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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Venezuela : &#171; Il y a une richesse et une complexit&#233; politique dont la presse ne rend pas du tout compte &#187;</title>
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		<dc:date>2026-02-03T11:04:48Z</dc:date>
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		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Younes</dc:creator>


		<dc:subject>Venezuela</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien avec Pablo Aiquel.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Loin-de-l-Amerique-Latine-" rel="directory"&gt;Loin de l'Am&#233;rique Latine&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Venezuela-+" rel="tag"&gt;Venezuela&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pablo Aiquel est secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Syndicat national des journalistes CGT (SNJ-CGT) et vice-pr&#233;sident de la F&#233;d&#233;ration Europ&#233;enne des journalistes (EFJ). Il est aussi franco-v&#233;n&#233;zu&#233;lien et ancien correspondant &#224; Caracas de nombreux m&#233;dias francophones au moment de la r&#233;volution chaviste, en 1998. Pourtant, il n'a pas &#233;t&#233; sollicit&#233; par les grands m&#233;dias au moment de l'agression imp&#233;rialiste des &#201;tats-Unis au Venezuela, le 3 janvier 2026, qui lui ont pr&#233;f&#233;r&#233; les toutologues de la g&#233;opolitique. Pablo Aiquel r&#233;pond &#224; quelques questions sur le traitement journalistique de cet &#233;v&#233;nement, et sur les angles morts habituels inh&#233;rents &#224; la fonction de correspondant &#224; Caracas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Acrimed : Pouvez-vous nous parler de votre exp&#233;rience en tant que correspondant au Venezuela ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pablo Aiquel :&lt;/strong&gt; Je suis V&#233;n&#233;zu&#233;lien, et j'ai fait mes &#233;tudes en France. J'ai &#233;t&#233; dipl&#244;m&#233; de l'&#233;cole de journalisme de Lille en 1997. Et j'avais vocation &#224; rentrer au Venezuela pour y travailler. C'est ce que j'ai fait. Je suis arriv&#233; au Venezuela fin 1997, en gros, un an avant la premi&#232;re &#233;lection de Ch&#225;vez. Mais j'&#233;tais un correspondant particulier, parce que contrairement &#224; d'autres correspondants fran&#231;ais ou francophones &#224; l'&#233;tranger, la correspondance &#233;tait pour moi un compl&#233;ment de salaire et pas mon travail &#224; temps plein. J'&#233;tais journaliste dans des m&#233;dias importants au Venezuela, j'ai pass&#233; un an &#224; &lt;i&gt;El Universal&lt;/i&gt; &#8211; qui est l'&#233;quivalent en gros du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; ici. Et j'ai pass&#233; deux ans au &lt;i&gt;Nacional&lt;/i&gt; &#8211; qui est en gros l'&#233;quivalent du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; ici. J'ai eu aussi une &#233;mission de radio en fran&#231;ais, parrain&#233;e par l'ambassade de France. Ils m'ont embauch&#233; pour animer une &#233;mission de radio pendant des ann&#233;es pour la communaut&#233; francophone du Venezuela. Donc j'avais aussi plusieurs points d'observation de la soci&#233;t&#233; v&#233;n&#233;zu&#233;lienne, et je gardais toujours un lien avec la France ou avec la langue fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que correspondant, principalement, j'ai travaill&#233; pour Radio France Internationale en espagnol, mais aussi de temps en temps en fran&#231;ais. Parfois pour la Radio Suisse Romande ou pour Radio-Canada. Et en presse &#233;crite, j'ai surtout travaill&#233; pour &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;. Mais aussi ponctuellement pour &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, pour 24h.ch en Suisse, et je ne me souviens m&#234;me plus combien d'autres journaux. J'ai aussi beaucoup travaill&#233; comme &#171; fixeur &#187; francophone, quand des journalistes t&#233;l&#233;s venaient au Venezuela. France 2, France 5&#8230; Je suis rentr&#233; en France en 2003, pour plein de raisons, et en 2006, j'y suis retourn&#233; avec France 2 pour &#171; Un &#339;il sur la plan&#232;te &#187;, au moment des &#233;lections, avec Arnauld Miguet et &#201;douard Perrin, parce que mes r&#233;seaux, notamment dans les milieux chavistes, &#233;taient encore tr&#232;s bons. Nous avons d'ailleurs interview&#233; les parents de Ch&#225;vez pour faire un portrait de Ch&#225;vez sans Ch&#225;vez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Sur quels sujets &#233;tiez-vous sollicit&#233; par la presse fran&#231;aise, pour parler du Venezuela ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dirais que mon boulot comme correspondant a commenc&#233; par le sommet ib&#233;ro-am&#233;ricain de Margarita. C'&#233;tait en 1997, donc avant que Ch&#225;vez ne soit &#233;lu, avec Aznar, Fidel Castro et plein d'autres pr&#233;sidents de l'&#233;poque. Globalement, avant que Ch&#225;vez ne soit &#233;lu, le Venezuela int&#233;ressait relativement peu en France. Et donc je n'avais pas &#233;norm&#233;ment de boulot comme correspondant. Ensuite, une fois que Ch&#225;vez a &#233;t&#233; &#233;lu, forc&#233;ment, &#231;a a mis le Venezuela sous le feu des projecteurs. Mon travail en tant que correspondant &#233;tait tr&#232;s rythm&#233; par l'actualit&#233; et les mont&#233;es de tensions, que ce soit entre &#201;tats ou quand il y avait des manifestations anti-chavistes. Je me souviens, par exemple, des tensions et des rencontres entre Ch&#225;vez et &#193;lvaro Uribe V&#233;lez, qui &#233;tait le pr&#233;sident de droite colombien &#224; l'&#233;poque. J'ai couvert ce type de rencontres bilat&#233;rales. On &#233;tait une flop&#233;e de correspondants &#233;trangers &#224; suivre ce type de rencontres avec Ch&#225;vez et &#193;lvaro Uribe. Ils s'invitaient, ils se faisaient des &#233;treintes &#8211; un peu &#224; la Macron-Trump &#8211; et &#224; d'autres moments, ils s'engueulaient &#224; distance, ils s'insultaient presque. Donc ce type de rapport avec la droite colombienne &#233;tait relativement suivi. C'est &#231;a qui int&#233;ressait les journaux et non pas les enqu&#234;tes de terrain qui faisaient comprendre pourquoi les quartiers populaires avaient un attachement profond au chavisme naissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y a eu le moment o&#249; les manifestations de Ch&#225;vez face &#224; l'opposition ont vraiment pris de l'ampleur, en 2001-2002. Et notamment le coup d'&#201;tat manqu&#233;, ou plut&#244;t r&#233;ussi mais &#233;ph&#233;m&#232;re, d'avril 2002, qui a &#233;t&#233; un peu le climax de mon travail au Venezuela. Je faisais beaucoup de radio &#224; l'&#233;poque, et ces journ&#233;es du 11, 12 et 13 avril, j'ai eu l'impression d'avoir travaill&#233; presque 24 heures sur 24 et d'avoir t&#233;moign&#233; pour de tr&#232;s nombreux m&#233;dias de la francophonie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Pouvez-vous d&#233;velopper sur le manque d'int&#233;r&#234;t des r&#233;dactions pour les reportages de terrain que vous proposiez, au profit des rencontres diplomatiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cela que je disais que j'&#233;tais un peu un correspondant particulier. Dans la derni&#232;re partie de mon travail au Venezuela, j'ai travaill&#233; pour &lt;i&gt;El Nacional&lt;/i&gt;, entre 2001 et 2003, d'abord au service enqu&#234;te puis au service politique. Et le &lt;i&gt;Nacional&lt;/i&gt; avait &#233;t&#233; un journal qui, jusqu'&#224; d&#233;but 2000 disons, jusqu'&#224; la premi&#232;re &#233;lection pr&#233;sidentielle sur la base de la nouvelle constitution, avait &#233;t&#233; plut&#244;t favorable au mouvement bolivarien. Le directeur du journal, &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Alfredo_Pe%C3%B1a&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Alfredo Pe&#241;a&lt;/a&gt;, a &#233;t&#233; un &#233;lu du Mouvement pour la Cinqui&#232;me R&#233;publique de Ch&#225;vez (Movimiento Quinta Rep&#250;blica). Mais assez rapidement, apr&#232;s la premi&#232;re &#233;lection de 2000 et avec les premi&#232;res d&#233;cisions de Ch&#225;vez, comme la r&#233;forme agraire, des choses peut-&#234;tre un peu basiques mais qui n'allaient pas n&#233;cessairement en faveur des int&#233;r&#234;ts du capital, ils avaient retourn&#233; assez vite le journal contre Ch&#225;vez. On se retrouvait dans une situation dans laquelle il y avait une guerre entre les m&#233;dias priv&#233;s qui essayaient de d&#233;zinguer le gouvernement, et les m&#233;dias publics qui essayaient de le d&#233;fendre. Cette polarisation est arriv&#233;e assez vite et d'une mani&#232;re assez impressionnante pour certains alli&#233;s de 1999-2000 qui assez vite, en 2001-2002, &#233;taient devenus des opposants. Le travail qu'on m'a fait faire, quand on m'a embauch&#233; au &lt;i&gt;Nacional&lt;/i&gt;, c'&#233;tait justement d'aller couvrir les secteurs populaires du chavisme naissant et d'essayer de comprendre pourquoi, dans les quartiers populaires, on pouvait &#224; un moment donn&#233; en avoir ras-le-bol du maire chaviste, du d&#233;put&#233; chaviste. Et &#233;ventuellement, quand est-ce que l'&#233;tat de gr&#226;ce avec Ch&#225;vez allait se terminer ? C'est la commande qui m'&#233;tait faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces reportages de terrain m'ont permis de cerner assez vite que l'identification des quartiers populaires avec Ch&#225;vez &#233;tait visc&#233;rale et que m&#234;me s'ils &#233;taient plut&#244;t d&#233;&#231;us de tel maire ou de tel d&#233;put&#233;, le lien avec Ch&#225;vez &#233;tait extr&#234;mement fort et qu'il n'allait pas s'&#233;teindre si rapidement. Je proposais donc des reportages pour expliquer cela, mais ce n'&#233;tait pas ce qui int&#233;ressait les r&#233;dactions &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que cette polarisation qui est arriv&#233;e tr&#232;s vite a eu des effets sur votre travail de correspondant, sur le type de sujets que l'on vous commandait ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Avec, comme je le disais plus t&#244;t, une focalisation sur les moments de &#171; mont&#233;e de tension &#187;. Parfois je proposais des sujets plus froids, sur des situations qui me paraissaient int&#233;ressantes. On me disait &#171; non, on ne va pas prendre, personne n'en parle &#187;. En revanche, si quelques jours plus tard, il y avait des mont&#233;es de tensions en manifestation, et que l'AFP faisait une d&#233;p&#234;che, &#224; ce moment-l&#224;, on m'appelait pour que je fasse le papier. J'avais envie de dire &#171; mais je te l'ai dit il y a 5 jours, on aurait pu devancer l'AFP &#187;. Donc un fort int&#233;r&#234;t pour cette mise en sc&#232;ne entre, d'un c&#244;t&#233;, les manifestations chavistes, de l'autre c&#244;t&#233;, les manifestations anti-chavistes. Mais relativement peu sur du reportage, du terrain, qui permettent de faire un pas de c&#244;t&#233;, d'essayer de comprendre vraiment le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Pour pr&#233;parer cette interview, vous nous avez parl&#233; de &#171; l'isolement sociologique &#187; des correspondants au Venezuela &#8211; qui n'aide pas pour comprendre la soci&#233;t&#233;. Pouvez-vous d&#233;velopper ce point ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est l'autre t&#233;moignage que je peux apporter comme ancien correspondant. Je ne voyais aucun inconv&#233;nient &#224; ce que, quand il y avait des temps forts, les m&#233;dias pour lesquels je travaille envoient quelqu'un, un envoy&#233; sp&#233;cial. Mon exp&#233;rience comme fixeur t&#233;l&#233; m'avait fait voir que c'&#233;tait aussi int&#233;ressant qu'un journaliste canadien, un journaliste suisse, un journaliste fran&#231;ais vienne voir de lui-m&#234;me et fasse lui-m&#234;me le travail, m&#234;me si je peux l'aider en lui donnant quelques contacts, des sources. J'avais notamment &#8211; &#231;a peut surprendre &#8211; des sources francophones dans les quartiers populaires chavistes. Mais j'ai &#233;t&#233; souvent surpris que certains journalistes veuillent &#224; tout prix rester dans les quartiers hupp&#233;s de Caracas, dans l'h&#244;tel qui est tenu par un Fran&#231;ais, &#224; rendre compte de la vision de cette famille, disons des Fran&#231;ais de Caracas et de leur entourage. Ils n'allaient pas dans les quartiers populaires, ils n'allaient pas interroger des intellectuels favorables au mouvement bolivarien, etc., ce qui revenait de fait &#224; privil&#233;gier un narratif &#171; anti-chaviste &#187;. Et &#224; la limite, quand ils tendaient le micro &#224; des partisans du chavisme c'&#233;tait sous la forme du micro-trottoir &#8211; ce qui ne permet que d'&#233;voquer des positions simples. Il y a une richesse et une complexit&#233; politique dans ce pays dont la presse ne rend pas du tout compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;De m&#234;me, en lisant la presse fran&#231;aise et m&#234;me internationale, on a l'impression qu'il n'existe qu'une seule opposition au Venezuela et que c'est celle de Mar&#237;a Corina Machado. Il n'existe pas de gauche anti-Maduro, de droite mod&#233;r&#233;e, de centristes, etc. ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai que c'est important. Il existe cette autre opposition et ce sont des gens &#224; qui il faudrait donner la parole. Je pense par exemple &#224; Claudio Ferm&#237;n d'Action d&#233;mocratique qui, en d&#233;cembre, disait qu'on ne pouvait pas, tout en &#233;tant dans l'opposition, accepter les menaces d'un pays &#233;tranger sur son propre pays. Ou &#224; Henrique Capriles, qui a quand m&#234;me pris ses distances avec l'extr&#234;me droite. Mar&#237;a Corina Machado au contraire est l'une des principales personnalit&#233;s v&#233;n&#233;zu&#233;liennes qui demandait une invasion am&#233;ricaine, depuis des ann&#233;es. Et c'est une faute assez importante, je pense, du journalisme fran&#231;ais et europ&#233;en que de ne pas avoir produit de grandes enqu&#234;tes sur ce que faisait Mar&#237;a Corina Machado dans les ann&#233;es 2000. Pour rappel, en avril 2002, des militaires ont r&#233;alis&#233; un coup d'&#201;tat, ont enlev&#233; Ch&#225;vez et ont d&#233;sign&#233; le patron de l'&#233;quivalent du MEDEF, Pedro Carmona, comme nouveau pr&#233;sident. La premi&#232;re d&#233;cision de Carmona a &#233;t&#233; de dissoudre tous les pouvoirs constitu&#233;s. D'autres militaires ont utilis&#233; cela comme preuve que le fil constitutionnel &#233;tait rompu et ont fait sortir ces gens-l&#224; du palais de Miraflores, ramenant Ch&#225;vez au pouvoir le lendemain. Donc ce coup d'&#201;tat a dur&#233; 48 heures. Mar&#237;a Corina Machado est l'une des signataires du d&#233;cret qui a dissous tous les pouvoirs constitu&#233;s le 12 avril 2002. Donc pour les V&#233;n&#233;zu&#233;liens, elle fait partie des putschistes depuis plus de 20 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Pour revenir &#224; la fa&#231;on dont est trait&#233;e l'agression militaire du 3 janvier et ses suites dans les m&#233;dias fran&#231;ais, nous avons remarqu&#233; une focalisation sur les t&#233;moignages de V&#233;n&#233;zueliens expatri&#233;s &#8211; qui sont bien s&#251;r &#224; entendre mais qui constituent notre seul &#171; acc&#232;s &#187; &#224; la parole du peuple v&#233;n&#233;zuelien dans la presse fran&#231;aise. Est-ce que vous, avec votre casquette de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du SNJ-CGT, de vice-pr&#233;sident de la F&#233;d&#233;ration europ&#233;enne des journalistes, d'ancien correspondant &#224; Caracas, et de V&#233;n&#233;zu&#233;lien, vous avez &#233;t&#233; sollicit&#233; par les m&#233;dias fran&#231;ais ces derni&#232;res semaines ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, je n'ai pas &#233;t&#233; beaucoup sollicit&#233;. Mais je viens de donner une interview &#224; un m&#233;dia tch&#232;que. Les m&#233;dias fran&#231;ais pr&#233;f&#232;rent sans doute des gens qui travaillent encore actuellement sur le sujet. Les citoyens v&#233;n&#233;zu&#233;liens qui sont sollicit&#233;s sont ceux qui, comme vous le disiez, sont en exil et qui ont un t&#233;moignage de v&#233;cu &#224; apporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela rejoint le th&#232;me de la polarisation que j'&#233;voquais tout &#224; l'heure, et qui n'a fait que s'approfondir au cours des ann&#233;es. Cela am&#232;ne &#224; avoir chacun ses m&#233;dias, chacun ses canaux. En France, nous entendons tr&#232;s souvent la parole des exil&#233;s et tr&#232;s rarement celle du &#171; peuple chaviste &#187;, mais l'inverse est &#233;galement vrai. Aujourd'hui, le Venezuela a aussi les m&#233;dias de ses alli&#233;s. Sur les cha&#238;nes hertziennes au Venezuela, on a des canaux iraniens en espagnol, des cha&#238;nes chinoises, russes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai envie de reprendre les mots de la politologue espagnole, Arantxa Tirado S&#225;nchez, qui est une chercheuse ouvri&#233;riste qui a v&#233;cu &#224; Caracas, et qui a dit : &#171; Le journalisme est mort au Venezuela &#187;. Je suis assez d'accord avec elle. Les m&#233;dias ont beaucoup jou&#233; le r&#244;le d'&#234;tre vecteur d'une certaine propagande, et pas du tout celui qu'on attend vraiment d'eux : informer de fa&#231;on impartiale et &#233;quilibr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;J&#233;r&#233;mie Younes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La&#239;cit&#233; : comment les grands m&#233;dias sabotent le d&#233;bat public</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#233;mie Younes, Pauline Perrenot</dc:creator>


		<dc:subject>Islam</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien avec Nicolas Cad&#232;ne et Hicham Benaissa.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Racisme-antisemitisme-xenophobie-homophobie-" rel="directory"&gt;Racisme m&#233;diatique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Islam-+" rel="tag"&gt;Islam&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/laicite-2b834.png?1776673118' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les 120 ans de la loi de 1905 sur la la&#239;cit&#233; ont donn&#233; lieu, dans les grands m&#233;dias, &#224; une s&#233;rie de productions en tout genre. &#171; &#201;missions sp&#233;ciales &#187;, &#171; d&#233;bats &#187;, &#233;ditoriaux, etc. ont entretenu les biais traditionnels qui contribuent, depuis plus de vingt ans, &#224; brouiller &#8211; si ce n'est &#224; totalement falsifier &#8211; le d&#233;bat public sur cette question. Nous en avons discut&#233; avec Nicolas Cad&#232;ne et Hicham Benaissa. Nicolas Cad&#232;ne est ancien rapporteur g&#233;n&#233;ral de l'Observatoire de la la&#239;cit&#233; aupr&#232;s du Premier ministre (2013-2021) et le cofondateur de la Vigie de la la&#239;cit&#233;. Il a r&#233;cemment quitt&#233; la haute fonction publique pour se consacrer, en tant que consultant-formateur, &#224; la la&#239;cit&#233; et &#224; la gestion des faits religieux, notamment. Hicham Benaissa est sociologue rattach&#233; au GSRL (EPHE-CNRS). Il travaille sur les effets sociaux et politiques de la pr&#233;sence musulmane durable en France, en particulier &#224; partir des trajectoires issues de l'immigration maghr&#233;bine. Parall&#232;lement &#224; son travail de recherche, il intervient depuis plus de dix ans sur la gestion du &#171; fait religieux &#187;. Il a con&#231;u et anim&#233; plusieurs centaines de formations, r&#233;alis&#233; de nombreux diagnostics, et accompagn&#233; deux grands groupes ainsi qu'une commune dans la d&#233;finition de leur politique &#171; la&#239;cit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour construire cet entretien, nous nous sommes principalement appuy&#233;s sur deux &#233;missions diffus&#233;es dans le cadre des 120 ans de la loi de 1905 sur la la&#239;cit&#233;. La premi&#232;re est celle &#224; laquelle a particip&#233; Hicham Benaissa &#8211; &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=msincUKRLmE&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; C ce soir &#187; (France 5, 8/12/2025)&lt;/a&gt; &#8211;, pr&#233;sent&#233;e par Karim Rissouli, qui r&#233;unissait deux sociologues &#8211; Alain Policar et Hicham Benaissa &#8211;, la journaliste H&#233;lo&#239;se de Neuville, sous-cheffe du service &#171; Religion &#187; du quotidien &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt;, l'&#233;crivaine et r&#233;alisatrice &#201;milie Fr&#232;che, le journaliste &#201;ric Fottorino (&lt;i&gt;Le 1&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Zadig&lt;/i&gt;) et une professeure de lettres classiques, Delphine Girard, autrice du livre &lt;i&gt;Madame, vous n'avez pas le droit ! D&#233;fendre la la&#239;cit&#233; apr&#232;s le choc Samuel Paty&lt;/i&gt;, qui lui valut portraits et entretiens dans toute la presse conservatrice et r&#233;actionnaire, de &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; &#224; Europe 1 en passant par &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, RMC, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me est une &#233;mission sp&#233;ciale produite et diffus&#233;e par France 2 &#8211; &lt;a href=&#034;https://www.france.tv/societe/magazine-d-actualites/7808709-laicite-l-exception-francaise-120-ans-et-maintenant.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La&#239;cit&#233;, l'exception fran&#231;aise - 120 ans, et maintenant ? &#187; (9/12/2025)&lt;/a&gt; &#8211; pr&#233;sent&#233;e en direct du Panth&#233;on par Caroline Roux &lt;a href=&#034;https://www.francetvpro.fr/contenu-de-presse/75210296&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en l'absence de tout universitaire sp&#233;cialiste de la la&#239;cit&#233;&lt;/a&gt;, mais en compagnie d'une ribambelle de commentateurs et/ou pol&#233;mistes m&#233;diatiques, sans oublier le ministre de l'Int&#233;rieur, Laurent Nu&#241;ez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Acrimed : Nous avons ici deux dispositifs qui condensent selon nous beaucoup des biais journalistiques qui contribuent &#224; d&#233;figurer le d&#233;bat public sur la la&#239;cit&#233;. Avant d'en venir &#224; ces biais de fond, pouvez-vous nous parler des sollicitations de ces m&#233;dias, en commen&#231;ant peut-&#234;tre par Hicham : comment vous a-t-on propos&#233; cette &#233;mission de &#171; C ce soir &#187; ? Comment vous en a-t-on pr&#233;sent&#233; les angles, et peut-&#234;tre les invit&#233;s qui seraient &#224; vos c&#244;t&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham Benaissa :&lt;/strong&gt; Ce n'est pas la premi&#232;re fois que je suis invit&#233; &#224; &#171; C se soir &#187;. Quand elle nous sollicite, l'&#233;quipe s'entretient au pr&#233;alable par t&#233;l&#233;phone avec l'ensemble des intervenants possibles, qui pourraient faire partie du panel. C'est une fa&#231;on de faire chez eux qui est assez courante. Par le pass&#233;, il m'est arriv&#233; de nombreuses fois d'&#234;tre contact&#233;, avant d'&#234;tre annul&#233; &#224; la derni&#232;re minute. L&#224;, avec les 120 ans de la loi sur la la&#239;cit&#233;, j'ai &#233;t&#233; contact&#233; la veille, le dimanche, et on m'a demand&#233; de r&#233;pondre assez rapidement. J'ai longtemps r&#233;fl&#233;chi avant d'y aller, pour toutes les raisons que l'on va s&#251;rement aborder par la suite. &#192; commencer par la probl&#233;matique telle qu'elle &#233;tait pos&#233;e, par l'intitul&#233; de l'&#233;mission : &#171; La&#239;cit&#233;, c'est quoi le probl&#232;me ? &#187;. On est l&#224; dans un cadrage d&#233;j&#224; bien particulier de la th&#233;matique de la la&#239;cit&#233; puisque &#231;a pose comme &#233;vidence qu'il y a un probl&#232;me. Est-ce que c'est si &#233;vident que &#231;a qu'il y a un probl&#232;me avec la la&#239;cit&#233; ? Et cette mani&#232;re de poser la question est aussi une mani&#232;re d'y r&#233;pondre&#8230; Donc pour tout vous dire, je pressentais un peu un traquenard. J'en ai discut&#233; un peu autour de moi et j'ai d&#233;cid&#233; d'y aller, aussi par ras-le-bol : &#231;a suffit ! &#199;a suffit d'entendre la question de la la&#239;cit&#233; &#234;tre probl&#233;matis&#233;e de cette mani&#232;re. L'id&#233;e, c'&#233;tait de jouer le jeu t&#233;l&#233;vis&#233; en &#233;tant un peu plus offensif. Je ne suis pas na&#239;f. Je savais tr&#232;s bien &#224; quoi j'allais me confronter, et je m'y suis pli&#233; en r&#233;pondant au jeu du clash.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Quant au plateau de France 2 organis&#233; &#224; l'occasion des 120 ans de la loi de 1905, Nicolas Cad&#232;ne, vous avez critiqu&#233; le panel des invit&#233;s en amont de la diffusion de l'&#233;mission, &#224; laquelle vous n'&#233;tiez d'ailleurs pas convi&#233; &#8211; ni vous, ni aucun autre connaisseur du droit de la la&#239;cit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Cad&#232;ne :&lt;/strong&gt; Caroline Roux ne m'a jamais invit&#233; dans l'&#233;mission qu'elle anime quotidiennement sur France 5, alors m&#234;me que j'avais eu quelques contacts avec des membres de son &#233;quipe, qui souhaitaient, eux, me voir intervenir sur le plateau. &#199;a ne s'est jamais fait. &lt;i&gt;A priori&lt;/i&gt; parce que, si j'ai bien compris, elle a elle-m&#234;me une position assez arr&#234;t&#233;e sur le sujet. Ce qui m'interroge d'embl&#233;e dans le sens o&#249; je ne fais que rappeler le droit. Ma position n'est pas une opinion, c'est celle du droit. En revanche, j'assume m'opposer &#224; une &#233;volution excessive du droit en la mati&#232;re et qui aurait pour cons&#233;quence de briser l'&#233;quilibre pos&#233; par la loi de 1905. Force est de constater que les intervenants sollicit&#233;s pour cette &#233;mission de France 2 ont une position qui n'est pas conforme au droit. C'est pour cela que j'insiste : il ne s'agit pas de se plaindre de ne pas &#234;tre invit&#233;, il s'agit de se plaindre du fait que le service public, pour parler d'un sujet important comme celui de la la&#239;cit&#233;, n'invite pas de connaisseur du droit de la la&#239;cit&#233;, mais des pol&#233;mistes ou des philosophes, qui tiennent pour la plupart des positions qui s'opposent &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; &#224; la loi de 1905 dont les 120 ans &#233;taient pourtant c&#233;l&#233;br&#233;s. Il faut ajouter &#224; cela que ces m&#234;mes intervenants n'assument pas s'opposer au droit, ce qui conduit &#224; laisser penser aux t&#233;l&#233;spectateurs que ce qu'ils disent est conforme &#224; ce qu'est la la&#239;cit&#233; dans les textes, alors que ce n'est pas le cas. &#199;a, &#231;a me para&#238;t tr&#232;s probl&#233;matique, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; sur une cha&#238;ne de service public, qui est quand m&#234;me cens&#233;e informer sur le cadre juridique dont il est question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rebondir sur ce que disait Hicham &#224; l'instant, je le rejoins sur le fait qu'il est important d'aller dans les grands m&#233;dias malgr&#233; la lourdeur des dispositifs. D'une part, parce que la diffusion d'id&#233;es fausses sur le sujet mine la coh&#233;sion nationale. Et d'autre part, parce que les mauvaises interpr&#233;tations de la la&#239;cit&#233; qui ont cours dans le d&#233;bat public ont des r&#233;percussions concr&#232;tes sur le terrain. &#199;a conduit &#224; des mauvaises applications du principe, parfois m&#234;me &#224; des discriminations. Donc &#233;videmment, les rares fois o&#249; on nous sollicite encore, on dit, sauf impossibilit&#233; mat&#233;rielle, &#171; oui &#187;. Mais je remarque que &#171; C ce soir &#187; ne m'a plus sollicit&#233; depuis un an et demi alors qu'auparavant, j'&#233;tais r&#233;guli&#232;rement invit&#233; quand ils traitaient de la&#239;cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Dans les dispositifs dont nous parlons, il y a deux choses distinctes : soit l'absence de v&#233;ritables experts du sujet, soit la mise en &#233;quivalence d'interlocuteurs aux statuts tr&#232;s diff&#233;rents, et donc aux registres d'intervention tr&#232;s diff&#233;rents : sociologues &#171; contre &#187; pol&#233;mistes, chercheurs &#171; contre &#187; journalistes, juristes &#171; contre &#187; responsables politiques, etc. Pouvez-vous nous parler des effets de ces conditions de &#171; d&#233;bat &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham Benaissa :&lt;/strong&gt; Il y a quelques jours, j'ai revu une interview que Pierre Bourdieu avait donn&#233;e &#224; une t&#233;l&#233;vision catalane apr&#232;s la parution de &lt;i&gt;Sur la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, &#224; la fin des ann&#233;es 1990&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Televisi&#243; de Catalu&#241;a (TV3), 2 novembre 1998. On peut visionner cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il dit que la t&#233;l&#233;vision est une menace pour la vie intellectuelle et, indirectement, une menace pour la d&#233;mocratie. Inutile de revenir sur ce qu'il a admirablement d&#233;montr&#233; dans ses ouvrages et ses articles. Mais j'en parle parce que je me suis demand&#233; ce qu'il dirait aujourd'hui. Entre la fin des ann&#233;es 1990 et aujourd'hui, l'intensification des m&#233;canismes qu'il a d&#233;crits est flagrante, notamment cette pratique homog&#233;n&#233;isante des dispositifs m&#233;diatiques. Un exemple : sur le plateau de &#171; C ce soir &#187;, en d&#233;but d'&#233;mission, Karim Rissouli dit &#224; &#201;ric Fottorino : &#171; &lt;i&gt;La&#239;cit&#233;, c'est quoi le probl&#232;me ? On a repris le titre de votre journal hebdo,&lt;/i&gt; Le 1&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187; C'est assez dr&#244;le. C'est une mani&#232;re tout &#224; fait concr&#232;te de voir comment dans le champ journalistique, ce que disait tr&#232;s bien Bourdieu, on se copie les uns les autres. Au bout du compte, c'est ce qui cr&#233;e du consensus : une culture commune, une mani&#232;re identique de poser les questions, etc. Ensuite, je l'ai bien vu : faire des &#233;quivalences de discours entre des registres totalement diff&#233;rents, entre un discours &#233;motionnel et un discours argument&#233;, scientifique, objectif ou &#224; tendance objectivante, c'est le pi&#232;ge absolu ! Et c'est exactement ce qui s'est pass&#233; sur le plateau de &#171; C ce soir &#187;. En face de moi, &#201;milie Fr&#232;che a &#233;crit un livre adapt&#233; en pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre sur l'assassinat de Samuel Paty. Inutile de repr&#233;ciser &#224; quel point cet &#233;v&#233;nement est une trag&#233;die. Mais vous voyez bien que si on entre sur le terrain de la la&#239;cit&#233; par le prisme &#233;motionnel, c'est fini, on ne peut plus en sortir. Et c'est tr&#232;s difficile de faire face. D'ailleurs, dans l'&#233;mission, &#231;a se finit par cette dame qui dit &#224; Alain Policar, un sociologue, que son discours aurait pu &#234;tre tenu par celui qui a appel&#233; au djihad, en gros, &#224; tuer Samuel Paty.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Elle lui dit &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=cFsCBLjI2Jw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pr&#233;cis&#233;ment&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;Je vais vous faire hurler, mais quand je vous entends, bah j'entends Abdelhakim Sefrioui dans la vid&#233;o qu'il a faite contre Samuel Paty.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple &#171; Assassinat de Samuel Paty : comment les juges ont motiv&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ceci alors qu'Alain Policar critiquait simplement la loi dite &#171; contre le s&#233;paratisme &#187; &#8211; &#171; &lt;i&gt;Qui est s&#233;paratiste ? A priori, ce sont les musulmans. C'est-&#224;-dire qu'il y a un soup&#231;on constant sur une partie de la population.&lt;/i&gt; &#187; &#8211; et citait un r&#233;cent ouvrage co-&#233;crit par les chercheurs Olivier Esteves, Alice Picard et Julien Talpin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La France, tu l'aimes mais tu la quittes. Enqu&#234;te sur la diaspora fran&#231;aise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour dire qu'il aimerait que la France &#171; &lt;i&gt;soit un peu plus accueillante&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;qu'elle ait moins de difficult&#233; par rapport &#224; l'alt&#233;rit&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham Benaissa :&lt;/strong&gt; Voil&#224;. Qu'est-ce que vous voulez faire quand on est face &#224; cela ? Honn&#234;tement, c'est tr&#232;s difficile de se confronter &#224; ce type de r&#233;action &#224; chaud sur un plateau. Je voulais ajouter aussi, parce qu'on ne se le repr&#233;sente jamais suffisamment bien, ce que &#231;a veut dire d'&#234;tre sur un plateau t&#233;l&#233;. Quand on parle de la force du consensus, il faudrait en parler quasiment au sens physique du terme. La force du consensus, on la sent dans le corps. Quand on s'assoit sur un plateau t&#233;l&#233;, le protocole cr&#233;e une ambiance qui n'a rien de naturel et dont on ressent les effets physiquement. Et quand en plus de cela, un rapport de forces s'installe tr&#232;s vite en votre d&#233;faveur, qu'une forme de complicit&#233; se cr&#233;e sur le plateau entre les uns et les autres, qui se connaissent plus ou moins, et qui se parlent dans une esp&#232;ce de langage commun, on voit tr&#232;s bien s'exercer sur nous une force physique. C'est aussi ce qui peut cr&#233;er l'autocensure. L'autocensure, on la sent d'abord dans et par le corps. Je ne sais pas quelle est l'exp&#233;rience de Nicolas Cad&#232;ne &#224; ce niveau-l&#224;, mais en tout cas, moi, je le ressens comme &#231;a. Quand on parle de la &#171; force du consensus &#187;, &#231;a n'a rien d'abstrait, c'est tr&#232;s concret et &#231;a passe d'abord par le corps. C'est donc une &#233;nergie incroyable qu'il nous faut d&#233;velopper non pas uniquement contre nos interlocuteurs, mais contre cette force qu'on int&#233;riorise dans le cours de la discussion m&#234;me. Il y a quelque chose qui se passe dans le cadre du d&#233;bat : peu &#224; peu, on se voit absorber par la force du consensus. Et il faut &#234;tre tr&#232;s fort pour r&#233;sister &#224; cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par d&#233;finition, le cadrage cadre la pens&#233;e. Et je pense que les dispositifs m&#233;diatiques, en l'&#233;tat actuel, rendent impossible la pens&#233;e. En r&#233;alit&#233;, dans un dispositif comme celui auquel j'ai particip&#233; moi-m&#234;me, on ne pense pas. Je vois bien qu'il faut r&#233;pondre par formules rapides. Le sujet de la la&#239;cit&#233; s'y pr&#234;te parfaitement : vous dites &#171; la&#239;cit&#233; &#187;, il y a quelque chose qui s'enclenche tr&#232;s vite dans les t&#234;tes. Il y a tellement de pr&#233;suppos&#233;s, de &#171; d&#233;j&#224; entendu &#187; entre les &#233;metteurs et le r&#233;cepteur, que tout le monde a compris avant m&#234;me que quelque chose d'int&#233;ressant ne soit dit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Cad&#232;ne :&lt;/strong&gt; C'est tr&#232;s vrai, je souscris &#224; tout ce qui vient d'&#234;tre dit. Il y a des plateaux sur lesquels vous n'&#234;tes que la caution et o&#249; vous ne pouvez m&#234;me pas d&#233;velopper des arguments. Dans ce cas de figure, si votre voix mod&#233;r&#233;e ne peut m&#234;me pas &#234;tre entendue, &#231;a ne sert &#224; rien. Mais si elle peut l'&#234;tre &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt;, je pense qu'il faut quand m&#234;me y aller pour ne pas laisser l'espace aux faussaires. Le probl&#232;me, c'est que c'est dur. Psychologiquement et physiquement, comme le disait Hicham. Il faut tenir et je comprends que beaucoup n'aient pas &#8211; ou plus &#8211; envie de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour en revenir &#224; la question du nivellement, c'est ce qui nous paraissait ahurissant &#224; Jean-Louis Bianco ou &#224; moi-m&#234;me il y a dix ans d&#233;j&#224; : le fait que les m&#233;dias mettent un signe d'&#233;galit&#233; entre la parole institutionnelle de l'Observatoire de la la&#239;cit&#233;, qui n'a jamais &#233;t&#233; mise en d&#233;faut en droit, et la parole d'un pol&#233;miste du Printemps r&#233;publicain, par exemple. Or, il n'y a pas d'&#233;quivalence entre le rappel du droit en vigueur et l'affirmation de contre-v&#233;rit&#233;s. Pour les m&#233;dias qui nous invitaient en revanche, il apparaissait normal, &#233;vident m&#234;me, d'avoir en face une personne du Printemps r&#233;publicain ou de tout mouvement oppos&#233; &#224; l'Observatoire, m&#234;me si son propos &#233;tait ouvertement contraire au droit ou s'il consistait &#224; r&#233;&#233;crire l'histoire de notre pays. Comme s'il &#233;tait toujours n&#233;cessaire de mettre un contre-argumentaire en face de la la&#239;cit&#233; telle que reprise par notre Constitution. Eh bien non : on n'est pas oblig&#233; d'avoir quelqu'un qui raconte n'importe quoi. Mais on a d&#233;sormais l'affirmation que &#171; tout se vaut &#187;, que toutes les paroles se valent. Si on veut c&#233;l&#233;brer les 120 ans de la loi de 1905 et expliquer au grand public ce que dit la loi de 1905, il n'y a aucune utilit&#233;, et m&#234;me aucune pertinence &#224; inviter un pol&#233;miste qui raconte n'importe quoi tant sur le droit que sur l'histoire de la la&#239;cit&#233;. C'est pourtant devenu la norme, puisque d&#233;sormais, on a des plateaux o&#249; ne sont invit&#233;s que des pol&#233;mistes ou des &#171; intellectuels &#187; qui, s'ils ont le droit d'avoir leur id&#233;e sur le sujet, n'ont pas &#224; affirmer, sur le service public, de mani&#232;re tr&#232;s p&#233;remptoire des id&#233;es totalement erron&#233;es, sans m&#234;me &#234;tre contredit par l'animateur du d&#233;bat, et donc sans que l'auditeur ne sache que c'est faux. On laisse dire. On laisse d&#233;velopper des absurdit&#233;s, on laisse diffuser l'id&#233;e que la la&#239;cit&#233; serait un outil de contr&#244;le social, un outil d'exclusion. On ne peut ensuite s'&#233;tonner de son rejet par certains : ce n'est pas la la&#239;cit&#233; qui est rejet&#233;e, c'est celle falsifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;On peut peut-&#234;tre s'arr&#234;ter sur ce point : la profusion d'erreurs, d'approximations et de mensonges qui circulent dans le d&#233;bat public. Un ph&#233;nom&#232;ne que favorisent les dispositifs dont nous parlons depuis le d&#233;but. &#192; vos yeux Nicolas Cad&#232;ne, quelles sont les principales fausset&#233;s qui, de mani&#232;re r&#233;currente, polluent le d&#233;bat public sur le sujet de la la&#239;cit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Cad&#232;ne :&lt;/strong&gt; Il y en a tellement&#8230; Ce qui est ahurissant, c'est que dans l'&#233;mission de France 2, m&#234;me le titre est faux. Il faut le faire quand m&#234;me ! &#171; La&#239;cit&#233;, l'exception fran&#231;aise &#187;. Non, la la&#239;cit&#233; n'est pas une exception fran&#231;aise. Il y a m&#234;me eu des &#201;tats qui ont adopt&#233; d&#233;finitivement la la&#239;cit&#233; avant la France. Donc on commence d&#233;j&#224; par un titre compl&#232;tement erron&#233;, qui alimente cette id&#233;e selon laquelle nous serions vraiment exceptionnels, nous, Fran&#231;ais, les seuls &#224; avoir invent&#233; cette chose g&#233;niale. Ce n'est pas vrai, mais vous voyez d&#233;j&#224; comment se cr&#233;e un sous-entendu : &#171; les autres ne peuvent pas parler de la&#239;cit&#233; &#187; ; &#171; si on ne nous comprend pas, c'est normal, on est les seuls &#224; l'avoir invent&#233;e &#187;. Une autre id&#233;e fausse, la plus courante, et qui &#233;tait d'ailleurs centrale dans l'&#233;mission de France 2, c'est la r&#233;duction du d&#233;bat de la &lt;i&gt;la&#239;cit&#233;&lt;/i&gt; &#224; la question de la &lt;i&gt;neutralit&#233;&lt;/i&gt;. On parle sans cesse de neutralit&#233; pour parler de la&#239;cit&#233;, et d'une neutralit&#233; qui exc&#232;de largement le service public. Or, la la&#239;cit&#233; ne pr&#233;voit la neutralit&#233; que pour ceux qui exercent une mission de service public. En aucune mani&#232;re celle des individus n'est en question : d&#232;s lors qu'il n'y a pas de trouble &#224; l'ordre public, d&#232;s lors qu'on n'impose pas sa conviction &#224; autrui, &#231;a n'a aucun sens de &#171; neutraliser &#187; les individus puisque la la&#239;cit&#233; garantit les libert&#233;s individuelles. C'est m&#234;me totalement contraire &#224; la la&#239;cit&#233;. Pourtant, dans ces &#233;missions, on n'a de cesse de parler de neutralisation des individus. Comme si c'&#233;tait une &#233;vidence, comme si cela relevait de la la&#239;cit&#233;. Non, &#231;a ne rel&#232;ve pas de la la&#239;cit&#233;. Je le r&#233;p&#232;te, la la&#239;cit&#233; n'est pas un outil d'ordre moral ou de contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc des confusions basiques de cet ordre-l&#224; qui ne sont jamais contest&#233;es. Et parce qu'elles sont dor&#233;navant monnaie courante, elles alimentent parfois, en particulier parmi les jeunes, une mauvaise compr&#233;hension de la la&#239;cit&#233;, en tout cas un rejet de cette la&#239;cit&#233; qui n'est pas la vraie la&#239;cit&#233;. Les commentateurs qui op&#232;rent ces confusions sont ceux-l&#224; m&#234;mes qui s'offusquent, sans contradiction, du fait que &#171; &lt;i&gt;les jeunes n'aiment pas la la&#239;cit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Mais l&#224; encore, c'est faux : quand on regarde les enqu&#234;tes de terrain sociologiques, comme celles qu'ont r&#233;alis&#233;es Philippe Portier et Charles Mercier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charles Mercier, Philippe Portier, Les jeunes et leur la&#239;cit&#233;, Presses de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui font partie de la Vigie de la La&#239;cit&#233;, ce n'est pas ce qu'on voit. Ce qu'on voit, c'est simplement qu'en r&#233;alit&#233;, les jeunes sont dans une acception lib&#233;rale de la la&#239;cit&#233;&#8230; comme l'&#233;tait Aristide Briand. Et qu'ils ne comprennent pas une la&#239;cit&#233; qui serait une simple multiplicit&#233; d'interdits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Justement, il y a un &#233;l&#233;phant dans la pi&#232;ce depuis le d&#233;but de la discussion : tr&#232;s souvent, les &#233;missions, interviews et articles sur la la&#239;cit&#233; portent en r&#233;alit&#233; &#8230; sur l'islam et les musulmans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; titre d'exemple, nous avons r&#233;alis&#233; un d&#233;compte des termes &#171; islam &#187;, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Depuis quand ce cadrage domine-t-il la question de la la&#239;cit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham Benaissa :&lt;/strong&gt; G&#233;n&#233;ralement en effet, quand on parle d'&#171; un probl&#232;me avec la la&#239;cit&#233; &#187;, en sous-texte, on dit qu'il y a une pr&#233;sence religieuse, &#171; visible &#187;, &#171; nouvelle &#187;, qui est celle de l'islam, et qui poserait des &#171; probl&#232;mes nouveaux &#187; &#224; la la&#239;cit&#233;. C'est &#231;a, l'implicite des questions. Parfois m&#234;me explicite. Tout cela remonte au rapport Baroin de 2003. On est au lendemain du 21 avril 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen acc&#232;de au second tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. Suite &#224; cela, la droite se r&#233;unit et se pose la question de comment r&#233;cup&#233;rer l'&#233;lectorat de l'extr&#234;me droite. Un an apr&#232;s ces &#233;lections, le rapport Baroin est publi&#233;. Et quelques mois apr&#232;s, c'est la loi sur le voile de 2004. Que dit le rapport Baroin ? Il faut le lire : c'est d&#233;j&#224; tr&#232;s clair, &#231;a s'appelle &#171; la nouvelle la&#239;cit&#233; &#187;. En gros, il est dit que la la&#239;cit&#233; est une valeur traditionnellement de gauche, devenue aujourd'hui consensuelle, et qu'il faut que la droite l'accapare pour en faire un outil id&#233;ologique nouveau, tourn&#233; contre une nouvelle visibilit&#233; qui serait la visibilit&#233; religieuse musulmane. Ou comment faire de la la&#239;cit&#233; une valeur conservatrice : c'est &#231;a qui s'est pass&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 2000. Et je pense que nous sommes encore dans cette dynamique. Nous subissons encore les effets de ce tournant id&#233;ologique de la droite conservatrice, commenc&#233; au lendemain de l'arriv&#233;e de l'extr&#234;me droite au second tour, qui a donc fait bouger l'&#233;chiquier politique vers des th&#233;matiques d'extr&#234;me droite. Et la la&#239;cit&#233; en a fait partie. C'est aujourd'hui devenu une th&#233;matique globalement investie par la droite et l'extr&#234;me droite, une esp&#232;ce de refuge de l'identit&#233; nationale contre la visibilit&#233; religieuse pos&#233;e comme un probl&#232;me. On ne comprend pas les d&#233;bats sur la la&#239;cit&#233; si on ne voit pas l'usage politique et id&#233;ologique qui a &#233;t&#233; fait de cette question au tournant des ann&#233;es 2000, impuls&#233; par la droite conservatrice, et qui impr&#232;gne aujourd'hui le cadrage m&#233;diatique dominant. Je parlais de la force du consensus tout &#224; l'heure et il faut imm&#233;diatement ajouter qu'un consensus se cr&#233;e toujours par de la sociologie pratique. La production de rapports officiels, la r&#233;p&#233;tition r&#233;guli&#232;re de certaines id&#233;es dans les m&#233;dias, la mobilisation active d'entrepreneurs de morale&#8230; : tout ce travail concret fait qu'on se r&#233;veille un matin et puis, en effet, on a int&#233;rioris&#233; l'id&#233;e qu'il y a un &#171; probl&#232;me &#187; avec la la&#239;cit&#233;. Il faut bien se rendre compte que les &#171; id&#233;es &#187; ne tombent jamais du ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;D'ailleurs, au cours de l'&#233;mission &#171; C ce soir &#187;, la journaliste H&#233;lo&#239;se de Neuville (&lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt;) &#171; &lt;i&gt;vend la m&#232;che&lt;/i&gt; &#187; comme vous le relevez en direct : elle admet, au d&#233;tour d'une r&#233;ponse, que le d&#233;bat ne porte pas tellement sur la &#171; la&#239;cit&#233; &#187; mais bien plut&#244;t sur &#171; &lt;i&gt;l'ins&#233;curit&#233; culturelle&lt;/i&gt; &#187;. Donc sous le titre &#171; La&#239;cit&#233;, c'est quoi le probl&#232;me ? &#187;, il faut en r&#233;alit&#233; entendre que le &#171; probl&#232;me &#187;, c'est la visibilit&#233; musulmane.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham Benaissa :&lt;/strong&gt; Oui, elle a vendu la m&#232;che parce que comme l'a dit tout &#224; l'heure Nicolas, en r&#233;alit&#233;, il n'y a pas de probl&#232;me juridique pos&#233; par la visibilit&#233; religieuse musulmane en tant que telle. La la&#239;cit&#233;, dans ses principes juridiques, admet tout &#224; fait la pr&#233;sence visible de signes, d'expressions, de pratiques religieuses. Elle les r&#233;gule, elle fait cohabiter, coexister des croyants et des non-croyants. C'est &#231;a l'ambition politique de la la&#239;cit&#233;. Ambition toujours mise &#224; l'&#233;preuve, je ne le conteste pas. Mais c'est un mode d'organisation politique, ce n'est pas du tout un principe de jugement normatif. Or, c'est pourtant ce qu'elle est devenue, c'est-&#224;-dire une valeur en soi, qui juge, qui juge les pratiques et les croyances. Mais ce qu'on est en train de dire l&#224; est inaudible. Inaudible dans l'espace des d&#233;bats public et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons qu'aujourd'hui construite comme un &#171; probl&#232;me &#187;, cette visibilit&#233; religieuse n'est pourtant pas nouvelle. Sans remonter jusqu'&#224; l'empire colonial, on peut rappeler qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les travailleurs immigr&#233;s maghr&#233;bins arrivent en France et se retrouvent tr&#232;s nombreux dans les usines, &#224; Renault, Bouygues, etc. &#192; l'&#233;poque, c'est &#224; dire dans les ann&#233;es 1960-70, ces grandes entreprises cr&#233;ent des salles de culte pour leurs salari&#233;s musulmans. Ce que je veux dire par l&#224;, c'est que l'&#233;vidence selon laquelle la visibilit&#233; de la pratique religieuse musulmane est nouvelle, c'est un pr&#233;jug&#233;. C'est un pr&#233;jug&#233;, et il est faux historiquement. La vraie question, selon moi, ce n'est donc pas de se demander &#171; pourquoi l'islam est devenu visible ? &#187;, mais pourquoi cette visibilit&#233; est devenue un probl&#232;me ; et dans quel cadre socio-politique elle est interpr&#233;t&#233;e comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Les gr&#232;ves ouvri&#232;res de l'automobile, &#224; la fin des ann&#233;es 1970 et au d&#233;but des ann&#233;es 1980, ont d'ailleurs sign&#233; l'&#233;mergence d'un &#171; probl&#232;me musulman &#187; dans le d&#233;bat public : Thomas Deltombe retrace cela dans &lt;a href=&#034;https://www.editionsladecouverte.fr/l_islam_imaginaire-9782707153319&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;L'islam imaginaire&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (2007), les sociologues Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed &lt;a href=&#034;https://www.editionsladecouverte.fr/islamophobie-9782707189462&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'ont analys&#233; &#233;galement (2016)&lt;/a&gt;, de m&#234;me que &lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pul/34712&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vincent Gay (2021)&lt;/a&gt;. Tout r&#233;cemment encore, &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Le-Repli-une-critique-de-la-normalisation&#034;&gt;le film &#171; Le Repli &#187; de Joseph Paris (2024)&lt;/a&gt; donnait &#224; voir des archives d'Antenne 2 ou de TF1 particuli&#232;rement &#233;difiantes pour qui s'interroge sur la normalisation des discours racistes par les &#233;lites politiques et m&#233;diatiques. Mais il semble qu'&#224; l'&#233;poque, dans le traitement m&#233;diatique, le prisme de la &#171; la&#239;cit&#233; &#187; n'&#233;tait pas pr&#233;sent : elle n'&#233;tait pas (encore) mobilis&#233;e, ni reli&#233;e comme aujourd'hui au &#171; probl&#232;me musulman &#187;, qui, lui, &#233;tait pos&#233; comme tel par les chefferies journalistiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham Benaissa :&lt;/strong&gt; On pourrait aussi parler de 1989, avec l'&#171; affaire du voile de Creil &#187;, qui fait &#233;merger tr&#232;s fortement la question du voile dans l'espace public. Il y a eu un papier &#224; l'&#233;poque, de Finkielkraut, Badinter et compagnie, qui parlaient d'un &#171; Munich de l'&#233;ducation nationale &#187; dans &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; &#8211; un papier qui avait fait scandale, &#233;videmment. C'est l&#224; o&#249; il faudrait que je revienne rapidement sur ce que j'ai appel&#233; tout &#224; l'heure des &#171; entrepreneurs de morale &#187;. C'est un concept qui nous vient de la sociologie interactionniste de l'&#233;cole de Chicago. Un entrepreneur de morale, c'est une personne (ou un groupe de personnes) qui intervient dans les d&#233;bats publics en faisant exister un &#171; probl&#232;me &#187;, en le nommant, en l'exag&#233;rant, en imposant des fronti&#232;res entre le normal et l'anormal, la norme et la d&#233;viance, puis en r&#233;clamant des r&#233;ponses politiques ad&#233;quates (lois, sanctions, d&#233;bats, etc.). Ce n'est donc pas seulement un moraliste, c'est surtout un producteur de cat&#233;gories, quelqu'un qui met en r&#233;cit le r&#233;el, organise notre mani&#232;re collective de le percevoir, et donc de le d&#233;finir. Tout cela me permet seulement de bien faire comprendre que le th&#232;me de la la&#239;cit&#233; ne se serait jamais impos&#233; de lui-m&#234;me, en quelque sorte, s'il n'y avait pas eu tout ce travail social de cat&#233;gorisation du r&#233;el. Il y a d&#233;j&#224; dans ce papier de 1989 une bonne partie de ce qu'on retrouvera dans le rapport Baroin en 2003 dont j'ai d&#233;j&#224; parl&#233;. La dramatisation par le petit &#233;cran de l'affaire de trois jeunes filles qui portaient le foulard dans un coll&#232;ge &#224; Creil, suivie de tous ces entrepreneurs de morale tenant &#224; s'en offusquer publiquement et path&#233;tiquement, a pos&#233; les jalons de la mani&#232;re dont la la&#239;cit&#233; sera mise en r&#233;cit. C'est-&#224;-dire sous la forme d'un combat, d'un conflit de valeurs presque civilisationnelles : d'un c&#244;t&#233;, la la&#239;cit&#233;, la France, ses valeurs, son identit&#233; profonde, et &#224; la fin des fins, l'Occident ; et de l'autre, la pr&#233;sence musulmane en France, avec ses coutumes et ses principes &#171; idiosyncrasiques &#187;, c'est-&#224;-dire ce que certains ont construit comme l'Orient, ou l'Islam avec un grand &#171; i &#187;. Bourdieu explique dans un texte lumineux, &#171; Le Nord et le Midi &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le Nord et le Midi : Contribution &#224; une analyse de l'effet Montesquieu &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qu'on peut tout &#224; fait user et abuser de toute une rh&#233;torique rationaliste et pseudo-scientifique tout en fondant les postulats premiers de son argumentation sur des syst&#232;mes d'oppositions binaires et mythiques (Nord/Sud, Chaud/Froid, et ici en l'occurrence Islam/Occident). Le probl&#232;me, c'est que &#231;a cr&#233;e des effets de v&#233;rit&#233; tr&#232;s puissants parce que &#231;a reprend sous des aspects apparemment nouveaux et indiscutables des pr&#233;jug&#233;s orientalistes install&#233;s depuis des si&#232;cles dans les structures de nos repr&#233;sentations collectives. Par cons&#233;quent, il faut voir la probl&#233;matisation de la la&#239;cit&#233; comme un processus d&#233;marr&#233; au tournant des ann&#233;es 1990 et parachev&#233;, selon moi, au d&#233;but des ann&#233;es 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Cad&#232;ne :&lt;/strong&gt; Le glissement d'un pr&#233;tendu &#171; probl&#232;me musulman &#187; vers un suppos&#233; &#171; probl&#232;me de la&#239;cit&#233; &#187; est l'un des malentendus les plus lourds de cons&#233;quences dans le d&#233;bat public fran&#231;ais contemporain. Depuis la fin des ann&#233;es 1980, les marqueurs m&#233;diatiques et politiques de la la&#239;cit&#233; se sont progressivement confondus avec des d&#233;bats identitaires, s&#233;curitaires et migratoires. On a peu &#224; peu fait de l'islam, ou plus exactement des Fran&#231;ais de confession musulmane, un objet central du d&#233;bat la&#239;que, comme si la la&#239;cit&#233; avait &#233;t&#233; con&#231;ue pour &#171; g&#233;rer &#187; une religion en particulier. C'est historiquement, juridiquement et politiquement faux. Une confusion grave et dangereuse s'est install&#233;e, entre la pratique ordinaire de l'islam et l'id&#233;ologie islamiste radicale, pourtant (heureusement) tr&#232;s minoritaire. Cette confusion est aliment&#233;e par un traitement m&#233;diatique anxiog&#232;ne, qui entretient l'id&#233;e d'un &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; imaginaire entre pratique religieuse visible et radicalisation violente. On peut citer ici un rapport s&#233;natorial ahurissant, qui a m&#234;me pr&#233;tendu dessiner un &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; entre voile et terrorisme. Comme si l'on pouvait, sans honte, placer Malala, Amina J. Mohammed ou Latifa Ibn Ziaten &#8211; figures de courage &#8211;, dans la m&#234;me ombre que des assassins. Une m&#232;re endeuill&#233;e, engag&#233;e contre le sectarisme et l'extr&#233;misme dans les &#233;coles, a ainsi &#233;t&#233; insult&#233;e au sein de l'Assembl&#233;e nationale parce qu'elle portait un foulard&#8230; La la&#239;cit&#233; est donc de plus en plus pr&#233;sent&#233;e comme une arme de d&#233;fense d'une identit&#233; culturelle fran&#231;aise imaginaire qu'il faudrait &#171; d&#233;fendre &#187; face &#224; des populations per&#231;ues comme ext&#233;rieures ou mena&#231;antes. C'est une inversion compl&#232;te de son sens. Historiquement, la la&#239;cit&#233; a &#233;t&#233; pens&#233;e pour mettre fin aux discriminations entre majorit&#233; et minorit&#233;s, pour organiser une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l'&#233;galit&#233; des droits et la libert&#233; de conscience, et pour assurer la paix civile dans une soci&#233;t&#233;, de fait, plurielle. Elle n'a jamais &#233;t&#233; con&#231;ue pour prot&#233;ger une suppos&#233;e culture dominante contre des minorit&#233;s, mais pour permettre &#224; chacun de participer &#224; la construction du commun sans nier son appartenance propre. On pourrait aussi parler de lois s&#233;curitaires ou antiterroristes qui ont parfois &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;es &#224; tort comme des lois &#171; sur la la&#239;cit&#233; &#187;, contribuant &#224; assimiler ce principe &#224; un outil de contr&#244;le ciblant prioritairement les musulmans. Cette confusion nourrit une m&#233;fiance, voire une d&#233;fiance &#224; l'&#233;gard de la R&#233;publique elle-m&#234;me. Si au d&#233;part, c'&#233;tait l'extr&#234;me droite qui instrumentalisait la la&#239;cit&#233; pour justifier l'injustifiable vis-&#224;-vis de populations qu'elle rejetait du fait de son racisme, cette instrumentalisation s'est malheureusement peu &#224; peu r&#233;pandue bien au-del&#224; sur le spectre politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Les dynamiques historiques que vous d&#233;crivez font &#233;cho &#224; un texte pr&#233;curseur que signait Pierre Tevanian en 2004, c'est-&#224;-dire il y a plus de vingt ans, republi&#233; le 9 d&#233;cembre 2025 par Les mots sont importants : intitul&#233; &lt;a href=&#034;https://lmsi.net/Une-revolution-conservatrice-dans-la-laicite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Une r&#233;volution conservatrice dans la la&#239;cit&#233; &#187;&lt;/a&gt;, ce texte revenait sur la loi anti-foulard du 15 mars 2004 en tant que &#171; &lt;i&gt;moment cl&#233; [des] invraisemblables inversions et subversions du principe de la&#239;cit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Les tournants du cadrage d&#233;crit par Pierre Tevanian &#224; l'&#233;poque se sont confirm&#233;s et m&#234;me fossilis&#233;s, pourrait-on dire, dans le discours m&#233;diatico-politique dominant. Que dire des &#233;volutions du traitement m&#233;diatique de cette question au cours des 25 derni&#232;res ann&#233;es ? Et comment expliquez-vous que cette &#171; la&#239;cit&#233; falsifi&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Baub&#233;rot, La la&#239;cit&#233; falsifi&#233;e, La D&#233;couverte, 2014.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; se soit impos&#233;e si largement, au point que l'&#233;mission sp&#233;ciale de France 2 soit presque enti&#232;rement accapar&#233;e par ses promoteurs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Cad&#232;ne :&lt;/strong&gt; Je dirais que cette d&#233;rive et cette focale sur l'islam s'est accentu&#233;e apr&#232;s les attentats de 2015. L'Observatoire a &#233;t&#233; instaur&#233; en 2013 et j'ai pu le constater : il y a eu &#224; ce moment-l&#224; un d&#233;rapage de plus en plus assum&#233;, des confusions et un glissement s&#233;mantique progressif entre &#171; djihadisme &#187;, &#171; islamisme radical &#187;, &#171; islamisme &#187; et &#171; islam &#187;, normalis&#233; par de nombreux m&#233;dias. C'est une confusion insupportable, qui ne conna&#238;t pas beaucoup de d&#233;nonciations au sein du monde politique et m&#233;diatique et qui est aujourd'hui tout &#224; fait &#171; accept&#233;e &#187; dans le d&#233;bat &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;. Je l'ai encore constat&#233; il y a peu sur Franceinfo. Sans contradiction, une responsable LR a parl&#233; d'&#171; &lt;i&gt;un probl&#232;me avec l'islam&lt;/i&gt; &#187; &#8212; non avec &#171; l'islamisme&#034; mais avec &#171; l'islam &#187; tout court &#8212; sans que le journaliste ne soit aucunement choqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham Benaissa :&lt;/strong&gt; Je rejoins Nicolas sur l'intensification de cette &#233;volution, &#224; une &#233;chelle de masse, au lendemain des attentats de 2015. Et pour en revenir au tournant des ann&#233;es 2000, il faudrait aussi connecter les enjeux nationaux aux enjeux internationaux. On est au lendemain des attentats de 2001, lorsque s'impose &#224; l'&#233;chelle nationale une vision n&#233;oconservatrice du monde de type &#171; Huntington &#187; : &#171; Occident &#187; contre &#171; Islam &#187; dont j'ai parl&#233; &#224; l'instant, le communisme est fini, le capitalisme a gagn&#233;, les nouvelles batailles vont se jouer sur le champ culturel. Cette th&#232;se a beaucoup infus&#233; au sein de la droite conservatrice fran&#231;aise. Si on refait le fil, il y a donc 2002 avec Le Pen au second tour, mais il y a aussi la s&#233;quence sarkozyste. On a presque oubli&#233; mais il faut se remettre dans l'ambiance de son arriv&#233;e &#224; la pr&#233;sidence et des th&#233;matiques qu'il a impos&#233;es : minist&#232;re de l'Immigration, d&#233;bat sur la question de l'islam, &#171; &lt;i&gt;islam compatible ou pas avec la R&#233;publique ?&lt;/i&gt; &#187;, etc. C'est sous l'&#232;re Sarkozy que ces cadrages s'imposent en France de mani&#232;re tout &#224; fait explicite et qui, par effets cumulatifs, ont gagn&#233; le champ politique jusqu'au PS. Il ne faut quand m&#234;me pas oublier que c'est sous les gouvernements Valls qu'ont ressurgi toute une s&#233;rie de &#171; pol&#233;miques &#187; autour des questions de la&#239;cit&#233;. Notamment lorsqu'en tant que Premier ministre, Manuel Valls a contest&#233; un arr&#234;t de la Cour de cassation sur &#171; l'affaire Baby-Loup &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un rappel de cette affaire, voir &#171; L'affaire Baby Loup en quatre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en disant que les juges avaient mal jug&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'intervention de Manuel Valls &#224; l'Assembl&#233;e nationale le 19 mars 2013 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Chaque rebondissement judiciaire de cette affaire a donn&#233; lieu &#224; une importante couverture m&#233;diatique. Tout cela a infus&#233; progressivement. Et cela infuse aussi sur le terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Alors justement, vous avez le point commun de dispenser tous les deux des formations sur la la&#239;cit&#233; &#224; travers la France au sein d'entreprises, de syndicats, de collectivit&#233;s ou autres. Si la question des &#171; effets &#187; des m&#233;dias est toujours d&#233;licate, avez-vous des retours, des constats &#224; souligner quant aux cons&#233;quences du d&#233;bat m&#233;diatique (et de sa teneur) sur le terrain ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham Benaissa :&lt;/strong&gt; On ne mesure jamais vraiment les effets massifs que produit la t&#233;l&#233; sur les gens. C'est difficilement objectivable, mais sur ce sujet pr&#233;cis de la la&#239;cit&#233;, je le mesure de mani&#232;re qualitative. Je m'int&#233;resse &#224; ces questions depuis 2009 et j'interviens sur ce sujet dans les entreprises, aupr&#232;s des agents publics sur le terrain, dans des associations, etc. D'une part, la place que la la&#239;cit&#233; occupe dans le d&#233;bat public est &#233;videmment disproportionn&#233;e par rapport aux probl&#232;mes rencontr&#233;s sur le terrain et &#224; la mani&#232;re dont ils se r&#232;glent. D'autre part, je mesure les effets d&#233;l&#233;t&#232;res des d&#233;bats m&#233;diatiques et des fausses &#233;vidences qu'a rappel&#233;es Nicolas. Combien de fois m'a-t-on dit : &#171; Ce que vous nous dites-l&#224; n'a rien &#224; voir avec ce qu'on entend &#224; la t&#233;l&#233; &#187; ? Combien de personnes rencontr&#233;es au cours des formations pensaient que &#171; la&#239;cit&#233; = neutralit&#233; &#187; ? Tout ce qui est dit sur les ondes, tous les jours, a des r&#233;percussions concr&#232;tes et catastrophiques sur le terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Cad&#232;ne :&lt;/strong&gt; Cela fait tr&#232;s longtemps que la la&#239;cit&#233; est maltrait&#233;e dans les m&#233;dias. Mais quand il existait, l'Observatoire de la la&#239;cit&#233; en tant qu'institution pouvait rappeler le droit, y compris en amont d'un contentieux, et il &#233;tait d'ailleurs tr&#232;s souvent sollicit&#233;. Le climat s'est encore d&#233;t&#233;rior&#233; au moment o&#249; il a &#233;t&#233; supprim&#233;, en 2021 : il n'y avait plus d'instance officielle vers laquelle pouvaient se tourner les journalistes, mais aussi les acteurs de terrain. Et ce que dit Hicham est vrai. Il y a &#233;norm&#233;ment de situations de terrain tr&#232;s n&#233;gatives, o&#249; la la&#239;cit&#233; est mal appliqu&#233;e. Y compris, aujourd'hui, par des administrations, qui elles-m&#234;mes ne comprennent pas parfaitement la jurisprudence, ou qui vont &#234;tre orient&#233;es par des textes dont la r&#233;daction est assez id&#233;ologique, sans qu'ils soient pour autant non-conformes au droit. Le &#171; Vademecum La&#239;cit&#233; &#224; l'&#233;cole &#187; par exemple&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut le consulter ici.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, r&#233;alis&#233; par le &#171; Conseil des sages &#187; du minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lanc&#233; par Jean-Michel Blanquer en 2018, le Conseil des sages de la la&#239;cit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et qui est donc cens&#233; cadrer la question et apporter des &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse au corps enseignant et au personnel de l'&#201;ducation nationale sur des situations propres &#224; la la&#239;cit&#233;, en est une illustration. On peut y relever une surinterpr&#233;tation d'un arr&#234;t rendu par une Cour administrative d'appel de Lyon, en 2019, laissant penser que tout parent qui viendrait &#224; l'&#233;cole doit &#234;tre neutre et ne peut pas porter de signe religieux, en particulier le voile, ce qui peut conduire &#224; l'exclusion de parents qui viendraient apporter une aide ponctuelle, quand bien m&#234;me elle ne rel&#232;verait aucunement du service public. &#199;a, c'est un exemple concret : du fait de ce qui est entendu dans le d&#233;bat public, mais aussi du fait de la traduction de ce d&#233;bat public par des fonctionnaires et hauts-fonctionnaires, on a de mauvaises applications de la la&#239;cit&#233; sur le terrain, que ce soit dans le monde socio-&#233;ducatif, celui de la sant&#233;, de la p&#233;nitentiaire, etc. Typiquement, Latifa Ibn Ziaten peut, et heureusement, intervenir dans les coll&#232;ges avec son voile. Eh bien beaucoup voudraient l'interdire d&#233;sormais. Lorsque l'Observatoire existait, on pouvait &#233;viter ce type de surinterpr&#233;tations dans les documents officiels. Ainsi, j'avais corrig&#233;, pour l'administration centrale, les innombrables erreurs de droit que contenait le &#171; Vademecum La&#239;cit&#233; &#224; l'&#233;cole &#187; tel que r&#233;dig&#233; initialement par le &#171; Conseil des sages &#187;. Aujourd'hui que l'Observatoire est supprim&#233;, cela n'est plus possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham Benaissa :&lt;/strong&gt; On pourrait appeler &#231;a des &#171; effets de l'officialit&#233; &#187; : d&#232;s lors que c'est dit publiquement, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; par des autorit&#233;s minist&#233;rielles, administratives, etc., il n'y a plus lieu de contester. C'est la conception que beaucoup de gens se font de ces sujets. On se confronte &#224; cela r&#233;guli&#232;rement : &#171; J'ai entendu &#231;a &#224; la radio &#187;, &#171; j'ai entendu ceci du ministre &#187;. C'est comparable aux effets des dignitaires religieux dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelles, plus le dignitaire qui parle est haut dans la hi&#233;rarchie plus &#231;a cr&#233;e un effet d'autorit&#233; redoutable. Sauf que quand on passe derri&#232;re en essayant d'expliquer le droit, il y a tout un effort p&#233;dagogique &#224; faire pour d&#233;construire les fausses id&#233;es, largement r&#233;pandues. C'est tr&#232;s difficile, d'autant que tout cela peut &#234;tre d&#233;truit par&#8230; une &#233;mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Cad&#232;ne :&lt;/strong&gt; Et pire que tout : quand on le d&#233;nonce, on est attaqu&#233;. C'est ce qui s'est pass&#233; lorsque j'ai os&#233;, en 2016, sans m&#234;me la citer, critiquer une interview d'&#201;lisabeth Badinter sur France Inter car elle avait dit &#224; tort que la la&#239;cit&#233; conduisait &#224; la neutralit&#233; de tous dans l'espace public. J'avais &#233;crit sur mon compte personnel Twitter (&#224; l'&#233;poque bien peu suivi) : &#171; &lt;i&gt;Quand un travail de p&#233;dagogie de 3 ans sur la la&#239;cit&#233; est d&#233;truit par une interview &#224; France Inter d'une personne. &#192; quand un vrai d&#233;bat clair ?&lt;/i&gt; &#187; Cette simple r&#233;action m'a valu des attaques innombrables jusqu'&#224; des menaces de mort !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham Benaissa :&lt;/strong&gt; Tout peut &#234;tre d&#233;truit par une interview qui parle &#224; un million de personnes. Nos petits moyens de formation ne peuvent pas grand-chose face &#224; cela. Je vais dire les choses franchement : nous sommes dans un tel &#233;tat de sid&#233;ration par rapport au champ m&#233;diatique qu'on ne mesure pas encore suffisamment ce qui nous arrive. Nous sommes tellement domin&#233;s, par un discours qui est tellement puissant, qu'on n'a pas encore suffisamment de recul sur la situation actuelle, notamment s'agissant des m&#233;dias. Sur le sujet de la la&#239;cit&#233; en particulier, mais, en fait, sur tout un tas de sujets, qui ont &#233;t&#233; compl&#232;tement accapar&#233;s, d&#233;tourn&#233;s, manipul&#233;s, au point qu'aujourd'hui, beaucoup parlent m&#234;me du rapport au r&#233;el qui devient difficile. Quand on vous dit que la la&#239;cit&#233;, juridiquement, &#171; c'est &#231;a &#187;, et que vous entendez du matin au soir que &#171; c'est pas &#231;a &#187;, c'est votre rapport au r&#233;el qui est mis &#224; mal. Pour tout un tas de gens, les m&#233;dias mainstream sont les seuls moyens par lesquels ils acc&#232;dent &#224; l'information et au savoir. C'est un puissant moyen dont une soci&#233;t&#233; dispose pour se conna&#238;tre elle-m&#234;me. &#192; partir du moment o&#249; vous mettez la main sur cet incroyable instrument, sur ce temps rare disponible, et que vous en faites autre chose que de l'information, factuelle, &#231;a pose un probl&#232;me d&#233;mocratique fondamental. Le prisme des m&#233;dias, c'est un miroir grossissant de la mani&#232;re dont fonctionne notre d&#233;mocratie, qui est pour moi tr&#232;s inqui&#233;tante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;On a parl&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent du poids du cadrage dominant et de l'omnipr&#233;sence de l'association la&#239;cit&#233; / islam. Le pendant de ces questions qui se posent syst&#233;matiquement, ce sont celles qui ne se posent jamais. Quels sont, &#224; vos yeux, les principaux angles morts du traitement m&#233;diatique de la question de la la&#239;cit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Cad&#232;ne :&lt;/strong&gt; J'essaye de le dire les rares fois o&#249; je suis invit&#233; dans les m&#233;dias mainstream : l'angle mort syst&#233;matique, c'est la question sociale. Les commentateurs parlent de la la&#239;cit&#233; sans jamais la relier &#224; la question sociale, alors que les deux sont indissociables. Jaur&#232;s l'affirmait d&#233;j&#224; en 1904. C'est une &#233;vidence : la la&#239;cit&#233; est un outil formidable pour assurer la libert&#233; de chacun et garantir l'&#233;galit&#233; de traitement. Mais cette &#233;galit&#233;, il faut qu'elle soit r&#233;elle, et cette libert&#233;, il faut qu'elle soit effective. C'est en ce sens que la la&#239;cit&#233; rejoint la question sociale. Je vous donne un exemple. Il y a quelques semaines, j'&#233;tais sur Franceinfo et le plateau discutait d'interdire le voile pour les jeunes filles et d'interdire le ramadan pour les mineurs. Comment ? Je ne sais pas, &#231;a devient compl&#232;tement ridicule, mais les intervenants invoquaient pour cela la protection des enfants. Je leur ai rappel&#233; qu'on pouvait d&#233;j&#224; limiter l'autorit&#233; parentale : quand vous avez des parents qui usent de violences ou de contraintes contre leurs enfants pour une pratique cultuelle refus&#233;e par ces derniers, on peut intervenir et emp&#234;cher cette contrainte. Mais pour aller plus loin et illustrer l'angle mort autour de la question sociale, j'ai pos&#233; cette question : pour vraiment d&#233;fendre la protection de l'enfance, est-ce que vous donnez des moyens &#224; l'ASE ? Est-ce que vous renforcez les moyens &#224; ces services sociaux qui peuvent aller voir les parents et les sanctionner si n&#233;cessaire ? Il y a eu un grand blanc sur le plateau. Pourquoi ? Parce qu'en r&#233;alit&#233;, ils n'en ont rien &#224; faire. L'ASE est plus que jamais en souffrance. Les moyens allou&#233;s aux services sociaux sont catastrophiques. S'ils voulaient v&#233;ritablement prot&#233;ger les enfants, comme ils le disent, de contraintes fondamentalistes, le droit permet d&#233;j&#224; de le faire, des services sociaux sont l&#224; pour &#231;a. Encore faut-il qu'ils aient des moyens de contr&#244;le, des moyens financiers, des moyens humains. Mais quand on dit cela, il n'y a plus de son, plus d'image. Ces d&#233;veloppements, qui sont pourtant des &lt;i&gt;r&#233;ponses&lt;/i&gt; aux questions que se pose ce monde m&#233;diatique, ne sont jamais trait&#233;s. On ne parle que de l'interdit, de la n&#233;cessit&#233; de faire taire des minorit&#233;s et d'emp&#234;cher leur existence-m&#234;me. La question sociale est vraiment l'angle mort du traitement m&#233;diatique sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham Benaissa :&lt;/strong&gt; J'aimerais rebondir l&#224;-dessus car je souscris &#224; tout ce qui vient d'&#234;tre dit. En fait, quand on regarde la mani&#232;re dont les m&#233;dias posent la question de la la&#239;cit&#233;, on s'aper&#231;oit tr&#232;s vite qu'ils posent la question simplement, ce qui nous oblige &#224; y r&#233;pondre simplement, c'est-&#224;-dire de mani&#232;re tautologique : &#171; Quel est le probl&#232;me avec la la&#239;cit&#233; ? C'est qu'on n'applique plus le principe de la&#239;cit&#233; &#187;. Et c'est l&#224;, &#224; mon sens, le premier angle mort : tout ce qui fait contexte. La &#171; la&#239;cit&#233; &#224; l'&#233;cole &#187;, par exemple, est presque toujours trait&#233;e de mani&#232;re hors sol, &lt;i&gt;in abstracto&lt;/i&gt;, alors qu'elle se joue dans des &#233;tablissements tr&#232;s in&#233;gaux, pris dans des r&#233;alit&#233;s de s&#233;gr&#233;gation territoriale, de pr&#233;carit&#233;, de tensions scolaires, et de rapports ordinaires &#224; la discrimination. Deuxi&#232;me angle mort : la question de la l&#233;gitimit&#233;. On dit &#171; la&#239;cit&#233; &#187;, &#171; signes religieux &#187;, &#171; r&#232;gles juridiques &#187;, mais tr&#232;s souvent, la question sous-jacente, jamais formul&#233;e comme telle, c'est : jusqu'o&#249; la pr&#233;sence musulmane est-elle consid&#233;r&#233;e comme l&#233;gitime et ordinaire en France ? Autrement dit : &#224; partir de quel moment le simple fait d'&#234;tre visible (dans l'&#233;cole, au travail, dans la rue) est-il lu comme une provocation, un refus, une atteinte &#224; la la&#239;cit&#233; ? Et d&#232;s qu'on essaie de r&#233;inscrire &#231;a dans ces diff&#233;rents niveaux de r&#233;alit&#233; complexes (social, &#233;conomique, politique, symbolique), on voit bien ce qui se passe : &#231;a devient inaudible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;J&#233;r&#233;mie Younes&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Pauline Perrenot&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Televisi&#243; de Catalu&#241;a (TV3), 2 novembre 1998. On peut visionner cette &#233;mission &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=xbYAqFI5hZM&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur Youtube&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple &#171; Assassinat de Samuel Paty : comment les juges ont motiv&#233; la condamnation de Chnina et Sefrioui pour association de malfaiteurs terroriste &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/12/26/verdict-du-proces-de-l-assassinat-de-samuel-paty-autopsie-d-une-association-de-malfaiteurs-terroriste_6467635_3224.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 26/12/2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La France, tu l'aimes mais tu la quittes. Enqu&#234;te sur la diaspora fran&#231;aise musulmane&lt;/i&gt;, Seuil, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Charles Mercier, Philippe Portier, &lt;i&gt;Les jeunes et leur la&#239;cit&#233;&lt;/i&gt;, Presses de Sciences Po, 2025. Lire par exemple leur entretien dans &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/12/01/laicite-la-tolerance-des-jeunes-francais-est-bien-superieure-a-celle-de-leurs-aines_6203414_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &#171; La&#239;cit&#233; : &#034;La tol&#233;rance des jeunes Fran&#231;ais est bien sup&#233;rieure &#224; celle de leurs a&#238;n&#233;s&#034; &#187;, 01/12/2023. L'&#233;tude quantitative conduite par l'institut Kantar Public sur la base d'un questionnaire co-construit par Philippe Portier et Charles Mercier est par ailleurs &lt;a href=&#034;https://www.vrloccitanie.fr/wp-content/uploads/sites/6/2024/03/2023-12-le-rapport-des-jeunes-a-la-laicite.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;consultable ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; titre d'exemple, nous avons r&#233;alis&#233; un d&#233;compte des termes &#171; islam &#187;, &#171; islamisme &#187; ou &#171; musulmans &#187; dans l'&#233;mission de &#171; C ce soir &#187; &#224; laquelle Hicham Benaissa &#233;tait invit&#233; : 83 occurrences, c'est-&#224;-dire une fois toutes les 43 secondes en moyenne ! C'est plus que le terme de &#171; la&#239;cit&#233; &#187; lui-m&#234;me, pour lequel nous avons enregistr&#233; 77 occurrences&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le Nord et le Midi : Contribution &#224; une analyse de l'effet Montesquieu &#187;, &lt;i&gt;Actes de la recherche en sciences sociales&lt;/i&gt;, n&#176;35, 1980, p. 21-25. L'article est &lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1980_num_35_1_2096&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;consultable ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Baub&#233;rot, &lt;i&gt;La la&#239;cit&#233; falsifi&#233;e&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour un rappel de cette affaire, voir &#171; L'affaire Baby Loup en quatre questions &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 27/11/2013 ; &#171; Baby-Loup : l'Observatoire de la la&#239;cit&#233; ne veut pas d'une loi &#187;, Mediapart, 15/10/2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'intervention de Manuel Valls &#224; l'Assembl&#233;e nationale le 19 mars 2013 : &lt;a href=&#034;https://www.franceinfo.fr/societe/justice/video-valls-regrette-la-decision-de-la-cour-de-cassation-sur-la-creche-baby-loup_284691.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Valls regrette la d&#233;cision de la Cour de cassation sur la cr&#232;che Baby Loup &#187;&lt;/a&gt;, France Info, 19/03/2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut le consulter &lt;a href=&#034;https://www.ac-paris.fr/edition-2024-du-vademecum-la-laicite-a-l-ecole-131304&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lanc&#233; par Jean-Michel Blanquer en 2018, le Conseil des sages de la la&#239;cit&#233; et des valeurs de la R&#233;publique est officiellement institu&#233; en 2021 et plac&#233; aupr&#232;s du ministre de l'&#201;ducation nationale, qui en d&#233;signe d'ailleurs les membres. Dominique Schnapper en est la pr&#233;sidente. Nomm&#233; par Pap Ndiaye, le sociologue Alain Policar a &#233;t&#233; d&#233;mis de ses fonctions par la ministre Nicole Belloubet deux ans plus tard, en avril 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Isra&#235;l/Palestine : &#171; La colonisation reste le grand impens&#233; du cadrage m&#233;diatique &#187;</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Israel-Palestine-La-colonisation-reste-le-grand</link>
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		<dc:date>2025-11-06T09:36:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Blaise Magnin, Pauline Perrenot</dc:creator>


		<dc:subject>Isra&#235;l</dc:subject>
		<dc:subject>Palestine</dc:subject>
		<dc:subject>Antis&#233;mitisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien avec Tsedek.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH75/tsedek-9fc85.png?1776673585' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Elie Duprey, porte-parole du collectif Tsedek.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Acrimed : Qu'est-ce qui a motiv&#233; la cr&#233;ation de Tsedek en juin 2023 ? Peux-tu nous parler de ses objectifs et des grands principes de &lt;a href=&#034;https://tsedek.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;son manifeste&lt;/a&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elie Duprey :&lt;/strong&gt; Tsedek na&#238;t apr&#232;s une d&#233;cennie 2010 qui a connu d'importants bouleversements aussi bien dans le mouvement de soutien &#224; la Palestine que dans l'antiracisme politique. Est apparue une critique radicale de ce qu'avaient &#233;t&#233; les principales organisations de l'antiracisme en France, incarn&#233;es notamment par SOS Racisme. Au cours de cette d&#233;cennie, la seule organisation juive &#224; avoir particip&#233; &#224; ces mobilisations a &#233;t&#233; l'Union juive fran&#231;aise pour la paix, dans la continuit&#233; de laquelle on s'inscrit. La plupart de nos fondatrices et fondateurs sont d'ailleurs d'anciens militants de l'UJFP. Pourquoi a-t-on d&#233;cid&#233; de cr&#233;er un nouveau collectif ? Il y a des raisons g&#233;n&#233;rationnelles et aussi parce qu'&#224; nos yeux, l'UJFP &#233;tait avant tout un mouvement antisioniste tandis que nous, on se pense avant tout comme un mouvement antiraciste. Il y a une autre distinction entre nous et l'UJFP, qui tient &#224; la logique communautaire que nous revendiquons, l'UJFP &#233;tant une organisation beaucoup plus la&#239;que. Comme on s'est constitu&#233;s peu de temps avant le 7 octobre 2023, on a &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; beaucoup intervenir sur l'actualit&#233; en Palestine, mais l'id&#233;e est qu'on porte aussi des combats qui aillent au-del&#224; de la seule d&#233;nonciation du sionisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Votre collectif est beaucoup intervenu publiquement sur la Palestine depuis deux ans mais les grands m&#233;dias n'ont pas beaucoup &#8211; voire pas du tout &#8211; fait conna&#238;tre vos positions. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur vos rapports aux r&#233;dactions et sur cette quasi-absence de m&#233;diatisation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d&#233;j&#224; diff&#233;rencier selon les diff&#233;rents types de m&#233;dias. Pour ce qui est des grands m&#233;dias mainstream, les grandes cha&#238;nes d'info ou les grands journaux, on fait l'objet d'une invisibilisation quasi compl&#232;te, &#224; l'image de la gauche radicale et du mouvement de soutien &#224; la Palestine de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, qui ne sont &#233;voqu&#233;s que pour &#234;tre diabolis&#233;s, criminalis&#233;s. Sauf erreur de ma part, je crois qu'on n'a eu qu'une seule invitation de notre porte-parole sur BFM-TV. C'&#233;tait en visio, il a parl&#233; 30 secondes, il a &#233;t&#233; coup&#233; et pour finir, son micro a &#233;t&#233; baiss&#233;. Ceci dit, au vu de la radicalit&#233; du discours qu'on porte, qui n'a tout simplement pas droit de cit&#233;, on n'attend pas grand-chose des grands m&#233;dias. L'antisionisme y est quasiment absent et on voit bien que des positions comme celles de La France insoumise, qu'on peut juger satisfaisantes sur la d&#233;nonciation du g&#233;nocide, mais assez mod&#233;r&#233;es sur l'antisionisme, sont d&#233;j&#224; tr&#232;s criminalis&#233;es dans ces espaces-l&#224;. Donc nous qui portons des positions plus radicales, ce n'est pas surprenant qu'on soit invisibilis&#233;s. On a aussi re&#231;u plusieurs invitations sur i24News, auxquelles on n'a pas donn&#233; suite parce qu'on estimait que le dispositif ne serait sans doute pas propice &#224; ce qu'on avait envie d'exprimer... Pour ce qui est des &#171; gros &#187; m&#233;dias ind&#233;pendants, &#231;a d&#233;pend un peu des cas, certains nous invitent r&#233;guli&#232;rement comme Blast et Le M&#233;dia. Mais pour ce qui est de Mediapart ou d'Arr&#234;t sur images, c'est plus ponctuel et c'est toujours dans des dispositifs de d&#233;bat contradictoire : on ne va jamais nous laisser la parole pour exprimer nos positions, on est toujours face &#224; des voix juives qu'on qualifierait de &#171; sionistes de gauche &#187;. Enfin, on a quand m&#234;me acc&#232;s &#224; des m&#233;dias ind&#233;pendants &#171; de niche &#187; : on est par exemple tr&#232;s proches de Paroles d'honneur sur Twitch. Enfin, j'insiste sur le fait que si Tsedek est invisibilis&#233;, c'est quand m&#234;me peu de choses au regard de l'invisibilisation d'autres collectifs, au premier rang desquels Urgence Palestine. Le fait que Mediapart &#8211; dont je parle singuli&#232;rement parce que j'en attends plus que de BFM-TV &#8211; n'ait pas une seule fois invit&#233; le porte-parole d'Urgence Palestine est, par exemple, tr&#232;s significatif. Surtout quand dans le m&#234;me temps, ils produisent quantit&#233; d'&#233;missions et d'articles sur &#171; la solitude des juifs de gauche &#187;. C'est aussi quelque chose qui participe du racisme anti-palestinien et de l'invisibilisation des Palestiniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Comment vous l'expliquez ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Palestiniens ne sont g&#233;n&#233;ralement per&#231;us que comme une cause humanitaire, c'est-&#224;-dire comme des gens dont on peut d&#233;plorer le fait qu'ils soient affam&#233;s, mais qu'on ne consid&#232;re pas comme des acteurs &#224; part enti&#232;re, dot&#233;s d'une agentivit&#233; propre. Quand on pense au degr&#233; de haine que suscite Rima Hassan dans les m&#233;dias, alors que c'est une juriste en droit international, d'un calme olympien, mod&#233;r&#233;e, &#231;a nous donne une id&#233;e de la perception qu'ils peuvent avoir d'un mouvement comme Urgence Palestine, qui incarne une position plus radicale. Il n'en reste pas moins que c'est le principal mouvement au c&#339;ur des mobilisations en faveur de la Palestine en France, cr&#233;&#233; et anim&#233; par des membres de la diaspora palestinienne. Le fait qu'on ne les voie nulle part, y compris dans des m&#233;dias de gauche, c'est un vrai probl&#232;me politique. Et le fait qu'on parle plus de Tsedek que d'Urgence Palestine l'est &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Peux-tu nous en dire un peu plus sur vos rapports avec les &#171; gros &#187; m&#233;dias ind&#233;pendants et ce que vous reprochez aux dispositifs dans lesquels vous &#234;tes parfois intervenus ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur Mediapart, le dispositif &#233;tait tr&#232;s d&#233;favorable. C'&#233;tait une &#233;mission qui s'est tenue pas tr&#232;s longtemps apr&#232;s le 7 octobre 2023 et l'un de nos camarades est tomb&#233; dans un traquenard si j'ose dire : un &#171; quatre contre un &#187;, avec des personnes tr&#232;s hostiles face &#224; nous. Mediapart est un m&#233;dia important au sein de la gauche et pour nous, il y a un enjeu &#224; y aller, donc c'&#233;tait tout &#224; fait logique qu'on r&#233;ponde favorablement &#224; cette &#233;mission. Mais on n'avait pas conscience que le dispositif serait aussi d&#233;s&#233;quilibr&#233;. D'apr&#232;s ce qu'on sait et de ce qu'on comprend, il y a quand m&#234;me des diff&#233;rences de ligne au sein de la r&#233;daction dans la mani&#232;re dont ils nous per&#231;oivent. Certains sont en accord avec ce qu'on porte, tandis que d'autres sont beaucoup plus r&#233;serv&#233;s, davantage sur une ligne &#171; sioniste de gauche &#187;. Il y a eu, ensuite, un article qui pr&#233;sentait les diff&#233;rentes facettes des &#171; juifs de gauche &#187;, une cat&#233;gorie confuse de notre point de vue, qui n'a pas grand sens, mais que Mediapart affectionne tout particuli&#232;rement. On avait accept&#233; de r&#233;pondre aux questions pour un premier papier l&#224;-dessus. Derni&#232;rement par contre, Mediapart nous a de nouveau sollicit&#233; pour r&#233;pondre &#224; des questions sur &#171; le sentiment d'abandon des juifs de gauche &#187;, dont je parlais pr&#233;c&#233;demment, et on leur a dit que le cadrage ne nous convenait pas, mais qu'on &#233;tait pr&#234;ts &#224; s'exprimer sur un cadrage plus pertinent. Ils n'ont pas donn&#233; suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Et s'agissant d'Arr&#234;t sur images ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mission qu'on a faite &#233;tait plus &#233;quilibr&#233;e. On &#233;tait face au rabbin &#201;mile Ackermann, qui ne partage pas nos positions, et Paul Aveline, le journaliste en plateau. Mais on a aussi eu des petites tensions avec ce m&#233;dia &#224; la suite de &lt;a href=&#034;https://www.arretsurimages.net/emissions/arret-sur-images/antisemitisme-analyse-dun-deni-a-gauche&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;leur &#233;mission sur l'antis&#233;mitisme &#224; gauche&lt;/a&gt;, qu'on a jug&#233;e probl&#233;matique eu &#233;gard au cadrage, &#224; la composition du plateau, et qui a donn&#233; lieu &#224; &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=F_qt3E3LxmI&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une r&#233;action de notre part dans une &#233;mission sur le m&#233;dia Paroles d'honneur&lt;/a&gt;. Et par ailleurs, c'est vrai que nous n'avons pas eu de dispositif comparable &#224; celui dont a b&#233;n&#233;fici&#233; Ari&#233; Alimi, un des membres fondateurs de Golem&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un collectif cr&#233;&#233; au lendemain du 7 octobre 2023, qui se d&#233;finit comme un &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui incarne le sionisme de gauche, c'est-&#224;-dire un entretien seul en plateau face &#224; un journaliste, comme ce qu'on a pu avoir sur Le M&#233;dia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Pour en revenir aux m&#233;dias mainstream, si vous n'y avez pas la parole, en revanche, on parle r&#233;guli&#232;rement de vous&#8230; et en g&#233;n&#233;ral de mani&#232;re assez p&#233;jorative.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une premi&#232;re phase d'invisibilisation, il y a eu effectivement toute une s&#233;quence o&#249; on nous a consacr&#233; un certain nombre de papiers dans &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'Obs&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Franc-Tireur&lt;/i&gt;, notamment lorsqu'on a organis&#233; avec les camarades de l'UJFP un colloque &#224; l'occasion des 80 ans de la lib&#233;ration d'Auschwitz sur le fait g&#233;nocidaire &#224; travers l'histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut retrouver la retransmission de ce colloque sur la cha&#238;ne YouTube de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce colloque a donn&#233; lieu &#224; beaucoup d'articles en tr&#232;s peu de temps, comme un article assez ignoble dans &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; sign&#233; Rachel Binhas, qui travaille aussi pour &lt;i&gt;Valeurs actuelles&lt;/i&gt; et CNews&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#034;Gaza va supplanter Auschwitz en termes de cruaut&#233; absolue&#034; : quand des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans &lt;i&gt;L'Obs&lt;/i&gt;, il y avait eu auparavant un article de Brigitte Stora et une interview de Jonas Pardo et Samuel Delor&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Des juifs &#034;innocents&#034; ou la caution juive des antis&#233;mites, par Brigitte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tous deux membres de Golem. On a demand&#233; &#224; &lt;i&gt;L'Obs&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://tsedek.fr/2024/12/14/droit-de-reponse-a-jonas-pardo-paru-le-14-decembre-2024/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un droit de r&#233;ponse, qu'on a obtenu&lt;/a&gt;, et un autre &#224; &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, qui ne nous l'a pas accord&#233;. Dans toute cette s&#233;quence m&#233;diatique, soit on a ni&#233; notre jud&#233;it&#233; &#8211; &lt;i&gt;Franc-Tireur&lt;/i&gt; a titr&#233; &#171; Juifs mais pas trop ! &#187; &#224; notre propos, ce qui est &#224; nos yeux un titre antis&#233;mite &#8211;, soit on nous a accus&#233;s d'&#234;tre des &#171; cautions juives des antis&#233;mites &#187;, des &#171; Juifs de service &#187;, des &#171; Juifs d'exception &#187;, etc. Suite &#224; &#231;a, on a publi&#233; &lt;a href=&#034;https://www.lemediatv.fr/articles/2025/les-juifs-antisionistes-sont-ils-encore-des-juifs-mise-au-point-sur-la-campagne-antisemite-qui-nous-vise-K2b5tUlRTtqO-OrKub43Aw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une tribune dans Le M&#233;dia&lt;/a&gt; et &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, dont l'enjeu &#233;tait de faire appara&#238;tre ce qu'on appelle l'arc sioniste, qui va du &#171; sionisme de gauche &#187; jusqu'au supr&#233;macisme assum&#233; en passant par le sionisme plus institutionnel comme peut l'incarner le Crif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Et &#224; part publier des papiers pour vous attaquer, est-ce que les grands m&#233;dias ont rendu compte du colloque en question sur les 80 ans de la lib&#233;ration d'Auschwitz, de ce qui y a &#233;t&#233; dit, des intervenants ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, effectivement. La seule intervention du colloque qui a suscit&#233; un commentaire de leur part &#233;tait un &#233;change entre Eyal Sivan et Rony Brauman autour de leur documentaire sur Eichmann, qu'on avait projet&#233; en introduction du colloque. Au cours de cet &#233;change, Rony Brauman a prononc&#233; une phrase qui a &#233;t&#233; coup&#233;e, mont&#233;e, etc., et reprise partout pour montrer &#224; quel point on &#233;tait des n&#233;gationnistes. C'est notamment le c&#339;ur du papier de &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; que de dire que Rony Brauman salit la m&#233;moire d'Auschwitz. Mais je ne pense pas qu'ils se soient emb&#234;t&#233;s &#224; regarder ce qui s'est dit dans le reste du colloque, et de fait, ils n'en ont pas parl&#233;. Ils ont juste pris cet extrait qui a tourn&#233; sur les r&#233;seaux sociaux et ils l'ont comment&#233;, comme ils font g&#233;n&#233;ralement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;On a aussi remarqu&#233; que vous &#233;tiez r&#233;guli&#232;rement cit&#233;s dans des articles &#233;voquant des &#171; pol&#233;miques &#187;, souvent outranciers et confus, portant sur le mouvement de solidarit&#233; avec la Palestine. On pense &#224; ces titres de pseudo enqu&#234;tes sur &#171; les r&#233;seaux &#224; l'&#339;uvre derri&#232;re les mobilisations propalestiniennes &#187; ou &#171; la n&#233;buleuse qui d&#233;fie la R&#233;publique &#187;. Qu'est-ce que vous pensez de ce type de cadrage et de la couverture qui vous y est r&#233;serv&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a illustre assez bien la mani&#232;re dont la question palestinienne est abord&#233;e dans les m&#233;dias dominants depuis le 7 octobre 2023, en termes de &#171; choc des civilisations &#187;, de lutte du &#171; bien &#187; contre le &#171; mal &#187;, de &#171; la seule d&#233;mocratie de la r&#233;gion contre les terroristes du Hamas &#187;. Cette vision de la situation en Palestine est vraiment li&#233;e aux dynamiques propres au champ politique fran&#231;ais. Ce sont des dynamiques qui sont ant&#233;rieures mais qui se sont acc&#233;l&#233;r&#233;es depuis le 7 octobre 2023. On assiste &#224; une recomposition du champ politique avec, d'un c&#244;t&#233;, l'exclusion de la gauche du champ r&#233;publicain, LFI &#233;tant qualifi&#233;e de &#171; premier parti antis&#233;mite de France &#187;, notamment en raison de son soutien &#224; la Palestine et plus g&#233;n&#233;ralement, de sa lutte contre l'islamophobie, et, de l'autre c&#244;t&#233;, la r&#233;inscription de l'extr&#234;me droite dans cet arc r&#233;publicain &#171; raisonnable &#187;. C'est comparable &#224; ce qui est arriv&#233; autour de Corbyn au Royaume-Uni : une campagne qui a permis de d&#233;l&#233;gitimer la gauche et, au contraire, de l&#233;gitimer l'extr&#234;me droite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Du Labour de Corbyn &#224; LFI de M&#233;lenchon, les m&#233;dias contre la gauche (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout le traitement de la question palestinienne est inform&#233; par ces enjeux int&#233;rieurs de recomposition du champ politique fran&#231;ais, m&#234;me s'il y a eu diff&#233;rentes phases. Dans les mois qui ont suivi le 7 octobre 2023, qui a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; comme un &#171; pogrom antis&#233;mite &#187; et comme &#171; le plus grand massacre de Juifs depuis la Shoah &#187;, pr&#233;valait uniquement la condamnation du Hamas et le refus de toute politisation, de rappel du contexte, de r&#233;inscription de cet &#233;v&#233;nement dans l'histoire plus large de la colonisation de la Palestine. Et puis, au fur et &#224; mesure que la monstruosit&#233; des crimes isra&#233;liens &#233;tait de plus en plus &#233;vidente, qu'il &#233;tait de plus en plus difficile de nier qu'un g&#233;nocide est men&#233; par Isra&#235;l, il y a quand m&#234;me eu une &#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Par bien des aspects, le changement est tr&#232;s relatif et finalement assez cosm&#233;tique&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, oui, quand je dis &#171; &#233;volution &#187;, je ne dis pas qu'il y a une am&#233;lioration ! La question de la colonisation reste notamment le grand impens&#233; du cadrage m&#233;diatique. Mais en tout cas, j'ai l'impression que les arguments moraux qui &#233;taient tr&#232;s pr&#233;sents au d&#233;but sur &#171; le droit d'Isra&#235;l &#224; se d&#233;fendre &#187; sont quand m&#234;me moins syst&#233;matiquement rab&#226;ch&#233;s comme des &#233;vidences. On est pass&#233;s d'&#171; Isra&#235;l d&#233;mocratie attaqu&#233;e par l'hydre terroriste &#187; &#224; &#171; la vilaine extr&#234;me droite isra&#233;lienne qui commet des exactions tr&#232;s regrettables &#187;. Aujourd'hui, le soutien inconditionnel &#224; Isra&#235;l, qui &#233;tait une exigence pour l'int&#233;gralit&#233; des champs politique et m&#233;diatique fran&#231;ais &#224; l'exception de LFI le 8 octobre, ne peut plus &#234;tre affirm&#233; en ces termes. Il y a quand m&#234;me la critique de Netanyahou, la d&#233;nonciation de l'extr&#234;me droite isra&#233;lienne avec la mise en lumi&#232;re, &#224; mon avis tr&#232;s excessive, des mouvements de contestation de Netanyahou au sein m&#234;me de la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;&#171; Tr&#232;s excessive &#187; en quel sens ? Peux-tu d&#233;velopper un peu plus cette question de la m&#233;diatisation des mobilisations au sein de la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles sont mal m&#233;diatis&#233;es ! R&#233;guli&#232;rement, les manifestations contre Netanyahou sont pr&#233;sent&#233;es comme la preuve que la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne n'est pas r&#233;ductible &#224; sa politique criminelle alors qu'en r&#233;alit&#233;, la plupart de ces manifestations sont des protestations contre la mani&#232;re dont Netanyahou m&#232;ne la guerre, pas contre la l&#233;gitimit&#233; de la guerre, et encore moins contre la colonisation de la Palestine ou le sort r&#233;serv&#233; aux Palestiniens. Ce qui est beaucoup reproch&#233; &#224; Netanyahou par ceux qui manifestent &#8211; parfois massivement &#8211; en Isra&#235;l, c'est de ne pas avoir su prot&#233;ger Isra&#235;l, d'avoir laiss&#233; commettre le 7 octobre 2023 et de ne pas avoir &#233;t&#233; en mesure de faire revenir les otages isra&#233;liens vivants. Les m&#233;dias en France &#233;voquent &#171; les gentils &#187; qui sont pour la paix d'un c&#244;t&#233; contre &#171; les m&#233;chants supr&#233;macistes &#187; (Netanyahou, Smotrich et Ben Gvir) de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Comment expliques-tu cette d&#233;formation du r&#233;el, alors qu'il existe des interlocuteurs tr&#232;s au fait des r&#233;alit&#233;s de terrain au sein de la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne ? Des chercheuses comme Karine Lamarche et Nitzan Perelman-Becker par exemple, mais aussi des journalistes comme Sylvain Cypel, qui a &#233;t&#233; r&#233;dacteur en chef du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, pour ne citer qu'eux : autant d'interlocuteurs accessibles, qui s'expriment, &#233;crivent des livres, interviennent publiquement et tiennent un discours alternatif&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que le c&#339;ur de cet aveuglement m&#233;diatique, c'est le refus de penser la question palestinienne comme une question coloniale. Pas colonial dans le sens o&#249; la Cisjordanie et Gaza sont des territoires colonis&#233;s, mais au sens o&#249; l'int&#233;gralit&#233; d'Isra&#235;l et du processus sioniste sont des projets coloniaux. &#199;a n'est dit dans aucun m&#233;dia mainstream. Or, c'est impossible de penser la situation si on ne garde pas &#231;a &#224; l'esprit. Et c'est pour &#231;a que les positions antisionistes n'ont droit de cit&#233; nulle part : la position acceptable la plus radicale, c'est celle qui est en faveur de la solution &#224; deux &#201;tats, donc qui d&#233;plore les exc&#232;s de la colonisation en Cisjordanie et &#224; Gaza, mais qui ne touche pas au c&#339;ur du projet isra&#233;lien, qui est la constitution d'un &#201;tat supr&#233;maciste juif sur une partie de la Palestine historique. La personnalit&#233; qui a les positions les plus radicales et qui est de temps en temps invit&#233;e dans les m&#233;dias, c'est Rony Brauman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Isra&#235;l-Palestine : &#034;Le plus r&#233;voltant, c'est la diff&#233;rence de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'ailleurs, il y a quelques jours, quand il a mis sur le m&#234;me plan le Hamas et le gouvernement isra&#233;lien sur un plateau t&#233;l&#233;, &#231;a a provoqu&#233; un scandale instantan&#233; et les journalistes en plateau &#233;taient traumatis&#233;s de ce culot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;On voulait aussi conna&#238;tre votre point de vue sur le concept de &#171; civilisation jud&#233;o-chr&#233;tienne &#187;, qui a &#233;t&#233; beaucoup mobilis&#233; &#224; l'appui du r&#233;cit m&#233;diatique dominant, dans la m&#234;me veine que le &#171; choc des civilisations &#187; que tu &#233;voquais un peu plus t&#244;t.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le comprendre, il faut faire un d&#233;tour par le concept de &#171; philos&#233;mitisme &#187;, tr&#232;s pertinent pour percevoir ce qui se joue en France et en Occident de mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale. Ce qu'on entend par philos&#233;mitisme, c'est une forme d'alt&#233;risation des Juifs qui est inverse de celle de l'antis&#233;mitisme traditionnel. Alors que l'antis&#233;mitisme construit une figure du Juif dangereux, qui menace les valeurs de la blanchit&#233; et de la chr&#233;tient&#233;, le philos&#233;mitisme construit une figure du Juif comme compatible avec les valeurs de la blanchit&#233;. C'est un m&#233;canisme que l'on peut voir &#224; l'&#339;uvre dans d'autres formes de racisme, par exemple lorsqu'on qualifie les populations asiatiques de &#171; travailleuses &#187; et &#171; discr&#232;tes &#187; par rapport &#224; d'autres : c'est aussi une forme de racisme. Le fait de constituer des minorit&#233;s mod&#232;les, c'est m&#234;me un classique du racisme. Le philos&#233;mitisme a exist&#233; avant la seconde guerre mondiale de mani&#232;re ponctuelle, avec notamment le d&#233;cret Cr&#233;mieux [promulgu&#233; en 1870, NDLR] qui a accord&#233; la nationalit&#233; fran&#231;aise aux Juifs d'Alg&#233;rie, tout en maintenant les Alg&#233;riens musulmans sous le r&#233;gime de l'indig&#233;nat, avec l'id&#233;e de diviser pour mieux r&#233;gner. Mais c'est vraiment devenu le mode de relation privil&#233;gi&#233; de l'Occident &#224; la question juive apr&#232;s la seconde guerre mondiale pour qu'il parvienne &#224; dig&#233;rer sa participation au g&#233;nocide des Juifs. Et sur un plan g&#233;opolitique, &#231;a s'est exprim&#233; par un fort soutien &#224; Isra&#235;l, jusqu'&#224; aujourd'hui, et, pour en revenir &#224; votre question, par la mise en avant de &#171; la civilisation jud&#233;o-chr&#233;tienne &#187;, alors m&#234;me que c'est l'Occident qui, pendant des si&#232;cles, a minoris&#233;, racialis&#233;, pers&#233;cut&#233; et g&#233;nocid&#233; les Juifs. Dans cette &#171; civilisation jud&#233;o-chr&#233;tienne &#187;, les Juifs se trouvent donc ralli&#233;s &#224; l'Occident face &#224; un nouvel ennemi commun, qui est &#233;videmment le monde musulman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Dans les grands m&#233;dias, on entend aussi beaucoup parler du &#171; nouvel antis&#233;mitisme &#187;. Qu'est-ce que &#231;a signifie et m&#234;me si tu viens d'esquisser un d&#233;but de r&#233;ponse, peux-tu expliquer davantage comment &#231;a s'imbrique avec le concept de philos&#233;mitisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est absolument central dans le traitement de l'antis&#233;mitisme, au point qu'il en efface toute autre forme. Le &#171; nouvel antis&#233;mitisme &#187;, c'est une th&#233;orie raciste qui avance l'id&#233;e que l'antis&#233;mitisme traditionnel port&#233; par l'extr&#234;me droite et les nationalistes n'existerait plus et qu'aujourd'hui, la principale menace qui p&#232;serait sur les Juifs serait le fait de l'immigration post-coloniale et de ceux qui les d&#233;fendent, c'est-&#224;-dire globalement la gauche et les mouvements antiracistes. C'est un concept qu'Isra&#235;l met en avant depuis les ann&#233;es 1970, mais &#231;a a &#233;t&#233; largement popularis&#233; depuis les ann&#233;es 2000 au niveau international, et notamment en France par des intellectuels r&#233;actionnaires comme Taguieff, Finkielkraut, etc. Et l&#224;, on a vu que depuis le 7 octobre 2023, la question de l'antis&#233;mitisme, qui est devenue absolument centrale dans le d&#233;bat m&#233;diatique, est int&#233;gralement inform&#233;e par l'id&#233;e de ce &#171; nouvel antis&#233;mitisme &#187;. Je pense par exemple &#224; une r&#233;action tr&#232;s saisissante il y a quelques jours : quand l'arbre plant&#233; en hommage &#224; Ilan Halimi &#224; &#201;pinay-sur-Seine a &#233;t&#233; abattu, alors qu'on n'avait aucune information sur qui avait commis cet acte, ni dans quel esprit, plein de personnalit&#233;s ont fait d'embl&#233;e le lien avec la question palestinienne, en disant que les droits des Palestiniens ne pouvaient justifier un tel acte. La mise en avant de ce &#171; nouvel antis&#233;mitisme &#187; permet de totalement passer sous silence la persistance de l'antis&#233;mitisme traditionnel de l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Tu &#233;voquais &#224; l'instant la centralit&#233; de la question de l'antis&#233;mitisme dans les m&#233;dias, alors venons-y justement. C'est difficile d'en parler comme d'un tout parce qu'au cours des deux derni&#232;res ann&#233;es, moult &#233;v&#233;nements ont propuls&#233; cette question &#224; la Une de l'agenda, mais globalement, quel regard portez-vous sur la couverture journalistique de cette th&#233;matique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue du traitement m&#233;diatique, un probl&#232;me r&#233;side dans le fait qu'on manque de donn&#233;es fiables pour mesurer l'antis&#233;mitisme. Dans le m&#234;me temps, tous les m&#233;dias parlent &#171; d'explosion &#187; de l'antis&#233;mitisme. Les chiffres qui circulent dans la presse sont issus du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, qui reprend lui-m&#234;me les donn&#233;es du SPCJ, le Service de protection de la communaut&#233; juive. Or, quand on regarde un peu dans le d&#233;tail, ces statistiques ne sont vraiment pas fiables. Un tag &#171; Free Palestine &#187; est consid&#233;r&#233; comme un acte antis&#233;mite par exemple. Donc de ce point de vue, je ne dirais pas qu'on parle &#171; dans le vide &#187; mais en tout cas, c'est difficile d'avoir un discours tr&#232;s inform&#233; sur cette question. Ensuite, il y a un probl&#232;me essentiel dans la mani&#232;re dont les m&#233;dias pr&#233;sentent l'antis&#233;mitisme. D'une part, en le distinguant syst&#233;matiquement du racisme alors que pour nous, militants antiracistes, l'antis&#233;mitisme est un racisme sp&#233;cifique comme l'est la n&#233;grophobie, l'islamophobie, la romophobie, etc., et, d'autre part, en produisant quasi syst&#233;matiquement un discours moral et d&#233;politis&#233; &#224; ce sujet. L'antis&#233;mitisme n'est jamais pens&#233; en termes de structures qui produisent des comportements. On en est bien souvent r&#233;duit, dans le discours m&#233;diatique mainstream, &#224; d&#233;noncer des tropes, des figures, l'emploi de &lt;i&gt;dog whistles&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon la d&#233;finition qu'en donne Wikip&#233;dia, l'expression d&#233;signe &#171; des propos (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et &#224; mettre tout et n'importe quoi sur le m&#234;me plan : par exemple, l'assassinat d'Ilan Halimi ou les meurtres de Mohammed Merah d'un c&#244;t&#233;, et le fait de dire &#171; camper &#224; Tel-Aviv &#187; &#224; propos d'un d&#233;placement de Ya&#235;l Braun-Pivet en Isra&#235;l de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Vous avez r&#233;guli&#232;rement tenu des positions totalement &#224; contre-courant du discours ambiant et des &#171; pol&#233;miques &#187; permanentes sur le sujet. Y compris au moment de l'emballement m&#233;diatique autour du visuel avec Cyril Hanouna, produit par La France insoumise pour appeler &#224; la manifestation antiraciste du 22 juin 2025.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De notre point de vue, cette s&#233;quence a &#233;t&#233; un naufrage m&#233;diatique catastrophique. Tout et n'importe quoi a &#233;t&#233; dit. Sur LFI, dans une sorte d'acm&#233; de la campagne de d&#233;l&#233;gitimation qui vise ce mouvement, et sur l'antis&#233;mitisme lui-m&#234;me. Tous les m&#233;dias ont en effet racont&#233; que le visuel de Cyril Hanouna &#233;tait la reprise d'une affiche nazie, sans jamais interroger le contexte d'&#233;nonciation. Or, de quoi parle-t-on ? D'un c&#244;t&#233;, d'un visuel appelant &#224; une manifestation contre l'extr&#234;me droite et ses relais ; de l'autre, d'une affiche du &#171; Juif &#233;ternel &#187; qui avait &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; pour objet de g&#233;nocider les Juifs. Convenons que les deux n'ont donc rien &#224; voir ! L'objectif fondamental de ce type de s&#233;quence m&#233;diatique, ce n'est pas de parler de l'antis&#233;mitisme, c'est de criminaliser la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Dans et par des m&#233;dias qui sont eux-m&#234;mes producteurs et/ou diffuseurs de repr&#233;sentations antis&#233;mites. On peut penser par exemple &#224; &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Polemique-de-Villepin-la-fabrique-mediatique-de-l&#034;&gt;&#171; l'affaire &#187; de Villepin&lt;/a&gt;, au traitement complaisant de Yann Moix, etc. Mais plus g&#233;n&#233;ralement, au fait que se consolide au sein du champ journalistique un p&#244;le d'extr&#234;me droite extr&#234;mement puissant &#8211; des m&#233;dias Bollor&#233; &#224; &lt;i&gt;Valeurs actuelles&lt;/i&gt;, hebdomadaire o&#249; se sont d'ailleurs historiquement &#171; recycl&#233;es &#187; plusieurs personnalit&#233;s qui &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Valeurs-actuelles-une-legitimation-mediatique-de&#034;&gt;travaillaient auparavant&#8230; &#224; &lt;i&gt;Minute&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On se rappelle &#233;galement le pamphlet contre l'historien Benjamin Stora.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, on peut aussi penser au salut nazi d'Elon Musk, qui n'a pas du tout &#233;t&#233; trait&#233; comme tel. Dans la lign&#233;e de ce que vous d&#233;crivez du paysage m&#233;diatique, il faut souligner l'invisibilisation totale de l'antis&#233;mitisme d'extr&#234;me droite dans les m&#233;dias. &#192; l'occasion des derni&#232;res l&#233;gislatives, quelques m&#233;dias avaient creus&#233; dans le pass&#233; des candidats RN et on a assist&#233; &#224; des choses folles, comme une d&#233;claration selon laquelle &#171; &lt;i&gt;le gaz a rendu justice aux victimes de la Shoah&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; L&#233;gislatives : le Rassemblement national et ses candidats racistes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Autre fait notable dans le m&#234;me registre : l'invisibilisation des enqu&#234;tes de Streetpress ou d'Arte Radio qui ont r&#233;v&#233;l&#233; des propos antis&#233;mites abjects (parmi d'innombrables propos racistes) au sein de la police, dans des groupes ou sur des boucles WhatsApp, c'est-&#224;-dire un milieu o&#249; le degr&#233; d'infiltration de l'extr&#234;me droite la plus radicale est tr&#232;s important. Il y a donc un impens&#233; total quand on parle de l'antis&#233;mitisme dans le d&#233;bat public, et une identification de l'antis&#233;mitisme aux Noirs et aux Arabes. L'&#233;ditorialiste de LCI, Pascal Perri, a quand m&#234;me parl&#233; d'un &#171; &lt;i&gt;antis&#233;mitisme couscous&lt;/i&gt; &#187;&#8230; &#199;a rejoint un autre point, qui est que telle qu'elle est donn&#233;e &#224; voir, la surm&#233;diatisation de la question de l'antis&#233;mitisme est une mani&#232;re d'invisibiliser les autres formes de racisme qui prosp&#232;rent en France, et qui sont d'ailleurs, de notre point de vue, plus d&#233;terminants : l'islamophobie, la n&#233;grophobie, la romophobie. Le temps que les m&#233;dias consacrent &#224; l'expression &#171; camper &#224; Tel-Aviv &#187;, c'est autant de temps qu'ils ne consacrent pas &#224; Bruno Retailleau criant &#171; &#192; bas le voile ! &#187;, deux semaines avant l'assassinat d'Aboubakar Ciss&#233; dans une mosqu&#233;e du Gard. Le spectacle constant de ce deux poids, deux mesures est absolument d&#233;l&#233;t&#232;re, &#233;galement pour la lutte contre l'antis&#233;mitisme puisqu'il produit du ressentiment contre les Juifs, c'est une &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Quelle approche permettrait selon vous de lutter contre cette d&#233;politisation et de mieux traiter la question de l'antis&#233;mitisme d'un point de vue journalistique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus important serait de penser et de r&#233;inscrire la question de l'antis&#233;mitisme dans la question du racisme. &lt;i&gt;A fortiori&lt;/i&gt; compte tenu du contexte qu'on &#233;voquait, c'est-&#224;-dire celui d'une extr&#234;me droitisation des champs politique et journalistique. Dans un tel contexte, tous les racismes croissent, les affects racistes croissent, il y a une lib&#233;ration de la parole et des actes racistes &#224; tous les niveaux. Il est donc &#171; logique &#187; que l'antis&#233;mitisme croisse &#233;galement. On ne peut pas non plus faire l'impasse sur la question du traitement de Gaza. Il est &#233;vident que le g&#233;nocide commis aujourd'hui par Isra&#235;l nourrit l'antis&#233;mitisme en France, puisque &#224; longueur de m&#233;dias s'exprime &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; cette id&#233;e que c'est au nom des Juifs que sont commis les crimes d'Isra&#235;l. C'est un discours v&#233;hicul&#233; aussi bien par les institutions repr&#233;sentatives des Juifs de France que par les commentateurs mainstream, mais aussi par les Isra&#233;liens eux-m&#234;mes : quand on passe son temps &#224; r&#233;p&#233;ter qu'Isra&#235;l repr&#233;sente les Juifs, &#231;a produit n&#233;cessairement de l'antis&#233;mitisme, surtout quand quelqu'un comme le grand rabbin Ha&#239;m Korsia dit sur un plateau de t&#233;l&#233;vision que &#171; &lt;i&gt;tout le monde serait bien content qu'Isra&#235;l finisse le boulot&lt;/i&gt; &#187; &#224; Gaza&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;On constate par ailleurs que ce sont toujours les m&#234;mes organisations communautaires, comme Golem, Nous vivrons, l'UEJF ou le Crif, qui sont sollicit&#233;es dans les m&#233;dias pour traiter ces questions. Comment pourrait-on faire pour changer &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, compte tenu de l'exclusion de toute parole un tant soit peu radicale du champ m&#233;diatique mainstream, &#231;a ne nous surprend pas que la position &#171; acceptable &#187; soit celle de Golem par exemple, qui est un peu l'&#233;quivalent fonctionnel du PS dans les m&#233;dias, c'est-&#224;-dire quelque chose d'assez mou qui ne remet pas en question les structures. Apr&#232;s, si l'on s'interroge sur le monopole de telle ou telle parole, il faut poser la question de la repr&#233;sentativit&#233; de cette parole au sein de ce qu'est la communaut&#233; juive aujourd'hui en France. On n'a pas d'outils statistiques sur lesquels s'appuyer et donc on ne peut avoir que des sentiments ou des intuitions, mais au vu de ce qu'on constate, la r&#233;alit&#233;, c'est que notre position est marginale au sein de la communaut&#233; juive fran&#231;aise, il ne faut pas se raconter d'histoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Vous avez publi&#233; le 21 mai dernier un texte vraiment percutant titr&#233; &lt;a href=&#034;https://tsedek.fr/2025/05/21/diner-au-coeur-de-la-mecanique-negationniste/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; D&#238;ner au c&#339;ur de la m&#233;canique n&#233;gationniste &#187;&lt;/a&gt; : la description fictionnelle d'un d&#238;ner de famille juive, o&#249; les convives discutent de la situation en Isra&#235;l/Palestine, mais qui aurait pu tout aussi bien &#234;tre celle d'un plateau de t&#233;l&#233;vision ordinaire tant le panel des points de vue repr&#233;sent&#233;s refl&#232;te peu ou prou celui des &#233;missions de &#171; d&#233;bat &#187; traditionnelles. Certains personnages incarnent d'ailleurs des toutologues et des personnalit&#233;s m&#233;diatiques comme Caroline Fourest, Rapha&#235;l Enthoven, Joann Sfar et Delphine Horvilleur, dont la prise de parole, d&#233;but mai, a vraisemblablement d&#233;clench&#233; l'&#233;criture de votre texte. Pouvez-vous nous en parler, qu'avez-vous voulu mettre en lumi&#232;re &#224; travers ce texte ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sinclair, Sfar ou Horvilleur ont &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s partout comme des grandes consciences humanistes. Pourquoi ? Parce qu'apr&#232;s des mois et des mois de silence sur les crimes isra&#233;liens, ils ont commenc&#233; &#224; prendre la parole pour d&#233;noncer la famine &#224; Gaza notamment&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Les r&#233;sistants de la 25e heure au chevet de &#034;l'&#226;me d'Isra&#235;l&#034; &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais &#224; chaque fois, pour le d&#233;noncer au nom de leur amour d'Isra&#235;l, ce qui est tr&#232;s significatif de notre point de vue. Comme je le disais tout &#224; l'heure, il faut comprendre qu'&#224; mesure que se poursuit le g&#233;nocide, l'&#233;vidence des crimes isra&#233;liens est bien trop claire et pour toute une partie de la population, le soutien pur et simple et inconditionnel d'Isra&#235;l n'est plus possible. Pour continuer &#224; absoudre le sionisme de ces crimes, il faut donc pouvoir dire, d'une certaine mani&#232;re, que tout est la faute de l'extr&#234;me droite isra&#233;lienne, des supr&#233;macistes, de Netanyahou, etc. C'est un discours port&#233; par &#171; le sionisme de gauche &#187;. Or, la Nakba, le nettoyage ethnique de 1948, n'a pas &#233;t&#233; commis par des supr&#233;macistes d'extr&#234;me droite, mais par la gauche travailliste. Laquelle, et c'est une constante dans l'histoire, a poursuivi la colonisation de la Palestine, elle aussi, et a commis des crimes contre les Palestiniens, elle aussi. Le probl&#232;me inh&#233;rent &#224; tous les discours pseudo humanistes, omnipr&#233;sents, et tr&#232;s valoris&#233;s dans les m&#233;dias, c'est de se draper dans une id&#233;e abstraite de &#171; la paix &#187;, &#224; nos yeux tr&#232;s d&#233;politis&#233;e. Tsedek, notre nom, veut dire &#171; justice &#187; : nous mettons beaucoup plus l'accent sur l'id&#233;e de justice que sur la question de &#171; la paix &#187;. &#171; La paix &#187; en vigueur le 6 octobre 2023 &#233;tait-elle une situation acceptable ? Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Pour rester sur la question des discours n&#233;gationnistes, il est tout de m&#234;me stup&#233;fiant que le fait de tenir publiquement des propos comme &#171; &lt;i&gt;Il n'y a AUCUN journaliste palestinien. Uniquement des tueurs, des combattants ou des preneurs d'otages avec une carte de presse&lt;/i&gt; &#187;, n'ait toujours aucune incidence sur le capital m&#233;diatique de celles et ceux qui les tiennent, Rapha&#235;l Enthoven en l'occurrence, que l'on retrouve &#224; la t&#233;l&#233; tous les quatre matins...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a rejoint un &#233;l&#233;ment qui est apparu tr&#232;s nettement au cours des deux derni&#232;res ann&#233;es : toutes celles et ceux qui se targuent d'&#234;tre de grandes consciences humanistes comme Enthoven sont les premiers &#224; porter un racisme anti-palestinien furieux. Omnipr&#233;sent dans les discours m&#233;diatiques, ce racisme se traduit tr&#232;s simplement : une vie palestinienne ne vaut pas une vie isra&#233;lienne. Caroline Fourest l'a exprim&#233;, Fran&#231;ois Hollande l'a exprim&#233;. Et bien d'autres. Le degr&#233; d'acceptation du racisme anti-palestinien en France est saisissant. On l'aura aussi vu tr&#232;s clairement au moment de l'annonce de la mort des deux enfants Bibas, otages enlev&#233;s le 7 octobre 2023. La m&#233;diatisation et l'&#233;motion suscit&#233;e ont &#233;t&#233; d'une intensit&#233; exceptionnelle, &#224; un moment o&#249; il y avait plus de 20 000 enfants palestiniens tu&#233;s, qui n'avaient droit quant &#224; eux &#224; aucune Une de journal, aucun nom, aucune identit&#233; propre. Ils n'&#233;taient pas ces adorables bambins roux dont on a reproduit la photo sur les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision. Ils sont juste des statistiques et des corps sous les d&#233;combres. Le racisme anti-palestinien et la d&#233;shumanisation des Palestiniens ont &#233;t&#233; essentiels dans la poursuite du g&#233;nocide. Et les grandes consciences dont on parle y ont particip&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que tu as connu un &#233;tat des m&#233;dias diff&#233;rent, o&#249; l'antisionisme n'&#233;tait pas pr&#233;sent&#233; comme de l'antis&#233;mitisme et o&#249; le soutien &#224; la cause palestinienne n'&#233;tait pas syst&#233;matiquement disqualifi&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'il y a une vraie &#233;volution depuis les ann&#233;es 2000. Mais c'est perceptible aussi au sein du champ politique, c'est-&#224;-dire que la position traditionnelle de la droite fran&#231;aise &#8211; qui &#233;tait une position gaullienne, pas antisioniste mais la ligne que peut incarner un Villepin aujourd'hui, ou qu'incarnait Chirac &#224; l'&#233;poque &#8211; a totalement disparu, notamment suite au mandat Sarkozy qui a constitu&#233; une sorte d'alignement complet de la diplomatie fran&#231;aise sur les positions &#233;tatsuniennes. Je pense qu'il y a eu une vraie bascule &#224; ce moment-l&#224; et que le champ m&#233;diatique a suivi. Au moment de la guerre en Irak, le niveau d'opposition &#224; la rh&#233;torique du choc de civilisation &#233;tait incomparablement plus &#233;lev&#233; au sein du discours dominant qu'il ne l'est aujourd'hui, par exemple au moment de traiter le g&#233;nocide &#224; Gaza. Mais je ne pense pas qu'il y ait une sp&#233;cificit&#233; du champ m&#233;diatique par rapport au champ politique de ce point de vue, les deux sont tr&#232;s li&#233;s. Et le niveau de racisme ayant droit de cit&#233; dans les m&#233;dias mainstream est incomparable avec ce que c'&#233;tait il y a vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;La couverture r&#233;cente de la reconnaissance de l'&#201;tat de Palestine par la France a donn&#233; lieu &#224; moult &#171; d&#233;bats &#187; sur les solutions politiques, dans la lign&#233;e de ce qu'on entend depuis deux ans sur le sujet. Qu'avez-vous observ&#233; de particuli&#232;rement marquant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re chose &#224; dire, c'est que la priorit&#233; est d'arr&#234;ter le g&#233;nocide, c'est-&#224;-dire arr&#234;ter de vendre des armes &#224; Isra&#235;l et prendre des sanctions. Tsedek soutient en ce sens le mouvement BDS, essentiel pour faire pression sur Isra&#235;l. S'agissant du discours m&#233;diatique sur les solutions politiques, il est le reflet de la position dominante au sein du champ politique fran&#231;ais, qui d&#233;fend la dite &#171; solution &#224; deux &#201;tats &#187;. Or, pour nous, c'est une mani&#232;re de ne pas parler r&#233;ellement de solution politique sur place. La mani&#232;re qu'ont les m&#233;dias d'aborder tous ces sujets est totalement id&#233;aliste, en ce sens que les d&#233;bats ne comportent g&#233;n&#233;ralement aucune r&#233;flexion sur la r&#233;alisation mat&#233;rielle de telle ou telle solution politique. Qu'est-ce que signifie concr&#232;tement un &#201;tat palestinien sur le terrain ? On ne sait pas. Qu'est-ce que signifie une solution &#224; deux &#201;tats qui impliquerait n&#233;cessairement des d&#233;placements de populations ? Lorsqu'en 2005, Ariel Sharon a annonc&#233; le retrait isra&#233;lien de Gaza, il a eu le plus grand mal &#224; faire partir les 5 000 colons qui s'y trouvaient. Il y a aujourd'hui 400 000 colons en Cisjordanie, arm&#233;s, surarm&#233;s, prot&#233;g&#233;s, et unis par des liens forts avec l'arm&#233;e isra&#233;lienne. Quand bien m&#234;me un &#201;tat palestinien verrait le jour, comment vont partir ces colons ? Quel m&#233;dia s'interroge l&#224;-dessus ? Enfin, on perd souvent de vue l'essentiel : deux populations vivent sur un m&#234;me territoire, l'une subit l'oppression coloniale, et cette oppression se traduit par la colonisation, l'apartheid et le g&#233;nocide. Face &#224; cela, les d&#233;bats auxquels nous assistons sont la plupart du temps st&#233;riles parce qu'ils passent &#224; c&#244;t&#233; de la seule question qui importe, au-del&#224; &#233;videmment de l'urgence qu'il y a &#224; arr&#234;ter le g&#233;nocide et &#224; porter secours aux Palestiniens : l'abolition des structures coloniales de l'&#201;tat isra&#233;lien et la lutte pour l'&#233;galit&#233; des droits de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Blaise Magnin&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Pauline Perrenot&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un collectif cr&#233;&#233; au lendemain du 7 octobre 2023, qui se d&#233;finit comme un &#171; &lt;i&gt;mouvement des Juifves de gauche contre l'antis&#233;mitisme d'o&#249; qu'il vienne&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut retrouver la retransmission de ce colloque sur la cha&#238;ne YouTube de Paroles d'honneur : la journ&#233;e du &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=b5Utu2Aprk8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;25 janvier&lt;/a&gt; et celle du &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=a-3V84iMHig&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;26 janvier&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &#034;Gaza va supplanter Auschwitz en termes de cruaut&#233; absolue&#034; : quand des chercheurs et des assos juives r&#233;&#233;crivent l'histoire &#187;, &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, 28/01.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Des juifs &#034;innocents&#034; ou la caution juive des antis&#233;mites, par Brigitte Stora &#187;, &lt;i&gt;L'Obs&lt;/i&gt;, 9/12/2024 et &#171; &#034;Il ne faut pas opposer la lutte contre l'antis&#233;mitisme et la solidarit&#233; avec les Palestiniens&#034; &#187;, &lt;i&gt;L'Obs&lt;/i&gt;, 28/12/2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Du-Labour-de-Corbyn-a-LFI-de-Melenchon-les-medias&#034;&gt;Du Labour de Corbyn &#224; LFI de M&#233;lenchon, les m&#233;dias contre la gauche&lt;/a&gt; &#187;, Acrimed, 26/08/2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Israel-Palestine-Le-plus-revoltant-c-est-la&#034;&gt;Isra&#235;l-Palestine : &#034;Le plus r&#233;voltant, c'est la diff&#233;rence de traitement&#034;&lt;/a&gt; &#187;, Acrimed, 12/05/2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon la d&#233;finition qu'en donne &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Dog_whistle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Wikip&#233;dia&lt;/a&gt;, l'expression d&#233;signe &#171; &lt;i&gt;des propos politiques qui semblent anodins au grand public mais adressent un message sp&#233;cifique &#224; un groupe cibl&#233; pour en obtenir le soutien sans provoquer d'opposition par ailleurs&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On se rappelle &#233;galement le &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/11/20/une-diatribe-de-valeurs-actuelles-contre-l-historien-benjamin-stora-suscite-l-emotion_6019853_3212.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pamphlet contre l'historien Benjamin Stora&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#171; L&#233;gislatives : le Rassemblement national et ses candidats racistes, antis&#233;mites et complotistes &#187;, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 17/06/2024. Le candidat a &#233;t&#233; par la suite r&#233;habilit&#233;. Voir &#171; L&#233;gislatives 2024 : le RN r&#233;habilite le candidat du Morbihan d&#233;savou&#233; apr&#232;s un tweet jug&#233; antis&#233;mite &#187;, France 3 Bretagne, 23/06/2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Les-resistants-de-la-25e-heure-au-chevet-de-l-ame&#034;&gt;Les r&#233;sistants de la 25e heure au chevet de &#034;l'&#226;me d'Isra&#235;l&#034;&lt;/a&gt; &#187;, Acrimed, 22/09/2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Palestine : &#171; Le degr&#233; de d&#233;shumanisation et d'invisibilisation est sid&#233;rant &#187;</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Palestine-Le-degre-de-deshumanisation-et-d</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Palestine-Le-degre-de-deshumanisation-et-d</guid>
		<dc:date>2025-08-28T09:35:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pauline Perrenot</dc:creator>


		<dc:subject>Palestine</dc:subject>
		<dc:subject>Gaza</dc:subject>
		<dc:subject>Isra&#235;l</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-2023-Israel-Palestine-le-7-octobre-et-apres-" rel="directory"&gt;2023-... : Isra&#235;l-Palestine, le 7 octobre et apr&#232;s&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Palestine-+" rel="tag"&gt;Palestine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Gaza-+" rel="tag"&gt;Gaza&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Israel-+" rel="tag"&gt;Isra&#235;l&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L118xH150/une53_logo-5af3f.jpg?1776673587' class='spip_logo spip_logo_right' width='118' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cet entretien avec Monira Moon, Hicham Touili-Idrissi et Houda Asal a initialement &#233;t&#233; publi&#233; dans le &lt;i&gt;M&#233;diacritiques&lt;/i&gt; n&#176;53 (paru en f&#233;vrier 2025).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Monira Moon milite au sein de la campagne BDS (Boycott &#8211; D&#233;sinvestissement &#8211; Sanctions). Dipl&#244;m&#233; d'un master en droit international &#224; Sciences Po Paris, Hicham Touili-Idrissi s'est engag&#233; pendant les mobilisations &#233;tudiantes en 2023-2024 au sein du comit&#233; Palestine ; chercheur et artiste, il travaille aujourd'hui comme collaborateur parlementaire de la d&#233;put&#233;e europ&#233;enne Rima Hassan (LFI)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les propos tenus dans cet entretien n'engagent que lui.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Houda Asal est quant &#224; elle sociohistorienne, sp&#233;cialiste de l'immigration, des discriminations et de l'islamophobie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier temps de cette interview est d&#233;di&#233; &#224; l'information internationale ; le second, au traitement m&#233;diatique des mobilisations en soutien du peuple palestinien.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Acrimed : Il est difficile de revenir sur plus d'un an &#8211; et en r&#233;alit&#233; plusieurs d&#233;cennies &#8211; de traitement m&#233;diatique de la situation en Isra&#235;l/Palestine. Nous voulions toutefois commencer l'entretien en ayant votre regard, peut-&#234;tre sur ce qui vous marque et r&#233;volte le plus en tant qu'observateur et observatrices des m&#233;dias.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monira :&lt;/strong&gt; On a constat&#233; un glissement progressif dans le traitement m&#233;diatique, qui s'est acc&#233;l&#233;r&#233; au moment du 7 octobre 2023. Auparavant, les grands m&#233;dias sym&#233;trisaient beaucoup ce qui se joue en Isra&#235;l/Palestine. On nous pr&#233;sentait l'histoire de deux entit&#233;s qui se font face, &#224; &#233;galit&#233;. C'est un ph&#233;nom&#232;ne qui, d&#233;j&#224;, effa&#231;ait l'occupation et l'apartheid. Je me souviens avoir lu &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Informer-sur-le-Proche-Orient-le-syndrome-de-Tom-et-Jerry&#034;&gt;cet article d'Acrimed qui parlait du &#171; syndrome Tom et Jerry &#187;&lt;/a&gt; pour caract&#233;riser cela, c'est-&#224;-dire une couverture m&#233;diatique qui ne permettait pas du tout de comprendre l'origine du probl&#232;me puisqu'elle repr&#233;sentait deux ennemis qui se poursuivent, sans raison, depuis toujours. Cette sym&#233;trisation &#233;tait donc d&#233;j&#224; tr&#232;s probl&#233;matique, mais je crois que l&#224;, on n'est plus du tout l&#224;-dedans. On est dans un traitement m&#233;diatique qui prend fait et cause pour Isra&#235;l, qui reproduit un discours colonial fond&#233; sur la lecture d'une guerre de la &#171; civilisation &#187; contre la &#171; barbarie &#187;. &#192; partir du 7 octobre, &#231;a s'est fait de plus en plus ouvertement. Et c'est un ph&#233;nom&#232;ne qui sert un agenda raciste en France. Nous avons tout de m&#234;me, dans ce pays, une extr&#234;me droite qui prend &#233;norm&#233;ment d'ampleur, pas simplement au travers de la progression &#233;lectorale des partis, mais &#233;galement au travers des id&#233;es, qui se sont &#233;norm&#233;ment d&#233;ploy&#233;es, partout, et qui s'assument. Et en fait, &#231;a se r&#233;pond. C'est-&#224;-dire que la question palestinienne est aussi utilis&#233;e pour enfoncer le clou du racisme et de l'islamophobie qui s'expriment ici. Il faut comprendre, du coup, &#224; quel point &#231;a peut &#234;tre extr&#234;mement violent pour les personnes non-blanches, en France, d'assister &#224; ce traitement aussi d&#233;shumanisant en sachant qu'au fond, on sait que c'est aussi de nous dont on parle. Quand on parle des Palestiniens comme de nuisibles, de gens qu'il faut &#233;liminer, de gens qui sont tous des islamistes, etc., en fait, on parle de nous aussi symboliquement. C'est un enjeu qu'il faut vraiment saisir : se dire que oui, c'est notre affaire et oui, &#231;a nous concerne, puisqu'on est vis&#233;s par les m&#234;mes logiques racistes m&#234;me si &#233;videmment, &#231;a va de soi, on n'en est pas au point de subir ce que subissent les Palestiniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham :&lt;/strong&gt; Je partage ce que Monira vient de dire. En ce qui me concerne, j'aimerais insister sur deux choses parmi les multiples aspects du traitement m&#233;diatique qui m'auront marqu&#233;. La premi&#232;re, c'est que quand nous, en tant qu'&#233;tudiants et activistes, on souhaite parler de la Palestine, on nous r&#233;pond souvent : &#171; Mais les m&#233;dias en parlent tout le temps, le sujet est omnipr&#233;sent, etc. &#187; Mais la r&#233;alit&#233;, c'est qu'on ne parle jamais de ce qui se passe vraiment. On parle &#233;norm&#233;ment des d&#233;bats que &#231;a suscite en France, on essentialise en parlant des Juifs et des Arabes, mais de la Palestine, on n'en parle pas, ou alors trente secondes, pour nous donner bri&#232;vement le nombre de morts, apr&#232;s un reportage sur ce qui se passe en Isra&#235;l. On a comme une omnipr&#233;sence, dans la sph&#232;re m&#233;diatique, de ce qui se passe &lt;i&gt;autour&lt;/i&gt; de la question palestinienne, mais de la question palestinienne, fondamentalement, on n'en parle jamais vraiment dans les m&#233;dias tr&#232;s regard&#233;s. La deuxi&#232;me chose qui m'a marqu&#233;, et c'&#233;tait d&#233;j&#224; le cas lors des pr&#233;c&#233;dentes offensives sur Gaza, c'est le traitement des bombardements et la fa&#231;on dont le commentaire a largement d&#233;responsabilis&#233; l'arm&#233;e et le gouvernement isra&#233;liens, notamment dans son utilisation calcul&#233;e et ill&#233;gale de doctrines militaires utilisant l'intelligence artificielle et faisant beaucoup trop de morts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet les enqu&#234;tes de +972 Magazine, notamment &#171; &#034;A mass (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un commentaire qui, dans le m&#234;me temps, ne parle pas non plus des assassinats cibl&#233;s, des tirs de sniper, des personnes qui se prennent des balles dans la t&#234;te. Il y a des meurtres d&#233;lib&#233;r&#233;s de Palestiniens, des journalistes, des docteurs, des soignants, des universitaires, etc. Si ce r&#233;cit &#233;tait donn&#233;, &#231;a deviendrait plus compliqu&#233; de nous expliquer qu'Isra&#235;l se d&#233;fend en jetant des bombes qui cr&#233;ent des &#171; dommages collat&#233;raux &#187;. Mais ce n'est jamais abord&#233; dans les m&#233;dias occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Houda :&lt;/strong&gt; Je voudrais rench&#233;rir sur le premier point &#233;voqu&#233; par Hicham, la d&#233;sinformation et l'invisibilisation de ce qui se passe vraiment. Le traitement de ce qui se d&#233;roule en Palestine depuis le 7 octobre est syst&#233;matiquement en de&#231;&#224; de tout. Quand on regarde d'autres m&#233;dias &#8211; et moi, c'est clair que je m'informe &#233;norm&#233;ment ailleurs ou alors avec des m&#233;dias alternatifs s'agissant du paysage fran&#231;ais &#8211;, ce que je ressens et ce que n'importe quel observateur devrait ressentir, c'est d'&#234;tre horrifi&#233;e par l'ampleur objective de ce qui se passe. Depuis plus d'un an, y a-t-il un crime de guerre qu'Isra&#235;l n'a pas commis ? Chacun d'entre eux m&#233;riterait des reportages &#224; part enti&#232;re et des indignations internationales. Mais le degr&#233; de d&#233;shumanisation et d'invisibilisation est sid&#233;rant. Il y a des humanitaires internationaux qui rapportent des t&#233;moignages d&#233;crivant des enfants avec des balles dans la t&#234;te, dans le ventre, c'est-&#224;-dire un ciblage, volontaire. Il y a beaucoup plus d'enfants tu&#233;s que dans n'importe quel autre conflit, mais ces chiffres ne sont pas visibles, et au-del&#224; du nombre de morts, &lt;i&gt;quid&lt;/i&gt; des orphelins, des amput&#233;s, etc. Pour moi, c'est au-del&#224; de l'imaginable. Je pense que dans cette guerre, dans ce g&#233;nocide, l'ampleur, l'accumulation et la concentration des crimes sont vraiment in&#233;dites, mais la couverture m&#233;diatique ne refl&#232;te pas ces proportions. Et j'ai pris l'exemple des enfants uniquement. On pourrait aussi parler du ciblage des h&#244;pitaux, des journalistes, des personnels humanitaires, et des tortures. En Isra&#235;l, on torture massivement sans que &#231;a provoque davantage de r&#233;actions ni d'enqu&#234;tes. J'ai l'impression qu'il y a une acceptation du fait que nous sommes entr&#233;s dans un monde o&#249; le droit international n'a plus de valeur ni de poids. Les grands m&#233;dias participent de cette acceptation de la destruction du droit international et du droit humanitaire, de ces acquis qui n'&#233;taient pas du tout parfaits, mais auxquels on essayait quand m&#234;me de se raccrocher. Avec Gaza, tout &#231;a s'envole sans que &#231;a r&#233;volte comme &#231;a le devrait. La question que je me pose, du coup, est la suivante : si on montrait r&#233;ellement ce qui se passe, les ravages dans toute leur ampleur, sans d&#233;sinformer, est-ce que la r&#233;action des peuples serait r&#233;ellement la m&#234;me et les gouvernements pourraient-ils se permettre de continuer &#224; &#234;tre complices ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Vous avez tous trois insist&#233; sur la raret&#233; de l'information. Hicham, tu citais ce que peuvent r&#233;guli&#232;rement faire valoir certains journalistes en disant : &#171; Mais si, regardez, on en parle &#187;. Si l'on s'en tient &#224; un comptage strictement num&#233;rique, on trouvera en effet des sujets, ici et l&#224;, dans la presse comme dans l'audiovisuel. Mais c'est, en effet, un traitement au rabais. Ne pensez-vous pas qu'on le mesure d'autant plus quand on prend en compte son asym&#233;trie totale avec l'engagement &#233;ditorial massif dont les grands m&#233;dias ont fait preuve au moment du 7 octobre et dans les semaines qui ont suivi, que l'on pense en termes de surface et de hi&#233;rarchie &#233;ditoriales (nombre de Unes, &#233;ditions sp&#233;ciales en continu, fils d'actualit&#233; permanents, etc.), de manifestations explicites de sentiments (empathie, compassion, horreur, col&#232;re, etc.) ou encore de prises de position politiques assum&#233;es de la part des r&#233;dactions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monira :&lt;/strong&gt; Je pense effectivement que ce traitement du 7 octobre a fix&#233; beaucoup de choses. Pour moi, il y a &#224; ce moment-l&#224; une grosse responsabilit&#233; des grands m&#233;dias dans la fabrication du consentement au g&#233;nocide, notamment &#224; travers la reprise syst&#233;matique du discours isra&#233;lien, des communiqu&#233;s de l'arm&#233;e isra&#233;lienne et de ses mensonges, comme &#224; propos des 40 b&#233;b&#233;s d&#233;capit&#233;s. Les journalistes savent tr&#232;s bien qu'on ne peut pas prendre la parole d'une arm&#233;e pour argent comptant, ni la pr&#233;senter comme forc&#233;ment l&#233;gitime. Et pourtant, ils le font. Les b&#233;b&#233;s d&#233;capit&#233;s, c'est une fake news qui a &#233;t&#233; relay&#233;e par la quasi-totalit&#233; des m&#233;dias, m&#234;me par certains journaux ind&#233;pendants de gauche. Je me rappelle tr&#232;s bien qu'au mois d'octobre, on se sentait donc vraiment seuls, sans le moindre m&#233;dia auquel se raccrocher puisque m&#234;me des m&#233;dias &#171; de gauche &#187; se sont situ&#233;s dans cette fabrication du consentement, qui a permis &#224; tout le monde d'accepter tranquillement qu'il y allait avoir une op&#233;ration militaire dans Gaza, d'une ampleur qui avait &#233;t&#233; annonc&#233;e telle quelle ; repensons par exemple au ministre isra&#233;lien de l'&#201;nergie, Isra&#235;l Katz, affirmant qu'il n'y aurait plus d'eau, plus d'&#233;lectricit&#233;, plus de nourriture, etc. Il annon&#231;ait le chaos et &#231;a n'a pas fait r&#233;agir outre-mesure. &#199;a, &#231;a aura montr&#233; tr&#232;s clairement qu'il y a des vies qui valent la peine d'&#234;tre pleur&#233;es, et d'autres non. Les plateaux t&#233;l&#233; ont montr&#233; que les vies isra&#233;liennes, &#231;a compte, mais que les Palestiniens &#233;taient soit des &#171; dommages collat&#233;raux &#187;, soit tu&#233;s dans le cadre d'une lutte contre le terrorisme. Ce dernier terme a d'ailleurs constitu&#233; un v&#233;ritable pi&#232;ge, puisque dans les batailles s&#233;mantiques des premi&#232;res semaines, des intervenants se sont vu reprocher le fait de pr&#233;f&#233;rer parler de &#171; crimes de guerre &#187;, un lexique qui renvoie pourtant au droit international et appelle une r&#233;ponse juridique et p&#233;nale. Quel discours et quel vocabulaire utilise-t-on ? &#192; quoi &#231;a sert ? On voit bien &#224; quel point le d&#233;bat &#233;tait impossible &#224; ce moment-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais terminer en disant que si aujourd'hui, la fabrication du consentement n'est plus aussi manifeste qu'au d&#233;part, d'une part, elle n'a pas disparu, et, d'autre part, elle prend d'autres formes. S'agissant du premier point, &lt;i&gt;Le Parisien&lt;/i&gt; a par exemple titr&#233; &#171; la revanche du Phoenix &#187; au moment o&#249; Netanyahou s'est mis &#224; attaquer le Liban ; ce n'est ni plus ni moins qu'une hyper-valorisation d'une figure d'extr&#234;me droite, coloniale, qui pratique un g&#233;nocide. C'est scandaleux, mais c'est dans l'air du temps&#8230; Sur le deuxi&#232;me point, je pense notamment &#224; ces plateaux t&#233;l&#233; o&#249; la personne cens&#233;e repr&#233;senter la &#171; partie palestinienne &#187; est, au mieux, une personne r&#233;ellement issue des mobilisations palestiniennes, mais toujours seule, et sinon, des personnalit&#233;s per&#231;ues comme &#171; de gauche &#187; et en apparence &#171; pour la paix &#187;, mais qui portent un discours compl&#233;tement vide et d&#233;politisant &#224; propos des &#171; deux c&#244;t&#233;s &#187;, du fait qu'&#171; il n'y a plus d'empathie des deux c&#244;t&#233;s &#187;, etc. Il y a quelques semaines, l'une de ces personnalit&#233;s intervenait par exemple sur un plateau t&#233;l&#233; en disant qu'il fallait de la paix et de l'empathie. Mais quand la journaliste lui a demand&#233; &#171; Vous &#234;tes donc pour un cessez-le-feu ? &#187;, la r&#233;ponse a &#233;t&#233; &#171; non &#187;. Ce discours de &#171; paix &#187;, c'est donc une abstraction discursive. Ce type de plateaux, notamment l'&#233;mission &#171; C ce soir &#187; sur France 5, sont faits de telle sorte que se d&#233;gage une apparence non conflictuelle, o&#249; tout le monde parle doucement et s'&#233;coute. Je trouve souvent, au contraire, que ce qui s'y joue est extr&#234;mement violent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham :&lt;/strong&gt; Je suis totalement d'accord sur ce que tu dis &#224; propos de &#171; C ce soir &#187;. J'ai particip&#233; &#224; cette &#233;mission&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Palestine et mobilisations &#233;tudiantes : calomnies m&#233;diatiques en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; alors que moi, &#224; la base, je ne voulais vraiment pas &#234;tre m&#233;diatis&#233;, ni aller d&#233;battre sur des plateaux. Entre &#233;tudiants &#224; Sciences Po, on se poussait mutuellement &#224; aller quand m&#234;me faire entendre notre voix, dans un contexte o&#249; Sciences Po nous a jet&#233;s en p&#226;ture en affirmant des faits qui ont &#233;t&#233; ult&#233;rieurement prouv&#233;s faux : donner notre version dans la presse &#233;tait presque une obligation morale. En plus de &#231;a, c'&#233;tait un moyen de faire avancer le narratif, notamment sur la question de la suspension des partenariats universitaires qui &#233;tait totalement absente des plateaux t&#233;l&#233;s. J'ai eu beaucoup de chance qu'il y ait eu Ariane [&#233;tudiante et militante de R&#233;volution Permanente, NDLR] sur le plateau de &#171; C ce soir &#187;. On s'est vus dans les couloirs, on a discut&#233; de nos positions en essayant de voir comment on allait aborder les choses et on a r&#233;ussi &#224; montrer qu'on n'&#233;tait pas l&#224; pour d&#233;battre de choses qui n'&#233;taient pas &#171; d&#233;battables &#187;. L'&#233;mission en elle-m&#234;me pose en effet probl&#232;me quand on pr&#233;sente ce qui se passe comme un objet de &#171; d&#233;bat &#187;, alors que les d&#233;bats doivent avoir lieu &#224; l'endroit des solutions politiques, et pas des constats humanitaires qui, eux, sont limpides. Par ailleurs, la s&#233;quence o&#249; Denis Charbit s'&#233;nerve contre moi, alors que je ne dis absolument rien, &#231;a l'a beaucoup desservi. J'essayais d'avoir un discours extr&#234;mement poli et facile, mais qui n'&#233;tait pas juste &#171; On veut un cessez-le-feu &#187;, c'est-&#224;-dire un discours qui se voulait tr&#232;s clair sur la d&#233;colonisation totale de la Palestine. Ce qui est s&#251;r, c'est qu'apr&#232;s ces quelques interventions t&#233;l&#233; au mois d'avril, on ne m'a plus jamais invit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Houda, tu as beaucoup travaill&#233; sur l'islamophobie et sa construction dans les soci&#233;t&#233;s canadienne et fran&#231;aise notamment. Dans un r&#233;cent texte &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/racisme-anti-palestinien-france-islamophobie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;publi&#233; par Contretemps&lt;/a&gt;, tu revendiques qu'&#171; &lt;i&gt;il est temps de parler de racisme anti-palestinien en France&lt;/i&gt; &#187;, en soutenant que ce ph&#233;nom&#232;ne et ce concept sont &#171; &lt;i&gt;quasi-inconnus alors qu'ils permettraient de mieux comprendre les positions de l'&#201;tat fran&#231;ais, de nombre de m&#233;dias et de personnalit&#233;s, face au g&#233;nocide en Palestine.&lt;/i&gt; &#187; Peux-tu d&#233;velopper ce point, et en particulier les raisons pour lesquelles tu penses qu'il ouvre des perspectives particuli&#232;rement op&#233;rantes au moment de penser et d'expliquer ce qui se joue dans de nombreuses r&#233;dactions en France ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Houda :&lt;/strong&gt; Il y a en effet besoin d'un mot pour penser la sp&#233;cificit&#233; de ce qui se joue, m&#234;me si &#233;videmment, le racisme anti-palestinien s'inscrit dans la continuit&#233; du racisme anti-arabe, de l'islamophobie et du paradigme qui s'est ouvert avec la &#171; lutte contre le terrorisme &#187;. En l'&#233;tat, le d&#233;bat public ne permet pas de le faire tant la question du racisme en g&#233;n&#233;ral est mal trait&#233;e. En ce qui concerne les discriminations sur le terrain, les Palestiniens sont discrimin&#233;s comme arabes et/ou comme musulmans, en tout cas suppos&#233;s tels (sachant qu'un certain nombre d'entre eux sont chr&#233;tiens).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le racisme anti-palestinien d&#233;coule principalement de la question coloniale et c'est &#224; cet endroit que le probl&#232;me se noue. C'est un racisme fondamentalement anti-indig&#232;ne, contre un peuple qui est colonis&#233; &lt;i&gt;actuellement&lt;/i&gt;, l&#224; o&#249; le racisme anti-arabe s'exprime contre des populations anciennement colonis&#233;es et qui, depuis, ont acquis l'ind&#233;pendance, ce qui n'est pas tout &#224; fait la m&#234;me chose. La sp&#233;cificit&#233; palestinienne, elle est l&#224;. Ce sont des colonis&#233;s &#224; qui on nie le droit d'exister sur leur terre et m&#234;me d&#233;sormais, le droit &#224; la vie, en m&#234;me temps que le droit &#224; l'identit&#233;, &#224; la circulation, au retour, &#224; cultiver la terre, etc., avec cette dimension de remplacement d'un peuple autochtone/indig&#232;ne par des colons. Le racisme anti-palestinien c'est &#231;a, avec aussi le d&#233;ni de l'histoire, notamment de la Nakba, qui est le d&#233;but du processus g&#233;nocidaire de remplacement sous forme de nettoyage ethnique. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment &#171; &#231;a &#187; qui manque dans le r&#233;cit m&#233;diatique. Or, si on ne comprend pas les enjeux sp&#233;cifiques li&#233;s aux colonies de peuplement, on ne comprend pas la question palestinienne du tout. Et de fait, il y a autour de cette question un &#233;norme impens&#233; dans les m&#233;dias, m&#234;me dits &#171; de gauche &#187;, &#224; l'image de l'impens&#233; qui r&#232;gne dans une grande partie de la gauche politique. Beaucoup de sujets sont tr&#232;s tabous en France. La d&#233;colonisation, c'est tr&#232;s difficile de la penser. C'est aussi pour &#231;a que la comparaison avec l'Alg&#233;rie n'est jamais faite alors qu'elle serait pourtant non seulement appropri&#233;e mais aussi tr&#232;s int&#233;ressante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler de racisme anti-Palestinien, c'est d'abord insister sur cette dimension coloniale anti-indig&#232;ne. La deuxi&#232;me sp&#233;cificit&#233;, c'est l'effet-miroir avec l'antis&#233;mitisme, qui cr&#233;e une hi&#233;rarchie des vies et une hi&#233;rarchie raciale. Lorsque la question de l'antis&#233;mitisme est instrumentalis&#233;e pour minimiser ou justifier ce qui se passe en Palestine, c'est un &#233;norme probl&#232;me, y compris pour la lutte contre l'antis&#233;mitisme elle-m&#234;me. &#192; cet &#233;gard, je tiens &#224; souligner que s'il y a aussi des acteurs que l'on n'entend pas du tout dans les m&#233;dias, ce sont les collectifs et intellectuels juifs antisionistes. De temps &#224; autres, des m&#233;dias tr&#232;s alternatifs vont leur tendre un micro, mais sinon, jamais. Et &#231;a, &#231;a dit beaucoup de choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me point, c'est que ce racisme anti-palestinien ne touche pas seulement les Palestiniens en tant que tels. En France la population palestinienne est peu nombreuse et peu visible, m&#234;me s'il y a bien s&#251;r le cas Rima Hassan, qui s'inscrit 100 % l&#224;-dedans et dont le traitement est totalement caricatural&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Acharnement m&#233;diatique contre Rima Hassan &#187;, Acrimed, 31 mai 2024.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y a, en revanche, une forme de &#171; contagion &#187; de ce racisme qui va viser le narratif palestinien et la parole palestinienne plus largement. Tous les alli&#233;s de la cause, depuis les personnalit&#233;s consid&#233;r&#233;es comme &#171; pro-palestiniennes &#187; jusqu'aux journalistes ou aux chercheurs qui cherchent &#224; montrer un point de vue palestinien, &#224; mettre en lumi&#232;re la question coloniale et &#224; parler de colonis&#233;s/colons, d'opprim&#233;s/oppresseurs, d'occupation et d'apartheid, tous ceux-l&#224; sont marginalis&#233;s, exclus ou d&#233;consid&#233;r&#233;s dans l'espace m&#233;diatique dominant, o&#249; se donne &#224; voir une hi&#233;rarchie de la parole et de la narration. Je me disais que typiquement, un plateau comme celui qui nous r&#233;unit aujourd'hui, tous les trois, n'existera jamais. &#199;a ne peut pas exister en fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et bien s&#251;r, pour terminer, le racisme a toujours une fonction dans l'histoire. Avant le 7 octobre, il servait &#224; justifier la colonisation, le nettoyage ethnique, l'apartheid et tous les agissements criminels de l'&#201;tat d'Isra&#235;l. Aujourd'hui, le racisme anti-palestinien permet de justifier un g&#233;nocide en direct. La d&#233;shumanisation des Palestiniens, fondamentalement, elle sert &#224; &#231;a. C'est un ph&#233;nom&#232;ne qui date et qui aurait d&#251; &#234;tre mis en avant il y a bien longtemps, mais l&#224;, c'est tellement flagrant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Cette d&#233;shumanisation est &#224; l'origine du deux poids, deux mesures dont on a d&#233;j&#224; un peu parl&#233;. Parmi ses nombreuses manifestations dans les grands m&#233;dias, l'une d'entre elles est moins souvent point&#233;e du doigt. Il s'agit du traitement et de la confiance tr&#232;s nettement diff&#233;renci&#233;s accord&#233;s par les r&#233;dactions et les chefferies m&#233;diatiques aux sources d'information auxquelles ils peuvent avoir acc&#232;s, directement ou non, qu'il s'agisse des institutions, des journalistes ou des t&#233;moins et acteurs directs. Qu'avez-vous relev&#233; de particuli&#232;rement &#233;difiant &#224; ce sujet au cours des derniers mois dans les m&#233;dias fran&#231;ais ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Houda :&lt;/strong&gt; Depuis un an maintenant, je n'arr&#234;te pas de m'interroger sur la singularit&#233; de ce qui se passe en Palestine, de son traitement. Ce deux poids, deux mesures en fait partie et pour le comprendre, il faut &#224; mon avis prendre en compte un enjeu politique central, &#224; savoir le soutien explicite de la France &#224; Isra&#235;l. Ce qui est sp&#233;cifique, c'est de donner autant la parole &#224; un &#201;tat qui commet un g&#233;nocide, qui l'explicite et qui l'assume. Et donc de le l&#233;gitimer. Imaginez si on donnait la parole matin, midi et soir &#224; des repr&#233;sentants russes dans la guerre avec l'Ukraine. On sait en plus tr&#232;s bien qu'Isra&#235;l a une longue histoire de propagande, la &lt;i&gt;hasbara&lt;/i&gt;, qui a &#233;t&#233; tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment document&#233;e. Le degr&#233; de d&#233;sinformation, on le conna&#238;t tr&#232;s bien. Donc je ne comprends pas que des journalistes donnent encore la parole de cette fa&#231;on &#224; des repr&#233;sentants de l'arm&#233;e ou du gouvernement isra&#233;liens. J'aimerais d'ailleurs qu'on me dise quel autre acteur ils &#233;coutent et relaient autant, c'est vraiment spectaculaire. Et ce qui est peut-&#234;tre encore pire, c'est qu'au fil du temps, les grands m&#233;dias ne d&#233;construisent rien du tout. Je pensais par exemple qu'&#224; l'occasion des &#171; un an &#187; du 7 octobre, on reviendrait sur toute la d&#233;sinformation qui a &#233;t&#233; d&#233;ploy&#233;e &#224; l'&#233;poque. Or, il n'y a rien eu. Il y a bien s&#251;r des &#233;volutions dans le traitement de ce qui se passe &#224; Gaza, mais on n'a pas encore d'autocritique sur ce qui a &#233;t&#233; produit il y a un an. Les journalistes ne se sont pas excus&#233;s. Ils n'ont pas produit d'articles ne serait-ce que pour dire qu'ils s'&#233;taient pr&#233;cipit&#233;s alors qu'ils n'ont cess&#233; de reprendre et d'int&#233;grer les r&#233;cits isra&#233;liens, que ce soit dans le choix des mots, dans le narratif ou dans les faits. De nouveau, cette s&#233;quence a &#233;t&#233; une d&#233;faite totale du journalisme d'enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me chose, pour reprendre le fil du deux poids, deux mesures, c'est qu'en m&#234;me temps qu'on donne du cr&#233;dit &#224; la propagande isra&#233;lienne, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; dans les m&#233;dias d'extr&#234;me droite, on en donne tr&#232;s peu aux journalistes sur place. Leur travail est d'une rigueur incroyable alors que ce sont des personnes qui sont cibl&#233;es et dont on assassine les familles. Je rappelle quand m&#234;me que c'est le conflit o&#249; le plus grand nombre de journalistes ont &#233;t&#233; tu&#233;s et vis&#233;s volontairement parce que journalistes. Certains d'entre eux pourraient sortir, notamment ceux qui travaillent dans les m&#233;dias les plus prestigieux comme Al Jazeera, mais ils restent. Ils sont pr&#234;ts &#224; mourir pour faire leur m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a ne serait pas compliqu&#233; que chaque journal en France trouve des correspondants et des t&#233;moignages de Gaza, r&#233;guli&#232;rement. On entend que c'est compliqu&#233;, mais ce n'est pas vrai. Ce qui se passe, c'est qu'on a une masse de gens qui parlent&#8230; et qu'on n'&#233;coute pas. Les journalistes palestiniens ne sont pas consid&#233;r&#233;s comme des vrais journalistes. Et encore une fois, cette d&#233;consid&#233;ration, c'est du racisme. Pourquoi n'y a-t-il pas de manifestation importante dans la profession journalistique pour d&#233;noncer cela ? Pourquoi les photos des journalistes tu&#233;s ne sont-elles pas publi&#233;es &#224; la Une ? O&#249; est l'indignation et la solidarit&#233; de la corporation pour leurs confr&#232;res et cons&#339;urs assassin&#233;s ? Pourquoi n'y a-t-il pas des plateaux entiers sur les journalistes palestiniens et la mani&#232;re dont ils travaillent ? On n'est pas assez choqu&#233;, tout le temps, par tout ce qui se passe l&#224;-bas et la corporation journalistique, de tout bord, n'est vraiment pas &#224; la hauteur. S'agissant du blocus de Gaza, on pourrait tout &#224; fait imaginer que les journalistes internationaux fassent pression sur leurs r&#233;dactions et sur Isra&#235;l en disant : &#171; Nous, on arr&#234;te d'inviter des repr&#233;sentants isra&#233;liens, on arr&#234;te de reprendre leurs d&#233;clarations, on les boycotte, tant qu'on ne nous laisse pas rentrer &#224; Gaza &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monira :&lt;/strong&gt; La mise en cause des chiffres s'inscrit dans cette m&#234;me dynamique. Quand les journalistes disent &#171; selon le Hamas &#187;, c'est comme s'ils ne faisaient pas la diff&#233;rence entre une faction arm&#233;e et un gouvernement qui a un minist&#232;re de la Sant&#233;, lequel recueille des donn&#233;es et rapporte des chiffres, bien sous-&#233;valu&#233;s en plus puisque seuls les morts directs sont compt&#233;s. Je suis engag&#233;e sur la Palestine depuis que je suis adulte et c'est toujours la m&#234;me histoire. En 2014, il y avait cette m&#234;me suspicion autour du minist&#232;re de la Sant&#233; et ses chiffres ont &#233;t&#233; ensuite confirm&#233;s par des rapports. Les grands m&#233;dias reposent la question apr&#232;s chaque bombardement, en m&#234;me temps qu'ils donnent cr&#233;dit &#224; Isra&#235;l sans preuve ni v&#233;rification. On pourrait d&#233;multiplier les exemples des biais de vocabulaire, de langage, mais s'agissant du traitement m&#233;diatique en g&#233;n&#233;ral, je voudrais insister sur un point qui a &#233;t&#233; moins comment&#233;, c'est la question de l'accent. Des personnes qui n'ont jamais su prononcer le &#171; kh &#187; de Khadija se sont mises &#224; parler du &#171; Khamas &#187;. &#199;a peut para&#238;tre anecdotique, mais &#231;a ne l'est pas du tout. &#192; la t&#233;l&#233;vision, &#224; la radio, des gens qui n'ont jamais pu prononcer un mot en arabe et qui n'ont jamais fait l'effort de prononcer un pr&#233;nom correctement se mettent d'un coup &#224; dire [le Khamas, le Khamas]. C'est un ph&#233;nom&#232;ne en r&#233;alit&#233; tr&#232;s visible et r&#233;v&#233;lateur d'un racisme tr&#232;s clair. Autre chose m'est devenu insupportable : ce sont les titres d'articles avec des guillemets un mot sur deux. &#171; L'ONU d&#233;nonce le &#034;g&#233;nocide&#034; dans les &#034;territoires palestiniens&#034; &#187;. D&#232;s qu'on parle de la Palestine, les r&#233;dactions veulent tellement para&#238;tre &#171; neutres &#187; qu'elles mettent des guillemets sur tout et n'importe quoi pour en arriver, au bout du compte, &#224; s'engager sur rien du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Et en tout &#233;tat de cause, accompagner la loi du plus fort&#8230; On parlait un peu plus t&#244;t du poids de la communication de l'arm&#233;e isra&#233;lienne : non seulement elle n'est pas mise syst&#233;matiquement entre guillemets, mais elle fait aussi l'objet de reprises tr&#232;s s&#233;lectives. Typiquement, les vid&#233;os de soldats qui documentent leurs propres exactions ne font couler que tr&#232;s peu d'encre et ne sont quasiment pas diffus&#233;es dans l'audiovisuel. Or, depuis le mois d'octobre, tous les jours, on a acc&#232;s &#224; des contenus de ce type sur les r&#233;seaux sociaux, recens&#233;s par des journalistes palestiniens notamment. &#199;a pourrait &#8211; et devrait &#8211; &#234;tre un mat&#233;riau exploitable d'un point de vue journalistique, mais ce n'est jamais ou tr&#232;s rarement le cas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham :&lt;/strong&gt; Il y a effectivement une dissonance totale entre ce qu'on voit tous sur les r&#233;seaux sociaux, &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; ces journalistes palestiniens, ou dans quelques m&#233;dias alternatifs&#8230; et ce qu'on voit &#224; la t&#233;l&#233;. &#199;a produit un effet d&#233;vastateur et irr&#233;versible sur notre compr&#233;hension du mythe de la &#171; d&#233;mocratie &#187;. Les associations palestiniennes ou les grandes ONG, qui travaillent sur le terrain, pourraient aussi constituer des sources de premier plan. Les comit&#233;s Palestine, que ce soit &#224; Sciences Po ou dans d'autres universit&#233;s &#224; Lyon, Gen&#232;ve ou en Belgique, sont d'ailleurs en contact avec beaucoup d'entre elles. De la m&#234;me mani&#232;re, de nombreux travaux de l'ONU ne sont jamais couverts, je pense notamment aux rapports sur la question de l'eau dans les territoires palestiniens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les travaux et les rapports de Pedro Arrojo-Agudo, rapporteur sp&#233;cial (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#224; celui d'Oxfam, qui en a produit un &#233;galement concernant Gaza&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Oxfam, &#171; Water War Crimes : How Israel has weaponised water in its military (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monira :&lt;/strong&gt; S'agissant des soldats, c'est m&#234;me pire : il y a bel et bien une humanisation des soldats isra&#233;liens. Je pense aux reportages et aux sujets sur tel soldat franco-isra&#233;lien, avec des gros plans sur sa vie, sa famille. On parle de citoyens partis s'engager dans un massacre de populations civiles, mais les journalistes r&#233;clament qu'on comprenne leurs affects et leurs &#233;motions. La d&#233;shumanisation des Palestiniens passe aussi par l'humanisation des soldats qui les tuent. &#192; ce sujet, je voudrais aussi &#233;voquer un autre ph&#233;nom&#232;ne, qu'il faudrait d&#233;velopper longuement donc je me contente juste d'une introduction. Parfois, les m&#233;dias montrent ce qui se passe &#224; Gaza. Ils montrent des images. Des corps meurtris, d&#233;chiquet&#233;s. Mais je pense que faute d'&#234;tre accompagn&#233;es de longs r&#233;cits palestiniens, ces images sont elles aussi deshumanisantes en r&#233;alit&#233;. On s'habitue &#224; ce que les corps non blancs soient des corps morts, ensevelis, d&#233;shabill&#233;s, tortur&#233;s, mais sans voix pour rappeler ce que sont leurs vies et les vies autour. Quelque part, c'est montrer en d&#233;shumanisant. M&#234;mes dans nos milieux, on a tendance &#224; vouloir montrer ces images violentes parce qu'on a envie que les gens en prennent conscience. Mais je crois qu'il faut qu'on y fasse attention et que le risque existe de participer &#224; cette grande vague de d&#233;shumanisation. On les voit tout le temps dans cet &#233;tat. Je pense qu'on a besoin de voir des Palestiniens debout, qui parlent, qui expliquent, qui racontent ce qui leur arrive, ce qu'est leur lutte contre l'occupation, contre la colonisation et l'apartheid. On a besoin d'entendre et de porter le message de Palestiniens vivants. Il faudrait presque rappeler que les champs de bataille o&#249; tout est d&#233;truit ne sont pas l'habitat naturel des Palestiniens. Ce sont des gens &#224; qui Isra&#235;l a tout pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Les grands m&#233;dias ont jou&#233; et continuent de jouer un r&#244;le fondamental dans ce ph&#233;nom&#232;ne, dans le sens o&#249; l'invisibilisation dure depuis des d&#233;cennies. Nous n'avons pas de mati&#232;re pour nous forger des repr&#233;sentations des Palestiniens. Aujourd'hui, comme tu le disais, leur &#171; objectivation &#187; est paroxystique puisque ce sont, en effet, des corps morts. Hier, ils &#233;taient parfois des corps morts, mais la plupart du temps, ils &#233;taient surtout des corps absents. C'est une d&#233;shumanisation qui travaille donc les imaginaires depuis tr&#232;s longtemps, qui fossilise un sentiment d'&#171; &#233;tranget&#233; &#187; et qui entrave toute forme d'identification &#224; leur &#233;gard. C'est peut-&#234;tre pessimiste, mais quand on a pass&#233; des d&#233;cennies &#224; invisibiliser et &#224; taire les r&#233;cits, la vie quotidienne et l'ordinaire de cette population, comme de bien d'autres d'ailleurs, est-ce qu'il est possible, m&#233;diatiquement parlant, de combler ces orni&#232;res &#224; l'instant T ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monira :&lt;/strong&gt; Je prends un exemple. R&#233;cemment, une journaliste de France 2 s'est f&#233;licit&#233;e de son reportage. Elle donne la parole &#224; un Palestinien qui lui dit : &#171; On a tout perdu, tout le monde est mort &#187;. Mais est-ce que &#231;a suffit ? Enfin, je veux dire, c'est quel niveau d'analyse de venir voir quelqu'un post&#233; sur des ruines, qui a tout perdu, sans aller ailleurs, montrer d'autres choses et donner &#224; entendre d'autres voix ? J'aime beaucoup le journaliste Jean Stern&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Stern est journaliste et travaille aujourd'hui pour Orient XXI.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour cela. Quand il fait des reportages sur la Palestine, il t'emm&#232;ne en promenade, il d&#233;crit, il discute avec des gens. Tout &#231;a nous manque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Houda :&lt;/strong&gt; Sur la question des repr&#233;sentations, du point de vue des directions &#233;ditoriales, sans doute y a-t-il encore pire que montrer des Palestiniens comme victimes : c'est de les montrer comme r&#233;sistants. R&#233;sistants au quotidien dans leur capacit&#233; &#224; survivre, &#224; rester chez eux, &#224; s'entraider, &#224; se tenir debout, &#224; maintenir leur culture vivante. Mais je pense aussi au fait qu'il n'y ait jamais d'analyse ou de reportages sur les affrontements militaires. &#199;a aussi, c'est s'aligner sur la propagande isra&#233;lienne, qui cache ses pertes militaires et refuse d'analyser o&#249; ils en sont sur le terrain apr&#232;s plus d'un an de guerre. Il ne faut donc pas montrer les Palestiniens comme des victimes, ou au mieux de temps en temps, mais il ne faut pas non plus les montrer comme agissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;En effet, ce sujet ne fait clairement pas partie de &#171; l'acceptable &#187;, alors que &#231;a devrait &#234;tre une mati&#232;re journalistique comme une autre, tant leur m&#233;tier consiste en th&#233;orie &#224; documenter ce qui est, ce qui se passe. &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; l'a fait r&#233;cemment, notamment &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/mav/193/PIRONET/66517&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans un article sur la reconfiguration de groupes arm&#233;s, tr&#232;s jeunes, en Cisjordanie&lt;/a&gt;. J'imagine que sur un plateau, le seul fait d'&#233;voquer cela serait immanquablement criminalis&#233;, identifi&#233; comme un &#171; soutien &#187;. Or, il ne s'agit pas de soutenir ou non, il s'agit de faire du journalisme, de rapporter des faits. Le verrouillage du d&#233;bat provient aussi du fait que des paroles ne s'expriment pas du tout sur le m&#234;me registre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham :&lt;/strong&gt; Et ils ne pourraient m&#234;me pas utiliser l'argument &#171; ce n'est pas vendeur &#187; parce qu'il y a un int&#233;r&#234;t pour ce qui se passe. On entend souvent &#171; ce n'est pas un g&#233;nocide, c'est une guerre &#187;. Eh bien parlons-en de cette &#171; guerre &#187;, analysons ce qui se passe au niveau des acteurs sur le terrain. De la m&#234;me mani&#232;re, les m&#233;dias devraient pouvoir inviter des sp&#233;cialistes des mouvements de lib&#233;ration et aller vraiment dans le d&#233;tail. Les seuls moments o&#249; on a eu des historiens qui connaissent sp&#233;cifiquement cette question, le Hamas, la r&#233;gion, les enjeux autour des n&#233;gociateurs, etc., ils ont subi des pressions et leur discours a &#233;t&#233; assimil&#233; &#224; une &#171; glorification du terrorisme &#187;. Je trouve &#231;a fou qu'on n'arrive pas &#224; informer sur l'un des acteurs centraux &#224; Gaza et que dans le m&#234;me temps, on glorifie l'&#201;tat d'Isra&#235;l. On l'a d&#233;j&#224; un peu &#233;voqu&#233;, mais je crois que le cadre &#171; antiterroriste &#187; p&#232;se lourd en France, plus largement en Occident, mais aussi dans le reste du monde, on le voit avec la question kurde, les Ou&#239;ghours, etc. Il r&#233;git beaucoup de choses. Et il se trouve que ce cadre est tout de m&#234;me intimement li&#233; &#224; la question coloniale et des luttes d&#233;coloniales. J'avais justement un cours &#224; propos des impacts des lois antiterroristes sur les droits humains, avec une professeure qui travaille dans un organisme de l'ONU en charge de mesurer leur influence sur nos libert&#233;s individuelles dans tous les &#201;tats membres de l'ONU. Avant le 11 septembre, beaucoup de pays s'opposaient aux cadres &#171; antiterroristes &#187; en arguant que dans ces cas-l&#224;, tous les mouvements de d&#233;colonisation allaient &#234;tre qualifi&#233;s de terroristes. Post 11 septembre, on voit que c'est exactement ce qui s'est pass&#233;. Parler de d&#233;colonisation en Palestine, parler de r&#233;sistance arm&#233;e, c'est totalement inaudible en France et litt&#233;ralement impossible dans les m&#233;dias. Au sein du comit&#233; Palestine, &#224; Sciences Po, je crois fondamentalement que le fait d'avoir, &#224; un certain moment, d&#233;cid&#233; de ne plus parler aux m&#233;dias et de ne plus avoir d'interactions avec eux, &#231;a nous a aussi permis de r&#233;fl&#233;chir. Et de penser. Cela dit, &#224; une &#233;chelle beaucoup plus large, je vois vraiment une impasse, j'ai du mal &#224; avoir de l'espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Tu m'offres une bonne transition pour &#233;voquer le traitement des mobilisations en soutien du peuple palestinien. Depuis plus d'un an, des manifestations, des rassemblements et des actions diverses ont lieu partout en France, tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement. Avez-vous des remarques d'ordre g&#233;n&#233;ral s'agissant de la couverture que leur r&#233;servent les m&#233;dias dominants ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham :&lt;/strong&gt; Une fois encore, il y a une dissonance totale entre ce qui est rapport&#233; par les personnes mobilis&#233;es et les grands m&#233;dias. Avant le 7 octobre, les manifestations Palestine ne rassemblaient plus grand monde, principalement des personnes &#226;g&#233;es, on &#233;tait &#224; peine une centaine &#224; faire les m&#234;mes parcours dans Paris. Depuis, il y a des mobilisations importantes, mais elles sont tr&#232;s peu couvertes et tr&#232;s peu film&#233;es, &#224; l'image des actions de d&#233;sob&#233;issance civile, essentiellement document&#233;es par les militants eux-m&#234;mes. Quand elles le sont, l'accent va souvent &#234;tre mis sur &#171; l'antis&#233;mitisme &#187;, la &#171; dangerosit&#233; &#187; ou les &#171; risques de troubles &#187; alors que quand on est dedans, on sait que c'est tr&#232;s &#224; la marge de ce que l'on vit. On nous a aussi beaucoup reproch&#233; d'avoir &#171; import&#233; le conflit &#187;. C'est une des choses qui m'&#233;nerve le plus. C'est en fait la France et d'autres qui se sont &#171; import&#233;s &#187; au Moyen-Orient ! La deuxi&#232;me chose, c'est qu'on a quand m&#234;me Olivier Rafowicz en live sur BFM-TV toutes les semaines, Netanyahou s'exprime sur CNews et sur LCI en direct &#224; des heures de grande &#233;coute et une large partie du spectre politique &#8211; la macronie, la droite, l'extr&#234;me droite et une partie de la gauche &#8211; a apport&#233; un &#171; soutien inconditionnel &#187; &#224; l'une des deux parties. Donc ce conflit, il existe en France. Simplement, on nous dit &#224; nous en tant que Fran&#231;ais qu'on est cens&#233;s avoir de l'empathie pour l'&#201;tat d'Isra&#235;l et qu'il est une continuit&#233; de notre &#171; civilisation jud&#233;o-chr&#233;tienne &#187;. Apr&#232;s tout &#231;a, entendre qu'on &#171; importe le conflit &#187; quand on manifeste, c'est quand m&#234;me ahurissant. Mais &#231;a rejoint ce que pointait Houda &#224; propos de la sp&#233;cificit&#233; de la question palestinienne, qu'on ne retrouve pas dans la mani&#232;re qu'ont les m&#233;dias et les gouvernements d'aborder d'autres conflits dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monira :&lt;/strong&gt; Je suis totalement d'accord avec &#231;a et j'ajoute que l'accusation d'&#171; importer le conflit &#187; est omnipr&#233;sente depuis des ann&#233;es. On n'a pas import&#233; le conflit, on l'a export&#233;. La campagne BDS montre par exemple que si Isra&#235;l peut mener ce g&#233;nocide, c'est gr&#226;ce &#224; l'aide de pays &#233;trangers. S'agissant de la France, ce sont des armes, des investissements d'entreprises, des liens avec des universit&#233;s, etc. Il y a tout un &#233;cosyst&#232;me de complicit&#233; qui rend les choses possibles. Enfin, il faut tout de m&#234;me dire que beaucoup de r&#233;dactions se sont int&#233;ress&#233;es &#224; des mobilisations uniquement au prisme de l'antis&#233;mitisme. Quand on se mobilise et qu'on est 4 000, ils n'en ont rien &#224; faire de ces 4 000 personnes. &#192; Sciences Po, il y a eu plein de mobilisations dans le silence le plus complet. Mais quand l'UEJF a racont&#233; qu'une &#233;tudiante n'avait pas &#233;t&#233; autoris&#233;e &#224; entrer dans un amphith&#233;&#226;tre occup&#233; parce qu'elle &#233;tait juive, les grands m&#233;dias se sont tous engouffr&#233;s l&#224;-dedans et ont invit&#233; des porte-parole de cette organisation sur tous les plateaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; France Inter, Sciences Po et la Palestine : quand la &#034;pol&#233;mique&#034; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y a des choses qui int&#233;ressent les r&#233;dactions, parmi lesquelles d&#233;cr&#233;dibiliser et criminaliser les personnes mobilis&#233;es pour la Palestine et les associer &#224; du racisme, un ph&#233;nom&#232;ne par ailleurs largement minor&#233; d&#232;s lors qu'il n'est pas question d'antis&#233;mitisme. Le deux poids, deux mesures est permanent. Il y a quelques semaines, l'UEJF est venu perturber un d&#233;bat organis&#233; &#224; Pantin, en Seine-Saint-Denis. &#192; cette occasion, j'ai film&#233; une sc&#232;ne o&#249; un militant se met &#224; crier tout seul par terre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Que sait-on de cette vid&#233;o d'un militant de l'UEJF au sol, lors d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L&#224;, les m&#233;dias qui relaient en permanence leurs &#171; pol&#233;miques &#187; ne se sont pas pr&#233;cipit&#233;s pour savoir ce qui s'&#233;tait pass&#233;. Seuls deux journalistes m'ont contact&#233;e, l'un travaillant pour AJ+, l'autre pour le service &#171; Checknews &#187; de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;. Qu'est-ce qu'on retient de cette m&#233;diatisation &#224; g&#233;om&#233;trie variable ? L'angle est clair : c'est d'essayer de nous faire passer pour des antis&#233;mites pour nous silencier sur la question de la Palestine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Alors justement, j'aimerais qu'on s'attarde sur la couverture m&#233;diatique des mobilisations &#224; Sciences Po. Ces derni&#232;res ont fait l'objet de coups de projecteur et d'un suivi relatif compte tenu de la renomm&#233;e de l'&#233;cole, de sa localisation ou encore des relations de proximit&#233; diverses existant avec les grandes r&#233;dactions parisiennes. Ce qui ne veut pas dire pour autant que la mobilisation ait &#233;t&#233; trait&#233;e v&#233;ritablement en tant que telle&#8230; et encore moins correctement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Palestine et mobilisations &#233;tudiantes : calomnies m&#233;diatiques en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Hicham, quand les m&#233;dias ont-ils commenc&#233; &#224; s'int&#233;resser aux activit&#233;s du comit&#233; Palestine et que peux-tu nous dire de la couverture qui vous a alors &#233;t&#233; r&#233;serv&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham :&lt;/strong&gt; D&#233;j&#224;, ce que les grands m&#233;dias ne mettent pas en lumi&#232;re, c'est que c'est loin d'&#234;tre une question nouvelle &#224; Sciences Po. Si je ne devais prendre qu'un seul exemple, je citerais, en 2019, cette exposition sur les p&#234;cheurs de Gaza, qui avait &#233;t&#233; annul&#233;e. Le bureau des &#233;tudiants s'en &#233;tait indign&#233; dans un communiqu&#233; et avait &#233;t&#233; r&#233;prim&#233; par la direction de l'&#233;poque. &#201;videmment, il n'y avait eu aucune couverture m&#233;diatique de ces &#233;v&#233;nements. S'agissant de la s&#233;quence r&#233;cente, il faut sans doute que je commence par une mise en contexte. En septembre, plusieurs &#233;tudiants de Palestine et de la diaspora ont cr&#233;&#233; l'association Students for Justice in Palestine &#224; Sciences Po. Ils organisaient des &#233;v&#233;nements &#233;tudiants classiques et d&#233;claraient tout ce qu'ils faisaient, que ce soit pour l'obtention d'une salle ou l'organisation d'une petite manifestation &#224; l'int&#233;rieur des locaux. Le tout, sous haute surveillance de la direction, syst&#233;matiquement. Le comit&#233; Palestine a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; dans la foul&#233;e, en novembre, autour d'&#233;tudiants qui avaient d&#233;j&#224; milit&#233; ensemble contre l'extr&#234;me droite ou les violences sexistes et sexuelles par exemple. On a fait une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale et on a fix&#233; le premier grand &#233;v&#233;nement au 29 novembre, la journ&#233;e de l'ONU en soutien au peuple palestinien. &#192; ce moment-l&#224;, on &#233;tait un mouvement autog&#233;r&#233; et on ne voulait qu'aucun nom ou visage ne sorte. On &#233;tait l&#224; pour amplifier la voix des Palestiniens qui ne pouvaient pas se permettre d'&#234;tre visibles, qui n'avaient pas de passeports fran&#231;ais et pour lesquels il est compliqu&#233; de militer. On voulait secouer un peu Sciences Po parce que son silence &#233;tait assourdissant pour une immense majorit&#233; d'entre nous. Notre action &#233;tait guid&#233;e par les principes du Thawabit : le droit des peuples &#224; r&#233;sister &#224; l'occupation, le droit &#224; l'autod&#233;termination, J&#233;rusalem comme capitale de la Palestine et le droit au retour de tous les r&#233;fugi&#233;s. Quant &#224; nos revendications, elles &#233;taient tr&#232;s simples : organiser une minute de silence &#224; Sciences Po, appeler publiquement &#224; un cessez-le-feu, prot&#233;ger les &#233;tudiants palestiniens, garantir les libert&#233;s syndicales et rompre les partenariats avec les universit&#233;s isra&#233;liennes. Pendant cette premi&#232;re p&#233;riode, seuls des m&#233;dias de niche se sont int&#233;ress&#233;s &#224; la mobilisation, ainsi que des journalistes ind&#233;pendants qui ont l'habitude de filmer les manifestations pour les r&#233;seaux sociaux, comme Luc Auffret ou Cl&#233;ment Lanot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars, nous avons organis&#233; un gros &#233;v&#233;nement &#224; l'occasion de la Journ&#233;e europ&#233;enne contre le g&#233;nocide et le scolasticide, qui s'est tenue dans le cadre de la Semaine mondiale contre l'apartheid isra&#233;lien, laquelle existe depuis 2005. En tant qu'universitaires, on d&#233;non&#231;ait &#233;videmment la destruction de la connaissance et le fait qu'il n'existe plus aucune universit&#233; &#224; Gaza, les douze ayant &#233;t&#233; d&#233;truites par l'arm&#233;e isra&#233;lienne. On a donc d&#233;cid&#233; d'occuper l'amphith&#233;&#226;tre Boutmy et c'est &#224; ce moment-l&#224; qu'a eu lieu la fameuse &#171; pol&#233;mique &#187; avec l'&#233;tudiante de l'UEJF. Cette matin&#233;e du 12 mars, elle &#233;tait pourtant incroyable. &#199;a faisait alors six ans que j'&#233;tudiais &#224; Sciences Po, j'avais particip&#233; aux campagnes sur les questions &#233;cologiques, f&#233;ministes et antiracistes, et je n'avais jamais vu une manifestation aussi belle, dans un moment pourtant si triste&#8230; Je n'avais jamais vu autant de ferveur chez les &#233;tudiants qui &#233;taient l&#224;, je n'avais jamais vu non plus autant d'&#233;tudiants racis&#233;s s'engager et militer. Un de mes professeurs, un Palestinien qui a perdu son p&#232;re &#224; Gaza car l'arm&#233;e isra&#233;lienne a refus&#233; que l'ambulance dans laquelle il se trouvait passe le checkpoint alors qu'il &#233;tait mourant, &#233;tait tr&#232;s &#233;mu et nous a f&#233;licit&#233;s pour ce qu'on avait fait. C'&#233;tait une journ&#233;e de col&#232;re mais aussi d'espoir pour des centaines de gens. Et de tout ce que je raconte l&#224;, rien n'a &#233;t&#233; m&#233;diatis&#233;. Ce qui a fait l'&#233;v&#233;nement, vous le connaissez : la venue de la ministre Sylvie Retailleau puis de Gabriel Attal &#224; Sciences Po et un communiqu&#233; de la direction de l'&#233;cole pour condamner ce que nous avions fait, sans le moindre respect pour la pr&#233;somption d'innocence dont on nous rab&#226;che les oreilles quand on parle de violences sexistes et sexuelles. En tant que jeunes militants, c'&#233;tait extr&#234;mement &#233;trange d'alerter depuis le mois de novembre sur ce qui se passait dans un silence assourdissant et d'un coup, voir d&#233;barquer toutes les cam&#233;ras du pays. Le soir-m&#234;me, je ne sais trop comment, mon num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone a circul&#233; et BFM-TV m'a invit&#233; &#224; venir sur un plateau. J'ai refus&#233;. On ne voulait parler ni &#224; BFM-TV, ni &#224; CNews.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le lendemain, on s'est rendu compte qu'ils essayaient de tout mettre sur le dos de quelques &#233;tudiants racis&#233;s, &#233;videmment. C'est en r&#233;action &#224; ce ciblage raciste et en acte de solidarit&#233;, en quelque sorte, qu'on a chang&#233; de cap. On s'est dit qu'on &#233;tait responsables nous-m&#234;mes de ce contre-pouvoir, des faits, et qu'on allait bien devoir parler aux m&#233;dias. C'est donc ce qu'on a fait. On a organis&#233; un espace de conversation de confiance en se demandant qui, parmi nous, avait un passeport fran&#231;ais, qui pouvait se permettre d'aller &#224; la t&#233;l&#233; et qui, parmi les &#233;tudiants non racis&#233;s, se sentait d'y aller en courant le moins de risque. Deux &#233;tudiants en sont ressortis, dont moi. Le 13 mars, j'ai donc &#233;t&#233; en contact avec un nombre incalculable de m&#233;dias, pendant toute la journ&#233;e. J'ai fait des s&#233;ances de &#171; fact-checking &#187; avec des journalistes de l'AFP, qui me posaient des questions tr&#232;s rapidement pour v&#233;rifier nos informations. Je suis all&#233; sur BFM-TV pour que soit entendue notre version. Et &#224; partir de l&#224;, on s'est vraiment rendu compte de ce qui les int&#233;ressait. Ce n'&#233;tait pas nos revendications, c'&#233;tait Sciences Po. On a voulu en profiter et la strat&#233;gie a donc &#233;volu&#233; puisqu'&#224; partir du mois d'avril, on a commenc&#233; &#224; occuper l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;&#199;a signifie que les grands m&#233;dias ont nettement influenc&#233; la forme de votre mobilisation. Ce n'est pas rien quand on r&#233;fl&#233;chit aux liens mouvements sociaux/m&#233;dias et &#224; la fa&#231;on dont les seconds peuvent &#171; peser &#187; sur les premiers, sur leur autonomie et, bien s&#251;r, sur leur perception. Est-ce que &#231;a s'est mieux pass&#233; dans vos liens avec les journalistes par la suite ? La couverture a-t-elle &#233;t&#233; meilleure ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham :&lt;/strong&gt; On avait d&#233;j&#224; conclu que ce qui se passait &#224; Sciences Po attirait beaucoup plus que ce qui pouvait se passer &#224; la Sorbonne, &#224; Clignancourt, ou dans toutes les autres facs qui menaient un travail incroyable depuis le mois d'octobre et avec lesquelles on travaillait. Reste que vu l'afflux de journalistes, c'est vrai qu'on a chang&#233; notre strat&#233;gie. Et on a voulu aller dans les m&#233;dias alors qu'&#224; la base, on ne le faisait pas du tout et qu'on &#233;tait m&#234;me contre. Ce qui a aussi jou&#233;, c'est qu'on s'est rendus compte que si on &#233;tait invit&#233; sur un plateau et que c'&#233;tait en direct, on pouvait essayer de faire passer quelques messages et avancer quelques th&#233;matiques. Mais &#224; ce moment-l&#224;, &#231;a n'a pas &#233;t&#233; moins compliqu&#233;. On voyait la presse beaucoup plus r&#233;guli&#232;rement. Les journalistes semblaient tellement int&#233;ress&#233;s qu'on les a m&#234;me convoqu&#233;s &#224; des conf&#233;rences de presse depuis les fen&#234;tres de l'&#233;cole et le comit&#233; Palestine a install&#233; un syst&#232;me de salle de presse dans les locaux ! Mais tr&#232;s vite, on a &#233;t&#233; compl&#233;tement d&#233;bord&#233;s dans cet exercice, on &#233;tait sursollicit&#233;s. On parlait tout le temps aux m&#233;dias et tout le monde s'est mis &#224; parler &#224; la presse&#8230; On a voulu pousser l'enjeu du boycott &#224; la radio et sur les plateaux t&#233;l&#233;, le rendre audible parce que les m&#233;dias le laissaient compl&#233;tement hors champ. On a essay&#233;, &#231;a n'a pas trop march&#233;&#8230; On s'est fait d&#233;foncer. Je me rappelle notamment la mani&#232;re dont Guillaume Erner a abord&#233; cette question sur France Culture, c'&#233;tait lunaire. Na&#239;vement, on a pens&#233; que nos demandes les int&#233;ressaient. Mais en fait non. Ils voulaient, pour la plupart, raconter ce qui se passait dans les couloirs d'une grande &#233;cole parisienne situ&#233;e dans le 7&#232;me arrondissement. Cette fr&#233;n&#233;sie m&#233;diatique n'avait en r&#233;alit&#233; aucun lien avec ce qui se passait vraiment en Palestine. Sur les plateaux, on pouvait r&#233;ussir &#224; en placer une, mais le lendemain, tout ce qu'on avait dit &#233;tait d&#233;j&#224; d&#233;truit. Et puis, quelques blocages ont eu lieu &#224; Sciences Po au mois de mai, des journalistes sont venus me chercher pour me parler, mais pas pour intervenir sur des plateaux. Il n'y avait plus du tout d'int&#233;r&#234;t, il n'y avait plus assez de &#171; pol&#233;mique &#187; ou &#231;a ne vendait pas assez, je ne sais pas mais en tout cas, il n'y avait plus un seul &#233;tudiant &#224; l'&#233;cran ! S'en est suivi une invitation &#224; la F&#234;te de l'Humanit&#233;, en septembre. &#192; cette occasion, j'ai dit publiquement que je travaillais pour Rima Hassan et &#224; partir de l&#224;, j'ai &#233;t&#233; recontact&#233; par plusieurs journalistes. Parce que &#171; Rima Hassan &#187;. &#192; nouveau, pas du tout pour la Palestine, ni pour le Liban, ni parce qu'il y avait plus de morts qu'en mai&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Acrimed rappelle r&#233;guli&#232;rement le poids des hi&#233;rarchies &#233;ditoriales et l'effet &#171; plafond de verre &#187; &#224; l'&#339;uvre dans les r&#233;dactions, o&#249; les &#171; hauts grad&#233;s &#187; ont la main sur la s&#233;lection des sujets et la mani&#232;re dont ils vont &#234;tre trait&#233;s. Tu mentionnais de nombreuses discussions avec les journalistes de terrain et les reporters. Que peux-tu nous en dire et est-ce que tu peux nous parler des d&#233;calages que vous avez pu observer entre ces discussions et les sujets diffus&#233;s par la suite &#224; l'antenne ou en presse &#233;crite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham :&lt;/strong&gt; J'aurais tellement de choses &#224; raconter l&#224;-dessus ! On pouvait avoir des discussions vraiment int&#233;ressantes avec les journalistes, d'o&#249; notre na&#239;vet&#233; de d&#233;part dans le fait d'accepter les &#233;changes. Je ne me rappelle pas le nombre de fois o&#249; on s'est dit entre nous qu'on avait bien parl&#233; &#224; tel ou tel m&#233;dia en pensant que le papier allait &#234;tre super et derri&#232;re, on se retrouvait avec une publication qui ne mentionnait m&#234;me pas nos revendications ! En amont de nos &#233;v&#233;nements, on imprimait des affiches avec des QR codes qui renvoyaient &#224; de la documentation. L'id&#233;e, c'&#233;tait de se former entre nous mais aussi de dire aux journalistes : &#171; Si vous passez dans cette manifestation, vous savez qu'on n'est pas l&#224; juste pour faire du bruit. On vous donne des informations et vous pouvez y avoir acc&#232;s. &#187; Il nous est aussi arriv&#233; d'envoyer de longs documents aux journalistes, qu'eux-m&#234;mes r&#233;clamaient dans certains cas en se disant int&#233;ress&#233;s par telle ou telle question. Quelque part, on faisait presque leur travail ! Mais c'est vrai qu'il y avait un d&#233;calage total avec le produit fini. Pour ne pas dire de vrais trous noirs. Un exemple : le 26 avril, un passant nous a agress&#233;s verbalement et physiquement devant Sciences Po. Il y avait quinze cam&#233;ras d&#233;j&#224; sur place, qui ont donc film&#233; cette personne en train de m'insulter violemment avec des propos extr&#234;mement racistes et homophobes, apr&#232;s avoir agress&#233; une de mes camardes qui portait le voile. Quinze cam&#233;ras. Sur le coup, j'&#233;tais un peu traumatis&#233; mais je me suis dit qu'au moins, &#231;a allait &#234;tre m&#233;diatis&#233; et que les gens pourraient voir &#224; quoi &#231;a ressemble de militer pour les droits des Palestiniens. Ce racisme par contagion que d&#233;crivait Houda, que l'on subit quand on est engag&#233; dans la lutte de solidarit&#233; avec la Palestine et qui fait qu'on va s'attaquer &#224; des gens qui &#171; ressemblent &#187; &#224; des Palestiniens. Eh bien &#231;a n'est jamais sorti. Je n'ai rien jamais rien vu alors qu'un journaliste m'a m&#234;me propos&#233; de m'envoyer le fichier audio ! &#199;a a &#233;t&#233; le cas, aussi, de beaucoup d'interviews qu'on a pu donner, qui n'ont jamais vu le jour dans l'audiovisuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux revendications, je n'en parle m&#234;me pas. &#192; chaque fois, on les indiquait dans l'ordre : 1, 2, 3, 4, 5, voil&#224; ce qu'elles sont. Pas un m&#233;dia n'a &#233;t&#233; capable de les citer dans leur enti&#232;ret&#233; ! &#192; l'occasion du &#171; town hall &#187; &#224; Sciences Po, une r&#233;union dans les r&#232;gles de l'art qui a eu lieu &#224; huis clos entre personnels de direction, enseignants et &#233;tudiants, on a transmis aux journalistes ce qui s'&#233;tait pass&#233;, ils ont eu acc&#232;s aux informations. Mais une fois encore, le traitement m&#233;diatique a &#233;t&#233; d'une incroyable pauvret&#233;. Ils ne s'y sont pas int&#233;ress&#233;s alors que beaucoup de jeunes sont intervenus, des syndicats, des &#233;tudiants palestiniens, du comit&#233; Palestine, des &#233;tudiants juifs d&#233;coloniaux, etc. et que nous avons tous avanc&#233; des arguments extr&#234;mement clairs. Je pourrais &#233;voquer beaucoup d'autres exemples, notamment dans la presse audiovisuelle o&#249; les journalistes coupent des morceaux, s&#233;lectionnent &#224; leur gr&#233;. Le pire, c'&#233;tait vraiment &#171; Quotidien &#187;, &#224; qui on ne voulait pas parler &#224; la base, dont des journalistes sont venus filmer pour ne montrer que les choses un peu &#171; dr&#244;les &#187; ou &#171; scandale &#187;. Quant &#224; la presse &#233;crite, c'est peut-&#234;tre encore pire ! Les journalistes faisaient en apparence un travail s&#233;rieux, mais ensuite, dans le papier, les propos ou les faits &#233;taient tronqu&#233;s, le journaliste s'&#233;tait attard&#233; sur notre apparence &#8211; le keffieh, les boucles d'oreille, que sais-je encore &#8211;, des guillemets &#233;taient mis sur des phrases compl&#233;tement sorties de leur contexte, etc. Un travail de journalisme vraiment pauvre. &#192; tel point qu'on est devenus tr&#232;s paranos par rapport aux questions qu'on pouvait nous poser et qu'on s'est mis &#224; ne plus r&#233;pondre &#224; certaines d'entre elles, ce qui s'est ensuite retourn&#233; contre nous puisqu'ils signalaient dans l'article qu'on ne voulait pas y r&#233;pondre... M&#234;me chose s'agissant des noms, toujours dans la phrase introductive : &#171; Hicham n'a pas souhait&#233; donner son nom de famille &#187;, point final. Ils mettaient en avant certaines choses au d&#233;triment d'autres. On sentait vraiment une d&#233;fiance. Le r&#233;sultat, c'est qu'&#224; un moment, on en eu marre, tout simplement. Et qu'en dehors des m&#233;dias ind&#233;pendants, on a arr&#234;t&#233; de leur parler. On a totalement cess&#233; d'interagir avec les m&#233;dias en fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pour caract&#233;riser le fonctionnement des r&#233;dactions de l'int&#233;rieur, &#171; plafond de verre &#187;, c'est la bonne expression. C'est-&#224;-dire que m&#234;me si tu as des journalistes qui sont tr&#232;s bien, il y a ce ph&#233;nom&#232;ne &#171; barri&#232;re &#187;. On l'a beaucoup senti sur la question des partenariats universitaires. &#192; Sciences Po, des &#233;quipes d'&#233;tudiants ont men&#233; des recherches avec des professeurs, y compris isra&#233;liens, qui ont relu le travail. Ce travail documentait des violations des droits humains. On parle d'universit&#233;s qui abritent des bases militaires, qui d&#233;veloppent des doctrines militaires, o&#249; seuls les &#233;tudiants isra&#233;liens ont le droit de se promener avec des armes, o&#249; des &#233;tudiants et des professeurs palestiniens sont vir&#233;s. On parle d'universit&#233;s qui sont situ&#233;es sur des zones occup&#233;es ill&#233;galement, o&#249; le b&#226;timent lui-m&#234;me est ill&#233;gal ! Mais tout &#231;a apparemment, c'est inaudible. Fondamentalement, on voyait beaucoup de journalistes tr&#232;s int&#233;ress&#233;s par le sujet et on sentait qu'ils voulaient bien le couvrir. Mais ce qu'ils nous disaient constamment, c'&#233;tait : &#171; Je ne sais pas si &#231;a va passer avec la r&#233;daction &#187; ; &#171; Bon, voil&#224;, je vais essayer &#187; ; &#171; Moi, dans ma r&#233;daction, c'est chaud &#187; ; &#171; Je vais voir ce que je peux faire &#187; ; etc. Ils en sont totalement conscients. Et de fait, &#231;a ne passait pas du tout. Peut-&#234;tre, aussi, que certains de ces journalistes manquent de courage pour faire des actions tous ensemble et d&#233;noncer ces fonctionnements en disant : &#171; C'est nous qui &#233;crivons, c'est nous les travailleurs, donc vous nous &#233;coutez &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Tu as &#233;t&#233; r&#233;cemment vis&#233; par une campagne de d&#233;nigrement, initialement d&#233;clench&#233;e par la d&#233;sormais tr&#232;s vaste galaxie m&#233;diatique d'extr&#234;me droite. Souhaites-tu revenir sur cet &#171; &#233;pisode &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham :&lt;/strong&gt; Des mobilisations ont repris r&#233;cemment &#224; Sciences Po et le nouveau directeur m'a cibl&#233; en envoyant un courrier au procureur pour d&#233;clencher l'article 40. Un acharnement m&#233;diatique s'est d&#233;clench&#233; contre moi. C'est la premi&#232;re fois que mon nom de famille est sorti. &lt;i&gt;Le Journal du dimanche&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, Europe 1, CNews ont produit des articles et des vid&#233;os. Je tiens vraiment &#224; ce que le racisme d&#233;complex&#233; de ces productions soit mis en lumi&#232;re. Ces m&#233;dias m'ont pr&#233;sent&#233; comme un agent double, la figure du s&#233;mite par excellence. On dit clairement qu'il y aurait &#171; deux Hicham &#187; n'ayant que l'homonymie en commun : d'un c&#244;t&#233;, le bon &#233;l&#232;ve qui a eu 18/20 &#224; son m&#233;moire, qui est pass&#233; par Greenpeace, etc. et de l'autre, l'agitateur qui porte un keffieh, appelle &#224; l'intifada et excite les universit&#233;s. Bref, cette figure du s&#233;mite fourbe qui a un plan ult&#233;rieur. Ce qui est int&#233;ressant dans le traitement que j'ai re&#231;u, c'est qu'au d&#233;but, les journalistes ne connaissaient pas mon nom de famille. Ils savaient juste que je m'appelais Hicham, que j'&#233;tais nord-africain et que je militais pour la Palestine. Donc j'&#233;tais un &#171; fr&#233;riste &#187; et un &#171; islamiste &#187;. Et quand ils ont eu acc&#232;s &#224; mon nom de famille et donc &#224; mon CV et &#224; mon m&#233;moire consacr&#233; &#224; l'implication en politique des musulmans queers aux &#201;tats-Unis, l&#224;, je suis devenu un &#171; wokiste &#187; et un &#171; islamogauchiste &#187;. Je n'&#233;tais plus un &#171; islamiste &#187;, par contre, je faisais le jeu de &#171; l'islamisme &#187;. Personne parmi eux n'a jamais lu mon m&#233;moire, ils se sont juste offusqu&#233;s de son titre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Monira, on parlait un peu plus t&#244;t de la question des boycotts universitaires. Souhaites-tu rebondir en nous parlant du traitement m&#233;diatique de BDS et peut-&#234;tre articuler plus largement cette question &#224; la place qu'occupe la th&#233;matique des sanctions contre l'&#201;tat d'Isra&#235;l dans le d&#233;bat public ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monira :&lt;/strong&gt; Je suis engag&#233;e dans la campagne BDS depuis 2014 et nous n'avons jamais eu de traitement positif ou m&#234;me simplement &#171; normal &#187; dans les m&#233;dias. On a &#233;t&#233; tr&#232;s longtemps criminalis&#233;s puisque notre action &#233;tait qualifi&#233;e d'appel &#224; la haine. Jusqu'&#224; ce que la Cour europ&#233;enne des droits de l'homme condamne la France en 2020&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment &#171; France. Une d&#233;cision historique de la Cour europ&#233;enne des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il y avait des proc&#232;s contre des militants, donc &#231;a favorisait cette ambiance de criminalisation g&#233;n&#233;rale. C'est simple, il n'y avait pas moyen de parler de BDS. Quand il y avait un article sur notre action, c'&#233;tait toujours la catastrophe. Je me rappelle notamment un &#233;dito de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; en 2015&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; BDS, dessous d'un boycott &#187;, Lib&#233;ration, 14 ao&#251;t 2015. Voir &#233;galement le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#199;a a toujours &#233;t&#233; tr&#232;s violent. L&#224;, &#231;a l'est moins. Mais pour une raison simple&#8230; c'est qu'il y a une invisibilisation totale de BDS. On n'existe pas. Et quand on existe, on existe comme une ombre. Tout ce dont parlait Hicham &#224; propos du &#171; complot &#187;, du &#171; fr&#233;risme &#187;, de l'&#171; islamisme &#187;, &#231;a vaut aussi pour nous. Au moment du mouvement &#171; block out &#187; par exemple&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un mouvement survenu sur les r&#233;seaux sociaux en mai 2024, o&#249; ont circul&#233; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui ne venait pas du tout de BDS, les m&#233;dias qui l'ont trait&#233; &#233;crivaient des choses du genre : &#171; On devine, derri&#232;re, l'influence de BDS &#187;. On est d&#233;crit comme un acteur qui plane dans l'ombre, en secret, alors qu'on a un appel tr&#232;s clair. Si les journalistes veulent savoir ce qu'est BDS, c'est tr&#232;s simple. Mais comme ils en parlent sans jamais nous poser de questions, ils racontent n'importe quoi. Je pense par exemple &#224; une chronique d'Emmanuelle Ducros sur Europe 1&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Comment des ONG pro-palestiniennes organisent un boycott &#233;conomique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Certains &#233;l&#233;ments de l'&#233;dito sont factuels, mais on comprend petit &#224; petit que tout est fait pour d&#233;nigrer le mouvement. Je cite la conclusion de la journaliste : &#171; &lt;i&gt;Ce qu'il faut retenir de ces appels aux boycotts et de leur formulation en France, c'est que la fronti&#232;re est souvent tr&#232;s fine entre la libert&#233; d'exprimer une opposition politique, &#233;conomique et les appels &#224; la haine antis&#233;mite. C'est souvent assez transparent. Les campagnes BDS oscillent invariablement sur cette ligne de cr&#234;te.&lt;/i&gt; &#187; Donc en gros, est-ce qu'ils sont antis&#233;mites ou non ? On n'est pas s&#251;rs&#8230; Cette fa&#231;on permanente de traiter et de d&#233;l&#233;gitimer BDS, c'est &#233;videmment injuste et insupportable dans la mesure o&#249; les m&#233;dias ne s'int&#233;ressent jamais &#224; ce qu'on dit et &#224; ce que l'on fait vraiment. C'est toujours transform&#233; et d&#233;form&#233; pour sous-entendre qu'il y aurait un &#171; boycott des Juifs &#187;. C'est absurde. On appelle au boycott d'un &#201;tat colonial et d'entreprises complices des crimes d'Isra&#235;l, tout simplement. Cette fa&#231;on de soup&#231;onner des militants plut&#244;t que s'int&#233;resser &#224; leur propos s'inscrit dans la lign&#233;e du r&#233;cit m&#233;diatique d&#233;politis&#233; post 7 octobre, qui a fait totalement dispara&#238;tre la question de l'occupation, du blocus de Gaza et des violences quotidiennes. Pour articuler cela &#224; la th&#233;matique plus g&#233;n&#233;rale des sanctions, je dirais que dans le d&#233;bat public, le fait de sanctionner l'&#201;tat d'Isra&#235;l n'est jamais pr&#233;sent&#233; comme quelque chose de &#171; normal &#187;, comme &#231;a a &#233;t&#233; le cas pour la Russie. On le dit en permanence : on veut simplement le m&#234;me niveau de sanctions que ce qui a &#233;t&#233; appliqu&#233; contre la Russie lors de son agression contre l'Ukraine. C'est une revendication de justice. Le deuxi&#232;me point, c'est que si la question des sanctions est aujourd'hui plus abord&#233;e que ces derni&#232;res ann&#233;es, c'est parce qu'il y a quelques d&#233;put&#233;s qui s'en sont empar&#233;s et qui l'avancent r&#233;guli&#232;rement sur le terrain m&#233;diatique. Ceci dit, &#231;a constitue une avanc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Tu &#233;voquais au d&#233;but les victoires judiciaires de BDS. Est-ce que ces d&#233;cisions de justice ont eu un effet sur la mani&#232;re dont les grands m&#233;dias ont per&#231;u et trait&#233; la campagne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monira :&lt;/strong&gt; Depuis la condamnation de la CEDH et la r&#233;vision du proc&#232;s en cassation, effectivement, la jurisprudence dit que le boycott est l&#233;gal. Mais la d&#233;sinformation et la suspicion n'ont pas du tout cess&#233;. J'identifie quatre ressorts m&#233;diatiques principaux. D'abord, nous pr&#234;ter d'autres origines que celles qui existent vraiment ; je rappelle &#224; ce titre que c'est initialement une campagne lanc&#233;e en 2005 par les Palestiniens eux-m&#234;mes, avec leurs r&#232;gles et leurs revendications. Ensuite, transformer nos motivations. Trois objectifs tr&#232;s clairs fondent l'action BDS : l'&#233;galit&#233; des droits donc la fin de l'apartheid, la fin de la colonisation et de l'occupation et enfin, le droit au retour des r&#233;fugi&#233;s. Mais dans le commentaire m&#233;diatique ambiant, on va toujours ajouter des sous-titres, du genre : &#171; qui pr&#244;ne la destruction d'Isra&#235;l &#187;. &#199;a ne veut absolument rien dire en fait ! Est-ce qu'on veut la destruction de l'apartheid ? Oui, &#233;videmment. On ne veut pas d'un &#201;tat qui discrimine une partie de la population et l'enferme derri&#232;re des murs. Le troisi&#232;me point, c'est que maintenant que les commentateurs ne peuvent plus dire que le boycott est ill&#233;gal, ils vont parler de BDS comme d'un mouvement &#171; controvers&#233; &#187;. Une fois que tu as dit &#231;a, tu as tout dit. Pas besoin d'un grand d&#233;veloppement pour expliquer que ce sont des m&#233;chants et que ce n'est pas bien : c'est &#171; tr&#232;s controvers&#233; &#187;, donc tu entretiens la suspicion. Enfin, il y a de grandes victoires du boycott qui ne sont jamais trait&#233;es. &#199;a fait par exemple des ann&#233;es que nous sommes en campagne contre Axa, qui avait des investissements dans des banques isra&#233;liennes. Axa se d&#233;sinvestit des banques isra&#233;liennes, on communique&#8230; mais aucun m&#233;dia ne s'y int&#233;resse. Il faut aller chercher dans les journaux anglophones pour trouver des papiers un peu cons&#233;quents sur le boycott de McDonald's, les pertes financi&#232;res qu'il engendre &#8211; la plus grande en termes de chiffres d'affaires depuis quatre ans. Il y a quelques mots ici ou l&#224; dans les m&#233;dias fran&#231;ais, mais aucune volont&#233; de documenter r&#233;ellement ces choses-l&#224;. D'un point de vue journalistique, il y a pourtant mati&#232;re &#224; &#234;tre &#171; neutre &#187; ! Des pressions s'exercent contre une entreprise, ces pressions ont des cons&#233;quences : c'est une actualit&#233; &#233;conomique comme une autre. Avant, dans BDS, on travaillait plus r&#233;guli&#232;rement sur des communiqu&#233;s de presse : telle victoire se produit, on r&#233;dige un texte et on l'envoie aux r&#233;dactions. L&#224;, j'avoue qu'on ne le fait plus vraiment parce que de toute fa&#231;on, on sait que ces informations ne seront pas relay&#233;es par les m&#233;dias. C'est assez affligeant quand on y pense, surtout quand on compare le cas fran&#231;ais &#224; celui d'autres pays. Il y a quelques semaines, je suis all&#233;e faire une formation BDS &#224; Bruxelles. Il y a des difficult&#233;s politiques en Belgique, c'est certain, mais le soutien &#224; la Palestine s'exprime beaucoup plus librement. On peut y compris parler de BDS dans l'espace public sans attirer la suspicion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Beaucoup de tractages et d'actions d'information ont lieu dans diff&#233;rentes villes en France. Est-ce que tu per&#231;ois des diff&#233;rences au niveau de la presse r&#233;gionale et locale ? Est-ce qu'&#224; cette &#233;chelle, on vous tend le micro pour autre chose que dix secondes dans un journal d'information ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monira :&lt;/strong&gt; Justement, c'est un peu &#224; &#231;a que &#231;a se r&#233;sume... Dans des quotidiens type &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Le Progr&#232;s&lt;/i&gt;, il peut y avoir une phrase dans un article, ou une minute sur une antenne locale. Mais les interviews cons&#233;quentes et int&#233;ressantes, c'est dans les m&#233;dias ind&#233;pendants qu'il faut aller les chercher, comme Rapports de force ou &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; par exemple. L'ann&#233;e derni&#232;re, on avait eu un atelier avec Sihame Assbague autour de la question &#171; Parler aux m&#233;dias ? &#187; pour s'organiser, discuter de nos rapports aux m&#233;dias. Je dois dire qu'&#224; la suite de cela, j'&#233;tais tr&#232;s pr&#233;voyante, mais en vain quelque part&#8230; puisque personne ne nous contacte ! &#199;a n'enl&#232;ve rien au fait que c'est important d'avoir des automatismes. S'il y a une demande d'interview, regarder bien s&#251;r de quel m&#233;dia elle provient, ce que le journaliste en question publie sur les r&#233;seaux sociaux, savoir o&#249; on met les pieds. &#192; BDS, on ne r&#233;pond pas &#171; &#224; tout prix &#187;. Une fois par exemple, j'ai &#233;t&#233; invit&#233;e sur le plateau des &#171; Grandes Gueules Moyen-Orient &#187; [sur i24 News, NDLR]. Le dispositif est catastrophique puisque tout le monde parle en m&#234;me temps. Participer &#224; &#231;a, ce n'est pas faire valoir sa position mais donner du cr&#233;dit &#224; l'&#233;mission. Donc ce genre d'invitations, c'est clair et net, on n'accepte pas. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, on sait que les m&#233;dias ne s'int&#233;ressent pas &#224; ce que l'on fait et dit. On aurait pu penser que BDS soit tr&#232;s sollicit&#233; dans la p&#233;riode actuelle, d'autant que beaucoup de gens rejoignent la campagne et que d'autres collectifs posent la question du boycott, y compris dans les universit&#233;s. Tout cela m&#233;riterait des &#233;claircissements et il se trouve qu'on aurait plein de choses &#224; dire. Mais les m&#233;dias ne nous interrogent pas. Ils ne veulent pas savoir. On ne peut compter que sur les mobilisations. Le succ&#232;s de BDS ne s'explique pas du tout par la visibilit&#233; m&#233;diatique mais par nos actions concr&#232;tes, les formations et les r&#233;seaux sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Houda :&lt;/strong&gt; Tous ces r&#233;cits &#224; propos de la m&#233;diatisation de Sciences Po et de BDS me semblent vraiment symptomatiques. Les m&#233;dias, ce sont des institutions, des structures qui sont soumises &#224; des pressions. Il s'y joue bien s&#251;r un ph&#233;nom&#232;ne d'adh&#233;sion id&#233;ologique, lequel filtre par exemple qui va s'exprimer ou non, mais je pense qu'il y a une r&#233;elle censure et autocensure sur cette question, qui n'est pas non plus sans lien avec la question de l'&#233;norme r&#233;pression qui s&#233;vit actuellement. Sur les r&#233;seaux sociaux, cette r&#233;pression vise de simples individus ou militants : il y a une multitude de cas scandaleux de proc&#232;s, perquisitions, gardes &#224; vues, qui partent d'&#233;crits sur les r&#233;seaux sociaux, des espaces m&#233;diatiques o&#249; est cens&#233;e exister une libert&#233; d'expression, o&#249; on peut parler, cr&#233;er une conscientisation, une sensibilisation. Ce sont des m&#233;thodes d'emp&#234;chement. Emp&#234;chement d'agir et de visibiliser aussi des actions et des manifestations, peu ou pas couvertes par ailleurs, et qui continuent d'&#234;tre conditionn&#233;es ou interdites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc censure, r&#233;pression&#8230; et intimidation : c'est extr&#234;mement co&#251;teux d'&#234;tre visible sur la question palestinienne. Il n'y a pas une personne qui milite sur cette question qui, d'une mani&#232;re ou d'une autre, n'en subit pas les cons&#233;quences (dans sa vie professionnelle, sous forme de harc&#232;lement, de diffamations, de menaces, etc.). Et en r&#233;alit&#233;, je n'ai m&#234;me pas envie d'utiliser le terme &#171; pro-palestinien &#187;. On parle simplement de personnes qui souhaitent contextualiser et m&#234;me pour elles, c'est co&#251;teux. &#199;a a &#233;t&#233; peu document&#233; mais en France, des intellectuels ou des personnalit&#233;s ont &#233;t&#233; mis au ban en raison de leur expression sur la Palestine. Il y a une gradation dans le sens o&#249; la pression est plus forte si tu es racis&#233;, mais on a vu des gens presque &#171; intouchables &#187; subir des pressions. Tout cela, &#231;a fait que les gens ont vraiment peur. &#199;a &#233;crase. M&#234;me s'ils sympathisent, d'autres pr&#233;f&#233;reront se taire pour &#233;viter les probl&#232;mes. Mais &#231;a non plus, &#231;a n'est pas m&#233;diatis&#233;. Et je tiens &#224; dire que moins on sera, plus &#231;a sera dangereux. Moins les m&#233;dias invitent de gens qui ont un discours un peu diff&#233;rent, moindre est la masse critique et plus les quelques personnes restantes seront fragilis&#233;es et cibl&#233;es. C'est un syst&#232;me, dans lequel les grands m&#233;dias jouent un r&#244;le. On est pourtant sur des mouvements de solidarit&#233; ultra pacifistes, &#224; l'image du boycott. On fait des rassemblements, des sit-in, des &#171; die-in &#187; [des manifestations o&#249; les participants simulent des personnes tu&#233;es en s'allongeant sur le sol, NDLR], des r&#233;unions d'information, qu'est-ce qu'on peut faire de plus ? Mais m&#234;me pour &#231;a, il n'y a pas d'espace. La volont&#233; est r&#233;elle de ne pas entendre et de ne pas faire entendre les voix dissidentes en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;On fait effectivement face &#224; une r&#233;pression politique sp&#233;cifique, d'ampleur, multiforme. Acrimed a eu l'occasion de documenter la fa&#231;on dont les grands m&#233;dias accompagnent ce durcissement autoritaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment &#171; Maccarthysme m&#233;diatique &#187;, M&#233;diacritiques n&#176;51, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Est-ce que vous souhaitez justement dire un mot, pour conclure, des impacts d'une telle m&#233;diatisation, que ce soit sur vous &#224; l'&#233;chelle individuelle ou sur vos collectifs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monira :&lt;/strong&gt; Les cons&#233;quences, c'est une extr&#234;me prudence s'agissant du vocabulaire employ&#233; et une tr&#232;s grande m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des journalistes qui contactent des militants pour leur poser des questions. Autre chose, qui n'est pas la faute des m&#233;dias directement mais ils participent du climat ambiant : depuis des ann&#233;es, je suis personnellement harcel&#233;e par l'extr&#234;me droite et des groupuscules sionistes sur les r&#233;seaux sociaux. &#192; aucun moment les grands m&#233;dias n'ont trait&#233; de ce harc&#232;lement visant des militants solidaires de la Palestine, alors qu'il y a eu un fil Telegram qui r&#233;v&#233;lait les coordonn&#233;es personnelles de certains d'entre eux. L'absence de traitement m&#233;diatique, ne rien dire quand existe une liste publique de ce type, aussi s&#233;rieuse, c'est politique. On ne se sent pas du tout prot&#233;g&#233;s en fait. Je veux dire, il faut quand m&#234;me de la force pour continuer &#224; militer pour la Palestine en ce moment, en France. Surtout en &#233;tant racis&#233;e. Dans nos collectifs et avec d'autres, on essaye de se renforcer les uns les autres, de se prot&#233;ger les uns les autres. Mais le seul fait d'avoir ce niveau de &#171; surconscience &#187;, en permanence, alors qu'on est juste en train de d&#233;noncer un g&#233;nocide, l'apartheid et la colonisation, &#231;a en dit long&#8230; On nous criminalise au point de faire de nos vies des espaces o&#249; il faut sans arr&#234;t se prot&#233;ger. On fabrique du collectif, mais &#231;a reste quand m&#234;me assez lourd &#224; porter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham :&lt;/strong&gt; &#199;a me rend tr&#232;s triste d'entendre &#231;a. Dans mon cas, ce qui se joue est d'une tout autre mesure parce que la m&#233;diatisation ne date pas de tr&#232;s longtemps, mais tout de m&#234;me&#8230; D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ce qui me choque, c'est de voir la ferveur que mettent des adultes &#224; faire pression sur des jeunes qui ont entre 18 et 20 ans. &#192; Sciences Po, des &#233;tudiants ont &#233;t&#233; exclus temporairement et sont traumatis&#233;s. On les appelle &#171; les bannis &#187;. Quand on manifestait devant l'&#233;cole, des journalistes m'ont dit que je n'allais jamais trouver de travail. Les comptes Linkedin sont aussi cibl&#233;s pour entraver la carri&#232;re professionnelle. Comme Monira le disait, les noms tournent. On doit faire face &#224; l'extr&#234;me droite, d'autant que Sciences Po se situe dans un quartier tr&#232;s bourgeois o&#249; se trouvent les fiefs de la Cocarde ou de l'Action fran&#231;aise. Bref, il y a vraiment une volont&#233; de nuire qui ne se cache plus. Donc quand on parle d'&#171; ins&#233;curit&#233; &#187;, pour nous, &#231;a se pose clairement&#8230; Je pense qu'on a mesur&#233; jusqu'o&#249; des gens de pouvoir &#233;taient pr&#234;ts &#224; aller. Aujourd'hui, ce sont principalement de nouveaux &#233;tudiants, jeunes, qui reprennent le flambeau des mobilisations &#224; Sciences Po. Mais c'est tr&#232;s compliqu&#233; pour eux d'avoir des interactions saines avec les m&#233;dias, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; dans un contexte o&#249; il y a une forte r&#233;pression de l'&#201;tat et de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Tout ceci n'&#233;tant jamais inclus dans les sujets sur &#171; l'ins&#233;curit&#233; &#187; ou la &#171; cancel culture &#187;, qui font pourtant r&#233;guli&#232;rement la Une des hebdomadaires et l'objet de d&#233;bats m&#233;diatiques &#224; n'en plus finir&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monira :&lt;/strong&gt; Oui. Et de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, je trouve quand m&#234;me particuli&#232;rement frustrant de voir des gens qui n'y connaissent rien parler dans les m&#233;dias de sujets que l'on conna&#238;t par c&#339;ur, que ce soit la campagne BDS ou de la Palestine. On est oblig&#233; de supporter des gens qui racontent n'importe quoi, alors qu'on pourrait vraiment avoir des d&#233;bats. Peut-&#234;tre ne pas &#234;tre d'accord, mais au moins, ne pas &#234;tre d'accord &#224; propos de vraies choses, de vrais &#233;l&#233;ments. Mais il ne peut m&#234;me pas y avoir &#171; d&#233;saccord &#187; puisqu'on ne cherche pas &#224; savoir pr&#233;cis&#233;ment ce dont on parle et qu'on ne nous donne jamais l'occasion de l'exprimer. Il y a une barri&#232;re compl&#232;te entre les politiques et les grands m&#233;dias d'un c&#244;t&#233;&#8230; et nous de l'autre, si loin. Il y a un mur infranchissable en fait. Il y a le mur en Palestine, mais j'ai l'impression qu'il est ici aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hicham :&lt;/strong&gt; Mais &#171; les murs renvers&#233;s deviennent des ponts &#187;&#8230; C'est Angela Davis qui disait &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Pauline Perrenot&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les propos tenus dans cet entretien n'engagent que lui.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet les enqu&#234;tes de +972 Magazine, notamment &#171; &lt;a href=&#034;https://www.972mag.com/mass-assassination-factory-israel-calculated-bombing-gaza/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;A mass assassination factory&#034; : Inside Israel's calculated bombing of Gaza&lt;/a&gt; &#187;, 30 novembre 2023 ; &#171; &lt;a href=&#034;https://www.972mag.com/lavender-ai-israeli-army-gaza/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;Lavender&#034; : The AI machine directing Israel's bombing spree in Gaza&lt;/a&gt; &#187;, 3 avril 2024 et &#171; &lt;a href=&#034;https://www.972mag.com/israel-gaza-lavender-ai-human-agency/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Why human agency is still central to Israel's AI-powered warfare&lt;/a&gt; &#187;, 25 avril 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Palestine-et-mobilisations-etudiantes-calomnies&#034;&gt;Palestine et mobilisations &#233;tudiantes : calomnies m&#233;diatiques en s&#233;rie&lt;/a&gt; &#187;, Acrimed, 30 mai 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Acharnement-mediatique-contre-Rima-Hassan-video&#034;&gt;&#171; Acharnement m&#233;diatique contre Rima Hassan &#187;&lt;/a&gt;, Acrimed, 31 mai 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;https://www.ohchr.org/fr/special-procedures/sr-water-and-sanitation#:~:text=Mr.%20Pedro%20Arrojo-Agudo%20is%20the%20Special%20Rapporteur%20on%20the&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les travaux et les rapports de Pedro Arrojo-Agudo&lt;/a&gt;, rapporteur sp&#233;cial sur les droits de l'homme &#224; l'eau potable et &#224; l'assainissement &#224; l'ONU.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Oxfam, &#171; &lt;a href=&#034;https://policy-practice.oxfam.org/resources/water-war-crimes-how-israel-has-weaponised-water-in-its-military-campaign-in-ga-621609/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Water War Crimes : How Israel has weaponised water in its military campaign in Gaza&lt;/a&gt; &#187;, 18 juillet 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Stern est journaliste et travaille aujourd'hui pour &lt;a href=&#034;https://orientxxi.info/auteur/jean-stern&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Orient XXI&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/France-Inter-Sciences-Po-et-la-Palestine-quand-la&#034;&gt;&#171; France Inter, Sciences Po et la Palestine : quand la &#034;pol&#233;mique&#034; supplante l'information &#187;&lt;/a&gt;, Acrimed, 20 novembre 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/checknews/que-sait-on-de-cette-video-dun-militant-de-luejf-au-sol-lors-dun-colloque-autour-du-7-octobre-20241008_2M55RRPLOJGMBF2PLP7CJIV6VI/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Que sait-on de cette vid&#233;o d'un militant de l'UEJF au sol, lors d'un colloque autour du 7 Octobre ? &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 8 octobre 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Palestine-et-mobilisations-etudiantes-calomnies&#034;&gt;&#171; Palestine et mobilisations &#233;tudiantes : calomnies m&#233;diatiques en s&#233;rie &#187;&lt;/a&gt;, Acrimed, 30 mai 2024, mais &#233;galement notre s&#233;rie en trois volets sur la couverture m&#233;diatique de France Inter (&lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/France-Inter-Sciences-Po-et-la-Palestine-quand-la&#034;&gt;volet 1&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/France-Inter-Sciences-Po-et-la-Palestine-quand-la&#034;&gt;volet 2&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/France-Inter-Sciences-Po-et-la-Palestine-nuance&#034;&gt;volet 3&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment &lt;a href=&#034;https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2020/06/france-landmark-ecthr-judgment-finds-boycott-campaign-against-israel-cannot-be-criminalized/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; France. Une d&#233;cision historique de la Cour europ&#233;enne des droits de l'homme conclut que les actions de campagne en faveur du boycott d'Isra&#235;l ne constituent pas une infraction &#187;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://www.amnesty.fr/liberte-d-expression/actualites/la-cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-condamne-la-france-pour-avoir-poursuivi-des-militants-pacifiques&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La Cour europ&#233;enne des droits de l'homme condamne la France pour avoir poursuivi des militants pacifiques &#187;&lt;/a&gt;, Amnesty International, 11 juin et 17 juin 2020. Voir &#233;galement &lt;a href=&#034;https://www.bdsfrance.org/la-cour-de-cassation-donne-raison-a-bds/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La cour de cassation donne raison &#224; BDS &#187;&lt;/a&gt;, BDS France, 24 octobre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/planete/2015/08/14/bds-dessous-d-un-boycott_1363643/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;BDS, dessous d'un boycott&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 14 ao&#251;t 2015. Voir &#233;galement le droit de r&#233;ponse accord&#233; au cofondateur du mouvement, Omar Barghouti, &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/debats/2015/08/19/boycott-contre-israel-une-reponse-a-laurent-joffrin_1365783/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Boycott contre Isra&#235;l : une r&#233;ponse &#224; Laurent Joffrin &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 19 ao&#251;t 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un mouvement survenu sur les r&#233;seaux sociaux en mai 2024, o&#249; ont circul&#233; des appels &#224; &#171; bloquer &#187; des c&#233;l&#233;brit&#233;s, des influenceurs ou des marques qui ne prendraient pas assez position au sujet de la Palestine ou du Congo.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Comment des ONG pro-palestiniennes organisent un boycott &#233;conomique d'Isra&#235;l ? &#187;, Europe 1, 31 octobre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment &#171; Maccarthysme m&#233;diatique &#187;, &lt;i&gt;M&#233;diacritiques&lt;/i&gt; n&#176;51, juillet-septembre 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Depuis le 7 octobre, on a constat&#233; une intensification sans pr&#233;c&#233;dent de la r&#233;pression num&#233;rique &#187;</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Depuis-le-7-octobre-on-a-constate-une</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Depuis-le-7-octobre-on-a-constate-une</guid>
		<dc:date>2025-06-20T14:08:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nils Solari</dc:creator>


		<dc:subject>Palestine</dc:subject>
		<dc:subject>Internet</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;seaux sociaux</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien avec 7amleh.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Internet-et-libertes-" rel="directory"&gt;Internet et libert&#233;s&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Palestine-+" rel="tag"&gt;Palestine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Internet-179-+" rel="tag"&gt;Internet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Reseaux-sociaux-+" rel="tag"&gt;R&#233;seaux sociaux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L118xH150/7amleh_logo-62b86.png?1776679432' class='spip_logo spip_logo_right' width='118' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Journalistes palestiniens tu&#233;s ou emprisonn&#233;s par l'arm&#233;e isra&#233;lienne, journalistes internationaux emp&#234;ch&#233;s d'entrer dans Gaza : le droit d'informer est durement r&#233;prim&#233; en Palestine. D'autant qu'il s'accompagne d'une autre dimension : la censure par les plateformes num&#233;riques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Entretien avec la charg&#233;e de plaidoyer chez &lt;a href=&#034;https://7amleh.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;7amleh&lt;/a&gt;, l'ONG palestinienne pour la d&#233;fense des droits num&#233;riques des Palestiniens et Palestiniennes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Acrimed : Peux-tu pr&#233;senter 7amleh et expliquer pourquoi l'ONG a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7amleh :&lt;/strong&gt; 7amleh est une ONG palestinienne fond&#233;e en 2013, qui &#339;uvre pour la protection et la promotion des droits num&#233;riques des Palestiniens et Palestiniennes au sens large, c'est-&#224;-dire les Palestiniens et Palestiniennes de Jordanie, de Gaza, de J&#233;rusalem-Est, en Isra&#235;l mais &#233;galement &#224; l'international. On travaille &#233;norm&#233;ment avec la diaspora. &#192; l'origine, l'objectif de l'ONG &#233;tait de permettre aux communaut&#233;s palestiniennes marginalis&#233;es d'utiliser les outils num&#233;riques pour raconter leur histoire, militer pour leurs droits et pouvoir se connecter entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des ann&#233;es, et malheureusement face &#224; la multiplication des violations des droits num&#233;riques via la censure, la surveillance, le harc&#232;lement et les multiples lois de criminalisation du contenu en ligne, notre travail s'est structur&#233; autour de quatre piliers : le plaidoyer international ; la recherche et la documentation ; le renforcement des capacit&#233;s ; les campagnes de sensibilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Qu'entends-tu par &#171; renforcement des capacit&#233;s &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, c'est former les journalistes, les ONG locales, les &#233;tudiants et les mineurs &#224; toutes les questions li&#233;es &#224; la s&#233;curit&#233; num&#233;rique : comprendre ce que veut dire la censure, comment elle op&#232;re sur les r&#233;seaux sociaux&#8230; C'est aussi former les m&#233;dias ind&#233;pendants &#224; l'int&#233;grit&#233; informationnelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le fait de veiller &#224; ce que l'information diffus&#233;e soit exacte et n'ait pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et comprendre ses droits : comment contrer la censure et demander aux plateformes de r&#233;seaux sociaux de modifier leur d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus sp&#233;cifiquement, on commence &#224; mettre en place des formations en s&#233;curit&#233; num&#233;rique, par exemple pour les journalistes. Quelle plateforme est la plus s&#251;re &#224; utiliser ? Comment envoyer des messages chiffr&#233;s sans que certaines m&#233;tadonn&#233;es soient envoy&#233;es ? Comment &#234;tre s&#251;r que notre t&#233;l&#233;phone n'est pas surveill&#233; et pirat&#233; ? On travaille &#233;galement avec des ONG internationales, comme le bureau &lt;a href=&#034;https://www.amnesty.org/fr/tech/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Amnesty tech&lt;/a&gt; d'Amnesty international, qui permet aussi de v&#233;rifier si les t&#233;l&#233;phones sont pirat&#233;s ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Tu &#233;voquais votre &#233;volution, notamment apr&#232;s l'application de lois de criminalisation du contenu en ligne. Est-ce que tu peux revenir sur ce contexte juridique et politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le fruit d'un contexte g&#233;opolitique qui a extr&#234;mement chang&#233; cette derni&#232;re d&#233;cennie. L'ONG a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e dans la p&#233;riode post&#233;rieure aux printemps arabes, pendant lesquels les populations de plusieurs pays ont utilis&#233; les r&#233;seaux sociaux, notamment Facebook, pour s'&#233;manciper et cr&#233;er des r&#233;pertoires d'action collective et s'organiser pour contrer les gouvernements en place. Les r&#233;seaux sociaux &#233;taient alors un vrai outil d'opposition politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans la p&#233;riode post-printemps arabes, face &#224; tout ce que cela a engendr&#233;, notamment en &#201;gypte, en Tunisie, en Syrie, en Irak, on a observ&#233; une collaboration directe et assez forte entre les plateformes de r&#233;seaux sociaux &#8211; donc des entreprises priv&#233;es &#8211; et les gouvernements. Par exemple, le gouvernement isra&#233;lien, &#224; partir de la fin des ann&#233;es 2010, commence &#224; travailler directement avec Facebook, Instagram et Google pour supprimer des posts ou surveiller de potentiels opposants politiques sur les r&#233;seaux sociaux. Ils ont commenc&#233; &#224; cr&#233;er un arsenal juridique &#233;galement. Les lois contre la cybercriminalit&#233; sont dor&#233;navant assez courantes, que ce soit en Isra&#235;l, dans les pays arabes ou dans toute la r&#233;gion. Ces lois vont &#234;tre vot&#233;es avec pour justification de lutter contre les crimes sur le &lt;i&gt;dark web&lt;/i&gt;, le trafic de drogue ou ce qui est consid&#233;r&#233; comme du terrorisme ou de l'achat d'armement. Mais, la majorit&#233; du temps, elles sont r&#233;ellement utilis&#233;es pour museler des opposants politiques, pour les emprisonner&#8230; En Isra&#235;l, un simple post sur les r&#233;seaux sociaux peut &#234;tre vu comme portant potentiellement atteinte &#224; la s&#233;curit&#233; nationale et conduire &#224; une arrestation dite pr&#233;ventive. Ce sont des lois bas&#233;es sur la pr&#233;diction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Ces &#171; lois de pr&#233;diction &#187; que vous d&#233;nonciez d&#233;j&#224; en 2018 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, plusieurs centaines de personnes s'&#233;taient fait arr&#234;ter par le gouvernement isra&#233;lien du fait de ce qu'elles avaient post&#233; sur les r&#233;seaux sociaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;300 Palestiniens arr&#234;t&#233;s par Isra&#235;l apr&#232;s l'observation de leurs posts (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une nouvelle loi, mise en place apr&#232;s le 7 octobre 2023 et qui concerne Isra&#235;l et pas seulement les territoires occup&#233;s, permet d'arr&#234;ter une personne suspect&#233;e de terrorisme ou agissant contre la s&#233;curit&#233; nationale, simplement parce qu'elle cherche sur internet des informations consid&#233;r&#233;es comme &#233;tant des informations terroristes. C'est-&#224;-dire qu'un journaliste qui fait son travail, de recherche et documentation, peut potentiellement &#234;tre arr&#234;t&#233; pour apologie du terrorisme ou pour cybercriminalit&#233;, parce qu'il aura fait des recherches en ligne, avec des acc&#232;s sur des donn&#233;es publiques sur de potentiels crimes de guerre &#224; Gaza, ou des informations sur les bombardements &#224; Gaza&#8230; Si ces informations sont consid&#233;r&#233;es comme &#233;tant des informations terroristes ou alors post&#233;es par des personnes suspect&#233;es de terrorisme, alors ces journalistes, ou des d&#233;fenseurs de droits humains, peuvent &#234;tre arr&#234;t&#233;s. Ce sont souvent des arrestations administratives, dont il est souvent difficile de comprendre la raison, mais qui se traduisent r&#233;guli&#232;rement par des mois d'emprisonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Quel est votre r&#244;le &#224; ce moment-l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7amleh n'est pas une organisation qui agit dans le domaine de l'accompagnement juridique. Mais il y a plusieurs ONG isra&#233;liennes et palestiniennes qui travaillent sur ces questions, comme le &lt;a href=&#034;https://www.adalah.org/en&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Adalah Center&lt;/a&gt;, un collectif d'avocats qui aident ces personnes. Pour notre part, nous travaillons davantage sur la documentation, c'est-&#224;-dire comprendre comment ces lois sont mises en &#339;uvre. On va ensuite essayer de diss&#233;quer s'il y a une r&#233;elle collaboration entre les plateformes et les gouvernements. Et expliquer, par exemple, comment Meta collabore directement avec un gouvernement d'extr&#234;me droite &#8211; le gouvernement isra&#233;lien &#8211; pour museler des journalistes et des activistes. Ensuite, nous essayons de voir si, &#224; l'&#233;chelle de l'Union europ&#233;enne ou &#224; l'&#233;chelle internationale, on peut utiliser des m&#233;canismes comme les Nations Unies, ou s'appuyer sur des lois de r&#233;gulation de l'intelligence artificielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Comment est-ce que vous recensez les cas de censure et d'autocensure ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous disposons d'un &lt;i&gt;helpdesk&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un centre d'assistance.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui permet, de mani&#232;re anonyme ou pas, &#224; toutes les personnes qui sont victimes de censure en ligne, de harc&#232;lement ou de &lt;i&gt;doxing&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Divulgation de donn&#233;es personnelles.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d'envoyer toutes leurs informations sur cette plateforme et ensuite, on peut faire remonter la situation directement aupr&#232;s des plateformes de r&#233;seaux sociaux. Si l'on constate une restriction de compte que l'on consid&#232;re contraire aux droits fondamentaux et &#224; la libert&#233; d'opinion et d'expression, on demande aux plateformes de reconsid&#233;rer leur d&#233;cision et d'en formuler une nouvelle. Avec notre &lt;i&gt;helpdesk&lt;/i&gt;, on vise ainsi &#224; r&#233;colter toutes les possibles atteintes et violations des droits humains, en Palestine, en Isra&#235;l, mais aussi &#224; l'&#233;chelle internationale. Cela nous permet &#224; la fois de documenter le nombre de cas qu'il peut y avoir, m&#234;me si, bien &#233;videmment, on ne peut pas r&#233;pertorier tous les cas. Mais &#233;galement d'avoir une ligne directe avec les plateformes pour r&#233;cup&#233;rer les comptes et les posts qui ont &#233;t&#233; supprim&#233;s. On a r&#233;cup&#233;r&#233; &#233;norm&#233;ment de comptes, notamment de journalistes ou d'influenceurs &#224; Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, on travaille sur tout le stock d'informations collect&#233;es pour pouvoir utiliser cette documentation sur un plan juridique, et tenter ainsi de prouver qu'il y a bien une discrimination syst&#233;mique et des biais algorithmiques contre les Palestiniens et les populations marginalis&#233;es. Par exemple, &#224; l'&#233;chelle de l'Union europ&#233;enne, c'est ce qu'on essaye de faire avec le DSA (Digital Services Act)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#232;glement europ&#233;en sur les services num&#233;riques.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui a pour objectif de trouver un certain &#233;quilibre entre la libert&#233; d'opinion, d'expression et la mod&#233;ration de contenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On essaye de prouver qu'il y a bien un choix politique, qui est de museler les voix des Palestiniens et propalestiniennes et les voix marginalis&#233;es en g&#233;n&#233;ral. Non pas parce qu'elles ont post&#233; des choses qui sont consid&#233;r&#233;es comme &#233;tant violentes ou terroristes, mais bien parce qu'il y a une forme de profilage contre ces communaut&#233;s-l&#224;. C'est ce qui op&#232;re avec ce qu'on appelle les &#171; grands mod&#232;les de langage &#187;, les LLM, qui agissent comme des biais discriminatoires contre ces populations, mais aussi des biais de langue&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que vous parvenez &#224; objectiver le fonctionnement de ces algorithmes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a peut &#234;tre assez technique, mais d&#233;j&#224; avant le 7 octobre, et surtout depuis, on a r&#233;cup&#233;r&#233; de nombreux t&#233;moignages d'ing&#233;nieurs et de personnes qui travaillent au sein de ces plateformes de r&#233;seaux sociaux et qui &#233;taient outr&#233;es par les r&#233;glementations internes en ce qui concerne le g&#233;nocide &#224; Gaza. Ils ont donc accept&#233; de se constituer en lanceurs d'alerte et ont partag&#233; &#233;norm&#233;ment d'informations sur la mani&#232;re dont Meta, notamment, a choisi de modifier ses r&#233;glementations internes apr&#232;s le 7 octobre pour diminuer, on va dire, le plafond de v&#233;rification en ce qui concerne le contenu palestinien, arabe, propalestinien&#8230; Concr&#232;tement, cela veut dire censurer en masse plut&#244;t que de mod&#233;rer avec pr&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a aussi men&#233; des tests, par exemple, sur Google et sa plateforme Youtube. On a pay&#233; pour diffuser vingt publicit&#233;s sur Youtube, avec des mots comme &#171; &lt;i&gt;nettoyage ethnique&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;g&#233;nocide&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;mort aux Palestiniens&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;on doit violer toutes les femmes palestiniennes&lt;/i&gt; &#187;, etc. Or, toutes ces publicit&#233;s ont &#233;t&#233; accept&#233;es par Youtube ! Youtube est cens&#233; avoir un administrateur humain et non pas uniquement de l'intelligence artificielle pour v&#233;rifier toutes les publicit&#233;s. En th&#233;orie, si une publicit&#233; m&#232;ne &#224; la violence contre les Palestiniens, elle ne peut pas &#234;tre accept&#233;e. Et pourtant, elles l'ont toutes &#233;t&#233;, ce qui est gravissime. Bien &#233;videmment, on ne les a pas post&#233;es, on les a tout de suite supprim&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le 7 octobre, le gouvernement isra&#233;lien a d&#233;pens&#233; plusieurs millions d'euros pour viser plusieurs pays de l'Union europ&#233;enne, notamment la France, la Belgique, le Danemark, l'Allemagne et les Pays-Bas, via des publicit&#233;s sur Youtube, pour appeler au soutien d'Isra&#235;l et recruter pour l'arm&#233;e isra&#233;lienne. Lorsque l'on s'est adress&#233; &#224; Google et Youtube pour leur expliquer qu'il est interdit par de nombreuses lois europ&#233;ennes et par la politique interne de Youtube d'accepter ce genre de publicit&#233;, ils ont plaid&#233; l'erreur technique ou humaine&#8230; Ces plateformes ne veulent pas reconna&#238;tre qu'il existe des discriminations syst&#233;miques et internalis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Depuis le 7 octobre 2023, la r&#233;pression est plus forte ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Totalement. Il faut savoir qu'il y a vraiment deux dates charni&#232;res, selon nous. C'est d'abord mai 2021 quand il y a le mouvement &lt;i&gt;Save Sheikh Jarrah&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quartier &#224; majorit&#233; palestinienne de J&#233;rusalem-Est, dans les territoires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans les quartiers de J&#233;rusalem-Est, o&#249; Meta a directement travaill&#233; avec le gouvernement isra&#233;lien pour bloquer les &lt;i&gt;Live Facebook&lt;/i&gt;, parce que c'est ce que les Palestiniens utilisaient pour montrer en temps r&#233;el la destruction de leurs maisons. &#199;a a &#233;t&#233; un moment charni&#232;re sur les probl&#233;matiques de collaboration entre les plateformes et le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et depuis le 7 octobre, on a vraiment constat&#233; une intensification, sans pr&#233;c&#233;dent, de la r&#233;pression num&#233;rique. D&#233;j&#224;, les plateformes ont supprim&#233; des milliers de contenus palestiniens, y compris des t&#233;moignages de civils ou m&#234;me des appels humanitaires. Il y a eu beaucoup de comptes Facebook et Instagram, y compris de m&#233;dias bien install&#233;s, qui ont &#233;t&#233; supprim&#233;s par les plateformes. En m&#234;me temps, le gouvernement isra&#233;lien ne permettait pas, et c'est toujours le cas, aux journalistes internationaux de rentrer dans la bande de Gaza, tout en criminalisant Al-Jazeera en Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mod&#233;ration de contenus est devenue de plus en plus opaque. C'&#233;tait encore plus compliqu&#233; de comprendre comment les algorithmes fonctionnaient &#224; ce moment-l&#224;. Il y avait vraiment une application disproportionn&#233;e, avec des r&#232;gles extr&#234;mement floues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il faut souligner les probl&#233;matiques &#233;normes sur la langue arabe, avec une mod&#233;ration de contenus dans cette langue qui est tr&#232;s mauvaise. Parall&#232;lement, il y a tr&#232;s peu de mod&#233;ration de contenus en h&#233;breu &#8211; il faut savoir que Meta n'avait m&#234;me pas de classificateur de la langue avant 2023 (et il n'est m&#234;me pas encore totalement d&#233;ploy&#233; de mani&#232;re effective). Techniquement, cela signifie avoir un outil d'intelligence artificielle qui permet de faire des statistiques sur la langue, d'avoir des mots-cl&#233;s, et de comprendre les contextes de ces mots-cl&#233;s dans une vid&#233;o ou un texte pr&#233;cis, pour d&#233;terminer si c'est &#224; mod&#233;rer ou pas. &#199;a a vraiment constitu&#233; une demande de notre part : il y des messages de haine partag&#233;s en h&#233;breu sur les r&#233;seaux sociaux, Meta doit donc les mod&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a vraiment une surmod&#233;ration de l'arabe et des biais algorithmiques sur la langue. Les mod&#233;rateurs de contenus humains sont tr&#232;s peu form&#233;s sur les diff&#233;rents dialectes, c'est donc tout &#224; fait normal que cela m&#232;ne &#224; &#233;norm&#233;ment de probl&#233;matiques et d'erreurs. C'est vraiment quelque chose qu'on a vu apr&#232;s le 7 octobre, avec une intensification de ces probl&#232;mes et, bien &#233;videmment, un nombre de compte suspendus, restreints ou victimes de &lt;i&gt;shadow ban&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Blocage d'un utilisateur ou de sa production &#224; l'insu de celui-ci &#187;, selon (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui a explos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;La suspicion est plus forte concernant certains usages s&#233;mantiques de certains mots ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, les plateformes de r&#233;seaux sociaux n'ont pas la m&#234;me mani&#232;re de travailler sur les diff&#233;rentes cultures, les diff&#233;rents contextes. Meta a une vision tr&#232;s holistique, normative et internationale des droits fondamentaux, des valeurs, de ce qui peut &#234;tre dit et ne pas &#234;tre dit sur les r&#233;seaux sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui veut dire qu'un mot en arabe comme &#171; &lt;i&gt;shahid&lt;/i&gt; &#187;, qui veut dire martyr, a une connotation culturelle, politique, historique tr&#232;s diff&#233;rente de ce qu'on peut consid&#233;rer comme &#233;tant un martyr dans la mentalit&#233; occidentale. Lorsque l'on parle de martyr musulman dans la repr&#233;sentation ou la mentalit&#233; occidentale, &#231;a va tout de suite renvoyer &#224; quelqu'un qui fait partie de Daesh, ou du Hamas, etc. Mourir en martyr sous-entend, selon ces repr&#233;sentations, que l'on fait partie de la lutte arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'au contraire, chez les Palestiniens et chez les Arabes en g&#233;n&#233;ral, &#171; &lt;i&gt;shahid&lt;/i&gt; &#187;, martyr, c'est toute personne qui meurt dans un conflit arm&#233; mais aussi dans d'autres situations. C'est &#224; la fois religieux, culturel et historique. Un civil, un enfant qui meurt sous un bombardement est consid&#233;r&#233; comme &#233;tant martyr. P&#233;rir d'un accident de voiture alors qu'on est sur le chemin de la mosqu&#233;e ou de l'universit&#233;, c'est aussi mourir en martyr de la connaissance : &#171; il est mort parce qu'il partait &#233;tudier &#224; l'universit&#233; &#187;. C'est vraiment un mot qui a de multiples connotations culturelles, qui n'a pas du tout de connotation militaire &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, ou en lien uniquement avec la violence arm&#233;e, etc. Et pourtant, ce mot va &#234;tre syst&#233;matiquement mod&#233;r&#233; sur les r&#233;seaux sociaux parce que potentiellement consid&#233;r&#233; comme glorifiant la violence, selon les r&#232;gles internes de plusieurs plateformes de r&#233;seaux sociaux. Ils vont consid&#233;rer que s'il y a &#233;crit le mot martyr sur un post, &#231;a va glorifier syst&#233;matiquement la lutte arm&#233;e, le Hamas, etc., alors que ce n'est pas forc&#233;ment le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des mots comme &#171; &lt;i&gt;Intifada&lt;/i&gt; &#187; &#233;galement, qui signifie soul&#232;vement, qui vont &#234;tre syst&#233;matiquement censur&#233;s sur les r&#233;seaux sociaux. C'est vraiment tout un vocabulaire politique et historique palestinien qui a une autre connotation en Palestine, mais qui va automatiquement &#234;tre cibl&#233; par des algorithmes. Il y a m&#234;me des d&#233;cideurs politiques en France, ou dans l'Union europ&#233;enne, qui syst&#233;matiquement ont assimil&#233; les personnes qui utilisaient le mot &lt;i&gt;Intifada&lt;/i&gt; &#224; de l'apologie du terrorisme. C'est extr&#234;mement probl&#233;matique, parce que &#231;a enl&#232;ve tout sens &#224; un vocabulaire et &#224; des mots qui sont utilis&#233;s par toute une population ou une communaut&#233; sur les r&#233;seaux sociaux. Ces plateformes ont des algorithmes fond&#233;s sur une vision politique, culturelle et historique de pr&#233;somption, avec toute la dimension coloniale, issue de l'Occident et de la mani&#232;re dont les ing&#233;nieurs qui ont travaill&#233; sur ces algorithmes imaginent ce qu'est &#234;tre Arabe et ce qu'est &#234;tre Palestinien. Cette imagination et cette identification, extr&#234;mement biais&#233;e et discriminatoire, se retrouve dans les algorithmes et a un impact &#233;norme sur la mani&#232;re dont les Palestiniens peuvent s'exprimer sur les r&#233;seaux sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Comment est-ce que, concr&#232;tement, vous faites pression sur ces plateformes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a la th&#233;orie et la pratique. En th&#233;orie, il y a les rapports qu'on leur envoie, des conversations et des r&#233;unions, &#224; la fois formelles et informelles. On a des contacts directs, notamment avec leurs bureaux au Moyen-Orient, avec les charg&#233;s de politiques publiques. On les rencontre &#233;galement &#224; l'&#233;chelle de l'Union europ&#233;enne. On fait partie de plusieurs consortiums et de groupes qui ont pour objectif de rassembler &#224; la m&#234;me table des personnalit&#233;s et des personnes de la soci&#233;t&#233; civile, des dirigeants de ces plateformes, des journalistes et des universitaires qui travaillent sur ces probl&#233;matiques. L'objectif serait d'avoir des conversations constructives avec ces plateformes. Nous permettre de leur expliquer nos probl&#233;matiques, nos demandes, nos craintes&#8230; Mais ces plateformes collaborent de moins en moins. Elles ne veulent plus avoir de contact direct avec les soci&#233;t&#233;s civiles. C'est le cas de X (ex-Twitter), qui appartient &#224; Elon Musk, et qui ne travaille plus du tout avec la soci&#233;t&#233; civile. Les plateformes font beaucoup de relations presse, mais l'objectif consiste surtout &#224; nettoyer leur image de marque, sans vraiment modifier les pratiques internes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte actuel fait qu'il est extr&#234;mement compliqu&#233; d'avoir des relations avec ces plateformes. Tout simplement parce qu'elles font le choix de collaborer avec des gouvernements d'extr&#234;me droite, et qu'elles cherchent l'innovation plut&#244;t que la r&#233;gulation. L'argent, plut&#244;t que les valeurs fond&#233;es sur les droits fondamentaux et les droits humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que tu constates une diff&#233;rence avec la plateforme chinoise Tiktok ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une plateforme beaucoup plus jeune, o&#249; les contenus palestiniens deviennent assez viraux, avant d'&#234;tre supprim&#233;s. Tiktok a une d&#233;marche beaucoup plus r&#233;gionale sur les questions de mod&#233;ration de contenus, ce qui va permettre une mod&#233;ration beaucoup plus pr&#233;cise, qui va prendre davantage en compte les dialectes, qui va davantage travailler sur les contextes politiques, culturels, religieux, etc. &#199;a peut expliquer le fait que les posts propalestiniens y soient moins censur&#233;s. Mais Tiktok a d'autres probl&#233;matiques, notamment le fait que c'est extr&#234;mement utilis&#233; par des gouvernements autocratiques, ou par des hommes politiques qui vont payer directement des influenceurs pour faire passer des messages politiques probl&#233;matiques. &#199;a a &#233;t&#233; &lt;a href=&#034;https://www.arab-reform.net/fr/publication/recits-et-manipulations-en-ligne-panorama-tunisien-et-regional/?&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tr&#232;s document&#233;&lt;/a&gt;, notamment dans plein de pays arabes, par exemple en Tunisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que vous avez des recommandations, des formulations qui permettraient d'imaginer un jour ce que pourrait &#234;tre un Internet d&#233;colonis&#233; o&#249; justement, par exemple, les Palestiniens pourraient s'exprimer sans craindre la r&#233;pression ? Est-ce que &#231;a passe par l'expropriation de ces grandes plateformes, par la cr&#233;ation de r&#233;seaux de plateformes num&#233;riques citoyennes ou publiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On consid&#232;re que ce n'est pas forc&#233;ment &#224; nous de travailler directement pour trouver les solutions pour avoir un meilleur Internet, notre objectif c'est la responsabilisation de ces plateformes. Il y a des personnes &#224; l'&#233;chelle locale en Palestine qui sont vraiment beaucoup plus expertes sur ces questions-l&#224; et qui donnent des solutions. Apr&#232;s, on plaide vraiment pour la d&#233;centralisation des pouvoirs de d&#233;cision au sein de ces plateformes. On plaide pour l'int&#233;gration des communaut&#233;s affect&#233;es dans la gouvernance de ces plateformes. On plaide pour une meilleure &#233;quit&#233; en ce qui concerne la mod&#233;ration de contenu des langues, c'est-&#224;-dire de mieux prendre en compte les diff&#233;rentes langues, les dialectes, et toutes leurs subtilit&#233;s. On demande aussi que les plateformes mettent davantage de moyens financiers sur ces probl&#233;matiques. Et on plaide vraiment pour des standards bas&#233;s sur les droits humains et les droits fondamentaux, et non uniquement sur les risques potentiels ou les questions d'innovation. La question de la d&#233;centralisation d'Internet est extr&#234;mement compliqu&#233;e. On se retrouve dans un monde o&#249; Internet est pris en otage par quelques entreprises priv&#233;es, qui valent des milliards de milliards, et c'est de plus en plus compliqu&#233;, justement, de penser un Internet qui serait d&#233;centralis&#233; et beaucoup plus &#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais que beaucoup de personnes appellent &#224; boycotter des plateformes comme Meta ou X. Pour l'instant, on n'appelle pas les journalistes palestiniens ou les cr&#233;ateurs de contenus &#224; le faire parce qu'on sait que c'est une mani&#232;re pour eux d'&#234;tre visibles. Tant qu'il n'y aura pas de solution p&#233;renne, qui permettrait d'avoir une visibilit&#233; aussi forte, ou presque aussi forte, on n'appellera pas directement &#224; leur boycott.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il y a une r&#233;gulation comme le &lt;i&gt;IA act&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le r&#232;glement officiel sur l'intelligence artificielle au sein de l'Union (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou le DSA, qui sont des r&#233;gulations de l'Union europ&#233;enne, mais qui ont pour objectif d'&#234;tre des standards pour l'international, on consid&#232;re qu'il est n&#233;cessaire que des ONG non europ&#233;ennes fassent partie des conversations et que leurs revendications soient entendues. Sinon, on arrivera seulement &#224; avoir des plateformes avec des r&#233;gulations et des standards normatifs tr&#232;s occidentalis&#233;s, qui ont tout le temps eu et auront toujours des biais coloniaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, avec ELSC, le &lt;i&gt;Europen Legal Support Center&lt;/i&gt;, on a travaill&#233; &#224; un &lt;a href=&#034;https://form.jotform.com/250692597434063&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;formulaire&lt;/a&gt;, ou ce qu'on peut appeler un &lt;i&gt;tracker&lt;/i&gt; de droit num&#233;rique, qui permet aux citoyens europ&#233;ens, ou aux personnes r&#233;sidant en Europe, de nous partager directement des cas de censure en ligne. Ce qui permettra, potentiellement, de trouver les biais discriminatoires et syst&#233;miques de ces plateformes. L'objectif pour nous, c'est vraiment de prouver que ce qui se passe actuellement sur ces plateformes n'est pas seulement du fait du gouvernement isra&#233;lien. On a vraiment prouv&#233; qu'il y a encore des biais discriminatoires et algorithmiques en Europe, et que les &#201;tats membres de l'Union europ&#233;enne sont en train eux aussi de pousser &#224; la discrimination du contenu propalestinien. C'est toute la dimension paradoxale de la r&#233;glementation de l'Union europ&#233;enne, qui pr&#233;tend d&#233;fendre les valeurs et les droits fondamentaux, tout en censurant davantage des posts palestiniens ou propalestiniens &#224; travers le profilage. Et cela produit en quelque sorte un effet domino : il y a de l'autocensure, les posts sur les appels &#224; manifestations sont supprim&#233;s ou alors tr&#232;s peu visibles, donc la mobilisation dans les rues est moindre, tout cela parce que l'acc&#232;s &#224; l'information ne fonctionne plus&#8230; Ce sont toutes ces probl&#233;matiques li&#233;es &#224; la libert&#233; d'opinion, d'expression, mais aussi au droit &#224; s'informer qui ne sont pas trait&#233;es de mani&#232;re &#233;quitable lorsqu'on parle des Palestiniens et propalestiniens en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Nils Solari&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le fait de veiller &#224; ce que l'information diffus&#233;e soit exacte et n'ait pas &#233;t&#233; modifi&#233;e ou falsifi&#233;e, afin que chacun puisse s'exprimer et s'informer librement sur la base de donn&#233;es fiables.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;300 Palestiniens arr&#234;t&#233;s par Isra&#235;l apr&#232;s l'observation de leurs posts num&#233;riques. En 2020, 7amleh pointera &#233;galement le r&#244;le jou&#233; par Emi Palmor, ancienne ministre isra&#233;lienne de la Justice, qui a int&#233;gr&#233; en 2020 le conseil de surveillance de Facebook.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un centre d'assistance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Divulgation de donn&#233;es personnelles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#232;glement europ&#233;en sur les services num&#233;riques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quartier &#224; majorit&#233; palestinienne de J&#233;rusalem-Est, dans les territoires palestiniens occup&#233;s, pour lequel une d&#233;cision de justice, survenue en mai 2021, a fait peser le spectre d'une nouvelle expulsion de dizaines de famille de palestiniens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Blocage d'un utilisateur ou de sa production &#224; l'insu de celui-ci &#187;, selon &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Shadow_banning&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Wikip&#233;dia&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le r&#232;glement officiel sur l'intelligence artificielle au sein de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Palestine : &#171; Des victimes sans visages, des crimes sans criminels &#187;</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Palestine-Des-victimes-sans-visages-des-crimes</link>
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		<dc:date>2025-06-04T07:57:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pauline Perrenot</dc:creator>


		<dc:subject>Isra&#235;l</dc:subject>
		<dc:subject>Gaza</dc:subject>
		<dc:subject>Palestine</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien avec Johann Soufi.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-2023-Israel-Palestine-le-7-octobre-et-apres-" rel="directory"&gt;2023-... : Isra&#235;l-Palestine, le 7 octobre et apr&#232;s&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Israel-+" rel="tag"&gt;Isra&#235;l&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Gaza-+" rel="tag"&gt;Gaza&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Palestine-+" rel="tag"&gt;Palestine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH131/johannsoufi-daf39.png?1776679432' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='131' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Johann Soufi, avocat et procureur sp&#233;cialis&#233; en justice p&#233;nale internationale. Ancien conseiller juridique senior aupr&#232;s des Nations Unies, il a men&#233; des enqu&#234;tes sur des crimes internationaux au Rwanda, au Timor oriental, en C&#244;te d'Ivoire, au Liban, en R&#233;publique centrafricaine, au Mali, en Ukraine et au Sri Lanka. Il a &#233;galement particip&#233; aux proc&#232;s de hauts responsables politiques et militaires devant plusieurs juridictions p&#233;nales internationales (Rwanda, Sierra Leone, Liban), avant de diriger le bureau juridique de l'UNRWA &#224; Gaza entre 2020 et 2023. Chercheur au Centre Thucydide de l'Universit&#233; Paris II &#8211; Panth&#233;on-Assas, il est cofondateur et membre du conseil scientifique de JURDI, une association qui rassemble avocats, magistrats, professeurs, juristes et experts en droit international, pour promouvoir le respect et l'application du droit international dans le contexte du conflit qui oppose Isra&#235;l aux Palestiniens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;&#192; propos de la couverture m&#233;diatique r&#233;cente&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Acrimed : Un tapis de bombes sur Gaza, des dizaines de morts chaque jour, des corps d'enfants d&#233;charn&#233;s et d&#233;membr&#233;s, un plan de colonisation voire d'annexion assum&#233; publiquement par le cabinet de d&#233;fense isra&#233;lien... Que t'inspire la couverture m&#233;diatique actuellement, tout particuli&#232;rement depuis qu'Isra&#235;l a rompu la &#171; tr&#234;ve &#187; &#224; la mi-mars ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Johann Soufi :&lt;/strong&gt; Depuis quelques semaines, on assiste &#224; une &#233;volution du traitement m&#233;diatique de la situation &#224; Gaza, en France notamment. On constate un regain d'attention apr&#232;s des mois, des ann&#233;es, d'indiff&#233;rence. On a le sentiment que la parole s'ouvre progressivement, que des voix jusque-l&#224; marginalis&#233;es &#8211; humanitaires, juristes, sociologues &#8211; commencent enfin &#224; &#234;tre entendues. Selon moi, cette &#233;volution ne rel&#232;ve pas d'une prise de conscience spontan&#233;e de la part des m&#233;dias et des responsables politiques, mais d'un effet d'accumulation, de saturation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord en raison de l'ampleur des massacres, et des violations du droit international. On en est &#224; plus de 53 000 morts et 120 000 bless&#233;s, selon les chiffres officiels. Et cela ne tient pas compte de tous ceux qui mourront t&#244;t ou tard de leurs blessures ou de maladies non soign&#233;es, ni de ceux qui vivront avec des s&#233;quelles physiques et psychologiques permanentes, apr&#232;s dix-neuf mois de crimes, de pers&#233;cutions et de privations. Depuis octobre 2023, un enfant est tu&#233; ou bless&#233; toutes les 20 minutes &#224; Gaza. L'aide humanitaire est entrav&#233;e, instrumentalis&#233;e, la famine menace toute la population gazaouie. Les images qui nous parviennent nous rappellent les heures les plus sombres de l'histoire humaine. Chaque jour apporte son lot de nouvelles horreurs, de nouveaux traumatismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces crimes s'ajoutent des discours de responsables isra&#233;liens qui assument de plus en plus clairement leur projet colonial, voire leur intention g&#233;nocidaire. Isra&#235;l Katz, ministre de la D&#233;fense, a r&#233;cemment parl&#233; de la &#171; destruction totale &#187; de Gaza et de la d&#233;portation de ses habitants. D'autres, comme Bezalel Smotrich, tiennent des propos similaires. Des appels publics au meurtre des Gazaouis &#8211; hommes, femmes, enfants &#8211; sont diffus&#233;s sur des cha&#238;nes isra&#233;liennes sans la moindre censure. Cette intention g&#233;nocidaire de plus en plus claire rend le silence des &#233;lites m&#233;diatiques et politiques d'autant plus intenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre facteur essentiel de ce changement tient, j'en suis convaincu, &#224; la pression croissante de la soci&#233;t&#233; civile, qui refuse l'immobilisme face &#224; ces atrocit&#233;s commises sous nos yeux. Les manifestations hebdomadaires, les appels au boycott et aux sanctions, mais aussi les actions judiciaires men&#233;es par des collectifs de juristes comme notre association &lt;a href=&#034;https://jurdi.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;JURDI&lt;/a&gt; contribuent &#224; faire &#233;voluer le positionnement des m&#233;dias et des responsables politiques. Face &#224; cette pression populaire, le prix du silence devient simplement trop lourd &#224; porter &#8211; pour les m&#233;dias, les artistes, les &#233;lus. Leur cr&#233;dibilit&#233; et leur respectabilit&#233; sont aujourd'hui directement mises en cause. Il devient de plus en plus difficile &#8211; voire impossible &#8211; de continuer &#224; ignorer ou &#224; relativiser ce qui se passe &#224; Gaza. Le silence est per&#231;u comme une complicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Cette &#233;volution &#8211; relative, tant elle ne remet pas fondamentalement en cause &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Israel-Palestine-le-7-octobre-et-apres-1-un&#034;&gt;le cadrage m&#233;diatique initial &#233;dict&#233; au lendemain du 7 octobre 2023&lt;/a&gt; &#8211; arrive en plus bien tardivement...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est certain. Cette inflexion soudaine ne doit pas faire oublier les dix-neuf mois d'invisibilisation syst&#233;matique &#8211; parfois m&#234;me de d&#233;shumanisation &#8211; des Palestiniens de Gaza dans la plupart des m&#233;dias. Elle ne saurait non plus absoudre la responsabilit&#233; de certains d'entre eux dans la minimisation des crimes, ou dans la stigmatisation de celles et ceux qui, d&#232;s le d&#233;part, demandaient simplement le respect du droit international en Palestine. Ces choix &#233;ditoriaux ont largement contribu&#233; &#224; retarder la prise de conscience, et avec elle, toute r&#233;ponse politique &#224; la hauteur. L'Histoire, je le crois, les jugera s&#233;v&#232;rement pour s'&#234;tre tus si longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et m&#234;me aujourd'hui, les progr&#232;s restent limit&#233;s. Dans les d&#233;bats t&#233;l&#233;vis&#233;s, les Palestiniens sont toujours largement absents. On continue &#224; parler d'eux &#8211; de leur histoire, de leur souffrance, de leur avenir &#8211; sans jamais leur donner la parole. L'angle dominant reste souvent celui du &#171; suicide d'Isra&#235;l &#187; ou de l'impact que ces crimes peuvent avoir sur la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise ou la &#171; communaut&#233; internationale &#187;, rel&#233;guant le r&#233;cit des victimes palestiniennes au second plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, le d&#233;bat public &#233;volue tr&#232;s lentement. On est pass&#233;s progressivement d'un &#171; soutien inconditionnel &#224; Isra&#235;l &#187;, &#224; &#171; c'est de la l&#233;gitime d&#233;fense &#187; puis &#171; c'est une catastrophe humanitaire &#187;, pour enfin reconna&#238;tre prudemment, depuis quelques semaines, les crimes commis... mais avec une ligne rouge que l'on n'ose toujours pas franchir : le mot &#171; g&#233;nocide &#187;. Ce mot est devenu la nouvelle fronti&#232;re du dicible. Ce glissement progressif, sur pr&#232;s de 20 mois, r&#233;v&#232;le &#224; quel point la compassion reste difficile, s&#233;lective, et la souffrance palestinienne encore trop souvent relativis&#233;e. Je le vois encore avec une chronique r&#233;cente de &lt;a href=&#034;https://www.tf1info.fr/replay-lci/videos/video-fourest-en-liberte-genocide-attention-au-mot-76897-2373548.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Caroline Fourest sur LCI&lt;/a&gt; qui, apr&#232;s avoir ni&#233; l'ampleur des massacres pendant des mois &#8211; elle affirmait, sans aucune source, fin octobre 2023, qu'il fallait &#171; &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Israel-Palestine-le-7-octobre-et-apres-2-doubles&#034;&gt;diviser le nombre de morts par cinq ou dix&lt;/a&gt; &#187; &#8211; s'emploie aujourd'hui &#224; d&#233;l&#233;gitimer ceux qui utilisent le mot g&#233;nocide alors que de plus en plus d'experts le jugent ad&#233;quat pour qualifier ce qui se passe &#224; Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors non, on ne peut pas encore parler de traitement m&#233;diatique digne. Ce &#224; quoi nous assistons depuis peu n'est qu'une tentative tardive de r&#233;pondre enfin &#224; des exigences minimales d'information. Le changement reste marginal, et met surtout en lumi&#232;re tout ce qui aurait pu &#8211; et d&#251; &#8211; &#234;tre fait bien plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;&#192; ce propos, as-tu regard&#233; la &#171; page sp&#233;ciale &#187; du 20h de France 2, le 7 mai dernier, qui montre le quotidien de familles gazaouies d&#233;chir&#233;es par la guerre ? Qu'en as-tu pens&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est un bon exemple de cette &#233;volution, mais surtout, cela montre ce qu'aurait pu &#234;tre une autre couverture m&#233;diatique depuis le d&#233;but. On y voit enfin un long reportage, avec un angle humain, qui incarne la souffrance des habitants de Gaza, qui donne un nom, un visage, une voix aux victimes de ces atrocit&#233;s. Ils ne sont plus de simples chiffres, des statistiques morbides, mais des &#234;tres humains avec une histoire, des proches, des vies fauch&#233;es. C'est ce travail journalistique-l&#224; qu'il aurait fallu faire d&#232;s le mois d'octobre : montrer la r&#233;alit&#233; de la souffrance de toutes les victimes. Montrer la vie des Palestiniens de Gaza, donner &#224; voir ce que signifient concr&#232;tement les chiffres effroyables qui nous parvenaient, semaine apr&#232;s semaine, des agences humanitaires sur place. Je n'oublierai jamais la campagne de certains m&#233;dias pour minimiser ces chiffres. Quand on parle de 53 000 morts et de centaines de milliers de bless&#233;s, on parle de familles enti&#232;res bris&#233;es par la souffrance, le deuil, la terreur, le d&#233;sespoir. Ce sont ces histoires qu'il fallait raconter, et trop souvent, elles ont &#233;t&#233; ignor&#233;es. La population de Gaza a &#233;t&#233; d&#233;shumanis&#233;e, y compris par nos propres m&#233;dias. C'est extr&#234;mement violent comme sentiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vraie question qu'il faut se poser &#224; propos de ce beau reportage de France 2, c'est : pourquoi faire ce type de reportage maintenant, apr&#232;s dix-neuf mois ? Qu'est-ce qui a chang&#233; qui permet de le faire aujourd'hui et qui ne permettait pas de le faire avant ? Absolument rien. Les journalistes internationaux n'ont toujours pas acc&#232;s &#224; Gaza. Les images diffus&#233;es aujourd'hui sont film&#233;es par les m&#234;mes journalistes palestiniens qui sont pris pour cible par Isra&#235;l depuis le d&#233;but du conflit. En r&#233;alit&#233;, ce travail &#233;tait d&#233;j&#224; possible en octobre 2023, et tout au long de ces dix-neuf mois. Il n'y a donc aucune justification &#224; ce silence, ni &#224; cette longue invisibilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;D'autant que cette fen&#234;tre du 20h se conclut par une interview de l'ambassadeur d'Isra&#235;l en France. Le tout, sans contradiction digne de ce nom&#8230; Comment est-ce encore possible ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est effectivement tr&#232;s probl&#233;matique. En interrogeant l'ambassadeur isra&#233;lien, imm&#233;diatement apr&#232;s ce reportage, on offre une tribune au repr&#233;sentant d'un gouvernement qui manie parfaitement la propagande. &#192; une heure de grande &#233;coute, il vient relativiser ce que le reportage pr&#233;c&#233;dent montrait pourtant de mani&#232;re &#233;vidente : la souffrance d'un peuple victime des crimes contre l'humanit&#233; et d'un nettoyage ethnique, voire d'un g&#233;nocide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;flexe m&#233;diatique est assez sp&#233;cifique &#224; cette situation. &#192; chaque fois qu'une victime palestinienne t&#233;moigne, ou qu'un juriste, un humanitaire ou un expert prend la parole pour d&#233;crire la situation en cours &#224; Gaza, il semble qu'il faille syst&#233;matiquement &#171; contrebalancer &#187; ce t&#233;moignage. Ce dispositif place des observateurs ind&#233;pendants, journalistes, humanitaires, juristes, dans une posture artificielle de simple &#171; parties &#224; un d&#233;bat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi cette mise en sc&#232;ne du &#171; faux &#233;quilibre &#187; est-elle si probl&#233;matique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que c'est exactement ce que cherchent &#224; faire le gouvernement isra&#233;lien et les journalistes qui le soutiennent : pr&#233;senter les faits comme une simple divergence de points de vue. Les centaines de juristes sp&#233;cialis&#233;s en droit international, les organisations humanitaires, les ONG de d&#233;fense des droits humains, mais aussi les institutions de l'ONU &#8211; comme l'UNRWA, le Haut-Commissariat aux droits de l'homme, la Rapporteuse sp&#233;ciale Francesca Albanese, ou m&#234;me la Cour internationale de Justice &#8211; sont pr&#233;sent&#233;s comme des acteurs partisans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette logique du &#171; faux &#233;quilibre &#187; brouille aussi les rep&#232;res entre opinion et analyse. Il n'y a plus de faits &#233;tablis, plus de v&#233;rit&#233; objective : absolument tout devient sujet &#224; d&#233;bat, &#224; contestation. Dans ce brouillard intellectuel, o&#249; les &#171; v&#233;rit&#233;s alternatives &#187; dominent, on finit par remettre en question jusqu'aux &#233;l&#233;ments les plus solidement document&#233;s &#8211; y compris ceux des agences des Nations Unies pr&#233;sentes sur le terrain. C'est d'autant plus pr&#233;occupant qu'Isra&#235;l interdit toujours l'acc&#232;s &#224; Gaza aux journalistes et aux observateurs internationaux, et qu'il a d&#233;j&#224; tu&#233; plus d'une centaine de journalistes palestiniens. Cela limite drastiquement la possibilit&#233; de t&#233;moigner de ce qui s'y passe. Il ne peut pas y avoir d'&#233;quivalence entre des observateurs ind&#233;pendants et des parties &#224; un conflit arm&#233;. Et pourtant, c'est pr&#233;cis&#233;ment cette fronti&#232;re que certains m&#233;dias contribuent &#224; brouiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Qu'attendrais-tu concr&#232;tement des r&#233;dactions &#224; ce sujet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un cadre &#233;thique clair qui distingue entre les parties &#224; un conflit, qui cherchent naturellement &#224; influencer l'opinion publique &#224; leur avantage, et les observateurs ind&#233;pendants, qui disposent d'une cr&#233;dibilit&#233; en raison de leur impartialit&#233; et de leur expertise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant la parole des parties au conflit, en r&#233;alit&#233;, deux approches sont possibles. Soit on consid&#232;re qu'il est inacceptable de tendre un micro &#224; des repr&#233;sentants d'un groupe arm&#233; ou d'un &#201;tat impliqu&#233;s dans des crimes de guerre, des crimes contre l'humanit&#233;. C'est une position juste &#8211; mais elle doit &#234;tre appliqu&#233;e de mani&#232;re coh&#233;rente. On ne peut pas refuser au nom de ces principes la parole d'un repr&#233;sentant du Hamas tout en invitant, sans contradiction, un repr&#233;sentant d'un &#201;tat dont le Premier ministre est vis&#233; par des mandats d'arr&#234;t de la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l'humanit&#233;. Soit on estime qu'une interview ne revient pas &#224; offrir une tribune, ni &#224; valider la l&#233;gitimit&#233; du discours tenu, et que le r&#244;le du journaliste est en r&#233;alit&#233; d'interroger, de confronter. Dans ce cas, rien ne justifie qu'on fasse une distinction entre les parties &#224; un conflit : entre les repr&#233;sentants isra&#233;liens et ceux du Hamas, entre les Ukrainiens et les Russes. En r&#233;alit&#233;, tout se joue dans la coh&#233;rence et la transparence. Il ne s'agit pas de neutralit&#233; abstraite, mais d'un cadre d&#233;ontologique clair. Les m&#233;dias doivent choisir une ligne, et s'y tenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Mais ce n'est pas du tout le cas.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non il ne me semble pas, et c'est bien le probl&#232;me. Ce sont ces doubles standards, ces r&#232;gles et principes &#224; g&#233;om&#233;trie variable qui troublent les t&#233;l&#233;spectateurs. Personne ne peut les comprendre. Il semble &#233;vident pour tous les journalistes de ne pas inviter de repr&#233;sentants de l'arm&#233;e russe ou du Kremlin, mais parfaitement normal de tendre le micro &#224; des repr&#233;sentants de l'arm&#233;e ou du gouvernement isra&#233;liens. En outre, on ne traite pas les victimes isra&#233;liennes et palestiniennes de la m&#234;me mani&#232;re. Les premi&#232;res ont droit &#224; de longs portraits, les secondes ne sont g&#233;n&#233;ralement m&#234;me pas mentionn&#233;es par leurs noms. On n'analyse pas non plus le bombardement d'une clinique &#224; Rafah comme celui d'une maternit&#233; &#224; Marioupol. Bref, tout est analys&#233;, comment&#233;, au prisme de standards diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces biais s'ajoute la faiblesse du travail de contradiction journalistique en France envers les repr&#233;sentants du gouvernement isra&#233;lien et leurs soutiens. On les laisse g&#233;n&#233;ralement d&#233;rouler leur propagande sans contradiction, sans confrontation avec les faits. C'est une approche bien diff&#233;rente de ce qu'on observe dans certains m&#233;dias anglo-saxons. Prenez les interviews de Mehdi Hasan, par exemple : les invit&#233;s savent que ce ne sera pas une promenade de sant&#233;, et r&#233;fl&#233;chissent &#224; deux fois avant d'accepter, car ils mesurent le co&#251;t politique et le risque pour la cr&#233;dibilit&#233; de leur discours de leur passage &#224; l'antenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, soit on offre une tribune sans contradiction, soit le simple fait de faire son travail de journaliste peut co&#251;ter cher. On se souvient de Mohamed Kaci, sanctionn&#233; sur TV5 Monde pour avoir simplement exerc&#233; son m&#233;tier. M&#234;me si cela n'a pas donn&#233; lieu, &#224; ma connaissance, &#224; une sanction disciplinaire formelle, le message &#233;tait limpide : lorsqu'un responsable isra&#233;lien est invit&#233;, il doit pouvoir s'exprimer sans la moindre remise en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, &#224; mes yeux, un effondrement de la fonction journalistique. Car dans ce cas, je n'ai pas besoin de France T&#233;l&#233;visions, de BFM-TV, ou d'une autre cha&#238;ne de t&#233;l&#233; ou de radio, pour entendre ce que l'ambassadeur ou un colonel de l'arm&#233;e isra&#233;lienne veut dire : je vais sur son compte Twitter. Et c'est aussi cela qui contribue &#224; d&#233;valoriser les m&#233;dias, qui remplissent pourtant des fonctions d&#233;mocratiques essentielles. La question qu'aujourd'hui les journalistes doivent se poser vis-&#224;-vis du conflit isra&#233;lo-palestinien est la suivante : quelle est la plus-value du travail journalistique ? Est-ce transmettre un discours de propagande, ou est-ce le remettre en question, le confronter, l'analyser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi ne font-ils pas ce travail d'apr&#232;s toi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est difficile &#224; dire. &#192; mes yeux, il y a une forme de paresse journalistique, mais aussi un v&#233;ritable manque de recul dans certaines r&#233;dactions fran&#231;aises, une incapacit&#233; &#224; s'interroger sur ce double standard ou &#224; analyser ses propres biais, qui peuvent parfois exister de mani&#232;re inconsciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense par exemple &#224; un &#233;change que j'ai eu avec l'ancienne correspondante de France 2 &#224; J&#233;rusalem, Agn&#232;s Vahramian, fin 2023 il me semble. Elle m'avait contact&#233; pour un reportage qu'elle faisait sur le bureau de l'arm&#233;e isra&#233;lienne sp&#233;cialis&#233; en droit international humanitaire. L'angle annonc&#233; : &#171; Comment ces juristes accompagnent l'arm&#233;e isra&#233;lienne en temps r&#233;el pour garantir que ses op&#233;rations respectent le droit international &#187;. Je rappelle qu'&#224; cette &#233;poque on comptait d&#233;j&#224; plus de 20 000 morts et plus de 50 000 bless&#233;s &#224; Gaza, dont une majorit&#233; de civils, y compris un grand nombre de femmes et d'enfants. J'esp&#233;rais, na&#239;vement peut-&#234;tre, que ce reportage chercherait &#224; montrer que l'arm&#233;e isra&#233;lienne est dot&#233;e de juristes qui connaissent le droit international et qu'elle agit donc en pleine conscience de ses violations lorsqu'elle bombarde de mani&#232;re indiscrimin&#233;e les infrastructures civiles, y compris les habitations, les h&#244;pitaux et les &#233;coles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsque j'ai tent&#233; de lui expliquer les principes de distinction, de proportionnalit&#233; et de pr&#233;caution, elle m'a expliqu&#233; que ce n'&#233;tait pas l'angle du sujet. Elle m'a m&#234;me dit ce que j'ai entendu trop de fois dans ma carri&#232;re : &#171; Mais vous savez bien que c'est la guerre &#187;. Me dire cela &#224; moi qui travaille sur les crimes de guerre, les g&#233;nocides, depuis plus de 18 ans&#8230; L'entretien a tout de m&#234;me eu lieu &#8211; trente minutes d'&#233;changes &#8211;, mais elle m'a ensuite demand&#233; une r&#233;action en trente secondes. Pour un sujet diffus&#233; sur France 2. Moins d'une minute pour expliquer les crimes commis par Isra&#235;l, la complexit&#233; du droit international humanitaire, la responsabilit&#233; des juristes qui facilitent ces crimes, la raison pour laquelle ils acceptent une &#233;quipe de France 2 dans leurs bureaux pour continuer &#224; propager l'image de &#171; l'arm&#233;e la plus morale du monde &#187;&#8230; C'est absurde. Et finalement, ils ont coup&#233; toute mon intervention. Quand j'ai vu le reportage, j'ai eu le sentiment de regarder une op&#233;ration de communication de l'arm&#233;e isra&#233;lienne. Aucun t&#233;moignage des victimes, rien sur les violations document&#233;es par l'ONU. Simplement quelques secondes d'un confr&#232;re pour rappeler que &#171; m&#234;me la guerre a des r&#232;gles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est donc pas seulement de la paresse intellectuelle. Il y a une sorte de verrou cognitif, une vraie difficult&#233; &#224; concevoir la population palestinienne comme des victimes &#8211; et les soldats isra&#233;liens comme les auteurs de ces crimes. C'est cette asym&#233;trie-l&#224; qui est profond&#233;ment d&#233;rangeante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Mais qui peut en revanche vous valoir des f&#233;licitations, comme celles qui furent adress&#233;es &#224; BFM-TV par l'un des porte-parole de l'arm&#233;e isra&#233;lienne, Olivier Rafowicz, face &#224; deux journalistes. Ou encore, fin mai, le prix d&#233;cern&#233; par l'organisation &#171; Diaspora Defense Forces &#187; &#8211; sous l'&#233;gide du publicitaire Frank Tapiro &#8211; &#224; Laurence Ferrari pour &#171; l'ensemble de son &#339;uvre &#187; depuis le 7 octobre 2023 au sein du groupe Bollor&#233;, lequel avait d'ailleurs d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &lt;a href=&#034;https://www.ozap.com/actu/japprecie-que-cnews-et-europe-1-combattent-pour-la-civilisation-judeo-chretienne-face-a-laurence-ferrari-benyamin-netanyahou-felicite-la-ligne-editoriale-des-medias-du-groupe-bollore/647326&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;encens&#233; en octobre 2024&lt;/a&gt; par Benyamin Netanyahou lui-m&#234;me&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet. Pour un t&#233;l&#233;spectateur lambda comme moi, cela entame s&#233;rieusement la cr&#233;dibilit&#233; des journalistes concern&#233;s &#8211; et pas seulement sur le conflit isra&#233;lo-palestinien, mais aussi sur l'ensemble des sujets qu'ils traitent, qu'il s'agisse de politique int&#233;rieure ou de g&#233;opolitique. Ce r&#244;le de simple &#171; passeur de plats &#187;, sans recul critique, ni v&#233;ritable enqu&#234;te sur les faits, explique en partie la perte de confiance croissante dans les m&#233;dias traditionnels. Et cela contribue &#224; ce que de plus en plus de personnes se tournent vers les r&#233;seaux sociaux pour s'informer &#8211; avec toutes les d&#233;rives que cela comporte, notamment en termes de biais de confirmation et de propagation des &#171; fake news &#187;. C'est d&#233;solant.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;&#192; propos de la caract&#233;risation de g&#233;nocide&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;J'aimerais que l'on s'attarde sur le traitement m&#233;diatique de la caract&#233;risation de g&#233;nocide, qui a &#233;t&#233; quasi syst&#233;matiquement disqualifi&#233;e dans et par les grands m&#233;dias. Que t'inspire la teneur du d&#233;bat public &#224; cet &#233;gard ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les m&#233;dias, la question du g&#233;nocide n'a pas &#233;t&#233; trait&#233;e pour ce qu'elle est : un d&#233;bat juridique grave et complexe, qui doit reposer sur l'analyse de crimes document&#233;s, des d&#233;clarations publiques de responsables isra&#233;liens, et sur le droit applicable, notamment les ordonnances de la Cour internationale de Justice, et sur l'avis d'experts en droit international. En r&#233;alit&#233;, l'approche dominante a &#233;t&#233; tout autre. Des journalistes comme Jean Quatremer, Caroline Fourest et d'autres &#8211; d&#233;pourvus de toute comp&#233;tence juridique &#8211; se sont rapidement empar&#233;s de ce sujet, non pas pour discuter s&#233;rieusement des faits et du droit, mais pour nier la gravit&#233; des crimes commis &#224; Gaza et en Cisjordanie, et disqualifier ceux qui utilisent le terme de &#171; g&#233;nocide &#187;, en les accusant d'exag&#233;ration ou d'id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite, le discours m&#233;diatique s'est d&#233;plac&#233; vers le relativisme, voire l'absurde. On en revient toujours aux crimes commis le 7 octobre 2023 ou au pr&#233;tendu caract&#232;re &#171; d&#233;mocratique &#187; d'Isra&#235;l, comme si cela suffisait &#224; &#233;carter tout risque de g&#233;nocide &#224; Gaza. Pourtant, cela n'a strictement rien &#224; voir. Le r&#233;sultat, c'est une v&#233;ritable bouillie m&#233;diatique : un empilement de raisonnements sans lien logique, o&#249; tout se m&#233;lange. Dans ce brouillard intellectuel, ce sont toujours les m&#234;mes &#233;ditorialistes qui occupent l'espace m&#233;diatique et imposent un point de vue aussi partisan que mal inform&#233; &#8211; sans jamais avoir &#233;tudi&#233; le droit international ou l'histoire du concept de g&#233;nocide. Ce sont, en r&#233;alit&#233;, de v&#233;ritables &#171; toutologues &#187; : omnipr&#233;sents &#224; l'antenne, mais profond&#233;ment ignorants des notions qu'ils s'autorisent &#224; commenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus choquant, peut-&#234;tre, reste le recours &#224; des comparaisons historiques d&#233;plac&#233;es, comme celles faites par Jean Quatremer entre la Shoah et ce qui se passe &#224; Gaza&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans sa tribune du 25 mars 2024 (Lib&#233;ration), le journaliste &#233;crit en effet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme si tous les g&#233;nocides se ressemblaient. Ces parall&#232;les sont fallacieux, confus, profond&#233;ment indignes. Ils instrumentalisent en r&#233;alit&#233; la m&#233;moire des victimes de l'Holocauste ou d'autres g&#233;nocides, comme au Rwanda, pour d&#233;l&#233;gitimer ceux qui, aujourd'hui, alertent sur un possible g&#233;nocide en cours &#224; Gaza, notamment en raison des conditions d'existence dans la bande de Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il y a une derni&#232;re question que je me pose : au bout de combien d'erreurs ces &#233;ditorialistes perdront-ils enfin leur cr&#233;dibilit&#233; ? Devant un tribunal, un t&#233;moin pris en flagrant d&#233;lit de mensonge, ou un expert visiblement incomp&#233;tent, est imm&#233;diatement &#233;cart&#233;. Dans les m&#233;dias, rien de tout cela ne semble avoir de cons&#233;quences. Ces chroniqueurs se sont lourdement tromp&#233;s, des dizaines de fois sur ce qui se passe &#224; Gaza. Parfois, ils mentent ostensiblement. Et pourtant, on continue &#224; leur offrir un si&#232;ge r&#233;serv&#233; dans les grandes &#233;missions &#224; la radio et &#224; la t&#233;l&#233;vision. Pourquoi ? Pourquoi continue-t-on &#224; leur tendre le micro, tout en invisibilisant celles et ceux qui, d&#232;s le d&#233;part, alertent avec s&#233;rieux, rigueur et des arguments fond&#233;s ? C'est une inversion totale des r&#244;les et cela pose une nouvelle fois une question fondamentale : celle de l'int&#233;grit&#233; et de la cr&#233;dibilit&#233; du paysage m&#233;diatique fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;C'est en effet le cas de tr&#232;s nombreux commentateurs, BHL en t&#234;te&#8230; Tu signalais celui de Jean Quatremer : il se trouve que &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; continue de publier ses billets &#8211; &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/international/europe/critiquer-la-politique-de-netanyahou-nest-pas-donner-raison-a-ceux-qui-accusent-israel-de-genocide-depuis-le-7-octobre-20250528_BPFHVFB2XNF7XLOFPTOECZBQ2M/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;celui du 28 mai&lt;/a&gt; dernier restera &#233;galement dans les annales &#8211; alors qu'il y a plus d'un an, avec d'autres, tu avais imm&#233;diatement signal&#233; les inepties &#224; l'&#339;uvre dans son article titr&#233; &#171; La qualification de g&#233;nocide &#224; Gaza : une accusation de trop &#187; (25/03/2024). Tu as r&#233;agi &lt;a href=&#034;https://x.com/jsoufi/status/1772617615518613782?t=OOMH3VYsmmMMSWKb23u6Kw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une premi&#232;re fois&lt;/a&gt; lors de la publication, et &lt;a href=&#034;https://x.com/jsoufi/status/1789363418761191508?t=zjR7s7puK6W_jl1t1zCdAA&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une deuxi&#232;me fois&lt;/a&gt; pr&#232;s de deux mois plus tard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lorsque le journaliste a r&#233;cidiv&#233; en d&#233;clarant : &#171; On va le r&#233;p&#233;ter encore (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, d'abord par un thread, comme j'ai l'habitude de le faire pour rendre les questions de droit international plus accessibles au plus grand nombre. L'id&#233;e &#233;tait de d&#233;cortiquer sa tribune pour en souligner les innombrables erreurs juridiques et factuelles. C'est important car beaucoup de gens, y compris des journalistes et des responsables politiques, s'informent sur X. J'ai ensuite publi&#233; une tribune dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;. &#192; l'origine, je l'avais intitul&#233;e &#171; G&#233;nocide : l'exigence de rigueur &#187;, mais elle a finalement &#233;t&#233; publi&#233;e sous un titre beaucoup plus neutre : &#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/05/21/la-qualification-des-actes-commis-a-gaza-notamment-l-existence-d-un-possible-genocide-mobilisera-les-juristes-internationaux-pour-les-annees-a-venir_6234545_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La qualification des actes commis &#224; Gaza, notamment l'existence d'un possible g&#233;nocide, mobilisera les juristes internationaux pour les ann&#233;es &#224; venir&lt;/a&gt; &#187;. Ce changement de titre en dit long sur la crainte que ce mot suscite &#8211; y compris au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, qui avait pourtant su, &#224; certains moments, rester un &#238;lot de libert&#233; d'opinion dans un climat de silence pesant sur Gaza. Trop souvent, &#233;viter la &#171; pol&#233;mique &#187; semble primer sur le d&#233;bat juridique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Justement, concernant le d&#233;bat juridique, pourquoi semble-t-il si difficile de qualifier la situation &#224; Gaza de g&#233;nocide ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps de la justice n'est pas celui de l'humanitaire ni de la politique, et cela cr&#233;e forc&#233;ment une grande frustration. Je la comprends. Mais qualifier juridiquement des crimes de masse de g&#233;nocide implique de satisfaire &#224; des crit&#232;res extr&#234;mement stricts. En droit, que ce soit devant la Cour p&#233;nale internationale (CPI), qui juge les individus, ou devant la Cour internationale de Justice (CIJ), qui tranche les diff&#233;rends entre &#201;tats, il ne suffit pas de prouver l'ampleur des crimes pour &#233;tablir le crime de g&#233;nocide. Il faut aussi d&#233;montrer une intention claire &#8211; de l'individu poursuivi ou de l'&#201;tat &#8211; de d&#233;truire, en tout ou en partie, un groupe prot&#233;g&#233; en raison de sa nationalit&#233;, de son origine ethnique, de sa race ou de sa religion. Et cela est toujours tr&#232;s difficile &#224; &#233;tablir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sans doute pour cela que, &#224; ce stade, &lt;a href=&#034;https://www.icc-cpi.int/fr/news/declaration-du-procureur-de-la-cpi-karim-aa-khan-kc-depot-de-requetes-aux-fins-de-delivrance&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le Procureur de la CPI&lt;/a&gt; a choisi de poursuivre Benjamin Netanyahou et Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l'humanit&#233;, et non pour g&#233;nocide. Mais cela ne signifie pas que cette qualification est &#233;cart&#233;e. Le Procureur peut &#224; tout moment modifier les charges, ou engager des poursuites contre d'autres responsables politiques. Et je suis convaincu qu'il dispose d&#233;j&#224; d'&#233;l&#233;ments suffisants pour le faire &#224; l'encontre de certains responsables. Dans d'autres contextes &#8211; au Rwanda ou dans les Balkans, par exemple &#8211; certains membres d'un m&#234;me gouvernement ont &#233;t&#233; condamn&#233;s pour g&#233;nocide, et d'autres non. Ce qui fait la diff&#233;rence, c'est l'intention. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qu'il est le plus complexe d'&#233;tablir, car on ne trouve que tr&#232;s rarement des ordres explicites. Mais lorsque des responsables politiques, comme c'est le cas en Isra&#235;l, assimilent des enfants &#224; des terroristes, ou affirment que toute une population doit &#171; payer le prix &#187; des attaques du Hamas, ce sont des signaux qu'on ne peut pas ignorer. Il y a, &#224; mes yeux, une accumulation de d&#233;clarations publiques sans pr&#233;c&#233;dent qui d&#233;montre l'intention g&#233;nocidaire de plusieurs membres du gouvernement de Benjamin Netanyahou. Par ailleurs, la Cour internationale de Justice devra elle aussi se prononcer, dans les prochaines ann&#233;es, sur le fond de l'&lt;a href=&#034;https://www.icj-cij.org/fr/affaire/192&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;affaire&lt;/a&gt; port&#233;e par l'Afrique du Sud contre Isra&#235;l. Ce sera une d&#233;cision historique, qui pourrait conduire &#224; la toute premi&#232;re condamnation d'un &#201;tat pour g&#233;nocide dans l'histoire de la Cour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, le d&#233;bat sur la qualification de g&#233;nocide est loin d'&#234;tre clos. Il ne fait que commencer. En tout &#233;tat de cause, il ne doit pas servir de pr&#233;texte pour diff&#233;rer l'adoption de mesures concr&#232;tes, de sanctions contre Isra&#235;l pour mettre fin &#224; ces crimes. Cela fait plus d'un an que la CIJ a reconnu l'existence d'un &#171; risque plausible de g&#233;nocide &#187; &#224; Gaza. Toutes ses ordonnances ont &#233;t&#233; ignor&#233;es, viol&#233;es. Il appartient maintenant aux &#201;tats de montrer que le droit international n'est pas mort &#224; Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Certains diront que la justice internationale ne sert &#224; rien, car rien ne change en pratique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement. On me dit souvent, avec une certaine r&#233;signation, que la CIJ ou la CPI &#171; ne servent &#224; rien &#187;. Je comprends cette frustration, cette col&#232;re, de voir que le droit international n'est pas appliqu&#233;, y compris par ceux qui s'&#233;taient engag&#233;s &#224; le faire respecter. Mais ce que je r&#233;ponds, c'est que m&#234;me imparfaite et lente, la justice internationale a une utilit&#233; essentielle : elle fournit une boussole juridique, politique, morale et s&#233;mantique. Elle permet de sortir du brouhaha des opinions pour revenir &#224; des faits, &#224; des qualifications juridiques pr&#233;cises, avec des d&#233;finitions qui font l'objet d'un consensus international. Pour pouvoir d&#233;battre convenablement, encore faut-il s'entendre sur la d&#233;finition m&#234;me des termes que l'on utilise. Le droit international permet d'&#233;viter cet &#233;cueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chroniqueurs et commentateurs qu'on a &#233;voqu&#233;s tout &#224; l'heure peuvent monopoliser l'espace m&#233;diatique, censurer ceux qui d&#233;noncent, ou &#234;tre en d&#233;saccord tant qu'ils veulent&#8230; mais leurs &#233;tats d'&#226;me n'ont aucun poids face &#224; une d&#233;cision d'une juridiction internationale. La plus haute juridiction des Nations Unies, la CIJ, s'est prononc&#233;e. Quinze juges, &#233;lus par les &#201;tats pour repr&#233;senter la communaut&#233; internationale, ont dit le droit : Gaza est un territoire occup&#233;. L'occupation des territoires conquis en 1967 est ill&#233;gale. Et il existe une situation de s&#233;gr&#233;gation raciale pouvant constituer un apartheid. &#192; partir de l&#224;, le d&#233;bat ne devrait plus porter sur des impressions, mais sur des responsabilit&#233;s et sur la mani&#232;re de mettre un terme &#224; ces violations flagrantes du droit international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;On voit donc &#224; quel point les &#171; contributions &#187; des commentateurs qu'on &#233;voquait tout &#224; l'heure sont nuisibles, tant elles occupent l'espace et polluent le d&#233;bat.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s franchement, ce que pensent tous ces chroniqueurs de t&#233;l&#233;vision, je m'en fiche. Ce qui m'importe en revanche, c'est de d&#233;fendre l'esprit de la Convention de 1948, adopt&#233;e apr&#232;s la Shoah, pour que la communaut&#233; internationale r&#233;agisse d&#232;s les premiers signes d'un g&#233;nocide. La promesse que l'humanit&#233; s'est faite &#224; elle-m&#234;me, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, c'&#233;tait : &#171; plus jamais &#231;a &#187;. Or ce que ces &#171; fabricants de doute &#187; remettent en question aujourd'hui, c'est pr&#233;cis&#233;ment ce que Raphael Lemkin, l'inventeur de la notion de g&#233;nocide, et d'autres juristes ont tent&#233; de b&#226;tir depuis plus de 75 ans : un outil juridique pour &#233;viter &#224; l'humanit&#233; de replonger dans les t&#233;n&#232;bres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs la position de ces chroniqueurs est profond&#233;ment contradictoire. Ils refusent la qualification de g&#233;nocide, au nom d'une pr&#233;tendue &#171; rigueur morale &#187;, mais dans le m&#234;me temps, ils insistent sur la dimension &#233;motionnelle et symbolique du mot parce qu'il est appliqu&#233; &#224; Isra&#235;l. C'est un argument absurde et franchement exasp&#233;rant. En r&#233;alit&#233;, je n'en peux plus non plus d'entendre, en boucle, des expressions creuses comme &#171; les mots qui f&#226;chent &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il y a quelques semaines, Thomas Legrand incluait par exemple &#171; g&#233;nocide &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, r&#233;p&#233;t&#233;es &#224; la radio ou &#224; la t&#233;l&#233;vision. Mais qui f&#226;chent-ils, au juste ? Les auteurs des crimes ? Ceux qui les cautionnent ? Breaking news : il n'est jamais arriv&#233; qu'un criminel ou ses complices appr&#233;cient d'&#234;tre qualifi&#233;s comme tels. S'il y a un g&#233;nocide, il faut avoir le courage de le nommer. Point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Francesca Albanese &#233;voque r&#233;guli&#232;rement le r&#244;le des m&#233;dias occidentaux dans la banalisation et la l&#233;gitimation des crimes de l'&#201;tat d'Isra&#235;l, allant jusqu'&#224; sugg&#233;rer que des responsabilit&#233;s pourraient &#234;tre engag&#233;es sur un plan juridique. Qu'en est-il ? Existe-t-il des pr&#233;c&#233;dents historiques en cette mati&#232;re ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, bien s&#251;r, il existe des pr&#233;c&#233;dents historiques qui montrent que les m&#233;dias peuvent jouer un r&#244;le actif dans la commission de crimes internationaux et que les responsables de ces m&#233;dias peuvent &#234;tre condamn&#233;s &#224; des peines tr&#232;s lourdes. Le cas le plus embl&#233;matique est celui de la Radio-T&#233;l&#233;vision Libre des Mille Collines (RTLM) au Rwanda. Les responsables de cette radio ont &#233;t&#233; condamn&#233;s par le Tribunal p&#233;nal international pour le Rwanda pour avoir directement et publiquement incit&#233; au g&#233;nocide des Tutsis. C'est ce qu'on a appel&#233; le &#171; proc&#232;s des m&#233;dias &#187;, dans l'affaire &lt;a href=&#034;https://unictr.irmct.org/fr/cases/ictr-99-52&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Nahimana et autres&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte actuel, il est aussi important de s'interroger sur le r&#244;le de certains m&#233;dias isra&#233;liens dans les crimes qui sont commis &#224; Gaza et en Cisjordanie. Je ne pr&#233;tends pas conna&#238;tre en d&#233;tail le paysage m&#233;diatique isra&#233;lien, mais certains extraits qui m'ont &#233;t&#233; transmis rel&#232;vent clairement de l'incitation directe et publique au g&#233;nocide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant des m&#233;dias fran&#231;ais, la probl&#233;matique est un peu diff&#233;rente. J'ai entendu des propos profond&#233;ment choquants &#224; l'&#233;gard des Palestiniens. Je pense notamment &#224; cette d&#233;claration de C&#233;line Pina, qui a op&#233;r&#233; une distinction entre les enfants isra&#233;liens et palestiniens en affirmant fin octobre 2023 sur CNews que les enfants de Gaza seront tu&#233;s &#171; mais pas en ayant l'impression qu'en face d'eux l'humanit&#233; a trahi tout ce qu'ils &#233;taient en droit d'attendre. &#187; C'est une formule d'un cynisme gla&#231;ant, qui participe &#224; un processus de d&#233;shumanisation bien document&#233;, notamment par Hannah Arendt. En outre, certains discours diffus&#233;s sur des cha&#238;nes comme i24News &#8212; tr&#232;s suivie dans la communaut&#233; francophone isra&#233;lienne &#8212; doivent &#233;galement &#234;tre examin&#233;es par les autorit&#233;s judiciaires. Quand on entend des appels &#224; &#171; rayer Gaza de la carte &#187; ou des propos d&#233;lib&#233;r&#233;ment d&#233;shumanisants, il faut interroger les responsabilit&#233;s, &#224; la fois individuelles et institutionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans aller dans ces extr&#234;mes, les m&#233;dias en France et en Europe ont un pouvoir immense de construction du r&#233;el. En invisibilisant, voire en deshumanisant les victimes, en d&#233;contextualisant le conflit, ils emp&#234;chent l'opinion publique de comprendre, de s'indigner, de se mobiliser. Cela influence aussi directement la capacit&#233; des &#201;tats &#224; agir.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;La couverture des crimes commis en Cisjordanie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Cette incons&#233;quence des grands m&#233;dias contraste &#233;videmment avec la gravit&#233; des enjeux puisque c'est la survie d'une soci&#233;t&#233; et l'existence m&#234;me d'une question nationale palestinienne qui sont en jeu. On parlait jusqu'&#224; pr&#233;sent de Gaza, mais les crimes et les violations du droit international se poursuivent &#233;galement quotidiennement en Cisjordanie et &#224; J&#233;rusalem-Est, o&#249; les Palestiniens passent sous les radars.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Totalement sous les radars. Cela traduit selon moi l'incapacit&#233; persistante des m&#233;dias fran&#231;ais &#224; comprendre la dimension coloniale de ce conflit et, d'une certaine mani&#232;re, la coh&#233;rence et l'unit&#233; de la politique isra&#233;lienne concernant ces territoires. La Cour internationale de Justice est pourtant claire sur ce point : le territoire palestinien est un territoire occup&#233; dans toutes ses composantes. Certes, jusqu'en octobre 2023, les statuts administratifs diff&#233;raient entre la Cisjordanie, J&#233;rusalem-Est et Gaza, mais on parle bien d'une Nation, d'un peuple unique, de droits li&#233;s &#224; ce statut, et de crimes commis par les m&#234;mes autorit&#233;s politiques et militaires partout sur le territoire de Palestine. Alors pourquoi continue-t-on &#224; distinguer Gaza de la Cisjordanie ? Pourquoi traiter s&#233;par&#233;ment ces crimes, alors que les victimes sont les m&#234;mes, et les auteurs &#233;galement ? Et qu'ils s'inscrivent en d&#233;finitive dans le cadre d'une m&#234;me politique de domination du peuple palestinien et d'accaparement de ses terres et de ses ressources ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Parler d'un traitement &#171; s&#233;par&#233; &#187; n'est pas abusif puisque de nombreux m&#233;dias d&#233;crivent encore la Cisjordanie comme un &#171; autre front &#187; ou &#233;voquaient, au moment du &#171; cessez-le-feu &#187; d&#233;but 2025, &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Cisjordanie-grande-oubliee-des-medias&#034;&gt;une &#171; guerre &#187; qui &#171; se d&#233;place &#187; de Gaza &#224; la Cisjordanie&lt;/a&gt;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, et c'est assez surprenant &#8211; pour ne pas dire pr&#233;occupant &#8211; car cette rh&#233;torique contribue &#224; brouiller la compr&#233;hension du conflit dans sa globalit&#233;. Elle donne l'impression qu'il s'agit de deux guerres distinctes, men&#233;es contre des acteurs diff&#233;rents : le Hamas &#224; Gaza, d'autres groupes en Cisjordanie. On passe ainsi d'un conflit colonial global &#224; une s&#233;rie d'op&#233;rations &#171; antiterroristes &#187; isol&#233;es. C'est une erreur d'analyse selon moi. Or, la mani&#232;re de raconter un conflit influence profond&#233;ment la fa&#231;on dont il est per&#231;u par le public. Ce r&#233;cit fragment&#233; emp&#234;che aussi de voir la continuit&#233; d'une politique isra&#233;lienne, pens&#233;e et mise en &#339;uvre &#224; l'&#233;chelle de l'ensemble du territoire palestinien occup&#233;. Bien s&#251;r, cette politique se manifeste diff&#233;remment selon les territoires : les r&#233;alit&#233;s ne sont pas identiques &#224; Gaza et en Cisjordanie. Mais c'est justement tout l'enjeu du travail journalistique que d'expliquer cette diversit&#233; sans perdre de vue l'unit&#233; du projet politique qui la sous-tend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai constat&#233; moi-m&#234;me sur le terrain, en allant de Gaza &#224; la Cisjordanie. &#192; Gaza, les gens vivaient sous blocus, avec la peur permanente du bourdonnement des drones qui volaient au-dessus de nos t&#234;tes, les bombardements r&#233;currents sur des immeubles d'habitation, le sentiment de vivre dans une v&#233;ritable prison et l'absence d'espoir que la situation change. En Cisjordanie, l'occupation se vivait autrement : les contr&#244;les permanents, les discriminations, les humiliations quotidiennes, les abus de l'arm&#233;e, la violence des colons. Les traumatismes sont diff&#233;rents, mais ils rel&#232;vent d'une m&#234;me r&#233;alit&#233; : l'oppression d'un peuple priv&#233; de son droit &#224; l'autod&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce traitement diff&#233;renci&#233; sert, en r&#233;alit&#233;, la strat&#233;gie isra&#233;lienne : fragmenter la Palestine, diviser ses habitants, pour affaiblir toute revendication nationale et toute possibilit&#233; d'un v&#233;ritable &#201;tat palestinien. Or, le projet est d&#233;sormais le m&#234;me, de J&#233;rusalem &#224; Rafah, et repose toujours sur le m&#234;me discours : &#171; Pour notre s&#233;curit&#233;, nous devons coloniser &#187;. Cette logique est appliqu&#233;e partout, m&#234;me si ses formes varient. C'est aussi cela qu'il faut raconter.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Le traitement des journalistes palestiniens&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;On apprenait il y a quelques semaines &lt;a href=&#034;https://www.rfi.fr/fr/moyen-orient/20250501-l-inqui%C3%A9tude-de-la-famille-du-journaliste-palestinien-ali-samoudi-arr%C3%AAt%C3%A9-par-l-arm%C3%A9e-isra%C3%A9lienne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le placement en d&#233;tention administrative du journaliste Ali Samoudi&lt;/a&gt;, arr&#234;t&#233; fin avril &#224; J&#233;nine par l'arm&#233;e isra&#233;lienne. Peux-tu nous parler de ce r&#233;gime d'incarc&#233;ration et, plus g&#233;n&#233;ralement, du sort des journalistes palestiniens, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; depuis le 7 octobre 2023 ? Et que penses-tu de la r&#233;action des journalistes fran&#231;ais face aux attaques dont ils font l'objet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui m'a frapp&#233; le plus, c'est le manque d'empathie manifeste de certains journalistes fran&#231;ais &#224; l'&#233;gard de leurs cons&#339;urs et confr&#232;res palestiniens, qui sont vis&#233;s non pour ce qu'ils font, mais pour ce qu'ils repr&#233;sentent : des t&#233;moins directs de la r&#233;alit&#233; des crimes commis &#224; Gaza, ou de l'occupation en Cisjordanie. Pour un pays qui a connu une immense vague de solidarit&#233; apr&#232;s les attentats de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, c'est profond&#233;ment d&#233;cevant. G&#233;raldine Woessner, r&#233;dactrice en chef du &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt;, l'a illustr&#233; de mani&#232;re tr&#232;s brutale en affirmant qu'&#171; il n'y a pas de journalistes palestiniens &#187;, alors m&#234;me que des dizaines d'entre eux avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; tu&#233;s. C'est une n&#233;gation violente, fond&#233;e sur une m&#233;canique bien connue : invisibiliser les victimes et justifier les crimes par leur proximit&#233; all&#233;gu&#233;e avec des groupes arm&#233;s locaux, en l'occurrence le Hamas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accusations de collusion entre journalistes et les parties au conflit ne sont ni nouvelles, ni propres au contexte isra&#233;lo-palestinien. Dans tous les conflits sur lesquels j'ai travaill&#233;, les auteurs d'attaques contre des civils invoquent cette pr&#233;tendue proximit&#233; pour tenter de justifier leurs actes, pour pr&#233;senter les victimes comme des cibles militaires l&#233;gitimes. Or, le droit international humanitaire est clair : aucun civil &#8211; journalistes et m&#233;decins compris &#8211; n'a &#224; prouver sa neutralit&#233; pour &#234;tre prot&#233;g&#233;. C'est &#224; l'attaquant de d&#233;montrer une participation directe aux hostilit&#233;s pour l&#233;gitimer l'usage de la force. Cela n'a pas &#233;t&#233; fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;tention administrative est, elle, embl&#233;matique d'un syst&#232;me discriminatoire que de nombreuses organisations ont qualifi&#233; d'apartheid. Elle permet &#224; Isra&#235;l de priver de libert&#233; des personnes &#8211; y compris des enfants &#8211; sans inculpation ni proc&#232;s, sous couvert de la lutte antiterroriste, et sans v&#233;ritable contr&#244;le judiciaire. C'est une pratique arbitraire, d&#233;nonc&#233;e par l'ONU et par les organisations de d&#233;fense des droits humains, qui constitue un crime de guerre, et potentiellement un crime contre l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, dans la plupart des m&#233;dias, on continue &#224; pr&#233;senter Isra&#235;l comme &#171; la seule d&#233;mocratie du Moyen-Orient &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;cit repose sur quelques slogans r&#233;p&#233;t&#233;s &#224; l'envi : en Isra&#235;l, &#171; les gens votent &#187;, &#171; la justice est ind&#233;pendante &#187;, &#171; la communaut&#233; LGBTQ est prot&#233;g&#233;e &#187;. Mais ces affirmations ne tiennent que si l'on exclut les Palestiniens de l'analyse. Ceux-ci sont priv&#233;s de leur droit &#224; l'autod&#233;termination, soumis &#224; un r&#233;gime juridique profond&#233;ment discriminatoire, et l'homosexualit&#233; &#8212; r&#233;elle ou suppos&#233;e &#8212;de certains Palestiniens est souvent exploit&#233;e pour les faire chanter. Par ailleurs, la d&#233;mocratie n'est pas un label, ni une protection contre la commission de crimes internationaux. C'est un syst&#232;me qui se juge &#224; la mani&#232;re dont un &#201;tat respecte les droits fondamentaux, y compris ceux des minorit&#233;s et de ceux qui vivent sous sa domination. Or sur ce point, Isra&#235;l ne respecte pas les standards minimaux d&#232;s lors qu'il s'agit des Palestiniens. D'ailleurs, bien avant le 7 octobre 2023, des rapports de Human Rights Watch, Amnesty International, B'Tselem ou des Nations Unies documentaient d&#233;j&#224; un r&#233;gime de s&#233;gr&#233;gation syst&#233;mique. En juillet 2024, la Cour internationale de Justice a elle-m&#234;me constat&#233; une violation de l'article 3 de la Convention sur l'&#233;limination de toutes les formes de discrimination raciale, en raison de r&#233;gimes juridiques distincts impos&#233;s &#224; des populations vivant sur un m&#234;me territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ces constats soient syst&#233;matiquement absents du traitement m&#233;diatique dominant en France est profond&#233;ment pr&#233;occupant car cela contribue &#224; une perception biais&#233;e de la r&#233;alit&#233;, et &#224; la normalisation d'un syst&#232;me d'oppression structurelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Non seulement cette analyse n'appara&#238;t pas, mais le terme &#171; apartheid &#187; est lui aussi tout simplement proscrit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r. Et ce qui est frappant, c'est que chaque fois que quelqu'un ose utiliser ce mot sur un plateau, il ou elle est imm&#233;diatement interrompu par un journaliste ou par un invit&#233;. Pourtant, ce terme ne sort pas de nulle part. Ce n'est pas une opinion ou une exag&#233;ration militante : il correspond &#224; une r&#233;alit&#233; juridique, un syst&#232;me d'oppression et de domination syst&#233;matiques des Palestiniens, reconnue par de nombreuses organisations de d&#233;fense des droits humains et d&#233;sormais par la Cour internationale de justice.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Le traitement des audiences de la CIJ&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Parlons justement de la CIJ. Tu as r&#233;cemment critiqu&#233; le d&#233;sint&#233;r&#234;t m&#233;diatique pour les audiences qui se sont tenues &#224; la CIJ entre la fin avril et le d&#233;but du mois de mai&#8230; et ce n'&#233;tait pas la premi&#232;re fois.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Il y a un v&#233;ritable travail d'&#233;ducation &#224; faire pour expliquer les enjeux juridiques, politiques et symboliques des proc&#233;dures engag&#233;es devant la Cour internationale de Justice. Je ne reproche pas aux journalistes de ne pas tout conna&#238;tre au fonctionnement de la CIJ &#8211; c'est une mati&#232;re complexe, souvent &#233;loign&#233;e de leur formation. En revanche, leur r&#244;le est d'informer, de rendre ces enjeux accessibles au grand public. C'est non seulement possible, mais n&#233;cessaire. Quand je prends le temps de le faire sur X ou Instagram, je constate que les gens comprennent, s'int&#233;ressent, et r&#233;alisent que ce n'est pas si compliqu&#233; d&#232;s lors qu'on prend la peine d'expliquer. Le probl&#232;me, c'est que les grands m&#233;dias ne font pas toujours ce travail. Ils ignorent ou minimisent des audiences pourtant historiques, qui condamnent la politique coloniale isra&#233;lienne, consacrent le droit des Palestiniens &#224; l'autod&#233;termination, et qui engagent potentiellement la responsabilit&#233; d'un &#201;tat pour g&#233;nocide. Ce silence nuit &#224; la compr&#233;hension collective et, plus largement, &#224; la place du droit international dans le d&#233;bat public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Tu consid&#232;res donc que les m&#233;dias ont une part de responsabilit&#233; dans le manque de compr&#233;hension du droit international, et dans sa d&#233;valorisation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est certain. Les grands m&#233;dias ont contribu&#233; &#224; donner l'impression que le droit international n'&#233;tait qu'un instrument politique, &#224; g&#233;om&#233;trie variable, mobilis&#233; ou &#233;cart&#233; selon les int&#233;r&#234;ts du moment. Mais je pense que cela tient aussi &#224; un manque de recul, &#224; une incapacit&#233; r&#233;elle &#224; comprendre l'esprit du droit international humanitaire, et sa profonde impartialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un juriste en droit international, les motivations d'une guerre sont rel&#233;gu&#233;es au second plan. Ce qui compte, ce sont les normes fondamentales : la distinction entre civils et combattants, la protection des infrastructures civiles, le respect du droit, quelles que soient les parties. C'est exactement comme un m&#233;decin, qui soigne ind&#233;pendamment de l'identit&#233; du bless&#233;, il ne pr&#234;te pas attention &#224; d'autres facteurs, il soigne. Le r&#244;le du juriste, de l'avocat, du procureur est d'&#233;valuer objectivement si les r&#232;gles sont respect&#233;es, sans entrer dans le d&#233;bat sur la pr&#233;tendue l&#233;gitimit&#233; politique d'un conflit. C'est aussi de baser ses conclusions sur la base de preuves, d'&#233;l&#233;ments factuels, pas sur des opinions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, c'est quelque chose que beaucoup de journalistes ont du mal &#224; saisir. Je me souviens d'une &#233;mission sur LCI, en novembre 2023, &#224; mon retour d'Ukraine. J'y avais travaill&#233; avec le procureur g&#233;n&#233;ral ukrainien sur les crimes de guerre commis par l'arm&#233;e russe. Lors de l'&#233;mission, j'ai simplement expliqu&#233; que les crimes commis par l'arm&#233;e isra&#233;lienne &#224; Gaza relevaient du m&#234;me ordre juridique que ceux commis par la Russie en Ukraine. Qu'il y avait des crimes de guerre et des crimes contre l'humanit&#233; commis par la Russie en Ukraine. Qu'il y avait eu des crimes de guerre et des crimes contre l'humanit&#233; commis par le Hamas le 7 octobre. Et qu'Isra&#235;l commettait des crimes de guerre et des crimes contre l'humanit&#233; en Palestine. On m'a imm&#233;diatement reproch&#233; de &#171; mettre sur le m&#234;me plan &#187; une dictature, un groupe terroriste et une d&#233;mocratie. Mais en droit humanitaire, cette distinction n'a aucun sens : on juge des actes, pas des r&#233;gimes politiques. Un civil reste un civil, un combattant reste un combattant, quelle que soit sa nationalit&#233; ou le syst&#232;me politique en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des &#233;vidences pour quiconque travaille en droit international humanitaire. Et pourtant, elles deviennent pol&#233;miques d&#232;s qu'il s'agit d'Isra&#235;l. Il y avait, surtout au d&#233;but, un d&#233;calage abyssal entre les r&#233;flexes cognitifs de la sph&#232;re m&#233;diatique et la rigueur juridique que j'essayais de d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;&#192; propos de l'UNRWA&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;J'aimerais aussi qu'on parle de l'UNRWA, que tu connais bien. Quel regard portes-tu sur la mani&#232;re dont cette agence a &#233;t&#233; trait&#233;e par les m&#233;dias ces derniers mois ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai travaill&#233; plus de deux ans &#224; l'UNRWA. Je connais les grandes forces de cette agence, le travail extraordinaire qu'elle r&#233;alise, mais aussi les d&#233;fis immenses auxquels elle fait face. Pourtant, une partie des m&#233;dias n'a pas cherch&#233; &#224; comprendre la complexit&#233; de son travail, et s'est content&#233;e de relayer les accusations isra&#233;liennes &#224; son encontre. D'ailleurs, peu de m&#233;dias se sont interrog&#233;s sur les raisons de ces attaques. Il faut comprendre une chose. L'UNRWA incarne une m&#233;moire forte : celle de la Nakba, du d&#233;placement forc&#233; des Palestiniens, et de leur droit au retour. C'est aussi l'un des derniers t&#233;moins institutionnels pr&#233;sents sur le terrain, capable de documenter ce qui se passe &#224; Gaza. C'est d'ailleurs pour cela que la CIJ et le Procureur de la CPI s'appuient en partie sur ses rapports pour en tirer des conclusions juridiques. Alors, pour discr&#233;diter ces proc&#233;dures, il fallait d'abord s'en prendre &#224; la cr&#233;dibilit&#233; de la source et pr&#233;senter l'UNRWA comme une organisation terroriste, ce qui bien &#233;videmment est ridicule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regarde les dates : l'accusation contre l'UNRWA a &#233;t&#233; lanc&#233;e le lendemain de la premi&#232;re ordonnance de la CIJ reconnaissant un risque de g&#233;nocide &#224; Gaza, en janvier 2024. Cette ordonnance s'appuyait notamment sur plusieurs rapports de l'UNRWA qui d&#233;non&#231;aient l'entrave &#224; l'aide humanitaire. Selon moi, c'est tout sauf un hasard. Et cette strat&#233;gie a fonctionn&#233;. Ce week-end-l&#224;, mon t&#233;l&#233;phone n'a pas cess&#233; de sonner. J'ai cru que les journalistes s'inqui&#233;taient enfin de la situation humanitaire catastrophique &#224; Gaza. Mais non : ils m'appelaient parce que j'avais travaill&#233; &#224; l'UNRWA, et leur question &#233;tait toujours la m&#234;me : &#171; &lt;i&gt;Alors, c'est une organisation terroriste ?&lt;/i&gt; &#187; C'est pavlovien. Il suffit d'appuyer sur un bouton pour que la plupart r&#233;agissent imm&#233;diatement, sans chercher &#224; se demander s'ils ne sont pas influenc&#233;s. Cette campagne de discr&#233;dit a atteint ses objectifs : les m&#233;dias ont imm&#233;diatement repris ces accusations, les &#201;tats ont coup&#233; les financements et Isra&#235;l a pu ensuite attaquer l'agence &#224; la fois militairement et institutionnellement, m&#234;me si les enqu&#234;tes ind&#233;pendantes l'ont ensuite largement blanchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, c'est aussi que les d&#233;bats m&#233;diatiques ne laissent aucune place &#224; la nuance. Oui, l'UNRWA recrute localement, &#224; 99 % parmi les Palestiniens de Gaza. Oui, dans tous les contextes de guerre, il existe une forme de porosit&#233; entre les institutions humanitaires et les dynamiques locales. Mais m&#234;me si, hypoth&#233;tiquement, 9, 12 ou 15 employ&#233;s sur les 13 000 que compte l'agence avaient pu &#234;tre associ&#233;s, d'une mani&#232;re ou d'une autre, &#224; l'attaque du 7 octobre, que faut-il en conclure ? Certainement pas que l'agence est compromise. Au contraire, dans un contexte comme celui de Gaza, cela montre la rigueur des processus de contr&#244;le au sein de l'agence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, dans les m&#233;dias, tu n'as pas le temps d'expliquer tout cela. En trois minutes, soit tu entres dans la complexit&#233;, et on t'accuse d'excuser le pire ; soit tu simplifies, et tu perds forc&#233;ment en rigueur. C'est un pi&#232;ge. C'est d'ailleurs pour cela que je me suis tourn&#233; vers Twitter : je peux y structurer mes id&#233;es, citer mes sources, et prendre le temps d'expliquer ce que le format des plateaux ne permet pas toujours. On doit r&#233;inventer la mani&#232;re de faire du droit, du plaidoyer et de l'information dans l'espace public, avec les outils dont on dispose aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Retour d'exp&#233;rience dans les m&#233;dias&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Parlons justement de tes exp&#233;riences avec les m&#233;dias. Tu as &#233;t&#233; r&#233;cemment d&#233;programm&#233; d'une &#233;mission de service public. Peux-tu revenir sur cet &#233;pisode et les raisons avanc&#233;es par la cha&#238;ne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas la premi&#232;re fois que &#231;a m'arrivait. J'ai &#233;t&#233; d&#233;programm&#233; cinq ou six fois auparavant dans plusieurs &#233;missions. Et ce qui est frappant, c'est que cela survient souvent apr&#232;s la pr&#233;-interview, une fois que la cha&#238;ne a valid&#233; ma venue et sait tr&#232;s bien ce que je compte dire. Dans ce cas pr&#233;cis, on m'a expliqu&#233; que l'&#233;mission allait finalement adopter &#171; un angle plus politique &#187; et que mon approche juridique n'entrait pas dans ce cadre. En r&#233;alit&#233;, cela veut souvent dire : parler de r&#233;conciliation, de paix, ou des fameuses &#171; solutions politiques &#187; mais sans aborder les questions de justice. Je ne suis ni pr&#234;tre, ni imam. Ma conviction c'est que le pardon et la r&#233;conciliation appartiennent aux victimes, et &#224; elles seules. C'est leur droit individuel, cela rel&#232;ve de l'intime. Je viens avec une conviction simple, qui s'est renforc&#233;e en 18 ans de terrain : il n'y a pas de paix durable sans justice. La justice ne s'oppose pas &#224; la paix, elle la pr&#233;pare. Elle permet de canaliser la violence, de rompre les cycles de vengeance, de nommer les faits, d'&#233;tablir les responsabilit&#233;s, et de poser un cadre juridique clair pour des solutions politiques justes. Le cadre juridique devrait donc &#234;tre, selon moi, le point de d&#233;part du d&#233;bat politique &#8211; pas ce qu'on balaie d'un revers de main. Ce qui m'agace profond&#233;ment, c'est qu'on oppose d'ailleurs syst&#233;matiquement droit et politique, comme si rappeler les obligations juridiques ou qualifier les crimes emp&#234;chait de penser des solutions. C'est exactement le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, dans cette &#233;mission, les invit&#233;s ont pass&#233; leur temps &#224; d&#233;battre de la solution politique &#8211; un ou deux &#201;tats, qui doit g&#233;rer la bande de Gaza, quel r&#244;le pour les &#201;tats-Unis, pour la France, pour l'Union europ&#233;enne&#8230; Mais dans le m&#234;me temps, on a soigneusement &#233;vit&#233; de parler du droit international, des avis et ordonnances de la Cour internationale de Justice, du droit &#224; l'autod&#233;termination des Palestiniens, des mandats d'arr&#234;t de la CPI, de la qualification de crimes contre l'humanit&#233;, de g&#233;nocide, ou encore des obligations juridiques de la France pour mettre un terme &#224; ces crimes et poursuivre les Fran&#231;ais qui y participent. Bref, beaucoup de sujets d&#233;terminants. Et bien s&#251;r, comme toujours, aucune voix palestinienne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Au-del&#224; de cette &#233;mission, tu as finalement &#233;t&#233; tr&#232;s peu sollicit&#233; par les m&#233;dias qui &#171; font l'agenda &#187;, c'est d'ailleurs all&#233; d&#233;croissant.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principaux m&#233;dias &#8211; TF1, France 2, et les grands talk-shows &#8211; ont, pendant des mois, totalement ignor&#233; ce qui se passait en Palestine. C'&#233;tait presque irr&#233;el, on avait l'impression de vivre dans une dimension parall&#232;le, o&#249; ce drame n'existait pas. Cela dit, pour &#234;tre honn&#234;te, j'ai &#233;t&#233; beaucoup sollicit&#233; apr&#232;s le mois d'octobre 2023, et je continue &#224; recevoir des invitations. Mais j'ai fait le choix de les d&#233;cliner, pour des raisons professionnelles et personnelles. La p&#233;riode o&#249; je suis intervenu tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement dans les m&#233;dias &#8211; entre octobre 2023 et ao&#251;t 2024 &#8211; m'a n&#233;anmoins profond&#233;ment marqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui t'a justement le plus frapp&#233; dans la mani&#232;re dont ces m&#233;dias ont trait&#233; tes interventions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose qui m'a le plus frapp&#233;, c'est la fa&#231;on dont la parole d'un expert ou d'un t&#233;moin direct &#233;tait plac&#233;e sur le m&#234;me plan que celle d'un chroniqueur sans la moindre connaissance du sujet. M&#234;me quand je venais parler de ce que je connaissais de l'int&#233;rieur &#8211; la justice internationale, l'UNRWA, la r&#233;alit&#233; de la vie &#224; Gaza &#8211; pour y avoir consacr&#233; une partie de ma vie, ma parole &#233;tait souvent trait&#233;e comme une opinion parmi d'autres, au m&#234;me titre que celle de gens qui n'avaient jamais mis les pieds sur place, ni travaill&#233; sur ces questions. C'est quelque chose de profond&#233;ment troublant, qui rejoint ce qu'on &#233;voquait plus t&#244;t : ce r&#232;gne de l'opinion, ce brouillard m&#233;diatique o&#249; tout se vaut, o&#249; la r&#233;alit&#233; s'efface derri&#232;re des prises de parole interchangeables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a aussi m'a paru surr&#233;aliste. Quelques mois plus t&#244;t, je dirigeais encore le bureau juridique de l'UNRWA &#224; Gaza, o&#249; j'avais v&#233;cu pr&#232;s de trois ans. Je gardais des contacts quotidiens avec mes anciens coll&#232;gues, avec mes amis palestiniens sur place qui me racontaient ce qu'ils vivaient, ce qu'ils voyaient. Et soudain, sur les plateaux, j'entendais des chroniqueurs sans aucune l&#233;gitimit&#233; m'expliquer ce que vivent les Palestiniens de Gaza ou ce qu'est l'UNRWA. Cette inversion &#8211; entre l'exp&#233;rience de terrain et le bavardage d'opinion &#8211; m'a profond&#233;ment marqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;As-tu per&#231;u des diff&#233;rences dans le traitement m&#233;diatique selon les cha&#238;nes ou les formats ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, tr&#232;s clairement. Ce qui m'a marqu&#233;, avec certaines &#233;missions, ce sont aussi les changements d'angle de derni&#232;re minute. Fin 2023, par exemple, BFM-TV m'avait invit&#233; &#224; parler de droit humanitaire et d'acc&#232;s &#224; l'aide, en pr&#233;sence &#8211; m'avait-on dit &#8211; d'une repr&#233;sentante de la Croix-Rouge. J'ai accept&#233;, parce que l'angle annonc&#233; &#233;tait s&#233;rieux, cadr&#233;, et que le sujet correspondait &#224; mon domaine d'expertise. Mais juste avant d'entrer en plateau, alors qu'on me fixait le micro, on m'annonce un &#171; petit changement &#187; : on allait finalement parler de lutte antiterroriste et de la l&#233;gitimit&#233; de la r&#233;ponse isra&#233;lienne face aux crimes du Hamas. R&#233;sultat : plus aucun &#233;change sur le droit humanitaire, mais un d&#233;bat avec des personnes qui m&#233;langent tout &#8211; terrorisme, religion, g&#233;opolitique&#8230; Et souvent, ce sont les m&#234;mes personnes qu'on retrouvait &#224; commenter, semaine apr&#232;s semaine, la guerre en Ukraine, la crise du Covid ou l'inflation. Toujours avec le m&#234;me aplomb. C'est ce jour-l&#224; que j'ai d&#233;cid&#233; de ne plus accepter d'invitation sur BFM-TV. Je n'ai aucun probl&#232;me &#224; d&#233;battre, &#224; condition que les r&#232;gles du jeu soient claires. Sinon, &#231;a ne sert &#224; rien. Pire : participer dans ces conditions revient parfois &#224; l&#233;gitimer un dispositif profond&#233;ment biais&#233;, qui &#233;touffe le d&#233;bat au lieu de l'&#233;clairer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Ce type de dispositif est finalement tr&#232;s r&#233;pandu dans les &#171; d&#233;bats &#187; audiovisuels. T'es-tu plus largement demand&#233; s'il fallait continuer &#224; participer ou se retirer de ces espaces ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est une vraie question qu'on s'est pos&#233;e entre coll&#232;gues : faut-il continuer &#224; aller sur les plateaux, ou pratiquer la chaise vide, au risque de laisser la propagande s'installer sans contradiction ? Heureusement, j'ai la chance d'avoir la boussole du droit pour m'orienter. Mais je ne vais pas mentir, j'ai eu quelques moments de doutes. Humainement, c'est &#233;puisant. Se retrouver dans un paysage m&#233;diatique aussi uniforme et hostile, face &#224; des gens qui se connaissent tous, se tutoient, parlent fort, avec aplomb et qui vous font passer pour un extr&#233;miste simplement parce que vous d&#233;fendez le droit international, &#231;a use, &#231;a fait douter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si c'est parfois difficile pour moi, je n'ose m&#234;me pas imaginer ce que vivent les Palestiniens et Palestiniennes qui prennent la parole. En octobre 2023, j'&#233;tais dans l'&#233;mission &#171; C ce soir &#187; avec Karim Kattan, un &#233;crivain palestinien remarquable, d'une grande humanit&#233;. Il a &#233;t&#233; le premier &#224; s'exprimer lors de cette &#233;mission, et il a dit une chose tr&#232;s forte : qu'en tant que Palestinien, il vivait dans la peur d'&#234;tre expos&#233; &#224; la haine, aux malentendus, que ses mots soient instrumentalis&#233;s. Il a tout r&#233;sum&#233; en une phrase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, je fais une vraie distinction entre les m&#233;dias. Des cha&#238;nes comme BFM-TV ou Sud Radio entretiennent une culture du clash ou du buzz. J'ai vite arr&#234;t&#233; d'y aller car je ne crois pas que cela contribuait &#224; un d&#233;bat constructif. &#192; l'inverse, dans des &#233;missions comme &#171; C ce soir &#187; sur France 5, ou &#171; Un &#339;il sur le monde &#187; sur LCI, les journalistes &#233;taient excellents, les intervenants avaient g&#233;n&#233;ralement une l&#233;gitimit&#233; sur le sujet, et la parole y &#233;tait mieux r&#233;partie. Mais m&#234;me dans ce type d'&#233;mission, j'ai vu &#224; quel point le cadrage pouvait peser : on venait pour parler de Gaza, et l'&#233;mission finissait par tourner autour d'Isra&#235;l et de sa &#171; chute morale &#187;. Ce glissement peut sembler subtil, presque imperceptible, mais il peut &#234;tre lourd de cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Et r&#233;-angler requiert alors beaucoup d'efforts, surtout si l'on est en minorit&#233; face &#224; cinq autres intervenants, ce qui signifie un temps de parole hach&#233; et &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; tr&#232;s r&#233;duit, dans une discussion dont le centre de gravit&#233; est en permanence d&#233;plac&#233;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r. Le m&#233;decin humanitaire, Rapha&#235;l Pitti, l'a d'ailleurs parfaitement illustr&#233; dans l'&#233;mission &#171; C ce soir &#187;, le 6 mai dernier. Les invit&#233;s du plateau revenaient sans cesse sur les crimes du 7 octobre, comme si cela justifiait tous les crimes commis ensuite par l'arm&#233;e isra&#233;lienne. &#192; un moment, il s'est mis en col&#232;re, en demandant qu'on se concentre sur ce qui se passe actuellement &#224; Gaza : les centaines de civils tu&#233;s, les hommes, les femmes, les enfants qui meurent de faim, de maladie. C'&#233;tait un v&#233;ritable cri du c&#339;ur. Et devant ma t&#233;l&#233;vision, j'ai eu exactement la m&#234;me r&#233;action : on doit alerter sur l'urgence absolue de mettre un terme aux massacres, pas avoir des discussions parisiennes sur l'avenir politique de Benjamin Netanyahou. On ne peut pas refaire la m&#234;me &#233;mission toutes les semaines, en revenant syst&#233;matiquement sur les m&#234;mes points. J'ai vraiment le sentiment que, depuis 19 mois, certains journalistes sont rest&#233;s fig&#233;s dans les m&#234;mes sch&#233;mas cognitifs. C'est aussi pour cela qu'il est si essentiel d'inviter des Palestiniens, des humanitaires, des juristes sp&#233;cialis&#233;s. Parce que &#231;a permet de recadrer le d&#233;bat, de le ramener &#224; la r&#233;alit&#233; du terrain, &#224; ce que vivent les victimes &#8211; et non &#224; ces joutes verbales souvent interminables et partisanes, qui finissent par faire oublier l'essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;La couverture des actions engag&#233;es par JURDI&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'&#233;t&#233; 2024, tu as particip&#233; avec d'autres &#224; la cr&#233;ation de l'association Juristes pour le respect du droit international (JURDI). Peux-tu nous la pr&#233;senter ? Les r&#233;dactions se sont-elles int&#233;ress&#233;es &#224; cette initiative et l'association repr&#233;sente-t-elle dor&#233;navant un levier &#171; facilitateur &#187; pour faire valoir la voix du droit international dans les m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de cette association est n&#233;e &#224; la suite d'un &#233;change avec une cons&#339;ur parisienne, Sarah Sameur, qui m'a contact&#233; en d&#233;cembre 2023. Elle souhaitait lancer une p&#233;tition, &#224; destination de la communaut&#233; juridique, appelant au cessez-le-feu et au respect du droit international au Proche-Orient. Mais paradoxalement, tr&#232;s peu de juristes ou d'avocats ont os&#233; la signer, par peur des cons&#233;quences pour leur carri&#232;re. Elle m'a sollicit&#233; pour que j'utilise la visibilit&#233; dont je b&#233;n&#233;ficiais &#224; l'&#233;poque afin de convaincre d'autres professionnels du droit de se joindre au projet. Finalement, seulement 300 personnes ont accept&#233; de signer. C'&#233;tait une d&#233;ception, bien s&#251;r, mais cela a fait &#233;merger une id&#233;e : regrouper les juristes de bonne volont&#233; pour remettre le droit international au c&#339;ur du d&#233;bat public sur le conflit isra&#233;lo-palestinien. C'est ce qui nous a motiv&#233;s &#224; fonder l'association JURDI, avec Sarah et un magistrat fran&#231;ais, Ghislain Poissonnier. Aujourd'hui, l'association r&#233;unit pr&#232;s d'une centaine de juristes reconnus pour leur expertise : avocats, magistrats, professeurs de droit international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s'organise autour de trois axes principaux. Le premier, c'est la sensibilisation dans les m&#233;dias. Nous voulons devenir une r&#233;f&#233;rence pour l'expertise juridique sur le conflit isra&#233;lo-palestinien, en centralisant les demandes de participation m&#233;diatique, pour ne plus laisser chacun r&#233;pondre de mani&#232;re isol&#233;e. L'objectif est de faire de JURDI l'adresse incontournable pour toute analyse s&#233;rieuse et rigoureuse en droit international sur ce sujet. Le deuxi&#232;me, plus acad&#233;mique, consiste &#224; contribuer au d&#233;bat intellectuel : publications d'articles, de tribunes, conf&#233;rences, mais aussi production d'analyses et d'ouvrages de fond. Car cette s&#233;quence n'a pas &#233;t&#233; seulement un naufrage m&#233;diatique, elle a aussi affaibli la libert&#233; acad&#233;mique sur ce sujet, et il est important de la d&#233;fendre avec la m&#234;me vigueur. Le troisi&#232;me axe, peut-&#234;tre le plus important &#224; mes yeux, c'est celui du contentieux. Beaucoup ressentent une forme d'impuissance, comme si l'on ne pouvait rien faire. Or, nous, juristes, avons un r&#244;le &#224; jouer : engager des actions devant les juridictions fran&#231;aises, europ&#233;ennes ou internationales, pour rompre avec l'impunit&#233; qui entoure ce conflit depuis des d&#233;cennies. C'est d'autant plus urgent que les outils judiciaires ont parfois &#233;t&#233; d&#233;tourn&#233;s pour criminaliser celles et ceux qui demandaient simplement l'application du droit international. Pendant ce temps, des ressortissants ou des entreprises fran&#231;aises participent &#8211; directement ou indirectement &#8211; &#224; des crimes. Il est temps que la peur change de camp, et que chacun sache que l'impunit&#233; n'est plus une option.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce projet a suscit&#233; un vrai enthousiasme. De nombreux brillants juristes, avocats, enseignants nous ont rejoints, port&#233;s par une indignation profonde face &#224; ce qui se passe en Palestine, et conscients des enjeux cruciaux que cela repr&#233;sente pour la survie du droit international. JURDI redonne de l'air &#224; toute une profession, une communaut&#233; acad&#233;mique, souvent t&#233;tanis&#233;e, en cr&#233;ant un cadre collectif protecteur, qui permet &#224; chacun de s'engager avec plus de s&#233;curit&#233;. Ce que repr&#233;sente cette association, et la mobilisation in&#233;dite de la communaut&#233; juridique, est pour moi une v&#233;ritable source de fiert&#233; et d'espoir. Je pense que JURDI est &#233;galement utile pour les m&#233;dias. Beaucoup prennent aujourd'hui conscience du besoin r&#233;el de p&#233;dagogie sur ces sujets complexes. Les informations que nous leur fournissons leur permettent aussi de mieux comprendre, de mieux traiter, et parfois de mieux nommer ce qui se passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Tu &#233;voquais &#224; l'instant la question des sanctions contre Isra&#235;l, toujours introuvables dans le r&#233;pertoire des actions du gouvernement fran&#231;ais. Quel regard portes-tu sur le traitement m&#233;diatique de cette question sp&#233;cifiquement ? Te semble-t-il satisfaisant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, pas vraiment. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment l'un des messages que nous avons voulu faire passer, &#224; travers JURDI et certaines de nos actions : il existe une obligation juridique pour la France &#8211; et pour les autres pays de l'Union europ&#233;enne &#8211; de pr&#233;venir le g&#233;nocide et de lutter contre les crimes internationaux, y compris lorsqu'ils sont commis par un alli&#233;. Les sanctions sont l'un des instruments &#224; disposition, et elles doivent &#234;tre utilis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d'une &#233;mission r&#233;cente de &#171; C ce soir &#187;, o&#249; l'un des chroniqueurs s'interrogeait : &#171; &lt;i&gt;Que peut-on faire de plus pour Isra&#235;l ?&lt;/i&gt; &#187; J'aurais eu envie de r&#233;pondre, de mani&#232;re un peu ironique : &#171; &lt;i&gt;Que peut-on faire de moins ?&lt;/i&gt; &#187; Mais plus s&#233;rieusement : il n'est pas n&#233;cessaire d'&#234;tre cr&#233;atif. La France et l'Union europ&#233;enne ont d&#233;j&#224; mis en place dix-sept paquets de sanctions contre la Russie, pour ses crimes en Ukraine. Il n'existe aucune raison juridique, politique ou morale de ne pas faire de m&#234;me avec Isra&#235;l. C'est une question de coh&#233;rence strat&#233;gique. La Cour internationale de Justice, dans ses ordonnances, a &#233;t&#233; tr&#232;s claire : les &#201;tats qui ont un pouvoir d'influence sur les parties &#224; un conflit doivent faire plus que les autres pour pr&#233;venir les crimes internationaux, y compris le g&#233;nocide. Or la France est un alli&#233; d'Isra&#235;l, et l'Union europ&#233;enne est son premier partenaire commercial. Des sanctions seraient d'autant plus efficaces que les liens sont &#233;troits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant le traitement m&#233;diatique, je trouve que le d&#233;bat a mis beaucoup de temps &#224; &#233;merger. Il a fallu que la France commence &#224; &#233;voluer sur cette question pour que la presse s'y int&#233;resse. Pourtant, cela fait des mois que nous poussons dans ce sens. En f&#233;vrier 2024, ma cons&#339;ur Sarah Sameur et moi-m&#234;me avions d&#233;j&#224; demand&#233; des sanctions cibl&#233;es contre les responsables isra&#233;liens, y compris contre le Premier ministre Benjamin Netanyahou, au nom de 21 victimes de crimes commis en Cisjordanie. JURDI a &#233;galement alert&#233; &#224; plusieurs reprises la France et l'Union europ&#233;enne sur leurs carences dans la pr&#233;vention du g&#233;nocide &#224; Gaza, sans r&#233;ponse. C'est pourquoi nous avons adress&#233; une mise en demeure &#224; l'UE en mai 2025, pour qu'elle agisse enfin en conformit&#233; avec ses trait&#233;s. Ces initiatives ont fini par trouver un &#233;cho m&#233;diatique, mais il a fallu insister, relancer, multiplier les d&#233;marches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les m&#233;dias et les responsables politiques ne semblent pas toujours comprendre, c'est que ce qui se joue ici d&#233;passe le seul cadre juridique. Ce qui est en jeu, c'est la cr&#233;dibilit&#233; du discours europ&#233;en sur les droits humains et l'&#201;tat de droit. &#192; Gaza, l'Union europ&#233;enne risque de perdre ses valeurs, son autorit&#233; morale, et sa coh&#233;rence. Dans un monde de plus en plus dur, instable, violent, ce serait une catastrophe pour le projet europ&#233;en lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Tu as aussi &#233;voqu&#233;, dans les m&#233;dias, la responsabilit&#233; de la France d'enqu&#234;ter sur ses ressortissants possiblement impliqu&#233;s dans des crimes commis en Palestine. Comment cette question a-t-elle &#233;t&#233; trait&#233;e par les m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est un sujet que j'ai souvent d&#233;fendu publiquement, car il touche &#224; la coh&#233;rence m&#234;me de notre justice p&#233;nale, en France comme &#224; l'&#233;chelle internationale. Prenons un exemple simple : tout le monde comprend qu'il est indispensable d'enqu&#234;ter sur les Fran&#231;ais partis combattre avec Daesh en Syrie, compte tenu des atrocit&#233;s commises par cette organisation terroriste. Mais cette logique doit s'appliquer &#224; tous les ressortissants fran&#231;ais susceptibles d'avoir particip&#233; &#224; des crimes internationaux &#8211; y compris dans le contexte de Gaza et de la Cisjordanie, o&#249; la gravit&#233;, l'ampleur et la syst&#233;maticit&#233; des crimes exigent une r&#233;action judiciaire &#224; la hauteur des crimes commis. Si cette &#233;vidence ne s'impose pas, c'est qu'on n'a pas saisi ce qu'est le droit international ni ce qu'implique la complicit&#233; dans les crimes de guerre, crimes contre l'humanit&#233; ou g&#233;nocide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cha&#238;ne de responsabilit&#233;s dans les crimes commis en Palestine est vaste. On pense parfois &#224; l'individu qui se filme en train de commettre un acte de torture ou de d&#233;truire une habitation, mais ce n'est que la face la plus visible de l'iceberg. En r&#233;alit&#233;, il y a des milliers de personnes &#8211; militaires, politiques, civils &#8211; &#224; tous les &#233;chelons de responsabilit&#233; qui contribuent, directement ou non, &#224; des crimes comme les d&#233;placements forc&#233;s, la privation d'aide humanitaire ou la pers&#233;cution des Palestiniens. Et si certains se montrent &#224; visage d&#233;couvert sur les r&#233;seaux sociaux, c'est sans doute parce qu'ils sont convaincus qu'ils ne seront jamais inqui&#233;t&#233;s, ni en Isra&#235;l ni ailleurs. C'est cela le sentiment d'impunit&#233;. Or, c'est justement le r&#244;le du droit p&#233;nal international de mettre fin &#224; cette impunit&#233;, en identifier toutes les responsabilit&#233;s, et pas seulement celles de l'auteur direct mais aussi celle des complices. Plut&#244;t que de parler de &#171; crise humanitaire &#187;, il faut nommer ceux qui participent &#224; cr&#233;er cette famine en bloquant l'aide humanitaire, en d&#233;truisant les habitations, en ciblant le personnel humanitaire et les civils. Derri&#232;re chaque crime il y a un ou plusieurs criminels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques m&#233;dias, comme RFI ou France 24, ont effleur&#233; la question de la responsabilit&#233; de citoyens fran&#231;ais. Mais dans la majorit&#233; des r&#233;dactions, on reste incapable de penser les crimes commis en Palestine comme syst&#233;miques, et impliquant aussi des ressortissants fran&#231;ais. Ce refus alimente un r&#233;cit bien connu : celui de crimes sans criminels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce silence a un prix car il questionne la cr&#233;dibilit&#233; de notre syst&#232;me judiciaire en particulier dans le domaine de la r&#233;pression des crimes internationaux. On applaudit quand la France juge un Syrien ou un Rwandais pour des crimes commis &#224; l'&#233;tranger, au nom de la comp&#233;tence universelle. Mais ce principe ne tient que s'il est appliqu&#233; de fa&#231;on coh&#233;rente, y compris &#224; nos propres ressortissants et &#224; ceux de nos alli&#233;s. Sinon, on retombe dans un double standard que de plus en plus de voix d&#233;noncent, en parlant d'une justice n&#233;ocoloniale : des puissances occidentales qui jugent les autres, mais jamais elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Tu d&#233;nonces aussi l'euph&#233;misation de certains termes. En quoi le vocabulaire employ&#233; contribue-t-il, selon toi, &#224; masquer la r&#233;alit&#233; des crimes commis ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. On parle de &#171; catastrophe humanitaire &#187; comme s'il s'agissait d'une inondation ou d'un s&#233;isme. Or, ce n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne naturel : ce sont des crimes, planifi&#233;s par un pouvoir politique et militaire, et ex&#233;cut&#233;s par une arm&#233;e. Chaque rouage de cette m&#233;canique porte une part de responsabilit&#233;. Il y a d'ailleurs aussi une forme de double standard dans le vocabulaire employ&#233; dans certains m&#233;dias. En Ukraine, on n'h&#233;site pas &#224; parler des bombardements russes, d'attaques sur les infrastructures civiles, de crimes de guerre. &#192; Gaza, on parle de &#171; catastrophe humanitaire &#187;, de &#171; frappes cibl&#233;es &#187;, de &#171; neutralisations &#187;. On montre des enfants amput&#233;s, des civils sous les d&#233;combres, mais sans jamais &#233;tablir le lien avec les d&#233;cisions politiques et militaires qui ont conduit &#224; ces sc&#232;nes. C'est d&#233;shumanisant pour les victimes et d&#233;responsabilisant pour les auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Il y a un dernier point que votre association a mis dans le d&#233;bat m&#233;diatique : il s'agit du survol du territoire fran&#231;ais par Netanyahou et de l'inaction de la France &#224; ce moment-l&#224;. Ce sujet non plus n'a pas eu le retentissement m&#233;diatique qui s'imposait.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, m&#234;me si nous avons tent&#233; &#8211; et en partie r&#233;ussi &#8211; &#224; introduire cette question dans le d&#233;bat public avec JURDI, l'affaire du survol du territoire fran&#231;ais par Netanyahou est rest&#233;e largement ignor&#233;e. Or, c'est un &#233;v&#233;nement majeur : la France a laiss&#233; passer, au-dessus de son territoire, un chef de gouvernement vis&#233; par un mandat d'arr&#234;t de la CPI pour crimes contre l'humanit&#233;, sans m&#234;me examiner ses obligations juridiques. D'autres &#201;tats europ&#233;ens avaient pourtant refus&#233; ce survol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Pour conclure cet entretien, qu'est-ce qui explique d'apr&#232;s toi ce traitement si partial ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'il faudra des ann&#233;es de recherches, m&#234;lant approches sociologiques, psychologiques et historiques, pour comprendre comment, en 2025, on a pu assister &#224; un tel naufrage collectif. Il faudra aussi interroger cette tendance &#224; se projeter dans les Isra&#233;liens, per&#231;us comme proches de nous parce qu'&#171; ils nous ressemblent &#187;, parce que beaucoup sont francophones, ou encore parce qu'&#171; Isra&#235;l est une d&#233;mocratie, comme la n&#244;tre &#187;. Il y a bien s&#251;r la puissance du discours s&#233;curitaire et antiterroriste, qui r&#233;sonne fortement chez une partie de nos concitoyens &#8211; y compris dans certaines r&#233;dactions, souvent paresseuses, qui emp&#234;che de pr&#233;senter ce qui se passe en Palestine sous un autre angle. Mais il y a aussi, plus profond&#233;ment, une approche qui en dit long sur une forme de racisme, voire de n&#233;o-colonialisme implicite dans le traitement m&#233;diatique, m&#234;me lorsque ces biais ne sont ni pens&#233;s ni reconnus comme tels. La d&#233;shumanisation des Palestiniens est aussi le fruit d'une strat&#233;gie isra&#233;lienne assum&#233;e, qui vise &#224; emp&#234;cher l'acc&#232;s de Gaza aux journalistes internationaux. Mais ce verrouillage devient un alibi commode, un argument circulaire : puisqu'on ne voit pas, on ne montre pas &#8211; et puisqu'on ne montre pas, on ne questionne pas. Cela n'entra&#238;ne aucune remise en question dans la profession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;voquait tout &#224; l'heure le fait que les r&#233;dactions continuent d'inviter des ambassadeurs ou des officiers de l'arm&#233;e isra&#233;lienne. Rien ne les y oblige. Elles pourraient tr&#232;s bien poser un cadre clair : &#171; Nous ne vous donnerons plus la parole tant que vous ne nous autorisez pas &#224; acc&#233;der au territoire que vous contr&#244;lez. &#187; Ce serait un positionnement &#224; la fois strat&#233;gique, &#233;thique et d&#233;ontologique &#8211; simple, &#233;vident. Et pourtant, cela n'arrive pas. Alors, sous pr&#233;texte qu'on ne voit pas directement mourir les femmes, les hommes, les enfants, on les invisibilise. On les d&#233;shumanise parfois. Et apr&#232;s, on feint de s'&#233;tonner que le paysage m&#233;diatique fran&#231;ais soit si d&#233;connect&#233; du reste du monde. Il suffit pourtant de comparer avec Twitter ou Al Jazeera : deux salles, deux ambiances. Le foss&#233; entre le Sud global et le Nord est b&#233;ant, et il saute aux yeux. Encore aujourd'hui, certains commentateurs osent mettre en doute l'existence m&#234;me de la famine &#224; Gaza. C'est du n&#233;gationnisme. C'est nier ce que des t&#233;moins objectifs et impartiaux rapportent depuis des mois. Et cela s'inscrit dans une campagne syst&#233;matique de d&#233;cr&#233;dibilisation de ces t&#233;moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Malgr&#233; le silence de nombreuses r&#233;dactions, l'inaction politique et le sentiment d'impuissance qui domine parfois, qu'est-ce qui te pousse &#224; continuer &#224; intervenir dans le d&#233;bat public ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que l'information reste un levier d'action essentiel. M&#234;me quand le droit est marginalis&#233;, que les institutions vacillent, il reste possible d'&#233;clairer, d'expliquer, de rappeler les principes fondamentaux pos&#233;s apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale. On ne peut pas se contenter de constater les d&#233;rives. Il faut continuer &#224; occuper l'espace m&#233;diatique, &#224; porter une parole rigoureuse, fond&#233;e sur les faits et sur le droit. Et si cela permet &#224; un nombre croissant de personnes de mieux comprendre, de voir autrement ou de s'engager, alors cela en vaut la peine. Nous sommes tous li&#233;s par la promesse du &#171; plus jamais &#231;a &#187;. &#192; Gaza, comme dans les m&#233;dias, c'est aussi l'avenir de notre humanit&#233; commune qui se joue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Pauline Perrenot&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans sa tribune du 25 mars 2024 (&lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/idees-et-debats/opinions/la-qualification-de-genocide-a-gaza-une-accusation-de-trop-20240324_KIQO745HYZGVFHCIZXU7PWJS4U/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;), le journaliste &#233;crit en effet que &#171; &lt;i&gt;l'utilisation de ce terme, qui a un sens juridique pr&#233;cis, vise &#224; d&#233;l&#233;gitimer Isra&#235;l, dont l'existence est en grande partie fond&#233;e sur la Shoah [&#8230;], en l'accusant d'une barbarie &#233;quivalente &#224; celle des nazis&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lorsque le journaliste a r&#233;cidiv&#233; en d&#233;clarant : &#171; &lt;i&gt;On va le r&#233;p&#233;ter encore et encore : il n'y a pas de g&#233;nocide en cours &#224; Gaza et ce n'est pas parce que les pro-Hamas le hurlent sur tous les tons que c'est vrai. Mais r&#233;pondre &#224; un slogan simpliste demande de l'espace et du temps, c'est la force des extr&#233;mistes.&lt;/i&gt; &#187; (X, 11/05/2024).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il y a quelques semaines, Thomas Legrand incluait par exemple &#171; g&#233;nocide &#187; dans son glossaire des &#171; &lt;i&gt;mots pi&#232;ges du d&#233;bat isra&#233;lo-palestinien&lt;/i&gt; &#187;, le titre de sa chronique &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/politique/les-mots-pieges-du-debat-israelo-palestinien-20250511_PUJ7MLIY3ZBCVGKWL2QP6HXRKM/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;parue dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (12/05/2025).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Isra&#235;l-Palestine : &#171; Le plus r&#233;voltant, c'est la diff&#233;rence de traitement &#187; </title>
		<link>https://www.acrimed.org/Israel-Palestine-Le-plus-revoltant-c-est-la</link>
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		<dc:date>2025-05-12T12:10:54Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Geneste , Blaise Magnin</dc:creator>


		<dc:subject>Gaza</dc:subject>
		<dc:subject>Isra&#235;l</dc:subject>
		<dc:subject>Palestine</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien avec Rony Brauman.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-2023-Israel-Palestine-le-7-octobre-et-apres-" rel="directory"&gt;2023-... : Isra&#235;l-Palestine, le 7 octobre et apr&#232;s&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH83/rony_brauman-17fbc.png?1776679432' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='83' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Rony Brauman, ancien pr&#233;sident de M&#233;decins sans fronti&#232;res et auteur (entre autres) de &lt;i&gt;Guerres humanitaires ? Mensonges et intox&lt;/i&gt; (Textuel, 2018).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Acrimed : Pour commencer, est-ce que tu pourrais nous dire quelques mots sur la situation actuelle et sa couverture m&#233;diatique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rony Brauman :&lt;/strong&gt; Je peine &#224; trouver les mots pour d&#233;crire la situation actuelle, en cette fin du mois d'avril. Isra&#235;l a rompu la tr&#234;ve, ce qui &#233;tait attendu, car habituel, mais l'intensit&#233; des bombardements a surpris tout le monde : plus de 500 morts d&#232;s les premi&#232;res heures, 1 500 en quelques jours, des milliers de bless&#233;s, c'&#233;tait effarant. Les bombes d'une tonne que larguent les avions isra&#233;liens sont destin&#233;s &#224; d&#233;truire des bunkers. &#192; Gaza, elles sont lanc&#233;es contre des habitations et des tentes, leurs &#233;clats blessent et tuent &#224; plus d'un kilom&#232;tre &#224; la ronde, leur souffle projette les corps, elles sont terrifiantes, personne ne peut s'en prot&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gaza est transform&#233; en charnier, des cadavres sont livr&#233;s aux chiens, plus de quinze mille enfants ont &#233;t&#233; tu&#233;s, soit plus que dans toutes les guerres de ces derni&#232;res ann&#233;es prises dans leur ensemble, selon l'Unicef. L'&#233;v&#233;nement r&#233;cent le plus marquant, c'est l'embuscade qui a co&#251;t&#233; la vie &#224; quatorze secouristes palestiniens du Croissant-Rouge et de la D&#233;fense civile, et un membre de l'Unrwa. Ils ont &#233;t&#233; abattus de sang-froid, hors de tout affrontement, par les Isra&#233;liens, l'un d'eux a &#233;t&#233; retrouv&#233; les mains li&#233;es dans le dos, tous ont &#233;t&#233; ensevelis &#224; la h&#226;te par un bulldozer de l'arm&#233;e. Fait significatif : c'est la vid&#233;o retrouv&#233;e sur un t&#233;l&#233;phone de l'un des secouristes, exhum&#233; du charnier, qui a permis d'&#233;tablir les faits et de d&#233;mentir les all&#233;gations de l'arm&#233;e selon lesquelles le convoi de v&#233;hicules roulait tous feux &#233;teints, &#233;tait mena&#231;ant, compos&#233; de terroristes du Hamas, etc. Cette tuerie et les bobards isra&#233;liens ont marqu&#233; les m&#233;dias, me semble-t-il, et cela d'autant plus que la sauvagerie des attaques isra&#233;liennes est de plus en plus &#233;vidente, que l'intention de d&#233;couper et r&#233;occuper Gaza est clairement annonc&#233;e, que les tentatives de d&#233;porter la population se mat&#233;rialisent sur le terrain. Il s'agit aujourd'hui clairement de terrifier, &#233;puiser, d&#233;courager les Palestiniens, de sorte qu'ils n'envisagent plus du tout de rester. Je ne crois pas que le projet de vider Gaza de la majorit&#233; de sa population soit r&#233;alisable, mais il est &#233;vident qu'ils le tentent. Et par ailleurs, les bombardements continuent au Sud-Liban et en Syrie, le harc&#232;lement des Palestiniens de Cisjordanie ne fait que s'&#233;tendre, bref l'hubris isra&#233;lienne se d&#233;ploie dans toute la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas en mesure de fournir un avis autoris&#233; sur la couverture m&#233;diatique, car je ne lis que quelques journaux, je ne regarde pas syst&#233;matiquement les informations t&#233;l&#233;vis&#233;es et n'ai donc qu'une vue tr&#232;s partielle du traitement de cette guerre par la presse. Mais il me semble qu'une diff&#233;rence doit &#234;tre faite entre d'une part m&#233;dias audiovisuels et presse &#233;crite, d'autre part documentaires audiovisuels et plateaux de cha&#238;nes infos. Je trouve les reportages de terrain du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; remarquables de pr&#233;cision, ils sont ma lecture quotidienne, de m&#234;me que la rubrique CheckNews de &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt;, que j'avais d'ailleurs d&#233;couverte et appr&#233;ci&#233;e au moment du Covid. Je lis &#233;galement le quotidien &lt;i&gt;Haaretz&lt;/i&gt; et +972, un site d'information isra&#233;lo-palestinien remarquable, ainsi que Yaani et Orient XXI, deux sites francophones que je recommande chaudement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Mais pourquoi, en dehors des journaux que tu cites, y a-t-il une telle d&#233;shumanisation et une telle d&#233;politisation de l'information ? Et puis une troisi&#232;me chose qui est sid&#233;rante, c'est la d&#233;shistoricisation avec, depuis un an et demi, un cadrage m&#233;diatique qui fait comme si ce conflit colonial vieux d'un si&#232;cle avait commenc&#233; le 7 octobre 2023. &#192; ce propos, tu as enseign&#233; &#224; Sciences Po, &#233;tablissement par lequel sont pass&#233;s nombre de journalistes, que ce soit &#224; Paris ou en province, et en principe ils y ont re&#231;u des enseignements substantiels sur cette question, sur cette r&#233;gion, sur son histoire, &#231;a fait partie du cursus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai effectivement longtemps enseign&#233; &#224; Sciences Po, mais je n'y ai pas &#233;tudi&#233;, et ne suis donc pas en mesure de me prononcer sur la formation de ces journalistes. Notons tout de m&#234;me que les &#233;tudiants de Sciences Po se sont activement mobilis&#233;s, notamment &#224; Paris et Strasbourg, mais aussi dans de nombreux autres IEP. Les supporters d'Isra&#235;l n'ont d'ailleurs pas eu de mots assez durs pour critiquer ces mobilisations &#233;tudiantes, r&#233;pandre sur leurs leaders le soup&#231;on d'antis&#233;mitisme, d&#233;plorer leur ignorance de l'histoire etc. Ce sont eux, les g&#233;n&#233;rations ant&#233;rieures, qui ont ainsi &#233;tal&#233; leur ignorance, en reprenant &#224; leur compte le roman national isra&#233;lien, celui d'un peuple revenant &#224; l'existence sur sa terre apr&#232;s un long exil, vivant dans le respect du droit, recherchant la paix bien qu'entour&#233;e d'ennemis mortels. Combien de fois a-t-on entendu &#233;voquer Isra&#235;l comme &#171; seule-d&#233;mocratie-du-Proche-Orient &#187; afin de souligner l'&#233;vidence du soutien que lui doivent les d&#233;mocraties europ&#233;ennes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis d'ailleurs frapp&#233; par le contraste entre cet Isra&#235;l r&#234;v&#233; et l'Isra&#235;l r&#233;el d'aujourd'hui. Il faut se rappeler ce qu'&#233;tait l'image d'Isra&#235;l dans les ann&#233;es 1970, &#224; l'&#233;poque o&#249; ces journalistes, qui aujourd'hui dominent professionnellement le monde des m&#233;dias, &#233;taient &#233;tudiants. Isra&#235;l &#233;tait le pays des survivants de la Shoah et des kibboutz, un pays de pionniers faisant fleurir le d&#233;sert, un mod&#232;le de socialisme d&#233;mocratique. J'ai plusieurs copains non-juifs, sans aucune relation directe avec le monde juif, qui ont pass&#233; du temps au kibboutz dans les ann&#233;es 1970, attir&#233;s par cette image aujourd'hui largement r&#233;volue. Une immense sympathie les poussait vers Isra&#235;l. En gros, &#224; part les Palestiniens, &#224; peu pr&#232;s tout le monde soutenait Isra&#235;l &#224; cette &#233;poque. La guerre des Six Jours de juin 1967 n'avait fait qu'ajouter de l'attraction pour le pays qui avait proprement neutralis&#233; en un temps record les arm&#233;es arabes coalis&#233;es, et personne n'avait pr&#234;t&#233; attention au d&#233;placement forc&#233; de 300 000 Palestiniens, deuxi&#232;me &#171; Nakba &#187; cach&#233;e derri&#232;re cette attaque &#233;clair se faisant passer avec succ&#232;s pour une guerre de l&#233;gitime d&#233;fense. Rendons ici hommage &#224; de Gaulle, qui ne s'&#233;tait pas laiss&#233; berner par le discours isra&#233;lien, avait d&#233;cr&#233;t&#233; un embargo sur les armes, et surtout lucidement pr&#233;vu les cons&#233;quences de l'occupation de la Cisjordanie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je reviens &#224; la question sur la d&#233;shumanisation. Je pense que la raison en est &#233;vidente : la colonisation. On ne colonise pas des &#233;gaux, mais des inf&#233;rieurs, et cette diff&#233;rence de statut est ent&#233;rin&#233;e, authentifi&#233;e si j'ose dire, par la qualification de d&#233;mocratie accord&#233;e &#224; Isra&#235;l. Je reviens sur ce point parce qu'il est essentiel : les d&#233;mocraties doivent se soutenir entre elles, donc soutenir Isra&#235;l, pointe avanc&#233;e des d&#233;mocraties en guerre contre le terrorisme. Exit l'occupation, l'apartheid, les vols de terres, les expulsions arbitraires, la torture l&#233;galis&#233;e, le blocus de Gaza, les milliers de morts des diverses offensives ! Ce petit pays se d&#233;fend contre une &#171; menace existentielle &#187;, que seule la force brute peut stopper. Une &#171; villa dans la jungle &#187;, disait Ehud Barak, alors Premier ministre. Voil&#224; comment on &#171; d&#233;shistoricise &#187;, on disqualifie, on d&#233;shumanise. Ceux qui r&#233;sistent &#224; l'occupation coloniale sont des terroristes, et pas n'importe lesquels : des tueurs de juifs, des nazis d'aujourd'hui, comme l'indiquent les nombreuses r&#233;f&#233;rences &#224; la Shoah. Dans ces conditions, de plus, chaque &#233;pisode appara&#238;t comme &lt;i&gt;sui generis&lt;/i&gt;. Seule continuit&#233;, celle de la l&#233;gitime d&#233;fense contre des ennemis du genre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Mais &#231;a n'a pas toujours &#233;t&#233; le cas, pourtant, ou pas &#224; ce point-l&#224;. Apr&#232;s l'assassinat de Mohammed Al Dura, un enfant de 12 ans, par l'arm&#233;e isra&#233;lienne en 2000, qui avait &#233;t&#233; film&#233; en direct par France 2, la pol&#233;mique avait dur&#233; des semaines, des mois.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Voil&#224;. On a tous les images en t&#234;te. On ne parle &#171; que d'un mort &#187; et il y avait eu des ann&#233;es de pol&#233;miques, de discussions, de d&#233;bats. Donc on a quand m&#234;me l'impression qu'&#224; l'&#233;poque, la vie des Palestiniens avait plus de poids qu'aujourd'hui dans les m&#233;dias.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas juste un mort, c'&#233;tait une sc&#232;ne visuelle dramatique. Une &#233;quipe d'Antenne 2 avait film&#233; la sc&#232;ne en direct, et la propagande ne pouvait rien contre ces images d'un p&#232;re en train de prot&#233;ger son enfant contre une rafale de balles. Cet enfant il avait un nom, un visage, personne ne pouvait &#234;tre indiff&#233;rent &#224; l'effroi, la panique, au courage du p&#232;re et &#224; l'angoisse de l'enfant. Cela &#233;tant dit, rappelez-vous ce que le p&#232;re du petit Mohammed Al Dura a endur&#233;. Il a d&#251; prouver qu'il avait &#233;t&#233; lui-m&#234;me gri&#232;vement bless&#233;. Il a d&#251; se mettre &#224; moiti&#233; nu devant des cam&#233;ras pour montrer ses cicatrices de blessures par balle. Le traitement qui lui a &#233;t&#233; r&#233;serv&#233; &#233;tait ignoble, une longue campagne a suivi, visant &#224; faire croire qu'il s'agissait d'une mise en sc&#232;ne du Hamas. Notons que le principal animateur fran&#231;ais de cette campagne de d&#233;sinformation de l'&#233;poque, Philippe Karsenty, est aujourd'hui porte-parole du comit&#233; Trump en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Mais pour en revenir &#224; la phase actuelle de la guerre, des cas comme celui-ci, et bien pires encore, il y en a des dizaines chaque jour, depuis 18 mois. Et &#231;a dans un silence quasi total des grands m&#233;dias. Qu'est-ce qui a chang&#233; &#224; ce point en 25 ans ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que le th&#232;me du terrorisme international s'est impos&#233; comme jamais auparavant et qu'Isra&#235;l a su en tirer le parti maximum. Rappelons-nous Netanyahou d&#233;clarant, apr&#232;s le 11 septembre, qu'Isra&#235;l avait son Ben Laden, sous le nom d'Arafat, puis il y a eu Daesh, les attentats djihadistes en Europe, et notamment en France. La grande r&#233;ussite de la propagande isra&#233;lienne est d'&#234;tre arriv&#233;e &#224; transformer la domination et la r&#233;pression coloniale en l&#233;gitime d&#233;fense. Je pr&#233;cise qu'en disant cela, je n'&#233;lude pas le caract&#232;re criminel de l'attaque du 7 octobre contre les kibboutz et la f&#234;te techno, &#171; sans excuse mais pas sans cause &#187; comme l'a bien r&#233;sum&#233; le d&#233;put&#233; Jean-Louis Bourlanges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les d&#233;fenseurs d'Isra&#235;l, tout commence ce jour-l&#224; et c'est ce qui permet d'invoquer la l&#233;gitime d&#233;fense pour l'occupant, et de r&#233;voquer la l&#233;gitime r&#233;sistance pour l'occup&#233;. Tout allait bien, comme une soir&#233;e de concert au Bataclan, et voici qu'une bande de sauvages se livre &#224; un carnage, une &#171; mini-Shoah &#187; comme l'ont dit certains. Isra&#235;l incarne d&#232;s lors les forces de la lumi&#232;re contre les forces des t&#233;n&#232;bres, la d&#233;mocratie contre la terreur et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Oui, d'ailleurs, en pr&#233;parant cet entretien, nous avons retrouv&#233; un d&#233;bat sur la question palestinienne publi&#233; dans &lt;i&gt;Causeur&lt;/i&gt; en septembre 2014, donc juste avant le d&#233;but des attentats, anim&#233; par &#201;lisabeth L&#233;vy et qui t'avait oppos&#233; &#224; Alain Finkielkraut. Et il y avait une discussion possible, avec un r&#233;el &#233;change d'arguments. Or, on a l'impression que quelques mois plus tard, apr&#232;s les attentats de Paris en 2015 et plus encore depuis le 7 octobre 2023, &#233;videmment, ce d&#233;bat aurait &#233;t&#233; impossible.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ce serait impossible aujourd'hui. Je ne pense pas m'&#234;tre radicalis&#233; entre temps. Ce sont Isra&#235;l et ses soutiens qui se sont radicalis&#233;s &#224; droite, suivant d'ailleurs en cela une tendance observable dans une bonne partie du monde, y compris en Europe. Je pense &#224; Orban, Meloni, Poutine, Trump, Milei et bien d'autres&#8230; Cette d&#233;rive radicale date du d&#233;but du mill&#233;naire sous le parrainage conjoint d'Al Qaida et des n&#233;ocons. En tout cas, j'avais en effet &#233;t&#233; contact&#233; par &#201;lisabeth L&#233;vy, qui &#233;tait alors une lib&#233;rale, gardant une certaine distance avec ses propres convictions et ouverte &#224; la contradiction. Elle a bien chang&#233; depuis&#8230; C'est &#224; son initiative qu'a &#233;t&#233; fait le livre de conversations avec Alain Finkielkraut, paru sous le titre &lt;i&gt;La Discorde. Isra&#235;l-Palestine, les Juifs, la France&lt;/i&gt;. La confection de ce livre a pris trois ans, &#231;a n'a pas &#233;t&#233; un chemin de roses, mais il a &#233;t&#233; possible. L'air du temps &#233;tait moins suffocant, semble-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Il y a un r&#233;tr&#233;cissement du d&#233;bat public. Maintenant, on en arriverait presque au point o&#249; critiquer Netanyahou, ce serait &#234;tre antis&#233;mite.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai pour certains, les plus &#233;nerv&#233;s, pour qui toute critique d'Isra&#235;l et de ses dirigeants est au minimum suspecte, mais &#231;a n'est pas le cas g&#233;n&#233;ral. Je constate que la critique de Netanyahou est bien souvent mise au service de la d&#233;fense d'Isra&#235;l : les manifs contre &#171; Bibi &#187; et sa r&#233;forme de la justice, son m&#233;pris de la vie des otages, et m&#234;me la brutalit&#233; excessive de la guerre de Gaza sont mis en avant comme preuves de la vitalit&#233; d&#233;mocratique d'Isra&#235;l. Dans le m&#234;me temps, on instruit le proc&#232;s des d&#233;fenseurs des Palestiniens, &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; suspects d'antis&#233;mitisme, somm&#233;s de qualifier le Hamas d'organisation terroriste faute de quoi on en est le complice, on retourne les qualifications d'apartheid et de g&#233;nocide en indices, voire en preuves d'hostilit&#233; anti-juive, et on s'acquitte de son devoir d'humanit&#233; en d&#233;plorant les morts d'innocents &#224; Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; on &#187;, ici ce sont les signataires de tribunes se plaignant de la solitude des juifs de France, d'une explosion des actes antijuifs dans le pays qu'ignoreraient les propalestiniens. Je n'&#233;prouve aucune indulgence pour les imb&#233;ciles qui s'en prennent &#224; des rabbins dans la rue ou agressent des suppos&#233;s juifs au nom de la cause palestinienne. Mais je n'ai pas plus d'indulgence pour tous ceux, ces &#171; on &#187; que je viens d'&#233;voquer, qui font mine d'ignorer que les institutions juives ayant pignon sur rue entretiennent d&#233;lib&#233;r&#233;ment la confusion entre juifs, sionistes et Isra&#233;liens tout en contestant cette confusion lorsqu'elle provient de leurs ennemis. Les horreurs prof&#233;r&#233;es sur le plateau de la t&#233;l&#233;vision i24News ou de Radio J vaudraient &#224; leurs auteurs une condamnation pour apologie de crimes contre l'humanit&#233; si elles provenaient de l'autre camp. Exemple caract&#233;ristique : on peut appeler &#224; boycotter et sanctionner n'importe quel pays dans le monde &#8211; et l'on ne s'en prive pas &#8211;, sauf un et un seul, Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens &#224; la question de la d&#233;mocratie isra&#233;lienne, mise en danger par Netanyahou avec sa r&#233;forme de la justice. Certes, des centaines de milliers d'Isra&#233;liens se sont mobilis&#233;s pour protester contre cette r&#233;forme, et pour prot&#233;ger la Cour supr&#234;me, garante nous dit-on du caract&#232;re d&#233;mocratique de ce pays. C'est oublier qu'il s'agit de d&#233;fendre la d&#233;mocratie pour les juifs isra&#233;liens, pas pour les millions de Palestiniens qui vivent sous juridiction isra&#233;lienne. Bien au contraire, la Cour supr&#234;me a valid&#233; l'appropriation coloniale des terres en Cisjordanie, et ne donne quasi aucune suite aux plaintes d&#233;pos&#233;es par les Palestiniens. On peut certes trouver plus sympas les Isra&#233;liens qui manifestent contre Bibi que leurs opposants pro-Bibi, mais ma sympathie pour eux trouve sa limite dans cette mise &#224; l'&#233;cart par les protestataires de la question coloniale, alors que c'est le probl&#232;me central du pays. D'ailleurs, les 29 Palestiniens morts sous la torture dans les ge&#244;les de Sde Teiman et Ofer, sont largement ignor&#233;s des manifestants et de la Cour supr&#234;me. La brutalisation de la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne induite par la colonisation est, de plus, un poison terrible, dont elle ne se remettra pas, j'en ai la conviction. La soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne se condamne &#224; &#234;tre de plus en plus violente, car les exactions et abus constants de pouvoir commis par les soldats dans les territoires occup&#233;s d&#233;bordent in&#233;vitablement sur la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Tout ce que tu nous expliques l&#224;, on ne l'entend quasiment jamais dans les m&#233;dias dominants. Tu as &#233;t&#233; invit&#233; &#224; t'exprimer au d&#233;but, juste apr&#232;s le 7 octobre, et puis on a l'impression que c'est de moins en moins fr&#233;quent. Comment &#231;a s'est pass&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai particip&#233; &#224; plusieurs &#233;missions dans les 3-4 semaines qui ont suivi le 7 octobre, puis les invitations se sont rar&#233;fi&#233;es jusqu'&#224; devenir quasi-inexistantes. C'est d'autant plus frappant qu'en septembre 2023, j'ai eu de nombreuses occasions de m'exprimer sur diverses cha&#238;nes radio et t&#233;l&#233; &#224; l'occasion du tremblement de terre de Marrakech et des tensions diplomatiques franco-marocaines que cette catastrophe a r&#233;v&#233;l&#233;es. Puis arrive le 7 octobre, je re&#231;ois quelques invitations, puis presque plus rien. Je suis sans doute &lt;i&gt;persona non grata&lt;/i&gt; sur quelques cha&#238;nes, notamment France Inter, mais je ne sais pas trop comment interpr&#233;ter cela, car apr&#232;s tout, je n'ai jamais eu mon rond de serviette dans les m&#233;dias. Comment interpr&#233;ter le fait que &#171; C ce soir &#187; m'a invit&#233; 5 ou 6 fois en quelques mois, et &#171; d&#233;sinvit&#233; &#187; &#224; chaque fois ? Il y a pourtant des gens dont je me sens proche qui s'y expriment, on y voit des d&#233;bats pluralistes, mais je n'y suis pas convi&#233;, ou plut&#244;t j'en suis exclu apr&#232;s y avoir &#233;t&#233; convi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela me rappelle une &#171; d&#233;sinvitation &#187; ancienne mais &#233;loquente. C'&#233;tait &#224; &#171; Compl&#233;ment d'enqu&#234;te &#187;, qui venait d'&#234;tre repris par Nicolas Poincar&#233;. C'&#233;tait en 2014, si je me souviens bien. L'&#233;mission devait comporter trois reportages : l'un sur une famille juive fran&#231;aise ayant &#233;migr&#233; en Isra&#235;l, l'autre sur une agression antis&#233;mite &#224; Sarcelles et le troisi&#232;me sur un club de krav-maga o&#249; s'entra&#238;naient des fachos sionistes tenant des propos racistes violents. C'est ce reportage que je suis invit&#233; &#224; commenter. L'&#233;quipe est venue chez moi voir les lieux pour installer les deux fauteuils rouges habituels, le reportage m'avait &#233;t&#233; communiqu&#233; pour que je puisse le visionner auparavant, car je n'&#233;tais pas en direct. Mais je re&#231;ois la veille de l'enregistrement un appel de la r&#233;daction m'informant que, finalement, l'angle a &#233;t&#233; chang&#233; (c'est la formule consacr&#233;e, je peux en t&#233;moigner), que c'est finalement un politique qui commentera ce reportage. J'en prends acte, &#231;a m'arrangeait plut&#244;t car j'avais cours &#224; Sciences Po le m&#234;me jour, et je n'en demande pas plus. Je regarde le soir-m&#234;me l'&#233;mission (je signale en passant que les trois reportages &#233;taient excellents), et d&#233;couvre que le &#171; politique &#187; qui m'a remplac&#233; n'&#233;tait autre que Bernard-Henri L&#233;vy&#8230; Et un BHL, qui plus est, qui n'a pas eu un mot de critique ou de recul face aux discours d'extr&#233;mistes, de racistes violents qui parlaient &#171; cash &#187;, sans fard. Je suppose qu'il a appris que j'&#233;tais invit&#233; et a fait pression pour me sortir et me remplacer. J'ai eu l'occasion de demander &#224; Poincar&#233;, bien plus tard, comment et pourquoi j'avais &#233;t&#233; d&#233;command&#233; si grossi&#232;rement. Il m'a dit que lors d'une r&#233;union de la soci&#233;t&#233; de production de l'&#233;mission, quelqu'un aurait dit que j'&#233;tais trop &#171; controvers&#233; &#187;. C'est le mot employ&#233;. J'en d&#233;duis que pour ces gens-l&#224;, critique d'Isra&#235;l = controvers&#233; = suspect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir &#224; l'apr&#232;s 7 octobre, je suis invit&#233; par LCI deux fois au d&#233;but. Une fois en visio depuis chez moi, qui a &#233;t&#233; un cauchemar, car je ne pouvais que contempler les &#233;lucubrations d'Arno Klarsfeld en train d'expliquer, sans contradicteur, qu'Isra&#235;l a toujours voulu la paix, sans trouver en face de partenaire. J'ai pu finalement r&#233;agir bri&#232;vement et de mani&#232;re d&#233;cal&#233;e, gr&#226;ce &#224; la technicienne qui mettait en place le duplex depuis mon domicile et qui &#233;tait outr&#233;e de me voir r&#233;duit au silence. Peu de temps apr&#232;s, Pujadas m'a invit&#233; et j'ai b&#233;n&#233;fici&#233; d'un cr&#233;neau de quelque 10 minutes dans un long plateau de 3 heures enti&#232;rement pro-isra&#233;lien. Mais on peut dire des choses en 10 minutes. Pujadas me demande en substance si je qualifie le Hamas de groupe terroriste et si je fais la diff&#233;rence entre les massacres horribles du 7 octobre et le fait de tuer involontairement des innocents, ce qui est certes malheureux mais d'une autre nature. J'ai r&#233;pondu qu'on &#233;tait loin de quelques d&#233;g&#226;ts caus&#233;s par la difficult&#233; de tirer avec pr&#233;cision, qu'il s'agissait d'une guerre contre les Palestiniens et pas contre le seul Hamas et j'ai refus&#233; de qualifier le Hamas de terroriste, trouvant cela extr&#234;mement r&#233;ducteur par rapport &#224; ce qu'est le Hamas en tant que mouvement politique. J'ai ajout&#233; que l'attaque du 7 octobre &#233;tait terroriste, si on d&#233;finissait le terrorisme par le fait d'attaquer des civils en vue d'un r&#233;sultat politique. Et j'ai fait remarquer que, dans ce cas, l'arm&#233;e isra&#233;lienne devait alors &#233;galement &#234;tre qualifi&#233;e d'organisation terroriste. Les autres participants &#233;taient offusqu&#233;s. D'autant plus quand j'ai dit qu'ils &#233;taient la voix d'Isra&#235;l sur ce plateau, en reproduisant tous les th&#232;mes de la propagande isra&#233;lienne, &#224; l'exception, je dois dire, d'Antoine Basbous, le seul &#224; rappeler qu'il y avait des &#234;tres humains sous le tapis de bombes isra&#233;liennes, ce que les autres semblaient avoir totalement oubli&#233;. En tout cas, il semble que j'ai sign&#233; mon OQTF m&#233;diatique ce soir-l&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Finalement la plupart de ceux qui disent des choses comparables semblent mis sur liste noire&#8230; Sylvain Cypel ? Blacklist&#233;. Tsedek ? Blacklist&#233;. Alain Gresh ? Blacklist&#233;, etc.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet. &#199;a ne m'&#233;tonne pas pour Tsedek, car la gauche radicale n'a quasiment aucun acc&#232;s aux m&#233;dias mainstream. C'est beaucoup plus frappant pour Alain Gresh et Sylvain Cypel, experts reconnus du Proche-Orient et d'Isra&#235;l. Tous les deux ont &#233;t&#233; r&#233;dacteurs en chef (&lt;i&gt;Monde Diplo&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;), ont &#233;crit des livres &#8211; excellents &#8211; sur la question et sont en effet blacklist&#233;s. C'est scandaleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;La derni&#232;re fois que l'on t'a vu, c'&#233;tait sur France 24.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France 24, comme RFI d'ailleurs, est bien plus ouvert que le reste des cha&#238;nes publiques, du fait de sa vocation internationale. J'ai eu 25 minutes pour m'exprimer, face &#224; une journaliste qui avait s&#233;rieusement travaill&#233; le sujet, qui apportait des infos, me laissait le temps de d&#233;velopper mes r&#233;ponses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;C'est la seule fois o&#249; tu as eu &#224; faire &#224; un journaliste bienveillant sur ce sujet-l&#224; et dans cette p&#233;riode-l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, pas tout &#224; fait. J'ai &#233;t&#233; invit&#233; une autre fois par France 24, par une autre journaliste avec laquelle &#231;a s'est tr&#232;s bien pass&#233;, pour les m&#234;mes raisons. Et j'ai fait une longue interview sur TV5 Monde le 11 novembre 2023, qui a beaucoup tourn&#233; &#233;galement. J'y ai notamment expliqu&#233; pourquoi je n'irais pas &#224; la grande manif' &#171; contre l'antis&#233;mitisme &#187; du lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que tu suis les m&#233;dias &#233;trangers ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement quelques m&#233;dias anglophones, notamment &lt;i&gt;Haaretz&lt;/i&gt; et +972, qui est un excellent site d'info isra&#233;lo-palestinien. Ce sont eux, notamment, qui ont d&#233;voil&#233; l'usage de l'IA par les artilleurs isra&#233;liens qui ont d&#233;multipli&#233; le nombre des cibles &#224; abattre quotidiennement, et, plus marquant encore, les codes de langage impos&#233;s par le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; &#224; ses journalistes : interdiction d'employer les mots de g&#233;nocide, nettoyage ethnique, colonisation etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Quant aux journalistes palestiniens, qui paient pourtant un tribut extr&#234;mement lourd dans cette guerre, on ne leur donne pas beaucoup la parole ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a Rami Abou Jamous qui a connu un certain succ&#232;s par son livre et par ses interviews sur France Inter. Il a &#233;t&#233; invit&#233; deux fois &#224; la matinale, s'exprimant depuis Gaza. Le personnage force le respect, il est extr&#234;mement sympathique, parle tr&#232;s bien fran&#231;ais et tous les journalistes fran&#231;ais qui sont all&#233;s &#224; Gaza le connaissent car il &#233;tait fixeur pour eux. Et l'histoire de son fils rappelle tellement &#171; La vie est belle &#187; de Benigni que c'en est particuli&#232;rement touchant. Je pense qu'une intervention de Rami Abou Jamous vaut dix commentaires. La tranquillit&#233;, la force avec laquelle il exprime tout &#231;a en impose. Mais tu as raison de rappeler que la guerre de Gaza bat aussi le record de journalistes tu&#233;s, parmi bien d'autre sinistres records d'ailleurs (nombre d'enfants, nombre de secouristes etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Et le lendemain, sur la m&#234;me radio, &#224; la m&#234;me heure, on peut entendre un g&#233;n&#233;ral ou un diplomate isra&#233;lien qui appelle &#224; poursuivre les massacres... C'est d&#233;moralisant et c'est incompr&#233;hensible en m&#234;me temps.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, et le plus r&#233;voltant, c'est la diff&#233;rence de traitement. D'un c&#244;t&#233;, l'impunit&#233; absolue avec laquelle s'exprime les pro-isra&#233;liens qui peuvent faire l'apologie des pires horreurs comme Caroline Fourest, C&#233;line Pina, Louis Sarkozy et bien d'autres qui clament en substance qu'Isra&#235;l ne fait que se d&#233;fendre et nous d&#233;fendre, et de l'autre c&#244;t&#233;, des propalestiniens qui peuvent se retrouver au tribunal pour avoir brandi un drapeau palestinien. Pire encore, car s'exprimant en tant que juif et au nom des juifs, le grand rabbin de France a approuv&#233; sans r&#233;serve la campagne meurtri&#232;re de Gaza, d&#233;clarant que &#171; tout le monde serait bien content qu'Isra&#235;l finisse le boulot &#187; et qualifi&#233; les &#171; massacres &#224; Gaza &#187; de &#171; fait de guerre &#187;. Le parquet a class&#233; sans suite la proc&#233;dure ouverte contre lui &#224; la demande du d&#233;put&#233; Aymeric Caron, faute d'une infraction suffisamment caract&#233;ris&#233;e. Tout ceci contribuant &#224; attiser la haine anti-juive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que j'ai d&#233;clar&#233;, lors du colloque de l'UJFP/Tsedek tenu &#224; l'occasion du 80&#232;me anniversaire de la lib&#233;ration d'Auschwitz, que Gaza &#233;tait en train de supplanter Auschwitz comme m&#233;taphore de la cruaut&#233; absolue et que cette comm&#233;moration apparaissait comme un crachat dans la figure des Palestiniens. J'ajoutais que je ne m'en r&#233;jouissais certainement pas mais que je le constatais et le comprenais. Ceux qui comm&#233;moraient &#233;taient en effet les m&#234;mes que ceux qui soutenaient le d&#233;luge de bombes et la guerre g&#233;nocidaire de Gaza. Je me suis fait allumer pour ces propos par une journaliste de &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; (et de &lt;i&gt;Valeurs actuelles&lt;/i&gt; et CNews). &#192; la suite de quoi est parue dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; une p&#233;tition contre moi me faisant dire que j'assimilais sionisme et nazisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; D&#233;fendre la m&#233;moire d'Auschwitz pour les combats d'aujourd'hui &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est absurde, je ne l'ai jamais dit, et surtout ne l'ai jamais pens&#233;. &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; m'a &#233;l&#233;gamment refus&#233; un droit de r&#233;ponse, et j'ai donc r&#233;pondu &#224; cet article stupide et malveillant dans un blog de Mediapart&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; En r&#233;ponse d'une p&#233;tition parue dans Lib&#233;ration &#187;, blog Mediapart, 28/02.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un peu plus tard, je me faisais alpaguer pour la m&#234;me raison dans une tribune publi&#233;e par &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, sign&#233;e par des intellectuels se revendiquant &#171; &lt;i&gt;juifs aux sensibilit&#233;s politiques diverses, mais tous issus de la large famille de la gauche&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#034;Nous, Fran&#231;ais juifs, n'avons rencontr&#233; que le silence, le d&#233;ni ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette fois-ci j'&#233;tais en compagnie de l'anthropologue Didier Fassin, auteur du livre &lt;i&gt;Une &#201;trange d&#233;faite. Sur le consentement &#224; l'&#233;crasement de Gaza&lt;/i&gt;. Un papier consternant d'ignorance, reprenant les th&#232;mes ordinaires de la propagande isra&#233;lienne, s'inqui&#233;tant de &#171; l'isolement des juifs de France &#187; et de l'explosion de l'antis&#233;mitisme. Nous y &#233;tions accus&#233;s d'alimenter et de nous nourrir de la haine des juifs. Rien que &#231;a. J'ajoute que des juifs progressistes ont publi&#233;, dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; &#233;galement, une r&#233;ponse &#224; cette tribune qui remettait les pendules &#224; l'heure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#034;Fran&#231;ais juives et juifs, nous appelons &#224; mener le combat contre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'afflige de constater qu'il est devenu suspect de rappeler que cette guerre n'a pas commenc&#233; le 7 octobre mais n'est que le dernier &#233;pisode en date, particuli&#232;rement violent, d'une longue guerre men&#233;e par les divers gouvernements isra&#233;liens contre la population palestinienne. &#192; Gaza comme en Cisjordanie. Que cette longue occupation ne puisse que susciter de la r&#233;sistance, et que cette r&#233;sistance puisse se fourvoyer en des actes horribles, voil&#224; qui rel&#232;ve de l'&#233;vidence. C'est cette &#233;vidence qui est d&#233;sormais mise en soup&#231;on, voire en accusation d'antis&#233;mitisme, non seulement par les d&#233;fenseurs habituels d'Isra&#235;l, mais aussi par la justice et une bonne partie des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Alain Geneste&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Blaise Magnin&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/defendre-la-memoire-dauschwitz-pour-les-combats-daujourdhui-20250219_3OMODWG27RDO3DCCDKLHZWRGAE/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D&#233;fendre la m&#233;moire d'Auschwitz pour les combats d'aujourd'hui&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 19/02.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/rony-brauman/blog/280225/en-reponse-dune-petition-parue-dans-liberation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;En r&#233;ponse d'une p&#233;tition parue dans Lib&#233;ration&lt;/a&gt; &#187;, blog Mediapart, 28/02.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/03/01/nous-francais-juifs-n-avons-rencontre-que-le-silence-le-deni-ou-l-indifference-de-la-gauche-extreme-face-a-l-antisemitisme_6570985_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;Nous, Fran&#231;ais juifs, n'avons rencontr&#233; que le silence, le d&#233;ni ou l'indiff&#233;rence de la gauche extr&#234;me face &#224; l'antis&#233;mitisme&#034;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 01/03.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/03/08/francais-juives-et-juifs-nous-appelons-a-mener-le-combat-contre-l-antisemitisme-en-refusant-son-instrumentalisation_6577340_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;Fran&#231;ais juives et juifs, nous appelons &#224; mener le combat contre l'antis&#233;mitisme en refusant son instrumentalisation&#034;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 8/03.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Du Labour de Corbyn &#224; LFI de M&#233;lenchon, les m&#233;dias contre la gauche</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Du-Labour-de-Corbyn-a-LFI-de-Melenchon-les-medias</link>
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		<dc:date>2024-08-26T10:18:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Labica</dc:creator>


		<dc:subject>Grande-Bretagne</dc:subject>
		<dc:subject>Grande Bretagne</dc:subject>
		<dc:subject>Antis&#233;mitisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien avec Thierry Labica.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Medias-en-Grande-Bretagne-" rel="directory"&gt;M&#233;dias en Grande-Bretagne&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Grande-Bretagne-+" rel="tag"&gt;Grande-Bretagne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Grande-Bretagne-738-+" rel="tag"&gt;Grande Bretagne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Antisemitisme-+" rel="tag"&gt;Antis&#233;mitisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L115xH150/corbyn-1ef36.png?1776678925' class='spip_logo spip_logo_right' width='115' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Thierry Labica, ma&#238;tre de conf&#233;rences au d&#233;partement d'&#233;tudes anglophones de l'universit&#233; Paris-Ouest Nanterre, est l'auteur de &lt;i&gt;L'hypoth&#232;se Jeremy Corbyn : Une histoire politique et sociale de la Grande Bretagne depuis Tony Blair&lt;/i&gt; (Demopolis, 2019) et a coordonn&#233;, avec Fran&#231;ois Cusset et V&#233;ronique Rauline, l'ouvrage &lt;i&gt;Imaginaires du n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/i&gt; (La Dispute, 2016). Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Acrimed : Depuis des mois, et m&#234;me des ann&#233;es, Acrimed documente l'acharnement m&#233;diatique contre La France insoumise et singuli&#232;rement contre Jean-Luc M&#233;lenchon. Sa volont&#233; de rompre avec les orientations n&#233;olib&#233;rales, s&#233;curitaires et atlantistes de la gauche de gouvernement lui valent, notamment depuis qu'il a supplant&#233; le PS en 2017, l'hostilit&#233; de tous les m&#233;dias, m&#234;me &#171; de gauche &#187;. Avant de revenir sur les m&#233;saventures m&#233;diatiques de Jeremy Corbyn, parvenu entre 2015 et 2020 &#224; la t&#234;te du Labour avec un programme de rupture assez similaire &#224; celui de LFI, pourrait-on remonter un peu dans le temps, dans les ann&#233;es 1980, pour voir comment les m&#233;dias de gauche avaient r&#233;agi au thatch&#233;risme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thierry Labica :&lt;/strong&gt; Dans les ann&#233;es 1960-1970, l'&#233;v&#233;nement politique principal de l'ann&#233;e c'&#233;tait le congr&#232;s syndical, o&#249; les responsables politiques se rendaient, o&#249; les politiques industrielles &#233;taient n&#233;goci&#233;es dans un cadre cogestionnaire, o&#249; les grandes annonces &#233;taient faites. Une cat&#233;gorie bien sp&#233;cifique de journalistes couvrait ces congr&#232;s : les correspondants industriels. Et les correspondants industriels, c'&#233;tait la fine fleur du journalisme politique. Or dans les ann&#233;es 1980, il se passe quelque chose d'assez important dans le champ de l'audiovisuel : il y a un mouvement de reflux de cette cat&#233;gorie particuli&#232;re de journalistes. Et &#231;a a des cons&#233;quences tr&#232;s importantes dans le contexte de luttes du monde du travail contre la r&#233;volution d&#233;sindustrielle thatch&#233;rienne. Le moment charni&#232;re et le mieux connu est celui de la gr&#232;ve des mineurs de 1984-1985, qui est vraiment un &#233;pisode seuil &#224; tout point de vue, symbolique, &#233;conomique, politique, etc. Les mineurs sont un embl&#232;me de l'histoire industrielle nationale et 1984, c'est le moment o&#249; le thatch&#233;risme remet en question toutes les grandes institutions du compromis social d'apr&#232;s-guerre. Au m&#234;me moment, dans les m&#233;dias disparaissent les gens les plus qualifi&#233;s pour parler des conflits du monde du travail, des relations entre les syndicats et le gouvernement, avec une expertise sur la question des politiques industrielles, des n&#233;gociations, des gr&#232;ves, etc. R&#233;sultat : le discours d&#233;sormais dominant construit la classe ouvri&#232;re d&#233;sindustrialis&#233;e comme un milieu compl&#232;tement rel&#233;gu&#233;, voire criminel. Et cette disqualification, cette rel&#233;gation symbolique des mineurs, en l'occurrence, c'est aussi quelque chose qui concerne l'ensemble du monde ouvrier, l'ensemble du monde syndical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette criminalisation, elle est explicite lors de la gr&#232;ve de 1984, par exemple avec l'&#233;pisode d'Orgreave. Orgreave, c'est un lieu pr&#232;s de Sheffield o&#249; il y a eu un piquet de gr&#232;ve tr&#232;s, tr&#232;s important en juin 1984 qui a abouti &#224; une bataille rang&#233;e. Or quand la BBC a montr&#233; les images de Orgreave, elle a invers&#233; l'ordre du montage. C'est-&#224;-dire qu'elle a montr&#233; les mineurs en train de caillasser la police, qui ensuite a charg&#233;. Et finalement il y a eu des excuses apr&#232;s coup sur le mode : &#171; On s'est tromp&#233;s, on a mont&#233; la s&#233;quence &#224; l'envers ! C'est la police qui a charg&#233; en premier &#187;. Les m&#233;dias orientaient clairement leur couverture sur une responsabilit&#233; des mineurs dans la violence, le chaos, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait aussi que dans la communication interne du gouvernement Thatcher, pour les ministres et leurs conseillers, les mineurs &#233;taient r&#233;guli&#232;rement consid&#233;r&#233;s comme des nazis. Il y a un conseiller important de Thatcher (David Hart) qui lui dit : &#171; Je suis all&#233; voir &#224; tel endroit ce meeting avec Arthur Scargill qui &#233;tait le porte-parole du syndicat des mineurs, le NUM [National Union of Mineworkers], j'avais l'impression d'&#234;tre &#224; Nuremberg. &#187;. Chose int&#233;ressante ; dans la m&#234;me p&#233;riode, le &lt;i&gt;Sun&lt;/i&gt; &#8211; ce grand journal &#224; scandales, sensationnaliste, tr&#232;s, tr&#232;s &#224; droite, propri&#233;t&#233; de l'empire m&#233;diatique de Rupert Murdoch, et qui tire &#224; des millions d'exemplaires &#8211; avait d&#233;cid&#233; de faire une premi&#232;re page pendant la gr&#232;ve montrant Arthur Scargill faisant apparemment un salut hitl&#233;rien, avec en gros titre : &#171; Mine f&#252;hrer &#187; (jeu de mots sur &#171; mine/mein f&#252;hrer &#187;). Or, &#224; cette &#233;poque-l&#224;, les journalistes du &lt;i&gt;Sun&lt;/i&gt; avaient refus&#233; de publier cette Une &#8211; une prise de position politique et professionnelle dont je ne connais pas d'&#233;quivalent ult&#233;rieur. D&#232;s 1984, on voit d&#233;j&#224; une mobilisation de motifs relatifs &#224; l'antis&#233;mitisme, au nazisme. Mais pas encore de mani&#232;re compl&#232;tement d&#233;ploy&#233;e dans le champ m&#233;diatique : en 1984-85, on &#233;tait encore en temps de guerre froide et l'association avec &#171; Moscou &#187; restait l'accusation dominante. Le syndicat national des mineurs (NUM) fut donc prioritairement la cible de &#171; r&#233;v&#233;lations &#187; &#8211; totalement d&#233;mont&#233;es quelque temps plus tard &#8211; sur l'&#171; argent de Moscou &#187; ou provenant de la principale figure &#171; terroriste &#187; de l'&#233;poque, le dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a toutes sortes d'autres choses qui sont mobilis&#233;es pour disqualifier et criminaliser. On peut citer, en 1989, l'&#233;pisode du stade de Hillsborough &#224; Sheffield o&#249; eut lieu une rencontre de football entre Liverpool FC et Nottingham Forest. Suite &#224; une gestion polici&#232;re catastrophique de la foule se pressant &#224; l'entr&#233;e du stade, 97 personnes p&#233;rirent dans des conditions particuli&#232;rement horribles. Le lendemain, la presse &#224; scandale, le &lt;i&gt;Sun&lt;/i&gt; en t&#234;te, fait une page sortie du fond des enfers : des fans auraient vol&#233; des victimes, auraient urin&#233; sur la police &#171; courageuse &#187;, auraient agress&#233; des policiers tentant de ranimer des personnes &#233;vanouies. Et cette couverture m&#233;diatique re&#231;oit une validation politique de Thatcher affirmant que la police a fait de son mieux, etc. C'&#233;tait tellement inqualifiable qu'il a fallu qu'un Premier ministre, 23 ans plus tard (en 2012) fasse des excuses publiques, en s&#233;ance parlementaire, pour les dissimulations et mensonges de la police, la diffamation journalistique, l'acharnement de la presse et des m&#233;dias contre les victimes et leurs familles. Cela dit, trente-deux ans plus tard, en 2021, aucun responsable n'avait encore &#233;t&#233; poursuivi, &#224; l'exception du responsable de la s&#233;curit&#233; du stade qui a re&#231;u une amende de 6 500 livres sterling.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au passage, le terme de &#171; criminalisation &#187; n'est pas le mien. C'est le nom d'une politique mise en &#339;uvre en Irlande du Nord par les travaillistes &#224; partir de mars 1976 et poursuivie avec une ferveur fanatique par Thatcher dans les ann&#233;es 1980. Les prisonniers de l'IRA, de l'INLA (autre organisation paramilitaire r&#233;publicaine) incarc&#233;r&#233;s dans la grande prison de Maze voient leurs droits sp&#233;cifiques de prisonniers &#224; caract&#232;re politique retir&#233;s. &#171; Criminalisation &#187; fut l'appellation m&#234;me de cette strat&#233;gie (qui certes n'&#233;tait pas d&#233;pourvue de pr&#233;c&#233;dents). On ne fait plus de politique : la question r&#233;publicaine en Irlande du Nord &#233;tait d&#233;sormais affaire de criminalit&#233; et un peu plus tard, en r&#233;ponse &#224; la gr&#232;ve de la faim de Bobby Sands, d&#233;tenu dans la prison de Maze, Thatcher d&#233;clara : &#171; &lt;i&gt;Crime is crime is crime. It is not political.&lt;/i&gt; &#187; On &#233;tait donc dans une s&#233;quence de durcissement politique marqu&#233; par la r&#233;duction criminelle, dans le champ politique et dans le champ m&#233;diatique, des deux grands adversaires du pouvoir n&#233;oconservateur des ann&#233;es 1980, c'est-&#224;-dire le mouvement ind&#233;pendantiste irlandais en Irlande du Nord, et le mouvement syndical dans sa composante la plus combative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Donc, c'est sous le thatch&#233;risme que na&#238;t cette hostilit&#233; syst&#233;matique des m&#233;dias envers la gauche traditionnelle, attach&#233;e &#224; la d&#233;fense du monde ouvrier.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons qu'il y a un moment propre aux ann&#233;es 1980. Un exemple (avec celui de la gr&#232;ve de 1984) est la campagne extr&#234;mement virulente contre la gauche du parti travailliste. &#192; la fin des ann&#233;es 1970 et au d&#233;but des ann&#233;es 1980, &#233;merge un dirigeant tr&#232;s &#224; gauche : Tony Benn, une figure de premier plan, qui a &#233;volu&#233; vers la gauche au fil de sa carri&#232;re. Ministre de l'Industrie en 1975-1976, il brigue ensuite la direction du parti. Il y a donc le risque de voir le Labour dirig&#233; par une figure embl&#233;matique, pas juste travailliste, mais dans une tradition explicitement socialiste, avec des liens avec la gauche radicale anticapitaliste, avec des r&#233;f&#233;rences au marxisme, aux grandes exp&#233;riences de contr&#244;le ouvrier des ann&#233;es 1970 en Grande-Bretagne, elles-m&#234;mes parfois inspir&#233;es par les exp&#233;riences yougoslave, portugaise ou de la jeune Alg&#233;rie ind&#233;pendante. Tony Benn proposait un programme : l'Alternative Economics Strategy, la strat&#233;gie &#233;conomique alternative. Et il y a de bonnes raisons de penser que la formule c&#233;l&#232;bre de Margaret Thatcher, &#171; Il n'y a pas d'alternative &#187;, n'&#233;tait pas seulement une formule g&#233;n&#233;rale pour imposer une norme n&#233;olib&#233;rale exclusive, les privatisations, etc., mais r&#233;sonnait aussi dans le contexte proprement britannique, en r&#233;ponse &#224; une certaine radicalit&#233; qui s'&#233;tait exprim&#233;e au cours des ann&#233;es 1970 et qui se prolongeait alors dans la &#171; strat&#233;gie &#233;conomique alternative &#187;, le programme de rupture associ&#233; &#224; Tony Benn.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc l'hostilit&#233; &#224; Benn, c'est une hostilit&#233; &#224; la gauche, une gauche qui repr&#233;sente vraiment une menace. D'ailleurs, les m&#233;dias en prennent la mesure : on parle alors de la &#171; &lt;i&gt;loony left&lt;/i&gt; &#187;, de gauche cingl&#233;e, et dans les journaux, on voit Tony Benn, Ken Livingstone et une s&#233;rie d'autres dirigeants pris en photo au moment le plus d&#233;favorable, o&#249; ils ont l'air vraiment dingues. Il s'agit d'&#233;carter ce danger, et ce danger va &#234;tre &#233;cart&#233; lorsque Neil Kinnock prendra la t&#234;te du parti dans les ann&#233;es 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que tout ceci n'est pas sans pr&#233;c&#233;dent, l&#224; encore. Il faudrait parler du r&#244;le de la jeune BBC face &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1926 ; &#224; celui du &lt;i&gt;Daily Mail&lt;/i&gt; et sa fausse &#171; lettre de Zinoviev &#187; aux travaillistes &#224; la veille des &#233;lections d'octobre 1924 ; aux rumeurs d'espionnage pour le compte de l'URSS dirig&#233;es contre le Premier ministre travailliste, Harold Wilson, &#224; la fin des ann&#233;es 1960.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1980 repr&#233;sentent un seuil dans cette histoire et dans les ann&#233;es 1990, on peut parler d'un basculement et d'un d&#233;litement de tout l'h&#233;ritage ouvrier du XXe si&#232;cle et de cette esp&#232;ce de pilier syndical de l'&#201;tat britannique d'apr&#232;s-guerre &#8211; il y avait quand m&#234;me 13 200 000 syndiqu&#233;s en 1980 ! Au gr&#233; de la d&#233;sindustrialisation, de la mont&#233;e du ch&#244;mage de masse et des lois antisyndicales, il y a un reflux de cette construction sociale et politique gigantesque, centrale dans la culture politique britannique, et ce reflux devient une v&#233;ritable rel&#233;gation symbolique dans des m&#233;dias appliqu&#233;s &#224; c&#233;l&#233;brer la nouveaut&#233; de la fin de la guerre froide et de la disparition des bastions du monde ouvrier le plus familier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;C'est sur ce terreau que Tony Blair arrive au pouvoir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blair est &#233;lu avec une forte majorit&#233; absolue en 1997. Blair est soutenu m&#233;diatiquement par le principal soutien historique de la droite, c'est-&#224;-dire Rupert Murdoch et le journal le &lt;i&gt;Sun&lt;/i&gt;. Quand Blair est &#233;lu, le &lt;i&gt;Sun&lt;/i&gt; fait une premi&#232;re page o&#249; il titre : &#171; &lt;i&gt;It's the Sun wot won it&lt;/i&gt; &#187;. C'est une expression d'anglais oral un peu &lt;i&gt;cockney&lt;/i&gt;, un peu famili&#232;re, qui signifie : &#171; C'est gr&#226;ce &#224; nous &#187;. Donc quand on dit &#171; Blair, c'est la droite &#187;, ce n'est pas juste des proc&#232;s d'intention. Dans le succ&#232;s m&#233;diatique de ce n&#233;o-travaillisme il y a une esp&#232;ce de f&#233;tichisme du nouveau, c'est la nouvelle &#233;conomie, le nouvel ordre post-guerre froide apr&#232;s la chute du Mur, etc., on est encore dans ce moment-l&#224; de triomphalisme et il y a un r&#233;alignement m&#233;diatique sur cette &#171; gauche moderne &#187;. Pourquoi elle est moderne ? Parce que Blair fait abolir dans un vote du Congr&#232;s la clause IV de la constitution du parti travailliste qui disait de mani&#232;re vague que le parti travailliste visait la propri&#233;t&#233; commune des moyens de production. Cette formule cens&#233;e repr&#233;senter l'ambition &#171; socialiste &#187; du travaillisme faisait signe en direction de politiques de nationalisation, d'&#233;tatisation, sans que l'on puisse m&#234;me parler de socialisme d'&#201;tat. En tout cas, symboliquement, le renoncement formel &#224; cette clause IV &#233;tait le signal d'une &#171; modernisation &#187;, o&#249; le march&#233;, la libre concurrence, l'entreprise &#233;taient maintenant mis au centre, c'est &#231;a qui compte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Et comment les m&#233;dias de gauche r&#233;agissent-ils &#224; ce moment-l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;dias de gauche, c'est quoi, en Grande-Bretagne ? Souvent, on pense que dans la presse, le m&#233;dia de gauche, de centre gauche, principal serait le &lt;i&gt;Guardian&lt;/i&gt;. Et l'&lt;i&gt;Observer&lt;/i&gt;. Au vu des derni&#232;res ann&#233;es, on a du mal &#224; se dire &#231;a. Au &lt;i&gt;Guardian&lt;/i&gt;, qui est une expression du centre gauche travailliste, on peut parfois trouver des travaux d'enqu&#234;te tr&#232;s pouss&#233;s, la r&#233;v&#233;lation de vraies affaires, des choses magnifiques sur le plan journalistique. Apr&#232;s, il y a ce qui rel&#232;ve de la routine informationnelle qui n'est pas du tout du m&#234;me ordre et qui est finalement tr&#232;s conformiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meilleur exemple que je peux donner c'est le magazine du parti communiste britannique. Historiquement le PC britannique a toujours &#233;t&#233; tr&#232;s petit mais influent, notamment dans le monde syndical. Et surtout, son magazine &lt;i&gt;Marxism Today&lt;/i&gt; avait &#224; la fin des ann&#233;es 1980 et au d&#233;but des ann&#233;es 1990 un rayonnement &#233;norme, jusqu'&#224; voir des ministres conservateurs lui donner des interviews. On pouvait y lire des articles de c&#233;l&#233;brit&#233;s de la gauche intellectuelle comme Eric Hobsbawm ou Stuart Hall. Eh bien, m&#234;me cette revue a contribu&#233; &#224; une esp&#232;ce d'illusion blairiste. M&#234;me pour Eric Hobsbawm, le grand historien li&#233; au PC, comme pour beaucoup de gens dans le milieu intellectuel et en lien avec la presse class&#233;e &#224; gauche en Grande-Bretagne, il y a une esp&#232;ce d'adh&#233;sion &#224; cette nouveaut&#233; travailliste qui prend acte de la chute du Mur, qui prend acte de la d&#233;sindustrialisation de l'&#233;conomie britannique et surtout qui permet d'en finir avec un pouvoir conservateur d&#233;test&#233; et continuellement au pouvoir pendant 18 ans. Donc il y a une esp&#232;ce de consensus autour de l'&#233;mergence du n&#233;o-travaillisme qui veille de son c&#244;t&#233; &#224; ma&#238;triser son image : les d&#233;penses de communication du gouvernement Blair sont le double de celles de Thatcher qui en faisait d&#233;j&#224; beaucoup en la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Et apr&#232;s la longue nuit blairiste, on arrive en 2015 avec l'accession de Jeremy Corbyn &#224; la t&#234;te du Labour. Il est en butte &#224; l'hostilit&#233; des m&#233;dias d'embl&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Corbyn arrive &#224; la t&#234;te du parti en 2015, on pense d'abord que ce type-l&#224; ne sera jamais &#233;lu ; les parrainages de parlementaires travaillistes lui ont permis de briguer l'investiture pour pouvoir afficher un certain pluralisme. Mais assez rapidement, et contre toute attente, il y a un engouement &#233;norme. Certains commencent &#224; angoisser. Commencent &#224; resurgir &#171; la gauche radicale &#187;, les dangers qu'il ferait courir &#224; l'&#233;conomie, &#224; la d&#233;fense du pays et les connexions avec l'Irlande : c'est &#171; l'ami des terroristes irlandais &#187;. Mais &#231;a, &#231;a ne marche plus car pour toute une g&#233;n&#233;ration, c'est d&#233;pass&#233;, c'est les ann&#233;es 1970, ils s'en fichent. Voire, quand ils savent des choses sur les ann&#233;es 1970, ils estiment que c'&#233;tait pas mal sur plein de questions : de logement, de salaire, de politique sociale, etc. Et puis Gerry Adams et le Sinn Fein &#233;taient devenus des acteurs politiques &#233;lectoraux l&#233;gitimes et de premier plan. Donc tout &#231;a ne marche pas, alors on l'attaque aussi sur le fait qu'il soit soutenu par une gauche radicale, soi-disant violente, qui pratiquerait l'intimidation, avec de vraies fabrications de faux &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les activistes de la Media Reform Coalition, sorte d'&#233;quivalent britannique d'Acrimed, ainsi que plusieurs &#233;tudes d'universitaires qui ont fait un travail quantitatif sur de gros corpus et de longues p&#233;riodes ont montr&#233; que le traitement m&#233;diatique des travaillistes sous Corbyn, et de Corbyn lui-m&#234;me, &#233;tait quasi universellement d&#233;favorable. D&#232;s 2015, le &lt;i&gt;Guardian&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; absolument complice de ce sabotage, et le restera de bout en bout. Dans la presse s&#233;rieuse, il y a le journal &lt;i&gt;The Independent&lt;/i&gt;, qui a assez longtemps trait&#233; Corbyn et la gauche corbyniste de mani&#232;re plut&#244;t objective. Mais &#224; un moment, &#231;a s'arr&#234;te et on a quelque chose qui ressemble &#224; une reprise en main et un alignement sur la campagne anti-Corbyn.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Globalement, jusqu'&#224; 2017, on met l'accent sur l'incomp&#233;tence de Corbyn, &#171; le type qui ne saura pas faire &#187;. Non seulement son incomp&#233;tence mais comme il est issu de la circonscription londonienne de Islington, jadis quartier tr&#232;s populaire devenu un quartier qu'on appellerait &#171; petit bourgeois de gauche &#187;, on lui reproche d'&#234;tre &#233;lu par une jeunesse plut&#244;t dipl&#244;m&#233;e, d&#233;connect&#233;e des &#171; r&#233;alit&#233;s &#187; du &#171; pays profond &#187; &#8211; sur une variation des malheurs de la &#171; classe ouvri&#232;re blanche &#187;. Donc subitement, le reste de l'&#233;chiquier politique trouve que les ouvriers, c'est super, et que les jeunes dipl&#244;m&#233;s sur les bancs de la fac sont dans leur bulle, ne connaissant rien &#224; l'authenticit&#233; ouvri&#232;re. Et dans les m&#233;dias infuse cette id&#233;e que Corbyn conduit &#224; la catastrophe parce qu'il est soutenu par de petits groupes marginaux, de nantis, et notamment, au sein du parti travailliste, par Momentum qui a &#233;t&#233; fond&#233; pour soutenir sa campagne et qui serait compos&#233; d'une jeunesse bobo, des &#171; extr&#233;mistes &#187; d&#233;connect&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un premier test &#233;lectoral &#224; la toute fin de l'ann&#233;e 2015 avec une &#233;lection partielle dans une circonscription du nord du pays et l'on pense que ce sera le d&#233;but de la fin pour Corbyn qui est cens&#233; essuyer un revers. Le journaliste du &lt;i&gt;Guardian&lt;/i&gt; va faire un reportage sur place : c'est le nord, il pleut, les gens sont pauvres, ils sont cons mais on les aime parce que de toute fa&#231;on, ils d&#233;testent la gauche &#8211; bref, tous les clich&#233;s y passent et ces m&#233;dias pr&#233;disent une grosse claque pour la gauche travailliste. Or le candidat soutenu par Corbyn est &#233;lu &#224; une large majorit&#233; et &#224; chaque nouvelle &#233;lection, l'&#233;chec attendu &#8211; et esp&#233;r&#233; par la grande majorit&#233; du parti travailliste parlementaire &#8211; n'arrive pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand arrivent les l&#233;gislatives anticip&#233;es en juin 2017, dans les sondages &#231;a se pr&#233;sente mal, tout le monde est tr&#232;s content, pensant qu'il va se prendre une racl&#233;e et sera enfin oblig&#233; de laisser la place. Mais &#224; mesure que l'&#233;lection approche, les travaillistes remontent, Theresa May commet des maladresses terribles, et le jour du vote le parti travailliste conna&#238;t sa plus forte progression &#233;lectorale depuis 1945, en gagnant des circonscriptions qu'il n'avait jamais r&#233;ussi &#224; prendre. Et il r&#233;ussit &#231;a malgr&#233; un acharnement de tous les m&#233;dias : &#171; Corbyn l'incomp&#233;tent &#187;, le &#171; non premier ministrable &#187;, la &#171; calamit&#233; &#187;, &#171; l'hiver nucl&#233;aire &#187;, la &#171; fin du d&#233;bat d&#233;mocratique en Grande-Bretagne &#187;, etc. Cela dit, la campagne &#233;lectorale impose d'accorder un temps de parole qui permet &#224; cette gauche de s'adresser plus directement au pays, et le programme anti-aust&#233;rit&#233;, ainsi que l'engagement &#224; respecter l'issue du r&#233;f&#233;rendum sur le Brexit acqui&#232;rent une tr&#232;s large audience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Justement, cette s&#233;rie de bons r&#233;sultats &#233;lectoraux ne lui offre pas un certain r&#233;pit sur le terrain m&#233;diatique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, &#231;a ne cesse jamais. Non seulement Corbyn est de gauche, mais en plus il est issu d'un milieu de petite classe moyenne populaire, qui n'a pas fait les &#233;coles classiques de l'&#233;lite politique. On est en Grande-Bretagne, et Corbyn n'est pas un produit de ce gros r&#233;sidu aristocratique, nobiliaire. Tant que ces gens sont sur les arri&#232;res bancs du Parlement &#231;a va encore, mais l'id&#233;e qu'ils puissent arriver &#224; Downing Street&#8230; Il y a une disqualification sociale et symbolique qui est tr&#232;s forte. Boris Johnson a, lui, la particularit&#233; d'&#234;tre tellement l'homme du s&#233;rail que ses bouffonneries et ses outrances sont acceptables, ses saillies formidablement sympathiques. Une personne jamais s&#233;rieuse, qui d&#233;conne, qui arrive d&#233;coiff&#233;e avec sa tasse de th&#233;, une esp&#232;ce de caricature de nobliau excentrique sorti d'une com&#233;die du genre &#171; Quatre mariages et un enterrement &#187;. Donc &#231;a, pas de probl&#232;me ; mais Corbyn, jamais de la vie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est vrai qu'apr&#232;s cette presque victoire en 2017, la progression &#233;lectorale des travaillistes est telle que personne ne songe &#224; lui demander de quitter la t&#234;te du Labour. D'habitude c'est &#171; tu perds, tu pars &#187;, l&#224; non. Par ailleurs, dans les mois qui vont suivre, la structure bureaucratique au service de la direction du parti qui est enti&#232;rement acquise au blairisme va &#234;tre renouvel&#233;e avec l'arriv&#233;e d'une nouvelle secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale, Jenny Formby, issue du monde syndical, proche de Corbyn, et de beaucoup de gens loyaux. La direction du parti paraissait donc en bien meilleur &#233;tat de marche pour permettre une victoire prochaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249;, apr&#232;s une br&#232;ve p&#233;riode d'accalmie post-&#233;lectorale, une reprise des attaques. Par exemple, vers f&#233;vrier-mars 2018, se r&#233;pand la rumeur selon laquelle Corbyn &#233;tait un agent des services de renseignement tch&#233;coslovaques en 1986. C'est un d&#233;put&#233; conservateur qui a sorti &#231;a. Il y a eu une d&#233;marche en justice, il s'est pris une amende de 30 000 &#163;, &#231;a s'est r&#233;gl&#233; comme &#231;a, mais &#231;a a dur&#233; 15 jours. Et le truc est tellement &#233;norme que m&#234;me les m&#233;dias les plus hostiles n'ont pas trop insist&#233; dessus. Mais &#224; peu pr&#232;s dans les m&#234;mes semaines (vers mars 2018), Newsnight &#8211; un programme de commentaire politique de la BBC &#8211; utilise en arri&#232;re-plan, pendant toute la dur&#233;e de l'&#233;mission, une image de Corbyn avec une casquette genre bolch&#233;vique sur fond de Kremlin rougeoyant... Mais &#231;a, ce n'est rien en comparaison de l'extr&#234;me virulence du programme documentaire phare de BBC 1, &#171; Panorama &#187;, diffus&#233; &#224; l'&#233;t&#233; 2019, sur l'antis&#233;mitisme dans le Labour quelques mois seulement avant les &#233;lections de d&#233;cembre 2019. Il faut regarder l'indispensable documentaire &#8211; &#171; The Labour File &#187; &#8211; qu'Al Jazeera a consacr&#233; &#224; cet &#233;pisode, entre autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que les m&#233;dias fran&#231;ais s'int&#233;ressent alors &#224; ce qui passe chez les travaillistes, et si c'est le cas est-ce qu'ils sont aussi hostiles &#224; Corbyn que leurs confr&#232;res britanniques ? Parce qu'en France, &#224; la m&#234;me &#233;poque, M&#233;lenchon qui a fait pr&#232;s de 20 % &#224; la pr&#233;sidentielle, est en permanence dans le collimateur des m&#233;dias.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti travailliste qui avait environ 200 000 militants en 2015 se retrouve avec pr&#232;s de 600 000 militants deux ans plus tard, au moment o&#249; la plupart des autres partis sociaux-d&#233;mocrates europ&#233;ens sont mal en point. Il se passe donc quelque chose d'&#233;norme. Dans les m&#233;dias fran&#231;ais, ce ph&#233;nom&#232;ne n'a &#233;veill&#233; aucune curiosit&#233;. Compte tenu de l'&#233;tat du PASOK grec, du PS en France, alors qu'&#224; un moment, ces partis sociaux-d&#233;mocrates &#233;taient h&#233;g&#233;moniques en Europe, la singularit&#233; britannique aurait d&#251; susciter un int&#233;r&#234;t certain. Mais non, rien. Il y en a qui ont quand m&#234;me r&#233;ussi &#224; se distinguer dans la malfaisance, je me souviens, par exemple, des chroniques de Claude Askolovitch, d'une hargne effrayante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de la comparaison avec M&#233;lenchon et LFI, l'une des grandes diff&#233;rences c'est que Corbyn est &#224; la t&#234;te d'un &#233;norme parti de la social-d&#233;mocratie historique, qui est l&#224; depuis pr&#232;s de 120 ans et qui est forc&#233;ment appel&#233; &#224; exercer le pouvoir dans un syst&#232;me bipartisan. Donc en termes de structuration politique et institutionnelle, la diff&#233;rence est consid&#233;rable avec la France. Mais globalement, on voit que les situations sont tr&#232;s similaires. Comme dans le cas de Corbyn, M&#233;lenchon est construit en point de cristallisation de tous les malaises de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. L'autre jour, j'entends dans la matinale de France Culture le gars qui fait un petit billet politique tous les matins, qui est toujours tr&#232;s gentil et tr&#232;s agr&#233;able, mais qui reprend l'antienne selon laquelle Jean-Luc M&#233;lenchon &#171; a brutalis&#233; le d&#233;bat politique &#187;. L'&#233;l&#233;ment de malaise et de brutalisation du d&#233;bat politique, c'est Jean-Luc M&#233;lenchon. Les gens qui ont perdu une main ou un &#339;il dans des manifestations de Gilets jaunes, les dirigeants politiques qui ont utilis&#233; plus de vingt fois le 49.3, l'extr&#234;me droite qui a sa chaine d'info, tout &#231;a, ce n'est pas une brutalisation du champ politique ! Mais que M&#233;lenchon ait un ton pol&#233;mique, c'est insupportable, c'est &#231;a la violence&#8230; Son bilan de la semaine sur son blog, c'est une contribution au d&#233;bat politique en termes de contenu, en termes d'information qui est quand m&#234;me d'assez haut niveau, que l'on soit d'accord ou pas. Pourtant, le cadrage m&#233;diatique archi dominant c'est que c'est lui, M&#233;lenchon, &#171; l'&#233;l&#233;ment toxique de la situation &#187;. Et se greffe l&#224;-dessus un certain choix des mots qui trahirait une esp&#232;ce de fond d'antis&#233;mitisme. &#199;a fait des ann&#233;es que &#231;a dure mais depuis le 7 octobre &#231;a a ressurgi tr&#232;s fort et cela participe, entre autres &#233;l&#233;ments, &#224; l'analogie avec Corbyn entre 2017 et 2019 en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Tu peux nous expliquer comment et pourquoi ces accusations d'antis&#233;mitisme contre Corbyn ont surgi &#224; l'&#233;poque ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 2017, il y a ces trois facteurs : augmentation des effectifs, mise en coh&#233;rence de l'appareil et progression &#233;lectorale importante. Les corbynistes semblent avoir r&#233;ussi &#224; remettre le parti en ordre de marche pour revenir au pouvoir. Et c'est l&#224; que l'on passe &#224; un ciblage concentr&#233; et syst&#233;matique sur la question de l'antis&#233;mitisme, tout le reste n'ayant pas fonctionn&#233; jusqu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 2018, commencent les marches du retour &#224; Gaza. Et il y a ces images terribles des militaires isra&#233;liens qui abattent comme des animaux des gens qui marchent avec des drapeaux jusqu'&#224; la fronti&#232;re. Il y a environ 250 morts et des dizaines de milliers de bless&#233;s sur un peu plus d'un an. Corbyn est identifi&#233; comme un pro-palestinien historique. Il n'est pas un soutien complet du mouvement BDS (Boycott, d&#233;sinvestissement, sanctions) mais on le juge quand m&#234;me pas mal en phase. Il faut bien avoir en t&#234;te que le Palestine Solidarity Campaign, qui est l'un des plus gros mouvements anticoloniaux au monde et qui est &#224; l'origine des grandes manifestations qu'on a vues ces derniers mois, est identifi&#233; comme tr&#232;s en lien avec Corbyn. Et comme traditionnellement, historiquement, la classe politique et les m&#233;dias sont tr&#232;s pro-isra&#233;liens en Grande-Bretagne, il va donc falloir &#224; la fois bloquer Corbyn et neutraliser les images qui viennent de Gaza. Donc plut&#244;t que de parler de Gaza, on va dire &#171; Corbyn est antis&#233;mite, et toute la gauche autour de lui, &#233;lus et camarades juifs et juives inclus, sont des antis&#233;mites &#187;, et ce &#224; tout propos. Les exemples sont sans fin, mais je peux en donner un ou deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des premiers scandales autour du pr&#233;tendu antis&#233;mitisme de Corbyn, c'est un truc qu'il faudrait toujours rappeler. En avril 2018, Corbyn est invit&#233; au repas de Pessah par une organisation juive tr&#232;s &#224; gauche et religieuse : Jewdas. Jewdas est vraiment dans la tradition de la gauche radicale juive, si centrale dans l'histoire de la gauche radicale europ&#233;enne, et clairement antisioniste. Et c'est rapport&#233; ainsi : il va f&#234;ter une f&#234;te juive avec des antis&#233;mites, et des gens (des Juifs pratiquants) qui pourraient encourager l'antis&#233;mitisme. Corbyn aurait commis une terrible erreur de jugement en acceptant leur invitation &#171; &#224; ce moment-l&#224; &#187; (comme si plus t&#244;t ou plus tard y aurait chang&#233; quoi que ce soit !). Et c'est parti ! &#199;a a &#233;t&#233; un des &#233;pisodes marquants du scandale. Et des exemples comme &#231;a, ridicules, on peut les multiplier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des premiers axes d'attaque, dans l'&#233;t&#233; qui a suivi, fut autour de l'IHRA (l'Alliance internationale pour la m&#233;moire de l'holocauste) et de la d&#233;finition de l'antis&#233;mitisme qu'elle reprend, assortie de onze exemples. &#192; ce stade, cette d&#233;finition avait &#233;t&#233; adopt&#233;e par neuf &#201;tats dans le monde, dont Isra&#235;l. C'est une d&#233;finition qui a &#233;t&#233; rejet&#233;e par son concepteur m&#234;me, Kenneth Stern, aux &#201;tats-Unis, apr&#232;s avoir constat&#233; l'usage qui en &#233;tait fait sur les campus am&#233;ricains pour emp&#234;cher les gens de d&#233;battre sur la question palestinienne, notamment parce que sur les onze exemples utilis&#233;s, sept font l'amalgame entre critique d'Isra&#235;l et antis&#233;mitisme. Pourtant on assiste &#224; une campagne pour dire que le parti travailliste doit adopter cette d&#233;finition pour apporter la preuve qu'il n'est pas antis&#233;mite. Les travaillistes disent &#171; on va regarder &#187;, la pression est super forte, c'est le feuilleton de l'&#233;t&#233; 2018. Ils disent : &#171; on peut adopter la d&#233;finition mais on ne va pas garder tous les exemples parce qu'ils posent probl&#232;me, notamment en termes de libert&#233; d'expression &#187;. Et le seul fait qu'ils disent que &#231;a va poser probl&#232;me suscite des critiques, on entend : &#171; le parti travailliste, la gauche travailliste, Corbyn, ne veulent pas entendre parler d'une d&#233;finition de l'antis&#233;mitisme, et donc c'est qu'ils sont antis&#233;mites &#187;. Pour vous donner une id&#233;e de la teneur et du niveau des d&#233;bats, je me rappelle avoir &#233;cout&#233; une fameuse &#233;mission de la BBC (Women's Hours, Radio 4) dans laquelle Margareth Hodge, qui est une vieille d&#233;put&#233;e travailliste plut&#244;t gauchiste dans les ann&#233;es 1970, mais devenue tr&#232;s droiti&#232;re et pro-isra&#233;lienne, affirme que c'est incroyable que le parti ne veuille pas adopter cette d&#233;finition parce qu'elle explique qu'il y aurait &#171; des tonnes de pays qui l'auraient d&#233;j&#224; fait &#187; (&#171; &lt;i&gt;tons of countries&lt;/i&gt; &#187;) &#8211; alors qu'ils sont moins de dix en r&#233;alit&#233; &#224; l'&#233;poque&#8230; C'est un mensonge caract&#233;ris&#233;, de la pure d&#233;sinformation, mais sans aucune correction d'aucune sorte de la part de l'intervieweuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est int&#233;ressant, c'est que le parti lib&#233;ral d&#233;mocrate britannique a des &#233;lus qui sont clairement pro-palestiniens et qui ont eu un d&#233;bat sur cette d&#233;finition. Et il n'en a jamais &#233;t&#233; question une minute dans les m&#233;dias britanniques. Le gros de la critique a port&#233; sur les travaillistes, a &#233;t&#233; nourri de l'int&#233;rieur du parti par des composantes oppos&#233;es &#224; Corbyn et entretenu par l'inertie m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;pisode a cristallis&#233; toutes ces th&#233;matiques-l&#224;. Il a permis ensuite de cr&#233;er une rumeur persistante, o&#249; aucune des accusations ne tient s&#233;rieusement mais o&#249; chacune contribue &#224; entretenir un bruit permanent. Alors je vous donne encore quelques exemples. Il y a cette &#233;lue issue de la gauche socialiste au sein du parti travailliste, Jo Bird, une femme tr&#232;s &#224; gauche qui revendique sa jud&#233;it&#233;. Dans un meeting, elle fait une plaisanterie. Elle dit que les proc&#232;s en antis&#233;mitisme contre le Labour sont injustes, qu'il faut que les gens aient droit &#224; un proc&#232;s &#233;quitable. Et en anglais, on dit proc&#233;dure &#233;quitable, due process, c'est-&#224;-dire un processus respectueux des r&#232;gles internes du cahier des charges travailliste. Elle fait un jeu de mots : en anglais due process &#231;a ressemble &#224; jew process. Elle fait ce jeu de mots l&#224;, qu'on pourrait consid&#233;rer tout &#224; fait inoffensif, et tu pourrais m&#234;me dire qu'elle fait appel &#224; une &#233;thique juive de la justice. Ce jeu de mot est devenu une nouvelle nationale ! La gauche corbyniste vient encore de faire la preuve de son antis&#233;mitisme ! &#199;a ne dure pas tr&#232;s longtemps, mais c'est une nouvelle nationale jusqu'&#224; la suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple : Corbyn fait le d&#233;bat de fin de campagne avec Boris Johnson, et &#224; un moment, il parle de l'affaire Epstein, le p&#233;dophile ami des puissants aux &#201;tats-Unis et ailleurs. En anglais, &#231;a se prononce Epstine, et Corbyn prononce Epsta&#239;ne. Et l&#224; sur Twitter un com&#233;dien assez connu dit &#171; Corbyn ne peut pas s'emp&#234;cher d'ostraciser les Juifs &#187; (&lt;i&gt;othering Jews&lt;/i&gt;). D'autres gens r&#233;pondent &#171; ben non, mon nom vient de d'Allemagne, d'Europe centrale, c'est comme &#231;a qu'il faudrait prononcer &#187;, et donc tu as un d&#233;bat l&#224;-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;re anecdote : dans sa circonscription, o&#249; il y a des synagogues et des organisations juives qui le soutiennent depuis toujours, il y a un type qui a longtemps organis&#233; des comm&#233;morations du massacre qui a eu lieu dans le village palestinien de Deir Yassin en 1948, Paul Eisen. Or ce type a fini par virer n&#233;gationniste. Mais Corbyn bien avant cela, et comme beaucoup d'autres, avait contribu&#233; financi&#232;rement aux comm&#233;morations avec toutes sortes de gens, dont certains rabbins, des la&#239;ques, des religieux, etc. Eh bien Corbyn est accus&#233; d'&#234;tre proche des n&#233;gationnistes ! On se dit que &#231;a ne va pas &#234;tre trop difficile de voir que cette accusation ne peut pas tenir parce qu'on retrouve en ligne la lettre du cabinet de Tony Blair, au m&#234;me mec, Paul Eisen, pour s'excuser de ne pas pouvoir &#234;tre pr&#233;sent et pour le remercier de l'organisation de cet &#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et bien entendu, jamais un seul mot, nulle part, sur les expressions r&#233;p&#233;t&#233;es de soutien &#224; Corbyn des personnes et organisations juives, &#224; commencer par celles de sa circonscription, en Grande-Bretagne et ailleurs dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, je pourrais continuer quasiment &#224; l'infini. L'analogie avec ce qui se passe pour La France Insoumise et, en particulier pour Jean-Luc M&#233;lenchon, est &#233;vidente, la ressemblance est absolument frappante. Et on se rappelle que Sanders aux &#201;tats-Unis y avait eu droit aussi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Et finalement, c'est sur cette question qu'ils vont finir par avoir sa peau apr&#232;s la d&#233;faite &#233;lectorale de 2019, jusqu'&#224; l'exclure du parti travailliste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, aujourd'hui, il est d&#233;put&#233; ind&#233;pendant, il a &#233;t&#233; suspendu, puis r&#233;int&#233;gr&#233; par le comit&#233; ex&#233;cutif national, mais Starmer a d&#233;cid&#233; de l'exclure quand m&#234;me en contravention de toutes les recommandations qui avaient &#233;t&#233; faites dans le rapport que Corbyn n'a m&#234;me pas contest&#233;. Corbyn a dit bien s&#251;r que l'antis&#233;mitisme existe, il n'est pas question de le contester, mais que son ampleur dans le parti travailliste a &#233;t&#233; vastement exag&#233;r&#233;e. Ce qui est absolument et ind&#233;niablement vrai. En dehors de Corbyn il y en a un paquet d'autres qui ont &#233;t&#233; soit rappel&#233;s &#224; l'ordre, soit exclus. L'autre cas c&#233;l&#232;bre, c'est Ken Loach, quand l'Universit&#233; libre de Bruxelles (ULB) a voulu lui remettre un titre de docteur Honoris causa, il y a m&#234;me eu une campagne pour dire qu'il &#233;tait n&#233;gationniste. Alors il y a bien s&#251;r des r&#233;actions contre &#231;a de tout un tas d'organisations de gauche, par exemple tu as la Jewish Voice for Labour, ce sont des gens qui ont leur site, qui contre-argumentent en permanence et qui d&#233;fendent des positions de gauche antisioniste, mais la question c'est que &#231;a ne passe pas le seuil du &lt;i&gt;reporting&lt;/i&gt;, &#231;a ne perce pas dans les grands m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Et pour finir, est-ce que tu peux nous dire un mot de la situation actuelle ? Keir Starmer &#233;tait soutenu par le &lt;i&gt;Sun&lt;/i&gt;, le parti travailliste compl&#232;tement recentr&#233; &#8211; &#224; tel point qu'un &#233;ditorialiste c&#233;l&#232;bre du &lt;i&gt;Guardian&lt;/i&gt; a annonc&#233; rendre sa carte du parti &#8211;, est-ce qu'on est repartis pour vingt ans d'une resuc&#233;e de blairisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;&#233;lection de Corbyn dans sa circonscription, avec une tr&#232;s large majorit&#233;, et contre une campagne du Labour tr&#232;s d&#233;termin&#233;e &#224; l'&#233;liminer enfin compl&#232;tement de la sc&#232;ne politique met un peu de baume au c&#339;ur. L'&#233;lection de quatre autres ind&#233;pendants pro-palestiniens positionn&#233;s contre le Labour inconditionnellement pro-Isra&#235;l, est aussi un motif d'encouragement. &#192; quoi il faut ajouter que le Labour 2024, &#171; responsable &#187;, ouvertement repositionn&#233; &#224; droite sur un ensemble de questions, et qui a donc fait l'objet d'un traitement m&#233;diatique tout &#224; fait bienveillant, obtient 500 000 voix de moins qu'en 2019, d&#233;faite de Corbyn dramatis&#233;e, pr&#233;sent&#233;e comme la pire de l'histoire travailliste, afin de mieux justifier le r&#233;alignement droitier du parti et de pr&#233;parer l'exclusion de ses composantes plus &#224; gauche. Bref, il y a quelques le&#231;ons encourageantes &#224; tirer de cette affaire, et malgr&#233; les apparences dues au mode de scrutin (qui induit une distorsion sans pr&#233;c&#233;dent entre vote et majorit&#233; parlementaire), on doit constater que manifestement, le Labour de Starmer, m&#234;me apr&#232;s 14 ans d'agression sociale et d'extr&#233;misme tory, ne fait pas r&#234;ver, pour dire le moins, et on est tr&#232;s, tr&#232;s loin de l'euphorie qui avait accompagn&#233; pour un temps la premi&#232;re &#233;lection de Blair en 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Blaise Magnin&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Thibault Roques&lt;/strong&gt;, avec une retranscription collective d'adh&#233;rent&#183;e&#183;s d'Acrimed.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; L'objectif, c'est d'&#234;tre un m&#233;dia de masse &#187; : entretien avec Le M&#233;dia</title>
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		<dc:date>2024-06-24T11:19:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Elvis Bruneaux, Nils Solari</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Objectif TNT.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Televisions-" rel="directory"&gt;T&#233;l&#233;visions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/le_me_dia_logo-d3dfa.jpg?1776679432' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que quinze autorisations d'&#233;mettre de cha&#238;nes de la TNT vont &#234;tre soumises &#224; renouvellement en 2025 (dont, notamment, CNews, C8, BFM-TV, W9, TMC ou encore LCI), 25 candidatures ont &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;es recevables par l'Arcom. Parmi elles : Le M&#233;dia. Entretien avec Bertrand Bernier, Khadija Jebrani et Th&#233;ophile Kouamouo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bertrand Bernier est directeur de production et membre du directoire du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Acrimed : Pouvez-vous, tout d'abord, nous pr&#233;senter votre m&#233;dia ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Khadija Jebrani :&lt;/strong&gt; Le M&#233;dia, c'est aujourd'hui une cha&#238;ne d'info qui est diffus&#233;e sur plusieurs supports : c'est une cha&#238;ne num&#233;rique qui a son site internet et, depuis octobre 2023, on est aussi diffus&#233; sur les fournisseurs d'acc&#232;s &#224; Internet (FAI), c'est-&#224;-dire sur les box (pour le moment essentiellement sur la box Free). On est une cha&#238;ne d'information politique et g&#233;n&#233;rale, on est conventionn&#233; par l'Arcom depuis juillet 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre ligne &#233;ditoriale s'attache &#224; un certain nombre de valeurs qui sont issues du &lt;a href=&#034;https://www.lemediatv.fr/annexes/manifeste&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Manifeste&lt;/a&gt; au moment de la cr&#233;ation du M&#233;dia en 2018 : des valeurs qu'on dit &#171; de gauche &#187;, c'est-&#224;-dire des valeurs d'antiracisme, de f&#233;minisme, un m&#233;dia qui s'int&#233;resse aux luttes sociales. Notre angle va &#234;tre plut&#244;t du c&#244;t&#233; du peuple, des syndicats et des personnes qui luttent&#8230; &#224; qui on ne donne g&#233;n&#233;ralement pas la parole dans d'autres m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Avant d'aborder le changement d'&#233;chelle qu'impliquerait une diffusion sur la TNT, pouvez-vous faire un point sur votre production &#233;ditoriale actuelle et sur les moyens, notamment humains, dont vous disposez ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Khadija Jebrani :&lt;/strong&gt; On est 17 permanents salari&#233;s. Sur un mois, au total, on va &#234;tre une trentaine de salari&#233;s lorsque l'on compte les intermittents du spectacle et les journalistes pigistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bertrand Bernier :&lt;/strong&gt; On fait un direct midi et soir du lundi au jeudi, soit deux heures de direct minimum...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Khadija Jebrani :&lt;/strong&gt; &#8230; avec la diffusion d'un flash qui peut &#234;tre un flash info toutes les heures, qui peut &#234;tre adapt&#233; en fonction de l'actu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bertrand Bernier :&lt;/strong&gt; &#199;a, c'est sur le direct. Jusqu'&#224; il y a deux ans, on &#233;tait une cha&#238;ne sur les r&#233;seaux sociaux comme YouTube, Dailymotion, Facebook et Twitter, etc. Et il y a deux ans, on a d&#233;cid&#233; de lancer un programme de diffusion 24/7 qui a commenc&#233; sur YouTube. La deuxi&#232;me &#233;tape, c'&#233;tait la diffusion sur les box Internet. Apr&#232;s, on a aussi environ une heure de programme nouveau tous les jours, qui peuvent &#234;tre par exemple un entretien tourn&#233; la veille, mont&#233; la journ&#233;e et diffus&#233; le soir, ou tourn&#233; le matin et diffus&#233; le soir, etc. Au total, on a donc trois heures environ de programmes nouveaux chaque jour. La nuit, on rediffuse des programmes qui peuvent &#234;tre anciens mais qui sont un peu intemporels : par exemple les programmes &#171; la grande H &#187; qui est une &#233;mission d'histoire, ou &#171; On s'autorise &#224; penser &#187; qui est une interview d'un penseur, d'un intellectuel, etc. La journ&#233;e, &#224; c&#244;t&#233; des programmes nouveaux, il y a aussi des rediffusions : un entretien du midi ou de la veille au soir par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Concernant la diffusion via les FAI, o&#249; en sont les discussions avec les autres fournisseurs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bertrand Bernier :&lt;/strong&gt; Au point mort !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Khadija Jebrani :&lt;/strong&gt; C'est aussi ce qui a d&#233;clench&#233; et pr&#233;cipit&#233; le projet TNT, qui &#233;tait un objectif &#224; la base. Parce qu'avec ces op&#233;rateurs-l&#224;, il y a z&#233;ro dialogue. On a eu un refus pas du tout argument&#233; de Bouygues, quand SFR n'a m&#234;me pas daign&#233; nous r&#233;pondre. Quant &#224; Orange, c'est encore en n&#233;gociation. On a aussi un projet qui est en cours, on va &#234;tre diffus&#233; sur la plateforme de streaming Molotov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que vous pouvez nous rappeler les enjeux qui sont &#224; l'origine de votre candidature &#224; l'attribution d'une fr&#233;quence TNT ? Au-del&#224; du d&#233;veloppement d'audience de la cha&#238;ne, y a-t-il une volont&#233; de s'engager dans la &#171; bataille culturelle &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bertrand Bernier :&lt;/strong&gt; Le premier objectif, qui a pr&#233;valu depuis toujours au M&#233;dia, c'est de mener une bataille culturelle. Ce n'est pas d'&#234;tre un m&#233;dia de t&#233;moignage ou de niche, ou qui s'adresse uniquement &#224; des convaincus. C'est d'essayer d'&#234;tre un m&#233;dia de masse, si on y arrive &#233;videmment. On veut essayer de ratisser tout le public qui regarde BFM-TV ou TF1, un peu partout en France. D'aller le chercher et qu'il y ait la possibilit&#233; de zapper sur une cha&#238;ne qui va parler et va avoir une fa&#231;on d'analyser l'information g&#233;n&#233;rale et politique d'une fa&#231;on compl&#232;tement diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Khadija Jebrani :&lt;/strong&gt; C'est vraiment la question de l'accessibilit&#233; aussi. Les gens qui veulent s'informer correctement, ils savent que les m&#233;dias ind&#233;pendants existent, ils savent o&#249; aller chercher l'info. Nous, on voudrait permettre &#224; tout le monde d'avoir acc&#232;s &#224; cette information de qualit&#233;. C'est ce qui nous anime depuis le d&#233;part et c'est pour &#231;a aussi que depuis presque deux ans, on s'est lanc&#233; sur le 24/7, sur ce projet box, puis ensuite la TNT. On a nos auditeurs, on a d&#233;j&#224; des gens qui nous regardent, on a plus d'un million d'abonn&#233;s sur YouTube&#8230; Enfin, Le M&#233;dia, &#231;a fonctionne, mais quel est l'int&#233;r&#234;t que les m&#233;dias ind&#233;pendants survivent ou soient riches entre eux et qu'ils rencontrent leur public s'ils ne rencontrent pas le grand public ? La vraie question, c'est rendre l'information de qualit&#233; et l'info pluraliste r&#233;ellement accessible aux Fran&#231;ais. Assez t&#244;t, nous nous sommes pos&#233; la question de l'int&#233;r&#234;t d'y aller avec d'autres m&#233;dias ind&#233;pendants. D'ailleurs, c'est ce qu'on a d&#233;j&#224; fait pour les box, on avait lanc&#233; des appels &#224; d'autres m&#233;dias pour qu'ils puissent profiter de ce canal de diffusion pour aussi diffuser leur contenu. Donc on avait un peu commenc&#233; avec des plus petits m&#233;dias et l&#224; on s'est dit en travaillant le projet que &#231;a allait avoir plus de sens si on pouvait mettre &#224; disposition cette fr&#233;quence. Donc on a rencontr&#233; plein de m&#233;dias comme Reporterre, StreetPress, &lt;i&gt;Regards&lt;/i&gt;&#8230; Il y a des projets qui sont en route. Il y en a d'autres qui sont encore en n&#233;gociation, on attend des retours mais il y a aussi cette volont&#233;-l&#224; de faire vraiment rencontrer l'info ind&#233;pendante au grand public et de sortir aussi de l'entre-soi intellectuel de l'info.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bertrand Bernier :&lt;/strong&gt; Quand on a entendu parler en f&#233;vrier de ces 15 fr&#233;quences &#224; renouveler, on a r&#233;fl&#233;chi tr&#232;s vite et on s'est dit &#171; c'est de la folie &#187;. Mais on avait d&#233;j&#224; &#231;a dans la t&#234;te. &#199;a vient plus t&#244;t que pr&#233;vu pour nous, mais on s'est dit que le moment &#233;tait absolument essentiel. Il y a des prises de conscience un peu partout, une n&#233;cessit&#233; de se serrer les coudes, on a aussi ressenti &#231;a. On s'est dit qu'on ne pouvait pas rater cette occasion-l&#224;. Il y a 15 fr&#233;quences qui sont mises en jeu, 15 fr&#233;quences que tous les gens regardent partout. Il y a vraiment un enjeu qui est essentiel et &#231;a r&#233;sonne encore plus avec le contexte politique. Sur les r&#233;seaux sociaux, on voyait des gens qui disaient &#171; la gauche, unissez-vous ! &#187; mais qui disaient aussi &#171; mais vous les m&#233;dias ind&#233;pendants, vous ne pouvez pas vous serrer les coudes et faire quelque chose ensemble ? &#187;. Et en fait c'est exactement ce qu'on est en train de faire depuis le mois de f&#233;vrier, c'est &#224; dire d'aller voir les m&#233;dias et de leur dire : c'est une fr&#233;quence qu'on met &#224; disposition, on vous donne la plage horaire que vous voulez pour que vos programmes soient diffus&#233;s au plus grand nombre, c'est vraiment l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral qui nous anime. Et je pense que &#231;a r&#233;sonne avec un moment particulier qui est vraiment ultra vital. Parce que l'on risque de basculer du c&#244;t&#233; noir de l'avenir et on doit tout faire pour &#233;viter &#231;a. C'est aussi li&#233; aux auditions : si on avait senti que le renouvellement de ces 15 fr&#233;quence &#233;tait une formalit&#233;, peut-&#234;tre que l'on n'y serait pas all&#233;s. Mais c'est le fait d'avoir senti avec les auditions qui ont &#233;t&#233; faites de CNews, de C8, etc. et d'avoir entendu le pr&#233;sident de l'Arcom insister sur diff&#233;rents m&#233;dias pour dire &#171; mais non, c'est ouvert, c'est ouvert, c'est ouvert &#187;. On se doute bien qu'il n'y a pas 15 fr&#233;quences d'ouvertes, mais il y a une possibilit&#233; qu'il y en ait une qui soit rel&#226;ch&#233;e. Donc, voil&#224; on se dit &#171; il y a un truc &#224; jouer probablement&#8230; &#187;. Enfin, on esp&#232;re qu'ils vont l&#226;cher une fr&#233;quence &#224; un nouveau m&#233;dia&#8230; o&#249; l'id&#233;e ce serait quand m&#234;me de r&#233;soudre le probl&#232;me de manque de pluralisme qui est constat&#233; un peu par tout le monde. Et bien l&#224;, il y a Le M&#233;dia qui a vraiment une carte &#224; jouer, qu'il est le seul parmi les m&#233;dias ind&#233;pendants pour l'instant, &#224; pouvoir investir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Khadija Jebrani :&lt;/strong&gt; L'enjeu, c'est aussi de se r&#233;approprier le domaine public, puisque la cr&#233;ation des fr&#233;quences TNT, &#224; la base, elles sont n&#233;es pour apporter du pluralisme ! Or, tout le monde sait qu'il n'y en a pas du tout, et nous on avait envie de mener cette bataille l&#224; avec nos petits moyens et ce n'est pas facile, mais on s'accroche et on y croit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Concr&#232;tement, comment envisagez-vous les partenariats avec les m&#233;dias ind&#233;pendants ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Khadija Jebrani :&lt;/strong&gt; &#192; &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, par exemple, ils sont en train de lancer un p&#244;le vid&#233;o, de lancer des &#233;missions qu'ils diffuseraient sur le net, et du coup probablement, on rediffusera l'une de ces &#233;missions-l&#224;, en tout cas un de ces contenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bertrand Bernier :&lt;/strong&gt; Il y a diff&#233;rents types de partenariats. Il y a les partenariats de visibilit&#233;, c'est-&#224;-dire, par exemple, ce que l'on a avec &lt;i&gt;Politis&lt;/i&gt; qui vient tous les jeudis dans notre &#233;mission de 13h, avec un journaliste qui vient parler de son enqu&#234;te. Ensuite, il y a le partenariat de diffusion. C'est-&#224;-dire, les m&#233;dias qui ont d&#233;j&#224; un produit vid&#233;o &#8211; &#231;a peut &#234;tre des youtubeurs comme avec Le Canard r&#233;fractaire. On leur propose que ce programme vid&#233;o qu'ils produisent, on le diffuse sur le canal TNT avec une r&#233;gularit&#233;. Par exemple, on a propos&#233; &#231;a, c'&#233;tait d&#233;j&#224; dans le dossier TNT, &#224; &lt;i&gt;Regards&lt;/i&gt; qui produit plusieurs fois par semaine une &#171; Midinale &#187;. Le troisi&#232;me type de partenariat, c'est plus de la coproduction, envisager de faire quelque chose ensemble, ce qu'on fait d&#233;j&#224; par exemple avec &lt;i&gt;Frustration&lt;/i&gt;, dont on met en images les chroniques : ils &#233;crivent des portraits et nous, comme on a le savoir-faire vid&#233;o, on met &#231;a en images, &#231;a fait une co-production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#233;ophile Kouamouo :&lt;/strong&gt; Le mot cl&#233; c'est vraiment celui de la &#171; d&#233;couvrabilit&#233; &#187;, c'est-&#224;-dire faire conna&#238;tre &#224; la t&#233;l&#233; et permettre &#224; des personnes qui veulent regarder la t&#233;l&#233; et qui ne sont pas forc&#233;ment sur YouTube ou sur les r&#233;seaux sociaux, de voir et de d&#233;couvrir des &#233;missions via la t&#233;l&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;L'arriv&#233;e sur la TNT constituerait un v&#233;ritable changement d'&#233;chelle pour une cha&#238;ne comme la v&#244;tre, notamment du point de vue financier mais &#233;galement sur le plan technique. Est-ce que vous devrez vous associer &#224; un partenaire technique et recruter plus de personnel, est-ce que vous avez chiffr&#233; &#231;a ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Khadija Jebrani :&lt;/strong&gt; C'est principalement le recours &#224; un prestataire pour la couverture technique qui va augmenter tr&#232;s fortement notre budget. Pour ce qui est de la production de nos contenus, on compte multiplier par deux notre budget global actuel pour l'&#233;ditorial, et donc &#231;a implique aussi &#233;videmment des recrutements. On a fait aussi au plus &#233;conome et au plus modeste, parce que l'objectif, c'est de pouvoir garantir la diffusion &#8211; c'est ce qui co&#251;te tr&#232;s cher. Pour le reste on reste une entreprise de l'&#233;conomie sociale et solidaire qui sait faire bien avec peu. On a d&#233;j&#224; nos moyens de production. Nos techniciens, par exemple, sont des permanents et des intermittents du spectacle. On a donc une mani&#232;re de travailler qui nous permet de faire des directs tous les jours tout en payant plus que correctement les personnes qui travaillent ici. Le plus gros des d&#233;penses du M&#233;dia, ce sont les ressources humaines. Apr&#232;s, pour le reste, on va devoir r&#233;investir un petit peu dans le mat&#233;riel mais contrairement &#224; une &#233;mission comme &#171; Touche pas &#224; mon poste &#187;, on n'a pas besoin de d&#233;penser 100 000 &#8364; pour une &#233;mission, donc on peut faire une &#233;mission avec beaucoup moins et qu'elle soit de qualit&#233; ; et techniquement l'image est belle au M&#233;dia. Donc voil&#224;, on va r&#233;ussir &#224; faire comme on fait d&#233;j&#224;, c'est-&#224;-dire &#224; produire avec notre vision de la production&#8230; et avec des co&#251;ts techniques qui sont chers parce qu'ils sont impos&#233;s. Ensuite, pour ce qui est du financement, on est dans une lev&#233;e de fonds et ce qu'on voudrait, c'est que l'on passe par des titres participatifs, parce qu'on a une coop&#233;rative qui permet de prot&#233;ger la structure de toute d&#233;pendance financi&#232;re. Et puis apr&#232;s sur la TNT, il va y avoir les recettes de publicit&#233; qui ne sont pas n&#233;gligeables et qui vont permettre &#224; la cha&#238;ne de trouver son &#233;quilibre. On mise sur le fait qu'une cha&#238;ne comme la n&#244;tre va forc&#233;ment int&#233;resser beaucoup de gens&#8230; et que cela va jouer aussi sur les recettes publicitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;L'enjeu technique vous semble donc &#224; votre port&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bertrand Bernier :&lt;/strong&gt; Il n'y a pas beaucoup de prestataires qui font de la diffusion en TNT : il y en a deux, et &#231;a repr&#233;sente quand m&#234;me l'essentiel du co&#251;t suppl&#233;mentaire &#224; aller sur la TNT. Le v&#233;ritable frein ou le v&#233;ritable mur qui emp&#234;che les petits d'aller sur la TNT, c'est le co&#251;t de la diffusion. Pour ce qui est du co&#251;t de production, on fait d&#233;j&#224; une cha&#238;ne 24/7 qui est diffus&#233;e &#224; la t&#233;l&#233;. Donc, on va investir un peu dans du mat&#233;riel, dans des ressources humaines pour &#233;toffer nos programmes mais en fait, ce n'est pas le principal challenge pour nous. Pour d'autres candidats d'ailleurs, il va &#234;tre l&#224; : il y a des nouveaux candidats comme &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; qui ont certes de l'argent&#8230; mais pas de cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision. Ils n'ont pas encore toutes les infrastructures. Nous, je ne dirais pas que c'est une formalit&#233;, mais enfin on sait le faire, on diffuse 24/7 sur Free, on peut diffuser 24/7 sur toutes les t&#233;l&#233;s de France. La seule diff&#233;rence de la TNT, c'est vraiment le co&#251;t technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Khadija Jebrani :&lt;/strong&gt; C'est vraiment le prestataire qui l'assure. Nous, ce que l'on va transmettre, c'est notre flux avec nos images et ensuite, c'est le prestataire qui est tr&#232;s cher mais qui fait la m&#234;me chose pour les autres cha&#238;nes qui vont &#234;tre dans le m&#234;me multiplex que nous et qui va diffuser sur 93% du territoire. On fait notre ch&#232;que et puis ils s'assurent eux, que ce soit bien diffus&#233; sur un territoire. En r&#233;alit&#233;, quand l'Arcom met cette condition, c'est finalement d'avoir les moyens d'assurer cette couverture technique, pas les moyens techniques mais les moyens financiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;voquez la publicit&#233; comme nouvelle source de financement. Qu'elle est votre politique &#224; ce sujet ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Khadija Jebrani :&lt;/strong&gt; Dans l'id&#233;al, il faudrait que Le M&#233;dia ait sa propre r&#233;gie. Mais dans les temps impartis&#8230; c'est trop court pour monter, en plus d'une candidature TNT, un projet de r&#233;gie qui nous ressemblerait et &#231;a nous mettrait quand m&#234;me en difficult&#233; pour acc&#233;der &#224; l'objectif. Donc l&#224;, dans un premier temps, on passe par une r&#233;gie traditionnelle, parce que les r&#233;gies &#233;thiques dans le monde de la t&#233;l&#233;, &#231;a n'existe pas ! Si on a la fr&#233;quence, peut-&#234;tre dans deux ou trois ans, on arrivera &#224; monter une r&#233;gie &#233;thique, mais pour le moment, il faut faire avec le march&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bertrand Bernier :&lt;/strong&gt; Dans certains domaines, pour l'armement ou le p&#233;trole par exemple, &#231;a m'&#233;tonnerait qu'on ait des pubs ! Mais apr&#232;s, on ne va pas chercher dans le d&#233;tail de chaque entreprise qui ne serait pas parfaitement &#233;thique, je ne pense pas qu'on puisse se le permettre, en tout cas au d&#233;but du M&#233;dia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Khadija Jebrani :&lt;/strong&gt; Et ce qui est compliqu&#233;, c'est que chaque cha&#238;ne a sa r&#233;gie. Donc, &#231;a complique aussi pour nous les n&#233;gociations, y compris politiques, dans notre vision de la pub, comme avec les box.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Ne craignez-vous pas d'&#234;tre impact&#233;s par les cons&#233;quences qu'impliquent la publicit&#233; et le poids que peuvent prendre, directement ou indirectement, les annonceurs sur les contenus &#233;ditoriaux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#233;ophile Kouamouo :&lt;/strong&gt; Le M&#233;dia apporte une garantie. Il y a peu de m&#233;dias, notamment audiovisuels, o&#249; la r&#233;daction a des garanties d'ind&#233;pendance telles que chez nous. Effectivement, il y a une r&#233;daction en chef qui dirige toute la r&#233;daction, mais il y a ce qu'on appelle le comit&#233; &#233;ditorial, c'est-&#224;-dire que ce sont les journalistes qui peuvent se r&#233;unir et puis mettre leur voix au centre de la discussion. Ils peuvent censurer des options. Il y a la soci&#233;t&#233; des journalistes qui est aussi ind&#233;pendante et il y a un directoire et un conseil de surveillance qui est li&#233; par un manifeste, etc. Donc effectivement, &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, on va essayer de rejeter la publicit&#233; qui sera la plus clairement contraire &#224; nos valeurs, mais les m&#233;canismes d'ind&#233;pendance r&#233;dactionnelles, &#233;ditoriales sont quand m&#234;me assez forts et le fait d'une contrainte coop&#233;rative &#231;a rend les choses diff&#233;rentes : il n'y a pas de grand patron qui impose sa volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Quel type de format souhaitez-vous produire ? Quelle part pour les reportages, et quelle part pour les plateaux ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#233;ophile Kouamouo :&lt;/strong&gt; On fait du reportage de terrain, des enqu&#234;tes. On a un p&#244;le enqu&#234;te, on a un p&#244;le actu. On a aussi un p&#244;le r&#233;seaux sociaux. On a quand m&#234;me une majorit&#233; de plateaux parce que le plateau est un peu moins cher. Il y a plusieurs formules de reportage. Il y a ce qu'on appelle des instantan&#233;s &#8211; un tout petit reportage en trois ou quatre minutes &#8211; il y a aussi des reportages au long cours, des portraits de personnes, du travail, de travailleurs, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Khadija Jebrani :&lt;/strong&gt; On a aussi une &#233;mission de documentaire le dimanche, qui s'appelle &#171; Derri&#232;re les docs &#187;. L'id&#233;e aussi c'est de faire vivre le film documentaire, qui est de plus en plus exclu de la t&#233;l&#233;vision. On rencontre beaucoup de r&#233;alisateurs et de bo&#238;tes de production documentaire qui nous racontent tous la m&#234;me chose : ils ont de plus en plus de mal &#224; &#234;tre diffus&#233;s en t&#233;l&#233;. On voudrait aussi participer &#224; ce que le cin&#233;ma documentaire continue d'exister, &#224; &#234;tre diffus&#233;. Pour l'instant le comit&#233; de s&#233;lection, ce sont les salari&#233;s du M&#233;dia. Mais il va falloir constituer un vrai p&#244;le documentaire avec peut-&#234;tre un directeur de programme. Tout &#231;a prend du temps mais il faut qu'on y r&#233;fl&#233;chisse s&#233;rieusement. On fait des rencontres dans ce sens-l&#224; notamment avec Tancr&#232;de Ramonet, on r&#233;fl&#233;chit &#224; tout ce qui pourrait &#234;tre fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bertrand Bernier :&lt;/strong&gt; Avec les Mutins de Pang&#233;e aussi, ce genre de personnes. On a abord&#233; un futur plus lointain o&#249;, &#233;tant diffuseur, on pourrait participer &#224; la coproduction de documentaires. C'est vraiment un objectif qu'on se met, mais &#233;videmment pas quand on va d&#233;marrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;L'attribution d'une fr&#233;quence TNT vous contraindrait &#224; respecter les r&#232;gles fix&#233;es par l'Arcom quant au pluralisme politique. Comment envisagez-vous cette question ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#233;ophile Kouamouo :&lt;/strong&gt; On aura &#224; accueillir un plus large spectre de personnes sur notre plateau. Mais la question n'est pas vraiment d'interviewer, plut&#244;t de comment on interviewe. On a essay&#233; par exemple de faire un d&#233;bat sur les &#233;lections europ&#233;ennes et le principal d&#233;bat c'&#233;tait sur le travail, alors qu'en g&#233;n&#233;ral, c'est l'immigration, l'ins&#233;curit&#233;. On a le droit de poser des probl&#233;matiques diff&#233;rentes, des probl&#233;matiques plus originales, des probl&#233;matiques plus en conformit&#233; avec notre statut de m&#233;dia des luttes. Effectivement, il y en a qui ne veulent pas venir sur le plateau. On essaie donc de construire un cadre o&#249; leurs positions sont respect&#233;es m&#234;me si elles ne sont pas partag&#233;es. La clart&#233; qu'on a peut nous permettre d'attirer des gens parce qu'ils savent qu'il y a une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision qui parle de la gauche mais sans &#234;tre agressif, vaniteux. D'ailleurs, les plus difficiles &#224; inviter, ce n'est pas l'extr&#234;me droite, ce sont les macronistes qui ne veulent absolument pas venir parce qu'ils sont &#224; mon avis habitu&#233;s &#224; des m&#233;dias o&#249; ils sont en convergence, o&#249; c'est moins stressant pour eux de s'exprimer parce qu'il y a un sous-entendu partag&#233;. On fait une interview diff&#233;remment, on invite des gens sur des th&#233;matiques qu'on a choisies nous-m&#234;mes. Au cas o&#249; il y a des difficult&#233;s &#224; les faire venir, on va les chercher, on va vers eux. On veut cr&#233;er un espace citoyen dans lequel, prot&#233;g&#233; des invectives et de la stigmatisation, on peut pouvoir d&#233;velopper sa pens&#233;e, &#234;tre contredit, &#234;tre challeng&#233;. Ils ont peut-&#234;tre naturellement besoin de la b&#233;quille pol&#233;mique que portent CNews ou BFM-TV, mais on ne le fera pas. Pour nous, interviewer quelqu'un, ce n'est pas l'adouber. C'est vraiment dans la mani&#232;re dont on l'interviewe, qu'on cr&#233;e &#8211; ou pas &#8211; un moment de v&#233;rit&#233;, un moment de t&#233;l&#233;vision ou de r&#233;v&#233;lation. On n'a pas trop de probl&#232;mes avec &#231;a parce que progressivement on fait entrer la diversit&#233; des points de vue dans notre ADN sans pour autant perdre l'ADN en question, c'est-&#224;-dire le m&#233;dia des luttes, de celles et ceux qui luttent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Pour le moment, l'Arcom a une d&#233;finition assez restreinte du pluralisme qui est essentiellement le pluralisme partisan, mais l'enjeu est plus vaste. Est-ce que dans votre r&#233;flexion, il y a le fait de ne pas uniquement travailler sur le pluralisme partisan mais sur une forme de pluralisme &#233;ditorial ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#233;ophile Kouamouo :&lt;/strong&gt; Cette progression est d&#233;j&#224; en marche. En fait, on ne progresse pas vers la &#171; neutralit&#233; &#187;, on progresse vers la diversit&#233;, le pluralisme. Le pluralisme ne nous d&#233;range pas dans la mesure o&#249; on sait que dans une argumentation discursive, des personnes qui se battent pour un monde meilleur ont des choses &#224; dire qui m&#233;ritent d'&#234;tre entendues. Alors que de l'autre c&#244;t&#233;, on veut les faire taire. Nous, ce qu'on veut faire taire, ce sont des paroles probl&#233;matiques, racistes, sexistes, homophobes, etc. On n'a pas peur des id&#233;es de l'autre bord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Pensez-vous que le statut coop&#233;ratif du M&#233;dia pourra trouver sa place &#224; c&#244;t&#233; des cha&#238;nes publiques et des grands groupes capitalistes ? Est-ce que vous pensez que l'Arcom acceptera l'&#233;mergence de cet autre mod&#232;le de gestion ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Khadija Jebrani :&lt;/strong&gt; On pense justement que l'int&#233;r&#234;t de notre candidature est l&#224; : il est dans un mod&#232;le diff&#233;rent, d'une vision de l'&#233;conomie diff&#233;rente et qu'effectivement &#231;a peut non pas inqui&#233;ter l'Arcom, mais l'interpeller. On pense que notre structure et notre mod&#232;le sont des garde-fous qui permettent de construire une information libre, ind&#233;pendante et prot&#232;ge le droit d'informer. On est donc plut&#244;t fiers de notre structure et on ne voit pas &#233;videmment en quoi &#231;a pourrait &#234;tre un obstacle ! Tout l'enjeu de notre candidature, c'est de convaincre des gens qu'il n'y a pas forc&#233;ment besoin de milliardaires pour faire de l'information et que ce n'est pas normal que l'info fonctionne comme &#231;a aujourd'hui. Apr&#232;s, il y a d'autres mod&#232;les qui nous inspirent, par exemple &lt;i&gt;The Guardian&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que &#231;a peut aussi avoir une influence sur la mani&#232;re dont on r&#233;fl&#233;chit les contenus, notamment en s'&#233;mancipant de l'uniformisation commerciale ? Vous avez notamment un lien avec des b&#233;n&#233;voles, comment les consid&#233;rez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Khadija Jebrani :&lt;/strong&gt; Leurs contenus vont passer par la r&#233;daction, qui va les v&#233;rifier, qui va les regarder, qui va les traiter, un peu comme une source, les utiliser ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bertrand Bernier :&lt;/strong&gt; C'est &#231;a, on a, depuis le d&#233;but du M&#233;dia, r&#233;guli&#232;rement fait appel &#224; ce qu'on appelle un r&#233;seau de correspondants citoyens, qui sont des b&#233;n&#233;voles et qui sont d'ailleurs &#224; l'int&#233;rieur de la SCIC, ils ont un coll&#232;ge, une cat&#233;gorie des soci&#233;taires qui est cr&#233;&#233;e pour eux. C'est souvent arriv&#233; lors des manifestations nationales, on recevait des images de Rennes, Marseille, Lille, etc. Parfois on en re&#231;oit tellement que la r&#233;daction ne peut pas tous les regarder. C'est un apport qui est appr&#233;ciable parce que nous, on n'est pas France T&#233;l&#233;visions, on n'a pas des antennes un peu partout et donc d'avoir ce r&#233;seau-l&#224;, c'est int&#233;ressant. Apr&#232;s, c'est &#224; d&#233;velopper, on sait qu'on pourrait les d&#233;velopper, on n'a pas eu le temps d'y travailler pour l'instant. On a d&#233;j&#224; des formats qui d'ailleurs se pr&#234;tent &#224; &#231;a, notamment un format qui s'appelle &#171; Les instantan&#233;s &#187;, qui sont des petites vid&#233;os qui sont faites soit par des JRI [journalistes reporters d'images, NDLR] du M&#233;dia quand ils sont quelque part et qu'il se passe quelque chose, soit par des images qu'on a par des gens divers, dont les correspondants citoyens. &#199;a fait partie des formes qu'on a d&#233;velopp&#233;es d&#233;j&#224; sur nos r&#233;seaux depuis longtemps, m&#234;me avant qu'on soit une cha&#238;ne 24/7 et qu'on va d&#233;velopper un petit peu plus globalement. D'ailleurs je pense &#231;a fait partie de cet argument qu'on a aussi aupr&#232;s de l'Arcom de dire &#171; regardez, la TNT c'est un peu en d&#233;clin, regard&#233; par des personnes plut&#244;t &#226;g&#233;es, les jeunes se d&#233;tournent de &#231;a, sont beaucoup sur les r&#233;seaux sociaux, etc. Nous on vient d'Internet, on vient de cette partie qui est tr&#232;s innovante, tr&#232;s jeune, etc. On ma&#238;trise les codes de la t&#233;l&#233;, on peut amener aussi un autre public qui pourrait &#224; nouveau regarder la t&#233;l&#233;vision, qui ne la regarde pas parce qu'elle ne leur correspond pas &#187;. On a ces codes-l&#224;, on est n&#233;s l&#224;-dedans, on est n&#233;s dans cet &#233;cosyst&#232;me et je pense que l'Arcom, je m'avance peut-&#234;tre, je pense que c'est en tout cas des gens qui sont sensibles &#224; cet argument-l&#224; parce qu'ils savent tr&#232;s bien que les limites du syst&#232;me tel qu'il existe de la TNT, il faudra bien lui donner une jeunesse et un petit coup de nouveaut&#233;, une plus grande ouverture &#224; l'originalit&#233; et &#224; des choses qu'on ne traite pas dans la t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Comment concevez-vous votre rapport avec les autres cha&#238;nes ? Raisonnez-vous en termes de concurrence ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bertrand Bernier :&lt;/strong&gt; On est dans l'id&#233;e d'aller dans un endroit o&#249; il y a les gros m&#233;dias qui sont tous globalement avec une ligne &#233;ditoriale de droite voire d'extr&#234;me droite. En fait, on est plut&#244;t un antidote &#224; l'absence de concurrence. &#199;a cr&#233;e aussi probablement un public diff&#233;rent et donc forc&#233;ment des opportunit&#233;s : un annonceur doit avoir l'oreille qui tilte &#224; ce genre de choses : un nouveau public, plus jeune etc, &#231;a peut &#234;tre int&#233;ressant. Je ne pense pas que ce soit un handicap du M&#233;dia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Khadija Jebrani :&lt;/strong&gt; Et puis il y a tout un univers de marques et d'annonceurs qui vont &#234;tre int&#233;ress&#233;s par une cible qui est chez nous. On est dans un monde qui pense au moindre d&#233;tail et le monde de la pub sait tr&#232;s bien aussi comment cibler, comment vendre. &#199;a ne nous enchante pas de participer &#224; &#231;a mais &#231;a fait partie aussi des caps &#224; d&#233;passer pour voir un peu plus grand et pour qu'il y ait plus de gens qui puissent regarder de l'info ind&#233;pendante et libre. De toute fa&#231;on la pub continuera sur la TNT. M&#234;me si on pr&#233;f&#232;re que les gens aillent aux toilettes pendant la pub !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bertrand Bernier :&lt;/strong&gt; C'est &#231;a, il y a des choix qu'on est conscients de toute fa&#231;on de devoir faire. Parfois il faut faire un effort sur telle partie parce qu'on consid&#232;re que telle partie est quand m&#234;me tr&#232;s importante, que l'objectif principal est l&#224; et qu'on ne peut pas cocher toutes les cases. L'id&#233;e n'est pas de renoncer &#224; ces principes, c'est de regarder quel est l'objectif vraiment absolument essentiel. Je pense que l'objectif essentiel, c'est d'aller l&#224; o&#249; il n'y a personne qui m&#232;ne la bataille culturelle, c'est-&#224;-dire dans les grands m&#233;dias. Cet objectif-l&#224; vaut quelques efforts. Je pense que les gens qui regardent la t&#233;l&#233;vision, quand ils vont zapper, si on a la fr&#233;quence, il y en a beaucoup qui vont avoir une vision de l'information politique et g&#233;n&#233;rale radicalement diff&#233;rente et on aura rempli notre r&#244;le dans la bataille culturelle. Et &#231;a aura bien valu peut-&#234;tre une pub pour Lustucru ou je ne sais pas quoi. Je veux dire par l&#224; que la bataille culturelle est primordiale ; en tout cas &#224; mes yeux elle est primordiale. Il y a beaucoup de gens qui sont laiss&#233;s sur le c&#244;t&#233; d'un discours de gauche et il faut aller les chercher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Khadija Jebrani :&lt;/strong&gt; Et je trouve que &#231;a a encore plus de poids de le dire aujourd'hui. On ne peut pas &#234;tre dans le d&#233;ni en disant &#171; laissons la place &#187;. C'est dangereux d'&#234;tre dans l'entre-soi et de ne pas diffuser l'information de la mani&#232;re la plus large possible. En faisant des concessions, c'est la vie. Il y a une bataille &#224; mener donc il faut aussi parfois accepter de ne pas &#234;tre dans le purisme total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Elvis Bruneaux&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Nils Solari&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bertrand Bernier est directeur de production et membre du directoire du M&#233;dia ; Khadija Jebrani est responsable administratif RH et membre du directoire du M&#233;dia ; Th&#233;ophile Kouamouo est r&#233;dacteur en chef du M&#233;dia.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Mieux informer sur l'&#233;cologie : volontarisme et inerties journalistiques</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Mieux-informer-sur-l-ecologie-volontarisme-et</link>
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		<dc:date>2023-09-27T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Maxime Friot</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Entretien avec Loup Espargili&#232;re (Vert).&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Medias-et-ecologie-" rel="directory"&gt;M&#233;dias et &#233;cologie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L106xH150/charte_journalisme_ecologique_140922-51f3b.jpg?1776674780' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Face &#224; l'urgence absolue de la situation, nous, journalistes, devons modifier notre fa&#231;on de travailler pour int&#233;grer pleinement [l'] enjeu [climatique] dans le traitement de l'information&lt;/i&gt; &#187; : il y a maintenant un an, le 14 septembre 2022, une &#171; &lt;a href=&#034;https://chartejournalismeecologie.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;charte pour un journalisme &#224; la hauteur de l'urgence &#233;cologique&lt;/a&gt; &#187; &#233;tait sign&#233;e par de nombreux m&#233;dias, collectifs, syndicats, journalistes, &#233;coles de journalisme. Entretien-bilan avec Loup Espargili&#232;re, r&#233;dacteur en chef de &lt;a href=&#034;https://vert.eco/articles/la-charte-pour-un-journalisme-a-la-hauteur-de-lurgence-ecologique-un-texte-indispensable-pour-les-medias-la-democratie-et-le-climat&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vert&lt;/a&gt;, le m&#233;dia &#224; l'origine de cette initiative.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Acrimed : Est-ce que vous pouvez revenir sur le processus qui a abouti &#224; cette charte ? Quels &#233;taient vos objectifs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Loup Espargili&#232;re :&lt;/strong&gt; En f&#233;vrier 2022, &#224; Vert, on a eu l'id&#233;e de faire un manifeste pour une nouvelle &#233;cologie m&#233;diatique. Apr&#232;s le mouvement des Gilets jaunes, le but &#233;tait de r&#233;concilier les lecteurs avec les journalistes, autour d'une meilleure information sur l'&#233;cologie, avec l'id&#233;e que le social et l'&#233;cologie sont des sujets intimement li&#233;s. On a propos&#233; &#224; nos lecteurs de voter sur dix propositions, et on a fait travailler des scientifiques et des membres de collectifs citoyens sur le texte pour aboutir sur un manifeste qui comptait d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque une douzaine de points. Ensuite, avec notre coll&#232;gue Anne-Sophie Novel, on est all&#233;s voir nos confr&#232;res et cons&#339;urs de plein de m&#233;dias, des petits et des gros, et on a mont&#233; un collectif informel d'une trentaine de personnes pour bosser sur ce manifeste. Collectivement, on s'est convaincus que c'&#233;tait plus int&#233;ressant et plus durable de faire un texte plus dur, comme une charte, qui soit &#224; l'usage de la profession et qu'on puisse afficher dans les salles de r&#233;daction, dans les &#233;coles de journalisme&#8230; Au printemps 2022, on a travaill&#233; tous ensemble avec nos camarades de Reporterre, de France Info et de France T&#233;l&#233;visions plus largement, avec des journalistes ind&#233;pendants et des journalistes de La Rel&#232;ve et la Peste, &lt;i&gt;Socialter&lt;/i&gt;, Blast, RFI &#8211; on avait un collectif relativement &#233;clectique. L'id&#233;e &#233;tait de faire un texte qui puisse faire office de boussole, pour aiguiller nos confr&#232;res et cons&#339;urs, mais aussi nous-m&#234;mes, pour essayer d'am&#233;liorer le traitement de tous les sujets &#224; l'aune de l'urgence &#233;cologique. Transversalit&#233;, p&#233;dagogie, informer sur les r&#233;ponses &#224; la crise, se former, etc. : la charte compte, au final, 13 points.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_15554 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/IMG/pdf/charte_journalisme_ecologique_140922.pdf&#034; class=&#034;spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH707/charte_journalisme_ecologique_140922-e7dce.jpg?1776674781' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Quel impact a eu cette charte au moment de sa publication ? Savez-vous si elle a donn&#233; lieu &#224; des discussions dans les r&#233;dactions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a sorti la charte juste apr&#232;s un &#233;t&#233; 2022 cataclysmique, marqu&#233; par des canicules, s&#232;cheresses et incendies, un moment o&#249; beaucoup de journalistes ont pris en pleine face une r&#233;alit&#233; qu'ils ma&#238;trisaient souvent mal&#8230; Un moment aussi o&#249; ils se sont confront&#233;s, parfois, &#224; leur l&#233;g&#232;ret&#233; sur certains sujets, dans leur traitement de l'actualit&#233; au regard de la crise climatique. Au m&#234;me moment, Radio France a fait son &#171; tournant environnemental &#187;. Tout &#231;a a cr&#233;&#233; un temps fort m&#233;diatique, une grande conversation dans le monde des m&#233;dias &#8211; on a eu des &#233;chos de quasiment toutes les r&#233;dactions, que ce soit presse &#233;crite, t&#233;l&#233; ou radio. Toutes les r&#233;dactions ont discut&#233; de ce sujet-l&#224; : qu'est-ce qu'on fait de bien ou de pas bien ? Qu'est-ce qu'on pourrait faire de mieux ? Est-ce qu'on signe la charte ? &#199;a a donc au moins eu l'int&#233;r&#234;t imm&#233;diat de provoquer, sinon une prise de conscience, en tout cas un grand questionnement dans le m&#233;tier, ce qui n'est pas anodin. Au moment de la charte, 80 m&#233;dias &#8211; dont Mediapart, &lt;i&gt;20 Minutes&lt;/i&gt;, RFI, France 24, des petits m&#233;dias &#8211;, des bo&#238;tes de production, des &#233;coles de journalisme ont sign&#233; la charte. Un an apr&#232;s, on est &#224; 1 800 journalistes signataires &#224; titre individuel et 200 m&#233;dias/bo&#238;tes de production/&#233;coles de journalisme. Toutes les &#233;coles de journalisme reconnues par la profession ont sign&#233; la charte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Un an plus tard, quel bilan tirez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bilan contrast&#233; : d'un c&#244;t&#233; la charte a pu valider et encourager des pratiques, il y a eu des changements. Mais pas partout : manque d'effectifs, mod&#232;le &#233;conomique incompatible, direction &#233;ditoriale r&#233;ticente, autant de facteurs qui ont parfois emp&#234;ch&#233; tout changement significatif. Mais c'est un objet qui reste dans les salles de r&#233;daction et les &#233;coles de journalisme. Je pense aussi que &#231;a a eu un impact assez fort sur les jeunes journalistes. Ce n'est pas uniquement du fait de la charte, mais aujourd'hui c'est un sujet beaucoup mieux pris en compte dans les &#233;coles de journalisme. J'ai l'impression qu'il est commun&#233;ment admis, dor&#233;navant, que &#231;a doit faire partie de la formation initiale des journalistes. De ce point de vue, la charte est un tr&#232;s bon support de formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Les signataires de la charte en ont-ils respect&#233; les diff&#233;rents points ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a pas eu d'&#233;cho particuli&#232;rement scandaleux, &#224; part concernant L'ADN : la direction avait voulu faire du business avec TotalEnergies (Arr&#234;t sur images avait fait &lt;a href=&#034;https://www.arretsurimages.net/articles/un-contrat-de-com-sulfureux-entre-total-et-le-media-ecolo-ladn&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un article &#224; ce sujet&lt;/a&gt;). &#201;videmment &#231;a avait provoqu&#233; un toll&#233; en interne, d&#233;j&#224; parce que c'&#233;tait en soi assez scandaleux de vouloir assurer la comm' de Total, en marge de l'activit&#233; journalistique avec une &#233;quipe qui devait &#234;tre d&#233;di&#233;e &#224; &#231;a, et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; quand on a sign&#233; une charte dans laquelle on s'oppose aux financements issus des activit&#233;s les plus polluantes ! La direction a r&#233;trop&#233;dal&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Quel regard portez-vous sur ceux qui n'ont pas sign&#233;, notamment la plupart des m&#233;dias dominants ? Certains, &lt;a href=&#034;https://vert.eco/articles/tf1-et-france-televisions-sengagent-a-leur-tour-pour-ameliorer-leur-traitement-de-lecologie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;comme TF1 ou France T&#233;l&#233;visions&lt;/a&gt;, ont &#233;labor&#233; leur propre charte, faut-il y voir une r&#233;elle prise de conscience (suivie d'actes) ou s'agit-il plut&#244;t de greenwashing ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a beaucoup de r&#233;dactions qui n'ont pas sign&#233;, &#233;videmment, on s'en doutait un peu. Des grands m&#233;dias ont sorti des chartes qui m&#233;langent des engagements RSE&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Responsabilit&#233; soci&#233;tale des entreprises.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (par exemple un meilleur tri des d&#233;chets) avec des engagements &#233;ditoriaux, on a eu un peu tout et n'importe quoi. Il y a aussi eu des m&#233;dias relativement ambitieux qui ne pouvaient pas signer la charte parce qu'il y avait un ou deux points, notamment concernant l'&#233;conomie des m&#233;dias, qui ne leur allaient pas du tout. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a &#233;labor&#233; sa propre charte, &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; aussi. D'autres ont suivi. Aujourd'hui, tous les m&#233;dias sentent qu'ils sont au moins oblig&#233;s de faire semblant. Est-ce que c'est une victoire ? Je ne sais pas. Mais je veux croire que, m&#234;me dans les grandes machines comme France T&#233;l&#233;visions ou d'autres, ces textes-l&#224; ne sont pas anodins. Au moins est-il maintenant commun&#233;ment admis, dans le m&#233;tier, qu'il faut en faire plus, qu'il faut s'am&#233;liorer sur ces sujets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point qui est fondamental, c'est celui de la formation. Les journalistes, en g&#233;n&#233;ral, ne sont pas assez form&#233;s sur ces enjeux. R&#233;sultat : les journalistes qui ne sont pas sp&#233;cialistes de l'&#233;cologie, mais qui sont sur le sport, la culture ou la politique, fonctionnent en silo et il leur manque donc des cl&#233;s de d&#233;cryptage. C'est pour &#231;a qu'on voit encore des interviews politiques, o&#249; d&#232;s que &#231;a d&#233;rive sur des questions environnementales, des journalistes qui sont mal form&#233;s et comprennent mal les sujets posent des questions qui ne sont pas bonnes et ne vont pas assez loin. Ceci &#233;tant, on a vu des grands plans de formation dans beaucoup de m&#233;dias. Comme pour les chartes, il y en a qui vont assez loin, qui font des formations de plusieurs jours, avec un suivi o&#249; on rentre vraiment dans le c&#339;ur de la pratique professionnelle (les titres, les angles, le vocabulaire&#8230;). Par exemple, RFI et France 24, qui ont sign&#233; la charte, ont mis en place des plans de formation assez ambitieux. D'autres vont faire le service minimum, avec des formations d'un jour. Malheureusement dans ces cas-l&#224; on d&#233;passe rarement le stade de la simple sensibilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;La publication de la charte et le travail qui a &#233;t&#233; men&#233; auparavant ont-ils donn&#233; lieu, depuis un an, &#224; des suites, &#224; d'autres initiatives ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains collectifs citoyens, comme &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Crise-climatique-dans-les-medias-en-parler-plus&#034;&gt;Quota Climat&lt;/a&gt; ou Plus de climat dans les m&#233;dias, vont se servir de la charte pour faire de l'interpellation sur les r&#233;seaux sociaux. La charte a aussi eu le m&#233;rite de fixer un certain standard, un peu comme &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Le-traitement-mediatique-des-violences-faites-aux-5394&#034;&gt;la charte de Prenons la Une&lt;/a&gt; sur les violences sexistes et sexuelles. Elle sert aussi, comme je le disais, d'outil de formation. Sur les initiatives, le collectif &#224; l'origine de la charte va organiser en janvier 2024 une journ&#233;e d'ateliers pour les professionnels, suivie d'une soir&#233;e ouverte au public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Le constat que vous tiriez l'an pass&#233; vous para&#238;t-il toujours d'actualit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clairement. Mais c'est un combat permanent : tant qu'il y aura des m&#233;dias et une crise climatique, il faudra qu'on s'am&#233;liore sur ces sujets. Est-ce qu'on en a plus parl&#233; ? Est-ce qu'on a en a mieux parl&#233; ? Est-ce que les m&#233;dias font plus souvent le lien avec le changement climatique quand il s'agit d'&#233;v&#233;nements m&#233;t&#233;o extr&#234;mes ? Ce qui est certain, c'est qu'on voit plusieurs m&#233;dias qui se sont encore am&#233;lior&#233;s sur ces sujets, comme &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont vos perspectives pour poursuivre ce combat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On continue de s'engager dans le collectif, on continue de r&#233;fl&#233;chir &#224; notre pratique professionnelle tous les jours, on continue de se coaliser avec des m&#233;dias qui font du bon travail. J'ai l'impression qu'on est plut&#244;t sur la bonne pente d'un point de vue journalistique. Mais c'est s&#251;r qu'on a un boulot colossal, et &#224; une &#233;poque o&#249; les pires climato-sceptiques se r&#233;veillent, on a encore un &#233;norme chantier qui nous attend. On a du pain sur la planche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Maxime Friot&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Responsabilit&#233; soci&#233;tale des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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