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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>&#192; Jacques Bouveresse, Acrimed reconnaissant</title>
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		<dc:date>2021-06-25T09:54:26Z</dc:date>
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		<dc:creator>Acrimed</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Hommage.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Critiques-des-medias-et-des-journalismes-" rel="directory"&gt;Critiques des m&#233;dias et des journalismes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L94xH150/arton6359-21b60.jpg?1776745282' class='spip_logo spip_logo_right' width='94' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Philosophe majeur r&#233;cemment disparu, Jacques Bouveresse &#233;tait aussi un observateur impitoyable des m&#339;urs intellectuelles de son pays et un infatigable contempteur de ses prodiges m&#233;diatiques. Hommage que le vice rend &#224; la vertu, les grands m&#233;dias n'ont pas manqu&#233; de souligner le d&#233;go&#251;t qui &#233;tait le sien face aux compromissions et aux dysfonctionnements d'un certain journalisme, notamment culturel. Qu'il nous soit permis de saluer &#224; notre tour et &#224; notre mani&#232;re la m&#233;moire de Jacques Bouveresse en rappelant les fondements de sa critique d'un syst&#232;me m&#233;diatique qui laissait surtout entrevoir ce que pourrait &#234;tre un univers aux pratiques mieux contr&#244;l&#233;es, et partant, plus d&#233;mocratiques. Il trouvait en effet, comme l'un de ses h&#233;ros intellectuels, Robert Musil, que &#171; ce qui est douloureux, c'est le contraste entre ce que la presse est et ce qu'elle pourrait &#234;tre &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; rebours de tous les &#171; intellocrates &#187; de salon en manque chronique de visibilit&#233; m&#233;diatique et de tous les journalistes en mal de scoops, le fin connaisseur du satiriste autrichien Karl Kraus qu'&#233;tait Bouveresse en avait d'abord apr&#232;s le primat de la logique de l'audimat, &#171; Dieu cach&#233; de cet univers qui r&#232;gne sur les consciences &#187; comme l'&#233;crivait son ami Pierre Bourdieu dans &lt;i&gt;Sur la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;. R&#233;cusant l'id&#233;e re&#231;ue selon laquelle succ&#232;s et omnipr&#233;sence m&#233;diatiques sont n&#233;cessairement gages de profondeur, il eut maintes occasions de d&#233;plorer qu'en mati&#232;re de choses intellectuelles, &#171; les m&#233;dias viennent toujours au secours du succ&#232;s &#187;, consacrant les d&#233;j&#224; consacr&#233;s et d&#233;laissant tout ce qui, plus difficile d'acc&#232;s au premier abord, m&#233;riterait d'&#234;tre d&#233;couvert et mis en lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corollaire de ce culte des projecteurs et de la c&#233;l&#233;brit&#233; &#8211; qui finit par mettre le porteur de nouvelles au-dessus de la nouvelle elle-m&#234;me &#8211;, le rapport des journalistes et des penseurs &#224; l'argent qui n'allait pas sans poser probl&#232;me &#224; ses yeux. En effet, peut-on &#224; la fois courir apr&#232;s le confort mat&#233;riel sinon la richesse ostentatoire tout en restant intransigeant et incorruptible dans sa qu&#234;te de v&#233;rit&#233; ? &#192; cet &#233;gard, l'av&#232;nement de quelques &#171; nouveaux philosophes &#187; qui choisirent de contourner le jugement de l'Universit&#233; et de la science pour aller s'abriter sous le parapluie douillet de m&#233;dias complaisants voire complices et d'un syst&#232;me capitaliste auquel ils n'avaient rien &#224; redire fut d&#233;sastreux tant il contribua &#224; inverser et &#224; confondre les valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; fut peut-&#234;tre le plus grand combat de Bouveresse et la cause de son plus grand scepticisme : les journalistes-intellectuels (ou intellectuels-journalistes&#8230;) peuvent-ils exercer correctement leur profession quand la notion m&#234;me de v&#233;rit&#233; semble malmen&#233;e, voire purement et simplement cong&#233;di&#233;e ? Rapport&#233;e au monde journalistique, l'information approximative et l'inconstance dans le jugement prend le plus souvent la forme de &#171; l'amn&#233;sie journalistique &#187;, v&#233;ritable tare du milieu. Ainsi, le philosophe ne s'habitua jamais au fait que la v&#233;rit&#233; du jour puisse contredire celle de la veille ou du lendemain, ce dont les m&#233;dias nous donnent malheureusement des exemples quotidiens. Comme il le r&#233;sumait fort bien, &#171; pour les journaux, il peut y avoir des fautes contre l'actualit&#233; &#8211; la faute c'est de n'avoir pas parl&#233; de ce qui &#233;tait actuel ; ce n'est jamais d'avoir &#233;crit quelque chose qui n'est pas vrai, d'avoir &#233;crit contre la v&#233;rit&#233;. &#187; La formule &#171; qu'ils m&#233;prisent, pourvu qu'ils lisent &#187; lui semblait parfaitement caract&#233;riser l'attitude r&#233;gnant dans les chefferies &#233;ditoriales, toujours plus soucieuses de visibilit&#233; que de v&#233;rit&#233;. C'est pourquoi il s'insurgea avec la derni&#232;re force contre &#171; la journalisation de la pens&#233;e et de la vie &#187; dont parlait encore Kraus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Bouveresse &#8211; auteur aussi prolifique qu'exigeant &#8211; lutta sans rel&#226;che contre tous les faiseurs, les imposteurs et les fausses valeurs intellectuelles comme journalistiques, c'est qu'il en voyait chaque jour un peu plus les effets d&#233;l&#233;t&#232;res sur la vie d&#233;mocratique. Et le fait que ses protestations &#244; combien l&#233;gitimes furent tr&#232;s peu entendues et suivies d&#233;montre encore la pertinence de sa critique&#8230; et l'urgence de la perp&#233;tuer. Car il ne faut pas s'y tromper : s'il &#233;tait intraitable &#224; l'&#233;gard de la grande presse et plus g&#233;n&#233;ralement des grands m&#233;dias, il ne voulut jamais les abolir ; bien au contraire, il continuait avec quelques autres, notamment au &lt;i&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt;, dans notre association et ailleurs, &#224; croire &#224; la possibilit&#233; d'un monde m&#233;diatique meilleur, d&#233;barrass&#233; des bavardages, du copinage et du matraquage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conscient n&#233;anmoins de l'ampleur de la t&#226;che, il s'en remit tr&#232;s t&#244;t &#224; la satire, dans le droit fil d'auteurs et artistes qu'il admirait tels que Hogarth, Lichtenberg, Kraus ou encore Musil, seul rem&#232;de, peut-&#234;tre, quand la critique s&#233;rieuse, rationnelle et &#233;tay&#233;e semble d&#233;cid&#233;ment impuissante. Que faire, en effet, quand &#171; la presse se pr&#233;sente et se per&#231;oit volontiers comme un contre-pouvoir face aux abus de pouvoir de tous les autres pouvoirs mais ne se vit ni ne se pense comme un pouvoir ? &#187; Il faut plus que jamais relire ses analyses sans concession du milieu intellectuel et journalistique, entre autres dans ses ouvrages &lt;i&gt;Schmock ou le triomphe du journalisme&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Prodiges et vertiges de l'analogie&lt;/i&gt;. On pourra &#233;galement &#233;couter avec profit son entretien &lt;a href=&#034;https://www.hors-serie.net/Aux-Sources/2014-07-19/La-democratie-contre-la-presse-id21&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pour Hors-S&#233;rie (2014)&lt;/a&gt; ou se reporter au film de Gilles L'H&#244;te &#171; Les Intellectuels et les m&#233;dias &#187; (2008).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lettre ouverte de Jacques Bouveresse au Nouvel Observateur</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Lettre-ouverte-de-Jacques-Bouveresse-au-Nouvel-Observateur</link>
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		<dc:date>2011-07-06T01:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques Bouveresse</dc:creator>


		<dc:subject>Le Nouvel Obs</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Pouss&#233;e de nationalisme philosophique &#224; la rue d'Ulm. &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Culture-" rel="directory"&gt;Culture&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-Nouvel-Observateur-11-+" rel="tag"&gt;Le Nouvel Obs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; Je trouve particuli&#232;rement inqui&#233;tante la tendance que l'on a aujourd'hui de plus en plus &#224; oublier que la c&#233;l&#233;brit&#233; m&#233;diatique et la c&#233;l&#233;brit&#233; tout court ne constituent pas une preuve suffisante de la qualit&#233; et de l'importance, et n'en sont pas non plus une condition n&#233;cessaire &#187;&lt;/i&gt;, d&#233;clare notamment Jacques Bouveresse dans la lettre ouverte au &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt; publi&#233;e le 27 juin 2011 &lt;a href=&#034;http://blog.agone.org/post/2011/06/27/Poussee-de-nationalisme-philosophique-a-la-rue-d-Ulm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le blog de l'&#233;diteur Agone&lt;/a&gt; que nous reproduisons ci-dessous : une r&#233;ponse &#224; un article m&#233;prisant publi&#233; dans l'hebdomadaire &#224; propos de l'&#233;lection de la philosophe Claudine Tiercelin au titre de professeur au Coll&#232;ge de France. Ce texte est pr&#233;c&#233;d&#233; d'une mise au point d'Agone. (&lt;i&gt;Acrimed&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#201;lue professeure au Coll&#232;ge de France, la philosophe Claudine Tiercelin y a pr&#233;sent&#233; le 5 mai dernier sa le&#231;on inaugurale, &lt;a href=&#034;http://www.college-de-france.fr/default/EN/all/met_phi/Lecon_inaugurale_du_5_mai_2__1.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Connaissance m&#233;taphysique&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Son projet s'inscrit dans un large courant international r&#233;cent, qui d&#233;veloppe une approche rationaliste, scientifique et r&#233;aliste des questions m&#233;taphysiques. Elle s'appuie r&#233;solument sur une certaine tradition du rationalisme en France, largement ouverte aux philosophies de langue allemande et anglaise et au style de pens&#233;e analytique &#8211; tradition incarn&#233;e au Coll&#232;ge de France notamment par Jules Vuillemin (1962-1992) et par Jacques Bouveresse (1995-2010).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la plume d'Aude Lancelin, &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; &#8211; arbitre autoproclam&#233; des valeurs philosophiques en France &#8211; a discr&#233;dit&#233; la nouvelle &#233;lue, ironisant dans un article de quatre pages sur &lt;a href=&#034;http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20110608.OBS4766/l-inconnue-du-college-de-france.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'inconnue du Coll&#232;ge de France &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Stup&#233;faction rue d'Ulm. &#201;moi place de la Sorbonne&#8230; &#187; Le trait le plus remarquable de cet article est que les seuls cit&#233;s ne sont pas seulement des adversaires de la philosophie en question : tous crient haut et fort que celle-ci n'a aucune valeur, qu'elle n'est d'ailleurs pas fran&#231;aise, et qu'elle ne devrait donc pas avoir droit de cit&#233; dans un haut-lieu de la recherche et de la pens&#233;e comme le Coll&#232;ge de France.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Bouveresse n'a cess&#233; depuis les ann&#233;es 1970 de d&#233;noncer la mainmise d'un certain journalisme sur le monde philosophique fran&#231;ais et l'utilisation des m&#233;dias par &lt;a href=&#034;http://atheles.org/agone/bancdessais/essaisiv&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;certains courants philosophiques &#224; la recherche de pouvoir&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Voici la lettre qu'il vient d'adresser au &lt;i&gt;Nouvel Observateur.&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Lettre ouverte au &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Pouss&#233;e de nationalisme philosophique &#224; la rue d'Ulm&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque vous m'aviez fait l'honneur de me demander, dans un mail dat&#233; du 23 mai dernier, ma r&#233;action &#224; propos de l'&#233;lection de Claudine Tiercelin au Coll&#232;ge de France (je vous ai expliqu&#233;, je crois de fa&#231;on suffisamment claire, pourquoi j'&#233;tais dans une position qui aurait rendu pour le moins &#233;trange une intervention de ma part dans la presse sur ce point&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; En ce qui concerne l'&#233;lection de Claudine Tiercelin au Coll&#232;ge de France, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), je me permets de vous faire part de l'&#233;tonnement et de l'indignation que suscite en moi l'article que vous venez de publier dans &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;. Il n'est pas seulement m&#233;prisant, mais m&#234;me &#224; bien des &#233;gards insultant, pour Claudine Tiercelin et pour tous les philosophes qui, en France, se rattachent de pr&#232;s ou de loin &#224; la tradition analytique. Le titre lui-m&#234;me, &#171; L'inconnue du Coll&#232;ge de France &#187;, me semble d&#233;j&#224; pour le moins contestable. Je ne suis pas surpris que Claudine Tiercelin soit inconnue du &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt; et des m&#233;dias en g&#233;n&#233;ral, mais la pr&#233;senter comme une inconnue tout court n'a pas de sens. Elle est tout &#224; fait connue dans les milieux philosophiques et intellectuels qui ont des raisons de s'int&#233;resser &#224; ce qu'elle fait, et elle a m&#234;me une r&#233;putation internationale que beaucoup de philosophes pourraient lui envier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, je trouve particuli&#232;rement inqui&#233;tante la tendance que l'on a aujourd'hui de plus en plus &#224; oublier que la c&#233;l&#233;brit&#233; m&#233;diatique et la c&#233;l&#233;brit&#233; tout court ne constituent pas une preuve suffisante de la qualit&#233; et de l'importance, et n'en sont pas non plus une condition n&#233;cessaire. Le fait d'&#234;tre inconnu ou peu connu n'a jamais constitu&#233; et ne constituera jamais par lui-m&#234;me un argument s&#233;rieux &#224; utiliser contre un intellectuel. Enfin, je remarque que votre journal se contentait jusqu'&#224; pr&#233;sent d'ignorer ostensiblement &#224; peu pr&#232;s tout ce qu'&#233;crivent les philosophes qui, en France, se rattachent de pr&#232;s ou de loin &#224; la tradition analytique en philosophie. Je ne pensais pas, je vous l'avoue, en &#234;tre r&#233;duit &#224; penser un jour, comme cela a &#233;t&#233; le cas lorsque j'ai lu votre article, que c'&#233;tait peut-&#234;tre, tout compte fait, encore ce qui pouvait leur arriver de plus supportable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai re&#231;u votre mail, je me suis imagin&#233; na&#239;vement qu'il s'agissait pour l'essentiel de donner &#224; vos lecteurs une id&#233;e un peu plus pr&#233;cise de ce que fait Claudine Tiercelin, de l'importance de la contribution qu'elle apporte &#224; la philosophie d'aujourd'hui et des raisons qui ont pu motiver le choix de quelqu'un comme elle pour une chaire au Coll&#232;ge de France. Je ne me doutais pas qu'il s'agissait en r&#233;alit&#233; avant tout de permettre &#224; un certain nombre de gens qui sont m&#233;contents de cette &#233;lection de r&#233;gler leurs comptes &#224; travers la presse. Votre article n'apporte malheureusement aucun des &#233;claircissements que l'on &#233;tait en droit d'attendre sur ce que fait exactement Claudine Tiercelin, sur les raisons pour lesquelles on peut parler depuis quelque temps d'un v&#233;ritable renouveau de la m&#233;taphysique, dont il &#233;tait important qu'il soit repr&#233;sent&#233; au Coll&#232;ge de France, et qui a la particularit&#233; de s'effectuer pour le moment davantage dans des pays comme l'Australie ou les &#201;tats-Unis qu'en France. Les seules personnes &#224; qui vous avez donn&#233; la parole, &#224; peu pr&#232;s comme s'il n'y avait pas &#233;galement des philosophes qui ont trouv&#233; pleinement justifi&#233; le choix de Claudine Tiercelin et s'en sont r&#233;joui, se trouvent &#234;tre des gens hostiles &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; et qui, si j'en juge d'apr&#232;s les propos qu'ils tiennent, n'ont aucune connaissance r&#233;elle de son &#339;uvre. Je pense que, dans les cas de cette sorte, il faudrait peut-&#234;tre faire l'effort d'aller chercher des informations &#233;galement dans d'autres endroits que les librairies du Quartier latin et la rue d'Ulm - dont les philosophes les plus repr&#233;sentatifs, ou en tout cas les plus en vue, semblent convaincus plus que jamais qu'il ne se fait rien d'int&#233;ressant en philosophie en dehors de la France&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans sa r&#233;ponse &#224; Jacques Bouveresse, avec la simplicit&#233; et la bonne foi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne reproche pas, bien entendu, aux gens auxquels vous vous &#234;tes adress&#233;e de ne savoir manifestement pas grand-chose de philosophes aussi importants que Peirce (je parle ici de Peirce &lt;i&gt;m&#233;taphysicien&lt;/i&gt;), Bradley, McTaggart, David Lewis, David Armstrong et d'autres, dont ils n'ont m&#234;me peut-&#234;tre jamais entendu parler ; mais la moindre des choses, en pareil cas, est de se montrer un peu plus prudent et un peu moins cat&#233;gorique dans ses jugements ; et, pour un journal, de ne pas reproduire ceux-ci sans prendre au moins un minimum de distance par rapport &#224; eux.&lt;br /&gt;
Je ne veux pas entrer dans les d&#233;tails d'une discussion qui m'entra&#238;nerait beaucoup trop loin et ne servirait manifestement pas &#224; grand-chose. Mais je me permettrai n&#233;anmoins de faire quelques remarques sur des points particuliers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Dire que des gens comme Foucault ou Bourdieu ne seraient pas &#233;lus aujourd'hui au Coll&#232;ge de France est une affirmation gratuite et parfaitement absurde, formul&#233;e par quelqu'un qui ignore manifestement tout de la situation r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le comble de l'inexactitude est atteint par la d&#233;claration de Badiou&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Alain Badiou, &#233;crit la journaliste, voit dans cette &#233;lection le r&#233;sultat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sur les quatre philosophes qui ont enseign&#233; au Coll&#232;ge de France depuis le d&#233;part &#224; la retraite, en 1990, de Jules Vuillemin et Gilles-Gaston Granger et avant l'&#233;lection de Claudine Tiercelin, &lt;i&gt;aucun&lt;/i&gt; ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233;, m&#234;me de loin, comme un repr&#233;sentant de la philosophie analytique am&#233;ricaine. Ce n'est s&#251;rement pas le cas d'Anne Fagot-Largeault, ni de Jon Elster, dont la formation philosophique a, du reste, &#233;t&#233; pour une part essentielle fran&#231;aise (Jean Hyppolite, Raymond Aron, etc.), et m&#234;me pas non plus de Ian Hacking, qui est un admirateur et un disciple de Foucault. Quant &#224; moi, que Badiou a qualifi&#233; autrefois de &#171; h&#233;raut de l'h&#233;g&#233;monie anglo-saxonne &#187;, j'ai travaill&#233; en fait essentiellement, comme il est facile de s'en rendre compte en regardant simplement une bibliographie, sur des philosophes et des &#233;crivains qui sont autrichiens ou allemands ; et si j'ai effectivement une certaine proximit&#233; avec la philosophie analytique, ce n'est s&#251;rement pas en priorit&#233; avec la philosophie analytique am&#233;ricaine. En d&#233;pit de tout ce que certains d'entre nous ont essay&#233; de dire sur ce point, Badiou, depuis les ann&#233;es 1960, continue &#224; r&#233;p&#233;ter &#224; peu pr&#232;s les m&#234;mes clich&#233;s et les m&#234;mes contre-v&#233;rit&#233;s &#224; propos de la philosophie analytique en g&#233;n&#233;ral et &#233;galement de Wittgenstein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Il y a des formes de nationalisme philosophique que je ne peux consid&#233;rer autrement que comme pu&#233;riles et d&#233;shonorantes, en particulier celle dont la rue d'Ulm semble &#234;tre devenue depuis quelque temps la repr&#233;sentante par excellence dans sa fa&#231;on de militer pour le retour &#224; la seule philosophie digne de ce nom - autrement dit, la philosophie fran&#231;aise, et plus pr&#233;cis&#233;ment la &#171; French Theory &#187;. Verra-t-on un jour arriver enfin une &#233;poque o&#249; on trouvera normal, pour ceux qui estiment avoir des raisons de le faire, de pouvoir critiquer certaines des gloires de la philosophie fran&#231;aise contemporaine, comme Derrida, Deleuze, Foucault et d'autres, sans risquer d'&#234;tre soup&#231;onn&#233; imm&#233;diatement d'appartenir &#224; une sorte de &#171; parti de l'&#233;tranger &#187; en philosophie ? Si la philosophie, au moins quand il s'agit de penseurs de cette sorte, est en train de se transformer en une sorte de religion dont les dogmes et les ministres sont &#224; peu pr&#232;s intouchables, je pr&#233;f&#232;re renoncer tout simplement, pour ma part, &#224; la qualit&#233; de philosophe. Et s'il y a une r&#233;gression qui est en train de s'effectuer, je crains malheureusement que ce ne soit pas dans le sens qui est sugg&#233;r&#233; par les gens que vous avez interrog&#233;s, mais plut&#244;t dans l'autre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Nouvel Observateur rapporte, par exemple, que &#171; la psychanalyste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. J'ai, en effet, bien peur que ce ne soient d'abord ceux qui, comme moi, depuis le milieu des ann&#233;es 1960 ont essay&#233;, dans des conditions particuli&#232;rement d&#233;favorables, d'ouvrir la philosophie fran&#231;aise sur l'&#233;tranger et de l'internationaliser un peu plus, qui ont des raisons de s'inqui&#233;ter. Mais c'est, me semble-t-il, plut&#244;t de leur c&#244;t&#233; que de celui des d&#233;fenseurs de la philosophie essentiellement et m&#234;me parfois uniquement &#171; fran&#231;aise &#187; que devrait se situer un journal ayant des ambitions intellectuelles comme le v&#244;tre.&lt;br /&gt;
Quand je parle de &#171; r&#233;gression &#187;, je ne compare pas simplement, bien entendu, la situation actuelle &#224; ce que les choses &#233;taient encore il y a une dizaine d'ann&#233;es. Dans les ann&#233;es 1960-1970, j'ai entendu moi-m&#234;me &#224; plusieurs reprises des philosophes comme Althusser, Derrida, Foucault et d'autres d&#233;plorer le provincialisme de la philosophie fran&#231;aise et son manque d'ouverture sur l'&#233;tranger, en particulier sur le monde anglo-saxon. M&#234;me s'ils n'ont pas fait eux-m&#234;mes grand-chose de concret pour essayer de mettre en pratique ce qu'ils pr&#234;chaient, ils trouvaient n&#233;anmoins normal d'encourager ceux qui essayaient de le faire. C'est &#224; la demande d'Althusser - qui, s'il n'&#233;tait s&#251;rement pas un lib&#233;ral en mati&#232;re th&#233;orique, l'&#233;tait n&#233;anmoins &#224; coup s&#251;r en mati&#232;re d'organisation de l'enseignement -, que j'ai donn&#233; &#224; la rue d'Ulm pendant les ann&#233;es 1966-1969 des cours sur la philosophie analytique. C'est bien la derni&#232;re chose qu'il pourrait me venir &#224; l'esprit d'essayer de faire aujourd'hui. Et si j'avais eu encore des h&#233;sitations sur ce point, ce que j'ai lu dans &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; me les aurait s&#251;rement enlev&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Le nom de l'auteur du livre intitul&#233; &lt;i&gt;Ontological Relativity&lt;/i&gt; (1969) n'est pas &#171; Quayle &#187;, mais &#171; Quine &#187; (pr&#233;nom : &#171; Willard van Orman &#187;) (1908-2000). Il est probablement le philosophe am&#233;ricain le plus c&#233;l&#232;bre et le plus important du XXe si&#232;cle ; et il aurait droit, me semble-t-il, au moins &#224; ce que son nom soit cit&#233; correctement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Bien que cela puisse sembler un d&#233;tail insignifiant, je tiens &#224; vous signaler que Jules Vuillemin n'&#233;tait pas, en tout cas s&#251;rement pas uniquement ni m&#234;me d'abord, un &#171; philosophe des sciences &#187;, mais un philosophe tout court, au sens le plus classique et le plus plein du terme, et un historien de la philosophie de premier ordre (c'&#233;tait un &#233;l&#232;ve et un h&#233;ritier de Martial Gueroult). Si je vous dis cela, c'est parce que qualifier quelqu'un de &#171; philosophe des sciences &#187; revient toujours &#224; sugg&#233;rer implicitement qu'il ne s'attaque pas aux &#171; grands &#187; probl&#232;mes philosophiques et ne peut int&#233;resser qu'un nombre tout &#224; fait restreint de sp&#233;cialistes, ce qui, dans le cas de Vuillemin, ne correspond en aucun cas &#224; la r&#233;alit&#233;. Je ne vois d'ailleurs pas ce qui autorise &#224; parler, comme vous le faites dans l'article, d'un &#171; effet de terreur garanti&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Nouvel Observateur &#233;crit que le cours de Claudine Tiercelin produirait &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; quand des gens qui sont de vrais savants s'efforcent de communiquer au moins une partie de leur savoir &#224; des auditeurs qui sont venus l&#224; pour apprendre et n'ont aucune raison de se sentir terroris&#233;s. C'est une sensation que je n'ai en tout cas jamais eue quand je me suis trouv&#233; ou me trouve encore aujourd'hui dans une situation de cette sorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s vous avoir envoy&#233;, dans un premier temps, une version de ce message &#224; titre personnel, j'ai d&#233;cid&#233; de le diffuser publiquement, avec quelques corrections et adjonctions : je me suis senti oblig&#233; de le faire tellement les choses sont en train de prendre une tournure d&#233;sagr&#233;able (pour ne pas dire plus).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien cordialement &#224; vous,&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Bouveresse&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Pour une analyse compl&#233;mentaire de l'article en question, lire Marie-Anne Paveau, &lt;a href=&#034;http://penseedudiscours.hypotheses.org/5674&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Barbarella au Coll&#232;ge de France. Du traitement m&#233;diatique de la m&#233;taphysique et des m&#233;taphysiciennes &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;La Pens&#233;e du discours&lt;/i&gt;, 15 juin 2011. [note d'Agone] Pour un entretien avec Claudine Tiercelin : &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/06/30/la-philosophie-ne-protege-et-ne-console-de-rien_1542804_3260.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La philosophie ne prot&#232;ge et ne console de rien &#187;&lt;/a&gt;. [note d'Agone]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; En ce qui concerne l'&#233;lection de Claudine Tiercelin au Coll&#232;ge de France, je n'ai pas &#224; exprimer une r&#233;action, puisque c'est moi qui ai propos&#233; et d&#233;fendu sa candidature (toute proposition de cr&#233;ation d'une chaire nouvelle au Coll&#232;ge de France doit &#234;tre pr&#233;sent&#233;e devant l'assembl&#233;e des professeurs par l'un d'entre eux). Il serait m&#234;me, je crois, assez incongru que je m'exprime dans la presse pour dire tout le bien que je pense de ce qu'elle fait (sans cela, je n'aurais &#233;videmment pas pens&#233; &#224; elle pour occuper une chaire au Coll&#232;ge de France). De toute fa&#231;on, il me semble que ce qui compte dans cette affaire et ce &#224; quoi &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; devrait s'int&#233;resser est essentiellement la qualit&#233;, la nouveaut&#233; et l'importance de son travail, et non l'opinion que je peux avoir sur lui. &#187; (25 mai 2011).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans sa r&#233;ponse &#224; Jacques Bouveresse, avec la simplicit&#233; et la bonne foi caract&#233;ristique des grands m&#233;dias en g&#233;n&#233;ral et du &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt; en particulier, la journaliste explique avoir &#171; recherch&#233; activement des d&#233;fenseurs pour l'&#233;lection de Mme Tiercelin &#187; et que &#171; cette mission est quasi impossible aujourd'hui &#224; Paris &#187;. Il est int&#233;ressant de remarquer qu'en plus du refus de Jacques Bouveresse &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; n'aurait parfois m&#234;me pas eu de r&#233;ponse &#224; ses demandes. Ce qui est une bonne nouvelle : on commencerait &#224; se d&#233;fier de l'usage que la presse officielle peut faire des propos cit&#233;s ? [note d'Agone].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Alain Badiou, &#233;crit la journaliste, voit dans cette &#233;lection le r&#233;sultat de vingt-cinq ann&#233;es d'abaissement qui auront abouti &#224; faire de l'institution o&#249; enseign&#232;rent Barthes et Foucault &#8220;une sous-pr&#233;fecture attard&#233;e de la philosophie analytique am&#233;ricaine, favorisant le consensus conservateur au d&#233;triment du contemporain novateur&#8221; &#187;, &lt;a href=&#034;http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20110608.OBS4766/l-inconnue-du-college-de-france.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Nouvel observateur&lt;/i&gt;, 14 juin 2011&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; rapporte, par exemple, que &#171; la psychanalyste Elisabeth Roudinesco &#233;voque une grande p&#233;riode de d&#233;clin pour l'institution [le Coll&#232;ge de France] &#187; et que &#171; Quentin Meillassoux, r&#233;p&#233;titeur &#224; l'ENS, se d&#233;clare troubl&#233; de voir que, par une inversion spectaculaire, c'est d&#233;sormais aux &#201;tats-unis que la French Theory est oblig&#233;e de se r&#233;fugier &#187;. (&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; &#233;crit que le cours de Claudine Tiercelin produirait &#171; un effet de terreur garanti pour quiconque est plut&#244;t coutumier de l'&#233;tablissement d'en face [la Sorbonne]. &#187; (&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Monde contre &#171; les critiques antim&#233;dias &#187;, antid&#233;mocrates et antis&#233;mites</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Le-Monde-contre-les-critiques-antimedias</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Le-Monde-contre-les-critiques-antimedias</guid>
		<dc:date>2004-04-25T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>Antis&#233;mitisme</dc:subject>
		<dc:subject>Altermondialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Nicolas Weill</dc:subject>
		<dc:subject>&#171; Antiam&#233;ricanisme &#187;</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;raldine Muhlmann</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A l'abri d'une &#171; critique &#187; de livre, Nicolas Weill enr&#244;le la vindicte au service de l'ignominie.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Leurs-critiques-et-la-notre-" rel="directory"&gt;Leurs critiques et la n&#244;tre&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-Monde-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Antisemitisme-+" rel="tag"&gt;Antis&#233;mitisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Altermondialisme-+" rel="tag"&gt;Altermondialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Nicolas-Weill-+" rel="tag"&gt;Nicolas Weill&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-antiamericanisme-+" rel="tag"&gt;&#171; Antiam&#233;ricanisme &#187;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Geraldine-Muhlmann-+" rel="tag"&gt;G&#233;raldine Muhlmann&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Le journalisme au-del&#224; du m&#233;pris &#187; : c'est le titre d'une &#171; critique &#187; d'un livre de G&#233;raldine Muhlmann&lt;i&gt; - Du journalisme en d&#233;mocratie &lt;/i&gt;- que l'on peut lire dans&lt;i&gt; &lt;/i&gt;l'&#233;dition du 2 avril du &lt;i&gt;Monde des livres&lt;/i&gt; (p. VIII). Un &#233;loge sans nuances dans lequel Nicolas Weill enr&#244;le la vindicte au service de l'ignominie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est des articles qu'il vaut mieux r&#233;sumer, avant de les lire et de les commenter : tout simplement parce que c'est la fin qui nous apprend o&#249; nous conduisaient les glissement successifs, ainsi que les allusions p&#233;joratives et les insinuations pol&#233;miques diss&#233;min&#233;es tout le long du trajet. C'est le cas ici. Il faut donc r&#233;sumer : &lt;i&gt;selon Nicolas Weill, la critique des m&#233;dias est discr&#232;tement antid&#233;mocratique et secr&#232;tement ou potentiellement antis&#233;mite. Et ses auteurs - Halimi, Bourdieu, Bouveresse -, le sont aussi&lt;/i&gt;.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Pour parvenir &#224; extraire ce condens&#233;, il faudrait suivre l'article dans tous ses m&#233;andres, car celui-ci est tellement fuyant et retors qu'il n'est pas possible d'en saisir le sens et la vis&#233;e sans le citer compl&#232;tement. On essaiera de tracer au plus court.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;La critique antim&#233;dias&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le titre m&#234;me de l'article dit assez de quelle souffrance Nicolas Weill veut lib&#233;rer le journalisme : &#171; &lt;i&gt;Le journalisme au-del&#224; du m&#233;pris&lt;/i&gt; &#187;. Car telle est la question qui le taraude : &#171; &lt;i&gt;Comment sortir du m&#233;pris dans lequel sont de plus en plus tenus journalistes et journaux sans tomber dans une complaisance aveugle ?&lt;/i&gt; &#187;. Et le m&#233;pris, il est vrai, est souvent m&#233;prisable : mais &#224; commencer par le m&#233;pris du peuple (notamment quand il est mobilis&#233;) qui s'&#233;tale dans certains m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cours de route, on apprendra que le journalisme est une &#171; &lt;i&gt;profession d&#233;pr&#233;ci&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, victime d'une &#171; &lt;i&gt;condamnation radicalis&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, dict&#233;e par &#171; &lt;i&gt;la haine des journalistes&lt;/i&gt; &#187;. En attendant, d&#232;s la phrase suivante, la question pos&#233;e se transforme en &#171; r&#233;flexion &#187; ( ?) et l'ouvrage de G&#233;raldine Muhlmann est encens&#233; : &#171; &lt;i&gt;A cette r&#233;flexion, G&#233;raldine Muhlmann&lt;/i&gt;, [...]&lt;i&gt; apporte une contribution qui pourrait bien se r&#233;v&#233;ler indispensable &#224; toute intelligence future des liens tumultueux que cette profession d&#233;pr&#233;ci&#233;e entretient avec la d&#233;mocratie.&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons sur l'&#233;loge emphatique d'une &#171; &lt;i&gt;contribution qui pourrait bien se r&#233;v&#233;ler indispensable &#224; toute intelligence future&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette flagornerie sans &#171; complaisance aveugle &#187; est confort&#233;e par l'&#233;nonc&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nicolas Weill &#171; explique &#187; : &#171; &lt;i&gt;Avec finesse, l'ouvrage passe au crible les pr&#233;suppos&#233;s philosophico-politiques qui sous-tendent l'art florissant de la critique antim&#233;dias.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique des m&#233;dias serait donc &#171; &lt;i&gt;antim&#233;dias&lt;/i&gt; &#187;, comme la critique de la mondialisation est &#171; anti-mondialisation &#187;, la critique de la politique des Etats-Unis &#171; antiam&#233;ricaine &#187;, et la critique de la politique de l'Etat d'Isra&#235;l... &#171; antis&#233;mite &#187;. En quoi la critique est-elle &#171; &lt;i&gt;antim&#233;dia&lt;/i&gt; &#187; ? Peu importe, puisqu'elle constitue &#171; &lt;i&gt;un art florissant&lt;/i&gt; &#187;. Quels en sont les artistes ? Et quelles sont leurs &#339;uvres ? C'est ce que nous apprend la phrase suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'auteur part du constat que la plupart de ces offensives, qu'elles proviennent d'un professionnel en r&#233;volte comme Serge Halimi (&lt;/i&gt;Les Nouveaux Chiens de garde&lt;i&gt;, &#233;d. Raison d'agir), de Pierre Bourdieu (&lt;/i&gt;Sur la t&#233;l&#233;vision&lt;i&gt;, &#233;d. Raison d'agir) ou du philosophe Jacques Bouveresse (&lt;/i&gt;Schmock ou le triomphe du journalisme&lt;i&gt;, Seuil), ont en commun une tendance non assum&#233;e &#224; l'antid&#233;mocratisme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le chapeau r&#233;sumait et annon&#231;ait triomphalement : &#171; G&#233;raldine Muhlmann (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Antid&#233;mocratique ...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La &#171; &lt;i&gt;critique antim&#233;dia&lt;/i&gt; &#187; s'est incarn&#233;e sous nous yeux dans &#171; &lt;i&gt;les critiques antim&#233;dias&lt;/i&gt; &#187; dont nous connaissons d&#233;sormais les noms embl&#233;matiques : Serge Halimi, Pierre Bourdieu, Jacques Bouveresse. &#171; &lt;i&gt;L'art florissant&lt;/i&gt; &#187; - sans que l'on sache o&#249; ces cent fleurs s'&#233;panouissent - s'est mu&#233; en &#171; &lt;i&gt;offensive&lt;/i&gt; &#187; : sans que l'on sache de quelle offensive il s'agit, sinon qu'elle repose sur une &#171; &lt;i&gt;tendance non assum&#233;e &#224; l'antid&#233;mocratisme&lt;/i&gt; &#187;. En quoi est-elle antid&#233;mocratique, nous allons l'apprendre... bien qu'elle ne soit qu'une &#171; &lt;i&gt;tendance&lt;/i&gt; &#187;, de surcro&#238;t &#171; &lt;i&gt;non assum&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. Autrement dit, si la &#171; &lt;i&gt;critique antim&#233;dia&lt;/i&gt; &#187; est du m&#234;me coup antid&#233;mocratique, c'est secr&#232;tement : une tendance sournoise et perverse en quelque sorte... Comme le sont d'autres tendances &#171; anti &#187; : l'antis&#233;mitisme, par exemple. Un commentaire qui extrapole ? On verra que non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quoi reconna&#238;t-on cette tendance non assum&#233;e ? A ceci qui nous en fournit l'explication :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Car si la condamnation radicalis&#233;e du journalisme constitue souvent la recette d'un succ&#232;s... m&#233;diatique, elle fait aussi bon march&#233; d'un fait utilement rappel&#233; par G&#233;raldine Muhlmann :&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt;La d&#233;mocratie moderne s'est construite en d&#233;gageant, &#224; c&#244;t&#233; de la sc&#232;ne des actions, un lieu d'observation du peuple par lui-m&#234;me&lt;i&gt;.&#034;&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons rapidement sur cette &#171; &lt;i&gt;tendance non assum&#233;e&lt;/i&gt; &#187; &#224; la b&#234;tise qui resplendit pourtant quand, selon la &#171; recette &#187; bien &#233;prouv&#233;e, elle transfigure l'acharnement m&#233;diatique contre la critique des m&#233;dias en... succ&#232;s m&#233;diatique. C'est vrai : on la lit, l'entend et la voit partout ... &#171; &lt;i&gt;la critique antim&#233;dia&lt;/i&gt; &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus important reste la &#171; preuve &#187; de l'antid&#233;mocratisme sournois. Pour appuyer une accusation aussi grave, on ne trouve qu'un maigre argument : nos trois critiques feraient &#171; &lt;i&gt;bon march&#233;&lt;/i&gt; &#187; (sic) d'une d&#233;couverte scientifique stup&#233;fiante attribu&#233;e &#224; G&#233;raldine Muhlmann : &lt;i&gt;&#171; La d&#233;mocratie moderne s'est construite en d&#233;gageant, &#224; c&#244;t&#233; de la sc&#232;ne des actions, un lieu d'observation du peuple par lui-m&#234;me. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Attribu&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, car l'auteure du livre n'a pas de chance avec son laudateur : la citation est tronqu&#233;e. Il faut lire : &#171; (...) &lt;i&gt;un lieu d'observation du peuple par lui-m&#234;me, un lieu o&#249; le peuple se fait &#171; public &#187;.&lt;/i&gt; &#187; Ce qui est, somme toute, un peu diff&#233;rent. Car &#224; prendre la premi&#232;re expression au pied de la lettre, comme le fait notre d&#233;tecteur de tendances perverses, l'espace m&#233;diatique serait une sorte de pur miroir dans lequel le peuple pourrait se contempler. Le journaliste ne serait donc rien d'autre que celui qui renvoie au peuple sa propre image... Qu'importe alors si le peuple ne se reconna&#238;t gu&#232;re dans le miroir qu'on lui tend et qui le rend m&#233;connaissable. Qu'importe si l'observatoire du peuple par lui-m&#234;me est surtout un miroir o&#249; quelques journalistes d&#233;nu&#233;s de &#171; complaisance aveugle &#187; viennent satisfaire leur narcissisme... et na&#239;vement tenter d'oublier que les journalistes ne vivent pas en situation d'apesanteur sociale, que &#171; l'observatoire &#187; est plac&#233; sous la tutelle de ses possesseurs et ma&#238;tres, qu'il est un miroir d&#233;formant et d&#233;form&#233; par toutes les formes de connivence et de censure, visibles et invisibles. Bref, oublier toute analyse critique des m&#233;dias, pour ne pas &#234;tre &#171; &lt;i&gt;antim&#233;dias&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;antid&#233;mocrates&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au point o&#249; nous en sommes, une r&#233;capitulation provisoire s'impose : le journalisme, m&#233;pris&#233; et d&#233;pr&#233;ci&#233;, fait l'objet d'une condamnation radicalis&#233;e par une critique antim&#233;dia dont l'art florissant se r&#233;sume aux productions de trois artistes - Halimi, Bourdieu, Bouveresse - et b&#233;n&#233;ficie d'un redoutable succ&#232;s m&#233;diatique. Cet art est le fait d'impr&#233;cateurs qui d&#233;versent des tombereaux d'injures, au lieu de se mirer dans le miroir du peuple : &lt;strong&gt;&#171; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Sous couvert de d&#233;verser des tombereaux d'injures sur les journalistes &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Celui ou celle qui nous dira ce que signifie &#171; sous couvert de d&#233;verser des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;, accus&#233;s d'&#234;tre les serviteurs des puissants, il se pourrait bien que ce soit donc l'ordre m&#234;me de la libert&#233; qui soit remis en question dans ces critiques. &lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Nicolas Weill de poursuivre : &lt;i&gt;&#171; G&#233;raldine Muhlmann montre comment toute une strat&#233;gie d'&#233;vitement permet aux impr&#233;cateurs de ne pas aborder la question des relations entre l'espace public et le journalisme, ce point aveugle constituant au contraire le centre de gravit&#233; de son livre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#171; &lt;i&gt;il se pourrait bien que&lt;/i&gt; &#187; - prudence affect&#233;e et insinuation effective - l'antid&#233;mocrate se r&#233;v&#232;le &#224; ce dont il ne parlerait pas : &#171; &lt;i&gt;la question des relations entre l'espace public et le journalisme&lt;/i&gt; &#187;. Vraiment ? Jusqu'&#224; pr&#233;sent nous avions d&#233;couvert, chez les auteurs mentionn&#233;s, le souci de mesurer concr&#232;tement et rigoureusement les d&#233;formations que les m&#233;dias dominants font subir &#224; l'espace public, avec pour effets, par exemple, d'ignorer la &#171; mis&#232;re du monde &#187;, d'occulter l'ins&#233;curit&#233; sociale et de c&#233;l&#233;brer les seules vertus du march&#233;, de la concurrence et des &#171; r&#233;formes &#187;. Il est vrai qu'en observant les m&#233;dias qui pr&#233;tendent observer le peuple, c'est un peuple &#233;tonnant qu'on y d&#233;couvre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite de l'article &#171; &#233;l&#232;ve le d&#233;bat &#187;, pour bien nous faire mesurer l'inanit&#233; intellectuelle de la &#171; &lt;i&gt;critique antim&#233;dias&lt;/i&gt; &#187;. Pour atteindre la haute altitude qui lui convient, Nicolas Weill r&#233;sume et enr&#244;le l'ouvrage qu'il encense, avec si peu de discernement qu'il vaut mieux lire l'original que la copie pour les mettre tous deux en discussion. C'est ce que nous ferons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#171; &lt;i&gt;il se pourrait bien que&lt;/i&gt; &#187; - pour parler comme notre journaliste du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; - le sens de l'article se r&#233;v&#232;le dans son paragraphe final.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;... et antis&#233;mite&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci est, pour Nicolas Weill, l'occasion d'en venir - enfin ! - &#224; l'ignominie qu'il retient depuis de trop nombreuses lignes : on a affaire &#224; des antis&#233;mites !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela se pr&#233;sente comme une critique historique : &#171; &lt;i&gt;L'analyse n'a pas &#233;t&#233; pouss&#233;e jusqu'au point o&#249; la critique du journalisme au XIXe et au d&#233;but du XXe si&#232;cle &#233;pouse un autre ph&#233;nom&#232;ne : celui de l'antis&#233;mitisme, le journalisme &#233;tant chez certains consid&#233;r&#233; comme la profession par excellence des juifs, suppos&#233;s inaptes aux m&#233;tiers &#034;cr&#233;atifs&#034;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut reconna&#238;tre &#224; Nicolas Weill une &#171; &lt;i&gt;tendance non assum&#233;e&lt;/i&gt; &#187; &#224; aller jusqu'au bout de sa remarque : il s'arr&#234;te au XIXe et au d&#233;but du XXe si&#232;cle. Mais tout le monde a compris : la critique des m&#233;dias est une vari&#233;t&#233; d'antis&#233;mitisme - ou une &#171; &lt;i&gt;tendance non assum&#233;e&lt;/i&gt; &#187; &#224; l'antis&#233;mitisme -, &#171; &lt;i&gt;car il n'est pas interdit de penser que sur ce point aussi, la haine du journalisme &#233;pouse celle de la d&#233;mocratie et des Lumi&#232;res symbolis&#233;s par l'&#233;mancipation des minorit&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Weill, pourtant, sait fort bien que l'insinuation fait partie de la rh&#233;torique ... antis&#233;mite : peu lui importe. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; sait fort bien que certaines imputations d'antis&#233;mitisme sont des ignominies : c'est bien pour cela qu'il en use et en abuse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire notamment : &#171; La face cach&#233;e du Monde &#187; (3) : la contre-attaque (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Lire aussi, dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; de mai 2004, &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2004/05/A/11187&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Un &#034; scoop&#034; &#187;&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[Nicolas Weill] pourfend Pierre Bourdieu, Jacques Bouveresse et Serge Halimi.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur crime ? Avoir men&#233; contre les m&#233;dias des &lt;i&gt;&#171; offensives &#187;&lt;/i&gt; ayant &#8211; selon lui &#8211; &lt;i&gt;&#171; en commun une tendance non assum&#233;e &#224; l'antid&#233;mocratisme. (...) Sous couvert de d&#233;verser des tombereaux d'injures sur les journalistes, accus&#233;s d'&#234;tre les serviteurs des puissants, il se pourrait bien que ce soit donc l'ordre m&#234;me de la libert&#233; qui soit remis en question dans ces critiques &#187;&lt;/i&gt;. Suivent quelques variations sur ce th&#232;me &#233;cul&#233;, qui permettent &#224; Nicolas Weill d'embo&#238;ter les proc&#232;s d'intention (&lt;i&gt;&#171; sous couvert de &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; il se pourrait que &#187;&lt;/i&gt;...) avec autant de dext&#233;rit&#233; qu'un enfant construit son premier jeu de cubes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le scoop surgit en fin d'article. D&#233;bordant le livre qu'il encense, le journaliste &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; L'analyse n'a pas &#233;t&#233; pouss&#233;e jusqu'au point o&#249; la critique du journalisme au XIXe et au d&#233;but du XXe si&#232;cle &#233;pouse un autre ph&#233;nom&#232;ne : celui de l'antis&#233;mitisme, le journalisme &#233;tant chez certains consid&#233;r&#233; comme la profession par excellence des juifs. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolas Weill serait-il aussi un pseudonyme de Renaud Camus ? Cet &#233;crivain, on s'en souvient, s'&#233;tait int&#233;ress&#233; &#224; la proportion de juifs travaillant pour certaines &#233;missions de France-Culture. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; s'offusqua de ce genre de comptabilit&#233; &#8211; et consacra &#224; l'affaire plusieurs dizaines d'articles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les temps changent, apparemment. Les Torquemada de l'inquisition intellectuelle n'h&#233;sitent plus &#224; reprendre &#224; leur compte les poncifs de la propagande antis&#233;mite pour diss&#233;miner leurs imputations d'antis&#233;mitisme &#224; l'encontre de quiconque les g&#234;ne. Du &#171; lobby juif &#187; aux &#171; m&#233;dias juifs &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Note d'Acrimed, juin 2004)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette flagornerie sans &#171; complaisance aveugle &#187; est confort&#233;e par l'&#233;nonc&#233; des titres de l'auteure - &#171; &lt;i&gt;G&#233;raldine Muhlmann, qui cumule les dipl&#244;mes de l'&#233;cole de journalisme de la New York University et l'agr&#233;gation de sciences politiques&lt;/i&gt; [...] &#187; - et par le rappel, en note, du prix qu'elle a obtenu en 2003 pour un pr&#233;c&#233;dent ouvrage, &#233;dit&#233; par les PUF et... &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; : &#034; le prix &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; de la recherche universitaire &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le chapeau r&#233;sumait et annon&#231;ait triomphalement : &#171; &lt;i&gt; G&#233;raldine Muhlmann analyse les relations entre journalisme et d&#233;mocratie et montre comment l'ordre m&#234;me de la libert&#233; est remis en question par les critiques antim&#233;dias&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Celui ou celle qui nous dira ce que signifie &lt;i&gt;&#171; sous couvert de d&#233;verser des tombereaux d'injures &#187;&lt;/i&gt; a gagn&#233; un abonnement gratuit au &lt;i&gt;Monde des livres&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire notamment :&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;a href='https://www.acrimed.org/La-face-cachee-du-Monde-3-la-contre-attaque-preventive-de-Spinoza' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; La face cach&#233;e du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; &#187; (3) : la contre-attaque pr&#233;ventive de Spinoza&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;a href='https://www.acrimed.org/La-face-cachee-judeophobie-contre-francophobie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; La face cach&#233;e &#187; : jud&#233;ophobie contre francophobie ? &lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;a href='https://www.acrimed.org/Deux-lettres-sans-echo-de-Serge-Halimi-au-mediateur-du-Monde' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Deux lettres sans &#233;cho de Serge Halimi au m&#233;diateur du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;a href='https://www.acrimed.org/Deux-precisions-de-Daniel-Schneidermann' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Deux pr&#233;cisions de Daniel Schneidermann&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dans L'Humanit&#233; : Jacques Bouveresse &#233;voque le pouvoir m&#233;diatique</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Dans-L-Humanite-Jacques-Bouveresse-evoque-le-pouvoir-mediatique</link>
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		<dc:date>2004-01-15T14:28:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>L'Humanit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Le pouvoir que les m&#233;dias exercent sur le destin des oeuvres de l'esprit ( ...) m'a toujours sembl&#233; inqui&#233;tant &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Critiques-des-medias-et-des-journalismes-" rel="directory"&gt;Critiques des m&#233;dias et des journalismes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-L-Humanite-+" rel="tag"&gt;L'Humanit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans une entretien paru dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; du 14 janvier 2004 sous le titre &#171; Bouveresse, logique et politique &#187;, Jacques Bouveresse, professeur de philosophie du langage et de la connaissance au Coll&#232;ge de France, &#233;voque, notamment, la questions des m&#233;dias. Extraits :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;. &lt;i&gt;L'autre versant de votre r&#233;flexion&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La premi&#232;re partie de l'entretien est consacr&#233;e &#224; &#171; l'&#233;tude et &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt;peut &#234;tre compris comme une exploration des dispositifs symboliques de pouvoir, de la fabrication et du maintien de l'id&#233;ologie dominante, en particulier &#224; travers la presse. Est-ce une d&#233;marche qui vous a rapproch&#233; de la critique marxiste ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Jacques Bouveresse&lt;/strong&gt;. J'ai &#233;t&#233; depuis le d&#233;but assez loin de la philosophie marxiste, telle qu'elle se pr&#233;sentait et qu'elle &#233;tait enseign&#233;e &#224; l'&#233;poque, mais je n'ai jamais &#233;t&#233; aussi loin que certains ont pu le croire de la critique marxiste, en particulier de la critique sociale d'inspiration marxiste. Vous avez raison de penser que je me suis toujours int&#233;ress&#233;, &#224; ma fa&#231;on, &#224; l'analyse des dispositifs de pouvoir, notamment (mais pas seulement) de ceux qui sont en vigueur dans le monde intellectuel, et &#224; la d&#233;nonciation des in&#233;galit&#233;s et des injustices qu'ils engendrent ou reproduisent. En ce qui concerne la presse, je crois que, loin de corriger celles-ci, elle les aggrave au contraire de fa&#231;on syst&#233;matique. Le pouvoir que les m&#233;dias exercent sur le destin des oeuvres de l'esprit et dont tout le monde s'accorde &#224; dire qu'il devient de plus en plus important m'a toujours sembl&#233; inqui&#233;tant, parce que je le trouvais beaucoup trop arbitraire et exerc&#233; la plupart du temps sans aucune pr&#233;occupation r&#233;elle pour la justice et l'&#233;quit&#233;. Je dois dire que je trouve tr&#232;s pr&#233;occupant l'appauvrissement incroyable de l'imagination morale (et sociale) qui a pour cons&#233;quence que des gens qui sont rest&#233;s avant tout un peu plus sensibles que d'autres aux in&#233;galit&#233;s et aux injustices, y compris dans le monde des id&#233;es et de la culture, s'entendent r&#233;pondre aujourd'hui de plus en plus souvent qu'ils sont simplement des aigris et des jaloux. J'ai trouv&#233; absolument sid&#233;rant que ce genre de le&#231;on soit inflig&#233; avec le plus grand s&#233;rieux &#224; Bourdieu lui-m&#234;me au moment de sa mort. Il se peut que tout cela m'ait rapproch&#233;, sinon de la doctrine, du moins de la critique marxiste et, en tout cas, cela ne me g&#234;nerait s&#251;rement pas si c'&#233;tait le cas. J'ai d'ailleurs le sentiment qu'il suffit aujourd'hui d'&#234;tre scandalis&#233; par certaines injustices criantes et de le dire ouvertement pour &#234;tre consid&#233;r&#233; d&#233;j&#224;, &#224; peu de choses pr&#232;s, comme un marxiste attard&#233; et sectaire (c'est aussi le genre de chose qui a &#233;t&#233; reproch&#233; &#224; Bourdieu).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Revenons aux m&#233;dias et aux intellectuels. Dans vos derniers livres, vous soulignez que beaucoup d'entre eux n'h&#233;sitent pas &#224; promouvoir n'importe quelle imposture, n'importe quel relativisme d&#232;s lors qu'ils correspondent &#224; un march&#233; o&#249; les vendre...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Jacques Bouveresse&lt;/strong&gt;. J'ai &#233;t&#233;, en effet, comme Bourdieu dans les derni&#232;res ann&#233;es, tr&#232;s critique &#224; l'&#233;gard des m&#233;dias et du comportement des intellectuels m&#233;diatiques. Comme dit Bourdieu : &#034;Il y a des notori&#233;t&#233;s scientifiques qui s'acqui&#232;rent par les m&#233;dias et qui peuvent permettre &#224; des gens, qui ne sont pas les meilleurs du point de vue de l'univers des savants, d'obtenir des avantages comp&#233;titifs, comme disent les &#233;conomistes, des subventions, des cr&#233;dits, des honneurs, etc., &#224; la faveur d'un usage habile des m&#233;dias. &#034; Essayez simplement de penser au poids r&#233;el dont aurait pes&#233; un &#233;pisode comme l'apparition de ce qui a &#233;t&#233; appel&#233; la &#034; nouvelle philosophie &#034; sans le concours des m&#233;dias, et sans l'&#034; usage habile &#034; que les int&#233;ress&#233;s (qui se sont r&#233;v&#233;l&#233;s justement des ma&#238;tres et m&#234;me des virtuoses dans ce domaine) ont &#233;t&#233; capables d'en faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bourdieu a consacr&#233; son dernier cours au Coll&#232;ge de France &#224; la fa&#231;on dont l'autonomie relative des lieux et des institutions dans lesquels se construit le savoir authentique pourrait &#234;tre menac&#233;e d&#233;sormais par l'emprise du pouvoir &#233;conomique et celle du pouvoir m&#233;diatique. Je pense qu'il a eu raison de soulever ce probl&#232;me, et cela d'autant plus que l'on a tendance &#224; exiger aujourd'hui, au nom de ce qui est suppos&#233; &#234;tre la d&#233;mocratie, qu'une valeur et une dignit&#233; &#233;gales soient accord&#233;es &#224; toutes les convictions et &#224; toutes les croyances, y compris les plus irrationnelles et les plus infond&#233;es. Je ne crois pas du tout, pour ma part, que le relativisme &#233;pist&#233;mologique et moral soit la seule philosophie compatible avec la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;L'ind&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des pouvoirs &#233;conomique et politique - telle que Jaur&#232;s et ses successeurs l'ont voulue par exemple pour l'Humanit&#233; - vous semble-t-elle une garantie, un objectif encore cr&#233;dible ? &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Jacques Bouveresse&lt;/strong&gt;. Cette ind&#233;pendance par rapport au pouvoir &#233;conomique et politique est s&#251;rement une condition sine qua non de l'existence d'une presse capable de remplir la t&#226;che pour laquelle elle a &#233;t&#233; con&#231;ue. Toute la question est de savoir jusqu'&#224; quel point elle est encore possible, et il y a des raisons d'&#234;tre pessimiste sur ce point. Mais il y a aussi la question de la d&#233;pendance du pouvoir politique lui-m&#234;me par rapport au pouvoir m&#233;diatique, et celle de savoir si les v&#233;ritables empires de demain ne sont pas les empires m&#233;diatiques. Voir un homme comme Berlusconi r&#233;ussir &#224; conqu&#233;rir le pouvoir politique dans un pays comme l'Italie, c'est s&#251;rement une chose qui nous concerne bien plus que nous ne le pensons et qui devrait nous faire r&#233;fl&#233;chir davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Entretien r&#233;alis&#233; par Lucien Degoy et J&#233;r&#244;me-Alexandre Nieslberg&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire, sur le site de &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, la totalit&#233; de l'entretien (qui ne se limite pas, &#233;videmment, &#224; la question des m&#233;dias) : &lt;a href=&#034;http://archive.is/XJ5rW&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Bouveresse, logique et politique &#187;&lt;/a&gt; (interview qui n'est plus consultable que sur les archives du web - novembre 2013).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La premi&#232;re partie de l'entretien est consacr&#233;e &#224; &#171; l'&#233;tude et &#224; la popularisation de l'oeuvre de Wittgenstein &#187; (&lt;i&gt;note d'Acrimed&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La mort de Pierre Bourdieu et l'emprise du journalisme</title>
		<link>https://www.acrimed.org/La-mort-de-Pierre-Bourdieu-et-l-emprise-du-journalisme</link>
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		<dc:date>2002-02-10T23:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>&lt;p&gt;&#171; Loin de prendre la mesure de l'oeuvre de Pierre Bourdieu, les m&#233;dias l'ont taill&#233;e &#224; leur mesure &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Les-medias-et-la-mort-de-Pierre-Bourdieu-" rel="directory"&gt;Les m&#233;dias et la mort de Pierre Bourdieu&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; S'il y a une chose encore plus difficile &#224; supporter que la disparition d'une des figures majeures de la pens&#233;e contemporaine et, pour certains d'entre nous, d'un ami tr&#232;s proche, c'est bien le rituel de c&#233;l&#233;bration auquel les m&#233;dias ont commenc&#233; &#224; se livrer quelques heures seulement apr&#232;s la mort de Pierre Bourdieu. Comme pr&#233;vu, il n'y manquait ni la part d'admiration obligatoire et conventionnelle, ni la fa&#231;on qu'a la presse de faire (un peu plus discr&#232;tement cette fois-ci, &#233;tant donn&#233; les circonstances) la le&#231;on aux intellectuels qu'elle n'aime pas, ni la dose de perfidie et de bassesse qui est jug&#233;e n&#233;cessaire pour donner une impression d'impartialit&#233; et d'objectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Bourdieu pouvait se voir en premi&#232;re page d'un certain nombre de nos journaux, et en particulier du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, il ne manquerait pas de se rappeler la fa&#231;on dont il a &#233;t&#233; trait&#233; par eux dans les derni&#232;res ann&#233;es et de trouver dans ce qui se passe depuis quelques jours une confirmation exemplaire de tout ce qu'il a &#233;crit &#224; propos de &#034; l'amn&#233;sie journalistique &#034;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Jacques Bouveresse, &#171; Pierre Bourdieu, celui qui d&#233;rangeait &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 31 janvier 2001.)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le &#034;rituel de c&#233;l&#233;bration&#034; auquel se sont livr&#233;s les m&#233;dias apr&#232;s l'annonce de la mort de Pierre Bourdieu permet de constater ce que fait et ce que peut le journalisme quand il s'empare d'une oeuvre majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Bourdieu, dans &#171; L'emprise du journalisme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Actes de la Recherche en sciences sociales, 101-102, mars 1994, p. 3-9 ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; se proposait d'analyser notamment les effets de cette emprise sur la production culturelle. Nous avons r&#233;uni ici, avec patience, mais non sans indignation, de nombreux &#233;chantillons qui permettent de v&#233;rifier (et, le cas &#233;ch&#233;ant, de pr&#233;ciser et de rectifier) quelques th&#232;mes de ses analyses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le constat est accablant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour dissimuler l'indigence ou la bassesse de la plupart de leurs commentaires, certains journalistes ou responsables des m&#233;dias ne manqueront pas de souligner&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'importance des rediffusions &#224; la radio et &#224; la t&#233;l&#233;vision et la publication d'extraits de son oeuvre dans certains organes de la presse &#233;crite ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'attention port&#233;e aux hommages unanimes et convenus de la plupart des responsables politiques, dont les m&#233;dias se sont faits les relais ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la multiplicit&#233; des &#034;points de vue&#034; et des &#034;tribunes&#034; consentis &#224; des producteurs culturels, notammment parmi ceux qui doivent &#224; l'oeuvre de Pierre Bourdieu une part d&#233;cisive de leur inspiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment taire ces quelques &#233;vidences :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la parole de Pierre Bourdieu a circul&#233; en des points tr&#232;s limit&#233;s de l'espace m&#233;diatique, confirmant ainsi la mis&#232;re culturelle des grands m&#233;dias de masse ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la simple reprise des communiqu&#233;s des formations politiques et l'importance qui leur fut accord&#233;e peuvent difficilement passer pour des preuves de l'ind&#233;pendance du journalisme ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la publication de &#034;tribunes libres&#034; et la diversit&#233; des point de vue qui s'y sont exprim&#233;s ne peuvent passer pour des expressions du travail des journalistes eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, - &#224; quelques exceptions pr&#232;s que nous avons essay&#233; de relever - loin de prendre la mesure de l'oeuvre de Pierre Bourdieu, les m&#233;dias l'ont taill&#233;e &#224; leur mesure. Dans les documents que nous avons r&#233;unis, on voit comment travaillent les journalismes, divers par les m&#233;dias dans lesquels ils s'expriment et leurs positions dans ces m&#233;dias. On constate alors notamment :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les effets de l'urgence m&#233;diatique qui conduit &#224; r&#233;sumer cette oeuvre par le recours &#224; quelques poncifs ; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les effets des pr&#233;tentions des tenanciers de l'espace m&#233;diatique qui jaugent, jugent et tranchent du haut de leur position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres avant Bourdieu avaient d&#233;j&#224; fait les frais de ces d&#233;plorables sollicitudes. Sans rire, ni pleurer, nous voulons essayer de comprendre. Mais certainement pas nous r&#233;signer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; Actes de la Recherche en sciences sociales&lt;/i&gt;, 101-102, mars 1994, p. 3-9 ; repris dans &lt;i&gt;Sur la T&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, Liber/Raisons d'agir, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

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