<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
	<link>https://www.acrimed.org/</link>
	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.acrimed.org/spip.php?id_auteur=4989&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
		<url>https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L144xH69/siteon0-505bf.png?1776672965</url>
		<link>https://www.acrimed.org/</link>
		<height>69</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Quand la guerre au Proche-Orient est racont&#233;e dans la langue de ceux qui la m&#232;nent</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Quand-la-guerre-au-Proche-Orient-est-racontee</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Quand-la-guerre-au-Proche-Orient-est-racontee</guid>
		<dc:date>2026-04-22T07:36:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ziad Majed</dc:creator>


		<dc:subject>Liban</dc:subject>
		<dc:subject>Isra&#235;l</dc:subject>
		<dc:subject>Palestine</dc:subject>
		<dc:subject>Gaza</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un texte du politiste Ziad Majed.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-2023-Israel-Palestine-le-7-octobre-et-apres-" rel="directory"&gt;2023-... : Isra&#235;l-Palestine, le 7 octobre et apr&#232;s&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Liban-+" rel="tag"&gt;Liban&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Israel-+" rel="tag"&gt;Isra&#235;l&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Palestine-+" rel="tag"&gt;Palestine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Gaza-+" rel="tag"&gt;Gaza&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/langageguerre-0f127.png?1776843411' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions, sous forme de tribune, un texte du politiste franco-libanais Ziad Majed. Il est l'auteur, notamment, de l'ouvrage &lt;i&gt;Le Proche-Orient, miroir du monde&lt;/i&gt; (&lt;a href=&#034;https://www.editionsladecouverte.fr/le_proche_orient_miroir_du_monde-9782348089732&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La D&#233;couverte, 2025&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis le 7 octobre 2023, une part importante de la couverture m&#233;diatique audiovisuelle fran&#231;aise de la guerre isra&#233;lienne &#224; Gaza, puis de la guerre au Liban, a r&#233;v&#233;l&#233; une incapacit&#233; &#224; informer avec justesse, et une crise plus profonde des cat&#233;gories &#224; travers lesquelles le Proche-Orient est rendu intelligible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui s'est impos&#233; dans une majorit&#233; de cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision n'est donc pas seulement un biais politique r&#233;dactionnel, une asym&#233;trie compassionnelle ou une hi&#233;rarchie des urgences. C'est une v&#233;ritable reconfiguration du regard. Le r&#233;cit isra&#233;lien de la guerre et sa terminologie militaire ont &#233;t&#233; adopt&#233;s, puis se sont progressivement soustraits &#224; l'histoire, aux sciences sociales et au droit international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, les soci&#233;t&#233;s vis&#233;es par les &#171; op&#233;rations isra&#233;liennes &#187; ont cess&#233; d'appara&#238;tre comme des mondes habit&#233;s, travers&#233;s par des rapports sociaux, des m&#233;moires, des institutions, des aspirations, ainsi que par des exp&#233;riences individuelles et collectives. Elles sont devenues des espaces d'interventions &#171; chirurgicales &#187;, des terrains de man&#339;uvre, des cartes satur&#233;es d'objectifs et de risques. La cons&#233;quence d'un tel d&#233;placement fut d&#233;cisive : en substituant au politique un commentaire froid, cette couverture ne s'est pas content&#233;e d'appauvrir l'analyse, elle a contribu&#233; &#224; rendre acceptables des formes extr&#234;mes de violence et de criminalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;La terminologie biais&#233;e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;L'un des sympt&#244;mes de cette d&#233;rive r&#233;side dans la place accord&#233;e &#224; la technologie militaire. Les cha&#238;nes d'information en continu, mais aussi une partie des &#233;missions de d&#233;bat, ont abondamment comment&#233; les capacit&#233;s de renseignement isra&#233;liennes, les syst&#232;mes de surveillance, la &#171; pr&#233;cision &#187; des frappes, l'efficacit&#233; suppos&#233;e des &#171; &#233;liminations cibl&#233;es &#187;, la qualit&#233; des interceptions ou encore l'ing&#233;niosit&#233; des op&#233;rations clandestines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette focalisation fascin&#233;e n'a rien d'anodin. Elle a produit un effet de d&#233;centrement : au lieu d'appr&#233;hender la guerre &#224; partir de ses cons&#233;quences humaines, elle a saisi certains de ses &#233;pisodes &#224; travers les moyens de leur mise en &#339;uvre. Le regard s'est fix&#233; sur les instruments, sur les &#233;crans, sur les images a&#233;riennes, sur les performances techniques. La destruction elle-m&#234;me a fini par &#234;tre per&#231;ue comme le r&#233;sultat d'une op&#233;ration ma&#238;tris&#233;e, et non comme un possible crime de guerre et comme une catastrophe sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;tour par la technique a instaur&#233; une distance morale autant qu'intellectuelle. Il a permis de parler pendant de longues minutes d'une &#171; frappe &#187; sans jamais &#233;voquer les corps qu'elle d&#233;chire, les familles qu'elle disperse, les logements qu'elle pulv&#233;rise, les &#233;coles et les h&#244;pitaux qu'elle met hors d'usage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette esth&#233;tisation technicienne r&#233;pond une mutation du langage. L'une des caract&#233;ristiques les plus frappantes de la couverture audiovisuelle a &#233;t&#233; la reprise quasi imm&#233;diate du vocabulaire produit par les appareils militaires isra&#233;liens. Les termes d'&#171; &#233;limination &#187;, de &#171; neutralisation &#187;, de &#171; cible &#187;, de &#171; nettoyage &#187;, de &#171; zone tampon &#187;, de &#171; bastion terroriste &#187; ou encore de &#171; dommage collat&#233;ral &#187; ont circul&#233; avec une remarquable aisance, comme s'ils relevaient d'un registre descriptif ordinaire. Or ce lexique n'a rien d'innocent. Il n'informe pas seulement sur la guerre ; il en r&#233;organise la perception. Il substitue des r&#233;sultats &#224; des morts, des secteurs op&#233;rationnels &#224; des quartiers en ruine. Il d&#233;place l'attention des victimes palestiniennes et libanaises vers la rationalit&#233; suppos&#233;e de l'action arm&#233;e isra&#233;lienne. Une telle langue euph&#233;mise l'atroce, l'inscrit dans un horizon de n&#233;cessit&#233; et en att&#233;nue la port&#233;e morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus encore, elle en occulte la qualification politique et juridique. D&#232;s lors que des immeubles r&#233;sidentiels deviennent des &#171; cibles &#187;, que des civils tu&#233;s deviennent des &#171; boucliers humains &#187; et que des territoires ravag&#233;s deviennent des &#171; zones s&#233;curis&#233;es &#187;, la guerre cesse d'appara&#238;tre comme un probl&#232;me de responsabilit&#233; pour se pr&#233;senter comme un probl&#232;me de gestion. Ce langage ne d&#233;crit pas simplement la r&#233;alit&#233;, il la reformule de mani&#232;re &#224; la rendre supportable. Et la pr&#233;sence r&#233;guli&#232;re du porte-parole francophone de l'arm&#233;e isra&#233;lienne sur les plateaux ou dans les bulletins d'information, comme celle &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Dans-l-audiovisuel-un-tapis-rouge-pour-l&#034;&gt;de l'ambassadeur isra&#233;lien&lt;/a&gt; &#224; Paris, souvent seul et sans contradiction, a offert un acc&#232;s direct &#224; la propagande isra&#233;lienne, lui permettant de se d&#233;ployer et de s'adresser librement aux t&#233;l&#233;spectateurs.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Entre d&#233;shumanisation et invisibilisation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;C'est dans cet espace discursif que s'op&#232;re la d&#233;shumanisation. Encore faut-il s'entendre sur le sens du terme. D&#233;shumaniser ne consiste pas seulement &#224; minorer la souffrance ou &#224; manquer d'empathie. Il s'agit d'un processus par lequel des individus et des groupes se voient d&#233;pouill&#233;s des attributs qui les inscrivent dans l'horizon commun de l'&#233;galit&#233; humaine. D&#233;shumaniser, c'est remplacer la personne par une cat&#233;gorie, et la biographie par un chiffre. C'est faire en sorte que certaines victimes, isra&#233;liennes, soient racont&#233;es &#224; travers leurs histoires, leurs liens, leurs noms et leurs visages, leurs projets interrompus, tandis que d'autres, palestiniennes ou libanaises, soient fondues dans des bilans, des controverses statistiques ou des soup&#231;ons automatiques. Certaines vies appellent spontan&#233;ment le deuil et la solidarit&#233;, d'autres doivent d'abord prouver qu'elles m&#233;ritent d'&#234;tre reconnues comme pleinement humaines. La d&#233;shumanisation constitue un m&#233;canisme raciste central dans les situations de violence extr&#234;me. Car elle rend possible ce qui, sans elle, appara&#238;trait comme insoutenable. Elle pr&#233;pare les esprits &#224; accepter que des populations enti&#232;res soient bombard&#233;es, d&#233;plac&#233;es, affam&#233;es ou trait&#233;es comme un probl&#232;me logistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ph&#233;nom&#232;ne se mesure aussi &#224; travers les mots qui manquent. Le probl&#232;me de la couverture audiovisuelle dominante ne tient pas seulement aux termes employ&#233;s, mais &#224; ceux qu'elle &#233;carte, retarde ou entoure de pr&#233;cautions &#171; disproportionn&#233;es &#187;. Des notions telles qu'occupation, colonisation, blocus, impunit&#233;, apartheid, nettoyage ethnique, crime de guerre, crime contre l'humanit&#233; et crime de g&#233;nocide ont trop souvent &#233;t&#233; trait&#233;es comme des formulations suspectes, imm&#233;diatement renvoy&#233;es au militantisme, alors qu'elles rel&#232;vent d'abord de cadres historiques, juridiques et analytiques indispensables. Une langue qui renonce &#224; nommer l'occupation emp&#234;che de comprendre la structure du rapport de domination. Une langue qui tait la colonisation efface la continuit&#233; de la d&#233;possession territoriale. Une langue qui r&#233;cuse d'avance toute discussion sur l'apartheid s'interdit de penser la dimension institutionnelle de la discrimination et de la violence. Quant &#224; la n&#233;gation des crimes isra&#233;liens, notamment du crime de g&#233;nocide, pourtant invoqu&#233; par la grande majorit&#233; des organisations internationales, des juristes et des experts du sujet, elle constitue le v&#233;ritable militantisme pro-isra&#233;lien adopt&#233; par certains m&#233;dias dans leur volont&#233; affich&#233;e de nier ou de relativiser les crimes d'Isra&#235;l. Car ce qui n'est pas nomm&#233; demeure difficile &#224; penser, et ce qui demeure difficile &#224; penser devient plus facile &#224; tol&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Le recul des sciences sociales&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Cette r&#233;duction du vocabulaire disponible s'inscrit aussi dans un contexte plus large : le recul des sciences sociales dans l'espace m&#233;diatique. L&#224; o&#249; l'on attendrait des &#233;clairages sur les configurations &#233;tatiques, les trajectoires historiques, les &#233;conomies politiques et les m&#233;moires collectives, les formes de mobilisations et les structures ou les effets sociaux des conflits, se d&#233;ploie trop souvent une expertise de flux, rapide, interchangeable, port&#233;e vers les diagnostics simplificateurs et approximatifs. Elle laisse prosp&#233;rer un culturalisme paresseux qui pr&#233;sente le Proche-Orient comme un espace naturellement vou&#233; &#224; la violence, travaill&#233; par des passions irrationnelles ou prisonnier de haines imm&#233;moriales. Une telle lecture n'est pas seulement pauvre, elle est id&#233;ologiquement fonctionnelle. Elle dispense d'examiner les politiques d'occupation, les effets diff&#233;renci&#233;s de la guerre et les formes concr&#232;tes d'impunit&#233;. Elle remplace l'histoire par l'essence, la domination par la culture, et les structures politiques par des identit&#233;s suppos&#233;es closes sur elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 7 octobre 2023, cette tendance culturaliste s'est articul&#233;e &#224; une droitisation plus g&#233;n&#233;rale du d&#233;bat public fran&#231;ais. Le cadrage s&#233;curitaire s'est impos&#233; avec d'autant plus de force que les acteurs arm&#233;s oppos&#233;s &#224; Isra&#235;l &#233;taient ais&#233;ment rabattus sur l'&#233;tiquette du terrorisme. Que ces organisations soient islamistes ou arm&#233;es a suffi, dans une grande partie du commentaire, &#224; &#233;tendre &#224; l'ensemble des territoires et des populations palestinienne et libanaise une lecture dans laquelle la guerre isra&#233;lienne apparaissait d'abord comme une r&#233;ponse l&#233;gitime &#224; une menace. Dans cette logique, la destruction isra&#233;lienne des h&#244;pitaux, des &#233;coles, des ponts, des centrales &#233;lectriques et des lieux de culte, le meurtre de m&#233;decins, d'enseignants et de journalistes, le d&#233;placement forc&#233; de populations, la politique de la famine, le blocus interdisant le passage de m&#233;dicaments et de nourriture d'enfants, la torture des prisonniers, et les violations r&#233;p&#233;t&#233;es du droit international, ont &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233;s &#224; l'arri&#232;re-plan. Le terme de terrorisme a ainsi &#233;t&#233; transform&#233; en op&#233;rateur g&#233;n&#233;ral de justification. Il a contamin&#233; le regard port&#233; sur Gaza et le sud du Liban, autorisant une lecture o&#249; la soci&#233;t&#233; dispara&#238;t derri&#232;re &#171; l'ennemi barbare &#187;, et o&#249; la population civile se trouve insensiblement absorb&#233;e dans un environnement r&#233;put&#233; hostile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas du Liban est particuli&#232;rement r&#233;v&#233;lateur des ravages de ce sch&#233;ma. Car si les Palestiniens, notamment &#224; Gaza, subissent depuis des d&#233;cennies un culturalisme et une d&#233;shumanisation qui se sont manifest&#233;s lors des guerres pr&#233;c&#233;dentes, en 2008, 2012, 2014 et 2021, les Libanais pouvaient se croire &#224; l'abri, au vu du souvenir d'un traitement consid&#233;r&#233; comme plut&#244;t objectif par les m&#233;dias fran&#231;ais jusqu'en 2006. R&#233;duire la guerre isra&#233;lienne d&#233;vastatrice, qui a fait plus de 2 000 morts, 7 000 bless&#233;s et plus d'un million de d&#233;plac&#233;s, &#224; &#171; une riposte d'Isra&#235;l au terrorisme du Hezbollah &#187;, revient &#224; effacer presque tout ce qui fait la sp&#233;cificit&#233; de la situation. Et consid&#233;rer le Hezbollah exclusivement comme un mouvement terroriste justifiant &#171; l'op&#233;ration &#187; isra&#233;lienne interdit de saisir ce qui fait de lui un acteur enracin&#233; dans une histoire particuli&#232;re, li&#233;e &#224; l'occupation isra&#233;lienne du Sud-Liban, commenc&#233;e en 1978, soit cinq ans avant la cr&#233;ation du Hezbollah, &#224; des formes d'encadrement social, &#224; une base militante, &#224; des rapports de force confessionnels internes, &#224; une relation organique avec l'Iran, &#224; un effondrement &#233;conomique durable et une crise profonde de l'&#201;tat libanais et &#224; des m&#233;moires de guerre encore vives. Comprendre cela permet de penser le Liban autrement que comme un th&#233;&#226;tre vide offert aux narratifs isra&#233;liens.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;La censure et l'autocensure&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&#192; tout cela s'ajoute la question de la censure, qu'il faut entendre dans un sens large. Il ne s'agit pas seulement d'interdictions explicites ou de d&#233;cisions institutionnelles spectaculaires. La censure relative &#224; Isra&#235;l, au g&#233;nocide &#224; Gaza et &#224; la destruction, officiellement annonc&#233;e, de dizaines de villes et de villages libanais, op&#232;re aussi par atmosph&#232;re, par intimidation diffuse, par d&#233;l&#233;gitimation pr&#233;ventive et par instrumentalisation mena&#231;ante de la lutte contre l'antis&#233;mitisme. Certains mots deviennent co&#251;teux, certaines solidarit&#233;s interdites. Il se cr&#233;e ainsi un espace public o&#249; la prudence ne consiste plus &#224; &#234;tre rigoureux, mais &#224; &#233;viter ce qui d&#233;range un ordre dominant. Cette contraction du dicible affecte les m&#233;dias, l'universit&#233;, les institutions culturelles et les lieux de production du savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se redouble d'un autre ph&#233;nom&#232;ne : le contr&#244;le de la visibilit&#233; elle-m&#234;me. Lorsqu'un territoire bombard&#233; est ferm&#233; &#224; la presse internationale, lorsque les journalistes locaux paient un tribut humain exorbitant, plus de deux cents tu&#233;s &#224; Gaza, six au Liban, pour documenter la guerre, lorsque les images sont filtr&#233;es, contextualis&#233;es par les seules sources militaires ou soumises &#224; des conditions drastiques de circulation, ce n'est pas seulement l'information qui est entrav&#233;e. C'est la structure m&#234;me de la preuve qui est modifi&#233;e. Le t&#233;moignage des victimes devient plus facile &#224; relativiser et la narration de la guerre se trouve partiellement confisqu&#233;e par ceux qui la m&#232;nent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle configuration interdit de comprendre ce que l'histoire de la r&#233;gion montre pourtant avec constance : ni les invasions ni la force brute d'Isra&#235;l ne produisent de stabilit&#233;. En Palestine comme au Liban, l'effacement du temps long permet de pr&#233;senter chaque s&#233;quence de violence comme un commencement absolu, alors qu'elle s'inscrit dans des continuit&#233;s anciennes d'agressions et d'impunit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Ziad Majed&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
