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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Dominique Vidal : &#034; L'&#233;motion enr&#244;l&#233;e dans la guerre du Kosovo &#034; </title>
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		<dc:date>2000-05-31T22:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Dominique Vidal</dc:creator>


		<dc:subject>Dominique Vidal</dc:subject>
		<dc:subject>Kosovo</dc:subject>
		<dc:subject>L'Humanit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un entretien paru dans &#034;L'Humanit&#233;&#034; du 2 juin 2000. (Acrimed)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-1999-Guerre-du-Kosovo-" rel="directory"&gt;1999 : Guerre du Kosovo&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Dominique-Vidal-44-+" rel="tag"&gt;Dominique Vidal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Kosovo-+" rel="tag"&gt;Kosovo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-L-Humanite-+" rel="tag"&gt;L'Humanit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien. Les m&#233;canismes de &#034; la nouvelle forme de propagande &#034; exp&#233;riment&#233;e par l'OTAN et par la plupart des grands m&#233;dias lors de l'op&#233;ration du printemps 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coauteur avec Serge Halimi de &lt;i&gt;L'opinion, &#231;a se travaille&lt;/i&gt;, le journaliste d&#233;cortique les m&#233;canismes de &#034; la nouvelle forme de propagande &#034; exp&#233;riment&#233;e par l'OTAN et par la plupart des grands m&#233;dias lors de l'op&#233;ration du printemps 1999.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#034; Propagande &#034;, &#034; conditionnement &#034;... Le titre m&#234;me de l'ouvrage que viennent de publier Serge Halimi et Dominique Vidal sur &#034; les m&#233;dias, l'OTAN et la guerre du Kosovo &#034; (1) est emprunt&#233; &#224; cette formule d'un haut grad&#233; du commandement militaire de l'Alliance : &#034; L'opinion, &#231;a se travaille, comme le reste. &#034; C'est &#224; d&#233;construire, en quelque sorte, ce &#034; travail &#034;, &#224; le mettre en relation avec les v&#233;ritables motifs de l'op&#233;ration, &#224; interroger ce qui s'est r&#233;ellement pass&#233; au printemps 1999 et depuis, &#224; tenter de savoir par quels ressorts la plupart des grands moyens d'information ont relay&#233; les arguments (et les mots m&#234;mes) des gouvernements engag&#233;s dans le conflit que s'attachent les deux auteurs. Avec le souci que se d&#233;veloppent une r&#233;flexion plus g&#233;n&#233;rale sur le fonctionnement des m&#233;dias et une autre sur cette &#034; police plan&#233;taire de la mondialisation &#034; qu'est l'OTAN. Rencontre avec Dominique Vidal...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous sugg&#233;rez que la couverture m&#233;diatique de la guerre du Kosovo a inaugur&#233; une &#034; nouvelle forme de propagande &#034;. Sur quels m&#233;canismes s'appuie-t-elle ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dominique Vidal.&lt;/i&gt; Pendant l'Intifada palestinienne, il y avait une chanson pacifiste en Isra&#235;l qui disait, parlant des soldats de Tsahal : &#034; Ils tirent et ils pleurent. &#034; Les m&#233;dias, c'est un peu pareil : on nous fait le coup du faux charnier de Timisoara, puis on tient des colloques pour r&#233;fl&#233;chir sur cette grande &#034; bavure &#034; ; ensuite vient la guerre du Golfe, et &#224; nouveau des colloques pour dire : &#034; On ne recommencera plus &#034; ; puis c'est le Kosovo, et tout recommence... A deux nuances pr&#232;s, qui expliquent le pourquoi de ce livre : d'abord, cette rh&#233;torique qui fait que tout en d&#233;rapant &#034; on &#034; se f&#233;licite de ne plus d&#233;raper ; ensuite, le constat que, plus d'un an apr&#232;s le conflit, il n'y a toujours pas eu de colloque, ni m&#234;me de r&#233;flexion autocritique dans les grands m&#233;dias. D'o&#249; un foss&#233; grandissant entre, d'une part, ce qui s'&#233;crit, se dit et se montre en France sur le conflit et sur ses suites et, d'autre part, ce que l'on apprend en prenant connaissance soit des rapports des organisations internationales, soit des analyses, reportages ou enqu&#234;tes parus dans un certain nombre de journaux - &#233;trangers pour la plupart. Ce que nous savons d&#233;sormais sur ce qui s'est pass&#233; au printemps 1999 et sur ce qui est advenu depuis apporte un terrible d&#233;menti &#224; ce qu'il faut bien appeler une op&#233;ration de propagande. Bien s&#251;r, je ne g&#233;n&#233;ralise pas : on a pu lire de bonnes choses dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, dans des &#233;ditoriaux du &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, etc., mais nous sommes loin du compte par rapport &#224; la presse &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il y aurait donc, selon vous, une sorte de &#034; sp&#233;cificit&#233; fran&#231;aise &#034;...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dominique Vidal.&lt;/i&gt; A l'&#233;poque de la guerre, il n'y a pas eu de grande diff&#233;rence entre la plupart des grands m&#233;dias fran&#231;ais et &#233;trangers, si ce n'est de tonalit&#233; : ici, l'on avait l'impression de se heurter &#224; un mur ; ailleurs, on a pu noter davantage d'ouverture et de sang-froid. Un exemple : le fameux plan &#034; Fer &#224; cheval &#034; pr&#233;sent&#233; comme une preuve accablante de la pr&#233;m&#233;ditation des crimes serbes et &#034; d&#233;voil&#233; &#034; par Joschka Fisher et Rudolf Sharping, dont on sait aujourd'hui qu'il est plus que sujet &#224; caution... Si l'on va sur Internet, on ne va trouver, en fran&#231;ais, que des versions pr&#233;sentant alors ce plan comme av&#233;r&#233;, alors qu'en Allemagne ou dans des pays de langue anglaise se publiaient d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque des articles mettant en doute sa r&#233;alit&#233;. Dans un second temps, notamment depuis l'&#233;t&#233; 1999, la diff&#233;rence s'accentue : en France, une terrible difficult&#233; &#224; l'autocritique ; &#224; l'&#233;tranger, massivement, et dans de grands journaux &#034; politiquement corrects &#034;, des enqu&#234;tes critiques, accumulant les preuves contre les arguments avanc&#233;s par l'OTAN. Je pense, en particulier, au &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt;, &#224; &lt;i&gt;El Pa&#239;s&lt;/i&gt;, &#224; &lt;i&gt;Der Spiegel&lt;/i&gt;, &#224; &lt;i&gt;The Guardian&lt;/i&gt;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous affirmez que, &#034; l'aune des buts qu'affichait l'OTAN, l'op&#233;ration se solde par un &#233;chec &#034;... &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dominique Vidal.&lt;/i&gt; A vrai dire, il ne reste presque rien des arguments avanc&#233;s au moment de la guerre. On nous a dit : &#034; Le r&#233;gime de Slobodan Milosevic est responsable de la guerre parce qu'il a refus&#233; de signer les accords de Rambouillet &#034; ; on sait aujourd'hui que les Etats-Unis entendaient soit mettre les Serbes &#224; genoux en leur imposant le d&#233;ploiement au Kosovo d'une force de l'OTAN dot&#233;e d'un droit de passage dans l'ensemble de la f&#233;d&#233;ration yougoslave, soit bloquer la n&#233;gociation afin de d&#233;boucher sur l'intervention. On nous a dit : &#034; Un g&#233;nocide est en cours, il faut l'arr&#234;ter &#034;, on sait maintenant que, selon les rapports du TPI pour l'ex-Yougoslavie, 2 108 cadavres ont &#233;t&#233; exhum&#233;s de la terre du Kosovo et que 4 266 Kosovars albanais ont &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;s disparus par leurs proches. Il y a donc eu des massacres, cela ne fait aucun doute. Les forces militaires et paramilitaires serbes se sont souvent comport&#233;es d'une mani&#232;re barbare, comme en Bosnie. Mais de l&#224; &#224; parler de g&#233;nocide... On nous a dit : &#034; Oui, mais l'&#233;puration ethnique avait commenc&#233;. &#034; Certes, mais le rapport de l'OSCE indique : &#034; Les tueries sommaires et arbitraires devinrent un ph&#233;nom&#232;ne g&#233;n&#233;ralis&#233; dans tout le Kosovo avec le d&#233;but de la campagne a&#233;rienne de l'OTAN contre la R&#233;publique f&#233;d&#233;rale de Yougoslavie dans la nuit du 24 au 25 mars. &#034; Quant &#224; la victoire militaire de l'OTAN, le rapport secret de l'aviation am&#233;ricaine r&#233;v&#233;l&#233; par &lt;i&gt;Newsweek&lt;/i&gt; nous apprend que &#034; les bombes alli&#233;es ont d&#233;truit 14 tanks, et non 120, 18 transports de troupes blind&#233;s, et non 220, 20 pi&#232;ces d'artillerie, et non 450 &#034;. Bref, ce qui a fait c&#233;der le r&#233;gime serbe, ce sont les coups port&#233;s non &#224; ses forces militaires, mais &#224; la population civile par une politique de caract&#232;re terroriste...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le mot n'est-il pas exag&#233;r&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dominique Vidal.&lt;/i&gt; Il faut bien employer cet adjectif, sauf &#224; consid&#233;rer que la destruction syst&#233;matique de tout ce qui contribue &#224; la vie - ou plut&#244;t &#224; la survie - d'un peuple ferait partie des lois &#034; normales &#034; de la guerre... Voil&#224; pour la guerre. Mais l'apr&#232;s-guerre souligne &#233;galement l'hypocrisie des Occidentaux. On nous parlait de &#034; Kosovo multiethnique &#034;, les 800 000 Kosovars albanais expuls&#233;s y sont revenus, mais on en a expuls&#233; brutalement 250 000 Serbes et Tziganes. On nous parlait d'un &#034; Kosovo d&#233;mocratique &#034; ; or, l'UCK a tout fait pour monopoliser le pouvoir en s'appuyant, d'une part, sur les mafias en tout genre et, d'autre part, sur les forces militaires reconverties dans le TMK, d'ores et d&#233;j&#224; accus&#233; d'assassinats (pas seulement de Serbes, mais de Kosovars albanais mod&#233;r&#233;s), d'extorsion de fonds et autres d&#233;lits. On nous disait : &#034; Tout cela va permettre de chasser Milosevic du pouvoir &#034; ; mais il s'y cramponne, face &#224; une opposition qui s'organise, mais reste divis&#233;e et discr&#233;dit&#233;e par la mani&#232;re dont l'Occident l'a soutenue - je pense &#224; l'aide en fioul apport&#233;e aux seules villes qu'elle dirigeait. On nous parlait de &#034; stabilisation de la r&#233;gion &#034; ; en fait, les menaces d'affrontements se sont multipli&#233;es : entre la Serbie et le Mont&#233;n&#233;gro, mais aussi entre Kosovars albanais et serbes &#224; Mitrovica, sans oublier ce que certains m&#233;dias nomment bizarrement le &#034; Kosovo oriental &#034;, cette partie du sud de la Serbie o&#249; une organisation proche de l'UCK tente de d&#233;velopper une lutte arm&#233;e. Si le r&#233;gime de Slobodan Milosevic - accul&#233; soit par son opposition, soit par la pression externe - voulait se lancer dans une nouvelle fuite en avant, toutes les conditions, ou presque, en seraient malheureusement r&#233;unies. Nous sommes entr&#233;s dans une nouvelle zone de temp&#234;tes dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous parlez souvent de &#034; la presque totalit&#233; des m&#233;dias &#034;. Or il semble que le paysage soit tout de m&#234;me plus contrast&#233; aujourd'hui qu'il ne l'&#233;tait au moment de la guerre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dominique Vidal.&lt;/i&gt; Je distinguerais quatre sortes de r&#233;actions. D'abord, il y a celles qui se sont d&#233;j&#224; dit &#224; l'&#233;poque - ou se disent depuis - que &#034; trop, c'est trop &#034;, et poursuivent un travail d'enqu&#234;te, d'investigation et d'analyse : je pense, par exemple, &#224; l'article d'Elisabeth L&#233;vy dans la revue &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034; Kosovo, l'insoutenable l&#233;g&#232;ret&#233; de l'information &#034;, par Elisabeth L&#233;vy, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ensuite, il y a celles qui ont &#233;t&#233; favorables &#224; la guerre et qui, avec courage et lucidit&#233;, tirent des le&#231;ons de ce qu'elles ont appris, comme l'&#233;ditorialiste William Pfaff dans &lt;i&gt;The International Herald Tribune&lt;/i&gt; du 11 mai dernier : &#034; Les r&#233;v&#233;lations de &lt;i&gt;Newsweek&lt;/i&gt; sur les mensonges de l'OTAN quant &#224; sa guerre de bombardement du Kosovo posent une question : quels autres mensonges nous a-t-on racont&#233;s ? (...) Qu'allons-nous encore apprendre sur ce qui s'est pass&#233; au Kosovo avant l'intervention de l'OTAN ? Sur la connexion am&#233;ricaine avec l'UCK et la promesse qui lui aurait &#233;t&#233; faite, s'il y en eut une ? Qu'en est-il de la diplomatie qui a conduit &#224; la guerre et de celle qui y a mis un terme ? &#034; Troisi&#232;me type de r&#233;actions, ce que j'appellerais &#034;l'entre-deux&#034; : ainsi, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, amen&#233; &#224; revenir sur ce qu'il avait affirm&#233;, fournit &#224; ses lecteurs, parfois avec retard, des &#233;l&#233;ments qui d&#233;mentent ses propres assertions, mais sans jamais rappeler ce que ces derni&#232;res furent : il a par exemple &#233;voqu&#233; en avril la mise en doute de l'existence m&#234;me du plan Fer &#224; cheval par le g&#233;n&#233;ral allemand Heinz Loquai, mais sans signaler qu'&#224; l'&#233;poque il avait fait sa &#034; une &#034; sur ce &#034; plan &#034;, qui plus est sans utiliser le conditionnel... Enfin, il y a ceux qui, parmi les partisans de la guerre, se cramponnent &#224; leurs positions d&#233;sormais ind&#233;fendables et pratiquent - c'&#233;tait le cas, le 3 mai, de la tribune du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; sign&#233;e d'Alain Brossat, Muhamedin Kullashi et Jean-Yves Potel - une forme de terrorisme intellectuel : ils d&#233;noncent le &#034; r&#233;visionnisme &#034; de tous ceux qui s'attachent &#224; rechercher la v&#233;rit&#233; sur la guerre du Kosovo. D&#233;marche paradoxale : ces pourfendeurs de &#034; n&#233;gationnisme &#034; nient en bloc tous les faits dont j'ai parl&#233;, jusqu'&#224; th&#233;oriser leur autisme en se plaignant, je les cite, d'&#034; un chantage &#224; la preuve formelle &#034; et d'un &#034; p&#233;dantisme de l'exactitude &#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Devrait-on, plus qu'avant, &#034; se m&#233;fier &#034; des journalistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dominique Vidal.&lt;/i&gt; Je n'aime pas beaucoup qu'on s'en prenne globalement aux journalistes : on glisse vite vers des g&#233;n&#233;ralisations abusives, en oubliant trop facilement les conditions dans lesquelles les journalistes sont amen&#233;s &#224; exercer aujourd'hui leur m&#233;tier. Que l'on me comprenne bien : chacun est responsable de ce qu'il fait et aucun des probl&#232;mes que je vais &#233;voquer ne permet d'exon&#233;rer qui que ce soit de ce qu'il a dit, &#233;crit ou montr&#233;. Cela &#233;tant dit, on ne peut pas r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qui s'est pass&#233; sans prendre en compte plusieurs &#233;l&#233;ments. Tout d'abord, le rapport entre les m&#233;dias, le pouvoir et l'argent. L'&#233;volution acc&#233;l&#233;r&#233;e qui a conduit la plupart des moyens d'information &#224; tomber dans la nasse de grands groupes industriels ou financiers se paie : personne ne sera &#233;tonn&#233; d'apprendre que les journaux qui sont la propri&#233;t&#233; de marchands d'armes ont &#233;t&#233; favorables &#224; la guerre ! Ensuite, et pour une part en raison de cette intimit&#233;, on constate une influence beaucoup plus forte du pouvoir politique sur les m&#233;dias, a fortiori quand il y a consensus dans la classe politique, et surtout en p&#233;riode de &#034; cohabitation &#034;. Troisi&#232;me aspect : le mode de s&#233;lection et de formation des journalistes pose un probl&#232;me s&#233;rieux. Issus d'un milieu social privil&#233;gi&#233;, nombre d'entre eux passent par le moule de Sciences po et des &#233;coles de journalisme. Rien d'&#233;tonnant si, parmi ces jeunes professionnels, baign&#233;s d'id&#233;ologie dominante, on compte de moins en moins de &#034; rebelles &#034;... Enfin, il faut bien voir que les r&#233;dactions, tous m&#233;dias confondus, sont de moins en moins nombreuses, avec de moins en moins de &#034; sp&#233;cialistes &#034; : si vous envoyez au Kosovo quelqu'un qui n'a jamais mis les pieds dans les Balkans, vous pourrez lui faire raconter davantage de b&#234;tises qu'&#224; un fin connaisseur de la r&#233;gion qui saura, par exemple, que l'UCK est un m&#233;lange d'anciens &#034; enverhodjistes &#034; - issus de la direction la plus stalinienne du mouvement communiste europ&#233;en - et d'anciens de l'extr&#234;me droite et de purs mafieux... A tout cela, il faut ajouter les effets de la pr&#233;carit&#233;, la difficult&#233; de s'opposer &#224; une hi&#233;rarchie lorsqu'on n'a pas de contrat, mais aussi le manque de temps pour lire, pour se cultiver. Voil&#224; qui explique la d&#233;gradation de la capacit&#233; critique de la profession et sa d&#233;rive vers le spectaculaire et l'&#224; peu pr&#232;s, dans le cadre d'une course de vitesse absurde : nous sommes aux antipodes d'Albert Londres et m&#234;me de Pierre Lazareff - sans oublier, bien s&#251;r, Hubert Beuve-M&#233;ry...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le titre m&#234;me de votre ouvrage fait r&#233;f&#233;rence &#224; &#034; l'opinion &#034;. L'estimez-vous manipulable au point d'avoir abandonn&#233; tout sens critique au moment du conflit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dominique Vidal.&lt;/i&gt; Il ne faut pas prendre les gens pour des idiots ! Ce qui me frappe, justement, c'est que le bourrage de cr&#226;ne &#224; propos du Kosovo a vis&#233; une population, en France et dans toute l'Europe, qui &#233;tait plus que partag&#233;e vis-&#224;-vis de la guerre. C'est pour cela que l'OTAN, les gouvernements et les m&#233;dias partisans de cette op&#233;ration ont eu recours &#224; l'instrument reconnu comme le plus efficace, &#224; savoir l'&#233;motion, et en l'occurrence l'&#233;motion n&#233;e de la situation des r&#233;fugi&#233;s. Je ne crois pas du tout qu'il faille hausser les &#233;paules devant cette r&#233;alit&#233; : nous avions effectivement devant nous des gens qui souffraient, des familles martyris&#233;es, des enfants qui avaient perdu leurs parents... L'effet a &#233;t&#233; d'autant plus important qu'existait un sentiment de culpabilit&#233; &#224; l'&#233;gard de ce qui s'&#233;tait pass&#233; en Bosnie. Pour des millions de gens, l'id&#233;e qu'on avait laiss&#233; faire alors une &#233;puration ethnique &#233;pouvantable et des massacres sans nom, sans que les gouvernements occidentaux n'aient rien fait - d'o&#249; ce sentiment r&#233;trospectif d'impuissance et de honte - a donn&#233; &#224; cette &#233;motion suscit&#233;e par le sort des r&#233;fugi&#233;s un fort impact politique. C'est pourquoi tant de gens se sont dit : &#034; Cette fois, on ne laissera pas un g&#233;nocide s'accomplir &#034;... D'autant que les hommes politiques, comme les m&#233;dias, ont us&#233; et abus&#233;, chez nous, de la r&#233;f&#233;rence permanente &#224; la Seconde Guerre mondiale : avant la guerre, on a trait&#233; de &#034; munichois &#034; ceux qui lui &#233;taient oppos&#233;s ; lorsque les bombardements ont commenc&#233;, le mot &#034; g&#233;nocide &#034; est apparu dans la bouche des principaux dirigeants occidentaux ; et maintenant, on l'a vu, certains osent taxer de &#034; n&#233;gationnisme &#034; ceux qui tentent un bilan s&#233;rieux de la guerre. Qu'on me comprenne bien : si le g&#233;nocide des juifs a, pour moi, une sp&#233;cificit&#233; irr&#233;ductible, les victimes d'Auschwitz, comme le dit Paul Ric&#339;ur, &#034; sont par excellence les d&#233;l&#233;gu&#233;s aupr&#232;s de notre m&#233;moire de toutes les victimes de l'Histoire &#034;. Pour la petite communaut&#233; albanaise, 2 108 morts, 4 266 disparus, c'est &#233;norme ! Mais si l'on veut parler de g&#233;nocide dans ce cas, il faut inventer un autre mot pour la Shoah, les Arm&#233;niens, les Khmers, les Rwandais, sans oublier les Indiens d'Am&#233;rique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Entretien r&#233;alis&#233; par Jean-Paul Monferran et Cyrille Poy&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Serge Halimi et Dominique Vidal : &lt;i&gt;L'opinion, &#231;a se travaille (Les m&#233;dias, l'OTAN et la guerre du Kosovo)&lt;/i&gt;, Editions Agone, collection Contre-feux, 98 pages, 35 francs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#034; Kosovo, l'insoutenable l&#233;g&#232;ret&#233; de l'information &#034;, par Elisabeth L&#233;vy, &lt;i&gt;Le D&#233;bat&lt;/i&gt; n&#176;109, mars-avril 2000. &lt;i&gt;(Note d'Acrimed)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Kosovo, un an apr&#232;s (2) </title>
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		<dc:date>2000-04-30T22:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Vidal</dc:creator>


		<dc:subject>Dominique Vidal</dc:subject>
		<dc:subject>Kosovo</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats d'Acrimed</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dominique Vidal (&#034;Le Monde diplomatique&#034;) et Jacques-Marie Bourget (&#034;Paris-Match&#034;) reviennent sur le traitement m&#233;diatique du conlit du Kosovo. Deuxi&#232;me partie.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-1999-Guerre-du-Kosovo-" rel="directory"&gt;1999 : Guerre du Kosovo&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Dominique-Vidal-44-+" rel="tag"&gt;Dominique Vidal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Kosovo-+" rel="tag"&gt;Kosovo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Debats-d-Acrimed-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats d'Acrimed&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dominique Vidal, journaliste au mensuel &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, est coauteur avec Serge Halimi d'un dossier sur la guerre du Kosovo, dans le num&#233;ro de mars 2000&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire un extrait. Note d'Acrimed, 2002.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et du livre &lt;i&gt;L'opinion, &#231;a se travaille (Les m&#233;dias, l'OTAN et la guerre du Kosovo)&lt;/i&gt; chez Agone.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Plut&#244;t qu'une introduction qui pr&#233;tendrait synth&#233;tiser l'ensemble du bilan qu'on a pu faire ici et l&#224;, y compris au Monde diplomatique, de cette affaire du Kosovo, j'ai pr&#233;f&#233;r&#233; centrer ce propos sur quelques r&#233;flexions parmi beaucoup d'autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;cisons d'abord qu'il s'agit, quoi qu'on pense du fond, d'une des plus grandes manipulations de l'histoire de l'apr&#232;s-guerre. Chaque jour vient le confirmer. Encore aujourd'hui, Le Figaro reprend un dossier de Newsweek montrant que tous les chiffres donn&#233;s par l'OTAN sur les destructions de l'arm&#233;e serbe ont &#233;t&#233; bidonn&#233;, &#224; un point, de un pour dix ou un pour vingt. Donc en fait, le bilan militaire de l'op&#233;ration est proche de rien. C'est 17 ou 18 chars d&#233;truits. Quand on est attentif, comme on essaie de l'&#234;tre au Monde diplomatique, il n'y a plus aucun doute sur le fait qu'on est confront&#233; &#224; une des plus grandes manipulations m&#233;diatiques de l'histoire de l'apr&#232;s-guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Premi&#232;re r&#233;flexion : le caract&#232;re r&#233;p&#233;titif&lt;/strong&gt;, par rapport aux crises ant&#233;rieures, de l'attitude des m&#233;dias avant, pendant et apr&#232;s la guerre du Kosovo. &#199;a me fait penser, moi qui suis plut&#244;t un sp&#233;cialiste du Proche-Orient, &#224; une chanson, tr&#232;s c&#233;l&#232;bre, isra&#233;lienne, tr&#232;s bien vendue du temps de l'Intifada, qui disait, en h&#233;breu : &#034; Ils tirent et ils pleurent &#034;. C'&#233;taient bien s&#251;r les soldats isra&#233;liens qui tiraient et qui ensuite pleuraient. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand on reprend Timisoara, la guerre du Golfe, le Kosovo, on a l'impression que les m&#233;dias tirent, et puis que certains ensuite pleurent. Ce qui ne les emp&#234;che pas ensuite de recommencer &#224; tirer, et de recommencer &#224; pleurer, et encore et encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sp&#233;cificit&#233; de la guerre du Kosovo est double. Elle est d'abord dans l'auto-c&#233;l&#233;bration &#224; chaud des progr&#232;s r&#233;alis&#233;s par rapport aux bavures ant&#233;rieures, alors m&#234;me qu'on &#233;tait en train d'en commettre de nouvelles. Je ne sais pas si vous vous souvenez de cet esp&#232;ce de ch|ur, d&#233;crit dans Le Monde diplomatique, &#224; peu pr&#232;s tout le monde disant : &#034; Ah qu'est-ce qu'on est bon, cette fois-ci on ne fait pas de connerie, on est s&#233;rieux, etc. &#034;. C'&#233;tait nouveau par rapport &#224; la guerre du Golfe ou &#224; la R&#233;volution roumaine. Deuxi&#232;me sp&#233;cificit&#233; : la grande difficult&#233;, apr&#232;s coup, &#224; engager un d&#233;bat auto-critique sur la couverture de la guerre. On pourrait imaginer un colloque de travail &#224; la rentr&#233;e avec le maximum possible de professionnels et de sp&#233;cialistes, sur cette question, de mani&#232;re aussi respectueuse des points de vue des uns et des autres que possible, mais en essayant de travailler sur les m&#233;dias. Mais &#231;a s'est fait au moment de la Guerre du Golfe, je me souviens avoir particip&#233; &#224; deux colloques au moins. mais &#231;a s'est pass&#233; six mois apr&#232;s, pour la guerre du Golfe. L&#224;, nous sommes bient&#244;t un an apr&#232;s la guerre du Kosovo. Je ne sais pas si &#231;a serait si simple de mettre sur pied un colloque de ce type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Deuxi&#232;me r&#233;flexion : le r&#244;le des images sur fond de culpabilit&#233;&lt;/strong&gt;. Je crois que c'est important de lier les deux notions. A vrai dire, quand on se reporte au d&#233;but du printemps 99, on voit que l'Otan &#233;tait plut&#244;t en difficult&#233;, l'attitude de l'opinion, sur une &#233;ventuelle intervention au Kosovo, &#233;tant diverse d'un pays &#224; l'autre, mais, majoritairement r&#233;ticente, y compris en France. Et parmi les &#233;l&#233;ments qui ont emport&#233; la conviction des gens, un temps du moins, qui ont fait pencher la balance, il y a eu ces images des r&#233;fugi&#233;s, qui sont arriv&#233;s par flots aux fronti&#232;res du Kosovo, mais aussi par flots sur nos &#233;crans de t&#233;l&#233;vision. Je pense que ces images-l&#224; ont &#233;t&#233; d&#233;cisives, et que c'est important d'y r&#233;fl&#233;chir. Dans le cas de l'Irak, en 1990-1991, c'est au contraire l'absence d'images qui accr&#233;ditait la menace que faisait peser le r&#233;gime irakien. L&#224;, dans l'affaire du Kosovo, en 1999, c'est la surabondance d'images qui entra&#238;ne la conviction des gens. D'autant, et c'est ce lien qui me para&#238;t important, que le flot des victimes pr&#233;sum&#233;es de l'&#233;puration ethnique serbe rappelait, pour la fraction la plus inform&#233;e de l'opinion - mais on sait qu'elle est plus large qu'on ne pense -, les victimes de la pr&#233;c&#233;dente &#233;puration ethnique en ex-Yougoslavie, celles de la guerre de Bosnie. Je pense, en bref, que le sentiment de culpabilit&#233; collective qu'a laiss&#233; l'impuissance occidentale &#224; l'&#233;poque, et dont Srebrenitza constitue le symbole, a travaill&#233; en profondeur les consciences en faveur de l'intervention au Kosovo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Troisi&#232;me r&#233;flexion, qui d&#233;passe &#233;videmment cette guerre. C'est la place respective des facteurs id&#233;ologiques et des facteurs professionnels dans la d&#233;sinformation&lt;/strong&gt;. Il est inutile de dire que je ne crois pas personnellement &#224; l'id&#233;e d'un chef d'orchestre clandestin menant les campagnes id&#233;ologiques de sa baguette. Le chef d'orchestre est public : c'est l'Otan, symbolis&#233; par M. Jamie Shea. Et si les musiciens se laissent guider, c'est qu'ils sont pr&#233;par&#233;s, &#224; la fois pour des raisons id&#233;ologiques, mais aussi pour des raisons professionnelles. Personnellement, je suis convaincu par ma propre exp&#233;rience journalistique, mais aussi par le fait que j'ai pass&#233; plusieurs ann&#233;es &#224; la direction du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes (CFPJ), que le mode de s&#233;lection des journalistes, leur formation, le type de contrats qui leur sont impos&#233;s, les conditions concr&#232;tes de travail dans les r&#233;dactions - ou en marge des r&#233;dactions pour les pigistes, dont vous savez qu'ils sont une proportion croissante de la profession -, l'absence de temps pour la formation permanente et pour la sp&#233;cialisation, le recul, pour des tas de raisons, de la lecture, la lecture de revues et la lecture de livres, tout cela me semble absolument fondamental, aussi fondamental que les efforts de manipulation id&#233;ologique men&#233;s par un tel ou un tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux mettre personne en cause. Mais si vous &#233;tudiez attentivement le comportement des grands m&#233;dias dans l'affaire du Kosovo, vous allez voir que les clivages purement politiques recoupent aussi, entre autres, des clivages entre de bons sp&#233;cialistes, &#224; qui l'on ne fait pas croire n'importe quoi, et donc qu'en g&#233;n&#233;ral on n'envoie pas sur place, et des g&#233;n&#233;ralistes qui sont envoy&#233;s sur place justement parce qu'ils ne connaissent pas grand chose et qu'on peut donc les manipuler. Surtout s'agissant du Kosovo, dont je suis s&#251;r que, m&#234;me si l'on faisait ici un tour de table, que pas grand-monde ne connaissait l'existence il y a dix ou quinze ans. On est vraiment dans le &#034; micro &#034; des Balkans qui eux-m&#234;mes sont quand m&#234;me une r&#233;gion tr&#232;s particuli&#232;re, qui ne compte pas beaucoup de sp&#233;cialistes, pour des raisons traditionnelles en France. Autrement dit, je le dis en pesant mes mots, l'analphab&#233;tisme est le meilleur alli&#233; du bourrage de cr&#226;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Quatri&#232;me r&#233;flexion. Elle porte sur l'&#233;volution des m&#233;dias depuis la guerre&lt;/strong&gt;. Pendant celle-ci, &#224; de rares exceptions pr&#232;s - je pense au Figaro, &#224; l'Humanit&#233;, pas toujours d'ailleurs, &#224; Marianne, parfois &#224; l'&#233;ditorial du Nouvel Observateur- l'aveuglement a &#233;t&#233; grosso modo total. Au sens o&#249; la justification, la l&#233;gitimit&#233;, l'utilit&#233;, la n&#233;cessit&#233; de l'intervention n'&#233;tait pas mise en cause. Grosso modo, &#224; cette p&#233;riode, les m&#233;dias fran&#231;ais ont davantage r&#233;p&#233;t&#233; et illustr&#233; le discours de l'Otan que cherch&#233; &#224; enqu&#234;ter s&#233;rieusement, par exemple sur les raisons de l'&#233;chec de Rambouillet, qui est un grand myst&#232;re pour les m&#233;dias. Jusqu'au moment o&#249; Le Monde diplomatique publie un texte sur Internet. Ce texte est repris par plusieurs journaux. Et l&#224;, on s'aper&#231;oit qu'il y avait quand m&#234;me un probl&#232;me dans Rambouillet. Mais enfin, je ne veux pas revenir dans le d&#233;tail de chaque point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas d'enqu&#234;te non plus sur la nature des affrontements au Kosovo m&#234;me. Pas d'enqu&#234;te sur les cons&#233;quences des bombardements de l'Otan en Serbie et au Kosovo, etc. Il suffit d'ailleurs de surfer sur Internet pour trouver de quoi, en mai et juin 99, mettre en doute la propagande de Jamie Shea. Mais, personne ne va chercher ce qui se trouve tout simplement sur Internet. &#199;a n'a pas suffit. Il a fallu en fait, si l'on reprend l'histoire, les d&#233;buts de contre-&#233;puration ethnique dont ont &#233;t&#233; victimes les Serbes et les Tziganes du Kosovo, pour qu'apparaisse, en juillet, les premiers doutes dans un certain nombre de m&#233;dias, confirm&#233;s ensuite, &#224; la rentr&#233;e, par les rapports successifs du Haut Commissariat aux R&#233;fugi&#233;s des Nations-Unies, de l'OSCE, de la Commission des droits de l'homme de l'ONU. Les observateurs attentifs auront d'ailleurs not&#233; le curieux slalom du Monde, qui a tent&#233; par deux fois de revenir sur ce qu'il avait d&#251; conc&#233;der sous la pression des rapports des organisations internationales. J'incite les amateurs &#224; relire l'&#233;ditorial anonyme, &#224; l'&#233;poque bien s&#251;r, puisqu'il s'agit de la page des &#233;ditoriaux anonymes du Monde, sur la contre-&#233;puration ethnique dont sont victimes les Serbes et les Tziganes, o&#249; Le Monde, apr&#232;s avoir donn&#233; les informations, remet en cause le principe m&#234;me du fait de parler de ces violences, qui sont des violences graves, parce que &#231;a sert &#224; nier ce qui s'est pass&#233; auparavant. Le Monde fera le m&#234;me parcours de slalom &#224; propos du rapport de l'OSCE, dont il publiera un r&#233;sum&#233;, honn&#234;te, imm&#233;diatement apr&#232;s la publication en d&#233;cembre, y compris la fameuse phrase qui d&#233;clare que c'est apr&#232;s les bombardements de l'Otan que l'&#233;puration ethnique s'est g&#233;n&#233;ralis&#233;e au Kosovo. Puis, ensuite, il fera deux grandes pages sur ce rapport de l'OSCE, avec un mois de retard, o&#249; cette phrase, curieusement, sera compl&#232;tement absente.L'objectif, en fait, est plus ou moins atteint. Il s'agit d'&#233;voquer &#224; la fois le bilan pitoyable de l'op&#233;ration un an apr&#232;s, et les erreurs commises dans la couverture de la guerre. Mais, sans proc&#233;der &#224; une auto-critique d&#233;vastatrice. Le summum, encore une fois, mais c'est tellement &#233;vident, c'est Le Monde. Il a publi&#233; un suppl&#233;ment le jour de l'anniversaire des bombardements de l'Otan, dans lequel on trouvait plusieurs choses tr&#232;s int&#233;ressantes, des points de vue de personnalit&#233;s, y compris Jamie Shea, Mme Allbright, des personnalit&#233;s hostiles &#224; laa guerre, y compris un certai nombre de reportages, mais aucun article de la r&#233;daction du Monde, permettant quand m&#234;me de porter jugement sur le travail fait par les &#233;quipes du Monde &#224; ce moment-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aura aussi un &#233;l&#233;ment assez &#233;tonnant, au moment le plus fort de la guerre du Kosovo, au mois de mai. Le Monde a annonc&#233; sur sa premi&#232;re page la r&#233;v&#233;lation du plan dit du Fer &#224; cheval, &#233;labor&#233; par l'&#233;tat-major de l'arm&#233;e sous la direction de Milosevic, pour expulser l'ensemble des Kosovars albanais en une p&#233;riode br&#232;ve. Il se trouve que, au mois de janvier 2000, un des principaux g&#233;n&#233;raux de l'Otan, un g&#233;n&#233;ral allemand, le g&#233;n&#233;ral Heinzlokei, a publi&#233; un livre qui a fait beaucoup de bruit en Allemagne, expliquant que ce soi-disant plan Fer &#224; cheval, largement exploit&#233; par les dirigeants allemands, qui &#233;taient encore plus en difficult&#233; que d'autres dirigeants occidentaux dans cette affaire, &#233;tait un faux pur et simple, un document forg&#233; par les services secrets bulgares, remis aux services secrets allemands. Et d'ailleurs, depuis, m&#234;me le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, Joshka Fischer, a reconnu qu'il y avait plus que des doutes sur l'origine de ce document. Le Monde a effectivement publi&#233; un d&#233;menti, mais il l'a fait avec plus de dix jours de retard, et surtout, il l'a fait sans indiquer que lui, Le Monde, avait publi&#233;, et &#224; la Une, l'information sur les r&#233;v&#233;lations de ce plan et avait utilis&#233; &#224; plusieurs reprises, comme la plupart des m&#233;dias fran&#231;ais, ce plan comme une preuve des intentions perverses du r&#233;gime de Milosevic. Intentions perverses il y a certainement, mais le plan, lui, ne correspond &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Cinqui&#232;me r&#233;flexion. Elle concerne des diff&#233;rences notables entre le traitement de l'affaire du Kosovo par la presse en France et dans d'autres pays occidentaux&lt;/strong&gt;. Certes, encore une fois, pendant la guerre elle-m&#234;me, &#224; l'exception des m&#233;dias grecs, qui &#233;taient massivement hostiles &#224; l'intervention, l'approche critique est rest&#233;e marginale dans la plupart des m&#233;dias europ&#233;ens. Mais, d&#232;s la fin de l'intervention, d&#232;s la fin de la guerre, cette approche critique va se tailler ailleurs une place sans commune mesure avec celle qu'elle aura chez nous, qu'il s'agisse de revenir sur les &#233;v&#233;nements du printemps, de montrer l'UCK &#224; l'|uvre, et notamment la contre-&#233;puration ethnique, mais aussi tout ce qui a &#233;t&#233; fait par l'UCK dans le domaine de la violence et de la criminalit&#233; pour imposer son pouvoir au Kosovo, mais aussi analyser les cons&#233;quences r&#233;gionales et internationales du conflit, on a pu trouver sur toutes ces questions, beaucoup, beaucoup d'informations s&#233;rieuses et d'analyses dans The Wall Street Journal, The Gardian, Der Spiegel, Die Zeit, El Pais, La Republica, etc., qui, le cas &#233;ch&#233;ant, ont m&#234;me donn&#233; la parole &#224; des &#233;quipes de journalistes, pigistes qui, sur le terrain, avaient fait des enqu&#234;tes convaincantes, ou &#224; leurs propres journalistes.Je dois le dire personnellement avec regrets, &#224; de rares exceptions pr&#232;s, comme par exemple le travail qu'a fait Elisabeth Levy, nous n'avons pas eu, dans nos m&#233;dias, &#224; nous, beaucoup d'enqu&#234;tes sur le terrain, sign&#233;es de journalistes fran&#231;ais. La v&#233;rit&#233;, si elle jaillit compl&#232;tement, ne sera pas &#233;crite de main fran&#231;aise, en tous cas, pas pour l'instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Sixi&#232;me et derni&#232;re r&#233;flexion. Elle porte sur un argument, le dernier en date, utilis&#233; dans le d&#233;bat sur le Kosovo, et qui consiste &#224; taxer les critiques, les journalistes qui n'ont pas accept&#233; l'intervention, ceux qui exigent aujourd'hui une appr&#233;ciation plus mesur&#233;e, plus s&#233;rieuse, de &#034; r&#233;visionnistes &#034;&lt;/strong&gt;. C'est tout le sens de l'article publi&#233; dans Le Monde par Alain Brossat, Muhamedin Kullashi et Jean-Yves Potel, le 3 mai dernier. Article qui venait d'ailleurs apr&#232;s une interview de Pierre Hassner dans Les Inrockuptibles, le '8 avril, un peu sur le m&#234;me th&#232;me, et avant l'article de V&#233;ronique Naoume-Grappe, dans Lib&#233;ration de ce matin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Premi&#232;re chose : c'est assez curieux, l'effet miroir, qui veut qu'avant la guerre, pour persuader l'opinion de la n&#233;cessit&#233; de l'intervention, on ait accus&#233; ceux qui &#233;taient hostiles d'&#234;tre des Munichois, et apr&#232;s la guerre, on accuse aujourd'hui ceux qui veulent un bilan s&#233;rieux de cette guerre, d'&#234;tre des n&#233;gationnistes ou des r&#233;visionnistes. En l'occurrence, si le n&#233;gationisme consiste &#224; nier des faits av&#233;r&#233;s, alors les trois auteurs de l'article du Monde sont absolument experts en mati&#232;re de n&#233;gation des faits.&lt;br class='autobr' /&gt;
En une grande page du Monde - l&#233;g&#232;rement amput&#233;e de publicit&#233;, mais c'est la r&#232;gle au Monde -, ils ne parviennent pas &#224; &#233;voquer des chiffres d&#233;sormais publics, qui r&#233;duisent le g&#233;nocide des Kosovars albanais aux proportions d'un massacre - qui n'en est pas acceptable pour autant, bien s&#251;r. Selon le Tribunal p&#233;nal international pour l'ex-Yougoslavie, le nombre de cadavres exhum&#233;s jusqu'ici, avant l'hiver, a &#233;t&#233; de 2 108 et, on le sait moins - c'est un deuxi&#232;me chiffre tr&#232;s important - le nombre de Kosovars albanais d&#233;clar&#233;s disparus par leurs familles, aupr&#232;s de la MINUK comme du HCR, est de 4 266. Ces deux chiffres, qui ne constituent pas une Bible, ni une Torah, ni un Coran, ces deux chiffres, qui ont &#233;t&#233; ici et l&#224; maintenant repris, constituent pour autant la limite maximale possible, si on les additionne, des victimes de ce qui s'est pass&#233; au Kosovo, au printemps dernier. Donc ce sont des chiffres s&#233;rieux qui m&#233;ritent qu'on les discute, de source s&#233;rieuse et confirm&#233;e. Pas un mot dans l'article de nos amis. De m&#234;me, en une page du Monde, ils r&#233;ussissent &#224; ne pas dire un mot, pas un mot, des 25 000 Serbes et Tziganes du Kosovo contraints &#224; l'exil, ni des m&#233;thodes autoritaires et mafieuses utilis&#233;es par l'UCK pour imposer sa loi dans la province, ni du maintien au pouvoir de Slobodan Milosevic, qu'on pr&#233;tendait &#233;carter par cette op&#233;ration, ni de la d&#233;stabilisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e de la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajoute un mot de plus. L'accusation de vouloir dissimuler la politique d'apartheid men&#233;e depuis dix ans au Kosovo par le r&#233;gime de Belgrade, est particuli&#232;rement malhonn&#234;te, sachant que Le Monde diplomatique a &#233;t&#233;, depuis 1980 jusqu'&#224; 1999 sans interruption, un des seuls organes de presse &#224; d&#233;noncer ce forfait, tout au long des ann&#233;s quatre-vingt, je le r&#233;p&#232;te. Et, je dois dire que Muhamedin Kullashi et plusieurs des dirigeants du Comit&#233; Kosovo le savent d'autant mieux qu'ils ont sign&#233; un certain nombre de ces articles dans Le Monde diplomatique. En fait, ce qui est frappant quand on lit Brossat, Kullashi et Potel, c'est qu'ils auraient pu r&#233;diger cet article il y a un an, tant ils font l'impasse &#224; la fois sur les &#233;v&#233;nements intervenus depuis, et notamment depuis la lib&#233;ration du Kosovo, et aussi sur ce qu'on a appris depuis la guerre, de la guerre. S'ils l'ont &#233;crit maintenant, c'est donc &#224; mon avis parce qu'ils s'inqui&#232;tent des effets d&#233;vastateurs de la r&#233;alit&#233; sur leur th&#232;se. A mon sens, le recours au terrorisme intellectuel - enfin, utiliser des termes comme r&#233;visionnisme ou n&#233;gationnisme &#224; propos d'un d&#233;bat qui porte sur le Kosovo, &#231;a m&#233;rite bien la qualification de terrorisme intellectuel - pour tenter d'endiguer une approche critique des &#233;v&#233;nements du Kosovo, cela traduit me semble-t-il, une position profond&#233;ment d&#233;fensive et, personnellement, je m'en r&#233;jouis.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire un &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2000/03/HALIMI/13425&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;extrait&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Note d'Acrimed, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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