallois, dans &lt;i&gt;La Presse de la Manche&lt;/i&gt; (18.11.2006), &#171; e&lt;i&gt;lle est celle qui, quoi qu'il arrive d&#233;sormais, &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;tourne de mani&#232;re volontariste une page de l'histoire socialiste&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, caract&#233;ris&#233;e jusqu'alors par un double &#233;chec, quant &#224; sa r&#233;novation, et quant &#224; sa vision d'un monde &#233;ternellement fig&#233;, avec une reprise des m&#234;mes th&#232;mes depuis tant d'ann&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'inverse, les bonimenteurs, se sont en g&#233;n&#233;ral complus, au nom de la modernit&#233; qu'ils croient incarner eux-m&#234;mes, &#224; critiquer la position de Laurent Fabius (comme par exemple Yves Thr&#233;ard, directeur adjoint du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; sur &lt;i&gt;RTL&lt;/i&gt;, le 17.11.2006 :&#171; &lt;i&gt;Fabius, il avait pris un parti-pris &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;vieux&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187;) jug&#233;e archa&#239;que au regard de la modernit&#233; incarn&#233;e par S&#233;gol&#232;ne Royal et Dominique Strauss-Kahn (comme Olivier Duhamel, sur &lt;i&gt;France Culture&lt;/i&gt;, le 17.11.2006 : &#171; &lt;i&gt;Que DSK et S&#233;gol&#232;ne, ces deux socialistes &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;modernes&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; recueillent ensemble plus de 8 sur 10 des votes exprim&#233;s hier par les militants socialistes donne une id&#233;e de l'ampleur du chemin parcouru&lt;/i&gt;. &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une le&#231;on de pluralisme &#233;ditorial &lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Il y a l&#224; une belle unanimit&#233;. Cette approche de l'investiture de Mme Royal (&#171; moderne &#187;, &#171; dynamique &#187;, etc.) a f&#233;d&#233;r&#233; les radios publiques et priv&#233;es, la presse quotidienne nationale comme la presse r&#233;gionale, la presse hebdomadaire &#171; de droite &#187; et celle &#171; de gauche &#187;. Le quasi consensus dans l'analyse fait &#233;cho au quasi consensus &#233;ditorial des m&#233;dias dominants depuis le d&#233;but de la campagne. Ceux-ci n'ont en effet cess&#233; d'&#339;uvrer &#224; une r&#233;duction du p&#233;rim&#232;tre id&#233;ologique du d&#233;bat &#224; la mani&#232;re d'un J&#233;r&#244;me Jaffr&#233; &#233;voquant d&#232;s mars 2006, dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, &#171; &lt;i&gt;l'inqui&#233;tude que suscitent une gauche trop &#224; gauche et une droite trop &#224; droite &lt;/i&gt; &#187; et l'int&#233;r&#234;t de la d&#233;marche de Mme Royal &#171; &lt;i&gt;plus proche des attentes des citoyens, qui r&#234;vent du bon &#233;quilibre entre la tol&#233;rance et le respect de l'autorit&#233;, entre l'ouverture &#224; l'&#233;conomie de concurrence et le maintien de la coh&#233;sion sociale&lt;/i&gt; &#187;, en bref, une candidate PS pas &#171; trop &#224; gauche &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;lire ici-m&#234;me &#171; L'ascension de S&#233;gol&#232;ne Royal dans les m&#233;dias et ses effets (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais certains &#233;ditorialistes restent n&#233;anmoins vigilants. Si l'investiture de Mme Royal est une belle promesse, elle devra &#234;tre concr&#233;tis&#233;e. Ainsi Jacques Julliard qui, dans &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; (23.11.2006), hebdomadaire &#171; de gauche &#187;, met en garde : &#171; &lt;i&gt;Que le Parti socialiste se d&#233;cide &#224; suivre le conseil d'Edouard Bernstein &#224; la social-d&#233;mocratie : &lt;/i&gt;&#034; Qu'elle ose enfin para&#238;tre ce qu'elle est ! &#034;&lt;i&gt; Qu'on en finisse avec l'imposture du double langage, radical dans l'opposition, ramollo au pouvoir.&lt;/i&gt; &#187; Ainsi Bernard-Henri L&#233;vy qui, dans &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; (23.11.2006), hebdomadaire &#171; de droite &#187;, pr&#233;vient &#171; &lt;i&gt;Ou bien elle [Mme Royal] va de l'avant dans ce qu'elle a, visiblement, de meilleur ; elle profite du mouvement qu'elle a cr&#233;&#233; et de la prodigieuse libert&#233; qu'il lui donne pour continuer son bon travail de briseuses d'idoles, tabous et autres totems qui &#233;touffent le discours progressiste depuis tant et tant d'ann&#233;es ; (...) &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;elle liquide les r&#233;sidus de&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;conformisme marxiste&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; qui n'en finissent pas de coller &#224; la soi-disant gauche de la gauche ; elle finit de &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;nous r&#233;concilier avec le march&#233;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; ; (...). Ou bien elle suit, au contraire, l'autre pente (...) qu'elle appelle d&#233;j&#224; la nostalgie de l'&#034;ordre juste&#034;(...). Gauche moderne ou populisme ? (...) Nous en sommes l&#224;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse est &#233;videmment libre de ses commentaires. Ce qui pose probl&#232;me, c'est le caract&#232;re quasi unanimement favorable des r&#233;actions m&#233;diatiques au succ&#232;s de S&#233;gol&#232;ne Royal ainsi que l'appui pseudo scientifique que leur apportent les sondologues. La d&#233;signation de Mme Royal est en fait per&#231;ue, par les &#233;ditorialistes, comme l'aboutissement victorieux d'une bataille id&#233;ologique men&#233;e depuis de longs mois pour r&#233;duire le p&#233;rim&#232;tre du politiquement pensable. Un travail politique rendu possible par la tentative de r&#233;duire l'espace du d&#233;bat public au seul espace m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#233;gory Rzepski. (Avec Jamel Lakhal pour la transcription des journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s. Les citations de la presse quotidienne r&#233;gionales sont extraites de la revue de presse du Nouvelobs.com)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3041 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/pdf/124Segolene.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 114.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1776673245' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est nous qui soulignons ici et par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Patrick Champagne, &lt;i&gt;Faire l'opinion&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, p. 42&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;lire, par exemple, ici-m&#234;me &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article2343.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Pr&#233;sidentielle 2007 : le non-d&#233;bat des m&#233;dias &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Patrick Champagne, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 143&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;a href=&#034;http://blog-pl-seguillon.lci.fr/archive-11-17-2006.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://blog-pl-seguillon.lci.fr/archive-11-17-2006.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;le 25.04.2002, cit&#233; par &lt;i&gt;PLPL&lt;/i&gt; n&#176;24&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;PLPL&lt;/i&gt; n&#176;24&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire ici-m&#234;me &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article2411.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; M&#233;dias en (pr&#233;-)campagne, les &#233;ditorialistes contre le programme du PS &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;lire ici-m&#234;me &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article2296.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; L'ascension de S&#233;gol&#232;ne Royal dans les m&#233;dias et ses effets de censure sur le d&#233;bat d&#233;mocratique &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une crise de nerfs de Philippe Corcuff</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Une-crise-de-nerfs-de-Philippe-Corcuff</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Une-crise-de-nerfs-de-Philippe-Corcuff</guid>
		<dc:date>2004-05-05T06:33:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>Livre</dc:subject>
		<dc:subject>Autocritiques</dc:subject>
		<dc:subject>Charlie Hebdo</dc:subject>
		<dc:subject>Altermondialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Acrimed</dc:subject>
		<dc:subject>PLPL</dc:subject>
		<dc:subject>Attac</dc:subject>
		<dc:subject>Intellectuels</dc:subject>
		<dc:subject>Chroniques</dc:subject>
		<dc:subject>Citations fausses</dc:subject>
		<dc:subject>Philippe Corcuff</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un chroniqueur intemp&#233;rant, victime des proc&#232;s de Moscou ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Leurs-critiques-et-la-notre-" rel="directory"&gt;Leurs critiques et la n&#244;tre&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Autocritiques-+" rel="tag"&gt;Autocritiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Charlie-Hebdo-+" rel="tag"&gt;Charlie Hebdo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Altermondialisme-+" rel="tag"&gt;Altermondialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Acrimed-214-+" rel="tag"&gt;Acrimed&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-PLPL-+" rel="tag"&gt;PLPL&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Attac-+" rel="tag"&gt;Attac&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Intellectuels-+" rel="tag"&gt;Intellectuels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Chroniques-+" rel="tag"&gt;Chroniques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Citations-fausses-+" rel="tag"&gt;Citations fausses&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Philippe-Corcuff-+" rel="tag"&gt;Philippe Corcuff&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un chroniqueur intemp&#233;rant, victime des proc&#232;s de Moscou ? Tel serait le sort de Philippe Corcuff selon lui-m&#234;me, si l'on en croit le monologue paru dans &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; le 28 avril 2004, sous le titre &#171; Au bon sens Stalinien &#187;. Il vaut le d&#233;tour...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les lecteurs de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; ont bien de la chance ! Gr&#226;ce &#224; Philippe Corcuff, ils savaient, &lt;i&gt;sans avoir &#224; le lire&lt;/i&gt;, tout le mal qu'ils doivent penser du &lt;a href='https://www.acrimed.org/Informer-sur-l-information-Petit-manuel-de-l-observateur-des-medias-en-pdf' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Petit Manuel d'Observation critique des m&#233;dias &#187;&lt;/a&gt; auquel notre z&#233;l&#233; chroniqueur fait dire exactement l'inverse de ce qu'il dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils savent d&#233;sormais, &lt;i&gt;sans pouvoir en lire une ligne&lt;/i&gt; dans l'hebdomadaire, qu'ils doivent vomir la mise au point - &lt;a href='https://www.acrimed.org/Philippe-Corcuff-critique-intelligent-de-la-critique-des-medias' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Philippe Corcuff, critique &#171; intelligent &#187; de la critique des m&#233;dias &#187;&lt;/a&gt; - r&#233;dig&#233;e pour Acrimed par Patrick Champagne.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Notre grand pourvoyeur de d&#233;bats d&#233;mocratiques, non content d'inventer les propos de ses contradicteurs, pr&#233;f&#232;re sans doute ne pas &#234;tre pris en flagrant d&#233;lit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#232;s la premi&#232;re phrase, comme on le lira plus loin, Philippe Corcuff tente (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne suffit pas. Par un proc&#233;d&#233; qu'il qualifierait sans doute de stalinien, notre chroniqueur &#233;m&#233;rite tente de faire croire que les &lt;i&gt;critiques&lt;/i&gt; pr&#233;cises et argument&#233;es que Patrick Champagne a oppos&#233;es aux affirmations du penseur intelligent &#233;taient des &lt;i&gt;accusations&lt;/i&gt; iniques, voire crapuleuses... que Philippe Corcuff r&#233;dige lui-m&#234;me pour tenter de se faire passer pour la victime d'un proc&#232;s stalinien dont il est, en v&#233;rit&#233;, le seul procureur. Ce r&#233;quisitoire bouffon qu'il dresse contre lui-m&#234;me - cette parodie ind&#233;cente des aveux des &lt;i&gt;vraies&lt;/i&gt; victimes des &lt;i&gt;vrais&lt;/i&gt; proc&#232;s de Moscou - a pour seule fin de tenter de discr&#233;diter tous ceux qui oseraient &#233;mettre la moindre critique contre un &#171; Intouchable &#187; de la caste m&#233;diatique. Il suffit pour cela de pr&#234;ter &#224; ces audacieux des propos scandaleux qu'ils n'ont jamais tenus et qui n'appartiennent pas &#224; leur mani&#232;re de penser ou de d&#233;battre. Miroir, mon beau miroir...&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faux qui se pr&#233;sente comme un pastiche&lt;i&gt; &lt;/i&gt;rel&#232;ve des proc&#233;d&#233;s que Philippe Corcuff nous attribue en toute d&#233;mesure. Il est sans doute le produit d'une crise de nerfs. Mais c'est, malgr&#233; tout, un document. C'est pourquoi nous le reproduisons int&#233;gralement pour que chacun puisse comparer ce qu'Acrimed &#233;crivait et ce que Corcuff pr&#233;tend avoir lu, avant que cette prose exemplaire ne figure, comme elle le m&#233;rite, dans une anthologie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Henri Maler&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte int&#233;gral de la chronique de Philippe Corcuff&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
AU BON SENS STALINIEN&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans son parti, les choses avaient pris une telle tournure que celui qui n'acceptait pas en bloc tout ce qui en venait &#233;tait trait&#233; d'ennemi et condamn&#233; sans appel. Celui qui exprimait un doute, si l&#233;ger f&#251;t-il, prouvait qu'il &#233;tait au service de l'ennemi, qu'il appartenait &#224; son avant-garde. Josmar ne pouvait donc pas discuter, lui non plus : il proclamait et condamnait&lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt;
(Man&#232;s Sperber, &#171; Et le buisson devint cendre &#187;, 1949-1955 - trad. fran&#231;. chez Odile Jacob, 1990).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sociologue Patrick Champagne, pr&#233;textant une note de lecture publi&#233;e dans &lt;i&gt;Charlie&lt;/i&gt; (14 avril 2004) sur un livre de G&#233;raldine Muhlmann (&lt;i&gt;Du journalisme en d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, Payot, 2004)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la note 1 (note d'Acrimed).&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, m'a aimablement qualifi&#233; de &lt;i&gt;&#171; faussaire &#187;&lt;/i&gt;, d'&lt;i&gt;&#171; opportuniste &#187;&lt;/i&gt;, d'&lt;i&gt;&#171; intellectuel n&#233;gatif &#187;&lt;/i&gt; obs&#233;d&#233; par la gloire m&#233;diatique dans un texte mis en ligne sur le site de l'ACRIMED (Action-Critique-M&#233;dias) le 19 avril 2004 (&lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.acrimed.org&lt;/a&gt;). Dans un premier temps, cette prose m'a rappel&#233;, comme celle de ses amis de &lt;i&gt;PLPL&lt;/i&gt;, la rh&#233;torique naus&#233;abonde des proc&#232;s staliniens, dont l'autobiographie romanc&#233;e de Man&#232;s Sperber pointe les m&#233;canismes. Je me posais alors toutes sortes de questions na&#239;ves : comment des staliniens de papier, &#224; l'allure pr&#233;tendument &#171; libertaire &#187; (de quoi faire se retourner dans sa tombe un Bakounine !), ont-ils pu avoir un relatif &#233;cho dans les mouvements sociaux et la gauche radicale ? Comment une version gauchiste d'&lt;i&gt;Entrevue&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;Voici&lt;/i&gt; a-t-elle fini par se faire passer pour un must de la critique &#171; intelligente &#187; ? Comment des d&#233;g&#233;n&#233;rescences sectaires et dogmatiques ont-elles pu donner une impression de &#171; libert&#233; &#187; ? La sociologie de Bourdieu ne nous a-t-elle pas livr&#233; des armes de r&#233;sistance contre de telles formes d'intimidation symbolique ? L'&#233;mancipation individuelle et collective souhait&#233;e par le mouvement altermondialiste vise-t-elle un au-del&#224; (plus de d&#233;mocratie et de pluralisme sans le capitalisme) ou un en-de&#231;&#224; (&#224; la mani&#232;re des exp&#233;riences dites &#171; communistes &#187;) &#224; &#171; la d&#233;mocratie de march&#233; &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, apr&#232;s m&#251;res r&#233;flexions, je crois que Champagne, l'ACRIMED et &lt;i&gt;PLPL&lt;/i&gt; ont raison. Les ennemis du Peuple sont tellement puissants (le Capital, le N&#233;olib&#233;ralisme, le Pouvoir m&#233;diatique...) ! Tout pluralisme, toute critique, tout d&#233;bat ne sont-ils pas des ruses diaboliques du Syst&#232;me pour emp&#234;cher les Masses d'atteindre le Bonheur supr&#234;me ? Il faut se d&#233;barrasser des branches pourries, avancer en &#233;purant. Foin de mon narcissisme d'intellectuel petit-bourgeois ! Je veux bien faire mon autocritique lors d'un proc&#232;s public, sans les trompe-l'oeil de la justice bourgeoise. Je ne veux ni avocats, ni journalistes, en dehors des honn&#234;tes camarades de la cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision unique du Parti unique de l'Anti-Pens&#233;e unique. Voici mon projet de confession soumis au Bureau politique de l'Avant-Garde &#233;clair&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Oui, je l'avoue : je suis une hy&#232;ne dactylographe. Je conspire contre le Prol&#233;tariat depuis ma mis&#233;rable naissance. Je l'avoue : je n'ai jamais fait d'enqu&#234;te de sociologie, j'ai fait semblant. Je n'ai jamais lu de livres de philosophie, j'ai seulement parcouru quelques sommaires de &lt;/i&gt;Que sais-je ?&lt;i&gt;. Je n'ai jamais vraiment &#233;crit d'articles de recherche, j'ai tout pomp&#233; sur mes voisins. Je ne connais l'&#339;uvre de Pierre Bourdieu que par ou&#239;-dire. Je suis un falsificateur. Je n'ai jamais r&#233;ellement milit&#233; nulle part : ni dans une association, ni dans un syndicat, ni dans un parti. Je ne sais pas ce qu'est pratiquement un collage d'affiches, une distribution de tracts, la participation &#224; une action directe, une gr&#232;ve de la faim... J'ai ignominieusement utilis&#233; une fausse identit&#233; &#034;militante&#034; pour me hisser aux sommets de la renomm&#233;e m&#233;diatique. Hypocrisie ultime, je me suis gliss&#233; dans SUD, ATTAC et la LCR pour les gangrener de l'int&#233;rieur. En fait, je n'ai jamais exist&#233;. Je suis le produit de connivences inavou&#233;es (d'abord entre ma m&#232;re et mon p&#232;re), de manipulations secr&#232;tes, d'un obscur complot, d'un mensonge m&#233;diatique (pl&#233;onasme !). Je ne suis qu'une marionnette dans les mains de la CIA, du baron Seilli&#232;re et d'Edwy Plenel. Il est grand temps que le public, l&#233;gitimement indign&#233;, me jette des pierres. Bien qu'ignoble vermine purulente qui n'a droit &#224; rien d'autre qu'au m&#233;pris g&#233;n&#233;ralis&#233;, j'&#233;mettrai un souhait : que ma mise &#224; mort symbolique soit prononc&#233;e par de grandes voix &#233;prises de V&#233;rit&#233;, de Justice et de Puret&#233;. Je veux parler des Aigles rayonnants de la Pens&#233;e que sont Patrick Champagne (seul habilit&#233; au monde, et jusqu'&#224; la fin des temps, &#224; parler de Pierre Bourdieu) et Serge Halimi (Grand Ma&#238;tre de &lt;/i&gt;PLPL&lt;i&gt;). Ma propre salet&#233; me d&#233;go&#251;te. Ils sont si beaux, si propres, si clairvoyants...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Philippe Corcuff, &#171; Au bon sens Stalinien &#187;, &lt;/i&gt;Charlie Hebdo&lt;i&gt; n&#176;619, paru le mercredi 28.04.2004, p.11&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A comparer avec &#171; Philippe Corcuff, critique &#171; intelligent &#187; de la critique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#232;s la premi&#232;re phrase, comme on le lira plus loin, Philippe Corcuff tente d'accr&#233;diter une l&#233;gende : il n'aurait r&#233;dig&#233; qu'une simple &#171; note de lecture &#187; destin&#233;e &#224; rendre compte du livre de Mulhmann. &lt;br/&gt;
Premier faux : la quasi-totalit&#233; de la &#171; note &#187; est consacr&#233;e &#224; la critique des m&#233;dias qu'il abhorre ou qu'il r&#233;prouve : celles d'Acrimed et de &lt;i&gt;PLPL&lt;/i&gt;, de Serge Halimi et de Pierre Bourdieu. Du livre lui-m&#234;me, on ne saura presque rien sinon qu'il faut le lire... Ce pur compte-rendu n'aurait &#233;t&#233; qu'un &#171; pr&#233;texte &#187; &#224; la mise au point r&#233;dig&#233;e par Patrick Champagne. &lt;br/&gt;
Deuxi&#232;me faux : la mise au point &#233;tait une r&#233;ponse pr&#233;cise &#224; des accusations pr&#233;cises et totalement inexactes que Corcuff, depuis longtemps et un peu partout, porte et colporte sur une certaine critique des m&#233;dias et qu'il formulait une nouvelle fois... en prenant le livre de Mulhmann comme ... pr&#233;texte. &lt;br/&gt;
Une phrase, deux affirmations, deux mensonges. Et ce n'est qu'un d&#233;but...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir la note 1 &lt;i&gt;(note d'Acrimed)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A comparer avec &#171; &lt;a href='https://www.acrimed.org/Philippe-Corcuff-critique-intelligent-de-la-critique-des-medias' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Philippe Corcuff, critique &#171; intelligent &#187; de la critique des m&#233;dias &lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
