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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>L'ivresse r&#233;pressive de Ouest France contre l'ivresse des &#233;tudiants </title>
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		<dc:date>2005-11-21T05:28:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Muriel Brandily</dc:creator>


		<dc:subject>Ouest-France</dc:subject>
		<dc:subject>Etudiants, lyc&#233;ens</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A Rennes, les CRS chargent contre les &#233;tudiants... avec le soutien du quotidien breton&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-PQR-Presse-quotidienne-regionale-" rel="directory"&gt;PQR : Presse quotidienne r&#233;gionale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Ouest-France-+" rel="tag"&gt;Ouest-France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Etudiants-lyceens-+" rel="tag"&gt;Etudiants, lyc&#233;ens&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les conflits entre CRS et &#233;tudiants f&#234;tards sont relat&#233;s par &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; avec un rare souci d'impartialit&#233;. Les le&#231;ons de morale, suintant le m&#233;pris, d&#233;vorent l'information. Le journalisme de maintien de l'ordre est, litt&#233;ralement, sur le front : les troubles sur la voie publique sont assimil&#233;s &#224; une &#233;bauche de guerre. &lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis plus d'un an, les jeudis soirs estudiantins rennais ont pris un tour nouveau avec des fins de soir&#233;es marqu&#233;es par des affrontements entre CRS et &#233;tudiants. En novembre 2004, un canon &#224; eau a &#233;t&#233; sp&#233;cialement envoy&#233; de Paris pour disperser les bruyants f&#234;tards, et le mois suivant, la pr&#233;f&#232;te de r&#233;gion a interdit la traditionnelle rave organis&#233;e en marge des Trans Musicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2005, la municipalit&#233; a mis en place des soir&#233;es gratuites sans alcool proposant de nombreuses activit&#233;s (concerts, d&#233;bats, sport...). Les jeudis soirs rennais &#233;taient plus calmes. Mais la volont&#233; r&#233;pressive incarn&#233;e par la pr&#233;f&#232;te ne cessait pas. Ainsi, lors de la derni&#232;re F&#234;te de la musique, s'&#233;tant &#233;loign&#233;e de plusieurs centaines de m&#232;tres du d&#233;but d'une charge, une jeune fille qui venait de monter sur son v&#233;lo a eu le bras cass&#233; par un CRS. A la rentr&#233;e, avant la reprise des soir&#233;es &#224; th&#232;me encadr&#233;es, la jeunesse &#233;tudiante s'est &#224; nouveau rassembl&#233;e dans le centre et une partie d'entre elle s'est affront&#233;e aux CRS. &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; et le procureur &#233;taient l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeudi 6 octobre 2005, le centre-ville de Rennes conna&#238;t une nuit d'affrontements entre CRS et &#233;tudiants. Serge Le Luyer, journaliste &#224; la r&#233;daction rennaise d'&lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt;, loin de s'en tenir aux faits, ne se prive pas de faire des commentaires sur ces &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;jeunes &#233;m&#233;ch&#233;s, revendiquant leur manque d'id&#233;al&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;8-9/10/2005.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et rapporte, sans m&#234;me les attribuer aux effets de l'alcool, quelques paroles de ces jeunes ivres, dont la lucidit&#233; serait pourtant &#224; relativiser : &#171; &lt;i&gt;Maintenant &lt;/i&gt;[les riverains]&lt;i&gt; savent que c'est la teuf le jeudi soir. Ils n'ont qu'&#224; d&#233;m&#233;nager&lt;/i&gt;. &#187;. La semaine suivante, son coll&#232;gue Michel Tanneau d&#233;veloppe la le&#231;on de morale civique : &#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Faute d'id&#233;al affich&#233;, de revendications sociales clairement exprim&#233;es - combien de ces jeunes majeurs utilisent-ils leur bulletin de vote ? - la provocation devient reine&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;15-16/10/2005&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il tente aussi d'&#233;tablir un dialogue, forc&#233;ment constructif dans ce contexte : &#171; &lt;i&gt;Et si un journaliste ose objecter qu'au classement des &#233;tats totalitaires, la France n'est pas tr&#232;s bien plac&#233;e, il est pris pour un supp&#244;t &#8220;de Sarkozy&#8221;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; le 5 d&#233;cembre 2004, lors des affrontements durant les Trans Musicales, la condescendance du moraliste tenait lieu d'information : &#171; &lt;i&gt;La veille &#224; 23 h, le rythme sourd et &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;primitif&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; des poubelles, battues par les canettes et les b&#226;tons, remplace les sons technos interdits par la pr&#233;fecture. Des jeunes, filles et gar&#231;ons, ne sont font pas prier &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;pour taper comme des forcen&#233;s, des heures durant,&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; sur le plastique des containers. &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Ces quelques poubelles renvers&#233;es constituent l'unique animation &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;et le c&#339;ur du rassemblement. Elles sont tr&#232;s pris&#233;es et l'exercice a au moins eu le m&#233;rite de les r&#233;chauffer dans des temp&#233;ratures au-dessous de z&#233;ro. &#187; Ouest-France&lt;/i&gt;, sans donner la parole aux &#233;tudiants, insistait :&lt;i&gt; &#171; les plus bavards ou les plus embu&#233;s tentent encore de convaincre les CRS &#8220;qu'il faut d'abord parler et rester cool&#8221;. Ils dictent aux quelques journalistes encore pr&#233;sents le contenu de l'article qu'ils veulent lire dans leur quotidien&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Le Luyer dans Dimanche Ouest-France, 5/12/2004.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette &#171; &lt;i&gt;immense beuverie&lt;/i&gt; &#187;, la r&#233;pression s'est organis&#233;e. Et la disproportion entre les exc&#232;s des jeunes incrimin&#233;s - ce qui n'enl&#232;ve rien aux probl&#232;mes soulev&#233;s par ce type de rassemblement - et les moyens employ&#233;s (canon &#224; eau venu sp&#233;cialement de Paris, d&#233;ploiement massif de forces de l'ordre, patrouilles dans certaines rues, interdiction du transport et la consommation d'alcool dans un p&#233;rim&#232;tre du centre) ne sont pas interrog&#233;s par les journalistes. L'&#233;tudiante au bras cass&#233; par un CRS, et qui doit en cons&#233;quence renoncer au contrat obtenu pour un boulot d'&#233;t&#233;, a droit &#224; un portrait dans le quotidien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;13/07/2005&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui se garde bien toutefois d'exprimer une quelconque indignation, ni &#233;videmment d'enqu&#234;ter sur les faits. Comme le dit si bien Michel Tanneau &#224; propos de la soir&#233;e du 13 octobre 2005 : &#171; &lt;i&gt;Au final, huit jeunes hommes sont interpell&#233;s, &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;de mani&#232;re certes muscl&#233;e, mais sans violence excessive&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;15-16/10/2005&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont pourtant nombreux les t&#233;moins qui ont constat&#233; des &#8220;d&#233;bordements&#8221; du c&#244;t&#233; des forces de l'ordre, &#224; tel point qu'un collectif contre les violences polici&#232;res et s&#233;curitaires s'est cr&#233;&#233; fin 2004. Pourquoi en serait-il autrement d'ailleurs quand la volont&#233; r&#233;pressive est &#224; ce point manifeste ? Mais bizarrement et malgr&#233; le nombre de photos qui accompagnent (jusqu'&#224; cinq - et parfois en couleur...) les articles, les lecteurs voient peu de photos illustrant les affrontements. La majorit&#233; d'entre elles est prise avant : on y voit des jeunes assis qui discutent, qui interpellent les CRS... D'autres sont prises apr&#232;s : bris de verre, jeunes ivres allong&#233;s sur le sol. Les seules photos des moments d'affrontements permettent de voir des jeunes gens debout au milieu de gaz lacrymog&#232;nes, une jeune fille qu'un CRS fait se lever avec m&#233;nagement, un jeune homme, pratiquement allong&#233;, tir&#233; par les bras par des CRS... On ne saura pas pourquoi la violence en tant que telle, et quelle que soit son origine, n'est jamais expos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La criminalisation de la jeunesse se poursuit tranquillement. Le vocabulaire est lui-m&#234;me militaris&#233; : &#224; croire que Rennes est au bord de la guerre civile. Le procureur pr&#233;sent lors des affrontements du 6 octobre dernier d&#233;clare ainsi tranquillement, et ceci cl&#244;t l'article de Serge Le Luyer du 8-9 octobre dernier : &#171; &lt;i&gt;Une v&#233;ritable &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;gu&#233;rilla urbaine&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; s'installe &#224; Rennes et j'aimerais que &#231;a cesse&lt;/i&gt; &#187;. La semaine suivante, son jugement est repris tel quel par Michel Tanneau : &#171; &lt;i&gt;C'est parti pour deux heures de &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;gu&#233;rilla urbaine&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. 24 grenades tir&#233;es d'un c&#244;t&#233;, des dizaines de canettes de bi&#232;re de l'autre. Le jeu du chat et de la souris descend les Lices, avant que la &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;ligne de front &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;ne s'&#233;tablisse sur le pont de la rue de Brest.&lt;/i&gt; &#187; Le retour des guillemets a lieu seulement &#224; la fin de l'article : &#171; &lt;i&gt;vers 4 h 30, &#224; l'heure o&#249; le &#8220;combat&#8221; cessa, faute de combattants&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#171; &lt;i&gt;dizaines de canettes de bi&#232;re&lt;/i&gt; &#187; lanc&#233;es contre les CRS valent &#224; de nombreux jeunes, souvent compl&#232;tement &#233;bahis et d&#233;gris&#233;s, des jugements en comparution imm&#233;diate. Les lecteurs bretons de &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; se souviennent avec &#233;motion des longues d&#233;cennies o&#249; ils ont pu lire des comptes-rendus de manifestations de la FNSEA dont les militants avaient souvent pour habitude de s'en prendre violemment &#224; des sous-pr&#233;fectures, &#224; des installations ferroviaires, en causant des centaines de milliers de francs de d&#233;g&#226;t sans qu'un seul des fauteurs de trouble ne soit traduit devant la justice... On parlait de malaise dans le monde paysan. Aujourd'hui, c'est sans &#233;motion que l'on apprend que des jeunes (ivres au moment des faits) ont droit &#224; des jugements exp&#233;ditifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Muriel Brandily&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;8-9/10/2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;15-16/10/2005&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Le Luyer dans &lt;i&gt;Dimanche Ouest-France&lt;/i&gt;, 5/12/2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;13/07/2005&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;15-16/10/2005&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Affrontements et meurtres &#224; Perpignan : le poids des mots</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Affrontements-et-meurtres-a-Perpignan-le-poids-des-mots</link>
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		<dc:creator>Muriel Brandily</dc:creator>


		<dc:subject>Lib&#233;ration</dc:subject>
		<dc:subject>lexique journalistique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Quand l'envoy&#233; sp&#233;cial de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; reprend &#224; son compte les mots et les visions des acteurs d'un conflit meurtrier.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Racisme-antisemitisme-xenophobie-homophobie-" rel="directory"&gt;Racisme m&#233;diatique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Liberation-+" rel="tag"&gt;Lib&#233;ration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-lexique-journalistique-+" rel="tag"&gt;lexique journalistique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dimanche 22 mai, Mohamed Bey Bachir a &#233;t&#233; lynch&#233; &#224; Perpignan par ce que de nombreux m&#233;dias ont appel&#233;, comme si cette d&#233;signation &#233;tait anodine, un &#171; groupe de gitans &#187;. Apr&#232;s les arrestations survenues dans les jours suivants et apr&#232;s la manifestation en hommage &#224; la m&#233;moire de Mohamed Bey Bachir du samedi 28 mai, un autre homme, Driss Ghaib, a &#233;t&#233; assassin&#233; par balles le dimanche 29 dans la soir&#233;e. De tr&#232;s violents affrontements ont suivi l'annonce de ce meurtre. Et &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; a enqu&#234;t&#233;...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Semblable &#224; tant d'autres du m&#234;me genre que l'on a pu lire dans la presse, un article paru dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 30 mai, rend compte de l'&#233;tat de la ville de Perpignan apr&#232;s une nuit d'affrontements plusieurs bless&#233;s par balles ou arme blanche. Le titre et le sous-titre - &#171; &lt;i&gt;Heurts avec la police hier apr&#232;s une semaine de tension entre &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Arabes et gitans. &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Le meurtre d'un deuxi&#232;me &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Maghr&#233;bin&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &#233;branle Perpignan &#187; - &lt;/i&gt; renvoient les victimes et les acteurs de ce conflit &#224; la seule chose qui semble compter pour eux : leur &#171; camp &#187;. Au risque d'accr&#233;diter (voire de conforter), sans les mentionner comme tels, les repr&#233;sentations, les &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; et les rancoeurs des acteurs et victimes des affrontements meurtriers de ces derniers jours. H&#233;sitant entre &#171; Arabe &#187;, &#171; communaut&#233; arabe &#187;, &#171; Maghr&#233;bin &#187;, &#171; jeune Maghr&#233;bin &#187;, &#171; Arabes &#187; avec des guillemets dans le texte (une seule fois) pour qualifier le premier &#171; camp &#187;, l'auteur de l'article ne donne m&#234;me pas l'identit&#233; de la deuxi&#232;me victime des affrontements de ce week-end (ou ne pr&#233;cise pas qu'elle n'est pas connue &#224; l'heure o&#249; il &#233;crit). Ce jeune homme a disparu derri&#232;re son appartenance ethnique : &#171; le meurtre d'un autre Maghr&#233;bin &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas une seule fois dans l'article, les acteurs du conflit ne seront pr&#233;sent&#233;s comme &#233;tant &lt;strong&gt;d'origine&lt;/strong&gt; maghr&#233;bine, ou arabe (ce qui n'est pas la m&#234;me chose) ou gitane. Quant &#224; pr&#233;senter comme des Fran&#231;ais, comme ils le sont vraisemblablement, la plupart des protagonistes du conflit, mieux vaut ne pas y compter ! Ils SONT arabes et/ou maghr&#233;bins ou gitans. Leur origine est devenue leur essence. M&#234;me si l'auteur nous apprend que les &#8220;gitans&#8221; sont s&#233;dentaris&#233;s et qu'ils cohabitent depuis cinquante ans (!) avec ceux que le journaliste appelle les Arabes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute d&#233;nu&#233;e d'intention maligne, cette reprise sans distance des pr&#233;jug&#233;s qu'il faudrait expliquer, cautionne les visions ethnocentristes et communautaristes des acteurs de ce conflit. Les propos haineux et racistes, qui ne passeraient peut-&#234;tre pas au journal de 13 heures de TF1 sont relay&#233;s sans recul&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et l'information selon laquelle l'auteur du meurtre perp&#233;tr&#233; &#224; la hache (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &#171; [...] hier, o&#249; les femmes gitanes &#233;taient enferm&#233;es chez elles. &#171; &lt;i&gt;Depuis une semaine, c'est affreux, nos femmes n'osent plus sortir faire les courses, c'est nous qui sommes oblig&#233;s de les faire !&lt;/i&gt; &#187; Ainsi parle un groupe de vieux gitans catalans, rassembl&#233;s &#224; l'ombre de la place Puig. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &#171; &lt;i&gt;&#171; On vit dans la peur,&lt;/i&gt; explique un jeune p&#232;re de trois enfants. &lt;i&gt;Les Arabes nous ont pris en otages. Mes enfants sont traumatis&#233;s, ils ne dorment plus et ne vont plus &#224; l'&#233;cole. Mais s'ils viennent toucher &#224; un de leurs cheveux, je les tue ! &#187;&lt;/i&gt; [...] Sa&#239;d ne cache pas sa col&#232;re : &lt;i&gt;&#171; Les gitans, ils ne travaillent pas et ils ont tous des bagnoles &#224; 40 000 euros. &#187; &lt;/i&gt;Mustapha ajoute : &lt;i&gt;&#171; Ici, les gitans n'ont pas peur de la police, c'est la police qui a peur d'eux. Il y a quatre ans, ils ont tu&#233; avec une hache un Alg&#233;rien. Le gitan qui a fait &#231;a, il est d&#233;j&#224; dehors ! &#187;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les lieux sont qualifi&#233;s : ainsi nous parle-t-on de &#171; ruelles gitanes &#187; comme on &#233;voquerait une &#171; banlieue blanche de Johannesburg &#187;. &lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'envoy&#233; sp&#233;cial de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; a pris bien soin de demander des explications &#171; rationnelles &#187; &#224; ce d&#233;ploiement de violence meurtri&#232;re &#224; un universitaire perpignanais, qui explique que le premier meurtre n'&#233;tait pas raciste, mais qu'il a &#171; &lt;i&gt;provoqu&#233; un repli communautariste terrifiant, avec en toile de fond un quartier o&#249; tous les exclus sont ghetto&#239;s&#233;s depuis des d&#233;cennies&lt;/i&gt; &#187;. Mais le m&#234;me envoy&#233; sp&#233;cial aura contribu&#233; par sa reprise textuelle de propos haineux qui figent, comme ils semblent le faire eux-m&#234;mes, les acteurs de ce conflit dans leur origine, &#224; cautionner une vision du monde communautariste et excluante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Muriel Brandily&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et l'information selon laquelle l'auteur du meurtre perp&#233;tr&#233; &#224; la hache serait sorti de prison n'est pas v&#233;rifi&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ouest-France : racolage par affichettes sur la voie publique</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Ouest-France-racolage-par-affichettes-sur-la-voie-publique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Ouest-France-racolage-par-affichettes-sur-la-voie-publique</guid>
		<dc:date>2004-12-01T23:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Muriel Brandily</dc:creator>


		<dc:subject>Ouest-France</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les affichettes jaunes de &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; polluent l'espace public. A Rennes, par exemple.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-PQR-Presse-quotidienne-regionale-" rel="directory"&gt;PQR : Presse quotidienne r&#233;gionale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Ouest-France-+" rel="tag"&gt;Ouest-France&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les affichettes jaunes de &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; polluent l'espace public. Chaque jour, elles attirent l'attention pour susciter l'achat du passant. On se souvient par exemple avec &#233;motion d'une ancienne affichette titr&#233;e &#171; Un motard tu&#233; par un pigeon &#187;. Mais depuis la mise en place des th&#233;matiques s&#233;curitaires, l'ambiance sur les affichettes est nettement moins port&#233;e vers le fait divers surr&#233;aliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sentes sur le trottoir devant les magasins de la plupart des d&#233;positaires (bureaux de tabac, presse, boulangerie, alimentation), ces affichettes racoleuses cultivent la peur devant un monde o&#249; tout peut arriver - surtout en bas de chez soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relev&#233; d'un mois d'affichettes jaunes &#224; Rennes (o&#249; &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; est le seul quotidien d'information locale existant)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du 2 au 7 novembre&lt;/strong&gt; (le lundi 1er est f&#233;ri&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Nantes : des braqueurs ligotent des employ&#233;s&lt;br class='manualbr' /&gt;- Noyal sur Vilaine veut quitter la M&#233;tropole&lt;br class='manualbr' /&gt;- Rennes : 300 &#233;tudiants suivent l'&#233;lection de Bush&lt;br class='manualbr' /&gt;- Courant coup&#233; chez la mamie malade&lt;br class='manualbr' /&gt;- Un forcen&#233; blesse 3 gendarmes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faits divers -violences d'abord - de pr&#233;f&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du 8 au 13 novembre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Une rennaise t&#233;moigne &#224; son retour de C&#244;te d'Ivoire&lt;br class='manualbr' /&gt;- Douaniers braqu&#233;s : un Caennais &#233;crou&#233;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Pas de f&#234;te foraine cette ann&#233;e &#224; Rennes&lt;br class='manualbr' /&gt;- [11 novembre : F&#233;ri&#233;]&lt;br class='manualbr' /&gt;- La poursuite s'ach&#232;ve chez les gens du voyage&lt;br class='manualbr' /&gt;- Une salle de concert en projet &#224; Rennes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La semaine pr&#233;c&#233;dente, c'&#233;tait &#171; Rennes : 300 &#233;tudiants suivent l'&#233;lection de Bush &#187;, cette fois c'est &#171; Une rennaise t&#233;moigne &#224; son retour de C&#244;te d'Ivoire &#187;. &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; r&#233;invente l'information internationale de proximit&#233; ! Dialogues (presque) imaginaires dans le bureau du r&#233;dacteur des affichettes jaunes : - &#171; &lt;i&gt;L'actualit&#233; internationale est vraiment trop importante. On va &#234;tre oblig&#233; d'en parler : tu me trouves un truc sur &#231;a &#224; Rennes&lt;/i&gt;. &#187; Et ce fut fait...&lt;br /&gt;
Mais tr&#232;s vite l'actualit&#233; locale reprend ses droits pour une semaine o&#249; le Rennais peut se dire que d&#233;cidemment la violence (quelles que soient ses formes : accidentelle, meurtri&#232;re, en bande, sexuelle...) est partout et surtout pr&#232;s de chez lui :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du 15 au 20 novembre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Le lyc&#233;en meurtrier jug&#233; en appel &#224; Rennes&lt;br class='manualbr' /&gt;- St Brieuc : depuis 7 ans elle recherche ses enfants&lt;br class='manualbr' /&gt;- Rennes : incendie spectaculaire dans le centre&lt;br class='manualbr' /&gt;- Notre enqu&#234;te : la violence dans les stades&lt;br class='manualbr' /&gt;- Un Rennais condamn&#233; pour harc&#232;lement sexuel&lt;br class='manualbr' /&gt;- Reportage : &#171; la rue de la soif &#187; le jeudi soir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt;, premier quotidien national fran&#231;ais, a d&#233;cid&#233; de se lancer dans le journalisme d'investigation (une enqu&#234;te et un reportage la m&#234;me semaine) et sur des sujets pointus : &#171; la violence dans les stades &#187; et &#171; la rue de la soif &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passant, pi&#233;ton, cycliste, automobiliste, passager de transport en commun (les affichettes sont partout) est quand m&#234;me &#233;tonn&#233; : &#171; &lt;i&gt;Notre enqu&#234;te : la violence dans les stades&lt;/i&gt; &#187; ? Un sujet g&#233;n&#233;ral sans r&#233;f&#233;rence &#224; la vie locale (le Stade rennais est beaucoup plus connu pour ses mauvais r&#233;sultats que pour la violence de ses supporters). Etonnement vite pass&#233; : il s'agissait juste de conforter le climat s&#233;curitaire g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette &#171; enqu&#234;te &#187;, le passant d&#233;couvre le &#171; &lt;i&gt;Reportage : &#8220;la rue de la soif&#8221; le jeudi soir &#187;&lt;/i&gt; ? A nouveau, &#233;tonnement : pourquoi choisir le jour de la sortie du beaujolais pour faire un &#171; reportage &#187; sur une rue o&#249; la consommation d'alcool notamment le jeudi soir (et tout ce qui peut aller avec) est d&#233;j&#224; la r&#232;gle toute l'ann&#233;e ?&lt;i&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#224; cette occasion, le lecteur apprend que souvent le jeudi soir, des affrontements ont lieu &#224; la sortie des bars entre des &#233;tudiants et les forces de l'ordre. Le lecteur furibard devant tant de d&#233;bordements alcoolis&#233;s (il faut lire le courrier des lecteurs...) va pouvoir accueillir avec soulagement les mesures de la pr&#233;f&#232;te. L'an pass&#233;, la pr&#233;sence de N. Sarkozy au Minist&#232;re de l'Int&#233;rieur avait oblig&#233;e cette derni&#232;re &#224; n&#233;gocier une autorisation pour la traditionnelle rave des trans. Les forces de l'ordre avaient d&#251; en plus subir le farouche d&#233;sir des fans sans billet des Beruriers Noirs d'assister &#224; leur concert. Cette fois-ci, la politique anti-jeunes (couvre-feu et silence) va se mettre en place, bien anticip&#233;e et accompagn&#233;e par Ouest-France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du lundi 22 au samedi 27 novembre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Les fumeurs s'approvisionnent de plus en plus &#224; l'&#233;tranger&lt;br class='manualbr' /&gt;- T&#233;l&#233;phone portable : la 3e g&#233;n&#233;ration &#224; Rennes&lt;br class='manualbr' /&gt;- Avant les Trans : o&#249; en est la sc&#232;ne rennaise ?&lt;br class='manualbr' /&gt;- Rennes : dialogue rompu pour la rave&lt;br class='manualbr' /&gt;- La pr&#233;fecture interdit la rave des Trans&lt;br class='manualbr' /&gt;- Rennes : les f&#234;tards dispers&#233;s au canon &#224; eau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passant - m&#233;dus&#233; ou joyeux - apprend qu'on a fait usage d'un canon &#224; eau contre des &#233;tudiants ivres : un canon &#224; eau venu sp&#233;cialement de Paris, sans qu'aucune trace d'indignation ni que le moindre questionnement n'apparaisse sur l'affichette jaune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux &#171; menaces &#187; dans l'agenda de la pr&#233;f&#232;te pointaient &#224; l'occasion des Trans : elles sont &#233;limin&#233;es (pas de rave officielle avec ses cons&#233;quences &#224; g&#233;rer et des jeunes certainement refroidis par l'id&#233;e de voir requ&#233;rir contre eux de la prison ferme). &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; a suivi pas &#224; pas les pr&#233;paratifs de cette politique s&#233;curitaire et r&#233;pressive.&lt;br /&gt;
Et &#231;a n'est pas fini, le lundi suivant, &#231;a recommence :&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du lundi 29 au mardi 30 novembre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Le Blosne : le ras-le-bol des habitants d'une tour&lt;br class='manualbr' /&gt;- Rave : le non ferme et d&#233;finitif de la pr&#233;f&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui peut provoquer le ras-le-bol des habitants d'une tour ? Le ch&#244;mage, les discriminations... ? Non, les jeunes. &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt;, suppl&#233;ment de l'agenda de la pr&#233;f&#232;te ? La question m&#233;rite d' &#234;tre pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un mois d'affichettes jaunes (pour le canon &#224; eau comme pour la mamie malade sans &#233;lectricit&#233;), pas un seul point d'exclamation : &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; n'est pas un journal d'opinion, croit-on. Il rapporte seulement des faits... Mais des faits soigneusement s&#233;lectionn&#233;s qui donnent chaque jour l'impression au passant de vivre &#224; une &#233;poque dure, de plus en plus dure. Mais pourquoi ? Parce que des &#233;tudiants ivres constituent une menace &#224; r&#233;primer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Muriel Brandily&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Monde en 1995 : au service du peuple ? (1)</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Le-Monde-en-1995-au-service-du-peuple-1</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Le-Monde-en-1995-au-service-du-peuple-1</guid>
		<dc:date>2003-05-30T22:10:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Muriel Brandily</dc:creator>


		<dc:subject>&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>Edwy Plenel</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;En 1996, Edwy Plenel tente de justifier le parti pris journalistique du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;. D&#233;cryptage.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Le-mouvement-de-1995-et-apres-" rel="directory"&gt;Le mouvement de 1995 et apr&#232;s&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-Monde-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Edwy-Plenel-+" rel="tag"&gt;Edwy Plenel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 1996, la revue &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt; publie une interview d'Edwy Plenel, directeur de la r&#233;daction du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;. Celle-ci est pr&#233;sent&#233;e comme faisant partie d' &#171; une s&#233;rie d'articles et d'entretiens [consacr&#233;s] &#224; l'analyse du nouvel univers de la communication, de l'opinion et des m&#233;dias, de ses retomb&#233;es sur la vie publique et de ses cons&#233;quences pour l'exercice du m&#233;tier de journaliste. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le D&#233;bat, mai-ao&#251;t 1996, n&#176;90, p. 168.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Le D&#233;bat &lt;/i&gt;ajoute : &#171; &lt;i&gt;Nous avons choisi, avec Edwy Plenel, de privil&#233;gier l'examen de la fonction civique du journalisme et de ses conditions d'exercice. Que peut-&#234;tre, que doit &#234;tre aujourd'hui le r&#244;le de la presse &#233;crite dans le jeu normal de la d&#233;mocratie ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 168.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont donc la d&#233;marche revendiqu&#233;e et ses motifs ? C'est ce qu'il convient d'abord d'examiner, avant d'analyser les r&#233;sultats obtenus&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Une d&#233;marche journalistique originale ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ce mouvement, la question de l'acc&#232;s des gr&#233;vistes aux espaces m&#233;diatiques de d&#233;bat reste d'actualit&#233; et au cours de cet entretien, Edwy Plenel fournit un t&#233;moignage sur la fa&#231;on dont Jean-Marie Colombani, directeur du journal et lui ont d&#233;cid&#233; de &#171; couvrir &#187; le mouvement social de novembre-d&#233;cembre 95. Edwy Plenel est alors amen&#233; &#224; d&#233;fendre les choix &#233;ditoriaux mis en place au sein de son journal lors du mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre aux questions mais aussi aux attaques des membres de la revue qui ont notamment vu dans la fa&#231;on dont &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a op&#233;r&#233;, plut&#244;t que &#171; [...] &lt;i&gt;de l'investigation, la jubilation nostalgique de militants recycl&#233;s dans un mouvement social qui r&#233;veillait leurs esp&#233;rances de jeunesse. Pourquoi pas d'ailleurs ? Mais comment donner cette vue fortement engag&#233;e, avec ses d&#233;formations, pour de la rigueur informative ?&lt;/i&gt; &#187;, Edwy Plenel reprend le cours des &#233;v&#233;nements &#224; partir de l'annonce de la r&#233;forme de la S&#233;curit&#233; sociale. Il explicite aussi les choix &#233;ditoriaux de so&lt;br class='autobr' /&gt;
n journal. Lors de l'&#233;mission radiophonique de France-Culture, &lt;i&gt;Staccato&lt;/i&gt;, le 19 f&#233;vrier 1998, il reviendra aussi sur ces partis pris &#233;ditoriaux en les justifiant de la m&#234;me mani&#232;re.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a d&#233;cid&#233; d'aller vers les gr&#233;vistes. Ce qui au premier abord contraste avec la mani&#232;re de travailler des cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision, notamment France 2 et son &#233;mission, embl&#233;matique du m&#233;pris des r&#233;dactions envers les gr&#233;vistes, &lt;i&gt;La France en direct&lt;/i&gt;. Le directeur de la r&#233;daction du journal compare d'ailleurs l'audiovisuel et l'&#233;crit &#224; ce sujet et dit : &#171; &lt;i&gt;L'audiovisuel qu'on dit si omnipr&#233;sent n'a pas montr&#233;, n'a pas donn&#233; la parole, et les ventes de Monde ont t&#233;moign&#233; d'une revanche heureuse de l'&#233;crit.&lt;/i&gt; &#187; Il insiste aussi plusieurs fois sur la volont&#233; de la direction &#224; laquelle il appartient d'adopter une posture de travail qui se rapproche plus de la tradition journalistique anglo-saxonne caract&#233;ris&#233;e par sa volont&#233; de dissocier les faits des commentaires. L'investigation est donc pr&#244;n&#233;e et avec elle, une volont&#233; affich&#233;e de travail sans pr&#233;jug&#233;s : &#171; &lt;i&gt;La consigne que nous donnons &#224; la r&#233;daction : avant de savoir ce qu'il faut en penser, il faut aller y voir et qu'on nous raconte.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de l'&#233;mission &lt;i&gt;Staccato&lt;/i&gt; sur France-Culture, Edwy Plenel r&#233;affirme cette posture journalistique et ce &#224; quoi elle aboutit sur le plan de la m&#233;thode. &#171; &lt;i&gt;La r&#233;daction du &lt;/i&gt;Monde &lt;i&gt;tout de suite &#233;tait divis&#233;e. Imm&#233;diatement, d&#233;bat : le commentaire, les avantages acquis, le d&#233;ficit de la S&#233;curit&#233; sociale, qu'est-ce qu'il faut penser de ce mouvement social ? Quelles consignes a donn&#233; Jean-Marie Colombani et que j'ai retransmises &#224; la r&#233;daction du &lt;/i&gt;Monde &lt;i&gt; ? &#034;Il y a une r&#233;alit&#233; qui nous surprend, qui est inattendue. Avant de la juger, avant de dire ce qu'il faut en penser, montrons l&#224; et allons la voir.&#034; &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Retranscription de propos tenus lors de l'&#233;mission radiophonique Staccato, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Edwy Plenel r&#233;affirmera &#224; plusieurs reprises ce parti pris de d&#233;marche journalistique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Dans &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;On ne peut pas &#224; la fois s'inqui&#233;ter du discr&#233;dit du politique et de la faible syndicalisation, et nous reprocher d'aller voir de pr&#232;s, sans pr&#233;jug&#233;s, des anonymes qui retrouvent le chemin du d&#233;bat politique et syndical - m&#234;me si l'on estime qu'ils font fausse route !&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 183.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ou encore : &#171; [par rapport &#224; la vie d'un professeur de banlieue difficile] &lt;i&gt;il faut le raconter brut de d&#233;coffrage, comme pour le mouvement social...&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 187.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Au cours de l'&#233;mission &lt;i&gt;Staccato&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Dominique Le Guilledoux a inaugur&#233; ce type de reportage unique. &#199;a a &#233;t&#233; &lt;/i&gt;&#171; Paroles de gr&#233;vistes &#187; [...]. &lt;i&gt;Je sais qu'apr&#232;s, moi j'ai dit : &#171; Mais il faut se tourner vers les sociologues. Qu'est-ce qu'ils pensent de ce mouvement ? Les sociologues, ils ont dit : &#034;&#201;coutez, c'est trop t&#244;t parce que c'est en lisant vos papiers...&lt;/i&gt;[sic]&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Staccato est une &#233;mission en direct. Edwy Plenel r&#233;pond &#224; une interview et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;, &lt;i&gt;et &#231;a a donn&#233; un changement, &#231;a a fait une &#233;volution donc c'est &#231;a que je veux dire...&lt;/i&gt; [sic]. &#187;. Et encore : &#171; &lt;i&gt;Quand on parle du mouvement de d&#233;cembre 95, comment les intellectuels, les sociologues ont-ils r&#233;fl&#233;chi sur le mouvement de d&#233;cembre 95 ? Pas &#224; la t&#233;l&#233;, on les [les gr&#233;vistes] voyait pas, vous le savez, on leur coupait la parole. Le mouvement social de d&#233;cembre 95 a surpris toutes les &#233;lites. On est d'accord. &#201;lites syndicales comme &#233;lites politiques. Les &#233;lites, le journaliste, il fait partie des &#233;lites. Il rencontre plut&#244;t le secr&#233;taire du syndicat que le militant de base. On est d'accord.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces propos d'Edwy Plenel montrent qu'il n'est pas seulement habit&#233; par le d&#233;sir d'un nouveau mode de travail journalistique permettant la restitution de la &#171; parole des gr&#233;vistes &#187;. Outre qu'il a conscience de la diff&#233;rence entre le travail journalistique et le travail scientifique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A l'inverse, si l'on croit les propos d'Edwy Plenel, les (sic) sociologues (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il affirme la volont&#233; du journal &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; de participer &#224; la revendication de r&#233;inscription dans l'espace public qu'affirment les gr&#233;vistes dans leur mouvement &#171; &lt;i&gt;des anonymes qui retrouvent le chemin du d&#233;bat politique et syndical&lt;/i&gt; &#187;. Ce qui pour Edwy Plenel -au contraire de l'accusation de la r&#233;daction du &lt;i&gt;D&#233;bat&lt;/i&gt; - ne signifie pas que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; ait pris fait et cause pour le mouvement &#171; &lt;i&gt;m&#234;me si l'on estime qu'ils font fausse route !&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les innovations journalistiques impuls&#233;es par Edwy Plenel participent-elles &#224; la r&#233;inscription des &#171; anonymes &#187; dans l'espace public, et &#224; la saisie du sens du mouvement social comme celui-ci le proclame ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tout d'abord examiner les raisons donn&#233;es par Edwy Plenel pour justifier ce choix d'une nouvelle posture journalistique qui au premier abord est s&#233;duisante.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Des motifs r&#233;v&#233;lateurs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t qu'il s'agit en premier lieu d'une r&#233;ponse &#224; la surprise exprim&#233;e par la direction du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; face au surgissement du mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elite ? Vous avez dit &#171; &#233;lite &#187; ? &lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Cette surprise est attribu&#233;e par Edwy Plenel &#224; son appartenance aux &#233;lites. &#171; &lt;i&gt;Nous aussi, nous faisons partie des &#233;lites, nous n'avons rien vu venir&lt;/i&gt; &#187;. Le terme &#233;lite est aussi repris par Edwy Plenel lors de l'&#233;mission de radio &lt;i&gt;Staccato&lt;/i&gt; (un an et demi apr&#232;s la publication de la revue &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt;) : &#171; &lt;i&gt;Le mouvement social de d&#233;cembre 95 a surpris toutes les &#233;lites. On est d'accord. &#201;lites syndicales comme &#233;lites politiques. Les &#233;lites, le journaliste, il fait partie des &#233;lites, il rencontre plut&#244;t le secr&#233;taire du syndicat que le militant de base. On est d'accord.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux remarques pr&#233;alables. D'abord, la notion d' &#171; &#233;lite &#187; est souvent des plus confuse, surtout quant on l'oppose (comme on va le voir) au &#171; social &#187;. Ensuite, les propos de Plenel laissent entendre que c'est l'appartenance &#224; &#171; l'&#233;lite &#187; qui interdit de pr&#233;voir l'ampleur du mouvement social. Si r&#233;trospectivement, il est possible de mettre en avant certaines raisons ou facteurs qui ont pouss&#233; des centaines de milliers de personnes &#224; se mobiliser, il est &#233;vident qu'un mouvement social se caract&#233;rise d'abord plus par son surgissement que par sa pr&#233;visibilit&#233;. Pourquoi alors Edwy Plenel justifie-t-il sa surprise par le recours &#224; l'argument de son appartenance aux &#233;lites ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re raison, vraisemblable : parce que Edwy Plenel, est le num&#233;ro deux dans la hi&#233;rarchie d'un journal, consid&#233;r&#233;, de plus, comme un journal de r&#233;f&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seconde raison, li&#233;e &#224; la pr&#233;c&#233;dente : parce que la position d'Edwy Plenel est celle d'un acteur important de cette presse o&#249; se trouve &#171; la fine fleur du journalisme qui se masse sous les &#233;tiquettes de presse d'&#233;lite, de qualit&#233; ou de prestige. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PADIOLEAU, Jean-G, &#171; Le Monde &#187; et le &#171; Washington Post &#187; : pr&#233;cepteurs et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : le milieu tr&#232;s restreint des journaux de r&#233;f&#233;rence, appr&#233;ci&#233; par toutes sortes d'&#233;lites et donc produit par elles, voire pour elles. Ces facteurs, ajout&#233;s aux incidences de sa position de &#034;num&#233;ro deux&#034; du journal : concourent donc &#224; ce qu'Edwy Plenel puisse consid&#233;rer que sa position socio-professionnelle sp&#233;cifique lui permet d'affirmer qu'il appartient aux &#233;lites de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Mais peut-on le suivre quand il affirme : &#171; [...] &lt;i&gt;les &#233;lites, le journaliste, il fait partie des &#233;lites.&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour le moins difficile. Il existe non pas un journalisme, mais des journalismes, professionnellement et socialement tr&#232;s diff&#233;renci&#233;s : le terme journaliste ne peut pr&#233;tendre &#224; pr&#233;senter une valeur g&#233;n&#233;rique. Ce sont les journalistes haut plac&#233;s dans la hi&#233;rarchie de grands m&#233;dias qui rencontrent les secr&#233;taires de syndicats, les autres auront plut&#244;t affaire justement aux secr&#233;taires d&#233;partementaux et aux militants de base. Le journaliste quelque peu d&#233;sincarn&#233; dont parle Edwy Plenel et derri&#232;re lequel il se retranche, semble donc se rapporter &#224; son propre cas et &#224; ceux qui comme lui ont des postes &#233;lev&#233;s au sein de la hi&#233;rarchie d'organes assez prestigieux ou importants pour &#234;tre en contact avec les secr&#233;taires de syndicat. Il fait donc r&#233;f&#233;rence &#224; un groupe minoritaire dans l'ensemble du corps professionnel des journalistes dont l'autre extr&#233;mit&#233; est constitu&#233;e par la nombreuse &#171; pi&#233;taille roturi&#232;re, voire &#034;prol&#233;taro&#239;de&#034; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ACCARDO, Alain (dir.), Journalistes au quotidien. Pour une socioanalyse des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Edwy Plenel semble d'ailleurs l'admettre implicitement puisque, apr&#232;s avoir d&#233;clar&#233; que le journaliste appartient aux &#233;lites, il ne cite que le directeur du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; et lui-m&#234;me quand il d&#233;clare &#171; Nous avons eu, Jean-Marie Colombani et moi, exactement la m&#234;me r&#233;action. Nous aussi, nous faisons partie des &#233;lites, nous n'avons rien vu venir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le D&#233;bat, mai-ao&#251;t 1996, n&#176;90, p. 182.&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , ne faisant donc pas intervenir l'ensemble des journalistes du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait donc le statut social auquel appartient le journaliste qui conditionnerait ses capacit&#233;s &#224; appr&#233;hender ce qui se passe dans un milieu donn&#233;, le sien. Les phrases d'Edwy Plenel d&#233;montrent, malgr&#233; elles, une fois de plus ce qui est souvent d&#233;nonc&#233; : des journalistes issues des classes moyennes ou ais&#233;es qui de par leurs origines seraient dans l'incapacit&#233; d'appr&#233;hender un milieu qui n'est pas le leur. Pourtant, le principe du travail journalistique est bien d'&#234;tre capable d'aller sur le terrain, de couvrir tout ce qui est consid&#233;r&#233; par une r&#233;daction comme un &#233;v&#233;nement. Alors &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; serait un journal des &#233;lites produit par l'&#233;lite du journalisme et qui en cons&#233;quence ne peut comprendre et pr&#233;voir que ce qui se passe chez les &#233;lites ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Social &#187;, vous avez dit &#171; social &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette revendication d'appartenance &#224; un monde des &#233;lites pose ensuite un deuxi&#232;me probl&#232;me. Elle traduit aussi un certain type de conception de l'organisation de la soci&#233;t&#233;, coup&#233;e en deux. Cette conception dualiste pr&#233;sente deux &#233;tranges particularit&#233;s. D'une part, elle attribue m&#233;caniquement aux &#233;lites prises comme un tout, une incapacit&#233; &#224; appr&#233;hender le mouvement social qui n&#233;glige les choix d'une fraction significative de ces pr&#233;tendues &#171; &#233;lites &#187;. D'autre part, elle v&#233;hicule une repr&#233;sentation du &#171; social &#187;, &#224; ce point simpliste que l'on peut se demander si elle n'est pas pr&#233;cis&#233;ment une repr&#233;sentation &#171; &#233;litaire &#187;, propre &#224; la majorit&#233; de cette &#171; &#233;lite &#187;, pr&#233;tendument d&#233;crite, mais en fait hautement valoris&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les &#233;lites, n'ayant rien vu venir de par leur statut d'&#233;lite auraient un rapport &#034;par nature&#034; forc&#233;ment &#233;tranger au mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, ce qui s'est pass&#233; en novembre-d&#233;cembre 1995 a suscit&#233; de nombreuses p&#233;titions de personnes dont on peut dire que de par le capital culturel dont elles disposent et l'autorit&#233; &#034;morale&#034; qui en d&#233;coule, qu'elles appartiennent elles aussi aux &#233;lites. C'est en tout cas comme &#231;a que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edition du 6 d&#233;cembre 1995&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;va pr&#233;senter la p&#233;tition &lt;i&gt;Appel des intellectuels&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Pr&#232;s de deux cents intellectuels, sociologues et &#233;conomistes, militants associatifs, hauts fonctionnaires - certains appartenant au Conseil d'&#201;tat - et personnalit&#233;s politiques proches de l'extr&#234;me gauche et des communistes critiques...&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, contrairement &#224; ce qu'a l'air de penser Edwy Plenel, un mouvement social ne se r&#233;sume pas seulement &#224; ceux qui se mettent en gr&#232;ve et manifestent. Il engendre aussi des r&#233;actions dans d'autres secteurs de la soci&#233;t&#233;. Celles-ci peuvent aller jusqu'au soutien effectif, voire tr&#232;s volontariste par la participation directe aux diverses expressions publiques et initiatives du mouvement. Ainsi, le discours &#224; un meeting de la part du sociologue Pierre Bourdieu et de l'anthropologue Emmanuel Terray &#224; la Gare de Lyon aux c&#244;t&#233;s des cheminots en gr&#232;ve le 12 d&#233;cembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t d&#232;s lors que le terme d' &#171; &#233;lites &#187; entretient la confusion entre position sociale et position politique, en masquant sous des dehors vaguement sociologique, l'existence de dissidences peut-&#234;tre minoritaires mais toujours possible..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pseudo-sociologie devient &#233;vidente, lorsqu'elle s'exerce sur son autre terme : &#171; le social &#187;. Celui-ci, compos&#233; sp&#233;cifiquerment d'anonymes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le D&#233;bat, mai-ao&#251;t 1996, n&#176; 90, p. 183.&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; fonctionne &#187;, litt&#233;ralement : &#171; &lt;i&gt;le social fonctionne comme un moteur &#224; explosion, sur un rythme brusque d'apparition et de disparition.&lt;/i&gt; [...], &lt;i&gt;quand le social se met en branle... &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'usage de ces m&#233;taphores m&#233;caniques non seulement accentue l'opposition avec l'&#233;lite, mais surtout, pr&#234;te plus ou moins explicitement au social un d&#233;faut de rationalit&#233;, alors que l'&#233;lite serait par nature rationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usage r&#233;p&#233;t&#233; de l'article &lt;strong&gt;le&lt;/strong&gt; (le social) contribue &#224; ent&#233;riner le dualisme. Il lui fait instituer des cat&#233;gories qu'il ne questionne pas : &lt;strong&gt;les &lt;/strong&gt;&#233;lites, &lt;strong&gt;le &lt;/strong&gt;social. D'ailleurs, &lt;i&gt;&#171; en employant l'article &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, le locuteur suppose que l'interlocuteur a d&#233;j&#224; identifi&#233; la classe d'appartenance de l'&#234;tre, objet du discours (pr&#233;supposition), et il lui fait partager comme une &#233;vidence la particularit&#233; qui actualise cet &#234;tre. &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CHARAUDEAU, Patrick, Grammaire du sens et de l'expression, p. 172.&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut-il expliquer alors que des membres appartenant &#224; ce qu'il appelle les &#233;lites aient rejoint et soutenu avec diff&#233;rents moyens le mouvement social ? Comment ces &#233;lites-l&#224; ont-elles eu la capacit&#233; de comprendre ce qui se passait et ensuite choisi d'y adh&#233;rer alors que la direction du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; semble avoir eu des difficult&#233;s de compr&#233;hension au d&#233;but de la mobilisation ? Cette pr&#233;sentation d'une soci&#233;t&#233; coup&#233;e en deux strates &#233;trang&#232;res l'une &#224; l'autre permet surtout &#224; Edwy Plenel de ne pas s'&#233;tendre sur son d&#233;saccord vis-&#224;-vis des revendications du mouvement social, il ne l'&#233;voque d'ailleurs qu'une fois : &#171; &lt;i&gt;m&#234;me si l'on estime qu'ils font fausse route ! &lt;/i&gt; &#187; Exit la politique, exit la possibilit&#233; qu'une m&#234;me vision du monde puisse partag&#233;e par des figures intellectuelles reconnues (des &#233;lites donc) et le social (des anonymes). Nos visions du monde, notre rapport &#224; la politique seraient forc&#233;ment conditionn&#233;s par notre appartenance &#224; un milieu donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi alors donner la parole &#224; des acteurs du mouvement social, alors qu'&#224; priori tout - selon Edwy Plenel - oppose le monde des &#233;lites dont il fait partie au social et qu'en plus, la direction du journal se sent comme &#233;trang&#232;re &#224; ce qui se passe ? C'est certainement l'importance prise par ce mouvement et notamment le soutien apport&#233; par des intellectuels reconnus qui va pousser la direction &#224; chercher un parti-pris journalistique qui en lui-m&#234;me n'est absolument pas original et devrait plut&#244;t constituer la norme du travail journalistique plut&#244;t qu'une exception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut alors se demander, m&#234;me si on peut se douter de la r&#233;ponse, si cette couverture du mouvement social par &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; va permettre aux gr&#233;vistes d'&#234;tre reconnus comme des interlocuteurs participant au d&#233;bat public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**********&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire la suite : &lt;a href='https://www.acrimed.org/Le-Monde-en-1995-au-service-du-peuple-2' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; en 1995 : au service du peuple ? (2) : Les r&#233;sultats d'une &#171; nouvelle &#187; d&#233;marche&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits des deux articles au format pdf, &#224; la fin de l'article suivant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt;, mai-ao&#251;t 1996, n&#176;90, p. 168.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid, p. 168.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Retranscription de propos tenus lors de l'&#233;mission radiophonique &lt;i&gt;Staccato&lt;/i&gt;, France-Culture, 19 f&#233;vrier 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 183.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 187.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Staccato&lt;/i&gt; est une &#233;mission en direct. Edwy Plenel r&#233;pond &#224; une interview et ne finit pas forc&#233;ment toutes ces phrases comme cela arrive dans le cadre de la communication orale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A l'inverse, si l'on croit les propos d'Edwy Plenel, les (sic) sociologues (dont Edwy Plenel ne nous donne pas les noms) qui lui ont r&#233;pondu ne font pas preuve du m&#234;me discernement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;PADIOLEAU, Jean-G, &lt;i&gt;&#171; Le Monde &#187; et le &#171; Washington Post &#187; : pr&#233;cepteurs et mousquetaires&lt;/i&gt;. Paris : Presses universitaires de France, 1985, p. 15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ACCARDO, Alain (dir.), &lt;i&gt;Journalistes au quotidien. Pour une socioanalyse des pratiques journalistiques&lt;/i&gt;. Bordeaux : Le Mascaret, 1998, p 32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le D&#233;bat, mai-ao&#251;t 1996, n&#176;90, p. 182.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edition du 6 d&#233;cembre 1995&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt;, mai-ao&#251;t 1996, n&#176; 90, p. 183.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CHARAUDEAU, Patrick, &lt;i&gt;Grammaire du sens et de l'expression&lt;/i&gt;, p. 172.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Monde en 1995 : au service du peuple ? (2)</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Le-Monde-en-1995-au-service-du-peuple-2</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Le-Monde-en-1995-au-service-du-peuple-2</guid>
		<dc:date>2003-05-30T22:09:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Muriel Brandily</dc:creator>


		<dc:subject>&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>Edwy Plenel</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Des nobles intentions - &#171; aller y voir et qu'on nous raconte &#187; - aux maigres r&#233;sultats.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Le-mouvement-de-1995-et-apres-" rel="directory"&gt;Le mouvement de 1995 et apr&#232;s&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-Monde-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Edwy-Plenel-+" rel="tag"&gt;Edwy Plenel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;R&#233;trospectivement, Edwy Plenel a tent&#233; de justifier le parti pris adopt&#233; par la direction du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; pour couvrir le mouvement social de novembre-d&#233;cembre 1995. Lire : &lt;a href='https://www.acrimed.org/Le-Monde-en-1995-au-service-du-peuple-1' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;en 1995 : au service du peuple ? (1) - Une d&#233;marche &#171; originale et ses motifs&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot d'ordre g&#233;n&#233;ral re&#231;u par la r&#233;daction a &#233;t&#233; &#171; d'aller y voir &#187;, de &#171; faire du brut de d&#233;coffrage &#187;, de donner la parole aux gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; examiner les effets de ces nobles intentions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Premi&#232;re question : quelle place et pour quels acteurs dans le traitement du mouvement social ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;&#171; Paroles de gr&#233;vistes &#187; ? - La portion congrue&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Du 30 novembre au 19 d&#233;cembre 1995, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; cr&#233;e une nouvelle s&#233;quence intitul&#233;e : &#171; &lt;i&gt;France-Les mouvements sociaux&lt;/i&gt; &#187;. Durant cette p&#233;riode, les mobilisations occupent chaque jour (une fois coupl&#233;es &#224; un autre &#233;v&#233;nement) la &#171; Une &#187; sans que les termes de &#171; mouvement social &#187; soient une seule fois pr&#233;sents dans les titres. Ceux-ci se cantonnent aux cat&#233;gories habituelles de l'affrontement politique et en &#233;gr&#232;nent les composantes au fil des jours et des manifestations : syndicats, pr&#233;sident de la R&#233;publique, gouvernement, manifestations... La derni&#232;re page du quotidien qui constitue une sorte de une &#034;bis&#034; y fait r&#233;f&#233;rence 12 fois sur les 16 &#233;ditions que compte cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; par ses titres envisage le mouvement social dans le cadre classique d'un affrontement &#171; pouvoir contre gr&#233;vistes &#187; auquel il semble m&#234;me vouloir participer en &#034;r&#233;v&#233;lant&#034; en une du 2 d&#233;cembre : &#171; &lt;i&gt;Le RPR veut mobiliser les usagers contre les gr&#233;vistes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br /&gt;
Il n'est donc pas fait mention des motifs de la gr&#232;ve en &#171; Une &#187; une du journal. Une analyse de cette gr&#232;ve n'est pas non plus explicitement annonc&#233;e alors que des titres de type explicatif sont souvent propos&#233;s dans la presse quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En comptabilisant tous les articles qui rel&#232;vent de cette typologie &#034;Paroles de gr&#233;vistes&#034; o&#249; donc la parole de personnes mobilis&#233;es constitue le point central du travail du journaliste, il appara&#238;t que sur l'ensemble des articles consacr&#233;s au mouvement social entre le 30 novembre et le 19 d&#233;cembre, cette cat&#233;gorie ne d&#233;passe jamais les 10 % de la pagination consacr&#233;e &#224; cet &#233;v&#233;nement et qu'en moyenne, elle repr&#233;sente 5,2 % du travail publi&#233;. Et comme par hasard, c'est vers la fin du mouvement que les gr&#233;vistes ont le plus la parole dans le journal, au moment o&#249; le souffle de la d&#233;flagration en termes de refus, de d&#233;sorganisation qu'exprimaient ces gr&#232;ves et ces manifestations semble pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'Edwy Plenel avait critiqu&#233; le traitement du mouvement par la t&#233;l&#233;vision, il appara&#238;t que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; donne moins la parole aux gr&#233;vistes que ne l'avait fait l'&#233;mission sp&#233;ciale de France 2 intitul&#233;e &#171; &lt;i&gt;Pourquoi &#231;a bloque ?&lt;/i&gt; &#187;. La rel&#233;gation physique des gr&#233;vistes hors du plateau et le peu de temps qui leur avait &#233;t&#233; laiss&#233; avaient pourtant &#233;t&#233; condamn&#233;s dans les colonnes m&#234;me du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; (3-4 d&#233;cembre 1995). Si on enl&#232;ve de cette &#233;mission le temps de parole des &#233;tudiants que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; dans son traitement n'int&#232;gre pas aux acteurs du mouvement social, sur France 2, les gr&#233;vistes interrog&#233;s avaient eu la parole 10 % du temps qu'avait dur&#233; l'&#233;mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce temps de parole ridicule laiss&#233; aux acteurs du mouvement social avait beaucoup choqu&#233; &#224; l'&#233;poque et pourtant, si l'on compare ce temps de parole d'une &#233;mission &#224; un espace pagin&#233; sur 16 &#233;ditions d'un journal (ce qui est &#233;videmment d&#233;licat), il appara&#238;t que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, tout en revendiquant le contraire, a donn&#233; deux fois moins la parole &#224; &#034;la base&#034; que Daniel Bilalian dans son &#233;mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t alors que le nouveau parti-pris dont se targue Edwy Plenel plusieurs ann&#233;es apr&#232;s les faits n'a mobilis&#233; en r&#233;alit&#233; que tr&#232;s peu de place dans son journal. Le traitement du mouvement social a &#233;t&#233; en fait des plus traditionnels puisque c'est une interpr&#233;tation politicienne des &#233;v&#233;nements qui a domin&#233;. Ainsi, les m&#233;thodes de travail, les sources de d&#233;finition des &#233;v&#233;nements restent les m&#234;mes quelle que soit l'ampleur d'un mouvement et m&#234;me si celui-ci est anim&#233; par &#034;la rue&#034;, un acteur assez rare dans la vie politique et sociale fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, alors que le mouvement de l'hiver 95 se caract&#233;rise par une mobilisation qui fut souvent plus massive proportionnellement en province qu'&#224; Paris, o&#249; il n'y a d'ailleurs jamais eu d'appel &#224; une manifestation nationale, les journalistes du Monde relaient tr&#232;s peu ce qui se passe en province, se focalisant sur les manifestations parisiennes (seulement 20 % des articles comprenant des paroles de gr&#233;vistes sont consacr&#233;s &#224; des provinciaux). Et m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur de Paris, les lieux de gr&#232;ve choisis sont souvent les m&#234;mes : cinq articles sur les gr&#233;vistes de la Gare du Nord, deux sur un atelier de la RATP dans le 18&#232;me arrondissement.&lt;br /&gt;
Et malgr&#233; les centaines de milliers de manifestants, on retrouve plusieurs fois les m&#234;mes personnes dans les articles de Dominique Le Guilledoux. Dans celui intitul&#233; &#034;&lt;i&gt;Paroles de gr&#233;vistes&lt;/i&gt;&#034; (Page Horizon Enqu&#234;te) qui occupe une page enti&#232;re avec une illustration dans l'&#233;dition du 5 d&#233;cembre sont cit&#233;s &#171; &lt;i&gt;R&#233;my, 41 ans, un ma&#231;on de la Hague, rencontr&#233; dans une manifestation &#224; Paris&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;un m&#233;tallo de Guebwiller&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;une ouvri&#232;re de confection dans l'Aisne &lt;/i&gt; &#187; dont on avait d&#233;j&#224; lu les commentaires dans l'&#233;dition du 30 novembre rendant compte d'une manifestation &#224; Paris deux jours auparavant. Ainsi, nous connaissions d&#233;j&#224; &#171; &lt;i&gt;R&#233;my, le ma&#231;on de la Hague, d&#233;j&#224; pr&#234;t &#224; la bagarre&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;le m&#233;tallo de Guebwiller &lt;/i&gt; &#187;, et nous avions d&#233;j&#224; crois&#233; &#171; &lt;i&gt;Martine, ouvri&#232;re dans un atelier de confection&lt;/i&gt; &#187; qui cette fois-ci n'est plus de l'Aisne mais de l'Ain mais qui tenait &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me discours dans les deux articles. Des paroles de gr&#233;vistes donc. Oui mais souvent les m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les journalistes arriveront souvent apr&#232;s &#034;la bataille&#034;. Par deux fois, ils rapporteront des affrontements entre gr&#233;vistes et CRS (gare du Nord, pourtant cinq fois l'objet d'un article, et chez les mineurs de Lorraine). Ces moments, souvent essentiels lors d'un mouvement de gr&#232;ve et tr&#232;s violents dans le cas des mineurs, aucun journaliste du Monde n'est pr&#233;sent pour les couvrir directement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;&#171; Paroles de gr&#233;vistes ? &#187; - Ethnocentrisme social&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce sont surtout les proc&#233;d&#233;s d'&#233;criture employ&#233;s par les journalistes du Monde qui &#233;tonnent et sont r&#233;v&#233;lateurs d'un foss&#233;, en tout cas de ce qui doit &#234;tre ressenti comme un foss&#233; par les reporters entre eux et les gr&#233;vistes rencontr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mises &#224; distances : quand les gr&#233;vistes sont mis en situation&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart du temps, les auteurs font d&#233;buter leurs articles par une sc&#232;ne de pr&#233;sentation, c'est comme s'il fallait absolument planter un d&#233;cor, un d&#233;cor inattendu, surprenant puisqu'on choisit d'en rendre compte. Y a-t-il des descriptions des si&#232;ges sociaux ou des minist&#232;res o&#249; ont lieu beaucoup d'interviews ? Mais l'exotisme n'est pas que dans le d&#233;cor. Pour les journalistes en reportage, des mots aussi anodins qu'&#233;quipe, gars, patron sont en italique et mis entre guillemets pour bien faire comprendre aux lecteurs qu'il s'agit des mots utilis&#233;s par les personnes rencontr&#233;es, ce ne sont pas ceux du journaliste : &#171; &lt;i&gt;A Freyming-Merlebach (Moselle), samedi soir 9 d&#233;cembre, les mineurs de la veine n&#176;1 s'offrent un repas d'&#034;&#233;quipe&#034; de fin d'ann&#233;e, avec leurs femmes et Laurent, 35 ans, &#034;porion, chef de quartier, un agent de ma&#238;trise que les &#034;gars&#034; aiment bien.&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;Les &#034;gars&#034; se connaissent bien, ils travaillent, d&#233;connent au fond de la mine, vont &#224; la chasse et &#224; la p&#234;che le week-end, s'invitent &#224; d&#238;ner.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Fin de gr&#232;ve chez les mineurs de Lorraine : &#034;Nos copains bless&#233;s, pour 50 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On n'a pourtant pas &#224; faire &#224; des mots propres &#224; un m&#233;tier, ni &#224; des pratiques extraordinaires, tout cela rel&#232;ve de la vie courante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mise &#224; distance des gr&#233;vistes est renforc&#233; par un usage fr&#233;quent du pronom personnel &#171; on &#187; : &#171; &lt;i&gt;tracts tout chauds, qu'&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;on&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; lit sur le coin de la table&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'AG d'une journ&#233;e charni&#232;re &#187;, &#233;dition du 15 d&#233;cembre&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, &#171; on a chant&#233;, sabl&#233; le champagne &lt;/i&gt;[...] &lt;strong&gt; &lt;i&gt;on&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; a &#233;crit sur un mur&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;On a refait la soci&#233;t&#233; et c'&#233;taient pas des discussions de comptoir&#034;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Les journalistes tout en ayant l'air de se tenir au milieu des gr&#233;vistes ne font en fait qu'augmenter ce qui les s&#233;pare car l'usage de ce pronom rel&#232;ve dans ce cas pr&#233;cis d' &#171; &lt;i&gt;un proc&#233;d&#233; qui consiste &#224; effacer non seulement le statut de la personne de l'interlocution mais &#233;galement l'identit&#233; de l'individu. &#034;On&#034; rejette dans l'anonymat.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CHARAUDEAU, Patrick, Grammaire du sens et de l'expression, p. 148.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces types de mise en &#233;criture conduisent aussi &#224; la folklorisation des gr&#233;vistes qui sont d&#233;peints comme &#233;voluant dans un environnement tr&#232;s ritualis&#233;, relevant du pittoresque et de l'anecdotique (&#171; &lt;i&gt;No&#235;l, l'hydraulicien a toujours de l'alu sur les dents parce que &#034;c'est lui le voleur de casse-cro&#251;te&#034;&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Fin de gr&#232;ve chez les mineurs de Lorraine : &#034;Nos copains bless&#233;s pour 50 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Le &#171; brut de d&#233;coffrage &#187; demand&#233; par Edwy Plenel aux reporters de la r&#233;daction est compl&#232;tement vain tant les journalistes ne semblent qu'exprimer la distance qui les s&#233;pare des gr&#233;vistes rencontr&#233;s et le regard pr&#233;construit qu'ils portent sur les situations v&#233;cues &#224; leurs c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mises en mots : quand les gr&#233;vistes s'expriment&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes mobilis&#233;es ne sont &#233;videmment pas que l'objet de descriptions, elles sont aussi interrog&#233;es. Les propos rapport&#233;s vont alors &#234;tre souvent de l'ordre du t&#233;moignage, du r&#233;cit de vie : &#171; &lt;i&gt;Cette vie, il&lt;/i&gt; [un chauffeur routier&lt;i&gt;] en parle volontiers. Les voyages en Belgique, en Italie, en Allemagne, avec des chargements de papiers, 110 000 kilom&#232;tres par an, sans poste de CB, dix heures par jour &#224; &#233;couter des chansons de marins, parce qu'il est d'origine bretonne et qu'il aime &#034;la mer et les bateaux&#034;. Quand arrive l'heure de la pause, de jour comme de nuit, il bouquine un moment, puis essaie de dormir dans la cabine du haut, mani&#232;re de respecter les neuf heures de repos obligatoires quotidiennes. Avec une indemnit&#233; journali&#232;re plafonn&#233;e &#224; 272, 85 francs, il n'a pas les moyens de s'offrir l'h&#244;tel. Pour les repas, il d&#233;laisse tout de m&#234;me les caf&#233;t&#233;rias et s'accorde un plaisir gourmand : &#034;Je n'aime pas bouffer sur un plateau...Alors, je sors de l'autoroute, j'ai mes adresses !&#034; Le retour &#224; la maison, aupr&#232;s de sa femme et de ses enfants ? &#034;Dans ce m&#233;tier, on ne sait jamais quand on rentre. D&#232;s que tu arrives quelque part et que tu t&#233;l&#233;phones &#224; ton cher patron, il peut d&#233;cider de t'envoyer ailleurs.&#034; &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Chauffeurs routiers : &#034;On n'est pas du genre &#224; se laisser faire&#034; &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, on peut se f&#233;liciter que pour une fois, les lecteurs du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; lisent des articles qui les &#233;clairent si besoin en &#233;tait sur les conditions de vie de ce qui n'&#233;tait pas appel&#233;e &#224; l'&#233;poque &#171; la France d'en bas &#187;. Mais la focalisation sur la vie personnelle des gr&#233;vistes &#233;vite que soient pos&#233;es des questions plus profondes sur le sens de leur engagement. Pourtant souvent, ceux-ci rappelleront qu'ils sont fiers de participer &#224; un &#233;v&#233;nement qu'ils jugent tr&#232;s important, voire historique. Ainsi, l'accumulation de t&#233;moignages individuels d&#233;samorce la question de la solidarit&#233;, de la volont&#233; de rompre le cercle vicieux de l'incapacit&#233; de la mobilisation collective exprim&#233;e dans le mouvement social dont le slogan r&#233;p&#233;t&#233; dans toute la France a pourtant &#233;t&#233; : &#171; Tous ensemble ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;changes entre gr&#233;vistes sont donc tr&#232;s peu retranscrits, ceux entre corps professionnels sont tr&#232;s rares et il n'en reste que les propos anecdotiques ou rapport&#233;s au journaliste parce qu'il n'&#233;tait pas l&#224; : &#171; &lt;i&gt;Et jeudi matin, un ch&#244;meur a tenu &#224; offrir 200 francs. &#034;Il nous disait que c'&#233;tait important ce qu'on faisait, raconte Dominique. On avait tous envie de chialer, on l'a invit&#233; &#224; bouffer&#034;&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Fin de gr&#232;ve chez les cheminots : &#034;Si on a fait r&#233;fl&#233;chir les autres, on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un seul &#233;change est important par sa longueur mais il a lieu &#224; la fin du mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mises en arguments : quand la r&#233;volte supplante la raison &lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le registre principal d'expression des gr&#233;vistes dans les articles du &lt;i&gt;Monde &lt;/i&gt;reste en fait celui de la r&#233;volte (&#034;&lt;i&gt;Tu prends une claque, t'en rends deux ; t'en prends deux, tu sors le gourdin&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Paroles de gr&#233;vistes &#187;, &#233;dition du 5 d&#233;cembre&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), r&#233;volte qui est forc&#233;ment une des composantes d'un mouvement social mais qui ne saurait &#234;tre sa seule motivation. Un article va trancher en apparence sur cette vision qui fait la part belle au mode du r&#233;actif mais il est en fait r&#233;v&#233;lateur du fait que pour les reporters couvrant ce mouvement, l'expression des gr&#233;vistes doit se cantonner &#224; la col&#232;re. En effet, une journaliste pr&#233;sente lors du vote de la gr&#232;ve par des employ&#233;s des imp&#244;ts n'en revient pas que ceux-ci se mobilisent suite &#224; une AG rationnelle et argument&#233;e. Elle va ainsi utiliser le mode ironique &#224; leur &#233;gard, voire poujadiste : &#171; &lt;i&gt;Car on a beau &#234;tre agent du fisc, on n'en est pas moins fonctionnaire&lt;/i&gt; &#187;. Cet article relate le fait que les syndicats des imp&#244;ts ont analys&#233; la r&#233;forme des retraites et fait les calculs de ce qui est annonc&#233;. Alors que ce travail devrait aussi &#234;tre fait par les journalistes pour informer leurs lecteurs des cons&#233;quences pratiques des mesures envisag&#233;es, la reporter va mettre en avant tout ce qui concourt selon elle &#224; faire de cette AG quelque chose qui se caract&#233;rise par son &#233;tranget&#233; : &#171; &lt;i&gt;On discute sur le fond, et les arguments ne sont pas tous les m&#234;mes qu'ailleurs. Ce qui les choque, plus que les attaques contre le statut, c'est l'injustice&lt;/i&gt; [...]. &lt;i&gt;Ce qui les heurte aussi, en bons techniciens, c'est le flou entourant les d&#233;cisions du gouvernement, ses contradictions.&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;Des calculs, ils en ont tous faits. La CGT, le SNUI et FO rivalisent de tracts bourr&#233;s de tableaux herm&#233;tiques.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'il est &#233;vident que la majorit&#233; des gr&#233;vistes s'est lanc&#233;e dans l'action apr&#232;s avoir analys&#233; les mesures prises par le gouvernement, la reporter n'en revient pas du caract&#232;re rationnel et inform&#233; de la gr&#232;ve aux imp&#244;ts (&#171; &lt;i&gt;bons techniciens &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;tableaux herm&#233;tiques&lt;/i&gt; &#187;). &lt;br /&gt;
Le mouvement social, tel que le per&#231;oivent les journalistes et tel qu'ils en rendent compte, est r&#233;duit &#224; la col&#232;re et &#224; la r&#233;volte des gr&#233;vistes. Ceux-ci sont souvent envisag&#233;s sur le plan individuel et non pas collectif et c'est leur vie personnelle et ses difficult&#233;s qui sont pr&#233;sent&#233;es comme expliquant leur mobilisation. Les seuls gr&#233;vistes pr&#233;sent&#233;s comme hyper rationnels dans leur d&#233;cision de participer au mouvement en deviennent suspects car ils d&#233;notent dans l'appr&#233;hension que les journalistes peuvent avoir de personnes mobilis&#233;es contre la r&#233;forme de la S&#233;curit&#233; sociale que soutient le quotidien o&#249; ils travaillent : &#171; &lt;i&gt;les grandes lignes du plan Jupp&#233; de la fin 1995 correspondent globalement et sur les points principaux aux suggestions formul&#233;es par l'&#233;quipe du Monde depuis le d&#233;but des ann&#233;es 90.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thibau, Jacques, &#171; Le Monde &#187;, 1944-1996 : histoire d'un journal, un journal (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, des dessins accompagnent certains articles relatifs au mouvement social. Ils expriment par le fouillis des traits, le fait qu'ils sont volontairement publi&#233;s &#224; l'&#233;tat d'esquisses et leur disposition dans les pages du journal l'illustration de la volont&#233; d'Edwy Plenel du &#171; brut de d&#233;coffrage &#187;. L&#224; aussi, ces travaux expriment la diff&#233;rence de statut entre les personnes habituellement pr&#233;sentes dans les colonnes du journal (hommes politiques, entrepreneurs, intellectuels, personnalit&#233;s du monde de la culture) et les gr&#233;vistes repr&#233;sent&#233;s : ce sont des anonymes, leurs propos ne sont pas rapport&#233;s et ils sont pr&#233;sent&#233;s comme &#233;tant dans l'action (un croquis repr&#233;sente une pancarte expliquant la recette du cocktail Molotov !), pas dans la r&#233;flexion, comme si les deux ne pouvaient pas aller de pair, comme si s'approprier la rue ne relevait pas d'une d&#233;marche r&#233;fl&#233;chie et d&#233;battue, comme si un mouvement social devait forc&#233;ment relever uniquement de la r&#233;volte et du ras-le-bol, cat&#233;gories irrationnelles reproch&#233;es &#224; la foule et donc au peuple depuis la fin du 19&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Un foss&#233; infranchissable ? &lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Edwy Plenel, le mouvement social de 1995 avait &#233;t&#233; l'occasion &#171; d'aller voir de pr&#232;s, sans pr&#233;jug&#233;s, des anonymes qui retrouvent le chemin du d&#233;bat politique et syndical &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le D&#233;bat, mai-ao&#251;t 1996, n&#176;90, p. 183.&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Des d&#233;bats men&#233;s par des gr&#233;vistes, on en entendit tr&#232;s peu dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;. Les lecteurs purent une fois de plus assister au cantonnement des acteurs du mouvement social tandis que leur journal insistait sur une pr&#233;sentation politicienne des plus classiques des &#233;v&#233;nements. Quelles qu'aient &#233;t&#233; les intentions d'Edwy Plenel au moment o&#249; il a demand&#233; aux journalistes de la r&#233;daction du Monde d' &#171; aller y voir &#187; et de faire du &#171; brut de d&#233;coffrage &#187;, il appara&#238;t que c'est la distance entre les journalistes et les gr&#233;vistes qui fait sens dans les articles publi&#233;s. Cette distance devenue un foss&#233; infranchissable tant les regards semblent pr&#233;construits et d&#233;finitifs, les conduit &#224; &#034;folkloriser&#034; les manifestants, &#224; s'attacher &#224; tout ce qui rel&#232;ve &#224; leurs yeux du pittoresque, &#224; ne pas les envisager comme des personnes engag&#233;es dans l'action pour des motifs r&#233;fl&#233;chis et politiques. Ce foss&#233; exprime en fait la vision de la soci&#233;t&#233; d'Edwy Plenel telle qu'il l'a d&#233;crite dans &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire une soci&#233;t&#233; duale o&#249; en haut il y a les &#233;lites dont il fait partie et en bas le social qu'il apparente &#224; quelque chose de m&#233;canique qui par moments &#171; se met en branle &#187;. Il est impossible dans ces conditions de pratiquer un journalisme qui aille vraiment &#224; la rencontre &#171; des anonymes qui retrouvent le chemin du d&#233;bat politique et syndical &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Muriel Brandily&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Extraits des deux articles sur &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; en 1995 :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_149 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/pdf/8LeMonde1995.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 128.5 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1776673245' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Fin de gr&#232;ve chez les mineurs de Lorraine : &#034;Nos copains bless&#233;s, pour 50 francs par mois&#034; &#187;, Edition du 12 d&#233;cembre&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'AG d'une journ&#233;e charni&#232;re &#187;, &#233;dition du 15 d&#233;cembre&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#034;On a refait la soci&#233;t&#233; et c'&#233;taient pas des discussions de comptoir&#034;, &#233;dition du 19 d&#233;cembre&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CHARAUDEAU, Patrick, &lt;i&gt;Grammaire du sens et de l'expression&lt;/i&gt;, p. 148.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Fin de gr&#232;ve chez les mineurs de Lorraine : &#034;Nos copains bless&#233;s pour 50 francs par mois&#034; &#187;, &#233;dition du 12 d&#233;cembre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Chauffeurs routiers : &#034;On n'est pas du genre &#224; se laisser faire&#034; &#187;, &#233;dition du 6 d&#233;cembre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Fin de gr&#232;ve chez les cheminots : &#034;Si on a fait r&#233;fl&#233;chir les autres, on aura gagn&#233; bien au-del&#224; de ce qu'on a obtenu&#034; &#187;, &#233;dition du 16 d&#233;cembre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Paroles de gr&#233;vistes &#187;, &#233;dition du 5 d&#233;cembre&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Thibau, Jacques, &lt;i&gt;&#171; Le Monde &#187;, 1944-1996 : histoire d'un journal, un journal dans l'histoire&lt;/i&gt;, p. 500.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le D&#233;bat, mai-ao&#251;t 1996, n&#176;90, p. 183.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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