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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>La financiarisation des industries culturelles : un peu d'histoire</title>
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		<dc:date>2003-08-17T13:59:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Pradi&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Financiarisation</dc:subject>
		<dc:subject>Concentrations</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'insertion du capitalisme dans l'histoire des industries culturelles et les enjeux contemporains de la concentration des m&#233;dias.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Concentration-et-financiarisation-" rel="directory"&gt;Concentration et financiarisation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Financiarisation-+" rel="tag"&gt;Financiarisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Concentrations-+" rel="tag"&gt;Concentrations&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions ici une communication de Christian Pradi&#233; au colloque &#171; Histoire des industries culturelles &#187;, Universit&#233; Paris 1 - Sorbonne, 5-6 d&#233;cembre 2001. Titre initial : &#171; La financiarisation des industries culturelles - L'&#233;mergence de la presse &#224; la bourse de Paris au XIX&#232;me si&#232;cle &#187;. (&lt;i&gt;Acrimed&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour approfondir l'&#233;tude de la nature des liens tiss&#233;s entre &#233;conomie et culture, il nous semble qu'il peut &#234;tre particuli&#232;rement utile de s'attacher &#224; l'analyse des aspects sp&#233;cifiques de l'insertion du capitalisme dans l'histoire &#233;conomique et sociale des industries culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce projet que renvoie le titre de la communication, relatif &#224; la &#171; financiarisation &#187; des industries culturelles. Ce n&#233;ologisme de financiarisation pr&#233;sente l'avantage de souligner l'existence, &#224; propos de cette insertion, de l'id&#233;e d'un mouvement, d'un processus, qui se d&#233;veloppe de fa&#231;on grandissante. La question d'une financiarisation du secteur des industries culturelles renvoie &#224; l'hypoth&#232;se qu'il y a donc en cours un processus se manifestant par l'instauration d'un lien entre les march&#233;s financiers et les conditions de production des biens et des services culturels et de communication&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Christian Pradi&#233;, &#171; Les enjeux de la financiarisation des industries (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une premi&#232;re partie, nous souhaitons nous attarder sur la phase d'&#233;mergence de ce processus, en nous reportant 170 ans en arri&#232;re, vers 1830, au moment o&#249; est concern&#233;e par l'instauration d'un capitalisme d'&#233;pargne une premi&#232;re industrie culturelle, la presse &#233;crite. Ce qui para&#238;t changer en quelques ann&#233;es, selon une &#233;volution assez forte entre 1832 &#224; 1836, &#224; Paris, et peut-&#234;tre sensiblement dans la m&#234;me p&#233;riode dans les pays &#233;trangers, c'est la constitution de soci&#233;t&#233;s de presse faisant appel &#224; l'&#233;pargne publique et dont le capital social vient donc &#224; &#234;tre d&#233;tenu, assez vite en totalit&#233;, et &#233;chang&#233; en bourse, par des souscripteurs tr&#232;s nombreux, atomis&#233;s et qui ne connaissent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que l'introduction de ces r&#232;gles d'organisation propres au capitalisme au sein d'une entreprise &#233;ditoriale ne se fait pas en lien avec l'&#233;volution technologique des proc&#233;d&#233;s de fabrication ou de transport. Ce qui appara&#238;t plut&#244;t en jeu est une dynamique propre &#224; la logique des inventions en mati&#232;re d'&#233;conomie financi&#232;re, inventions qui portent sur le statut juridique de la firme, qui viennent &#224; transformer sa gestion et qui s'inscrivent dans le cours d'une &#233;volution des march&#233;s marqu&#233;e plut&#244;t par une course &#224; la concurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, s'introduit, avec un type de soci&#233;t&#233; de presse dont les capitaux proviennent de march&#233;s financiers, une nouvelle complexit&#233; des modes de d&#233;tention et de contr&#244;le de soci&#233;t&#233;s &#233;ditrices de m&#233;dias. Il appara&#238;t l&#224; une certaine h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; dans les modes d'administration de telles activit&#233;s, qui est de nature &#224; susciter en fait des oppositions ou des antagonismes au sein m&#234;me de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de communications. D&#233;crire ces diff&#233;rentes cat&#233;gories de m&#233;dias qui d&#233;pendent de modes variables de d&#233;tention et de contr&#244;le am&#232;ne &#224; se d&#233;tacher d'une tradition d'analyse qui ne consid&#232;re que les modes d'&#233;change des biens et des services, c'est-&#224;-dire le caract&#232;re marchand ou non marchand des productions offertes et les conditions d'application de r&#232;gles de concurrence, en r&#233;f&#233;rence avec une situation de lib&#233;ralisme &#233;conomique. Il y a l&#224; aussi des oppositions possibles entre capitalisme et lib&#233;ralisme &#233;conomique, notamment &#224; propos de la notion de concentration &#233;conomique et financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pourrons, dans un deuxi&#232;me temps, nous demander pourquoi la concentration est un probl&#232;me si sensible en mati&#232;re d'industries culturelles dans les soci&#233;t&#233;s contemporaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Financiarisation et concentration de l'industrie culturelle.&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution pass&#233;e des conditions de la production culturelle montre qu'il y a eu, de fa&#231;on ancienne, un march&#233; des &#339;uvres culturelles, dans le sens o&#249; existaient des possibilit&#233;s d'&#233;change des &#339;uvres au sein de collectivit&#233;s et que cet &#233;change donnait lieu &#224; des r&#233;tributions, et cela avec une certaine continuit&#233; au fil de diff&#233;rentes &#233;poques. En revanche, sur le plan de l'organisation de la propri&#233;t&#233;, une p&#233;riode semble receler un int&#233;r&#234;t particulier, produisant une certaine rupture, c'est donc celle des d&#233;cennies 1820 et 1830 o&#249; l'on assiste &#224; Paris &#224; un tr&#232;s grand essor conjugu&#233; de la bourse et de la presse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers r&#233;sultats d'un travail, loin d'&#234;tre complet, que nous avons pu mener sur ce ph&#233;nom&#232;ne semblent montrer l'effet d'un contexte marqu&#233; par plusieurs facteurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notre th&#232;se, Christian Pradi&#233;, La Presse, le capitalisme et le lecteur. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; _ Les actions au porteur pour le financement de soci&#233;t&#233;s par actions se r&#233;pandent apr&#232;s une jurisprudence prononc&#233;e en f&#233;vrier 1832, &#224; la suite de laquelle se produit un essor des soci&#233;t&#233;s en commandite. Or, la soci&#233;t&#233; en commandite n'est pas soumise &#224; autorisation par les pouvoirs publics, contrairement &#224; la soci&#233;t&#233; anonyme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les travaux d'Alain Viandier, de Jean Hilaire ou d'Anne Lefebvre-Teillard.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; _ Une lib&#233;ralisation importante du r&#233;gime juridique de la presse quelques ann&#233;es auparavant, en juillet 1828, par l'abrogation de l'autorisation pr&#233;alable au lancement d'une publication, qui n'est pas r&#233;tablie du fait de la r&#233;volution de 1830&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir une synth&#232;se r&#233;cente dans Gilles Feyel, La Presse en France des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; _ Une influence en g&#233;n&#233;ral de l'Angleterre qui a pr&#233;c&#233;d&#233; le mouvement de constitution de soci&#233;t&#233;s de capitaux et dans le ph&#233;nom&#232;ne de la presse &#224; bon march&#233;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; _ L'int&#233;r&#234;t tout particulier pour cette nouveaut&#233; de l'agiotage ou de la sp&#233;culation en bourse d'une g&#233;n&#233;ration n&#233;e avec le si&#232;cle et qui comprend par exemple, Charles-Louis Havas et Emile de Girardin et dont sont contemporains Louis Hachette ou Honor&#233; de Balzac&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'autres acteurs de cette mutation sont Philippe Coste, Victor Bohain, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse en France repr&#233;sente l'un des tous premiers secteurs d'investissement durant une dizaine d'ann&#233;es, selon ces nouvelles modalit&#233;s de la collecte de fonds en bourse. Plusieurs sources en attestent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; _ D'une part, les statistiques du Tribunal de commerce de Paris. Pour la p&#233;riode de douze ans entre 1826 et 1838, sur 1106 commandites enregistr&#233;es &#224; Paris, 401 concernent des publications de presse et quelques affaires d'imprimerie-librairie et quelques th&#233;&#226;tres. Pour l'ann&#233;e 1833, par exemple, il y a 66 commandites nouvelles et 33 sont des journaux. Le mouvement culmine en 1836 et 1837, avec beaucoup de cessations d'activit&#233;s et de nouvelles propositions d'affaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le travail pr&#233;cis de Charles E. Freedeman, Joint-stock entreprises in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; _ D'autre part, l'utilisation tr&#232;s pr&#233;cieuse des premiers journaux &#233;conomiques et financiers dont l'apparition, &#224; quelques exceptions, date pr&#233;cis&#233;ment de 1836-1837. Ils donnent une liste de cotations. 223 cotations en d&#233;cembre 1836 dans &lt;i&gt;L'Actionnaire&lt;/i&gt; dont, formant la premi&#232;re cat&#233;gorie, 34 valeurs du secteur de la presse. De la m&#234;me fa&#231;on, dans &lt;i&gt;La Bourse&lt;/i&gt; en ao&#251;t 1837, il y a 38 journaux et publications parmi les 260 valeurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Actionnaire et La Bourse ne paraissent que quelques mois &#224; compter (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; _ Enfin, les journaux politiques et un assez grand nombre d'&#233;crits contemporains confirment l'&#233;tendue de la mutation que conna&#238;t de fa&#231;on assez soudaine la propri&#233;t&#233; de la presse, que beaucoup de ces publications combattent. &lt;i&gt;Le Bon Sens&lt;/i&gt; est fameux pour avoir accueilli avec la s&#233;rie d'articles de Capo de Feuillide une d&#233;nonciation des projets de r&#233;forme de la presse d'Emile de Girardin au moment du lancement de &lt;i&gt;La Presse&lt;/i&gt;. La parution de ces articles conduit &#224; un duel entre Armand Carrel, journaliste au &lt;i&gt;National&lt;/i&gt;, et Emile de Girardin. La confrontation est per&#231;ue &#224; l'&#233;poque comme le duel entre deux personnalit&#233;s passant pour personnifier l'ancienne et de la nouvelle presse, v&#233;nale et peu sinc&#232;re face au contraire &#224; un sacerdoce du journalisme, exigeant et consciencieux jusqu'&#224; alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on sommaire, on peut retenir l'apparition de plusieurs ph&#233;nom&#232;nes comme r&#233;sultat des transformations qu'entra&#238;ne cette nouvelle presse qui, comme on le sait, parviendra &#224; se maintenir et par la suite prosp&#233;rer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; _ La presse occupe une place d'objet et mais aussi d'acteur de l'essor de la bourse. Elle peut appara&#238;tre li&#233;e comme cause et comme effet &#224; l'&#233;mergence d'un march&#233; des valeurs mobili&#232;res, puisqu'elle constitue un vecteur de diffusion majeur de la publicit&#233; financi&#232;re nouveaut&#233; indispensable pour le succ&#232;s des souscriptions de parts sociales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Marc Martin, Trois si&#232;cles de publicit&#233; en France, Odile Jacob, 1992.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Charles de R&#233;musat fait ainsi des ann&#233;es 1836 et 1837 l'analyse d'une p&#233;riode &#171; o&#249; l'annonce et la r&#233;clame aidant, on avait commenc&#233; &#224; inventer des affaires vraies ou fausses pour cr&#233;er des soci&#233;t&#233;s r&#233;elles ou suppos&#233;es, afin de vendre des actions en hausse et d'en acheter en baisse. Girardin avait contribu&#233; pour sa part &#224; ce nouveau syst&#232;me de Law transport&#233; dans l'industrie priv&#233;e. La passion de montrer la puissance de la presse, telle qu'il l'avait con&#231;ue, entrait pour autant que l'avidit&#233; du gain dans les entreprises suspectes qu'on lui a le plus reproch&#233;es. Mais enfin, le mouvement &#233;tait donn&#233;, et les appels &#224; la cr&#233;dulit&#233; cupide &#233;taient devenus une branche importante de la composition des journaux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;moires de ma vie, t. 2, Plon, r&#233;&#233;d. 1959, p. 214.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; _ L'introduction de la publicit&#233; commerciale dans l'&#233;conomie de la presse n'est pas en d&#233;finitive le changement le plus d&#233;terminant, face &#224; l'influence des march&#233;s financiers nouvellement acquise. Le choix de vouloir recourir aux revenus des insertions d'annonces se pr&#233;sente comme &#233;tant la cons&#233;quence du choix de financement du capital social en bourse, notamment en &#233;tant &#224; l'origine un argument financier capable de convaincre les investisseurs sollicit&#233;s. Ainsi, l'introduction de la publicit&#233; commerciale ne semble pas correspondre &#224; une r&#233;ponse &#224; des contraintes financi&#232;res particuli&#232;res mais &#224; une recherche accrue de lucrativit&#233;. C'est le sens de la d&#233;finition nouvelle du journal qu'indique en 1837 un administrateur de presse : &#171; fonder un journal, c'est chercher &#224; conqu&#233;rir une client&#232;le d'abonn&#233;s sympathisant avec l'esprit de ce journal, et y trouvant un avantage personnel et direct, c'est d&#233;penser en partie, quelquefois en totalit&#233;, le fonds social afin de r&#233;aliser cette client&#232;le, plus ou moins nombreuse, plus ou moins probable, dont les tributs annuels constituent, en &#233;change du capital social ou de la partie de ce capital absorb&#233;, un revenu provenant du b&#233;n&#233;fice des abonnements et des annonces &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Presse universelle, num&#233;ro mod&#232;le, 1er juin 1837.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; _ Enfin, &#233;conomie et conditions de l'&#233;laboration des biens culturels trouvent ici une liaison forte. Les transformations d&#233;crites affectent de mani&#232;re large et approfondie la cadre de la conception du journal et touchent &#224; l'implication du journaliste dans l'exercice de son m&#233;tier, aux mati&#232;res couvertes par le journalisme (avec, par exemple, le roman-feuilleton), aux modes de diffusion du journal ou encore au partage existant entre les diff&#233;rentes cat&#233;gories de publications, compte tenu de l'&#233;volution de la presse d'avis et d'annonces et des &#233;crits populaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur les aspects litt&#233;raires de cette transformation en particulier les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'imprimeur-libraire Alexandre Baudouin exprime ses craintes d&#232;s 1836 quant &#224; la naissance de cette opposition entre presse d'opinion et presse d'argent : &#171; En effet, jusqu'ici on avait regard&#233; comme le capital d'un journal son opinion politique et la foi que ses abonn&#233;s y attachent. Pour &#233;tablir une entreprise de ce genre, l'argent n'&#233;tait que l'agent souvent employ&#233; pour mettre l'id&#233;e nouvelle en circulation. Si elle r&#233;pondait &#224; un besoin, ou si elle se constituait en organe avou&#233; d'un parti, l'esprit de pros&#233;lytisme se d&#233;clarait : le succ&#232;s &#233;tait assur&#233; par le concours des sectaires ou abonn&#233;s. Aujourd'hui on para&#238;t consid&#233;rer la chose tout autrement, et l'on se dit : r&#233;unissons de grands capitaux, associons les abonn&#233;s &#224; notre entreprise par une diminution de prix, appliquons le principe commercial qu'abaisser les prix, c'est augmenter le nombre des consommateurs, et l'on sp&#233;cule ainsi &#224; la baisse en consid&#233;rant l'opinion comme une marchandise. (...) On essaye d'&#233;tablir une entreprise par la puissance de l'argent . On substitue pour ainsi dire l'esprit mercantile &#224; la place de la foi publique. On envisage le journal comme une n&#233;cessit&#233;, au lieu d'&#234;tre l'expression d'une opinion &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anecdotes historiques du temps de la Restauration, 1853, pp. 101 et s. La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En guise de bilan de cette p&#233;riode, qui cr&#233;e une situation nouvelle, plus complexe compte tenu de la multiplicit&#233; des formes juridiques d'exploitation d&#232;s lors adopt&#233;es, on peut retenir l'importance, au moins, de trois probl&#232;mes nouveaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; _ D'abord, la question de l'examen de ce que devient d&#232;s lors le statut de la soci&#233;t&#233; de presse et de m&#233;dias. Les conditions selon lesquelles sont r&#233;mun&#233;r&#233;s les capitaux investis dans la soci&#233;t&#233; de presse sont modifi&#233;es. On assiste &#224; l'apparition, de fa&#231;on pr&#233;pond&#233;rante parmi les crit&#232;res de la gestion, de la n&#233;cessit&#233; du respect d'un taux de rentabilit&#233; financi&#232;re, qui est fonction d'un taux moyen qui r&#233;sulte de la performance g&#233;n&#233;rale des march&#233;s financiers. Le statut de placement financier qu'acquiert donc la presse par l'effet de cette mutation est reli&#233; &#224; l'obligation d'une gestion comptable tr&#232;s exc&#233;dentaire et de fa&#231;on r&#233;guli&#232;re, de fa&#231;on sup&#233;rieure aux besoins d'auto-financement. C'est une transformation qui, en fin de compte, assigne &#224; des moyens d'information et de communication, un but diff&#233;rent de celui voulu par les auteurs, l'objectif d'une valorisation patrimoniale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'incidence singuli&#232;re de l'organisation capitaliste dans ce secteur a &#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; _ Ces modifications affectent donc le probl&#232;me du pouvoir dans la soci&#233;t&#233; de presse. Les &#233;volutions de 1830 viennent apr&#232;s une p&#233;riode o&#249; semble se g&#233;n&#233;raliser le statut de journalistes-propri&#233;taires associ&#233;s &#171; intuitae personnae &#187;. On pourra assister plus tard, vers la moiti&#233; du XX&#232;me si&#232;cle, &#224; l'apparition d'un mouvement pour les soci&#233;t&#233;s de r&#233;dacteurs, cherchant &#224; r&#233;tablir cette autonomie possible de la gestion d'un organe de pens&#233;e, en &#233;cho avec des principes d'auto-gestion appliqu&#233;s &#224; ce secteur d'activit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet notamment Marc Martin, M&#233;dias et journalistes de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A l'inverse, il est clair que l'action de capitaux ext&#233;rieurs, en particulier provenant de march&#233;s financiers, repr&#233;sente un facteur d'&#233;volution vers une h&#233;t&#233;ronomie du pouvoir &#233;ditorial.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; _ Un troisi&#232;me probl&#232;me est celui qui d&#233;coule des possibilit&#233;s de circulation des parts de propri&#233;t&#233; dont le principe est &#224; l'origine des march&#233;s financiers. Cette circulation, plus ou moins r&#233;glement&#233;e, permet et favorise les op&#233;rations de concentrations d'actifs &#233;conomiques. La concentration de pouvoir &#233;conomique, qui trouve son origine de fa&#231;on croissante dans la concentration de moyens financiers, est d'autant plus av&#233;r&#233;e qu'une fraction importante du capital est plac&#233;e en bourse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Dossiers de l'audiovisuel, n&#176;94, &#171; Strat&#233;gies des groupes multim&#233;dias &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Quelques enjeux contemporains de la concentration des m&#233;dias&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
De telles notions permettent d'&#233;clairer les enjeux contemporains de l'organisation de la propri&#233;t&#233; des m&#233;dias. On peut sch&#233;matiquement distinguer trois cas, d&#233;crivant notamment la situation de cette propri&#233;t&#233; face aux march&#233;s financiers.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; _ Un premier stade est celui d'une propri&#233;t&#233; ind&#233;pendante face &#224; ces march&#233;s financiers et dont le contr&#244;le est de type d'un contr&#244;le familial absolu. On constate une ind&#233;pendance de la gestion - le dirigeant est fr&#233;quemment le propri&#233;taire - y compris quant au rendement financier de l'exploitation, mais les possibilit&#233;s d'augmentation du capital peuvent &#234;tre limit&#233;es. Quelques exemples pour la France sont fournis par les cas de Path&#233;, du Nouvel Observateur, du Canard encha&#238;n&#233;, et d'un assez grand nombre de groupes de presse quotidienne r&#233;gionale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; _ Un deuxi&#232;me stade correspond &#224; un contr&#244;le familial relatif, apr&#232;s introduction de capitaux minoritaires provenant des march&#233;s financiers. Une obligation de r&#233;tribution du capital engag&#233; appara&#238;t. La possibilit&#233; de perspectives de d&#233;veloppement se trouve augment&#233;e. Le dirigeant demeure fr&#233;quemment l'actionnaire majoritaire. Quelques exemples sont les cas des propri&#233;t&#233;s des familles Bouygues, Lagard&#232;re, Pinault, Arnault, Dassault, Hersant, pour la France, ainsi que Murdoch, Berlusconi, Kirch.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; _ Le stade qui suit correspond &#224; l'action d'un contr&#244;le manag&#233;rial, lorsque par effet de la dilution de l'actionnariat, aucun bloc de d&#233;tenteur ne contr&#244;le la gestion, qui est assur&#233;e par les organes dirigeants de la firme. Les dirigeants sont donc dans ce cas distincts des propri&#233;taires, comme par exemple, dans les cas de Vivendi-Universal, Suez, Reed-Elsevier, Wolters-Kluwer, Emap, Pearson, et de nombreuses firmes des Etats-Unis du secteur. Il est important de noter que c'est dans ce cas que les ph&#233;nom&#232;nes de concentration sont les plus d&#233;velopp&#233;s. La rupture entre la d&#233;tention et le contr&#244;le entra&#238;ne que les fusions-acquisitions n'apparaissent plus en effet comme des risques d'&#233;viction de l'actionnaire principal mais comme des chances de renforcement de la firme par le cumul de positions &#233;conomiques.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Ainsi, une hypoth&#232;se peut &#234;tre faite quant &#224; une d&#233;finition plus pr&#233;cise de la notion d'industrie culturelle. Il s'agit de l'hypoth&#232;se selon laquelle ce processus de financiarisation, en conf&#233;rant un statut de placement financier &#224; la production de biens et de services culturels et de communication, en cr&#233;ant une cause d'h&#233;t&#233;ronomie de la gestion de l'entreprise, et en instaurant une organisation favorable aux mouvements de concentrations, qualifie, de fa&#231;on plus d&#233;terminante que d'autres facteurs, le ph&#233;nom&#232;ne de l'industrie culturelle, tel qu'il existe maintenant depuis donc plusieurs si&#232;cles. On pourrait &#233;videmment appliquer le m&#234;me mod&#232;le d'analyse aux autres branches des activit&#233;s d'information et de communication, en pla&#231;ant dans leur contexte &#233;conomique, social et politique le d&#233;roulement de processus de financiarisation propres, plus ou moins ais&#233;ment comparables, pour l'&#233;dition, les phonogrammes, le cin&#233;ma, la radio, la t&#233;l&#233;vision, les productions multim&#233;dias et les r&#233;seaux, et au-del&#224; les activit&#233;s du spectacle vivant, du sport, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois enjeux majeurs sont attach&#233;s &#224; l'&#233;volution contemporaine d'une industrie culturelle donc &#171; financiaris&#233;e &#187;, que l'on peut d&#233;crire aussi comme un capitalisme m&#233;diatique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; _ Il s'agit d'abord des facteurs d'opposition entre capitalisme m&#233;diatique et lib&#233;ralisme &#233;conomique. Sur la longue dur&#233;e, les mouvements de concentration tendent &#224; agglom&#233;rer, principalement dans le p&#233;rim&#232;tre des firmes &#224; contr&#244;le manag&#233;rial, un nombre important de firmes issues d'un capitalisme familial, ou encore issues d'une contraction du secteur public. L'&#233;volution a conduit &#224; situations extr&#234;mes dans un certain nombre de secteurs, o&#249; l'activit&#233; est regroup&#233;e en des partages d'oligopoles et quelquefois m&#234;me en l'affrontement de duopoles, comme globalement pour l'&#233;dition en France, la diffusion de programmes audiovisuels par satellite dans une grande partie des pays europ&#233;ens ou pour l'&#233;dition de phonogrammes &#224; l'&#233;chelle mondiale. Il est significatif de constater que les orientations majeures de ces secteurs de l'activit&#233; d&#233;pend plus aujourd'hui des d&#233;cisions des instances charg&#233;es de la surveillance de la concurrence que des organismes de r&#233;gulation, qui avaient &#233;t&#233; install&#233;es pour conduire une s&#233;lection des op&#233;rateurs, face &#224; l'abondance des candidatures. L'importance croissante de l'action des diff&#233;rents conseils de la concurrence r&#233;pond ainsi &#224; une situation exigeant le r&#233;tablissement forc&#233;, par les m&#233;canismes de la justice, des conditions de libert&#233; &#233;conomique, entrav&#233;es, dans un contexte d'accumulation capitaliste, par l'exercice des r&#232;gles lib&#233;rales.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; _ Par cons&#233;quent apparaissent les conditions de possibles oppositions entre capitalisme m&#233;diatique et lib&#233;ralisme politique. Une partie de l'extension importante du p&#233;rim&#232;tre de ce capitalisme m&#233;diatique s'est produit, au cours des deux derni&#232;res d&#233;cennies, par l'effet d'une ouverture de march&#233;s auparavant organis&#233;s autour de monopoles publics. La tendance constat&#233;e est aujourd'hui celle d'une substitution, en puissance, de monopoles priv&#233;s &#224; d'anciens monopoles publics. En raison de la singularit&#233; des biens et services produits &#224; l'int&#233;rieur de ces secteurs, est la difficult&#233; suppl&#233;mentaire de menaces d'atteinte &#224; la diversit&#233; culturelle et au pluralisme des moyens d'expression.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; _ Enfin, une part importante de cette &#233;volution est li&#233;e aux conditions de l'internationalisation de cas activit&#233;s. Le d&#233;veloppement de ce capitalisme m&#233;diatique a en effet fortement favoris&#233; la diffusion des &#339;uvres produites &#224; une &#233;chelle internationale. C'est notamment en r&#233;ponse &#224; cette augmentation de la concurrence internationale que les politiques publiques ont connu une inflexion importante les amenant &#224; reconsid&#233;rer le traitement appliqu&#233; aux probl&#232;mes de la concentration des ces branches d'activit&#233;s. Alors que la concentration des moyens d'expression avait pu &#234;tre un temps combattu, d&#233;sormais, la constitution d'acteurs nationaux puissants est apparue comme n&#233;cessaire pour constituer une r&#233;sistance &#224; la formation &#224; l'&#233;tranger de puissances de niveau comparable. Ce changement de politique a sembl&#233; s'op&#233;rer en ignorant la port&#233;e des m&#233;canismes soumettant la concentration &#233;conomique des productions &#224; la concentration financi&#232;re des capitaux. Ces ph&#233;nom&#232;nes ont pu produire de fa&#231;on croissante &#224; une &#233;chelle internationale, de telle mani&#232;re que la taille des capitaux amass&#233;s au sein de ces multinationales de la communication se trouve proportionnelle &#224; la difficult&#233; existant pour pr&#233;server leur maintien dans le p&#233;rim&#232;tre d'int&#233;r&#234;ts nationaux. L'accumulation internationale des capitaux finir par aboutir &#224; une situation d'extr&#234;me vuln&#233;rabilit&#233; du contr&#244;le national d'empires m&#233;diatiques tr&#232;s d&#233;velopp&#233;s, dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente, avec le concours de la puissance publique dans le but pr&#233;cis&#233;ment inverse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christian Pradi&#233;, &#171; L'essor du capitalisme m&#233;diatique en France &#187;, Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - En conclusion, il r&#233;sulte que la nuance peut s'imposer, particuli&#232;rement dans les discussions tendant &#224; une attaque ou une d&#233;fense des m&#233;dias dans leur ensemble, qu'il n'existe pas, sous l'effet de cette complexification de la composition des secteurs de la culture et de la communication due en grande partie &#224; l'impact de ce processus de financiarisation, une presse mais des presses, un journalisme mais des journalismes, des m&#233;dias mais des domaines m&#233;diatiques diff&#233;rents. La prise en compte de ces ph&#233;nom&#232;nes de d&#233;tention et de contr&#244;le permet d'obtenir une vision de cette pluralit&#233;, au point que le concept de pluralisme des moyens d'expression puisse &#234;tre utilement associ&#233; &#224; celui de la d&#233;fense de la pluralit&#233; de ces modes de d&#233;tention et de contr&#244;le des moyens d'expression m&#233;diatiques.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christian Pradi&#233;, Ma&#238;tre de conf&#233;rences en sciences de l'information et de la communication,Universit&#233; de Valenciennes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Christian Pradi&#233;, &#171; Les enjeux de la financiarisation des industries culturelles &#187;, &lt;i&gt;Dossiers de l'audiovisuel&lt;/i&gt;, n&#176;94, &#171; Strat&#233;gies des groupes multim&#233;dias &#187; (sous la direction de Pierre Musso), novembre-d&#233;cembre 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notre th&#232;se, Christian Pradi&#233;, &lt;i&gt;La Presse, le capitalisme et le lecteur. Contribution &#224; l'histoire &#233;conomique d'une industrie culturelle&lt;/i&gt;, th&#232;se de doctorat de sciences de l'information et de la communication, Universit&#233; Stendhal-Grenoble 3, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir les travaux d'Alain Viandier, de Jean Hilaire ou d'Anne Lefebvre-Teillard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir une synth&#232;se r&#233;cente dans Gilles Feyel, &lt;i&gt;La Presse en France des origines &#224; 1944 - Histoire politique et mat&#233;rielle&lt;/i&gt;, Ellipses, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'autres acteurs de cette mutation sont Philippe Coste, Victor Bohain, Nestor Roqueplan, puis Louis V&#233;ron, Alexandre Aguado, Jules Mir&#232;s. Voir entre autres les travaux de Jean-Yves Mollier, de Roland Chollet ou de Nicole Felkay.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le travail pr&#233;cis de Charles E. Freedeman, &lt;i&gt;Joint-stock entreprises in France (1807-1867)&lt;/i&gt;, Chapel Hill, The University of North Carolina Press, 1979. Voir aussi les travaux de Patrick Verley, de Paul-Jacques Lehmann ou de Pedro Arbulu sur l'histoire de la bourse de Paris au XIX&#232;me si&#232;cle. Voir aussi Charles Kindleberger, Histoire mondiale de la sp&#233;culation financi&#232;re, Editions P.AU., 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Actionnaire&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La Bourse&lt;/i&gt; ne paraissent que quelques mois &#224; compter respectivement de d&#233;cembre 1836 et d'ao&#251;t 1837. Pour L'Actionnaire, &#224; la date du 10 d&#233;cembre 1836, les premi&#232;res des 23 cat&#233;gories recens&#233;es sont les journaux et publications (34 titres cot&#233;s), les messageries et voitures (28), les bateaux &#224; vapeur (19), la construction de canaux (18), les compagnies d'assurance (17), ... Pour La Bourse, &#224; la date du 15 ao&#251;t 1837, les premi&#232;res des 21 cat&#233;gories sont les journaux et publications (38), les messageries et voitures (30), les banques (21), la construction de canaux (19), les compagnies de chemin de fer (12), ...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Marc Martin, Trois si&#232;cles de publicit&#233; en France, Odile Jacob, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;M&#233;moires de ma vie&lt;/i&gt;, t. 2, Plon, r&#233;&#233;d. 1959, p. 214.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Presse universelle&lt;/i&gt;, num&#233;ro mod&#232;le, 1er juin 1837.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur les aspects litt&#233;raires de cette transformation en particulier les travaux de Ren&#233; Guise, d'Alain Vaillant ou de Marie-Eve Th&#233;renty.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Anecdotes historiques du temps de la Restauration&lt;/i&gt;, 1853, pp. 101 et s. La citation extraite date d'octobre 1836.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'incidence singuli&#232;re de l'organisation capitaliste dans ce secteur a &#233;t&#233; mise en &#233;vidence par Bernard Mi&#232;ge, notamment dans Armel Huet, Jacques Ion, Alain Lef&#232;bvre, Bernard Mi&#232;ge et Ren&#233; Peron, &lt;i&gt;Capitalisme et industries culturelles&lt;/i&gt;, Presses Universitaires de Grenoble, 1978 (r&#233;&#233;d. 1984). Voir aussi, dans le domaine de l'&#233;conomie financi&#232;re et industrielle, les travaux de Fran&#231;ois Morin, de Fran&#231;ois Chesnais ou de Dominique Plihon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet notamment Marc Martin, &lt;i&gt;M&#233;dias et journalistes de la R&#233;publique&lt;/i&gt;, Odile Jacob, 1997, Christian Delporte, Les Journalistes en France (1880-1950), Seuil 1999 et Daniel Junqua, La Presse, le citoyen et l'argent, Le Monde-Gallimard, 1999. Voir pour l'exemple du Monde, Patrick Eveno, Le Journal &#171; Le Monde &#187; - Une histoire d'ind&#233;pendance, Odile Jacob, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Dossiers de l'audiovisuel&lt;/i&gt;, n&#176;94, &#171; Strat&#233;gies des groupes multim&#233;dias &#187; (sous la direction de Pierre Musso), novembre-d&#233;cembre 2000. Voir aussi Bernard Mi&#232;ge, &lt;i&gt;Les Industries du contenu face &#224; l'ordre informationnel&lt;/i&gt;, Presses Universitaires de Grenoble, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christian Pradi&#233;, &#171; L'essor du capitalisme m&#233;diatique en France &#187;, &lt;i&gt;Les Enjeux de l'information et de la communication&lt;/i&gt;, revue &#233;lectronique n&#176;2, automne 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le tiers secteur, premier entrepreneur de l'audiovisuel local</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Le-tiers-secteur-premier-entrepreneur-de-l-audiovisuel-local</link>
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		<dc:date>2002-10-26T21:15:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Pradi&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>CSA/Arcom</dc:subject>

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&lt;p&gt;Pourquoi la radio s'est-elle infiniment mieux ancr&#233;e dans le local que la t&#233;l&#233;vision ?&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Televisions-associatives-" rel="directory"&gt;T&#233;l&#233;visions associatives&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-CSA-Conseil-superieur-de-l-audiovisuel-+" rel="tag"&gt;CSA/Arcom&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pourquoi la radio s'est-elle infiniment mieux ancr&#233;e dans le local que la t&#233;l&#233;vision ? &#192; partir d'une int&#233;ressante comparaison de l'histoire de ces m&#233;dias, Christian Pradi&#233;, ma&#238;tre de conf&#233;rence &#224; l'universit&#233; de Valenciennes et &#224; Paris 8, d&#233;montre comment les r&#233;centes &#233;volutions juridiques, &#233;conomiques et technologiques de la t&#233;l&#233;vision peuvent contribuer &#224; combler ce handicap et, notamment, &#224; favoriser l'&#233;mergence v&#233;ritable d'un tiers secteur audiovisuel. (Article paru dans les Dossiers de l'audiovisuel, n&#176;95, janvier-f&#233;vrier 2001, &#034; La t&#233;l&#233;vision r&#233;gionale et locale en France &#034;, publi&#233; ici avec l'autorisation de l'auteur. )&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; un certain discours sur la convergence pr&#233;sente la politique des m&#233;dias essentiellement comme une question de technologies, le d&#233;bat sur les t&#233;l&#233;visions locales, en train d'&#234;tre relanc&#233;, nous rappelle le poids des d&#233;cisions politiques sur ces &#233;volutions. Cela para&#238;t d'ailleurs une &#233;vidence pour ceux qui ram&#232;nent le faible d&#233;veloppement en France de cha&#238;nes couvrant des espaces infranationaux au probl&#232;me de la capacit&#233; de ces territoires &#224; s'av&#233;rer rentables pour un tel m&#233;dia. La d&#233;cision des pouvoirs publics de ne toujours pas lever les obstacles &#224; la collecte des recettes publicitaires, en particulier de la grande distribution, serait coupable d'entraver la prosp&#233;rit&#233; des quelques 6 cha&#238;nes locales hertziennes autoris&#233;es en m&#233;tropole et de condamner &#224; de faibles moyens les 78 canaux locaux du c&#226;ble. Seuls seraient finalement envisageables, tels que les d&#233;veloppe notamment M6, des d&#233;crochages faits de courts programmes d'information en r&#233;gion, parce que pr&#233;cis&#233;ment financ&#233;s par une grille nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une autre mani&#232;re de consid&#233;rer les param&#232;tres de la gestion de l'audiovisuel local, en partant de la comparaison des r&#233;sultats atteints en mati&#232;re de radio et de t&#233;l&#233;vision. Leur inscription dans les territoires, ind&#233;pendamment des contraintes techniques, s'est faite de mani&#232;re tr&#232;s diff&#233;rente. Aujourd'hui, existe un maillage assez &#233;troit de radios dont la production pr&#233;sente un caract&#232;re local. Cette situation est due &#224; la d&#233;finition d'un cadre juridique rigoureux qui manque &#224; la t&#233;l&#233;vision. Celui-ci ne se contente pas de tenter d'ordonner une r&#233;gulation &#233;conomique en adaptant l'offre aux capacit&#233;s incertaines du devenir des march&#233;s, il prend soin de tirer les cons&#233;quences du fait qu'on ne peut attendre les m&#234;mes objectifs d'op&#233;rateurs aux statuts dissemblables, publics, commerciaux ou &#224; but non lucratif. D&#233;finies par le CSA en 1989, mais int&#233;gr&#233;es seulement dans la loi du 1er ao&#251;t 2000, cinq cat&#233;gories d'exploitations possibles d&#233;terminent l'objet des appels &#224; candidature pour des services de radio, lesquels renvoient &#224; l'ind&#233;pendance &#233;conomique du titulaire et au caract&#232;re local de sa programmation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche s'av&#232;re juste, en permettant de v&#233;rifier que l'int&#233;r&#234;t pour le local est variable de la part d'acteurs du secteur public, ou soumis &#224; des imp&#233;ratifs de profit ou bien encore souhaitant agir dans un cadre associatif, ces derniers contribuant de fa&#231;on majeure &#224; la vari&#233;t&#233; des programmes diffus&#233;s. Le cadre juridique de la t&#233;l&#233;vision se rapprochant de celui de la radio, on peut attendre que la vitalit&#233; d'institutions du tiers secteur serve le d&#233;veloppement de programmes originaux en mati&#232;re de d&#233;finition g&#233;ographique, pour peu que les conditions de son financement, plus faciles &#224; r&#233;unir en d&#233;finitive ici que pour celui de la radio, soient convenablement fix&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Capitalisme et territoires audiovisuels&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si aujourd'hui existent des programmes locaux de radio et de t&#233;l&#233;vision, c'est en raison d'histoires bien diff&#233;rentes. Celle de la radio a donn&#233; d'abord la primeur aux stations locales, que celles-ci soient priv&#233;es, une douzaine avant 1939, ou publiques. Le monopole audiovisuel public de l'apr&#232;s-guerre, contourn&#233; par les importants postes p&#233;riph&#233;riques, a alors conduit &#224; la concentration en des &#233;missions nationales et m&#234;me transnationales. Le retour au local s'est op&#233;r&#233; par le mouvement des radios libres et par la loi de 1982 donnant aux associations l'exclusivit&#233; d'exploitation priv&#233;e du spectre. Les cons&#233;quences de la migration des radios p&#233;riph&#233;riques sur la bande FM et de la cr&#233;ation de r&#233;seaux subordonnant les antennes locales, arbitr&#233;es par les choix issus de diff&#233;rentes alternances politiques, a fix&#233; les &#233;quilibres entre grilles commerciales ou non et, ce faisant, bien souvent entre programmes locaux et nationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la situation peut para&#238;tre aujourd'hui relativement satisfaisante, c'est que l'ancrage local des &#233;missions a pu suivre plusieurs voies : d&#233;centralisation soutenue du r&#233;seau public, cr&#233;ation sans discontinuit&#233; d'antennes associatives de proximit&#233;, auxquels s'ajoutent quelques d&#233;crochages locaux de programmes commerciaux. La contribution majeure &#224; l'aspect local de la vie du m&#233;dia provient de la cat&#233;gorie, dite A, des radios associatives, 550 aujourd'hui, soit pr&#232;s d'une demi-douzaine en moyenne par d&#233;partement. Cette part repr&#233;sente un op&#233;rateur sur deux du total national, bien qu'elle ne corresponde qu'&#224; une faible portion du chiffre d'affaires global. Dans la fraction de la moiti&#233; des op&#233;rateurs priv&#233;s commerciaux, seuls 148 sur 541, environ un quart, inclus dans la cat&#233;gorie B, produisent un programme local. Les trois autres quarts reprennent donc un signal national, entrecoup&#233; parfois de brefs d&#233;crochages locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cheminement des t&#233;l&#233;visions vers une programmation locale a &#233;t&#233; tout autre. Au d&#233;part, le monopole public impose la domination d'une programmation nationale, compte tenu de la centralisation politique historique, en tout cas pour les deux premiers r&#233;seaux. Le troisi&#232;me r&#233;seau est consacr&#233; aux r&#233;gions et progressivement, comme pour la radio, une d&#233;centralisation de la production et de la programmation intervient &#224; travers les 14 stations de FR3 et les 41 Bureaux r&#233;gionaux d'information. Mais c'est surtout, &#224; l'inverse du processus adopt&#233; en mati&#232;re de radio, l'absence d'une ouverture vers le secteur &#224; but non lucratif au moment o&#249; s'organise l'introduction d'op&#233;rateurs priv&#233;s apr&#232;s 1982, qui occasionne un d&#233;veloppement exclusivement centralis&#233; de la programmation commerciale. Si M6 a choisi d'embl&#233;e l'information locale comme axe de d&#233;veloppement, ceux qui investissent dans quelques cha&#238;nes locales hertziennes, comme la G&#233;n&#233;rale des eaux, ne le font qu'en fonction des contreparties attendues de pouvoirs publics locaux dont ils sont depuis longtemps les partenaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ceux qui avaient entrepris d'&#339;uvrer dans un cadre non commercial, s'opposait la restriction pr&#233;vue par la loi de 1986 r&#233;servant aux seules soci&#233;t&#233;s la possibilit&#233; de pr&#233;senter une candidature &#224; une autorisation de service de t&#233;l&#233;vision. Certains, comme NRJ, ayant choisi de longue date un cadre commercial, pouvaient envisager de diversifier par de telles candidatures leur activit&#233; r&#233;ussie en radio. Les autres &#233;taient tenus aux limites du c&#226;ble, avec l'inconv&#233;nient de d&#233;pendre de monopoles locaux de distribution. Ne restait alors dans les autres cas que la solution des t&#233;l&#233;-brouettes, organisant la circulation de vid&#233;ocassettes dans des lieux de visionnage public, forme paradoxale de diffusion au moment de l'explosion d&#233;crite des moyens de la soci&#233;t&#233; de l'information .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les grandes entreprises du capitalisme audiovisuel ne paraissent pas int&#233;ress&#233;es par l'exploitation de l'&#233;chelon infranational, c'est bien entendu &#224; cause d'un calcul &#233;conomique d&#233;favorable. Les recettes sont limit&#233;es par les interdictions l&#233;gales et par le drainage national des investissements publicitaires. Surtout, d&#233;velopper l'audience infranationale peut se faire au d&#233;triment de celle des programmes nationaux dans lesquels ces groupes sont engag&#233;s. L'analyse des co&#251;ts est elle aussi d&#233;courageante. Les productions de flux, comme l'information et les &#233;missions de plateaux, si elles sont sp&#233;cifiquement locales, ne sont pas amortissables sur d'autres r&#233;seaux, alors qu'elles occasionnent des co&#251;ts fixes comparables. Les productions de stock de fiction et la plupart des droits sportifs r&#233;pondent &#224; des march&#233;s nationaux et m&#234;me largement internationaux et tirent toute l'&#233;conomie sectorielle vers une &#233;chelle, &#224; l'oppos&#233;, supranationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, ces difficult&#233;s pour investir dans la programmation infranationale sont proches de provoquer une sorte d'impasse politique, en n'autorisant que les cumuls de position de groupes d&#233;j&#224; tr&#232;s pr&#233;sents dans le secteur. C'est le cas lorsque des actionnaires priv&#233;s (Artemis, TF1...) lancent TV Breizh, ou lorsque la Socpresse, contr&#244;lant l'information &#233;crite r&#233;gionale, s'empare de T&#233;l&#233;-Lyon-M&#233;tropole. L'afflux des candidatures &#233;manant aujourd'hui de la presse quotidienne r&#233;gionale ne fait que renforcer ce constat d'une pauvret&#233; des perspectives de renouvellement des op&#233;rateurs des moyens d'expression locaux, au moment o&#249;, paradoxalement, se profile la multiplication des canaux avec le num&#233;rique hertzien.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Vers une nouvelle &#232;re pour l'audiovisuel fran&#231;ais ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La promesse de la fin de la raret&#233; des fr&#233;quences hertziennes, par la multiplication par cinq ou six des capacit&#233;s de transport num&#233;rique, annonce une nouvelle &#233;tape majeure de l'&#233;volution du secteur. Elle peut contribuer aussi &#224; rapprocher la situation du m&#233;dia t&#233;l&#233;visuel de celle de la radio, qui compte souvent 30 &#224; 40 antennes FM par localit&#233;. Une seconde transformation fondamentale provient de la baisse sensible du prix des &#233;quipements num&#233;riques, devenus plus accessibles pour une pratique amateur. Des exp&#233;riences de t&#233;l&#233;vision de proximit&#233; associatives ont pu ainsi se d&#233;velopper dans les ann&#233;es r&#233;centes, en profitant de surcro&#238;t de l'apport essentiel de nombreux engagements b&#233;n&#233;voles . En &#233;tant autoris&#233;s &#224; diffuser &#224; titre temporaire, certaines, comme Ondes sans fronti&#232;res et T&#233;l&#233; Bocal &#224; Paris, ont pu d&#233;montrer la viabilit&#233; d'antennes locales reposant sur ces choix. Par suite, a pu se former, en mai 1999, une Coordination permanente des m&#233;dias libres , r&#233;unissant une douzaine de projets &#233;mergeant &#224; Paris et en province et appuy&#233;s par la FNVDPQ, r&#233;clamant dans les m&#234;mes conditions que les soci&#233;t&#233;s commerciales l'acc&#232;s aux appels &#224; candidature pour des autorisations de longue dur&#233;e, ce qui a finalement &#233;t&#233; inscrit dans la loi du 1er ao&#251;t 2000. L'acc&#232;s du tiers secteur &#224; la t&#233;l&#233;vision est de ce fait enfin l&#233;galis&#233;. Si des cat&#233;gories distinctes de titulaires des autorisations n'existent pas, le l&#233;gislateur (art. 29) appelle n&#233;anmoins d&#233;sormais le CSA &#224; veiller sur l'ensemble du territoire, &#224; ce qu'une part suffisante des ressources en fr&#233;quences soit attribu&#233;e aux services &#233;dit&#233;s par une association et accomplissant une mission de communication sociale de proximit&#233;, entendue comme le fait de favoriser les &#233;changes entre les groupes sociaux et culturels, l'expression des diff&#233;rents courants socioculturels, le soutien au d&#233;veloppement local, la protection de l'environnement ou la lutte contre l'exclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une disposition essentielle manque cependant pour que l'on ait deux r&#233;gimes similaires : la cr&#233;ation d'un fonds de soutien &#224; l'expression audiovisuelle, aliment&#233; comme pour la radio, par un pr&#233;l&#232;vement sur les recettes publicitaires audiovisuelles. Son extension aux cha&#238;nes associatives, d'un montant de 0,1 &#224; 0,5 ou 1milliard de francs, ne semble pourtant pas poser de probl&#232;mes majeurs, alors que l'assiette des recettes publicitaires (plus de 20 milliards de francs) est en constante et rapide augmentation et que d'importantes recettes, de. l'ordre de 1 &#224; 1,5 milliards, sont abandonn&#233;es par le secteur public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'instauration d'un tiers secteur audiovisuel peut donc constituer un objectif d&#233;cisif de d&#233;mocratisation de l'acc&#232;s aux moyens d'expression, susceptible de d&#233;velopper le pluralisme, en commen&#231;ant par le plan local, sans donc pour autant peser sur les param&#232;tres des &#233;conomies concurrentes de l'audiovisuel. Il peut m&#234;me s'av&#233;rer capable de contribuer fortement &#224; la vitalit&#233; du secteur dans son ensemble, apportant un surcro&#238;t d'inventivit&#233; et de diversit&#233;. Loin d'op&#233;rer un simple transfert de moyens financiers, le d&#233;veloppement des programmes alternatifs sensibles &#224; des exigences de libert&#233; de la parole et de cr&#233;ation, peut escompter en effet la multiplication &#224; terme de ses sources de revenus propres. Au-del&#224; des possibilit&#233;s existantes dans le domaine radiophonique, o&#249; le fonds de soutien ne contribue que pour un tiers du chiffre d'affaires du tiers secteur, les proc&#233;d&#233;s du p&#233;age au sein de bouquets de cha&#238;nes, sur le c&#226;ble, le satellite et demain la diffusion hertzienne num&#233;rique, peuvent fonder des perspectives d'autonomie financi&#232;re future. Apr&#232;s l'instauration assez d&#233;fensive d'un capitalisme audiovisuel apte &#224; prot&#233;ger le march&#233; int&#233;rieur, une nouvelle phase est ainsi permise, avec un cadre de cr&#233;ation plus ouvert, appuy&#233; sur des moyens de distribution &#233;quitables, et donnant leurs chances, tant vis-&#224;-vis de la demande int&#233;rieure que pour l'exportation, &#224; des productions &#233;labor&#233;es sur des bases ind&#233;pendantes. Cette &#233;closion est de plus possible dans des structures prot&#233;g&#233;es des tentatives de prises de contr&#244;le &#233;trangers .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#233;l&#233;vision dispose, avec le mod&#232;le de la radio, d'un sch&#233;ma juridico-&#233;conomique propice. On peut m&#234;me imaginer la perspective de sortes de syndication groupant en des grilles nationales l'apport mutualis&#233; d'antennes locales, sur le mod&#232;le de l'ARD. allemand. D&#233;mocratie culturelle, g&#233;ographie et &#233;conomie des m&#233;dias se trouveraient ainsi certainement mieux concili&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Christian Pradi&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les enjeux de la financiarisation des industries culturelles</title>
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		<dc:date>2002-09-22T20:33:29Z</dc:date>
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		<dc:creator>Christian Pradi&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Financiarisation</dc:subject>
		<dc:subject>Concentrations</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Extrait des &#034;Dossiers de l'audiovisuel&#034;, n&#176;94, novembre-d&#233;cembre 2000.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Concentration-et-financiarisation-" rel="directory"&gt;Concentration et financiarisation&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Concentrations-+" rel="tag"&gt;Concentrations&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait des &#034;Dossiers de l'audiovisuel&#034;, n&#176;94, novembre-d&#233;cembre 2000.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les m&#233;dias audiovisuels se seront d&#233;velopp&#233;s au cours d'un si&#232;cle marqu&#233; par l'affrontement entre l'expansion d'un mod&#232;le capitaliste et les tentatives de fondation de r&#233;publiques socialistes. C'est dans ce contexte qu'au milieu du si&#232;cle, les premi&#232;res cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision seront plac&#233;es sous la responsabilit&#233; de l'Etat en de nombreux pays. Cela ne doit pas faire oublier que, t&#244;t apr&#232;s l'apparition des moyens de communication de masse, les promesses qu'elles ont &#233;veill&#233;es ont repr&#233;sent&#233; pour le d&#233;veloppement du capitalisme une opportunit&#233; consid&#233;rable. Si l'exploitation de la production de livres, de presse, de disques ou aujourd'hui des services Internet n'ont pas pr&#233;sent&#233; de probl&#232;me particulier, celle de la radio, de la t&#233;l&#233;vision ou des r&#233;seaux de t&#233;l&#233;communications a n&#233;cessit&#233; une d&#233;r&#233;glementation &#233;cartant les obstacles &#224; un possible investissement financier. Un telle gestion capitaliste se d&#233;veloppe maintenant dans l'ensemble des industries culturelles, en &#233;tant motiv&#233;e d'une part par la recherche des importants profits potentiels qu'elles rec&#232;lent et d'autre part par l'enjeu de la ma&#238;trise de puissants moyens de publicit&#233; aupr&#232;s de l'opinion, apte &#224; favoriser les conditions de son d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;L'insertion des m&#233;dias dans le processus historique du capitalisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'industrie culturelle est d&#233;finie par le fait que des biens relevant du domaine de la culture sont l'objet d'une reproduction m&#233;canique et doivent &#234;tre &#233;coul&#233;s par des d&#233;bouch&#233;s en masse . Cette industrialisation de la culture renvoie en fait &#224; la diffusion d'un mode d'organisation capitaliste et fait donc des &#339;uvres des produits destin&#233;s &#224; former n&#233;cessairement un profit. La transformation des processus de production des biens culturels semble dater, pour l'Europe, des premiers temps du capitalisme financier, autour de 1830, et a d'abord concern&#233; les m&#233;dias &#233;crits. Sous l'effet de la cotation en Bourse d'un nombre subitement important de soci&#233;t&#233;s d'&#233;dition de livres et de presse, se produit l'&#233;mergence de la litt&#233;rature industrielle et une transformation du journalisme. La presse pr&#233;sente en effet un attrait remarquable pour le capitalisme naissant qui est de pouvoir diffuser en masse les appels publics de souscription au capital de ces nouvelles soci&#233;t&#233;s. Ainsi, en dix ans autour de 1836, 400 des 1100 soci&#233;t&#233;s en commandite par actions constitu&#233;es en France rel&#232;vent des seuls m&#233;dias &#233;crits, gr&#226;ce au lancement de nombreux magazines et titres sp&#233;cialis&#233;s et surtout de quotidiens &#224; bon march&#233;, recourant &#224; la collecte de la publicit&#233; commerciale le plus possible, selon les principes de cette d&#233;sormais nouvelle presse . L'exploitation de ces domaines d'activit&#233; par des soci&#233;t&#233;s par actions faisant appel &#224; l'&#233;pargne publique m&#232;ne assez rapidement &#224; des encha&#238;nements de concentrations et &#224; des rapprochements associant, au sein de premiers ensembles multim&#233;dias, presse g&#233;n&#233;rale, &#233;dition litt&#233;raire et th&#233;&#226;tre, afin de mieux valoriser les productions d'un vivier d'artistes sous contrat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rappel de cette p&#233;riode peut para&#238;tre secondaire pour la compr&#233;hension des m&#233;dias contemporains. Pourtant, ainsi se forme un mouvement de financiarisation des activit&#233;s du domaine culturel qui consiste non pas tant &#224; une commercialisation des &#339;uvres dont l'existence d'un march&#233; est ancienne, mais &#224; leur mise en exploitation par des soci&#233;t&#233;s dont le but est de d&#233;gager un rendement pour l'&#233;pargnant actionnaire. Les changements dus &#224; cette transformation sont d&#232;s lors importants, en assignant un autre but &#224; la production culturelle que ceux con&#231;us par leurs auteurs. Cette financiarisation signifie en effet une modification de la nature des d&#233;tenteurs de ces moyens d'expression, autrefois personnes physiques caract&#233;ris&#233;es par un fr&#233;quent engagement intellectuel et moral dans une cause, et auxquelles succ&#232;dent, non des &#234;tres &#224; la volont&#233; oppos&#233;e, mais des personnes morales dont le comportement d&#233;pend du vote de la r&#233;union des actionnaires . En prenant en compte le poids de ces ph&#233;nom&#232;nes d'ordre financier &#224; l'origine de l'essor des industries culturelles, il est permis, en somme, de relativiser la port&#233;e des explications faisant primer au d&#233;veloppement technologique.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Financiarisation et concentration&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au cours du XX&#232; si&#232;cle la question d'une exploitation capitaliste des m&#233;dias &#233;lectriques nouveaux comme le disque, le cin&#233;ma, la radio, puis la t&#233;l&#233;vision, aura des cons&#233;quences d&#233;terminantes. Dans le cas du cin&#233;ma, le mouvement sera tr&#232;s accentu&#233;, les firmes d'Hollywood &#233;tant tr&#232;s t&#244;t cot&#233;es sur les march&#233;s financiers. Par contre, la radio et la t&#233;l&#233;vision seront dans de nombreux pays europ&#233;ens soustraites &#224; pareille &#233;volution en &#233;tant r&#233;serv&#233;es au domaine de la puissance publique (ainsi que la distribution de la presse confi&#233;e en France aux coop&#233;ratives). L'existence d'une pression permamente pour que ces exceptions tombent, avec le lancement des radios p&#233;riph&#233;riques ou la promotion d'&#233;metteurs transnationaux par satellite, aura favoris&#233; une d&#233;r&#233;glementation dont l'effet principal sera de ne plus imposer de contraintes quant &#224; la nature de la propri&#233;t&#233; des entreprises qui s'engagent dans tout le domaine de l'audiovisuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins de vingt ans apr&#232;s l'adoption de ces mesures de lib&#233;ralisation, on peut constater combien aura &#233;t&#233; trompeuse la promesse de b&#233;n&#233;fices li&#233;s &#224; une mise en concurrence du secteur de l'audiovisuel. D'une part, un mouvement horizontal de concentration fait na&#238;tre des puissances multim&#233;dias, comme Lagard&#232;re et Vivendi, tr&#232;s pr&#233;sents &#224; la fois dans les m&#233;dias &#233;crits, l'audiovisuel et Internet. D'autre part, des regroupements verticaux font que certains de ces groupes comme Vivendi ou Suez-Lyonnaise peuvent embrasser tout aussi bien des int&#233;r&#234;ts dans le d&#233;veloppement de r&#233;seaux de distribution, la gestion d'abonnement, la collecte de publicit&#233;, la programmation de cha&#238;nes, la production de fictions et d'information, l'organisation d'&#233;v&#233;nements sportifs... Au total, la domination d'un oligopole de quelques firmes (Vivendi, Lagard&#232;re, Bouygues, Suez-Lyonnaise, pour l'essentiel) succ&#232;de &#224; celle d'anciens monopoles publics, tout en &#233;tant li&#233;e au fonctionnement de la puissance publique par leur participation &#224; d'importants march&#233;s publics d'armement, de distribution d'eau ou de services urbains . Aujourd'hui, un des paradoxes du processus de concentration est que les autorit&#233;s ayant &#224; instituer une r&#233;gulation du secteur ne soient plus principalement des instances charg&#233;es de la s&#233;lection des candidatures comme le Conseil sup&#233;rieur de l'audiovisuel, mais les organismes nationaux ou europ&#233;ens ayant pour mission la surveillance des conditions de concurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que par des &#233;conomies d'&#233;chelle, ces concentrations s'expliquent par l'origine des capitaux tir&#233;s des march&#233;s financiers. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, trois &#233;tapes, fr&#233;quemment graduelles, marquent le r&#244;le de nature juridique de la d&#233;tention au cours de l'histoire d'une m&#234;me firme. Le premier &#233;tat, celui des entreprises familiales &#224; contr&#244;le majoritaire absolu, correspond aux soci&#233;t&#233;s constitu&#233;es sans appel &#224; l'&#233;pargne publique, souvent de petite taille. Les actionnaires ont une libert&#233; assez grande de d&#233;cision mais leur capacit&#233; de financement propre est limit&#233;e et les possibilit&#233;s de d&#233;veloppement sont en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale r&#233;duites. Le nombre de ces entreprises, formant une sorte d'artisanat, est important dans le domaine de la presse (Le Nouvel Observateur, T&#233;l&#233;rama, Science et Vie, ...), d&#233;clinant dans celui du livre (Seuil, Milan, ...) et marginal dans l'audiovisuel (Path&#233;). Un seuil est franchi lorsque une part des capitaux est apport&#233;e par appel aux march&#233;s financiers. La latitude d'action est plus grande mais doit prendre en compte dans les crit&#232;res de gestion l'obligation de servir des b&#233;n&#233;fices. Du fait du rapport de force entre les capitaux familiaux et les capitaux ext&#233;rieurs, les m&#233;canismes du contr&#244;le sont souvent instables. Beaucoup des p&#244;les m&#233;diatiques historiques europ&#233;ens entrent dans cette cat&#233;gorie, comme les holdings de contr&#244;le Amaury, Gaumont, Hersant Arnault, Pinault, Lagard&#232;re, Bouygues, Kirch, Berlusconi, Murdoch, ... &#224; la t&#234;te desquels subsistent donc des contr&#244;les familiaux. Les surench&#232;res entre ces firmes conduisent &#224; des gonflements des fonds propres qui entra&#238;nent m&#233;caniquement une dilution du contr&#244;le. Le contr&#244;le familial laisse place &#224; un contr&#244;le interne &#224; la firme, ultime phase, lorsqu'il n'existe plus de bloc propri&#233;taire pr&#233;pond&#233;rant et que la facult&#233; de contr&#244;le revient aux responsables de la gestion eux-m&#234;mes. Par une sorte de capitalisme interne sans capitalistes contr&#244;laires sont ainsi dirig&#233;s les importants empires Vivendi, Suez-Lyonnaise, Pearson-CLT-UFA, Emap, Reed-Elsevier, Wolters-Kluwer, AOL-Time Warner, ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir de gestion &#233;tant alors d&#233;connect&#233; de l'&#233;volution de la propri&#233;t&#233;, le montant des fonds propres a tendance alors &#224; d&#233;sormais s'&#233;lever et &#224; entra&#238;ner des encha&#238;nements mim&#233;tiques de fusions acquisitions : CLT-UFA-Pearson, Time-Warner-Emi, Vivendi-Canal Plus-Universal, .... Il existe une limite &#224; ces processus qui tient aux restrictions li&#233;es &#224; la nationalit&#233; d'origine des placements dans chacun des secteurs d'activit&#233;, en application des trait&#233;s internationaux multilat&#233;raux sur les conditions d'investissement (en rediscussion &#224; l'O.M.C. lors du prochain A.G.C.S). L'effet de la financiarisation est ainsi de faire d&#233;pendre les conditions nationales d'exercice des m&#233;tiers de communication d'enjeux internationaux. Une premi&#232;re parade &#224; cette &#233;volution avait accompagn&#233; les privatisations fran&#231;aises de 1986 et 1993 par un rattachement des firmes G&#233;n&#233;rale des eaux/Canal Plus/Havas &#224; un p&#244;le de liaisons financi&#232;res Soci&#233;t&#233; g&#233;n&#233;rale/Alcatel, Lagard&#232;re et Bouygues se trouvant par ailleurs accroch&#233;s au p&#244;le BNP/Suez-Lyonnaise/Elf. Les garanties apport&#233;es par ce syst&#232;me sont aujourd'hui affaiblies par le d&#233;bouclage de ces participations crois&#233;es et surtout par la mont&#233;e en puissance de fonds d'&#233;pargne-retraite &#233;trangers. Avant que le projet de fusion Vivendi/Canal Plus/Seagram ne remette en cause les conditions de contr&#244;le par un pouvoir national de l'ensemble, le niveau des fonds de pension anglo-saxons dans la composition du capital de Vivendi &#233;tait d&#233;j&#224; &#233;valu&#233; &#224; pr&#232;s de 42 % . Si bien qu'aujourd'hui, la concentration volontairement accomplie au sein de grands groupes cot&#233;s conduit, &#224; l'inverse du r&#233;sultat escompt&#233; par les gouvernements, &#224; un extr&#234;me vuln&#233;rabilit&#233; du contr&#244;le d'un tr&#232;s grand nombre d'entreprises m&#233;diatiques nationales face &#224; l'accumulation internationale des capitaux.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;M&#233;diatisation du capitalisme et capitalisme m&#233;diatique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;dias se partagent donc, comme la plupart des secteurs &#233;conomiques, entre une part de propri&#233;t&#233; capitaliste et une part qui r&#233;siste &#224; son emprise donc croissante, mais les effets sont ici particuli&#232;rement vastes. La m&#233;canique m&#234;me de la financiarisation fait s'&#233;tendre son importance au d&#233;triment de la propri&#233;t&#233; traditionnelle en r&#233;pandant dans le secteur une obligation de servir un ratio de rendement de 15% des capitaux investis, en concurrence avec d'autres valeurs de placement. La naissance de cette contrainte, en formant les causes d'une h&#233;t&#233;ronomie de la gestion, trace la limite d'un territoire professionnel nettement distinct voire oppos&#233; aux domaines de la production o&#249; l'autonomie du pouvoir financier continue de pr&#233;server une autonomie du pouvoir &#233;ditorial. Plus que l'effet de la taille de l'entreprise ou l'importance de la publicit&#233;, l'effet des m&#233;canismes juridiques de d&#233;tention p&#232;sent pour expliquer les oppositions entre presse d'opinion et presse commerciale, radios militantes et stations musicales &#224; tubes, cin&#233;ma d'auteur et cin&#233;ma de divertissement, t&#233;l&#233;vision s&#233;rieuse et programmation grand public...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'investissement dans des actifs m&#233;diatiques continue d'&#234;tre pleinement justifi&#233;e compte tenu des promesses de d&#233;veloppement de l'activit&#233; et surtout des volumes d'affaires d&#233;gag&#233;es &#224; partir d'un outil productif au co&#251;t assez modeste et m&#234;me d&#233;croissant en raison de la num&#233;risation. Il pr&#233;sente un attrait suppl&#233;mentaire, qui est de permettre le contr&#244;le de moyens de publicit&#233; consid&#233;rables utiles &#224; la promotion des secteurs dans lesquels une exploitation capitaliste est engag&#233;e, et plus g&#233;n&#233;ralement pr&#233;cieuse pour la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts partag&#233;s par cette cat&#233;gorie de la d&#233;tention &#233;conomique. S'exer&#231;ant tout autant dans le domaine de la culture que dans celui de l'information, la ma&#238;trise, que cette domination autorise, de la m&#233;diatisation du capitalisme par un capitalisme m&#233;diatique agit comme le cadre de la production de ce qui a &#233;t&#233; d&#233;crit comme la &#034; pens&#233;e unique &#034;, de nature en th&#233;orie &#224; pouvoir renforcer l'emprise de ce mode de gestion . Ce pouvoir peut &#234;tre employ&#233; pour peser par exemple dans la pr&#233;sentation d'enjeux de politique publique, tels par exemple que la conduite par le pass&#233; des choix de d&#233;r&#233;glementation des industries de la communication, en influen&#231;ant le traitement des avantages respectifs de solutions apport&#233;es par une gestion publique ou relevant du tiers-secteur des coop&#233;ratives, qui sont des modes concurrents de d&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capacit&#233; d'influence sur l'opinion et sur la d&#233;cision publique am&#232;ne &#233;videmment &#224; affaiblir l'&#233;tat d'ind&#233;pendance et de pluralisme des moyens nationaux d'expression. En somme, le risque le plus important de la mont&#233;e des oligopoles du capitalisme m&#233;diatique consiste dans la fa&#231;on dont l'application mal ma&#238;tris&#233;e de politiques se r&#233;clamant du lib&#233;ralisme &#233;conomique en ce domaine fait peser une menace sur les r&#232;gles du lib&#233;ralisme politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Christian Pradi&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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