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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>M&#233;dias en guerre : des attentats &#224; la prise de Kaboul</title>
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		<dc:date>2002-09-22T21:16:17Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Depuis les attentats du 11 septembre, des tendances lourdes sont &#224; l'&#339;uvre dans les m&#233;dias fran&#231;ais.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-2001-2002-Attentats-aux-Etats-Unis-guerre-en-" rel="directory"&gt;2001-2002 : Attentats aux &#201;tats-Unis, guerre en Afghanistan&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis les attentats du 11 septembre, des tendances lourdes sont &#224; l'&#339;uvre dans les m&#233;dias fran&#231;ais. Ce sont elles que l'on peut d&#233;gager, du moins jusqu'&#224; la prise de Kaboul. Sans entrer dans les d&#233;tails et sans multiplier les exemples ; sans c&#233;der au petit chantage qui veut que l'on ne critique pas trop les m&#233;dias, pour ne pas indisposer les journalistes, dans l'espoir de gagner leurs faveurs - comme s'il fallait s'interdire de critiquer l'&#233;cole ou l'enseignement pour &#233;pargner les enseignants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est vrai, nombre de journalistes font leur m&#233;tier aussi bien qu'ils le peuvent, souvent avec courage, et certains l'ont pay&#233; de leur vie. Mais ceux-l&#224; n'exercent pas le m&#234;me m&#233;tier que les r&#233;dacteurs en chef, les &#233;ditorialistes et les pr&#233;sentateurs, pilotes des machines m&#233;diatiques qui ont essay&#233; de faire passer cette guerre pour l&#233;gitime et efficace.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;I. Comment la guerre devint &#034; l&#233;gitime &#034;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans un moment d'&#233;garement - dont il se remettra tr&#232;s vite -, Serge July, dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 13 septembre, proclame : &#171; La meilleure d&#233;fense contre le terrorisme, ce n'est pas la guerre, c'est la justice. &#187; Pourtant, entre la justice et la guerre, les m&#233;dias dominants ont choisi la guerre. Reste &#224; observer comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Ev&#233;nement.&lt;/strong&gt; Tout commence &#233;videmment avec les attentats du 11 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les t&#233;l&#233;visions se chargent alors de transformer l'&#233;v&#233;nement, spectaculaire et in&#233;dit, en spectacle de l'&#233;v&#233;nement. Et la presse &#233;crite se charge de transformer cet &#233;v&#233;nement in&#233;dit en &#233;v&#233;nement sans ant&#233;c&#233;dents, comme s'il s'agissait d'un tournant absolu de l'histoire du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'&#233;v&#233;nement est tragique. Les massacres suscitent une solidarit&#233; l&#233;gitime avec les victimes. Les t&#233;l&#233;visions se chargent alors de transformer la compassion en spectacle de la compassion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vendredi 14 septembre 2001, 12 heures. TF1 se recueille. Une fois encore, les images de l'attentat mont&#233;es comme un vid&#233;o-clip, mais soutenues cette fois par &lt;/i&gt;La Marche fun&#232;bre&lt;i&gt; de Chopin. Mettre en sc&#232;ne le comble de l'&#233;motion et mettre l'&#233;motion &#224; son comble : tout le savoir-faire des fabricants d'images de TF1. Peut-&#234;tre bient&#244;t en vid&#233;ocassette. Et Jean-Pierre Pernaut, dans un r&#244;le enfin &#224; sa mesure : &#034; Et nous, &#224; TF1, comme des millions d'entre vous, nous allons respecter ces minutes de silence en soutien au peuple am&#233;ricain &#034;. Mais le silence et l'&#233;cran noir &#224; la t&#233;l&#233; signaleraient l'incident technique. Pour soutenir notre recueillement, des images de la d&#233;vastation et de l'inqui&#233;tude des familles &#224; la recherche de leurs disparus. Et toutes les images de la tristesse et de la d&#233;solation : vid&#233;o-clip de la &lt;/i&gt;Marche Fun&#232;bre&lt;i&gt; et de la solidarit&#233;, version TF1. Au terme des trois minutes r&#233;glementaires (ou m&#234;me avant qu'elles ne s'ach&#232;vent : 3 mn, c'est long !), brutalement, un &#233;cran publicitaire de TF1 pour une &#233;mission de TF1. La messe cathodique &#233;tait finie...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la presse &#233;crite se charge - elle ne fut pas la seule - &#224; transformer le devoir de solidarit&#233; avec les victimes en devoir de communion avec le peuple am&#233;ricain et avec ses dirigeants. D&#232;s le 13 septembre, Jean-Marie Colombani proclame : &#034; nous sommes tous am&#233;ricains. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; remplit ainsi sa fonction de quotidien de r&#233;f&#233;rence, puisque tous les m&#233;dias ne cesseront de r&#233;p&#233;ter ce slogan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce qui nous vaut, lors de la revue de presse du 13 septembre sur &lt;/i&gt;France Info&lt;i&gt;, cette exhortation et cet aveu : &#171; Si les unes de tous ces journaux n'arrivent pas &#224; vous convaincre de la gravit&#233; des &#233;v&#233;nements que nous vivons, lisez ce qu'ils &#233;crivent. Lisez Jean-Marie Colombani &#224; la une du &lt;/i&gt;Monde&lt;i&gt;. Lisez Serge July de &lt;/i&gt;Lib&#233;ration&lt;i&gt;, Michel Schiffre dans &lt;/i&gt;Le Figaro&lt;i&gt;. Lisez la chronique de Jacques Julliard, l'&#233;ditorial de Jean Daniel dans &lt;/i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;i&gt;. Celui de Claude Imbert dans &lt;/i&gt;Le Point&lt;i&gt; ou de Denis Jeambar dans &lt;/i&gt;L'Express&lt;i&gt;. Lisez ces dizaines de pages, ces centaines d'articles qui expliquent finalement tous la m&#234;me chose. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'&#233;v&#233;nement est donc spectaculaire et tragique. Mais de m&#234;me que n'importe quel fait divers peut &#234;tre pr&#233;sent&#233; comme un &#233;v&#233;nement, n'importe quel &#233;v&#233;nement peut se transformer en fait divers. C'est donc comme un fait divers, mais gigantesque, que la t&#233;l&#233;vision met en sc&#232;ne (en exp&#233;diant &#224; New-York, ses pr&#233;sentateurs vedettes) r&#233;cits, images et t&#233;moignages sur l'&#233;v&#233;nement et ses cons&#233;quences. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais bient&#244;t, une catastrophe chasse l'autre &#224; la &#171; Une &#187; des journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Toulouse : catastrophe aux portes de la ville &#187;, titre &lt;/i&gt;Le Monde&lt;i&gt; du 23-24 septembre. La veille le journal de TF1 de 20 heures a consacr&#233; plus d'une demi-heure &#224; l'explosion meurtri&#232;re et ravageuse : une catastrophe chasse l'autre. Mais le sc&#233;nario du JT reste le m&#234;me : l'information est d&#233;vor&#233;e par sa mise en images, les t&#233;moignages prennent les pas sur les faits, ce que l'on a cru ou ce que l'on a craint prend autant d'importance que les cons&#233;quences. Primat de l'&#233;motion et logique de la narration, simulacre de l'exhaustivit&#233; et r&#232;gne de la redondance. Chaque fragment de r&#233;cit reproduit la totalit&#233; du r&#233;cit ; chaque t&#233;moignage en appelle un autre qui r&#233;p&#232;te le pr&#233;c&#233;dent. Le &#171; traitement &#187; de l'explosion de Toulouse &#233;claire celui des attentats de New York : ou comment transformer, quels qu'en soient l'&#233;chelle, le sens et la port&#233;e, tout &#233;v&#233;nement en fait divers.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, un certain d&#233;lai d'&#233;motion &#233;tant pass&#233;, les m&#233;dias dominants nous ont propos&#233; de &#171; comprendre &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Causes.&lt;/strong&gt; L'&#233;v&#233;nement peut para&#238;tre sans ant&#233;c&#233;dent : il n'est pourtant pas sans causes. Il faut donc expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La cause du terrorisme ne pouvant &#234;tre que l'existence des terroristes, l'affaire est promptement boucl&#233;e. Encore faut-il expliquer le terrorisme : &#233;ditorialistes des m&#233;dias et experts aupr&#232;s des m&#233;dias nous ass&#232;nent qu'il faut se garder de confondre islam et islamisme, bien que, pour certains &#233;ditorialistes, tout incite &#224; les amalgamer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Max Clos, dans &lt;/i&gt;Le Figaro&lt;i&gt; du 14-09, s'interroge &#171; Faut-il condamner l'Islam ? &#187;. Et r&#233;pond :&#171; Des voix s'&#233;l&#232;vent un peu partout, y compris en France, pour condamner par avance une &#034;attitude manich&#233;enne&#034; qui condamnerait en bloc l'Islam. Le terrorisme islamiste ne serait, selon ces voix, qu'une d&#233;viation ne concernant qu'une petite minorit&#233; de musulmans, ne justifiant en rien une r&#233;action militaire brutale. On r&#233;pondra que le manich&#233;isme peut certes conduire &#224; des exc&#232;s et des injustices. Mais comment ignorer que les criminels qui ont frapp&#233; le c&#339;ur des &#201;tats-Unis, ceux qui &#233;gorgent en Alg&#233;rie ou qui oppriment les femmes en Afghanistan, le font au nom d'Allah ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les causes &#233;tant identifi&#233;es, la traque peut commencer : l'investigation pr&#233;pare l'intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cette investigation est d&#233;lib&#233;r&#233;ment tronqu&#233;e. Car il est express&#233;ment interdit de passer des causes imm&#233;diates des actes de terreur et de l'extension du fondamentalisme, aux conditions qui les ont favoris&#233;es. Les ma&#238;tres-tanceurs, &#233;ditorialistes professionnels ou occasionnels, se coalisent pour enseigner gravement que comprendre revient &#224; justifier et que pour conjurer les tentatives perverses de culpabilisation de l'Occident, voire des victimes, il ne faut retenir que les causes qui ont d&#233;clench&#233; les attentats et oublier les conditions qui, en favorisant la radicalisation du fondamentalisme religieux, les ont rendus possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un prodigieux ethnocentrisme s'empare alors des m&#233;dias : celui-l&#224; m&#234;me qui proclame que &#171; nous sommes tous am&#233;ricains &#187;, parce que, comme l'affirme sans fard Jean-Marie Colombani, &#171; nous &#187; devons aux Etats-Unis notre libert&#233;. Ceux qui leur doivent des agressions militaires, le soutien &#224; des r&#233;gimes d'oppression et une large part de leur mis&#232;re sont hors-jeu, irrationnels. On peut, certes, comme Laurent Joffrin nous y invite, s'exercer &#224; faire preuve d'un peu d' &#171; empathie provisoire &#187; (&lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; du 20-26 septembre), mais avec toute la condescendance qui convient aux d&#233;positaires de la libert&#233; et de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La communion obligatoire avec &#171; les &#187; Am&#233;ricains suffit alors &#224; identifier l'adversaire : l'&#034; anti-am&#233;ricanisme &#034;. Une bien jolie notion qui amalgame tout et n'importe quoi et permet de d&#233;couvrir ensuite que cet adversaire est composite, &#233;tant la somme de tout et de n'importe quoi, &#034; antimondialistes &#034; en t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'est &#233;videmment au &lt;/i&gt;Figaro&lt;i&gt; que l'on devra les d&#233;clarations les plus tonitruantes. Comme celle-ci : &#171; En France Jos&#233; Bov&#233; fait arracher les &lt;strong&gt;cultures cens&#233;es &#234;tre OGM&lt;/strong&gt; (sic) par ses partisans, &lt;strong&gt;sous l'&#339;il bienveillant des gendarmes&lt;/strong&gt; (re-sic), il &#034;d&#233;monte&#034; les Mc Do, sous pr&#233;texte de combattre la mondialisation. &lt;strong&gt;Ce n'est pas la m&#234;me &#233;chelle que les attentats de New York, certes, mais cela proc&#232;de du m&#234;me esprit&lt;/strong&gt; &#187; (Max Clos, &lt;/i&gt;Le Figaro&lt;i&gt; du 14-09, page 20, soulign&#233; par moi)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre m&#233;diatique est alors d&#233;clar&#233;e. Une guerre dans laquelle les &#233;ditorialistes font office de g&#233;n&#233;raux : les &#233;ditorialistes officiels, attitr&#233;s comme Jacques Julliard et Claude Imbert ou moins titr&#233;s comme Bernard Guetta et Delfeil de Ton ; les &#233;ditorialistes officieux, associ&#233;s comme BHL et Alain Minc ou auxiliaires comme Pascal Bruckner et Alain Finkielkraut. De leurs plumes g&#233;n&#233;reuses ne jaillit qu'un seul cri d'encre : haro sur l'&#171; anti-am&#233;ricanisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois l'explication expurg&#233;e les camps m&#233;diatiquement constitu&#233;s, l'entreprise de l&#233;gitimation de la guerre est achev&#233;e. Et &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; publie d&#232;s le 28 septembre un d&#233;pliant en papier glac&#233; qui nous propose &#171; La carte des op&#233;rations &#187; : pour que nous puissions les suivre agr&#233;ablement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 octobre la guerre est d&#233;clench&#233;e. Comment la rendre efficace ? Les m&#233;dias dominants tentent alors d'apporter leur modeste contribution...&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;II. Comment la guerre devint &#171; efficace &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une guerre sans images et sans t&#233;moins &#187;, proclament les m&#233;dias, qui contribuent pourtant &#224; l'effort de guerre en mobilisant un lexique, une d&#233;ontologie, une posture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Lexique.&lt;/strong&gt; Quelques exemples du lexique de guerre les r&#233;sument tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Terrorisme&lt;/strong&gt; : peut se dire de n'importe quel acte de violence aveugle, de pr&#233;f&#233;rence quand il touche des victimes occidentales. Son usage peut &#234;tre prudemment distinctif : on parlera donc, dans tel &#233;ditorial du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; (20 octobre, p. 19), du &#034; terrorisme d'Etat &#034;, mais pour ne l'appliquer, au sein de &#034; l'Alliance &#034;, qu'&#224; la Russie et &#224; la Chine. Son usage peut &#234;tre g&#233;n&#233;reusement extensif : ainsi, dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, il s'&#233;tend au &#034; terrorisme quotidien &#034; (des jeunes d&#233;linquants) et au &#034; terrorisme syndical &#034; (des ouvriers de Moulinex), qui tous deux nourrissent celui des &#034; islamistes &#034; (&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, 2 et 16 novembre 2001).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Victimes civiles&lt;/strong&gt; : sont - indubitablement - &#171; innocentes &#187; quand elles sont am&#233;ricaines, et perdent cet adjectif pour devenir &#034; accidentelles &#034; quand elles sont afghanes. N'&#233;tant que ces &#339;ufs qu'il faut casser pour faire de bonnes omelettes militaires, comme nous l'explique, dans &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, Bernard-Henri L&#233;vy, par ailleurs grand reporter associ&#233; au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; et &#224; ses dignitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Frappes&lt;/strong&gt; : remplace avec bonheur le terme de &#171; bombardements &#187;, dont les cons&#233;quences apparemment involontaires seront pr&#233;sent&#233;es comme des cons&#233;quences impr&#233;visibles, puisqu'elles ne sont, avec ou sans guillemets, que des dommages collat&#233;raux, des bavures (Jacques Amalric &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 31/10, p. 5) ou des incidents (Fran&#231;oise Chipaux, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 19 octobre, p.3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. D&#233;ontologie.&lt;/strong&gt; Elle tient en quelques r&#232;gles qui permettent d'afficher l'ind&#233;pendance du journalisme. En voici trois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#232;gle n&#176; 1&lt;/strong&gt; : Ne tenir pour vraies que les informations qui viennent de sources ind&#233;pendantes. Pour les autres, user du conditionnel. Mais le conditionnel conditionne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pendant la guerre du Kosovo, le conditionnel permet de mobiliser en majorant. Ce qui nous valut cette envol&#233;e de Jean-Pierre Pernaut : &#171; Il y aurait 100 000 ou 200 000 victimes, tout &#231;a au conditionnel, bien s&#251;r &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pendant la guerre d'Afghanistan, le conditionnel permet de relativiser en minorant. Il y a aurait, selon les talibans, 1500 victimes civiles : &#224; mettre donc au conditionnel, &#171; bien s&#251;r &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; tenter d'&#233;valuer r&#233;ellement le nombre des victimes, ce sera pour plus tard ou jamais...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#232;gle n&#176; 2&lt;/strong&gt; : Pratiquer en permanence une autocritique de pr&#233;f&#233;rence autosatisfaite. Lors de la guerre du Kosovo, les m&#233;dias, par la bouche de Laurent Joffrin, furent d&#233;clar&#233;s &#171; exemplaires &#187;. On se doute que cette fois, ils se jugent &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; exceptionnels &#187; et que lors de la prochaine guerre, ils seront, comme le pronostique Serge Halimi, proprement &#034; &#233;poustouflants &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#232;gle n&#176; 3&lt;/strong&gt; : Multiplier les &#171; tribunes &#187; et les &#171; d&#233;bats &#187; qui permettent de fusionner l'expression d&#233;mocratique et son simulacre et de conforter une ligne &#233;ditoriale favorable &#224; la guerre en m&#233;nageant un espace &#224; sa contestation. &lt;br class='autobr' /&gt;
. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;3. Posture.&lt;/strong&gt; Install&#233;s dans l'&#233;vidence de la guerre l&#233;gitime, les m&#233;dias sont pris de court tant qu'elle para&#238;t militairement &#171; inefficace &#187; - du moins jusqu'&#224; &#171; la prise de Kaboul &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La presse &#233;crite doit faire face &#224; quelques questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humanitaire est-il confondu avec le militaire ? On donne assez largement la parole &#224; ceux qui contestent cette confusion, quitte &#224; affirmer, comme Claire Tr&#233;an dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, que les humanitaires ont - je cite - des &#171; &#233;tats d'&#226;me &#187; et que leurs arguments rel&#232;vent - je cite encore - de &#171; subtilit&#233;s th&#233;ologiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit international est-il bafou&#233; ? On fera un dossier complet - mais le plus tard possible - pour nous expliquer que tout est d&#233;sormais l&#233;gal et que ce qui est l&#233;gal est l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre d&#233;&#231;oit-elle les attentes des m&#233;dias bellig&#233;rants ? La presse dominante doit alors faire &#233;tat de ses malaises. L'&#233;ditorialiste anonyme du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, multiplie les admonestations et les conseils vertueux &#224; l'intention des &#034; d&#233;cideurs &#034;. &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; ira m&#234;me jusqu'&#224; recommander &#224; Bush de changer de strat&#233;gie, mais sans renoncer &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, la presse &#233;crite ne se d&#233;partit pas du r&#244;le de conseiller politique et militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quant aux t&#233;l&#233;visions, comme TF1 ou France 2, elles doivent faire face &#224; l'audimat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors elles font leur possible pour agr&#233;menter les rares informations qu'elles obtiennent de quelques reportages &#224; la fronti&#232;re ou aupr&#232;s des forces de l'Alliance du Nord. Mais comme la guerre dure, le filon s'&#233;puise et l'audience menace de baisser... Heureusement, d'autres faits divers viennent &#224; la rescousse : une fusillade &#224; Tours, la mort accidentelle d'une championne de ski, une catastrophe dans un tunnel... Install&#233;s dans l'&#233;vidence d'une juste guerre et afflig&#233;s par la banalit&#233; des bombardements, le journalisme audimateux est oblig&#233; de distraire les t&#233;l&#233;spectateurs par des faits divers spectaculaires, au risque, parfaitement assum&#233;, de transformer la guerre elle-m&#234;me en un concentr&#233; de faits divers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un exemple parmi d'autres. Lundi 29 octobre, journal de 20 h sur TF1. Pr&#233;sentation Jean-Claude Narcy. Pour ouvrir le journal, deux faits divers. La fusillade de Tours nous vaut 6 mn 20 d'informations sur &#171; un sc&#233;nario aussi dramatique qu'inhabituel &#187;, comme le dit une journaliste. R&#233;cits des faits, t&#233;moignages, sujet sur la d&#233;tention des armes &#224; feu, reportage sur l'auteur de la fusillade. Le simulacre de l'exhaustivit&#233; au service d'un fait divers. L'accident du tunnel du Gothard nous vaut 6 mn d'informations qui en encha&#238;nent un &#171; sujet &#187; sur l'accident, un &#171; sujet &#187; sur l'ouverture du tunnel du Mont-Blanc, un &#171; sujet &#187; sur un autre tunnel. D'o&#249; il ressort, une deuxi&#232;me fois, que la s&#233;curit&#233; des personnes, d&#233;cid&#233;ment, n'est pas assur&#233;e. Enfin, vient la guerre. Ce qui nous vaut le bric-&#224;-brac suivant : la mobilisation des &#171; islamistes &#187; au Pakistan (2mn40), les fun&#233;railles des chr&#233;tiens massacr&#233;s la veille, un reportage sur la communaut&#233; chr&#233;tienne de Josesabad (2mn 20), un tr&#232;s joli document de la Marine Nationale (1mn) et, &#171; pour en revenir &#224; la strat&#233;gie am&#233;ricaine &#187; comme dit Jean-Claude Narcy, un &#171; sujet &#187; sur les erreurs de tirs et les risques d'enlisement. Et, pour en finir avec la guerre, des images, dat&#233;es du 18 octobre, dont l'origine est incertaine, mais qui nous assure-t-on, nous montrent o&#249; pourraient se cacher les taliban. Qu'est-ce qui ressort de ce patchwork ? Presque rien qui puisse s'&#233;noncer pr&#233;cis&#233;ment. Quant au conflit isra&#233;lo-palestinien, il est exp&#233;di&#233; en une phrase, avant que commence le r&#233;cit sur l'accident de R&#233;gine Cavagnoud, dont la mort nous vaudra, les 30 et 31 octobre, plus de 10 minutes d' &#171; informations &#187; au d&#233;but des JT de TF1 : un d&#233;luge d'&#233;motion qui rend futiles les informations sur la guerre ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la loi du petit &#233;cran : le comble de la d&#233;sinformation, ce sont - mensonges et trucages mis &#224; part - les informations lacunaires agr&#233;ment&#233;es d'explications fragmentaires, qui &#233;pousent l'&#233;vidence de la &#034; juste guerre &#034; et... le &#034; rythme de l'actualit&#233; &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, la t&#233;l&#233;vision ne se d&#233;partit pas du r&#244;le de narrateur et d'illustrateur complaisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Et comme &#034; seule la victoire et belle &#034;, depuis la chute de Kaboul, toutes les informations qui contrarient l'enthousiasme de rigueur seront mentionn&#233;es (quand elles le seront...), sans faire l'objet de commentaires trop d&#233;sobligeants : le soutien apport&#233; par le gouvernement am&#233;ricain &#224; la politique d'Ariel Sharon sera class&#233; sous une autre rubrique, les menaces d'interventions dans tous les pays dont ce m&#234;me gouvernement dresse et modifie la liste &#224; son gr&#233; n'impliquera aucun r&#233;examen de la notion de &#034; l&#233;gitime d&#233;fense &#034;, les victimes civiles seront &#224; peine mentionn&#233;es et les massacres de prisonniers de guerre ne feront l'objet que de quelques questions ...etc. etc...&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;...&lt;/h3&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Essayons d'&#234;tre juste. Il serait faux d'affirmer que les m&#233;dias dominants ont &#233;pous&#233; la propagande de guerre de la &#171; Sainte Alliance &#187; : ils se sont content&#233;s d'apporter &#224; cette guerre le renfort de leur propre propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une propagande qui appelle une critique intransigeante et vigilante. Intransigeante, dans la mesure o&#249; les machines m&#233;diatiques font office d'auxiliaires de la guerre sans fin des grandes puissances, m&#234;me si nombre de journalistes tentent de se soustraire &#224; cette fonction. Vigilante, dans la mesure o&#249; les d&#233;bats dans lesquels les tenanciers des m&#233;dias nous conc&#232;dent parfois d'intervenir sont m&#233;diatiquement orchestr&#233;s pour l&#233;gitimer - d&#233;mocratiquement - leurs options guerri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Maler&lt;/strong&gt;, 2 d&#233;cembre 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans la &lt;a href=&#034;http://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-Revue_d_%C3%A9tudes_palestiniennes_n%C2%B0_82-2460-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Revue d'Etudes Palestiniennes&lt;/i&gt;, n&#176; 82, nouvelle s&#233;rie, hiver 2002&lt;/a&gt;, pp. 28-33.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Nous sommes tous Am&#233;ricains&#034; (1) : le c&#233;l&#232;bre &#233;ditorial </title>
		<link>https://www.acrimed.org/Nous-sommes-tous-Americains-1-le-celebre-editorial</link>
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		<dc:date>2002-08-19T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Maler</dc:creator>


		<dc:subject>&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>USA</dc:subject>
		<dc:subject>Jean-Marie Colombani</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Jean-Marie Colombani fait &#339;uvre originale....&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-2001-2002-Attentats-aux-Etats-Unis-guerre-en-" rel="directory"&gt;2001-2002 : Attentats aux &#201;tats-Unis, guerre en Afghanistan&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-Monde-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-USA-+" rel="tag"&gt;USA&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Jean-Marie-Colombani-+" rel="tag"&gt;Jean-Marie Colombani&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'attaque des deux tours du World Trade Center et du Pentagone a provoqu&#233;, dans les m&#233;dias fran&#231;ais et europ&#233;ens, une orgie de compassion pour le peuple am&#233;ricain (&#224; comparer avec l'indiff&#233;rence pour les souffrances d'autres peuples) et de d&#233;clarations enthousiastes en faveur des Etats-Unis et de son gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la pointe de cette am&#233;ricanophilie, un &#233;ditorial de Jean-Marie Colombani publi&#233; dans l'&#233;dition dat&#233;e du 13 septembre 2001. Et, bient&#244;t, en rangs serr&#233;s, la cohorte des copistes &lt;i&gt;(2 octobre 2001).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;&#034; Nous sommes tous Am&#233;ricains &#034;, &lt;br/&gt;
par Jean Marie- Colombani&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034; &lt;/i&gt;Dans ce moment tragique o&#249; les mots paraissent si pauvres pour dire le choc que l'on ressent, la premi&#232;re chose qui vient &#224; l'esprit est celle-ci : nous sommes tous Am&#233;ricains ! Nous sommes tous New-Yorkais, aussi s&#251;rement que John Kennedy se d&#233;clarait, en 1962 &#224; Berlin, Berlinois. Comment ne pas se sentir en effet, comme dans les moments les plus graves de notre histoire, profond&#233;ment solidaires de ce peuple et de ce pays, les Etats-Unis, dont nous sommes si proches et &#224; qui nous devons la libert&#233;, et donc notre solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[ &#8230;] Cette situation commande &#224; nos dirigeants de se hisser &#224; la hauteur des circonstances. Pour &#233;viter aux peuples que ces fauteurs de guerre convoitent et sur lesquels ils comptent d'entrer &#224; leur tour dans cette logique suicidaire. Car on peut le dire avec effroi : la technologie moderne leur permet d'aller encore plus loin. La folie, m&#234;me au pr&#233;texte du d&#233;sespoir, n'est jamais une force qui peut r&#233;g&#233;n&#233;rer le monde. Voil&#224; pourquoi, aujourd'hui, nous sommes am&#233;ricains. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Que Jean-Marie Colombani se sente am&#233;ricain est un sentiment priv&#233; qui ne regarde que lui. Que Jean-Marie Colombani, p&#226;le imitation de John Kennedy, transpose &#034;Ich bin ein Berliner&#034; en d&#233;clarant &#034;je suis un am&#233;ricain&#034; serait un acc&#232;s d'identification int&#233;ressant, mais somme toute, b&#233;nin. Qu'il confonde les dates - le discours de Kennedy date du 26 juin 1963, et non de 1962 - est sans doute d&#251; &#224; un exc&#232;s de pr&#233;cipitation. Que la correction apparaisse sur le site du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, le jour de la parution (avant de dispara&#238;tre et de repara&#238;tre &#224; nouveau), sans qu'&#224; ce jour (sauf erreur...) aucun rectificatif ne soit publi&#233; dans la version papier n'est peut-&#234;tre qu'une d&#233;faillance technique (et d&#233;ontologique) mineure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Jean Marie Colombani parle pour &#034;nous&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#034;nous&#034; de majest&#233; friserait la m&#233;galomanie, mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. C'est un &#034;nous&#034; de solidarit&#233;&#034; qui englobe non seulement tout un peuple, mais tout un pays, gouvernement inclus, voire gouvernement d'abord. Et ce &#034;nous&#034; ne d&#233;signe pas collectivement la r&#233;daction du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, mais le monde entier, c'est-&#224;-dire, selon une optique tout &#224; fait singuli&#232;re, cette partie du monde qui, doit aux Etat-Unis, sa libert&#233;. Et ceux qui doivent aux gouvernements et &#224; l'arm&#233;e des Etats-Unis, l'oppression, la servitude ou la guerre ? &lt;i&gt;(H.M.)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Tous m&#233;dias : &#034;Cachez ces causes qui nous importunent&#034;</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Tous-medias-Cachez-ces-causes-qui-nous-importunent</link>
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		<dc:date>2002-08-17T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>USA</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un interdit de comprendre nettement d&#233;clar&#233;, sous couvert du refus l&#233;gitime de justifier&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-2001-2002-Attentats-aux-Etats-Unis-guerre-en-" rel="directory"&gt;2001-2002 : Attentats aux &#201;tats-Unis, guerre en Afghanistan&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-USA-+" rel="tag"&gt;USA&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le lendemain m&#234;me des attentats du 11 septembre 2001, la mutilation des explications commence : un interdit de comprendre est na&#239;vement ou cyniquement d&#233;clar&#233;, sous couvert du refus l&#233;gitime de justifier. Cela commence, par exemple, par un commentaire saisi sur TF1 et que nous avions titr&#233; en 2001 : &#171; Cachez cette opinion que je filme pour l'an&#233;antir. &#187; (22 ao&#251;t 2002)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;TF1, 12 septembre, vers 21 heures. Micro-trottoir &#224; New-York. Des am&#233;ricains disent leur effarement. L'un d'entre eux, le dernier au montage, se risque &#224; dire que les attentats s'expliquent peut-&#234;tre aussi par les injustices commises dans le monde par les U.S.A. Commentaire imm&#233;diat qui conclut le reportage : &#034; On s'imagine bien que ce n'est pas ce que pense la majorit&#233; des am&#233;ricains &#034;. (Premi&#232;re publication : 13-09-2001)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Chercher &#224; ne pas comprendre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'ampleur des destructions et au nombre des victimes, la r&#233;flexion imm&#233;diate sur les causes peut para&#238;tre inopportune, voire ind&#233;cente. L'une de ces causes, pourtant, ne peut &#234;tre pass&#233;e sous silence : &#034;le terrorisme a pour cause le terrorisme&#034;. Et comme c'est ind&#233;niable, tous les m&#233;dias se pr&#233;cipitent sur la chronique des avions d&#233;tourn&#233;s, des prises d'otages et des attentats ; sur les description de la &#034; mouvance terroriste &#034; et sur la biographie de Ben Laden et de ses r&#233;seaux ; sur les d&#233;faillances des services secrets et sur les failles de la s&#233;curit&#233; a&#233;rienne. Soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, ce trop plein ne suffit pas. Alors, dans la presse &#233;crite surtout, on s'interroge sur les cons&#233;quences &#233;ventuelles de &#034; l'isolationnisme &#034; qu'aurait pratiqu&#233; l'administration Bush. C'est un peu court. Mais, comme il ne faut pas - ce serait inopportun, voire ind&#233;cent - remonter plus haut dans la chronologie et creuser plus profond dans la d&#233;tection des causes, on s'arr&#234;te l&#224;, stup&#233;faits au milieu des d&#233;combres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques exceptions, bien s&#251;r, discutables - &#233;videmment - trouent le silence. Exemples :Christian Malar, sur France 3, le 12/09 vers 19h30, et &#8230; Serge July, dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; (13/09, derni&#232;re page) : &#034; La meilleure d&#233;fense contre le terrorisme, ce n'est pas la guerre, c'est la justice &#034;. Faudra-t-il d&#233;corer Serge July ? (Premi&#232;re publication : 13-09-2001)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Le dur chemin de la v&#233;rit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La biographie de Ben Laden oblige &#224; raconter qu'il a &#233;t&#233; soutenu par la CIA. Que ses &#034;r&#233;seaux&#034; ainsi que le talibans ont b&#233;n&#233;fici&#233; de l'appui du gouvernement et des services secrets am&#233;ricains pendant la guerre contre l'intervention sovi&#233;tique en Afghanistan et au-del&#224;. Que les &#034;terroristes&#034; sont donc, pour une part, leur cr&#233;ature. Mais presque jamais le r&#233;cit ne va jusque-l&#224; : ce serait basculer dans la recherche des causes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu &#224; peu, cependant, la v&#233;rit&#233; se fraie un chemin. Le soup&#231;on de &#034;cynisme&#034; jet&#233; sur la politique am&#233;ricaine, prudemment distill&#233; par &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, atteint reportages et commentaires. Ainsi sur TF1, dans une br&#232;ve &#233;vocation au journal de 20 heures. Comment, en effet, &#034;&#224; l'heure de la riposte&#034;, ne rien dire du soutien accord&#233; par les gouvernements des USA au r&#233;gime des talibans, &#224; celui du Pakistan, &#224; celui d'Arabie saoudite ? On peut m&#234;me lire, dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 17 septembre, une analyse de Fran&#231;ois Lafargue titr&#233;e, sans la moindre ambigu&#239;t&#233; &#034;Ceux qui ont fabriqu&#233; les taliban&#034;. Il est vrai qu'il s'agit d'une &#034;Tribune libre&#034;...&lt;br /&gt;(Premi&#232;re publication : 13-09, compl&#233;t&#233; le 17-09 -2001- Titre modifi&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyons justes (ou, du moins essayons...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D&#232;s le 13 septembre, &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; publiait (pages 21-22) une entretien avec Richard Labevi&#232;re (R&#233;dacteur en chef &#224; RFI), titr&#233;, &#224; propos de Oussama Ben Laden, &#034;Un pur produit des services am&#233;ricains&#034;. Antiam&#233;ricanisme primaire ? (19-09-2001)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; s'&#233;veille... Dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; du 19-09, page 8, on peut lire en bas de page &#224; droite, un articulet (mais en caract&#232;res gras..) intitul&#233; &#034;Liaisons dangereuses&#034;, qui rappelle le soutien accord&#233; aux talibans par le gouvernement des USA... (Premi&#232;re publication : 19-09-2001)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; aussi. &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; consacre - sous-le m&#234;me titre que celui du Figaro : &#034;Liaisons dangereuses&#034; - un long article aux alliances tiss&#233;es par le gouvernements des USA en Afghanistan. Quant &#224; tenter d'en tirer des le&#231;ons, ce sera pour une autre fois... (Premi&#232;re publication : 22-09-2001)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; toutes les autres questions que l'on pourrait se poser, elle seront d&#233;clar&#233;es inconvenantes et, pour tout dire, &#171; antiam&#233;ricaines &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>T&#233;l&#233;visions : &#171; Exhiber cette &#233;motion qui nous submerge &#187; (En direct de TF1)</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Televisions-Exhiber-cette-emotion-qui-nous-submerge-En-direct-de-TF1</link>
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		<dc:date>2002-08-16T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>TF1</dc:subject>
		<dc:subject>France 2</dc:subject>
		<dc:subject>USA</dc:subject>
		<dc:subject>Faits divers</dc:subject>
		<dc:subject>Patrick Poivre d'Arvor</dc:subject>
		<dc:subject>Journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Daniel Bilalian </dc:subject>
		<dc:subject>Jean-Pierre Pernaut</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un fait divers, gigantesque et catastrophique ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-2001-2002-Attentats-aux-Etats-Unis-guerre-en-" rel="directory"&gt;2001-2002 : Attentats aux &#201;tats-Unis, guerre en Afghanistan&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-TF1-+" rel="tag"&gt;TF1&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Grande consommatrice d'images et d'&#233;motions, la t&#233;l&#233;vision - gav&#233;e d'images de la catastrophe - a parfaitement rempli son r&#244;le : c'est-&#224;-dire le r&#244;le qu'elle se donne, en rabattant &#171; l'&#233;v&#233;nement &#187; sur le fait divers, gigantesque et catastrophique. En guise de pr&#233;ambule, des fragments d'analyses extraits des directs de TF1, un &#233;cho de France 2, en hommage &#224; Daniel Bilalian (22 ao&#251;t 2002).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;France 2, 11 septembre, vers 21 heures, Daniel Bilalian rejoint David Pujadas. Il a une r&#233;v&#233;lation &#224; faire. Une des ses sources lui aurait dit, ce n'est pas confirm&#233;, il faut beaucoup de prudence, mais il faut le dire quand m&#234;me, au cas o&#249; l'information serait v&#233;rifi&#233;e : l'avion qui s'est &#233;cras&#233; en Pennsylvanie aurait vis&#233; une centrale nucl&#233;aire. L'important, c'est que Bilalian dise l'extraordinaire sur ce qu'il appelle lui-m&#234;me, depuis la prise d'antenne, un &#233;v&#233;nement &#034; extraordinaire, au sens litt&#233;ral du terme &#034;. (Premi&#232;re publication : 13-09-2001- sous le titre &#171; Daniel Bilalian informe... &#187; )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Un gigantesque fait divers ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait divers est une aubaine pour les fabricants de consensus. Ils f&#233;d&#232;re les audiences, fait grimper l'audimat, garantit par cons&#233;quent l'ampleur des ressources publicitaires. Il est d'autant mieux adapt&#233; &#224; la t&#233;l&#233;vision, qu'il se pr&#234;te &#224; la narration et &#224; l'&#233;motion. A la narration, parce qu'il permet de d&#233;rouler un r&#233;cit autour d'une ou plusieurs actions, qui mettent en sc&#232;ne des personnages principaux et des personnages subalternes (des t&#233;moins). Les questions se transforment en intrigues et les probl&#232;mes en myst&#232;res. A l'&#233;motion, parce que toute douleur invite &#224; la compassion, surtout quand elle peut &#234;tre mise en images, si possible spectaculaires. Force est de dire que la t&#233;l&#233;vision &#034;informe&#034; sur les attentats aux USA, comme s'il s'agissait d'un gigantesque fait divers. (Premi&#232;re publication :15-09-2001)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Quand TF1 se recueille&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 14 septembre 2001, 12 heures. Une fois encore, les images de l'attentat mont&#233;es comme un vid&#233;o-clip, mais soutenues cette fois par &lt;i&gt;La Marche fun&#232;bre&lt;/i&gt; de Chopin. Mettre en sc&#232;ne le comble de l'&#233;motion et mettre l'&#233;motion &#224; son comble : tout le savoir faire des fabricants d'images de TF1. Peut-&#234;tre bient&#244;t en vid&#233;o-cassette. Et Jean-Pierre Pernaud, dans un r&#244;le enfin &#224; sa mesure : &#034;Et nous, &#224; TF1, comme des millions d'entre vous, nous allons respecter ces minutes de silence en soutien au peuple am&#233;ricain&#034;. Mais le silence et l'&#233;cran noir &#224; la t&#233;l&#233; signaleraient l'incident technique. Pour soutenir notre recueillement, des images de la d&#233;vastation et de l'inqui&#233;tude des familles &#224; la recherche de leurs disparus. Et toutes les images de la tristesse et de la d&#233;solation : vid&#233;o-clip de la &lt;i&gt;Marche Fun&#232;bre&lt;/i&gt; et de la solidarit&#233;, version TF1. Au terme des trois minutes r&#233;glementaires (ou m&#234;me avant qu'elles ne s'ach&#232;vent : 3 mn, c'est long !), brutalement, un &#233;cran publicitaire de TF1 pour une &#233;mission de TF1. La messe cathodique &#233;tait finie&#8230; (Premi&#232;re publication :16-09-2001)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;En direct de TF1 , le 17 septembre 2001&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TF1 a r&#233;ussi un joli &#034;coup&#034; : le cha&#238;ne a exp&#233;di&#233; ses deux vedettes - Jean-Pierre Pernaud et Patrick Poivre d'Arvor - pr&#233;senter en direct de New York, pendant plusieurs jours, les journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s. En direct de Nerw York, c'est-&#224;-dire en direct de TF1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TF1, 13 heures, le 17 septembre 2001. Jean-Pierre Pernaud aux commandes pendant plus d'une heure. Ce qui nous vaut une succession de &#034;reportages&#034;, dont l'ordonnancement ne doit rien au hasard : 1. Deux t&#233;moignages de bless&#233;s dans un h&#244;pital ; 2. Un &#034;sujet&#034; sur les sauveteurs ; 3. Un bref direct avec un fran&#231;ais rescap&#233; ; 4. Un &#034;sujet&#034; sur les personnes &#233;vacu&#233;es, dans - c'est JPP qui le dit - &#034;un camp de r&#233;fugi&#233;s&#034; ; 5. Un bref direct avec un autre t&#233;moin ; 6. Un &#034;sujet&#034; sur les b&#233;n&#233;voles ; 7. Un &#034;sujet&#034; sur ... JPP, dans les rues de Manhattan devant les messages des familles qui cherchent des disparus ; 8. Un &#034;sujet&#034; sur les &#034;pompiers&#034;, nouveaux &#034;h&#233;ros de l'Am&#233;rique&#034; ; 9. Un &#034;sujet&#034; avec un repr&#233;sentant de la Croix-Rouge...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est alors 13h20. Les rares informations nouvelles donn&#233;es jusqu'alors l'ont &#233;t&#233; au d&#233;tour des passages de JPP &#224; l'antenne, plus fugitives que des interruptions publicitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. JPP brandit le&lt;i&gt; Daily News&lt;/i&gt; et souscrit &#224; son titre : &#034;Croisade&#034;, avant de ....11. Laisser la parole &#224; Georges Bush qui mentionne cette fameuse croisade, dans un &#034;sujet&#034; centr&#233; sur le comportement personnel du Pr&#233;sident. 12. Retour &#224; l'antenne de JPP qui insiste sur la &#034;Croisade&#034; qui serait le titre des journaux am&#233;ricains, comme , dit-il, &#034;de la plupart de vos journaux ce matin&#034;. Et &#231;a continue : 13. Un &#034;sujet&#034; sur les r&#233;servistes et les troupes am&#233;ricaines ; 14. Un direct avec un &#034;envoy&#233; sp&#233;cial&#034; - Gauthier R. - qui d&#233;clare que le &#034;terme de croisage est tout &#224; fait appropri&#233;&#034;. Qu'on s'oriente vers un &#034;choc des civilisations&#034;. Et pr&#233;cise : &#034;C'est ainsi que les am&#233;ricains le sentent&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#231;a continue : 15. Un &#034;sujet&#034; sur le point de l'enqu&#234;te ; 16. Un &#034;sujet&#034; sur l'a&#233;roport de Washington ; 17. Un &#034;sujet&#034; sur le patriotisme des am&#233;ricains etc...etc. Il est 19h36, quand est &#233;voqu&#233;e la fuite de plus en plus massive des afghans. Et ce n'est pas fini. Mais faut-il continuer ? Pas un mot sur la nature de la &#034;riposte&#034; et sur les questions qu'elle soul&#232;ve... Rendez-vous &#224; 20 heures. (Premi&#232;re publication :17-09-2001)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;En direct de TF1, le 18 septembre 2001&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TF1 13 heures. La &#034;troisi&#232;me de nos &#233;ditions sp&#233;ciales&#034;, comme l'annonce JPP nous propose un sc&#233;nario l&#233;g&#232;rement diff&#233;rent. L'&#233;nonc&#233; du sommaire nous annonce qu'il sera question de &#034;l'escalade ou plut&#244;t de l'intimidation&#034; (JPP ne cessera de reprendre cette expression), de reportages sur l'&#233;motion , de la pr&#233;paration de la &#034;croisade sans merci&#034; promise par Georges Bush.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'abord, le journal commence par un reportage sur la situation du c&#244;t&#233; de l'Afghanistan et du Pakistan. 3 mn. Puis d&#233;filent les &#034;sujets&#034; sur &#034;l'&#233;motion qui reste consid&#233;rable&#034;. Au passage on apprend, de la bouche des reporters, que Bush &#034;serait l&#226;ch&#233; si la riposte n'est pas &#224; la hauteur (?)&#034;, que &#034;la tenue du sauveteur est tr&#232;s &#224; la mode&#034;. Les informations nouvelles - il y en a - sont dilu&#233;es par les reprises des informations (et des images ) des jours pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viennent trois reportages successifs sur les forces en pr&#233;sence : l'arm&#233;e am&#233;ricaine, l'arm&#233;e fran&#231;aise, l'arm&#233;e afghane. On a d&#233;j&#224; oubli&#233; leur contenu, pourtant pr&#233;cis - quand JPP peut annoncer, en toute simplicit&#233; : &#034;Voil&#224; vous savez tout sur les enjeux en cas d'intervention terrestre&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le d&#233;fil&#233; des &#034;sujets&#034; continue. D'Ulysse Gosset, citant le Pr&#233;sident am&#233;ricain, on apprend ceci : &#034;Georges Bush, sh&#233;rif de la plan&#232;te, l'image est impressionnante&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viennent pourtant quelques &#034;sujets qui introduisent un peu de complexit&#233;. Par exemple sur les exactions diverses dont son victimes les am&#233;ricains musulmans et sur leurs r&#233;actions, mais c'est pour nous donner &#224; entendre, selon une formule qui se pr&#234;te &#224; toutes les confusions, qu' &#034;il n'est pas facile de ne pas &#234;tre d'origine am&#233;ricaine&#034;. Les r&#233;actions de la population dans les pays arabes, trait&#233;es rapidement, mais trait&#233;es tout de m&#234;me, le sont de fa&#231;on tr&#232;s ambivalente. On entend, mais fugitivement, Catherine Jentil souligner que l'utilisation par Georges Bush du terme de &#034;Croisade&#034; &#233;veille des souvenirs tr&#232;s particuliers au Moyen-Orient (Et pan sur le bec de JPP qui la veille n'en finissait pas de s'extasier devant ce terme !). Mais dans le reportage suivant, comme c'est souvent le cas, le commentaire consacr&#233; au &#034;sentiment m&#233;lang&#233;&#034; que sucitent les &#233;v&#233;nements &#224; Beyrouth d&#233;vore et d&#233;forme les propos des quelques t&#233;moins invit&#233;s &#224; s'expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est 13h44. C'est le moment choisi pour cultiver l'h&#233;b&#233;tude des &#034;chers t&#233;l&#233;spectateurs&#034;, pour la centi&#232;me fois (compte exact non tenu...), un &#034;rappel des faits&#034; de 5 mn nous raconte l'encha&#238;nement des &#233;v&#233;nements du 11 septembre. Quelques &#034;sujets&#034; encore. 13 heures 55 : il est temps de se quitter. Pas un mot sur ce qui se passe au m&#234;me moment en Palestine ou en Tch&#233;tch&#233;nie :&#034;Voil&#224; vous savez tout sur les enjeux en cas d'intervention terrestre&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal est fini. Un &#233;cran publicitaire lui succ&#232;de, qui nous annonce, &#224; grand renfort de formules ronflantes, le journal du soir en direct de New York avec PPDA. (Premi&#232;re publication :18-09-2001)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;D' une catastrophe &#224; l'autre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Toulouse : catastrophe aux portes de la ville&#034;, titre&lt;i&gt; Le Monde&lt;/i&gt; du 23-24 septembre. La veille le journal de TF1 de 20 heures a consacr&#233; plus d'une demi-heure &#224; l'explosion meurtri&#232;re et ravageuse : une catastrophe chasse l'autre. Mais le sc&#233;nario du JT reste le m&#234;me : l'information est d&#233;vor&#233;e par sa mise en images, les t&#233;moignages prennent les pas sur les faits, ce que l'on a cru ou ce que l'on a craint prend autant d'importance que les cons&#233;quences. Primat de l'&#233;motion et logique de la narration, simulacre de I'exhaustivit&#233; et r&#232;gne de la redondance. Chaque fragment de r&#233;cit reproduit la totalit&#233; du r&#233;cit ; chaque t&#233;moignage en appelle un autre qui r&#233;p&#232;te le pr&#233;c&#233;dent. Le &#034;traitement&#034; de l'explosion de Toulouse &#233;claire celui des attentats de New York : ou comment transformer, quels qu'en soient l'&#233;chelle, le sens et la port&#233;e, tout &#233;v&#233;nement en fait divers. (Premi&#232;re publication :23-09-2001)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La libert&#233; d'expression n'est pas une marchandise</title>
		<link>https://www.acrimed.org/La-liberte-d-expression-n-est-pas-une-marchandise</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/La-liberte-d-expression-n-est-pas-une-marchandise</guid>
		<dc:date>2001-11-24T23:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Barbe</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;A propos du d&#233;ploiement infini du m&#233;ta-syst&#232;me publicitaire, censitaire et anti-d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Publicite-" rel="directory"&gt;Publicit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans mes souvenirs, la publicit&#233; appara&#238;t lentement. Enfant des ann&#233;es 70, je ne m'en souviens pas vraiment, elle s'adressait sans doute &#224; d'autres, aux grandes personnes. Quand ses ma&#238;tres-penseurs l'ont autoproclam&#233;e &lt;i&gt;art majeur&lt;/i&gt; quelques ann&#233;es plus tard, elle demeurait encore dans l'ombre port&#233;e de la soci&#233;t&#233;. Ce n'est plus le cas aujourd'hui et il devient difficile de l'ignorer. La rapidit&#233; de la transformation, juste une g&#233;n&#233;ration, son ubiquit&#233;, sa puissance, ses capacit&#233;s de recyclage, mais aussi son acceptation sociale sont remarquables. Si la publicit&#233; n'a pas suscit&#233; davantage de r&#233;sistances, c'est qu'&#233;videmment la publicit&#233; est ambivalente. Je ne serai pas assez sot pour la diaboliser ici. La publicit&#233;, en m&#233;langeant les genres, les langages, en disant merde &#224; Vauban et &#224; quelques autres, est souvent complice et &#233;mancipatrice. Elle &#034; autorise &#034; son spectateur, lui montre la voie, comme on l'a dit du porno. Alors &#224; quoi bon s'exciter ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est qu'il faut retourner la question et abandonner l'analyse des contenus au profit de l'analyse des m&#233;canismes juridiques et &#233;conomiques. A ce niveau, l'ambivalence de la publicit&#233; dispara&#238;t au profit d'une logique industrielle et comptable. Sans rejeter une certaine forme d'irrationnel, la profession publicitaire met en &#339;uvre un projet syst&#233;matique, un projet d'invasion de la soci&#233;t&#233; par les firmes. Que ce projet se m&#232;ne aussi par la fiction - et particuli&#232;rement ses formes br&#232;ves - n'a rien d'&#233;tonnant, celle-ci a toujours &#233;t&#233; en avance sur la r&#233;alit&#233;. C'est donc de la libert&#233; d'expression qu'il faut discuter, non en censeur, mais en juriste et en politique, ces deux postures qui ont pr&#233;cis&#233;ment pour objet de r&#233;guler la soci&#233;t&#233;. En faisant cet effort, on s'apercevra que la publicit&#233; est fond&#233;e sur un abus de pouvoir initial : la captation par les firmes de la libert&#233; d'expression et son industrialisation progressive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme d'un si&#232;cle de d&#233;veloppement capitaliste forcen&#233;, la publicit&#233; forme un m&#233;ta-syst&#232;me. Elle constitue v&#233;ritablement dans nos pays l'environnement de tous les autres environnements. La publicit&#233; est partout, &#224; chaque instant, la r&#233;f&#233;rence premi&#232;re de toute chose. Devenue liturgie commerciale du quotidien, donneuse de sens, la publicit&#233; est amusante, jolie, &#233;rotique, complaisante, dr&#244;le m&#234;me parfois, tant elle se moque du monde. Les gens qui la produisent sont des cr&#233;atifs, souvent frott&#233;s de cultures contestataires. Dans les incessantes repr&#233;sentations de leur art, les cr&#233;atifs se moquent du monde qu'ils contribuent &#224; construire, mais ils s'en moquent au b&#233;n&#233;fice exclusif de ceux qui les payent, les &#233;lites dirigeantes, qui d&#233;pensent ainsi dans la joie une petite partie de l'argent extorqu&#233; &#224; la population. Les cr&#233;atifs ont peu &#224; peu obtenu le droit de tout dire au nom des firmes. Et au nom de la libert&#233; d'expression, ce droit humain ch&#232;rement acquis par d'autres [qui n'&#233;taient ni publicitaires, ni dirigeants de firmes, mais r&#233;sistants], l'imposition de leurs &#233;ph&#233;m&#232;res et permanentes cr&#233;ations ne conna&#238;t plus de limites. La publicit&#233;, l'ultime et rafra&#238;chissante critique de la soci&#233;t&#233;, est partout et se multiplie sans cesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans cet amer constat d'une anti-d&#233;mocratie de la publicit&#233;, syst&#232;me de repr&#233;sentation totalisant et totalitaire, deux questions qui n'ont jamais vraiment &#233;t&#233; discut&#233;es, parce que le tuyau ombilical de la publicit&#233; en a fait deux &#233;vidences de la nature des choses, la question de l'imposition, comme attenante &#224; celle de la libert&#233; d'expression et la question de l'extension de la libert&#233; d'expression aux firmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proc&#233;dons &#224; quelques exp&#233;riences publicitaires. En affirmant &lt;i&gt;J&#233;sus lave plus blanc&lt;/i&gt; pour promouvoir la lessive J&#233;sus ;, celle que Marie utilisait plusieurs fois par semaine, chaque fois que son fils lui amenait son tas de linge sale, que fait le publicitaire ? Blasph&#232;me-t-il, insulte-t-il la communaut&#233; des croyants ? M&#233;prise-t-il la religion ? Est-il condamnable, en dehors du fait qu'il esp&#232;re mettre les rieurs de son c&#244;t&#233; ? Il n'est pas facile de r&#233;pondre &#224; cette question, d'autant que le cr&#233;atif et son donneur d'ordre invoqueront bient&#244;t la libert&#233; d'expression. Peut-&#234;tre soutiendront-ils m&#234;me, dans un f&#226;cheux ch&#339;ur de faux na&#239;fs audacieux, qu'ils d&#233;fendent ce droit contre l'ordre moral et tous les tabous de la soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le dossier &#034;Sexe, comment la pub fait sauter les tabous&#034;, du magazine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils &#339;uvreraient ainsi pour l'extension des libert&#233;s humaines. Mais &#224; m&#233;langer publicit&#233; des firmes et parole des citoyens, le d&#233;bat sur la libert&#233; d'expression se perd. Au revers des apparences, nous affirmons que le statut publicitaire du message en modifie la nature et que distinguer celui-ci du reste de la parole humaine est un bon moyen pour stopper le harc&#232;lement des int&#233;gristes un peu partout dans le monde contre la libert&#233; d'expression des citoyens. Si tel artiste ou simple citoyen affirme &lt;i&gt;J&#233;sus lave plus blanc&lt;/i&gt;, il proc&#232;de de sa libert&#233; d'expression dans les limites de la r&#233;ception de son message par ses contemporains. Le publicitaire et son donneur d'ordre proc&#232;dent tout autrement. Par l'imposition renouvel&#233;e et polymorphe de leur message. &lt;i&gt;J&#233;sus lave plus blanc&lt;/i&gt; devient un &#233;l&#233;ment oblig&#233; de la culture commune, un &#233;l&#233;ment du formatage courant, qui n'a d'autre l&#233;gitimit&#233; que les millions qu'y consacrent les donneurs d'ordres. L&#224; est une diff&#233;rence essentielle, qui fait de la publicit&#233; non un acte d'expression, mais tout au contraire une structure d'imposition, dont le vrai nom est propagande, une forme de l'oppression. Les publicitaires-propagandistes et leur donneurs d'ordre n'ont aucun droit &#224; se r&#233;clamer de la libert&#233; d'expression, qui n'est aucunement la propri&#233;t&#233; d'une profession ou d'un secteur d'activit&#233;, mais l'essence indivise de la communaut&#233; des humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, nous observons que les firmes proc&#232;dent habilement en faisant passer leur imposition id&#233;ologique relativiste, qui est bien plus que la simple promotion des produits commercialis&#233;s, pour l'essence m&#234;me de la libert&#233; d'expression. Par suite et fort logiquement, ces firmes nous font savoir par la voix de leurs h&#233;rauts auto-c&#233;l&#233;br&#233;s que l'acte de consommer est bien la forme ultime de la d&#233;mocratie. Au risque de passer pour des pisse-froid, les vrais d&#233;fenseurs de la libert&#233; d'expression devraient distinguer formellement le droit d'expression des citoyens, individuellement ou collectivement, et le droit d'expression &#233;tendu aux firmes. Seul le premier nous semble devoir &#234;tre d&#233;fendu. Le droit d'expression des firmes ou des monopoles publics n'a aucune l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique, au contraire, il t&#233;moigne du retour progressif et douloureux aux r&#233;gimes censitaires. La publicit&#233; est aujourd'hui une des formes rieuses de la nouvelle soci&#233;t&#233; censitaire, qui donne aux riches l'exercice effectif des droits des citoyens, en une concession sympathique et perp&#233;tuelle. La publicit&#233; politique fantastiquement d&#233;velopp&#233;e aux Etats-Unis n'est pas le sous-ensemble litigieux, c'est tout l'&#233;difice publicitaire qui proc&#232;de de la m&#234;me d&#233;n&#233;gation d&#233;mocratique. L'argent de la publicit&#233; et de la communication dont nous reparlons plus loin fait aujourd'hui la culture, il aimerait bien se faire la pens&#233;e. Ainsi, la critique int&#233;griste doit &#234;tre entendue, quand elle lutte contre une imposition, un irrespect, un m&#233;pris v&#233;hicul&#233; sans &#233;chappatoire par le m&#233;dia publicitaire. Au contraire de la chasse aux artistes, aux enseignants, aux chercheurs, aux &#339;uvres de l'esprit, parfois tristement d&#233;doubl&#233;e en une ignoble chasse &#224; la femme qui doit avorter ou &#224; l'&#233;tranger non-europ&#233;en, de ces mortelles obsessions qui doivent &#234;tre combattues sans retard. Il serait bien curieux, en v&#233;rit&#233;, d'abandonner la lutte contre l'imposition publicitaire aux mains des seuls int&#233;gristes. Ajoutons &#224; l'attention des croyants de toutes ob&#233;diences, que le mouvement ouvrier et le mouvement social sont quotidiennement insult&#233;s et tra&#238;n&#233;s dans la boue par les publicitaires qui en ont pill&#233; et d&#233;tourn&#233; le patrimoine et les valeurs afin de les neutraliser par le ridicule. &lt;i&gt;Jaur&#232;s lave plus blanc,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Gandhi lave plus blanc&lt;/i&gt; et bient&#244;t &lt;i&gt;Bourdieu lave plus blanc&lt;/i&gt; sont aussi insultants que &lt;i&gt;J&#233;sus lave plus blanc&lt;/i&gt;. Les croyants n'ont pas le monopole du martyr publicitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous proposons, coh&#233;rents en cela avec quelques apostats de la religion publicitaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#034;Casseurs de pub&#034;, roborative revue lyonnaise ou www.antipub.net.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de consid&#233;rer et de d&#233;fendre la seule v&#233;ritable libert&#233; d'expression, celle des citoyens, individus ou groupes, et de r&#233;sister au d&#233;ploiement infini du m&#233;ta-syst&#232;me publicitaire, censitaire et anti-d&#233;mocratique, qui cible aujourd'hui de mani&#232;re privil&#233;gi&#233;e nos enfants et adolescents. Ces propos sur la publicit&#233; comme propagande sont ceux d'un g&#233;ographe, cela n'a rien d'anodin. La r&#233;f&#233;rence &#224; Augustin Berque, g&#233;ographe de la m&#233;diance ou &#224; Abraham Moles, psycho-g&#233;ographe pourra appara&#238;tre exotique. Il n'en est rien. La publicit&#233; g&#233;n&#232;re aujourd'hui sa propre g&#233;ographie du monde, car &lt;i&gt;les trajets d'ordre ph&#233;nom&#233;nal et ceux d'ordre physique ne peuvent se dissocier absolument. Le sensible et le factuel s'y composent en proportions variables. Chevauchant ainsi la distinction th&#233;orique du subjectif et de l'objectif, disons qu'ils sont trajectifs ; qu'&#224; la fois mat&#233;riel et id&#233;el, le processus en question est une trajection &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Augustin Berque, &#034;M&#233;diance, de milieux en paysages&#034;, 1990.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La publicit&#233;, m&#233;ta-paysage, est empreinte et matrice de la soci&#233;t&#233; mondiale des in&#233;galit&#233;s. Elle tend &#224; devenir le mode de relation principal et malheureusement censitaire entre les soci&#233;t&#233;s et leur environnement, entre les soci&#233;t&#233;s, entre les humains, entre les hommes et les femmes. En for&#231;ant le texte de Berque, j'&#233;cris que la publicit&#233; est aujourd'hui une forme censitaire, habile et vorace de la trajection et qu'il nous faut int&#233;grer rapidement cette donn&#233;e dans notre action politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajouterai pour clore, tr&#232;s provisoirement, cette contribution au d&#233;bat que la publicit&#233; comme syst&#232;me relativiste absolu tend &#224; cr&#233;er elle-m&#234;me les conditions de son apparente disparition. En assurant les conditions de son invisibilit&#233; sociale par une nouvelle strat&#233;gie, les &#233;lites transforment partiellement la publicit&#233; en ce qu'il faut nommer [mis&#233;rablement, car il y a tromperie sur l'appellation] communication et qui n'est rien d'autre que la publicit&#233; int&#233;gr&#233;e. J'accole ainsi trois termes, fortement semblables dans leur objet social principal, l'imposition d'un ordre anti-d&#233;mocratique, mais diff&#233;rents dans leur apparence, leur visibilit&#233; et donc leur rep&#233;rage possible, du plus trivial au plus int&#233;gr&#233;, propagande, publicit&#233; et communication. Tous trois op&#232;rent dans l'imposition, nous l'avons dit, mais pour le dernier d'entre eux, le plus discret, l'effac&#233;, la production des innombrables services de communication, par un puissant effet de diversion et d'intrusion, envahit et occupe l'espace du discours s&#233;rieux. La communication, o&#249; se dissout &#233;galement le journalisme, cr&#233;e ainsi les conditions pour que les acteurs d&#233;veloppent, en contrepoint des faits et de la r&#233;alit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'analyse de Christophe Dejours dans &#034;Souffrance en France, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un discours de remplacement, un discours factice, notamment dans l'entreprise et la vie politique. L&#224; encore, nous aurions tort de conc&#233;der notre droit d'expression, sous pr&#233;texte de division du travail, aux propagandistes dipl&#244;m&#233;s du syst&#232;me capitaliste ou &#233;tatique, particuli&#232;rement lorsque ceux-ci se parent des habits de la comp&#233;tence et de la science pour nous en imposer. &lt;br /&gt;
Puisque propagande, publicit&#233; et communication forment aujourd'hui les discours oblig&#233;s de la nouvelle soci&#233;t&#233; censitaire, la politique [et la fiction !] comme lieu de la vie d&#233;mocratique se doit absolument et sans retard d'assurer sa propre reproduction, en bornant par le geste, la parole et par la loi les effets pernicieux et anti-d&#233;mocratiques de cette affligeante trinit&#233; [propagande, publicit&#233; et communication]. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Barbe&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;mailto:frederic.barbe@free.fr&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;frederic.barbe@free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Barbe est g&#233;ographe, il vit en Loire-Inf&#233;rieure.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le dossier &#034;Sexe, comment la pub fait sauter les tabous&#034;, du magazine &#034;culturepub&#034; de d&#233;cembre 2000, magazine dont le positionnement d'honn&#234;te interstice d&#233;codeur para&#238;t bien difficile &#224; tenir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#034;Casseurs de pub&#034;, roborative revue lyonnaise ou &lt;a href=&#034;http://www.antipub.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.antipub.net&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Augustin Berque, &#034;M&#233;diance, de milieux en paysages&#034;, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'analyse de Christophe Dejours dans &#034;Souffrance en France, la banalisation de l'injustice sociale.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La construction de l'opinion &#233;conomique par les m&#233;dias</title>
		<link>https://www.acrimed.org/La-construction-de-l-opinion-economique-par-les-medias</link>
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		<dc:date>2001-05-31T22:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lebaron</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Un colloque : &#034;L&#233;gitimation du discours &#233;conomique&#034;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Economie-" rel="directory"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un Colloque international intitul&#233; &#034;L&#233;gitimation du discours &#233;conomique&#034; (organis&#233; par le Centre d'&#233;tudes des mutations en Europe et l'Institut d'&#233;tudes europ&#233;ennes ) s'est tenu &#224; l'Universit&#233; de Paris 8 -Saint-Denis, les 8 et 9 juin 2001. Ce Colloque a &#233;t&#233; l'occasion d'un D&#233;bat public, le jeudi 7 juin &#224; 19 heures, sous le titre &#034;La construction de l'opinion &#233;conomique par les m&#233;dias&#034;. Les intervenants : Serge Halimi, chercheur et journaliste au &lt;i&gt;Monde Diplomatique&lt;/i&gt;, Fr&#233;d&#233;ric Lebaron, Professeur &#224; l'Universit&#233; de Picardie, Bernard Maris, Professeur &#224; l'Institut d'&#233;tudes europ&#233;ennes de l'Universit&#233; de Paris 8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Quelques remarques introductives, par Fr&#233;d&#233;ric Lebaron&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La construction de l'opinion &#233;conomique par les m&#233;dias&lt;/strong&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href='https://www.acrimed.org/La-construction-de-l-opinion-economique-par-les-medias' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Quelques remarques introductives&lt;/a&gt;, par Fr&#233;d&#233;ric Lebaron./ &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href='https://www.acrimed.org/La-pensee-de-marche' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La pens&#233;e de march&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La (les) repr&#233;sentation(s) de l'&#233;conomie produite(s) ou diffus&#233;e(s) par les m&#233;dias fait(font) partie int&#233;grante du fonctionnement ordinaire de l'&#233;conomie. D'abord, bien s&#251;r, parce que les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision, les journaux sont la propri&#233;t&#233; d'acteurs &#233;conomiques (y compris l'Etat), mais aussi et surtout parce que les visions du monde &#233;conomique sont le support des anticipations, des dispositions mentales, des choix qui font la vie &#233;conomique quotidienne. On pense en particulier en ce moment aux visions plus ou moins fatalistes et r&#233;sign&#233;es de l'&#233;conomie capitaliste, des licenciements, etc., ou encore au bombardement id&#233;ologique dans les p&#233;riodes de crise (d&#233;cembre 1995).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je distinguerai tr&#232;s sch&#233;matiquement quatre formes de contributions des m&#233;dias &#224; la construction de l'opinion &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La premi&#232;re, c'est la &lt;strong&gt;naturalisation&lt;/strong&gt; de l'ordre &#233;conomique existant. Elle passe principalement par la diffusion d'un syst&#232;me d'oppositions tr&#232;s coh&#233;rent qui d&#233;finit une sorte d'&lt;i&gt;&#233;pist&#233;m&#232;&lt;/i&gt; ou si l'on pr&#233;f&#232;re de formes &#233;l&#233;mentaires de l'id&#233;ologie dominante. Les oppositions les plus &#233;l&#233;mentaires sont simples et clairement polaris&#233;es : mobile/immobile, ouvert/ferm&#233;, moderne/d&#233;pass&#233;... Le principe de fonctionnement de ces oppositions consiste &#224; les combiner et &#224; les appliquer sous diverses formes linguistiques &#224; toutes sortes de ph&#233;nom&#232;nes socio-&#233;conomiques. Le refus des fonds de pension est une attitude de &#034;crispation&#034; (d&#233;fensive, donc &#224; la fois immobiliste et d&#233;pass&#233;e : &#034; regardez, m&#234;me les syndicats allemands bougent ! &#034;). Le refus de la &#034;mondialisation&#034; (sous-entendu du libre-&#233;change et du lib&#233;ralisme), est &#224; la fois le produit d'une &#034;crispation&#034; et d'une attitude de &#034;fermeture&#034; (&#224; l'autre, au monde, etc.). Pour que ces syst&#232;mes d'opposition soient efficaces, il faut qu'ils (r&#233;)activent des dispositions sociales inconscientes assez &#034;profondes&#034; : la valorisation de l'avenir, donc de la jeunesse, la disqualification du conservatisme, etc. Ce sont des oppositions d&#233;magogiques, au sens o&#249; elles flattent des dispositions pr&#233;existantes, notamment chez les anciens soixante-huitards, les jeunes, etc. (le lib&#233;ral-libertaire concentre toutes les bonnes propri&#233;t&#233;s). Elles ont pour effet de disqualifier a priori toute forme de contestation de l'ordre &#233;conomique comme &#034;ringarde&#034;, &#034;d&#233;fense des privil&#232;ges&#034;, etc. (La critique suppose de l&#233;gitimer, cr&#233;dibiliser des discours et des acteurs a priori suspects.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La deuxi&#232;me forme de contribution &#224; la construction de l'opinion &#233;conomique est moins imm&#233;diatement visible mais peut-&#234;tre plus efficace, car plus difficile &#224; critiquer. C'est ce que j'appellerai &lt;strong&gt;l'imposition de point de vue&lt;/strong&gt;. Evidemment, il en existe une forme vulgaire, assez r&#233;pandue quand m&#234;me, qui consiste pour un journaliste &#224; prendre explicitement le parti d'un acteur &#233;conomique particulier, tr&#232;s souvent le patronat ou le gouvernement engag&#233; dans une politique lib&#233;rale (notamment les &#233;ditorialistes, les chroniqueurs, les &#034;commentateurs&#034;, suivistes, cr&#233;ditent les dominants de rationalit&#233;). Mais l'imposition de point de vue est en g&#233;n&#233;ral plus subtile. Elle passe notamment par le d&#233;veloppement de rubriques &#233;conomiques qui adoptent implicitement le point de vue de certains acteurs. Le d&#233;veloppement des pages financi&#232;res (r&#233;sultat de luttes internes au champ journalistique) n'est pas directement imputable &#224; une prise de position id&#233;ologique, mais il contribue &#224; rendre l&#233;gitime et de plus en plus omnipr&#233;sent et envahissant le point de vue des actionnaires dans le champ journalistique. Il participe d'une sorte de financiarisation des esprits : en s'universalisant, le point de vue de l'actionnaire devient une opinion &#233;conomique l&#233;gitime. Si l'on parvient &#224; imposer la l&#233;gitimit&#233; du point de vue de l'actionnaire et que l'on r&#233;duit celui-ci &#224; la recherche du profit le plus &#233;lev&#233; &#224; court terme, les cons&#233;quences sont nombreuses. Exemple r&#233;el d'une &#233;tudiante en &#233;conomie qui, &#224; l'annonce de licenciements chez Danone, a pour premier r&#233;flexe -&#034;rationnel&#034;- de penser &#224; acheter des actions de l'entreprise. Au fond, il s'agit de cr&#233;er un &lt;i&gt;homo oeconomicus&lt;/i&gt; rationnel par l'imposition - la contrainte - m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La troisi&#232;me forme de contribution &#224; la construction de l'opinion &#233;conomique passe par le d&#233;veloppement du &#034;journalisme &#233;conomique&#034;, entendu comme sp&#233;cialit&#233; journalistique professionnelle (effet de &lt;strong&gt;professionnalisation&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;disqualification de l'id&#233;ologie&lt;/strong&gt;). Le &#034;journalisme &#233;conomique&#034; tend &#224; adopter le point de vue des acteurs &#233;conomiques dominants. On pense bien s&#251;r aux formes extr&#234;mes d'adh&#233;sion id&#233;ologique (Jean-Marc Sylvestre). Mais comme le montre notamment Julien Duval&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;voir &#034; Concession et conversion &#224; l'&#233;conomie &#034;, par Julien Duval, in Actes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;., cette adh&#233;sion id&#233;ologique n'est pas n&#233;cessaire pour que le point de vue des acteurs &#233;conomiques dominants s'impose. Dans les ann&#233;es 50 et 60, ce point de vue est celui des &#034;modernisateurs&#034;, technocrates, syndicalistes mod&#233;r&#233;s, patrons &#233;clair&#233;s qui souhaitent moderniser l'appareil productif et ont plut&#244;t une vision keyn&#233;sienne de l'&#233;conomie (comptabilit&#233; nationale, politique conjoncturelle, etc.), dont les journalistes &#233;conomiques sont socialement tr&#232;s proches&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;voir &#034; Le journalisme au service de l'&#233;conomie &#034;, par Philippe Riutort, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A partir des ann&#233;es 70 et surtout 80, c'est le succ&#232;s d'une vision micro&#233;conomique et financi&#232;re de l'&#233;conomie : on se place du point de vue des managers (d&#233;j&#224; vrai &#224; la fin des ann&#233;es 60), mais surtout de plus en plus des actionnaires et - en macro - celui des organisations internationales et des administrations n&#233;o-lib&#233;rales, tout en adoptant un regard et un ton technique, expert, professionnel (ce qui correspond au d&#233;veloppement des formations en &#233;conomie et gestion). Les journalistes de la p&#233;riode ant&#233;rieure sont disqualifi&#233;s comme &#034; militants &#034; et effectivement, les nouveaux journalistes &#233;conomiques ont un c&#244;t&#233; s&#233;rieux, ils mobilisent des comp&#233;tences sp&#233;cifiques, se d&#233;tournent du discours &#034; id&#233;ologique &#034;, etc. Leur mod&#232;le c'est &lt;i&gt;The Economist&lt;/i&gt; : anonymat, technicit&#233;, bon sens. Au fond, il s'agit ici de rationaliser et techniciser le point de vue de la finance qui avait &#233;t&#233; disqualifi&#233; apr&#232;s la deuxi&#232;me guerre mondiale (p&#233;riode de l' &#034; euthanasie des rentiers &#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La derni&#232;re forme est &#224; mon avis la plus subtile et la plus importante &#224; d&#233;construire. Elle passe par la l&#233;gitimation d'un certain discours &#233;conomique qui s'op&#232;re &#224; travers le choix des producteurs de discours, en particulier de discours savant. C'est qu'on pourrait appeler la construction d'opinion par le &lt;strong&gt;pouvoir de cons&#233;cration&lt;/strong&gt; m&#233;diatique. C'est par exemple le choix de chroniqueurs r&#233;guliers parmi les &#233;conomistes. Aux Etats-Unis, les mon&#233;taristes ont beaucoup profit&#233; de cette technique. En France, &lt;i&gt;Le Figaro, Le Monde, Lib&#233;ration&lt;/i&gt; utilisent tous cette m&#233;thode qui revient &#224; adosser (de fa&#231;on assez l&#226;che) une ligne politico-&#233;conomique &#224; l'intervention d'autorit&#233;s externes. Autre technique, apparemment un peu plus sophistiqu&#233;e (image de la d&#233;mocratie), la pr&#233;sentation des d&#233;bats &#233;conomiques, qui passe par le choix de deux intervenants (exemple fictif : Pascal Salin ou Denis Kessler &#224; droite contre Jean Pisani-Ferry ou Dominique Strauss-Kahn &#224; gauche). Avant d&#233;cembre 1995, les d&#233;bats lib&#233;ral de gauche / lib&#233;ral de droite &#233;taient la norme, depuis les &#233;conomistes critiques sont plus souvent invit&#233;s (mais ils restent tr&#232;s minoritaires en g&#233;n&#233;ral). Autre proc&#233;d&#233; : la cons&#233;cration d'une certaine d&#233;finition de la science &#233;conomique. C'est la mise en sc&#232;ne annuelle du prix en m&#233;moire d'Alfred Nobel (ce qu'on n'a pas dit c'est qu'en 2000, le quart des Nobel d'&#233;conomie vivants soutiennent George W. Bush, ce qui aurait fait mauvais effet) ou la cr&#233;ation de prix comme celui du &lt;i&gt;Nouvel Economiste&lt;/i&gt; ou celui du Cercle des &#233;conomistes/&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; o&#249; l'unit&#233; de la &#034; profession &#034; est mise en sc&#232;ne &#224; travers les bonnes dispositions des jeunes de moins de 40 ans les plus techniques et pas forc&#233;ment les plus critiques. Les &#233;conomistes ont sur ce plan une responsabilit&#233; importante. La discipline est tr&#232;s d&#233;pendante de la cons&#233;cration m&#233;diatique (des personnes, des id&#233;es, etc.) : par exemple, la une du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; en faveur d'un SMIC-jeunes s'appuyait sur un rapport de l'OCDE, qui s'appuyait sur des &#233;tudes qui ne montraient pas du tout ce que Jacques Lesourne, lui-m&#234;me &#233;conomiste, en disait. Je pense qu'on peut dire ici raisonnablement qu'il s'agit du stade supr&#234;me de la &lt;i&gt;manipulation id&#233;ologique&lt;/i&gt; (puisqu'il n'y a plus que des professionnels et des scientifiques en parfait accord dans le meilleur des mondes possibles, un monde propre o&#249; les licenciements font tache).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La suite&lt;/i&gt; : &lt;a href='https://www.acrimed.org/La-pensee-de-marche' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La pens&#233;e de march&#233;&lt;/a&gt;, par Serge Halimi&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;voir &#034; Concession et conversion &#224; l'&#233;conomie &#034;, par Julien Duval, in &lt;i&gt;Actes de la Recherche en sciences sociales&lt;/i&gt;, n&#176;131-132, mars 2000 &#034; Le Journalisme et l'&#233;conomie &#034;. &lt;a href=&#034;http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/issue/arss_0335-5322_2000_num_131_1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;f&#233;rences et r&#233;sum&#233;s&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;(Note d'Acrimed)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;voir &#034; Le journalisme au service de l'&#233;conomie &#034;, par Philippe Riutort, in &lt;i&gt;Actes de la Recherche en sciences sociales&lt;/i&gt;, n&#176;131-132, mars 2000 &#034; Le Journalisme et l'&#233;conomie &#034;. &lt;i&gt;(Note d'Acrimed)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La pens&#233;e de march&#233;</title>
		<link>https://www.acrimed.org/La-pensee-de-marche</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/La-pensee-de-marche</guid>
		<dc:date>2001-04-30T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Halimi</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Une pens&#233;e de domination &#224; maquillage &#233;conomique. Comment elle s'est constitu&#233;e.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Economie-" rel="directory"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un Colloque international intitul&#233; &#034;L&#233;gitimation du discours &#233;conomique&#034; (organis&#233; par le Centre d'&#233;tudes des mutations en Europe et l'Institut d'&#233;tudes europ&#233;ennes ) s'est tenu &#224; l'Universit&#233; de Paris 8 -Saint-Denis, les 8 et 9 juin 2001. Ce Colloque a &#233;t&#233; l'occasion d'un D&#233;bat public, le jeudi 7 juin &#224; 19 heures, sous le titre &#034;La construction de l'opinion &#233;conomique par les m&#233;dias&#034;. Les intervenants : Serge Halimi, chercheur et journaliste au &lt;i&gt;Monde Diplomatique&lt;/i&gt;, Fr&#233;d&#233;ric Lebaron, Professeur &#224; l'Universit&#233; de Picardie, Bernard Maris, Professeur &#224; l'Institut d'&#233;tudes europ&#233;ennes de l'Universit&#233; de Paris 8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) &lt;a href='https://www.acrimed.org/La-construction-de-l-opinion-economique-par-les-medias' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Quelques remarques introductives&lt;/a&gt;, par Fr&#233;d&#233;ric Lebaron.&lt;br class='autobr' /&gt;
(2) La pens&#233;e de march&#233;, par Serge Halimi&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'information est devenue un produit, une marchandise sous influence. Une marchandise de valeur : fin 2000, &#034; r&#233;unies, TF1, Canal + et M6 pesaient plus en Bourse que le secteur automobile &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journaux parlent d'eux-m&#234;mes comme de &#034; marques &#034;, parfois de marques et de &#034; produits d&#233;riv&#233;s &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs articles et leurs enqu&#234;tes sont des &#034; contenus &#034; plus que des informations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'information ressemble d&#233;sormais &#224; s'y m&#233;prendre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &#224; de la communication - c'est &#224; dire &#224; de la publicit&#233; &lt;br class='manualbr' /&gt;- ou &#224; du spectacle - c'est &#224; dire &#224; du divertissement,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une fusion d'autant plus facile que les grosses entreprises qui contr&#244;lent l'information sont souvent aussi celles qui contr&#244;lent la communication (Havas, groupe Vivendi) ou le cin&#233;ma (Fox, Disney) ou le sport :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o Canal Plus-Vivendi : PSG ;&lt;br class='autobr' /&gt;
o M6 : Girondins de Bordeaux ; &lt;br class='autobr' /&gt;
o Fran&#231;ois Pinault : FC Rennes ; &lt;br class='autobr' /&gt;
o Berlusconi : Milan AC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans rien dire de l'informatique qui m&#233;lange les trois sph&#232;res (AOL a rachet&#233; Time Warner, ce qui signifie que &lt;i&gt;Time&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Fortune&lt;/i&gt; ne peuvent plus traiter d'Internet (ce qui n'est pas rien) sans qu'on les soup&#231;onne de vouloir favoriser leur propri&#233;taire AOL, acteur majeur sur ce terrain-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela pose le probl&#232;me de la censure. Toutes sortes de censure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle sur laquelle je ne m'&#233;tendrai pas n'est plus tout &#224; fait invisible, pour un &#339;il moyennement averti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de la pens&#233;e unique ou, si vous pr&#233;f&#233;rez, le march&#233; dans la t&#234;te. Car la censure est plus efficace quand elle n'a pas besoin de se dire, quand les int&#233;r&#234;ts du propri&#233;taire miraculeusement co&#239;ncident avec ceux de l'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'explique Alain Accardo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire notamment Journalistes au quotidien, sous la direction d'Alain Accardo, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; propos de la reproduction id&#233;ologique, de la confirmation des valeurs dominantes par la r&#233;p&#233;tition d'un message pr&#233;-calibr&#233; et pr&#233;-pens&#233;, c'est sans pression apparente - ou en tout cas sans pression de tous les instants - que bon nombre de journalistes agissent tel le p&#233;lican qui &#034; pond un &#339;uf tout blanc. D'o&#249; sort, in&#233;vitablement. Un autre qui en fait autant. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pens&#233;e de domination &#224; maquillage &#233;conomique, pens&#233;e de march&#233;, la pens&#233;e unique a pour principales caract&#233;ristiques de se vouloir scientifique et de nier l'int&#233;r&#234;t du d&#233;bat d&#233;mocratique en cherchant &#224; confiner ce d&#233;bat &#224; une discussion sur les meilleurs moyens de mener la m&#234;me politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a b&#233;n&#233;fici&#233; &#224; la fois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- de la soumission des partis de gauche &#224; ce qu'ils ont pr&#233;sent&#233; comme &#034; la seule politique possible &#034; lorsqu'ils se sont ralli&#233;s &#224; celle de leurs adversaires ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- de la soumission des grands m&#233;dias aux grands groupes industriels qui poss&#232;dent la plupart des m&#233;dias ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- de relais privil&#233;gi&#233;s dans ces m&#233;dias : un petit groupe de journalistes multicartes, en symbiose d'autant plus totale avec la &#034; seule politique possible &#034; qu'ils sont socialement privil&#233;gi&#233;s et intellectuellement port&#233;s &#224; d&#233;fendre les privil&#232;ges, mais au nom de la raison &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses &lt;i&gt;M&#233;ditations sur l'ob&#233;issance et la libert&#233;&lt;/i&gt;, r&#233;dig&#233;es en 1937, Simone Weil remarquait d'embl&#233;e : &#034; La soumission du plus grand nombre au plus petit n'a pas fini d'&#233;tonner tous ceux qui r&#233;fl&#233;chissent un peu. La n&#233;cessit&#233; impitoyable qui a maintenu et maintient sur les genoux les masses de pauvres, les masses de subordonn&#233;s est analogue &#224; tout ce qu'il y a de brutal dans la nature. Et pourtant, elle s'exerce apparemment en vertu de lois contraires &#224; celles de la nature. Comme si, dans la balance sociale, le gramme l'emportait sur le kilo. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse de la diss&#233;mination d'une pens&#233;e de march&#233; permet pr&#233;cis&#233;ment de comprendre comment, en particulier depuis vingt ans, &#034; le gramme l'a emport&#233; sur le kilo &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment, en particulier depuis vingt ans, la multiplication des r&#233;seaux et des organes de communication, de plus en plus souvent contr&#244;l&#233;s par les m&#234;mes groupes industriels, n'a plus abouti qu'&#224; la communication r&#233;p&#233;t&#233;e du m&#234;me type de message ; la pluralit&#233; des titres n'a plus d&#233;bouch&#233; sur un vrai pluralisme des commentaires, mais uniquement sur l'apparence d'un d&#233;bat, sur la production d'un simulacre, auquel se sont parfois pr&#234;t&#233;s ceux pour qui combat id&#233;ologique rimait avec notori&#233;t&#233; m&#233;diatique. Et qui, par ce jeu-l&#224;, installaient le pouvoir des m&#233;dias de trancher de toute chose, d'&#234;tre &#224; la fois les bastions de l'ordre social et ceux qui mimaient sa contestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un discours doublement antid&#233;mocratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Parce qu'il est &#233;nonc&#233; au nom de la science &#233;conomique. Ce discours n&#233;olib&#233;ral constitue un corps de doctrine d'autant plus pesant qu'&#224; l'instar des pires orthodoxies, il ne se veut pas doctrine. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se proclame science, v&#233;rit&#233;, au m&#234;me titre que les r&#233;alit&#233;s physiques (loi de la pesanteur ou principe d'Archim&#232;de). &lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; l'expression - devenue fameuse - de &#034; cercle de la raison &#034; utilis&#233;e par les journalistes dominants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#034; Un journalisme de r&#233;v&#233;rence &#034;, par Serge Halimi, Le Monde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; - et au service de l'ordre dominant - pour d&#233;finir la somme de leurs convictions et prescriptions &#233;conomiques et sociales. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; Cercle de la raison &#034;, c'est une mani&#232;re de sugg&#233;rer que ceux qui &#224; cette tribune se tiennent &#224; l'ext&#233;rieur de ce cercle exigeraient un travail de r&#233;&#233;ducation intellectuelle leur permettant de se d&#233;barrasser de toutes sortes de pathologies : &#034; archa&#239;smes &#034;, &#034; retards &#034;, &#034; populismes &#034;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sumer ce discours de la fatalit&#233; int&#233;ress&#233;e, d'autant plus performant qu'il se pare des oripeaux de la science &#233;conomique, je reprendrai une citation d'Alain Minc en 1995 (au moment o&#249; cet essayiste multim&#233;dia, homme de confiance de certains des principaux patrons fran&#231;ais, pr&#233;sident du Conseil de surveillance du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, s'appr&#234;tait &#224; voter au premier tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle pour Edouard Balladur, au second pour Lionel Jospin) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; &lt;i&gt;Je ne sais pas&lt;/i&gt;, &#233;crivait-il dans la revue &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;si les march&#233;s pensent juste, mais je sais qu'on ne peut pas penser contre les march&#233;s. Je suis comme un paysan qui n'aime pas la gr&#234;le mais qui vit avec [...] Les cent mille analphab&#232;tes qui font les march&#233;s de par le monde, si vous ne respectez pas un certain nombre de canons aussi rigoureux que les canons de l'Eglise, mettent en l'air l'&#233;conomie d'un pays. Il faut partir de l&#224; : agir comme s'il s'agissait d'un ph&#233;nom&#232;ne m&#233;t&#233;orologique [...] Les experts sont au moins les propagandistes de cette r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; &lt;i&gt;La r&#233;alit&#233; &#233;conomique, c'est comme la loi de la pesanteur. Jusqu'&#224; nouvel ordre, on ne s'est pas &#233;mancip&#233; de la loi de Newton.&lt;/i&gt; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Ne pas penser &#034;, &#034; canons &#034;, &#034; Eglise &#034;, &#034; propagande &#034; : et le tout au nom de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment, si ce n'est par le mot &#034; obscurantisme &#034;, d&#233;finir ce type de discours qui voudrait confier le pouvoir aux &#034; 100 000 analphab&#232;tes qui font les march&#233;s &#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, dans ce cas, Newton, ce n'est pas lui, c'est nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pens&#233;e de march&#233; dissimule assez mal son objectif ou son projet. Il s'agit de &#034; naturaliser &#034; la logique n&#233;olib&#233;rale, c'est-&#224;-dire l'exploitation capitaliste, pour d&#233;courager chacun de s'y opposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car on ne s'oppose ni &#224; l'arriv&#233;e de la gr&#234;le sur un champ, ni &#224; la loi de la pesanteur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et alors comment refuser que, dans les m&#233;dias, les cours de la Bourse soient annonc&#233;s aussi souvent que les pr&#233;visions de la M&#233;t&#233;o ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision de l'&#233;conomie est tr&#232;s largement d&#233;coupl&#233;e de la r&#233;alit&#233; sociale puisqu'elle ignore l'existence des 55 des 60 millions de Fran&#231;ais qui ne disposent d'aucune action en Bourse pour ne se soucier que des &#034; 100 000 analphab&#232;tes qui font les march&#233;s &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Parce que cette p&#233;dagogie de la soumission &#224; vernis&lt;br class='autobr' /&gt;
scientifique a &#233;t&#233; diffus&#233; par nos plus hauts responsables&lt;/strong&gt;, parfois m&#234;me quand ils avaient &#233;t&#233; &#233;lus pour le combattre (rupture avec le capitalisme,lutte contre la fracture sociale.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle approche, une telle p&#233;dagogie de la soumission, a &#233;t&#233; reprise par nos plus hauts responsables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voyage officiel au Br&#233;sil il y a quatre ans, Jacques Chirac avait &#233;t&#233; interrog&#233; au cours d'une conf&#233;rence de presse &#224; Sao Paulo, sur la situation sociale en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evoquant la fermeture de l'usine belge de Renault &#224; Vilvorde, il avait d&#233;clar&#233; : &#034; &lt;i&gt;La fermeture des usines, c'est aussi, h&#233;las, la vie. Les arbres naissent, vivent et meurent. Les plantes, les animaux, les hommes et les entreprises aussi. Moi, j'ai connu, quand j'&#233;tais petit, des mar&#233;chaux-ferrants. J'ai m&#234;me travaill&#233; chez un mar&#233;chal-ferrant. Il n'y en a plus. Ils ont disparu. Ce n'est pas pour autant que la civilisation a r&#233;gress&#233;. C'est la vie.&lt;/i&gt; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En s'exprimant ainsi, en proclamant comme Brigitte Jeanperrin, sur France Inter, radio de service public soustraite &#224; la seule loi du march&#233; &#034; &lt;i&gt;ce qui est naturel, c'est le march&#233;&lt;/i&gt; &#034;, on nie la port&#233;e du d&#233;bat d&#233;mocratique. Puisqu'on se r&#233;signe &#224; ne plus pouvoir arbitrer entre les deux termes d'une alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie cesse alors de se soucier de la satisfaction des besoins humains, qui devrait &#234;tre son principal objectif. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au contraire, la satisfaction des besoins humains devient un obstacle &#224; la r&#233;alisation des &#034; fondamentaux &#034; &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Embl&#233;matique &#224; cet &#233;gard un titre du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; dat&#233; du 24 mars 2000 : &#034; &lt;i&gt;L'&#233;conomie russe se r&#233;tablit au prix d'un nouvel appauvrissement de la population.&lt;/i&gt; &#034; Comme l'&#233;crivait Simone Weil, il s'agit de &#034; &lt;i&gt;ravaler l'humanit&#233; vivante &#224; &#234;tre la chose de choses inertes&lt;/i&gt; &#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eduquer, informer, c'est diss&#233;quer cette pens&#233;e de march&#233;, cette id&#233;ologie qui naturalise une vision n&#233;olib&#233;rale du monde et de la &#034; modernit&#233; &#034;, selon laquelle l'&#233;conomie serait un royaume humain &#224; part, r&#233;gi par des lois d'airain que les Etats n'auraient pas le droit de remettre en cause, un royaume humain &#224; part gouvern&#233; par des chefs d'Etat priv&#233;s (Gates, Lagard&#232;re, Bouygues, Murdoch, Messier) devant lesquels les chefs de gouvernement &#233;lus n'ont plus qu'&#224; se plier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon laquelle toute destruction d'avantages sociaux ch&#232;rement acquis serait une &#034; r&#233;forme &#034; et selon laquelle toute r&#233;sistance &#224; cette destruction exprimerait un corporatisme, un retard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;ologie a &#233;t&#233; diss&#233;min&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o par les organisations &#233;conomiques internationales (OCDE, Banque mondiale, Commission europ&#233;enne OMC), &lt;br class='autobr' /&gt;
o par des commissions gouvernementales, &lt;br class='autobr' /&gt;
o par les fondations et instituts n&#233;olib&#233;raux qui ont jou&#233; le r&#244;le d' &#034;&#233;vang&#233;listes du march&#233; &#034; (&lt;i&gt;think tanks&lt;/i&gt; am&#233;ricains et britanniques, Fondation Saint-Simon), &lt;br class='autobr' /&gt;
o enfin par des journalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut avouer qu'avec les journalistes, les choses ont parfois &#233;t&#233; assez faciles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut avouer qu'avec les journalistes, les choses ont parfois &#233;t&#233; assez faciles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois facteurs principaux ont jou&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- 1. la propri&#233;t&#233; des m&#233;dias par des grands groupes capitalistes qui ne voient dans l'information qu'une source potentielle de profits &#224; court terme (ventes, publicit&#233;), et &#224; moyen terme (par la popularisation d'une politique &#233;conomique favorable &#224; ces groupes) ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- 2. la transformation du journalisme par l'absorption du social par l'&#233;conomique et par la formation de sp&#233;cialistes &#233;conomiques de plus en plus format&#233;s par la logique de l'entreprise ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- 3. la transformation de l'id&#233;ologie du journalisme par la diss&#233;mination d'un discours qui assimile l'information &#224; un produit et le journal &#224; une marque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Les m&#233;dias, propri&#233;t&#233; de monopoles priv&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 2000, Ralph Nader&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Militant &#233;tatsunien de la d&#233;fense des consommateurs et de l'&#233;cologie, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; expliquait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; &lt;i&gt;Si les questions de fond qui pr&#233;occupent les citoyens ne sont gu&#232;re &#233;voqu&#233;es par les m&#233;dias, c'est surtout parce que le pouvoir m&#233;diatique [...] est lui-m&#234;me en pleine concentration au sein d'une demi-douzaine de monopoles priv&#233;s : [...] les d&#233;cisions affectant les reportages n'appartiennent plus aux reporteurs, mais &#224; des gestionnaires d'entreprise ne perdant pas de vue le fait que ce sont leurs soci&#233;t&#233;s m&#232;res qui licencient, qui polluent, qui corrompent et qui accaparent.&lt;/i&gt; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exemple. En 1996, la loi am&#233;ricaine sur les t&#233;l&#233;communications a permis aux plus grosses entreprises du pays de rafler l'&#233;quivalent de 70 milliards de dollars sous forme de fr&#233;quences d'&#233;missions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'exprimant &#224; la tribune du S&#233;nat, John McCain observa : &#034; &lt;i&gt;Vous n'entendrez pas parler de ce qui se passe &#224; la t&#233;l&#233;vision ou &#224; la radio parce que &#231;a les concerne directement.&lt;/i&gt; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait le traitement m&#233;diatique de cette loi majeure fut minuscule. Et pendant les neuf mois de d&#233;lib&#233;rations l&#233;gislatives (une vitesse record) les trois r&#233;seaux de t&#233;l&#233;vision consacr&#232;rent, ensemble, un total de dix-neuf minutes d'information &#224; la loi. Et pendant ces dix-neuf minutes, pas une seule fois on ne posa la question de savoir si CBS, NBC ou ABC, c'est-&#224;-dire &#224; l'&#233;poque Westinghouse, General Electric ou Disney devraient payer les fr&#233;quences que l'Etat leur offrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. La transformation du journalisme &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un texte publi&#233; en 1998 par la revue &lt;i&gt;Sciences humaines&lt;/i&gt;, Erik Izraelewicz dipl&#244;m&#233; d'HEC, docteur es sciences &#233;conomiques, ancien journaliste &#224; &lt;i&gt;L'Expansion&lt;/i&gt;, alors r&#233;dacteur en chef du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, actuellement r&#233;dacteur en chef des &lt;i&gt;Echos&lt;/i&gt;, rappelait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; &lt;i&gt;Le suppl&#233;ment &#233;conomique du&lt;/i&gt; Monde &lt;i&gt;a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; d&#232;s la fin des ann&#233;es 60 &#224; l'initiative de Paul Fabra. Mais la rubrique sociale a longtemps prim&#233; sur l'activit&#233; &#233;conomique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis les ann&#233;es 70, la couverture de l'actualit&#233; &#233;conomique a occup&#233; une place grandissante, avec la cr&#233;ation d'une section couvrant indiff&#233;remment l'&#233;conomique et le social. Cette section s'inscrivait bien dans l'optique macro-&#233;conomique fran&#231;aise. Depuis les ann&#233;es 80, la couverture a une orientation plus micro-&#233;conomique, avec des articles traitant plus r&#233;guli&#232;rement de la vie des entreprises (en 1985 est lanc&#233; le suppl&#233;ment &lt;i&gt;Le Monde des affaires&lt;/i&gt;).&lt;/i&gt; &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#034; Lancinante petites musique des chroniques &#233;conomiques &#034;, par Serge (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;sume : d'abord le social prime. Ensuite il est fondu avec l'&#233;conomique dont la place grandit. Puis les entreprises dominent la rubrique &#233;conomique et sociale, le micro l'emporte sur la macro. Enfin on cr&#233;e un suppl&#233;ment affaires. Puis ce sera, chaque week-end, &lt;i&gt;Le Monde Argent&lt;/i&gt;. Naturellement rien de tout cela n'est cens&#233; avoir la moindre signification id&#233;ologique. Et &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et Edwy Plenel hurleront chaque fois qu'on analyse leur &#233;volution en parlant de d&#233;rive n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre passage du texte d'Eric Izraelewicz est instructif pour comprendre ce n&#233;olib&#233;ralisme si &#034;naturel&#034; chez les journalistes &#233;conomiques. Il s'agit du profils &#233;ducatif et social du journaliste &#233;conomique. Car lui aussi a chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; &lt;i&gt;En France, explique Israelewicz, les journalistes qui ont cr&#233;&#233; le journalisme &#233;conomique venaient soit de la science politique, soit du domaine social. Ils sont devenus des journalistes &#233;conomiques sur le tas. Depuis une vingtaine d'ann&#233;es, on assiste &#224; une professionnalisation et &#224; une sp&#233;cialisation des journalistes &#233;conomiques. Les plus jeunes ont pour la plupart re&#231;u une formation en sciences &#233;conomiques : ils sont dipl&#244;m&#233;s soit de l'universit&#233; ou de sciences po (section &#233;co-fi) soit d'une &#233;cole de commerce. Mais des journalistes &#233;conomiques sont parfois directement issus du monde de l'entreprise (o&#249; ils ont occup&#233; des fonctions de direction commerciale ou financi&#232;re).&lt;/i&gt; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1999, les r&#233;dacteurs du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; &#233;taient r&#233;mun&#233;r&#233;s 31 000 francs bruts par mois et ils b&#233;n&#233;ficiaient de 53 jours ouvrables de cong&#233;s annuels, auxquels il faut d&#233;sormais ajouter 22 jours du fait de la loi des 35 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre dernier, de son c&#244;t&#233;, &#034; un journaliste de la Une confie avoir connu une incroyable surprise. Lui qui versait depuis l'origine 1800 francs par mois sur son plan d'&#233;pargne en action investie TF1 pensait disposer d'une pelote d'environ 400 000 francs. En r&#233;alit&#233;, son magot, abond&#233; par les versements de l'entreprise, atteignait 2,4 millions de francs. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela permet de mieux situer, socialement, les criailleries m&#233;diatiques qu'on entend ici o&#249; l&#224; contre une pr&#233;tendue d&#233;rive corporatiste des cheminots de la SNCF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. L'assimilation de l'information &#224; une marchandise, une marque&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe un parall&#232;le entre le discours que les m&#233;dias tiennent sur l'&#233;conomie et celui qu'ils tiennent sur eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants de groupes de presse parlent de plus en plus de leurs journaux comme de marques appartenant &#224; un groupe, et de leur information comme d'un moyen de proposer un march&#233; aux annonceurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un entretien au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; (d&#233;but septembre 1998), Jean-Marie Colombani, directeur du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, r&#233;v&#232;le ses projets : &#034; &lt;i&gt;Nous sommes certains que&lt;/i&gt; [le journal] L'Europ&#233;en &lt;i&gt;constitue une bonne id&#233;e. En tr&#232;s peu de temps, cette marque s'est install&#233;e, et la publicit&#233; &#233;tait sup&#233;rieure &#224; nos pr&#233;visions.&lt;/i&gt;&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
(La certitude de Colombani ne l'a pas emp&#234;ch&#233; de vendre ce tr&#232;s mauvais journal qu'il avait confi&#233; &#224; Christine Ockrent, mais pas avant d'avoir perdu 12 millions de francs dans l'aventure)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, interrog&#233; pour savoir s'il avait &#034; &lt;i&gt;le sentiment d'avoir d&#233;j&#224; modifi&#233; l'image de Radio France&lt;/i&gt; &#034;, Jean-Marie Cavada a r&#233;pondu : &#034; &lt;i&gt;Une premi&#232;re &#233;tape a &#233;t&#233; franchie : nous avons fait du groupe Radio France une s&#233;rie de marques compl&#233;mentaires, une offre dans la diff&#233;rence.&lt;/i&gt; &#034; Et interrog&#233; sur France Culture, il pr&#233;cisait : &#034;&lt;i&gt;L'essentiel du remaniement est fait et les audiences sont &#224; la hausse. Je veux construire des marques qui soient identifiables pour tout le monde.&lt;/i&gt; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me chose &#224; M6. Dans un entretien accord&#233; &#224; &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; , Jean Drucker, PDG de M6, a expliqu&#233; : &#034; &lt;i&gt;J'ai une conviction tr&#232;s forte, qu'il y a une prime fantastique aux marques. Dans l'inflation des propositions, le rep&#232;re est la marque. C'est pourquoi, chez M6, tout concourt &#224; la cr&#233;ation d'une marque que l'on muscle, que l'on &#233;toffe, et &#224; laquelle on accorde une importance presque obsessionnelle.&lt;/i&gt; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, NRJ pour couronner le tout. Dans &lt;i&gt;CB News&lt;/i&gt;, Jean-Charles Mathey, &#034; &lt;i&gt;Managing Director International Operations&lt;/i&gt; &#034; de NRJ, fait part de ses ambitions : &#034; &lt;i&gt;nous n&#233;gocions actuellement des accords avec des structures italiennes et espagnoles pour proposer un march&#233; de 300 millions d'Europ&#233;ens aux grands annonceurs US comme Coca-Cola.&lt;/i&gt; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons ici la supr&#234;me hypocrisie de ces m&#233;dias qui donnent beaucoup d'&#233;cho au livre de Naomi Klein sur &lt;i&gt;La tyrannie des marques&lt;/i&gt;, comme si cette tyrannie-l&#224; il n'en &#233;taient pas &#224; la fois les principaux b&#233;n&#233;ficiaires (via la pub) et les derniers convertis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je conclurai en citant ce passage du livre de Jacques Bouveresse consacr&#233; au satiriste autrichien Karl Kraus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; &lt;i&gt;Si les journalistes sont toujours prompts &#224; se manifester contre le spectre de la censure exerc&#233;e par le pouvoir politique, ils sont g&#233;n&#233;ralement beaucoup plus discrets et beaucoup moins d&#233;termin&#233;s quand il est question des relations de d&#233;pendance &#233;conomique dans lesquelles est impliqu&#233;e de plus en plus la presse et des cons&#233;quences autrement plus redoutables qui en d&#233;coulent.&lt;/i&gt; &#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire notamment &lt;i&gt;Journalistes au quotidien&lt;/i&gt;, sous la direction d'Alain Accardo, ed. Le Mascaret (Bordeaux), 1995. &lt;i&gt;Note d'Acrimed&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &lt;a href=&#034;http://www.homme-moderne.org/societe/media/halimi/reverence.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034; Un journalisme de r&#233;v&#233;rence &#034;&lt;/a&gt;, par Serge Halimi, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, f&#233;vrier 1995. &lt;i&gt;Note d'Acrimed&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Militant &#233;tatsunien de la d&#233;fense des consommateurs et de l'&#233;cologie, candidat &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle &#233;tatsunienne en 2000. &lt;i&gt;(Note d'Acrimed)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#034; &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/1999/12/HALIMI/12790.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lancinante petites musique des chroniques &#233;conomiques&lt;/a&gt; &#034;, par Serge Halimi, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, d&#233;cembre 1999. &lt;i&gt;(Note d'Acrimed)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Fran&#231;afrique : les m&#233;dias complices ? (2)</title>
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		<dc:date>2001-01-31T23:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois-Xavier Verschave</dc:creator>


		<dc:subject>Fran&#231;ois-Xavier Verschave</dc:subject>
		<dc:subject>Jacques Isnard</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats d'Acrimed</dc:subject>
		<dc:subject>Bulletins d'Acrimed</dc:subject>
		<dc:subject>Fran&#231;afrique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le syst&#232;me &#034;Fran&#231;afrique&#034; et le r&#244;le des m&#233;dias.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Loin-d-Afrique-du-nord-au-sud-" rel="directory"&gt;Loin d'Afrique (du nord au sud)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Bulletins-d-Acrimed-+" rel="tag"&gt;Bulletins d'Acrimed&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Francafrique-+" rel="tag"&gt;Fran&#231;afrique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Fran&#231;afrique : les m&#233;dias complices ? &#187; Sous ce titre Acrimed a organis&#233;, le 18 Janvier 2001, dans le cadre de ses &#034;Jeudis&#034; quasi-mensuels, un d&#233;bat avec Fran&#231;ois-Xavier Verschave, pr&#233;sident de l'association &#034;Survie&#034; et auteur du livre &lt;i&gt;Noir Silence&lt;/i&gt; (&#233;ditions Les Ar&#232;nes, 2000), poursuivi par trois pr&#233;sidents africains, Omar Bongo, Idriss D&#233;by et Denis Sassou Nguesso (d&#233;fendus par Me Jacques Verg&#232;s), qui ont d&#233;pos&#233; plainte pour &#034;offense &#224; Chef d'Etat &#233;tranger&#034;. On lira ci dessous l'intervention de Fran&#231;ois-Xavier Verschave lors du d&#233;bat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avant d'aborder le r&#244;le sp&#233;cifique des m&#233;dias dans les relations fran&#231;africaines depuis quarante ans, je vais essayer de vous expliquer le contexte historique qui a rendu possible l'installation du syst&#232;me Fran&#231;afrique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-_2A&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;titres et sous-titres d'Acrimed&#034; id=&#034;nh4-_2A&#034;&gt;*&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Origines de la Fran&#231;afrique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral de Gaulle, quand il acc&#232;de &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique, doit affronter une situation internationale nouvelle, celle o&#249; les colonies de la France du sud du Sahara affirment leur volont&#233; d'acc&#233;der &#224; l'ind&#233;pendance. De Gaulle fait mine d'accepter. Mais dans le m&#234;me temps, il charge, d&#232;s 1958, son plus proche collaborateur, Jacques Foccart, de cr&#233;er un syst&#232;me de r&#233;seaux qui emmaillotent les anciennes colonies dans un ensemble d'accords de coop&#233;rations politique, &#233;conomique et militaire qui les placent enti&#232;rement sous tutelle. Ainsi, il charge son bras droit de faire le contraire de ce qu'il dit, c'est-&#224;-dire d'installer la d&#233;pendance par un certain nombre de moyens qui sont forc&#233;ment ill&#233;gaux, inavouables, occultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels moyens ? Citons notamment la s&#233;lection d'un certain nombre de chefs d'Etat amis, la guerre civile dissuasive (de 100 000 &#224; 400 000 morts dans la guerre ind&#233;pendantiste au Cameroun en 1960 : ce qui ne figure dans aucun manuel d'histoire) ; le meurtre (assassinat de Sylvanus Olympio, premier pr&#233;sident &#233;lu au Togo) ; la fraude &#233;lectorale, qu'on verra r&#233;appara&#238;tre dans les ann&#233;es 1990... Un seul chef d'Etat d'une ancienne colonie a &#233;chapp&#233; &#224; ce syst&#232;me : S&#233;kou Tour&#233;, en Guin&#233;e. Mais il a fait l'objet de tant de complots vrais en deux ans qu'il a fini par en voir des faux partout &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour veiller &#224; ce que ce syst&#232;me tienne bien en place, Jacques Foccart a install&#233; des r&#233;seaux : des moyens de tenir ces pays au b&#233;n&#233;fice de la France gr&#226;ce &#224; une organisation barbouzarde sophistiqu&#233;e. L&#224; encore, quels moyens ? Des officiers plac&#233;s aupr&#232;s de chaque chef d'Etat, charg&#233;s de les prot&#233;ger mais parfois aussi de les &#233;liminer ; des entreprises faux-nez des services secrets (M Le Floch Prigent a ainsi avou&#233; qu'Elf avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e pour servir d'instrument aux services secrets) ; tout un tas de petites entreprises de s&#233;curit&#233;, enfin, dont les prestations surfactur&#233;es permettaient de payer les soci&#233;t&#233;s de mercenaires... Bref, un syst&#232;me &#233;labor&#233; d'installation de forces parall&#232;les. Et puis il y a eu l'instauration du franc CFA, pr&#233;sent&#233; comme un cadeau fait &#224; l'Afrique, et qui est en r&#233;alit&#233; un instrument magnifique de convertibilit&#233; en Suisse d'un certain nombre de richesses africaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment donner une id&#233;e de cet enrichissement mutuel entre les commanditaires fran&#231;ais et les potentats africains ? Pour cela, il suffit de chiffrer ce qu'a rapport&#233; la rente p&#233;troli&#232;re du Gabon en l'espace de quarante ans : peut-&#234;tre 200 milliards de francs. Or le Gabon est aussi le pays qui a le plus mauvais syst&#232;me de sant&#233; en Afrique. On pense bien que ces 200 milliards ne sont pas all&#233;s aux Gabonais. Ils ont &#233;t&#233; partag&#233;s entre Omar Bongo, ses proches, et les commanditaires. M&#234;me chose pour les fortunes d'Houphou&#235;t-Boigny (60 milliards de francs), d'Eyadema, de Moussa Traore, de Mobutu &#8230; souvent &#233;gales &#224; l'endettement de leurs pays respectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#233;canisme d'&#233;conomie de rente consiste &#224; capter la diff&#233;rence entre les mati&#232;res premi&#232;res pay&#233;es &#224; tr&#232;s bas prix et leur prix de vente. A cela s'ajoute le d&#233;tournement d'une bonne partie de l'aide publique au d&#233;veloppement (au moins la moiti&#233;, l'autre servant &#224; des objectifs g&#233;opolitiques, ou de &#034;lubrifiant&#034; &#224; l'extraction de la rente : il faut bien faire tourner un minimum les Etats pill&#233;s par leurs r&#233;gimes &#8230;). A tout cela, ajoutons encore le fardeau insupportable de la dette : la baisse du cours des mati&#232;res premi&#232;res a oblig&#233; les potentats &#224; s'endetter &#224; bas taux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout de m&#234;me, au bout d'un certain temps, les r&#233;gimes n'ont pas pu continuer &#224; dire : &#034;Nous sommes l&#224; pour le d&#233;veloppement ou le progr&#232;s de nos peuples.&#034; Ils ont donc d&#251; utiliser l'arme ultime du politique, qui est le bouc &#233;missaire. Leur discours s'est adapt&#233; &#224; cette situation. Il est devenu le suivant : &#034;Je ne suis pas l&#224; pour le mieux &#234;tre mais parce que si ce n'est pas moi, ce sera votre adversaire ethnique de toujours&#034; &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu comment ce discours ethnique, apparu &#224; la fin des ann&#233;es 1980 dans des r&#233;gimes en bout de course, a conduit au g&#233;nocide au Rwanda. Aujourd'hui, la situation en C&#244;te d'Ivoire est du m&#234;me ordre : un r&#233;gime en fin de parcours, en situation d'&#233;puisement, de ruine &#233;conomique, qui commence &#224; utiliser l'arme ethnique avec tous les risques que cela peut avoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature de la d&#233;gradation des r&#233;gimes &#034;aid&#233;s&#034; par la France peut tenir en une formule : l'aide publique au d&#233;veloppement est devenue une aide secr&#232;te au contre-d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s'est accompagn&#233;e d'une d&#233;gradation en France m&#234;me. On est ainsi pass&#233; du r&#233;seau centralis&#233; de Foccart, install&#233; &#224; l'Elys&#233;e, &#224; la dispute entre Foccart et Pasqua, puis &#224; l'apparition des r&#233;seaux Giscard, Mitterrand, Madelin, Rocard, etc. Soit 4 ou 5 r&#233;seaux politico-affairistes, mais aussi 3 ou 4 grandes entreprises menant leurs propres strat&#233;gies : Elf, Bouygues (qui g&#233;rait les services publics en C&#244;te d'Ivoire), Bollor&#233; (qui acquiert un monopole des transports et du tabac en Afrique, et qui est en train de remplacer Elf comme faux-nez des services secrets).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e, elle aussi, a constitu&#233; son lobby, qui fait la politique de la France &#224; Djibouti ou au Tchad. Sans oublier les diff&#233;rents services qui se bagarrent entre eux : la DGSE, bien entendu, premi&#232;re install&#233;e en Afrique aupr&#232;s de chaque pr&#233;sidence, mais concurrenc&#233;e par la DST notamment au Maghreb, au Soudan, au Burkina Faso, au Gabon..., qui au nom du danger de l'immigration se m&#234;le des affaires int&#233;rieures d'un certain nombre de pays africains. Enfin la direction du renseignement militaire qui a jou&#233; un r&#244;le majeur dans la d&#233;sinformation au Rwanda, et la s&#233;curit&#233; militaire, DPSD, charg&#233;e de contr&#244;ler les mercenaires et les trafiquants d'armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; comment, apr&#232;s plusieurs ann&#233;es, on en est arriv&#233; &#224; une d&#233;composition en une douzaine de r&#233;seaux et de lobbies. Avec des alliances conjoncturelles ou durables comme celle des r&#233;seaux Mitterrand et Pasqua, autour d'un certain nombre de motivations : chantage ; gestion des flux parall&#232;les ; d&#233;tournement de navires d'exportation ; constitution de l'empire des jeux de la &#034;Corsafrique&#034; qui est un vecteur de blanchiment important ; trafics de fausses monnaies, de drogues &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on remonte dans les motivations, il y a aussi le partage de la rente ou le copinage entre militaires africains ou fran&#231;ais form&#233;s aux m&#234;mes &#233;coles. Et les sch&#233;mas g&#233;opolitiques, tr&#232;s importants, comme ce qu'on a appel&#233; le syndrome de Fachoda : la pens&#233;e selon laquelle tout ce qui peut arriver de mauvais pour la France en Afrique vient d'un complot des Anglo-saxons. Une obsession de Mitterrand, depuis l'assassinat d'Olympio au Togo jusqu'&#224; l'affaire du Rwanda... Il y a aussi la grande politique arabe : on s'allie avec le Soudan, r&#233;gime int&#233;griste et raciste, responsable de la mort de pr&#232;s de 2 millions de personnes dans une guerre civile impitoyable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce syst&#232;me compliqu&#233;, que j'appelle la partie immerg&#233;e de l'iceberg, a eu tendance &#224; s'enfoncer depuis 3 ou 4 ans. On est pass&#233; de la Fran&#231;afrique &#224; la &#034;Mafiafrique&#034;, que r&#233;v&#232;lent les derni&#232;res affaires. Pour donner une id&#233;e de cet enfoncement, je passerai bri&#232;vement du Rwanda au Congo-Brazzaville.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;De la fran&#231;afrique &#224; la mafiafrique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au Rwanda, dans les ann&#233;es 1990, gr&#226;ce &#224; des commandos actions de la DGSE, soit &#224; peu pr&#232;s un millier d'hommes, la France a form&#233; des troupes d'&#233;lite capables d'op&#233;rer de mani&#232;re d&#233;guis&#233;e, comprenez d&#233;guis&#233;es en mercenaires. Un commandement des op&#233;rations sp&#233;ciales a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;, d&#233;pendant directement de l'Elys&#233;e. C'est une sorte de garde pr&#233;sidentielle &#034;&#224; l'africaine&#034;, qui permet de mener des guerres secr&#232;tes en Afrique sans interventions officielles. C'est ce qui s'est pass&#233; au Rwanda, en 1992-93, comme l'a reconnu la mission d'information parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Chirac, quand il acc&#232;de &#224; la pr&#233;sidence, h&#233;rite de cette garde pr&#233;sidentielle et l'utilise en 1997-98 dans la guerre civile au Congo Brazzaville. L&#224;, nous avons vu des soldats fran&#231;ais d&#233;guis&#233;s en mercenaires. Le ministre Charles Josselin l'a reconnu dans Jeune Afrique, en disant : &#034;Il y a beaucoup de confusion au Congo-Brazzaville parce que trop de mercenaires fran&#231;ais ont &#224; peine eu le temps de quitter l'uniforme qu'ils portaient hier&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a le recours croissant aux vrais mercenaires. Tous sont recrut&#233;s dans les milieux d'extr&#234;me-droite, notamment dans le DPS, la garde pr&#233;sidentielle de Le Pen, qui comportait un millier d'hommes, anciens militaires, gendarmes ou policiers pour l'essentiel, et qui s'est divis&#233;e en deux, &#224; part &#233;gale avec le DPA pour Bruno M&#233;gret. Ce sont deux r&#233;servoirs qui demeurent fonctionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne r&#233;siste pas ici au plaisir de vous raconter une histoire illustrative de la Fran&#231;afrique, celle de Bernard Courcelle. Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, il est un officier de la s&#233;curit&#233; militaire, la DPSD. Coll&#232;gue de Bruno Gollnish, il est charg&#233; du contr&#244;le des mercenaires et du trafic d'armes. Pour mieux contr&#244;ler les mercenaires, il cr&#233;e une soci&#233;t&#233; de mercenaires avec son fr&#232;re. Ensuite, il passe &#224; la s&#233;curit&#233; du groupe Luchaire qui se livrait &#224; des trafics d'armes avec l'Iran et l'Irak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s, de 1989 &#224; 1993, Bernard Courcelle devient responsable de la s&#233;curit&#233; du mus&#233;e d'Orsay, en somme garde du corps de Mme Anne Pingeot, Mme &#034;Mitterrand bis&#034;, qui en &#233;tait la conservatrice. Quand vous savez les millions d&#233;pens&#233;s par Mitterrand pour prot&#233;ger l'intimit&#233; de sa vie priv&#233;e, vous imaginez bien que cette fonction n'&#233;tait pas attribu&#233;e &#224; quelqu'un qui &#233;tait &#233;loign&#233; du pouvoir. 1993, Courcelles est promu directeur de la garde pr&#233;sidentielle de Le Pen. Monsieur DPSD passe au DPS, o&#249; il y a mille hommes disponibles pour les aventures mercenaires. Il y reste jusqu'en 1999. L&#224; il devient directeur de la garde pr&#233;sidentielle de Denis Sassou Nguesso, le dictateur r&#233;tabli par la Fran&#231;afrique qui venait de commettre une s&#233;rie de crimes contre l'humanit&#233;. Et deux ou trois mois plus tard, Bernard Courcelles se retrouve &#224; la direction de la s&#233;curit&#233; des installations p&#233;troli&#232;res du port de Pointe Noire, &#233;l&#233;ment majeur de la politique p&#233;troli&#232;re fran&#231;aise en Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce circuit montre des m&#233;langes qui ne peuvent s'expliquer que parce que les fonctionnements sous-terrains de la Fran&#231;afrique n'ont rien &#224; voir avec ceux pr&#233;sent&#233;s en surface. Autre exemple de ce d&#233;calage : &#224; partir de 1990, on se met &#224; parler de la Fran&#231;afrique. La Coop&#233;ration fran&#231;aise va donc cr&#233;er des zones de transparence pour que tout peuple africain puisse b&#233;n&#233;ficier des m&#233;rites de la d&#233;mocratie. Dans une cinquantaine d'&#233;lections majeures, les gens se sont mobilis&#233;s d'une mani&#232;re extraordinaire pour renverser leurs tyrans. Mais pendant ce temps, une autre coop&#233;ration a &#233;t&#233; envoy&#233;e pour installer des logiciels de centralisation des r&#233;sultats, une partie de ces coop&#233;rants &#233;taient issus de la Mairie de Paris et tout &#224; fait form&#233;s en la mati&#232;re... Et dans cinquante &#233;lections majeures, &#224; part 2 ou 3 au d&#233;but o&#249; le syst&#232;me a &#233;t&#233; pris par surprise, et 2 ou 3 &#224; la fin (Niger, Guin&#233;e Bissau, S&#233;n&#233;gal) o&#249; les Africains ont commenc&#233; &#224; trouver des parades, le r&#233;sultat a &#233;t&#233; &#224; l'oppos&#233; de la volont&#233; des populations : les gens votaient pour &#233;liminer le potentat, et ils se sont retrouv&#233; au contraire avec une l&#233;gitimation du potentat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en viens &#224; pr&#233;sent au Congo Brazzaville, objet du titre &#034;Noir Silence&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Congo Brazzaville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1990 un mouvement populaire renverse le dictateur Sassou Nguesso. Une constitution est vot&#233;e presque &#224; l'unanimit&#233;, un pr&#233;sident est &#233;lu. Celui-ci a le malheur de demander 33 % de royalties sur le p&#233;trole au lieu des 17 % de Sassous Nguesso : un quasi doublement. On peut dire que c'est un crime de l&#232;se Fran&#231;afrique. D&#232;s lors, les r&#233;seaux s'activent pour pr&#233;parer le retour au pouvoir de Sassou Nguesso, au terme d'une sanglante guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;cemment, Jean-Charles Marchiani a fait un aveu &#233;poustouflant dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; : il a d&#233;clar&#233; que la n&#233;gociation qu'il avait men&#233;e au nom du ministre de l'Int&#233;rieur avec l'Angola avait pour but le renforcement de l'action de la France dans cette r&#233;gion et pour r&#233;sultat l'intervention militaire de l'Angola dans les deux Congo. Autrement dit, alors que la France d&#233;clare une politique de non-ing&#233;rence, elle arme l'Angola pour intervenir dans deux des plus sanglantes guerres civiles d'Afrique. C'est extraordinaire, et je m'&#233;tonne qu'il n'y ait pas eu d'avantage de gens pour relever cet aveu fantastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, via ses vrais faux mercenaires, via la pr&#233;sence d'un contingent angolais, d'un contingent tchadien jouant les tirailleurs s&#233;n&#233;galais, via la pr&#233;sence de g&#233;nocidaires du Rwanda et de r&#233;sidus de la garde de Mobutu, la France a renvers&#233; le r&#233;gime qui avait &#233;t&#233; install&#233; au terme du processus d&#233;mocratique. Tout cela est relativement commun. Mais comme le nouveau r&#233;gime de Sassous Nguesso a recommenc&#233; son pillage et ses pers&#233;cutions, la guerre civile a red&#233;marr&#233; fin 1998. Entre la fin 1998 et la fin 1999, il y a eu au Congo-Brazzaville dans une guerre pilot&#233;e depuis l'Elys&#233;e, plus de morts et de viols qu'au Kosovo, en Tch&#233;tch&#233;nie et &#224; Timor-Est r&#233;unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardez la couverture m&#233;diatique de ces trois &#233;v&#233;nements, les milliers de pages qui y ont &#233;t&#233; consacr&#233;es, voyez &#224; pr&#233;sent ce que vous avez pu lire sur le Congo Brazzaville... Durant cette guerre terrible, il y a eu aussi des dizaines de milliers de viols syst&#233;matiques &#224; caract&#232;re ethnique. Quasiment rien dans la presse. Pourquoi ? Tous les reporters ont &#233;t&#233; dissuad&#233;s de s'y rendre. Des &#233;quipes en ont &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233;es. Il s'est abattu un &#034;noir silence&#034; total sur une guerre qui a d&#233;truit un pays et qui a comport&#233; au moins quatre crimes contre l'humanit&#233; successifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons &#224; pr&#233;sent &#224; l'Angola, bri&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Angola&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce pays, on est en train de passer &#224; la &#034;Mafiafrique&#034;. Depuis son accession &#224; l'ind&#233;pendance il y a 25 ans, r&#232;gne une guerre civile &#233;pouvantable, qui a fait plus de 500 000 morts. Dans ce pays, Le Floch-Prigent a avou&#233;, et on dispose de t&#233;moignages sur ce point, que l'on avait aid&#233; les deux c&#244;t&#233;s de la guerre. Evidemment, dans ces conditions, une guerre peut durer longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Angola, c'est le Koweit du XXIe si&#232;cle, on y trouve les plus grands gisements d'Afrique. On se donne donc les moyens de les contr&#244;ler. L&#224; il n'est plus questions de syndr&#244;me de Fachoda : il y a 45 % pour Elf-Totalfina et 45 % pour une compagnie anglo-saxonne. Et puis 10 % pour une soci&#233;t&#233; qui va s'appeler, par exemple, Falcon-Oil. Monsieur Falcone, qui n'est pas plus p&#233;trolier que vous et moi, enl&#232;ve son &#034;e&#034;, met &#034;oil&#034; &#224; la fin, et il a 10 % d'un des plus gros gisements de la plan&#232;te. Autrement dit, la vente des armes est programm&#233;e dans l'exploitation p&#233;troli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, aujourd'hui, la programmation des ventes de biens et services militaires est clairement li&#233;e &#224; la d&#233;couverte du p&#233;trole. Quand vous regardez de pr&#232;s, quand vous observez qui sont ceux qui dirigent v&#233;ritablement les compagnies p&#233;troli&#232;res, vous vous rendez compte qu'il y a un m&#233;lange extr&#234;mement troublant entre des vendeurs de p&#233;troles et des gens qui sont en fait des vendeurs d'armes. C'est pourquoi l'affaire Elf est d'abord une affaire de ventes d'armes (Sirven &#233;tait plus un vendeur d'armes que de p&#233;trole). Et je pourrai vous donner tout un tas d'autres noms que vous connaissez moins : Pierre Lautier, Etienne Leandri, etc. Tout un tas de gens qui sont plus vendeurs d'armes, et qui sont aussi membres des services secrets ou honorables correspondants des services secrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez ainsi un triptyque : vente d'armes / vente de p&#233;trole / services secrets. Avec lui, non seulement c'est une calamit&#233; de d&#233;couvrir du p&#233;trole, car l'argent du p&#233;trole se convertit aussit&#244;t en armes et entretient la guerre civile, mais en m&#234;me temps, tout &#231;a sert &#224; constituer des cagnottes pour les services secrets, qui leur permettent de mener leurs guerres secr&#232;tes et de s'enrichir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dirait Alfred Sirven, dont on a d&#233;couvert 3 milliards en Suisse qui sont une petite partie de l'argent brass&#233; : &#034;J'ai de quoi faire sauter vingt fois la classe politique fran&#231;aise&#034;. Au bout de quarante ans de m&#233;thodes de voyou mises en place dans le syst&#232;me Foccart pour contr&#244;ler l'Afrique, les gens sont devenus de vrais voyous, ils n'ob&#233;issent plus &#224; la raison d'Etat. Ils commandent aux politiques en ayant les moyens de les faire chanter. On a compl&#232;tement invers&#233; la situation. Et je ne vous parle pas des journalistes, mais vous imaginez que ces gens-l&#224; ont les moyens de faire pression sur un certain nombre d'entre eux. Ils ont vraiment beaucoup d'argent. Falcone est milliardaire, Gaydamac multimilliardaire, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en viens aux branchements de la &#034;Mafiafrique&#034;, &#224; savoir que ce syst&#232;me parall&#232;le qui contribue au pillage de l'Afrique se croise maintenant dans des pays comme l'Angola avec des syst&#232;mes analogues am&#233;ricains, britanniques, sud-africains, br&#233;siliens, russes, isra&#233;liens etc. &lt;br /&gt;
La Mafiafrique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, M Gaydamac travaille &#233;troitement avec les services russes et les services isra&#233;liens. A partir de 1985, le KGB et une partie de la Nomenklatura russe ont commenc&#233; &#224; &#233;tablir des comptes financiers en Suisse et &#224; l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la chute du mur de Berlin, on a vendu &#224; vil prix les stocks de p&#233;trole, d'aluminium, d'engrais (gigantesques), les armes russes, les cr&#233;ances russes, les diamants..., on les a vendus parfois au dixi&#232;me de leur valeur, et toutes ces ventes brad&#233;es ont constitu&#233; une cagnotte gigantesque &#224; l'ext&#233;rieur de la Russie qu'on peut chiffrer bien au-del&#224; d'une centaine de milliards de francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien cet argent est en train de permettre &#224; certains de prendre le contr&#244;le d'une partie du march&#233; des diamants, tr&#232;s li&#233; aux guerres civiles. Il rentre ainsi en connexion, en Angola, avec les m&#233;thodes des services secrets fran&#231;ais et am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la Fran&#231;afrique, il faut aussi noter l'importance de la Grande Loge Nationale Fran&#231;aise, h&#233;riti&#232;re des lobbies coloniaux. c'est une ob&#233;dience franc-ma&#231;onne tr&#232;s &#224; droite. Je pr&#233;cise que nous n'avons rien contre la franc-ma&#231;onnerie qui a jou&#233; un r&#244;le &#233;minent dans l'institution de la R&#233;publique et dans la conqu&#234;te des droits sociaux en France. Mais il y a au moins une ob&#233;dience qui a largement d&#233;rap&#233; et il y a eu, dans les autres ob&#233;diences, des d&#233;rapages par int&#233;r&#234;t personnel ou parce que les services secrets ont toujours &#233;t&#233; tent&#233;s d'infiltrer ce cercle d'initi&#233;s. Mais la plupart des potentats africains sont &#224; la GLNF : Idriss Deby, du Tchad, Sassou Nguesso, du Congo-Brazzaville, Bongo, Compaor&#233;, le g&#233;n&#233;ral Gue&#239;, etc. Le d&#233;mocrate r&#233;cemment &#233;lu au Niger va s'y faire initier sous peu - apparemment, il ne pourrait survivre sans cela -, Michel Roussin, comme Jacques Godfrain, ex-ministres de la Coop&#233;ration, y sont aussi, de m&#234;me que la plupart des grands corrupteurs fran&#231;ais de ces derniers temps : M&#233;ry, Pacary, Crozemarie, Schuller. L'&#233;tat-major de TF1 est aussi &#224; la GLNF, nombre de responsables des services sp&#233;ciaux fran&#231;ais sont &#224; la GLNF, Sirven y &#233;tait aussi, on ne pouvait acc&#233;der au commandement des troupes coloniales marines qu'en y &#233;tant, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela fait un croisement important. La GLNF se flatte sur son site d'avoir recrut&#233; les 200 principales personnalit&#233;s gabonaises. C'est un peu le c&#339;ur de la Fran&#231;afrique. Un certain nombre de m&#233;dias, de juges, de magistrats, d'experts sont aussi sous sa coupe. Tout cela fait un petit peu probl&#232;me pour la R&#233;publique. Alors j'avance...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a un syst&#232;me parall&#232;le qui a largement d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; : au lieu d'&#234;tre centralis&#233;, il est compos&#233; d&#233;sormais d'une douzaine de r&#233;seaux et de lobbies fortement rattach&#233;s &#224; l'appareil d'Etat, puisque les vrais faux mercenaires d&#233;pendent directement de l'Elys&#233;e et un certain nombre d'entreprises impliqu&#233;es sont tr&#232;s fortement en lien avec les pouvoirs publics. Donc on a ce syst&#232;me parall&#232;le qui en croise d'autres, dans d'autres pays, le tout facilit&#233; par la mont&#233;e des paradis fiscaux et l'impunit&#233; totale de la criminalit&#233; financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'explique le juge Van Ruymbecke, un mafieux peut en 24 heures faire quatre virements par quatre paradis fiscaux. Il faut deux ans et demi en moyenne au juge pour remonter un virement, donc dix ans pour remonter ce qu'un mafieux a fait en 24 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, aujourd'hui, devant la grande criminalit&#233; internationale, la justice est totalement impuissante. Ils sont assur&#233;s de l'impunit&#233;, ce qui ne vous appara&#238;t peut-&#234;tre pas puisqu'on ne parle que des affaires. Mais il ne faut pas oublier que comme dans toutes les mafias, un clan de temps en temps balance l'autre, et que si les juges s'en sortent, c'est parce qu'ils trouvent dans leur bo&#238;te aux lettres le num&#233;ro de compte de l'adversaire, sans quoi ils n'auraient aucune chance. Devant ce type de ph&#233;nom&#232;ne, les points de rencontre entre les d&#233;veloppements consid&#233;rables de ces cagnottes parall&#232;les sont en train d'exploser, et ce ne sont plus les Etats qui gouvernent les services secrets, ce sont certains anciens des services secrets qui gouvernent les Etats. On est donc devant des d&#233;fis extraordinaires pour la d&#233;mocratie et aussi pour la presse. J'y viens maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;La presse et la Fran&#231;afrique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part, c'est assez simple &#224; comprendre. Cette Fran&#231;afrique mise en place par des gens qui appartiennent aux services secrets est un domaine r&#233;serv&#233;, quasi militaire. Que fait-on dans les domaines militaires ? Depuis toujours, de la d&#233;sinformation. C'est une arme essentielle de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis toujours, les responsables des services secrets sont charg&#233;s de contr&#244;ler &#233;troitement ce qui se passe dans diff&#233;rents pays. Si vous lisez les m&#233;moires de Claude Silberzahn ancien directeur de la DGSE, ou d'Yves Bonnet, ancien directeur de la DST, il y a plusieurs pages o&#249; ils nomment leurs amis dans la presse, certains dans le plus c&#233;l&#232;bre des quotidiens fran&#231;ais. Et ils expliquent comment on peut faire ami-ami avec certains journalistes pour faire passer discr&#232;tement les th&#232;ses de leurs services. Il y a donc une strat&#233;gie permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains ont ainsi fait l'&#233;tymologie du terme &#034;khmers noirs&#034;, montrant comment &#224; partir de 1993, les services ont distill&#233; dans quelques m&#233;dias choisis cette notion, qui visait &#224; diaboliser le FPR et les Tutsis et qui a concouru &#224; pr&#233;parer le g&#233;nocide. Vous avez donc une manipulation courante des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France est le seul pays d&#233;mocratique, &#224; ma connaissance, qui a une police des m&#233;dias : il existe 57000 fiches de journalistes au RG. Je ne comprends pas que la presse tol&#232;re &#231;a. C'est quelque chose d'insupportable. Dans ces fiches, on trouve &#233;videmment tous les petits probl&#232;mes personnels des gens, leurs probl&#232;mes d'imp&#244;ts... Moyennant quoi, un certain nombre de journalistes peuvent &#234;tre discr&#232;tement tenus. Rappelez-vous un &#233;pisode formidable, il y a quelques jours, sur TF1. Quand PPDA a os&#233; parler de blanchiment, Charles Pasqua a r&#233;pondu : &#034;M Poivre d'Arvor, si je n'&#233;tais pas votre ami, je vous r&#233;pondrais sur un autre ton. Rappelez-vous que j'ai &#233;t&#233; deux fois ministre de l'Int&#233;rieur.&#034; Publiquement ! Comprenne qui pourra !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces moyens de chantage sont importants. Une journaliste sp&#233;cialis&#233;e sur les questions africaines me disait un jour : il y a trois moyens de tenir les journalistes sp&#233;cialis&#233;s sur l'Afrique, qui sont relativement peu nombreux. Il y a l'argent, le sexe et l'alcool. Parfois les trois ensemble. Des moyens classiques, souvent les bons. Il en existe un quatri&#232;me : le dopage. Sachant qu'il est tr&#232;s difficile d'avoir des informations sur ces questions, vous procurez &#224; des journalistes que vous choisissez des informations de premier ordre, des &#034;scoops&#034;. Ces journalistes deviennent des t&#233;nors de l'information, mais si vous ne leur fournissez plus d'informations, ils sont en manque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu l'un des principes de base de la d&#233;sinformation, c'est qu'il faut avoir de la tr&#232;s bonne information. Donc les d&#233;sinformateurs sont ceux chez lesquels on trouve en permanence la meilleure des informations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez aussi les journalistes au service de tel ou tel clan de la Fran&#231;afrique. Vous rep&#233;rez &#224; un moment donn&#233; qu'ils tirent toujours sur le m&#234;me clan, ce qui signifie qu'ils sont aliment&#233;s par le clan adverse. C'est un peu comme pour l'affaire Elf. Il faut savoir que chacun des journalistes tr&#232;s bien renseign&#233;s a en fait acc&#232;s au dossier par l'avocat de l'une des parties. Donc il va tout balancer sauf ce qui concerne sa partie. Dans un autre journal, vous avez un autre avocat, etc. Donc vous pouvez rep&#233;rer un certain nombre de biais. Cela, c'est du d&#233;cryptage &#233;l&#233;mentaire des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais parfois, cela va plus loin. Comme dans l'affaire du Rwanda, o&#249; il y a eu des cas de d&#233;sinformation extraordinaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. Le Monde, un contre-pouvoir ?, de Jean-Paul Gouteux, ed. L'Esprit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au Congo, cette d&#233;sinformation est all&#233;e jusqu'&#224; censurer quasiment une guerre civile. Seul un journaliste a r&#233;ussi &#224; s'y rendre, de T&#233;moignage Chr&#233;tien, et quand il est revenu, on s'est arrang&#233; pour faire sombrer son papier et l'&#233;touffer de mani&#232;re sordide. TF1 a voulu envoyer une &#233;quipe, elle a &#233;t&#233; d&#233;command&#233;e &#224; la derni&#232;re minute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre cas bien connu. Mon &#233;diteur Laurent Beccaria a travaill&#233; avec une journaliste, Dominique Lorentz, qui a d&#233;couvert que l'ensemble de l'affaire des prises d'otages et des attentats &#224; Paris dans les ann&#233;es 1980 &#233;tait un chantage permanent de l'Iran pour obtenir l'uranium enrichi promis au shah &#224; la fin des ann&#233;es 1970 de mani&#232;re &#224; disposer de la bombe atomique. Elle explique comment Chirac et Mitterrand ont c&#233;d&#233; au chantage, tandis que Michel Barouin, qui s'y opposait, a &#233;t&#233; supprim&#233; pour cela. Dominique Lorentz, dans &#034;Une Guerre&#034;, explique aussi comment l'uranium enrichi est parti du Gabon. Ce livre a re&#231;u les &#233;loges des plus grandsexperts.Quand Laurent Beccaria est arriv&#233; chez son patron de chez Stock, Claude Durand, qui avait pris l'avis de Lagard&#232;re, il lui a dit : ce livre est imparable, mais impubliable. Il ne faut pas casser la machine. Donc Beccaria est parti imprimer ce livre en Espagne. Il a fond&#233; sa maison d'&#233;ditions, les Ar&#232;nes, il a tir&#233; &#034;Une Guerre&#034; &#224; 10 000 exemplaires partis comme des bouch&#233;es de pain : le tout Paris renseign&#233; l'a lu. Eh bien il y a eu huit articles pr&#233;par&#233;s dans les plus grands m&#233;dias, ils ont tous &#233;t&#233; bloqu&#233;s. Ce livre majeur pour comprendre un &#233;l&#233;ment tr&#232;s important de l'histoire de France des ann&#233;es 1980 a &#233;t&#233; totalement censur&#233;. A ma connaissance, seul un journaliste, Mathieu Aron, en a parl&#233; sur France Info, ainsi qu'un journal f&#233;minin. Tout le reste a &#233;t&#233; censur&#233;. Connaissez-vous une d&#233;mocratie occidentale o&#249;, sur un livre aussi important, on est capable de faire un silence total ? On aurait pu tr&#232;s bien d&#233;molir ce livre. On aurait pu dire : ce livre ne vaut rien. Non. Le silence total ! On est face &#224; une capacit&#233; de pression absolument exceptionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, je voudrais faire un sort rapide &#224; la presse franco-africaine : D'abord &lt;i&gt;Jeune Afrique&lt;/i&gt;. Son directeur B&#233;chir Ben Yahmed a avou&#233; que depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1980, il mangeait tous les mois avec Jacques Foccart. Cela s'est tellement bien pass&#233; que Foccart a fait de &lt;i&gt;Jeune Afrique&lt;/i&gt; le l&#233;gataire universel de ses &#339;uvres. &#199;a annonce la couleur... D'apr&#232;s ce que j'ai pu comprendre, &lt;i&gt;Jeune Afrique&lt;/i&gt; est peut-&#234;tre plus riche des articles qu'il n'a pas publi&#233;s que de ceux qu'il a publi&#233;s. C'est-&#224;-dire que ces excellents articles &#233;taient soumis &#224; ceux qui &#233;taient vis&#233;s, et remis&#233;s, moyennant sans doute des compensations. Vous avez ainsi dans &lt;i&gt;Jeune Afrique&lt;/i&gt;, en permanence, des publi-reportages extr&#234;mement co&#251;teux. &lt;i&gt;Jeune Afrique&lt;/i&gt; a donc souvent &#233;t&#233; partie prenante dans les mauvaises causes. Mais ce magazine suit le mouvement, c'est-&#224;-dire que, de temps en temps, il se pose en r&#233;volutionnaire : une tactique habituelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Africa international&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; fond&#233; par deux &#233;minences de la Fran&#231;afrique, Jean-Yves Ollivier, qui a jou&#233; et qui joue encore un r&#244;le majeur dans toute cette histoire, et le colonel L&#233;thier, ancien num&#233;ro deux de la DGSE, qu'on trouve au c&#339;ur d'un certain nombre d'op&#233;rations d'Elf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouvel &lt;i&gt;Afrique Asie&lt;/i&gt;, journal r&#233;volutionnaire, doit parfois conc&#233;der &#224; certains tyrans notoires car il faut bien vivre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc c'est assez difficile de se faire une id&#233;e de ce qui se passe en Afrique dans la presse sp&#233;cialis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;L'activit&#233; de Survie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Et nous, &#224; Survie, comment travaillons-nous ? Nous croisons quatre sources. D'abord l'ensemble de la presse et de la documentation fran&#231;aise. Quand on conna&#238;t le pedigree et la g&#233;n&#233;alogie de l'ensemble des journalistes, on rep&#232;re qu'il y en a une quinzaine qui, malgr&#233; toutes ces conditions d&#233;favorables, malgr&#233; parfois leur r&#233;daction, font magnifiquement leur travail. Les meilleurs articles sortis depuis dix ans sur la Fran&#231;afrique ont &#233;t&#233; publi&#233;s par Patrick de Saint-Exup&#233;ry dans le Figaro. Car il ne faut pas faire de manich&#233;isme : il y a des journalistes libres dans tous les m&#233;dias. Un journaliste m'a accueilli pendant une heure sur LCI la cha&#238;ne de Bouygues, pour parler de la Fran&#231;afrique. Au milieu j'ai parl&#233;, parmi les r&#233;seaux, de Bouyues. Je me suis quand m&#234;me excus&#233; &#224; la fin en lui disant que j'&#233;tais d&#233;sol&#233; parce que j'allais sans doute lui attirer des ennuis. Il m'a dit : &#034;Bof ! Tant que je suis l&#224;, je suis l&#224;&#034;. Il a fini par &#234;tre vir&#233;, mais il y a des gens courageux. Donc ne soyons pas manich&#233;ens, car la libert&#233; existe et il y a des gens qui l'exercent tous les jours et que l'on peut rep&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi rep&#233;rer les d&#233;sinformateurs. A condition d'y aller avec des pincettes, on trouvera aussi chez eux de la tr&#232;s bonne information. Quand M Silberzahn dit que Jacques Isnard, qui rend compte des questions militaires dans Le Monde et qui cite en permanence ses sources dans les services secrets, est un tr&#232;s bon ami, ce que dit Isnard n'est peut-&#234;tre pas v&#233;rit&#233; d'&#233;vangile mais pour conna&#238;tre le point de vue de la DGSE, c'est excellent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc vous trouvez pas mal de choses dans la presse fran&#231;aise, mais c'est insuffisant. Il faut la croiser avec la presse &#233;trang&#232;re qui a d'autres biais. Il y a les presses belge, anglaise, am&#233;ricaine, sud-africaine, d'autres pays d'Afrique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons aussi un r&#233;seau de correspondants que nous avons tiss&#233; : experts, journalistes, responsables d'associations &#224; travers le monde avec qui nous confrontons nos informations. Et puis il y a une source &#233;norme d'informations, c'est le millier d'Africains qui, eux, ne peuvent publier, sinon au risque de leur vie, et qui viennent aupr&#232;s de ceux qui veulent parler, fournir un certain nombre de choses.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, ce n'est pas non plus une source enti&#232;rement fiable, mais quand vous la croisez avec les autres, vous rep&#233;rez des informations viables. Et tout &#231;a finit par faire une force d'informations non n&#233;gligeable. Vous savez, bien que j'aie intitul&#233; ce livre &#034;Noir silence&#034; en avril 2000, parce que nous &#233;tions persuad&#233; qu'il y aurait un boycott total dans les m&#233;dias, ce qui n'a pas manqu&#233; de se produire, &#224; deux exceptions pr&#232;s (RFI et France Culture), eh bien quand les affaires ont &#233;clat&#233;, un certain nombre de journalistes non sp&#233;cialistes de l'Afrique se sont rendus compte que c'&#233;tait bizarre : la liste des mises en examens ressemblait &#224; l'index de &#034;Noir Silence&#034; ! A partir de l&#224;, on a commenc&#233; &#224; parler du livre un peu partout...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-_2A&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-_2A&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-_2A&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;*&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;titres et sous-titres d'Acrimed&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. &lt;i&gt;Le Monde, un contre-pouvoir&lt;/i&gt; ?, de Jean-Paul Gouteux, ed. L'Esprit frappeur, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Fran&#231;afrique : les m&#233;dias complices ? (1)</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Francafrique-les-medias-complices-1</link>
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		<dc:date>2000-12-31T23:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Fran&#231;ois-Xavier Verschave</dc:subject>
		<dc:subject>Jacques Isnard</dc:subject>
		<dc:subject>Fran&#231;afrique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;R&#233;cit d'une chronique politico-judiciaire.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Loin-d-Afrique-du-nord-au-sud-" rel="directory"&gt;Loin d'Afrique (du nord au sud)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Francois-Xavier-Verschave-124-+" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois-Xavier Verschave&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Jacques-Isnard-+" rel="tag"&gt;Jacques Isnard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Francafrique-+" rel="tag"&gt;Fran&#231;afrique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Fran&#231;afrique : les m&#233;dias complices ? &#187; Sous ce titre, Acrimed a organis&#233;, le 18 Janvier 2001, dans le cadre de ses &#034;Jeudis&#034; quasi-mensuels, un d&#233;bat avec Fran&#231;ois-Xavier Verschave, pr&#233;sident de l'association Survie et auteur du livre &lt;i&gt;Noir Silence&lt;/i&gt; (&#233;ditions Les Ar&#232;nes, 2000), poursuivi par trois pr&#233;sidents africains, Omar Bongo, Idriss D&#233;by et Denis Sassou Nguesso (d&#233;fendus par Me Jacques Verg&#232;s), qui ont d&#233;pos&#233; plainte pour &#034;offense &#224; Chef d'Etat &#233;tranger. En forme d'introduction au d&#233;bat, le r&#233;cit d'une chronique politico-judiciaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Episodiquement, la chronique judiciaire et politique se fait l'&#233;cho des m&#233;faits des &#034; fran&#231;africains &#034; : Michel Roussin, Jean-Christophe &#034; Papamadit &#034; Mitterrand, Barril, Verg&#232;s, etc., tous dans la descendance barbouzarde du d&#233;funt Jacques Foccart. Mais, au fond, que savons-nous de cette politique et de ces agissements qui depuis quarante ans r&#233;gissent avec une remarquable continuit&#233;, par-del&#224; les alternances ici et l&#224;-bas, les relations entre la France et ses anciennes colonies africaines ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, quelques ouvrages r&#233;cents d&#233;voilent largement le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1998. &lt;i&gt;La Fran&#231;afrique&lt;/i&gt; de Fran&#231;ois-Xavier Verschave, pr&#233;sident de l'association Survie (&#233;d. Stock). Sous-titre &#233;vocateur : &#034;&lt;i&gt;le plus long scandale de la r&#233;publique&lt;/i&gt;&#034;. 35 ann&#233;es de relations franco-africaines tumultueuses pass&#233;es en revue, depuis les ind&#233;pendances. Un livre qui s'est bien vendu mais qui a &#233;t&#233; peu comment&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Avril 2000. &lt;i&gt;Noir silence&lt;/i&gt; du m&#234;me Fran&#231;ois-Xavier Verschave (&#233;d. Les Ar&#232;nes). 600 pages consacr&#233;es aux relations incestueuses entre la France et l'Afrique au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie. Encore un bon succ&#232;s de librairie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ca ne vous dit rien ? C'est bien le probl&#232;me ! Dans la &#034; grande &#034; presse, seuls en ont parl&#233; &lt;i&gt;Les Inrockuptibles&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;T&#233;moignage chr&#233;tien&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Politis&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;&#8230; Des publications r&#233;serv&#233;es &#224; des lecteurs qui &#034; veulent savoir &#034;, dont les contenus ne cherchent pas &#224; coller aux sujets du 20 heures, ni aux unes du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; ou de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;&#8230; Si l'on se contente de lire la &#034; grande &#034; presse fran&#231;aise pour se tenir inform&#233; sur l'Afrique et ses relations avec la France, ce qui semble l&#233;gitime, il est impossible de s'y retrouver. De m&#234;me qu'il &#233;tait impossible, au printemps 1994, de comprendre la r&#233;alit&#233; du g&#233;nocide au Rwanda si on ne lisait que la &#034; grande &#034; presse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 31 mars 2000, la Cour d'Appel de Paris d&#233;boutait Jean-Marie Colombani, directeur du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, et Jacques Isnard, sp&#233;cialiste du m&#234;me journal pour les questions de d&#233;fense, de leur assignation pour diffamation contre Jean-Paul Gouteux et son livre &lt;i&gt;Un G&#233;nocide secret d'&#201;tat. La France et le Rwanda 1990-1997&lt;/i&gt; (Editions Sociales, 1998). Ce chercheur y mettait en cause la fa&#231;on dont &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et, singuli&#232;rement, Jean-Marie Colombani et Jacques Isnard ont rendu compte du g&#233;nocide perp&#233;tr&#233; au Rwanda, au moment o&#249; celui-ci avait lieu. Poursuivant son enqu&#234;te, Jean-Paul Gouteux a fait para&#238;tre en octobre 1999 un nouveau livre, enti&#232;rement consacr&#233; au &#034; quotidien de r&#233;f&#233;rence &#034; : &lt;i&gt;Le Monde, un contre-pouvoir ? D&#233;sinformation et manipulation sur le g&#233;nocide rwandais&lt;/i&gt; (L'Esprit frappeur, 1999). Le lecteur d&#233;couvre comment &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a accr&#233;dit&#233; la version pr&#233;sent&#233;e par les services de renseignement fran&#231;ais et pr&#233;sent&#233; les Tutsis comme aussi dangereux, si ce n'est plus, que les g&#233;nocidaires (&lt;a href='https://www.acrimed.org/Le-Monde-et-le-Rwanda-des-livres-qui-derangent' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Pour en savoir plus&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la parution de &lt;i&gt;Noir silence&lt;/i&gt;, trois pr&#233;sidents africains, Omar Bongo, Idriss D&#233;by et Denis Sassou Nguesso (d&#233;fendus par Me Jacques Verg&#232;s), ont d&#233;pos&#233; plainte pour &#034;offense &#224; Chef d'Etat &#233;tranger&#034; contre Fran&#231;ois-Xavier Verschave, et son &#233;diteur. L'affaire sera jug&#233;e devant la 17e chambre correctionnelle du TGI de Paris, les 28 f&#233;vrier et 5 et 7 mars prochains. Le d&#233;lit d'offense est le prolongement de l'ancien crime de l&#232;se-majest&#233;. Encore une fois, la &#034; grande &#034; presse est pourtant curieusement silencieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 janvier 2001, d&#233;bat avec Fran&#231;ois-Xavier Verschave, pr&#233;sident de l'association Survie et auteur du livre &lt;i&gt;Noir Silence&lt;/i&gt; (&#233;ditions Les Ar&#232;nes, 2000), sur le r&#244;le tr&#232;s ambigu que jouent les grands m&#233;dias (essentiellement la t&#233;l&#233;vision et les grands quotidiens) pour maintenir la chape de plomb sur les inombrables dossiers noirs de la Fran&#231;afrique qui, s'ils &#233;taient clairement d&#233;nonc&#233;s, feraient du tort &#224; beaucoup de personnages importants, et de tous bords&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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