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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Dans les m&#233;dias allemands, cordon anti-nazi ou barrage contre la gauche ?</title>
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		<dc:date>2026-10-20T09:37:55Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Cyran</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; &#199;a fait vraiment peur &#187;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-En-Allemagne-" rel="directory"&gt;M&#233;dias en Allemagne&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Deux soir&#233;es &#233;lectorales, deux ambiances dans les r&#233;dactions allemandes : la victoire triomphale du parti d'extr&#234;me droite AfD en Saxe-Anhalt le 6 septembre et l'arriv&#233;e en t&#234;te de la formation de gauche Die Linke &#224; Berlin deux semaines plus tard. Lequel de ces deux &#233;v&#233;nements politiques a-t-il suscit&#233; le plus d'effroi ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#199;a fait vraiment peur&lt;/i&gt; &#187;, frissonne face &#224; la cam&#233;ra Julius B&#246;hm, l'envoy&#233; sp&#233;cial du m&#233;dia en ligne NIUS. &#171; &lt;i&gt;Berlin c'est la fin&lt;/i&gt; &#187;, se lamente sur X Felix Dachsel, chef du service des grands reportages au &lt;i&gt;Spiegel&lt;/i&gt;, l'hebdomadaire le plus diffus&#233; d'Allemagne. &#171; &lt;i&gt;La police berlinoise est horrifi&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, alerte de son c&#244;t&#233; le fil d'infos du quotidien conservateur &lt;i&gt;Die Welt&lt;/i&gt;, qui rapporte ce constat lugubre d'un porte-parole en k&#233;pi : &#171; &lt;i&gt;Berlin ist gefallen&lt;/i&gt; &#187;, Berlin est tomb&#233;e. Nous sommes le dimanche 20 septembre au soir et la presse allemande d&#233;couvre avec stupeur et tremblements les r&#233;sultats des &#233;lections r&#233;gionales qui viennent de se clore dans la capitale allemande.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;P&#233;ril rouge et &#171; clans arabes &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Manifestement, l'heure n'est pas seulement grave : elle est apocalyptique. Est-ce parce que l'AfD vient de remporter &#224; Berlin le meilleur score de son histoire avec 16,2 % des voix, presque deux fois plus qu'il y a cinq ans ? Bien s&#251;r que non. De l'extr&#234;me droite et de son ascension dans le pays, il sera relativement peu question tout au long de la soir&#233;e. Deux semaines plus t&#244;t, pourtant, le parti couv&#233; par Elon Musk a rafl&#233; pr&#232;s de 44 % des voix en Saxe-Anhalt. Il se trouve aujourd'hui en position de gouverner le Land, qui deviendrait ainsi le premier territoire allemand &#224; succomber &#224; l'extr&#234;me droite depuis les ann&#233;es 1930. Mais &#224; quoi bon s'en inqui&#233;ter, puisque ce qui monopolise l'attention ce soir et fait couler des hectolitres de sueur sur les plateaux, c'est la victoire &#224; Berlin de Die Linke, la formation de gauche arriv&#233;e largement en t&#234;te avec 25,7 % des voix, bien au-del&#224; de ce qui &#233;tait attendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa cheffe de file, Elif Eralp, est une juriste sp&#233;cialis&#233;e en droit de l'immigration, fille d'un couple de syndicalistes turcs qui ont fui leur pays lors du coup d'&#201;tat militaire de 1980. Elle a ax&#233; sa campagne sur un positionnement antifasciste clair et sans ambages, mais aussi sur la promesse de porter rem&#232;de &#224; la crise du logement. Face &#224; un co&#251;t du m&#232;tre carr&#233; qui a presque doubl&#233; en dix ans, Elif Eralp propose de plafonner les loyers, de construire de l'habitat social et de &#171; communaliser &#187; (&lt;i&gt;vergesellschaften&lt;/i&gt;) 220 000 logements d&#233;tenus par les grands groupes immobiliers. Manifestement, la perspective d'une expropriation massive des accapareurs n'a pas trop rebut&#233; l'&#233;lectorat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les &#233;ditorialistes, en revanche, elle fait l'effet d'une averse de gr&#234;le. &#171; Radical &#187;, &#171; fou &#187;, &#171; irr&#233;aliste &#187;, &#171; d&#233;magogique &#187; et &#171; dangereux &#187; sont les ma&#238;tres mots de la soir&#233;e. Lorsque le chancelier Friedrich Merz annonce en urgence une loi interdisant la communalisation de logements priv&#233;s au nom des sacro-saints int&#233;r&#234;ts des &#171; &lt;i&gt;investisseurs allemands comme &#233;trangers&lt;/i&gt; &#187;, les convives de l'animateur Markus Lanz, sur la deuxi&#232;me cha&#238;ne publique ZDF, hochent la t&#234;te d'un air entendu : sanctuariser les profits des nababs de l'immobilier leur para&#238;t une mesure de bon sens. Pour conjurer le retour des soviets, le journaliste J&#246;rg Thadeusz exhorte les partis de centre-gauche (SPD et Gr&#252;nen) &#224; refuser toute coalition avec Die Linke. &#171; &lt;i&gt;Il faut &#233;touffer dans l'&#339;uf la formation d'un gouvernement de gauche &#224; Berlin&lt;/i&gt; &#187;, vocif&#232;re-t-il sur le plateau de &#171; Tagesthemen &#187;, le JT de la premi&#232;re cha&#238;ne publique ARD (20/09). En somme, le cordon sanitaire qui &#233;tait autrefois de mise avec l'extr&#234;me droite doit d&#233;sormais s'appliquer aux antifascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme ailleurs en Europe, l'aversion contre la gauche se nourrit aussi de l'instrumentalisation de l'antis&#233;mitisme : une grande partie des m&#233;dias allemands accusent Elif Eralp et son parti de haine anti-juive du fait de leur d&#233;nonciation du g&#233;nocide de Gaza. Dans un pays o&#249; les grands m&#233;dias persistent encore &#224; parler de &#171; guerre contre le Hamas &#187;, et o&#249; l'acquisition de la citoyennet&#233; est conditionn&#233;e &#224; la reconnaissance du droit &#224; l'existence d'Isra&#235;l, toute expression d'une sympathie pour les victimes palestiniennes est n&#233;cessairement suspecte d'h&#233;r&#233;sie. Surtout venant d'une candidate d'origine turque, et plus encore d'un parti politique qui, &#224; Berlin, compte une proportion non n&#233;gligeable de militants issus de l'immigration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est donc pas une surprise si les clameurs m&#233;diatiques soulev&#233;es par le vote berlinois vont se d&#233;placer en un clin d'&#339;il du terrain &#233;conomique &#8211; sauver la rente immobili&#232;re des fonds d'investissement &#8211; vers les sables mouvants de la &#171; Staatsr&#228;son &#187; et leur composante aujourd'hui la plus visc&#233;rale : l'islamophobie. Rien n'indique mieux ce changement de focale que le cri du c&#339;ur de Ulf Poschardt, l'ancien directeur de &lt;i&gt;Die Welt&lt;/i&gt; et toujours porte-parole influent d'Axel-Springer, premier groupe de m&#233;dias et d'&#233;dition du pays : &#171; &lt;i&gt;Tout le monde a peur de 1933. Le v&#233;ritable danger, pourtant, c'est 1949 : le retour de la RDA &#8211; avec, en prime, des islamo-fascistes arabes&lt;/i&gt; &#187;, s'&#233;trangle-t-il sur X au soir du scrutin, dans une version typiquement germanique du cross-over &#171; islamo-gauchiste &#187;. Ainsi va le r&#233;visionnisme de la classe m&#233;diatique allemande, friande de &#171; devoir de m&#233;moire &#187; lorsqu'il s'agit de justifier les livraisons d'armes &#224; Isra&#235;l, mais o&#249; la r&#233;surgence du nazisme est consid&#233;r&#233;e comme un moindre mal face au p&#233;ril rouge sarrasin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fulgurance donne le ton de la campagne de presse qui va se d&#233;ployer dans les jours qui suivent. Certes, beaucoup l'admettent, il n'y a pas grand-chose &#224; se mettre sous la dent avec Elif Eralp, qui s'est toujours illustr&#233;e par sa mod&#233;ration sur la question palestinienne et qui, d&#232;s son discours de victoire, a r&#233;it&#233;r&#233; l'assurance qu'elle ferait de la lutte contre l'antis&#233;mitisme une de ses priorit&#233;s. Mais on peut tout de m&#234;me trouver des osselets &#224; ronger &#8211; comme, par exemple, la pr&#233;sence de la candidate &#224; un concert de soutien donn&#233; fin ao&#251;t dans le quartier populaire de Neuk&#246;lln, au cours duquel le rappeur Dahabflex a lanc&#233; &#171; death to IDF&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Israel Defense Forces, c'est-&#224;-dire l'arm&#233;e isra&#233;lienne.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Dans la quasi-totalit&#233; des portraits qui lui seront consacr&#233;s au lendemain de l'&#233;lection, il n'en faudra pas plus pour soup&#231;onner Elif Eralp de &#171; &lt;i&gt;duplicit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, voire de &#171; &lt;i&gt;complaisance envers les antis&#233;mites&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Tagesspiegel&lt;/i&gt;, 21/09). Les m&#233;dias vont aussi relayer avec gourmandise l'intervention de l'ambassadeur d'Isra&#235;l &#224; Berlin, Ron Prosor, pour qui la perc&#233;e de la gauche berlinoise repr&#233;sente une &#171; &lt;i&gt;menace imm&#233;diate pour la survie&lt;/i&gt; &#187; de la communaut&#233; juive de la ville &#8211; d&#233;claration contre laquelle cent cinquante membres de ladite communaut&#233; signeront le 24 septembre une lettre ouverte en d&#233;fense de Die Linke. &#171; &lt;i&gt;Ce d&#233;luge d'accusations vise &#224; &#233;touffer les opinions divergentes et &#224; saper le droit international&lt;/i&gt;, &#233;crivent-ils. &lt;i&gt;Dans un contexte o&#249; l'antis&#233;mitisme ne cesse de gagner du terrain partout, le fait de pointer du doigt un parti de gauche d&#233;mocratique constitue non pas une observation neutre, mais un instrument politique destin&#233; &#224; d&#233;tourner l'attention et &#224; la r&#233;orienter.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre ouverte publi&#233;e sur le site du &#171; Forum de la gauche syndicale de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Sans surprise, leur texte b&#233;n&#233;ficiera d'une couverture m&#233;diatique nettement moins abondante que les diatribes de l'ambassadeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une petite histoire rapport&#233;e le soir-m&#234;me de l'&#233;lection va occuper une place encore plus envahissante dans le r&#233;cit m&#233;diatique : parmi les sympathisants de Die Linke rassembl&#233;s cette nuit-l&#224; au si&#232;ge berlinois du parti, un photographe saisit l'image d'un homme racis&#233; qui l&#232;ve le pouce en signe de victoire. Il s'agit de Issa Remmo, patriarche d'une famille libano-allemande r&#233;guli&#232;rement mise en cause pour ses activit&#233;s criminelles. Pour les m&#233;dias, c'est du grain &#224; moudre inesp&#233;r&#233;. Certes, la salle &#233;tait ouverte &#224; qui voulait entrer, certes, l'homme fut pri&#233; de quitter les lieux &#224; peine reconnu, comme le relatera le lendemain le journaliste ind&#233;pendant Yossi Bartal, &lt;a href=&#034;https://www.freitag.de/autoren/elsa-koester/yossi-bartal-entdeckte-issa-remmo-auf-linke-wahlparty-da-dachte-ich-scheisse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;t&#233;moin de la sc&#232;ne&lt;/a&gt;, sur Bluesky. Qu'importe, la machine est huil&#233;e et pr&#234;te &#224; mouliner. D'autant qu'un d&#233;tail providentiel va encore lui fournir du carburant : l'homme &#233;tait accompagn&#233; d'un r&#233;fugi&#233; palestinien de 70 ans identifi&#233; comme ancien militant du Front populaire de lib&#233;ration de la Palestine (FPLP). Un soup&#231;on de mafia libanaise et un parfum de terrorisme palestinien : le m&#233;lange parfait pour attiser le scandale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pour les Juifs et les Juives &#224; Berlin c'est une situation extr&#234;mement mena&#231;ante&lt;/i&gt; &#187;, alerte d&#232;s le lendemain &lt;i&gt;Focus&lt;/i&gt;, l'un des plus gros hebdomadaires du pays. En sous-titre : &#171; &lt;i&gt;Les dirigeants de Die Linke f&#234;tent leur victoire en posant avec des partisans du Hamas.&lt;/i&gt; &#187; Durant plusieurs jours, la quasi-totalit&#233; des journaux de la ville et du pays vont faire leur miel de cette incrimination par association. Du quotidien ex-alternatif &lt;i&gt;Tageszeitung&lt;/i&gt; (ou &lt;i&gt;Taz&lt;/i&gt;) au conservateur &lt;i&gt;Frankfurter Allgemeine&lt;/i&gt; en passant par la presse Springer, les ondes publiques ou le centre-gauche &lt;i&gt;S&#252;ddeutsche&lt;/i&gt;, tous s'indignent et sp&#233;culent sur les sombres apparentements entre la gauche berlinoise, les &#171; clans arabes &#187; et les Palestiniens forc&#233;ment supp&#244;ts du Hamas (le FPLP est d'inspiration marxiste). On en oublierait presque l'abominable spoliation qui guette les gros propri&#233;taires immobiliers.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Un peu de vernis sur le nettoyage ethnique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;La r&#233;pugnance avec laquelle les m&#233;dias allemands accueillent l'irruption d'une candidate progressiste sur la sc&#232;ne politique contraste singuli&#232;rement avec la normalisation de l'extr&#234;me droite consacr&#233;e deux semaines plus t&#244;t par le triomphe de l'AfD en Saxe-Anhalt. Cette fois, pas de vent de panique dans les r&#233;dactions, ni de sir&#232;nes annonciatrices de la fin du monde, ni d'extrapolations disqualifiantes : quelques mines abasourdies, constern&#233;es parfois, mais aussi de prodigieux efforts de compr&#233;hension, notamment sur les plateaux de Caren Miosga et Markus Lanz, h&#244;tes des deux principaux talk-shows politiques de la t&#233;l&#233;vision publique (respectivement sur ARD et ZDF).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, le fameux cordon sanitaire qui pr&#233;valait si longtemps dans les m&#233;dias allemands, et rendait impensable l'invitation d'un politique d'extr&#234;me droite, a craqu&#233; il y a d&#233;j&#224; quelques ann&#233;es. Caren Miosga et Markus Lanz n'h&#233;sitent plus &#224; tendre un si&#232;ge bien rembourr&#233; aux dirigeants de l'AfD. Et notamment &#224; la premi&#232;re d'entre eux, Alice Weidel, intronis&#233;e sur le plateau de Caren Miosga le 2 f&#233;vrier 2025 pour une causerie ainsi pr&#233;sent&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Quel genre d'Allemagne voulez-vous, Madame Weidel ?&lt;/i&gt; &#187; Elle y trouva l'occasion d'&#233;taler longuement et librement sa haine des immigr&#233;s et ses projets de &#171; remigration &#187; con&#231;us pour rendre au &lt;i&gt;Vaterland&lt;/i&gt; sa blancheur immacul&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Cette &#233;mission donne un nouveau et triste exemple de la mani&#232;re dont la t&#233;l&#233;vision publique offre gratuitement de la publicit&#233; aux fascistes &#8211; dans l'espoir na&#239;f qu'il serait possible, d'une mani&#232;re ou d'une autre, de &#034;d&#233;senchanter&#034; le fascisme en mettant ses repr&#233;sentants suffisamment souvent devant les cam&#233;ras&lt;/i&gt;, nota le lendemain le site de critique des m&#233;dias &#220;bermedien. &lt;i&gt;La d&#233;sinformation, les th&#233;ories du complot et l'incitation &#224; la haine d&#233;truisent le d&#233;bat. Les mensonges et les fausses informations sont difficiles &#224; r&#233;futer une fois qu'ils ont &#233;t&#233; diffus&#233;s. Leur r&#233;p&#233;tition constante les ancre dans l'esprit du public. Cela ne semble pas pr&#233;occuper l'ARD et la ZDF. The talk must go on.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; H&#246;rt auf, die AfD in Talkshows einzuladen ! &#187; (&#171; Arr&#234;tez d'inviter l'AfD (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc assez logiquement que le travail de l&#233;gitimation de l'extr&#234;me droite passe un nouveau cap le soir de son triomphe en Saxe-Anhalt le 6 septembre dernier. Caren Miosga re&#231;oit cette fois le politologue Christian Stecker, qui milite pour effacer les derniers vestiges du cordon sanitaire d'antan. Lorsqu'elle lui demande pourquoi l'immigration provoque un tel rejet en Saxe-Anhalt, l'un des L&#228;nder du pays comptant la plus faible proportion d'&#233;trangers, l'universitaire r&#233;torque doctement : &#171; &lt;i&gt;Je crois que l'acceptation du pluralisme fait qu'on peut aussi bien d&#233;fendre un projet de soci&#233;t&#233; multiculturel que la conception ethno-pluraliste port&#233;e par l'AfD, &#224; savoir que le peuple allemand est une communaut&#233; culturelle que l'on souhaite prot&#233;ger en se demandant quelle immigration on veut et en quelle quantit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Ni l'animatrice, ni son autre invit&#233; (l'ancien ministre de l'Int&#233;rieur Thomas de Maizi&#232;re, de droite lui aussi) ne bronchent face &#224; cette justification pseudo-savante du racisme. &#171; Ethno-pluralisme &#187; est une notion forg&#233;e dans les ann&#233;es 1970 par Henning Eichberg, id&#233;ologue de La Nouvelle Droite aux c&#244;t&#233;s du fran&#231;ais Alain de Benoist. Elle v&#233;hicule l'id&#233;e d'un &#171; &lt;i&gt;droit &#224; la diff&#233;rence culturelle&lt;/i&gt; &#187; qui justifierait une s&#233;paration &#233;tanche des groupes ethniques. Au racisme biologique des nazis canal historique, mal vu &#224; l'&#233;poque, elle substituait un racisme &#171; culturel &#187; que la bourgeoisie &#233;clair&#233;e pouvait &#233;pouser en toute bonne conscience. &#171; &lt;i&gt;Ce concept fournit donc une base id&#233;ologique &#224; l'exclusion, &#224; l'expulsion et au nettoyage ethnique&lt;/i&gt; &#187;, comme le souligne la journaliste et autrice Annika Brockschmidt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Annika Brockschmidt, &#171; Normalisierung zur besten Sendezeit &#187; (&#171; La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois jours plus tard, surprise : le chancelier Friedrich Merz, qui n'a eu de cesse de plagier les mots d'ordre de l'AfD pour acc&#233;l&#233;rer sa propre &lt;a href=&#034;https://mixedmigration.org/publications/mmr/2025/migration-policy-in-a-rightward-shifting-political-landscape/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;politique d'expulsions de r&#233;fugi&#233;s&lt;/a&gt;, prononce un discours au Bundestag dans lequel il accuse le parti d'extr&#234;me droite de vouloir mettre en &#339;uvre un &#171; &lt;i&gt;nettoyage ethnique en fonction de l'origine et de la couleur de peau&lt;/i&gt; &#187;. Tel est en effet le projet revendiqu&#233; par l'AfD : rafler et expulser en masse des millions d'&#233;trangers, de demandeurs d'asile et d'Allemands naturalis&#233;s. Mais la presse s'interroge : le chancelier ne va-t-il pas trop loin ? Dans &lt;i&gt;Bild&lt;/i&gt;, le tablo&#239;d droitier du groupe Springer et titre le plus diffus&#233; d'Allemagne, on convoque un historien membre de la CDU, Andreas R&#246;dder, qui juge la d&#233;claration de Merz excessive : &#171; &lt;i&gt;Il ne s'agit pas d'un nettoyage ethnique tel que nous le connaissons &#224; travers l'histoire et qui a toujours &#233;t&#233; associ&#233; &#224; des mesures de violence.&lt;/i&gt; &#187; La &#171; remigration &#187; voulue par l'AfD sera non-violente bien s&#251;r et respectueuse des droits humains. &#171; &lt;i&gt;Nous ne devrions pas jeter d'huile sur le feu&lt;/i&gt; &#187;, opine un autre historien consult&#233; par &lt;i&gt;Bild&lt;/i&gt;, Michael Wolffsohn (09/09).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette injonction aux bonnes mani&#232;res se r&#233;v&#232;le assez largement partag&#233;e dans le monde m&#233;diatique. &#171; &lt;i&gt;Un nettoyage ethnique, comme dans les Balkans ? Malgr&#233; toutes les critiques justifi&#233;es que l'on peut porter sur les id&#233;es nationalistes de l'AfD, Merz s'est laiss&#233; emporter&lt;/i&gt; &#187;, temp&#232;re &#233;galement le journal de r&#233;f&#233;rence des milieux d'affaires, &lt;i&gt;Frankfurter Allgemeine&lt;/i&gt; (11/09).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vues de France, pareilles attentions para&#238;tront sans doute &#233;tonnamment famili&#232;res. L'accoutumance au fascisme structure d&#233;sormais la vie politique dans les deux pays. Mais, en Allemagne, elle constitue encore un ph&#233;nom&#232;ne relativement nouveau. L'effet de rattrapage est d'autant plus brutal. Si certains journaux, comme le &lt;i&gt;Spiegel&lt;/i&gt;, se refusent toujours &#8211; jusqu'&#224; quand ? &#8211; &#224; interviewer les dirigeants de l'AfD, la plupart n'ont plus de scrupule &#224; les traiter en interlocuteurs comme les autres. La normalisation du g&#233;nocide de Gaza, qui a vu la grande majorit&#233; des r&#233;dactions s'aligner docilement sur les &#233;l&#233;ments de langage des gouvernements allemand et isra&#233;lien, n'est sans doute pas &#233;trang&#232;re &#224; cette remise &#224; jour. Lorsqu'on ferme les yeux sur des massacres de civils, on peut aussi bien avaler un programme de guerre contre les minorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse Springer constitue &#224; cet &#233;gard un cas d'&#233;cole, puisque l'extr&#234;me droite y b&#233;n&#233;ficie du m&#234;me traitement de faveur que les porte-voix de l'arm&#233;e isra&#233;lienne. Sous les manchettes graisseuses de &lt;i&gt;Bild&lt;/i&gt; comme dans l'habillage bourgeois de &lt;i&gt;Die Welt&lt;/i&gt;, les dirigeants de l'AfD jouissent d'un accueil affable, tandis que les mobilisations de soutien &#224; Gaza sont constamment d&#233;cri&#233;es comme antis&#233;mites et pro-Hamas. Et la tribune d'Elon Musk, publi&#233;e &#224; la Une de &lt;i&gt;Die Welt&lt;/i&gt; en d&#233;cembre 2024, qualifiant le parti d'Alice Weidel de &#171; &lt;i&gt;derni&#232;re lueur d'espoir&lt;/i&gt; &#187;, fait naturellement &#233;cho &#224; la d&#233;claration d'amour au Premier ministre isra&#233;lien d&#233;clam&#233;e deux mois plus t&#244;t par le porte-&#233;tendard du groupe, Ulf Poschardt : &#171; &lt;i&gt;Netanyahou est l'avant-garde de l'occident&lt;/i&gt; &#187;, on peut compter sur lui pour nous prot&#233;ger du &#171; &lt;i&gt;virus anti-occidental et anti-Lumi&#232;res&lt;/i&gt; &#187; propag&#233; par les &#171; &lt;i&gt;d&#233;cadents&lt;/i&gt; &#187; et les &#171; &lt;i&gt;barbares&lt;/i&gt; &#187; (N24, la cha&#238;ne info de &lt;i&gt;Die Welt&lt;/i&gt;, 06/10/2024).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui Poschardt s'&#233;ponge le front en observant le mouvement des lyc&#233;ens fran&#231;ais, qui ont l'audace de ne pas tous &#234;tre blancs et chr&#233;tiens. &#171; &lt;i&gt;Les &#233;lections &#224; Berlin le montrent, l'immigration musulmane est devenue un facteur d&#233;terminant dans les strat&#233;gies de conqu&#234;te de la gauche. On voit ces jours-ci en France comment cela se termine&lt;/i&gt; &#187;, grondait-il le 2 octobre dans &lt;i&gt;Die Welt&lt;/i&gt;. On a vu : &#231;a se termine par des reporters d'extr&#234;me droite chass&#233;s des manifestations comme des malpropres. Bient&#244;t aussi en Allemagne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Olivier Cyran&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Israel Defense Forces, c'est-&#224;-dire l'arm&#233;e isra&#233;lienne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre ouverte publi&#233;e &lt;a href=&#034;https://gewerkschaftliche-linke-berlin.de/offener-brief-berliner-juedinnen-und-juden-fuer-eine-soziale-und-sichere-stadt/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site&lt;/a&gt; du &#171; Forum de la gauche syndicale de Berlin &#187; (Forum Gewerkschaftliche Linke Berlin).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; H&#246;rt auf, die AfD in Talkshows einzuladen ! &#187; (&#171; Arr&#234;tez d'inviter l'AfD dans les talk-shows ! &#187;), &lt;a href=&#034;https://uebermedien.de/102558/hoert-auf-die-afd-in-talkshows-einzuladen/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#220;bermedien&lt;/a&gt;, 03/02/2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Annika Brockschmidt, &#171; Normalisierung zur besten Sendezeit &#187; (&#171; La normalisation aux heures de grande &#233;coute &#187;), &lt;a href=&#034;https://www.patreon.com/annikabrockschmidt/posts/sonderfolge-zur-169447348&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur son podcast&lt;/a&gt;, 13/09/2026.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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