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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Informer sur l'Afrique </title>
		<link>https://www.acrimed.org/Informer-sur-l-Afrique</link>
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		<dc:date>2002-07-29T14:00:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Fran&#231;ois Dupaquier</dc:creator>


		<dc:subject>Fran&#231;ois-Xavier Verschave</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034; Silence, les consommateurs d'informations ne sont pas int&#233;ress&#233;s, ou ne sont pas solvables &#034;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Loin-d-Afrique-du-nord-au-sud-" rel="directory"&gt;Loin d'Afrique (du nord au sud)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Francois-Xavier-Verschave-124-+" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois-Xavier Verschave&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Afrique-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions ici, avec l'autorisation de la revue &lt;a href=&#034;https://www.mouvements.asso.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Mouvements&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, un article de Jean-Fran&#231;ois Dupaquier paru dans &lt;i&gt; &lt;/i&gt;n&#176; 21/22 (mai/ao&#251;t 2002) de cette revue dont le dossier portait pour titre : &#171; De la fran&#231;afrique &#224; la maffiafrique &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Informer sur l'Afrique : &#034; Silence, les consommateurs d'informations ne sont pas int&#233;ress&#233;s, ou ne sont pas solvables&lt;/strong&gt; &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb_2A&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mouvements, 21/22 mai-ao&#251;t 2002, pp.89-95.&#034; id=&#034;nh_2A&#034;&gt;*&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, par Fran&#231;ois Dupaquier&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;L'Afrique, sujet consid&#233;r&#233; comme &#034; non vendeur &#034; par le march&#233; de la presse, est particuli&#232;rement mal couverte par les m&#233;dias occidentaux en g&#233;n&#233;ral, et fran&#231;ais en particulier. L'existence sur ce continent de trag&#233;dies humaines gigantesques ne change rien &#224; cet &#233;tat de fait. Quelles sont les raisons de cette indigence, pour ne pas dire de cette d&#233;sinformation ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1997, La R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo (RDC, ex-Za&#239;re) est le th&#233;&#226;tre d'une guerre qui oppose d'une part le r&#233;gime de Kabila (p&#232;re puis fils) et ses alli&#233;s le Zimbabwe et l'Angola, d'autre part le Ruanda, l'Ouganda et accessoirement le Burundi, agissant sous le couvert de divers &#034; mouvements rebelles &#034;. Selon les organisations non gouvernementales (ONG) les plus dignes de foi, cette guerre de type mafieux, dont le but r&#233;el est le pillage des richesses mini&#232;res du Congo-Kinshasa, a provoqu&#233; plus de trois millions de morts. Sans doute ne s'agit-il pas de morts spectaculaires et &#034; th&#233;&#226;tralis&#233;s &#034; comme les victimes du choc frontal des arm&#233;es &#233;thiopienne et &#233;rythr&#233;enne parfois qualifi&#233; de &#034; Verdun africain&#034;, mais d'un conflit d'intensit&#233; discr&#232;te. Au Congo &#034; d&#233;mocratique &#034;, l'occupation &#233;trang&#232;re et la pr&#233;dation nationale ont fait dispara&#238;tre les derni&#232;res structures d'&#201;tat et surtout les r&#233;seaux alternatifs de solidarit&#233; p&#233;niblement mis en place sous l'&#232;re Mobutu par les acteurs de la soci&#233;t&#233; civile. On y meurt aujourd'hui surtout de maladie, de malnutrition ou du banditisme autour de dispensaires vides de m&#233;dicaments, de ports priv&#233;s de trafic, d'usines en ruines ou de champs pill&#233;s et vandalis&#233;s. Ceux qui survivent, lorsqu'il s'agit de gar&#231;ons, tentent d'&#233;chapper &#224; l'enr&#244;lement forc&#233;. Et lorsqu'il s'agit de filles, au viol et &#224; la prostitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un d&#233;sint&#233;r&#234;t lent et inexorable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois millions de morts environ : face &#224; une telle trag&#233;die, le silence des m&#233;dias occidentaux surprend. &#192; peine une &#034; br&#232;ve &#034;, une incidente, si l'on fait exception de la presse belge, toujours attentive au sort des anciennes colonies. En France, les vicissitudes du plus grand pays &#034; francophone &#034; ne font pas recette. Ce n'&#233;tait pas le cas dans les ann&#233;es soixante, lorsque les soubresauts de l'ind&#233;pendance avaient mobilis&#233; une foule de grands reporters. &#192; cette &#233;poque, des journalistes avaient calcul&#233;, non sans cynisme, qu'il fallait entre cent et mille morts au Congo ex-belge pour m&#233;riter la couverture m&#233;diatique de un &#224; dix morts en Europe. Le silence devant la trag&#233;die qui ensanglante &#224; nouveau ce pays-continent quarante ans plus tard semble montrer que les termes de l'&#233;change, en mati&#232;re d'&#233;thique journalistique, se sont singuli&#232;rement d&#233;grad&#233;s, parall&#232;lement aux valeurs du commerce mondial. Un massacre d'un millier de Congolais trouvait davantage de relais journalistiques et de retentissement en 1962 que la disparition pr&#233;matur&#233;e d'un million de Congolais en 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sint&#233;r&#234;t des m&#233;dias occidentaux - et particuli&#232;rement des m&#233;dias fran&#231;ais - pour l'Afrique semble un processus lent et inexorable. M&#234;me les conflits qui couvent longtemps en multipliant les signaux d'alerte ne semblent pas capables de secouer l'apparente apathie des services &#034; &#201;tranger &#034; des m&#233;dias de l'Hexagone. Entre 1990 et le 06 avril 1994, l'intervention de militaires fran&#231;ais au Ruanda ne suscite presque aucun article ou reportage t&#233;l&#233;vis&#233; (et pas une seule question &#233;crite de parlementaire). La &#034; surprise &#034; du g&#233;nocide de 1994 ne provoque pas davantage d'interrogations, ni de remises en cause, pas plus que l'instrumentalisation des envoy&#233;s sp&#233;ciaux dans les fourgons de &#034; l'op&#233;ration Turquoise &#034;. La raison tient-elle &#224; la m&#233;connaissance du public fran&#231;ais d'un micro-&#201;tat qui n'appartient pas au &#034; pr&#233; carr&#233; africain &#034; ? M&#234;me pas. Les m&#234;mes causes produisent les m&#234;mes effets en terrain connu, et plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Ce qui s'est pass&#233; au Congo-Brazzaville entre d&#233;cembre 1998 et l'automne 1999 est abominable &#034;, rappelle Fran&#231;ois-Xavier Verschave. En l'espace de quelques mois, la guerre civile qui oppose militaires et miliciens de Pascal Lissouba et ceux de Denis-Sassou Nguesso, les uns et les autres financ&#233;s par Elf, provoque la mort de quatre-vingt mille &#224; trois cent mille Congolais. Comme au Ruanda, des violences pr&#233;tendues &#034; ethniques &#034;, instrumentalis&#233;es par les &#233;lites, conduisent &#224; la saign&#233;e d'un dixi&#232;me de la population totale. Comme au Ruanda, l'&#201;tat fran&#231;ais ne peut dissimuler sa responsabilit&#233; dans la trag&#233;die, ici &#224; travers la premi&#232;re soci&#233;t&#233; priv&#233;e contr&#244;l&#233;e par l'&#201;tat. &#192; la diff&#233;rence du Ruanda, le Congo-Brazzaville, ancienne colonie fran&#231;aise, &#034; b&#233;n&#233;ficie &#034; d'un capital d'int&#233;r&#234;t historique et culturel de la part de l'ancienne m&#233;tropole. Or, l&#224; aussi, malgr&#233; le pr&#233;c&#233;dent du g&#233;nocide au Ruanda, des d&#233;bats et des critiques qu'il a fait na&#238;tre, la &#034; couverture &#034; m&#233;diatique de la guerre civile par les m&#233;dias fran&#231;ais appara&#238;t d'une rare vacuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Tchad, non seulement les d&#233;rives sanglantes d'un r&#233;gime &#034; ami de la France &#034; suscitent bien peu d'int&#233;r&#234;t des m&#233;dias fran&#231;ais, mais les enqu&#234;tes men&#233;es par la F&#233;d&#233;ration internationale des droits de l'homme (FIDH) ou par &lt;i&gt;Amnesty international&lt;/i&gt; trouvent difficilement un relais vers l'opinion publique. Il serait facile de multiplier les exemples. &#034; L'industrie du divertissement, avec des best-sellers comme &lt;i&gt;Loft story&lt;/i&gt;, captent mille fois plus d'attention que les victimes des dictatures fran&#231;africaines &#034;, observe encore Fran&#231;ois-Xavier Verschave. Il ne faut &#233;videmment pas g&#233;n&#233;raliser et caricaturer la couverture de l'Afrique noire par les m&#233;dias. Le d&#233;ficit d'informations sur telle ou telle crise, telle dictature, n'emp&#234;che pas la presse &#233;crite, la plus apte &#224; aller au-del&#224; d'un traitement &#233;motionnel, &#034; people &#034; ou ludique de l'information, de suivre avec s&#233;rieux les d&#233;veloppements de la crise politique &#224; Madagascar entre le pr&#233;sident sortant, Didier Ratsiraka, et le pr&#233;sident autoproclam&#233;, Marc Ravalomanana. Ou les difficult&#233;s de la C&#244;te-d'Ivoire &#224; asseoir un r&#233;gime v&#233;ritablement d&#233;mocratique. Mais en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, ce traitement reste trop souvent biais&#233; par un clin d'&#339;il aux pr&#233;jug&#233;s les moins glorieux et les mieux &#233;tablis dans l'opinion publique. Aussi noble et embl&#233;matique qu'ait &#233;t&#233; la d&#233;nonciation de la menace de lapidation par un tribunal islamique de la jeune nig&#233;riane Safiya Husaini, jug&#233;e coupable d'adult&#232;re, on peut se demander si le faux suspense orchestr&#233; par les m&#233;dias fran&#231;ais ne constituait pas, par son caract&#232;re lancinant et manifestement disproportionn&#233;, une exploitation des pr&#233;jug&#233;s sur la &#034; sauvagerie africaine &#034; et la &#034; sauvagerie musulmane &#034; r&#233;unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une d&#233;ontologie journalistique vacillante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans la litt&#233;rature du xixe si&#232;cle l&#233;gitimant l'aventure coloniale, cette &#034; sauvagerie africaine &#034; demeure un th&#232;me r&#233;current qui, tout &#224; coup, mobilise les services &#034; &#201;tranger &#034; des m&#233;dias fran&#231;ais, et permet enfin &#224; des informations d'Afrique noire de trouver une place de choix dans le traitement de l'actualit&#233;. Au Zimbabwe, l'assassinat de quelques fermiers blanc et la confiscation de leurs terres provoque un afflux d'envoy&#233;s sp&#233;ciaux que sans doute la seule comp&#233;tition pour la pr&#233;sidence entre Robert Mugabe et Morgan Tsvangirai aurait difficilement provoqu&#233;. L'id&#233;e que Blancs et Noirs ne peuvent cohabiter normalement dans un pays domin&#233; par les Noirs est plus ou moins explicitement avanc&#233;e par les journalistes europ&#233;ens envoy&#233;s au Zimbabwe pour suivre les p&#233;rip&#233;ties de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. Elle est exprim&#233;e notamment par l'envoy&#233;e du &lt;i&gt;Figaro &lt;/i&gt; : &#034; &#192; Harare, une Zimbabw&#233;enne blanche avouait hier avoir l'estomac nou&#233;. Depuis trois ans, elle attendait avec sa famille de pouvoir voter. &#034;Je crois que je vais finalement partir&#034;, a-t-elle confi&#233;, en ajoutant, un peu honteuse : &#034;tout bien r&#233;fl&#233;chi, je me sens plus proche des Europ&#233;ens que des Africains&#034;. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Pourquoi m'a-t-on envoy&#233; au Ruanda ?... C'&#233;tait tr&#232;s clair de la part de la direction : on allait l&#224;-bas pour suivre l'&#233;vacuation des ressortissants &#233;trangers, pour &#234;tre plus pr&#233;cis, des ressortissants fran&#231;ais. Le but, c'&#233;tait les Fran&#231;ais, plus que les Ruandais, ce que je peux personnellement d&#233;plorer... Un des membres de la direction de l'information m'a dit avec son franc-parler habituel : &#034;Tu fais l'&#233;vacuation des Fran&#231;ais et puis tu rentres, on n'est pas l&#224;-bas pour faire des sujets sur les Noirs qui s'entretuent, de toute fa&#231;on &#231;a n'int&#233;resse personne... Tu y vas, tu ne fais que &#231;a et tu ne prends pas de risques.&#034; Voil&#224; quel &#233;tait le cadre de ma mission. &#034; Philippe Boisserie, journaliste &#224; la cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision fran&#231;aise France 2, a accept&#233; de d&#233;crypter et de d&#233;noncer le fonctionnement de son m&#233;dia face &#224; une immense trag&#233;die africaine. Il ne sera pas le seul. Patrick Robert, de l'agence Sygma, qui se trouvait &#233;galement &#224; Kigali, le 09 avril 1994, rapporte les consignes entendues par ses confr&#232;res am&#233;ricains &#224; qui leur r&#233;daction ordonne de rentrer : &#034; Too dangerous, not enough interest... deep Africa, you know, middle of nowhere &#034; [&#034; trop dangereux, pas assez int&#233;ressant... l'Afrique profonde, tu vois... le milieu de nulle part &#034;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;nocide de 1994 et les autres trag&#233;dies de la r&#233;gion des Grands Lacs constituent un bon r&#233;v&#233;lateur de la gestion de l'information des m&#233;dias fran&#231;ais confront&#233;s &#224; une actualit&#233; africaine qui semble n'exister &#224; leurs yeux que dans le registre de la guerre, de l'horreur, de l'h&#233;catombe. Et surtout lorsque la vie de Blancs est menac&#233;e. La guerre civile et la famine en Somalie un an plus t&#244;t avait d&#233;j&#224; r&#233;v&#233;l&#233; le foss&#233; d'&#233;go&#239;sme et d'incompr&#233;hension : &#034; Aux membre de M&#233;decins sans fronti&#232;res venus lui dire la gravit&#233; de &#233;v&#233;nements en cours dans ce pays, un responsable de l'information d'une grande cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision r&#233;pondit en substance que les t&#233;l&#233;spectateurs &#233;taient las de ces drames africains, d&#233;sesp&#233;r&#233;ment semblables en eux-m&#234;mes au fil des ann&#233;es &#034;, raconte Rony Brauman, fondateur de MSF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut discerner dans la structure m&#234;me des m&#233;dias fran&#231;ais bien des raisons aux carences ou aux insuffisances, y compris d&#233;ontologiques, de la &#034; couverture &#034; des pays d'Afrique noire. Les &#034; sp&#233;cialistes-Afrique &#034; y sont peu nombreux, g&#233;n&#233;ralement bien install&#233;s dans des r&#233;seaux qui confortent leur position, peu expos&#233;s &#224; la critique des lecteurs-auditeurs-t&#233;lespectateurs, parfois li&#233;s &#224; des services de renseignement, quelquefois aussi franchement corrompus ou incomp&#233;tents. Le mauritanien Abdallah Ahmedou Ould, repr&#233;sentant sp&#233;cial du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral des Nations unies au Burundi de novembre 1993 &#224; octobre 1995, a &#233;t&#233; l'un des spectateurs privil&#233;gi&#233;s de l'attitude et du raisonnement des journalistes occidentaux dans un pays qui focalisait l'attention : &#034; On arrive toujours quelque part avec des pr&#233;jug&#233;s. En Afrique, surtout lorsqu'il y a crise, les journalistes n&#233;ophytes ont la conviction de d&#233;barquer dans des pays arri&#233;r&#233;s, violents, peupl&#233;s d'incomp&#233;tents et de sauvages &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une autocensure commerciale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce ne sont pas les insuffisances d&#233;ontologiques, le conformisme ou les pr&#233;jug&#233;s des journalistes qui suffisent &#224; expliquer la marginalisation de l'information sur l'Afrique noire dans les m&#233;dias &#034; grand public &#034;. Pour comprendre cette situation, il faut identifier la nature m&#234;me de l'information : loin de constituer une pure &#034; valeur &#233;thique &#034;, comme le laisse entendre le mythe fondateur du journalisme, l'information est une &#034; valeur marchande &#034;, un produit &#224; la fois intellectuel et industriel. Et comme tout produit, l'information est &#224; la recherche d'un march&#233; solvable qui lui permette de trouver preneur. En Afrique noire, l'absence d'un nombre suffisant de consommateurs d'informations pr&#234;ts &#224; en payer le prix condamne le produit grand public &#034; information fran&#231;aise sur l'Afrique noire &#034; soit &#224; s'installer aux franges de l'&#201;tat (Radio France internationale), soit &#224; survaloriser le sensationnalisme et en g&#233;n&#233;ral tout ce qui peut attirer l'attention de consommateurs d'information fran&#231;ais par ailleurs sevr&#233;s de nouvelles domestiques politiques, culturelles, pratiques, &#233;conomiques etc. Cette remarque choquera sans doute nombre de journalistes fran&#231;ais ou &#233;trangers qui refusent g&#233;n&#233;ralement de se reconna&#238;tre comme les agents d'un march&#233;. &#034; Dans leurs grande majorit&#233;, les journalistes se refusent &#224; &#234;tre assimil&#233;s &#224; ces cat&#233;gories diverses de communicateurs auxquels ils reprochent essentiellement de s'&#234;tre mis &#034;au service du diable&#034;, c'est-&#224;-dire d'entreprises recherchant explicitement le profit &#233;conomique (et/ou le pouvoir politique) &#034;, observent des analystes universitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute les journalistes sont-ils, parmi les &#034; acteurs engag&#233;s dans l'action &#034; d&#233;finis par Durkheim, les derniers &#224; appliquer le principe que leur sugg&#232;re le p&#232;re de la sociologie : &#034; Apercevoir les causes qui les font agir &#034;. Mais leur libre arbitre, le libre choix des sujets, qui constituent les postulats de base de la profession, sont battus en br&#232;che dans l'exercice professionnel quotidien. Un m&#233;dia est une entreprise commerciale soumise aux lois du march&#233;. Le choix du sujet et surtout son acceptation par la hi&#233;rarchie du m&#233;dia, qui conditionnent le temps et l'argent allou&#233;s au journaliste, s'inscrivent dans un projet commercial global de r&#233;ponse au march&#233;. &#034; Les journalistes choisissent les sujets qui selon eux, int&#233;ressent le public. Il y a ici une dimension commerciale &#034;, reconna&#238;t Thomas Ferenzi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour avoir lui-m&#234;me propos&#233; &#224; de nombreuses reprises des sujets sur l'Afrique dans diff&#233;rents m&#233;dias, notamment &lt;i&gt;Le Quotidien de Paris&lt;/i&gt; puis &lt;i&gt;L'&#201;v&#233;nement du jeudi&lt;/i&gt;, l'auteur s'est vu r&#233;pondre : &lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- &#231;a n'int&#233;resse pas le public fran&#231;ais ;&lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- le reportage co&#251;te trop cher ;&lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- il faudrait profiter d'un voyage de presse pour aller l&#224;-bas ;&lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- il faut trouver un angle qui int&#233;resse les Fran&#231;ais, par exemple ce que &#231;a leur co&#251;te en imp&#244;ts ;&lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- il faut qu'on puisse mettre le mot &#034; France &#034; dans le titre, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La frilosit&#233; des r&#233;dactions d&#232;s lors qu'il s'agit d'&#233;voquer un sujet concernant l'Afrique noire s'inscrit sans doute dans le ph&#233;nom&#232;ne de mim&#233;tisme et de &#034; politiquement correct &#034; qui marque les m&#233;dias fran&#231;ais, par ailleurs d&#233;crit et analys&#233; par bien des auteurs. Mais elle trouve surtout son origine dans la volont&#233; d'ad&#233;quation du &#034; produit-m&#233;dia &#034; au march&#233;. Au risque une nouvelle fois de choquer nos confr&#232;res en s'attaquant aux mythes fondateurs de la profession, observons que l'&#233;thique, consid&#233;r&#233;e par les journalistes comme une valeur sacr&#233;e, appara&#238;t de plus en plus souvent comme la r&#233;ponse &#224; une exigence du march&#233; (l'ad&#233;quation &#224; l'&#233;thique des consommateurs). Les m&#234;mes journalistes qui ont int&#233;rioris&#233; l'exigence am&#233;ricaine de ne pas montrer les restes humains des victimes du 11 septembre et qui se font gloire &#034; de ne pas avoir zoom&#233; sur les gens qui se jetaient des fen&#234;tres du &lt;i&gt;World trade center&lt;/i&gt; &#034; n'ont jamais h&#233;sit&#233; &#224; montrer des gros plans de cadavres produits par des trag&#233;dies africaines. Apr&#232;s le g&#233;nocide du Ruanda, un march&#233; europ&#233;en de l'&#233;dition peu pr&#233;occup&#233; de la pudeur des Noirs a ainsi multipli&#233; les albums pr&#233;sentant des cadavres dans tous les &#233;tats de la putr&#233;faction. Seul l'aveuglement peut emp&#234;cher des journalistes de reconna&#238;tre la vacuit&#233; des mythes professionnels sur l'autonomie de la d&#233;ontologie et le libre choix des sujets. &#034; Je n'ai plus la m&#234;me vision de l'information. Avant, je voyais &#231;a comme un travail cr&#233;atif, et puis... et maintenant je le vis plus comme une prestation qui a un caract&#232;re quelque peu commercial &#034;, reconna&#238;t honn&#234;tement une jeune journaliste interrog&#233;e par des universitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ad&#233;quation du &#034; produit-m&#233;dias &#034; au march&#233; a &#233;t&#233; consid&#233;rablement renforc&#233;e au cours des dix derni&#232;re ann&#233;es par la mondialisation, qui impose une norme standard destin&#233;e aux seuls consommateurs solvables, et qui offre aussi aux producteurs de masse des instruments d'analyse de plus en plus pr&#233;cis. Il y a trente ou quarante ans, le gestionnaire d'un grand m&#233;dia devait tr&#232;s largement se fier &#224; son instinct pour deviner les attentes de son public et y r&#233;pondre. Dans le jeu du pouvoir au sein d'une r&#233;daction, il &#233;tait plus facile d'avancer des &#034; arguments &#233;thiques &#034; pour obtenir des sujets sur l'Afrique. Aujourd'hui, les instruments de mesure des attentes des lecteurs-auditeurs-t&#233;l&#233;spectateurs fran&#231;ais ont largement d&#233;montr&#233; qu'une &#034; couverture &#034; sur l'Afrique noire &#233;tait g&#233;n&#233;ralement contre-productive en terme d'audience. &#034; Les m&#233;dias de grande diffusion ne sont pas n&#233;cessairement des producteurs d'informations accomplissant une mission de service public consistant &#224; informer honn&#234;tement les citoyens. Ce sont aussi des entreprises &#233;conomiques [...] et qui, du m&#234;me coup, sont tent&#233;es en permanence de sacrifier un hypoth&#233;tique &#034;devoir d'information impartial&#034; aux passions politiques et, surtout aujourd'hui, &#224; l'app&#226;t du gain en fabriquant sur mesure, &#224; partir d'&#233;tudes de march&#233;, l'information que le public demande &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Afrique, des consommateurs peu solvables attirent des produits d'importation de masse ou des services peu performants, voire gravement d&#233;fectueux : cigarettes charg&#233;es en nicotine et en goudrons, v&#233;hicules d'occasion rejet&#233;s par les contr&#244;les techniques des pays d&#233;velopp&#233;s, m&#233;dicaments ou aliments p&#233;rim&#233;s, etc. Il en va de m&#234;me de l'information import&#233;e sur l'Afrique noire, o&#249; l'influence des consommateurs ne permet pas d'assainir le march&#233;. Le continent noir y est plus souvent objet que sujet de la &#034; couverture &#034; journalistique europ&#233;enne, et le march&#233; local de l'information, pourtant en pleine effervescence depuis l'instauration un peu partout du multipartisme, reste souvent trait&#233; avec arrogance par les m&#233;dias fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du missionnaire &#224; l'humanitaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre avatar du manque de solvabilit&#233; du march&#233; africain de l'information import&#233;e est l'&#233;mergence du &#034; journalisme humanitaire &#034;. De m&#234;me que &#034; l'action humanitaire &#034; est trop souvent devenue en Afrique le masque du renoncement politique et diplomatique des &#201;tats riches, le &#034; journalisme humanitaire &#034; traduit &#224; sa fa&#231;on la d&#233;qualification des r&#232;gles du march&#233; global de l'information qui vise en principe &#224; expliquer et &#224; rendre lisible la r&#233;alit&#233; (au sens propre, &#224; &#034; donner une forme &#034; &#224; l'actualit&#233;), pour en faire un simple march&#233; de la sensiblerie et de l'&#233;motion. Rony Brauman a ainsi pu d&#233;crire &#034; la v&#233;ritable dramaturgie t&#233;l&#233;vis&#233;e de l'humanitaire qui commence &#224; appara&#238;tre, avec ses personnages embl&#233;matiques, ses conventions sc&#233;niques, ses r&#232;gles de langage. [...] Si cette nouvelle forme d'action humanitaire, faite de coups d'&#233;clat et de coups de gueule, de m&#233;decine d'urgence et d'engagement physique, semble faite pour le journal t&#233;l&#233;vis&#233;, c'est que l'une et l'autre fonctionnent avant tout sur le registre de l'&#233;motion et de l'imm&#233;diatet&#233;. Le spectacle offert par un convoi de vivres en route vers des affam&#233;s, par un m&#233;decin pench&#233; sur son bless&#233;, toutes causes politiques &#233;tant &#233;gales par ailleurs, est comme taill&#233; sur mesure pour le petit &#233;cran qu'elles emplissent d'une &#034; signification pure, pleine et ronde, &#224; la fa&#231;on d'une nature &#034; (Roland Barthes). Rapide, simple, concr&#232;te, du moins en comparaison avec le traitement politique de probl&#232;mes exotiques, l'action humanitaire excelle &#224; se pr&#233;senter sous une forme ais&#233;ment accessible et imm&#233;diatement valorisante : le tandem victime-secouriste est ainsi devenue, sous l'objectif des cam&#233;ras, l'un des embl&#232;mes de cette fin de si&#232;cle. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en sc&#232;ne m&#233;diatique des crises en Afrique noire s'inscrit dans l'int&#233;r&#234;t &#224; courte vue des journalistes mais, surtout dans le cadre d'un march&#233; d&#233;faillant et sous le label d&#233;sormais ressass&#233; des &#034; catastrophes humanitaires &#034;. &#192; mesure que s'&#233;loigne l'&#233;pisode colonial, la sensibilit&#233; imp&#233;rialiste et romantique des nations europ&#233;ennes s'&#233;mousse, et leur int&#233;r&#234;t pour les nations africaines tend &#224; se banaliser. Un &#233;go&#239;sme latent ne demande qu'&#224; resurgir, apr&#232;s l'abus du recours aux &#034; sanglots de l'homme blanc &#034;. Il est facile de pr&#233;senter &#224; un public europ&#233;en relativement cr&#233;dule des pays africains comme autant de soci&#233;t&#233;s en crise o&#249; r&#232;gne l'impunit&#233;, o&#249; la justice est facilement mise en &#233;chec par la corruption et l'omnipotence de l'&#201;tat et o&#249; &#034; l'homme Blanc &#034; hier missionnaire, aujourd'hui humanitaire, peut rev&#234;tir de nouveau un uniforme de sauveur. Mais cette vision surann&#233;e devrait inqui&#233;ter les m&#233;dias qui s'y complaisent. Sans qu'ils s'en aper&#231;oivent, ceux-ci s'ali&#232;nent progressivement des opinions publiques en formation et en voie de solvabilisation. Les r&#232;gles du march&#233; finissent par s'imposer &#224; tous&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb_2A&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh_2A&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes _2A&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;*&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Mouvements&lt;/i&gt;, 21/22 mai-ao&#251;t 2002, pp.89-95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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