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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>&#171; Successions 2027 &#187; (France 2) : un safari politique d&#233;politis&#233;</title>
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		<dc:date>2026-07-07T05:46:31Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Cl&#233;ment S&#233;n&#233;chal</dc:creator>


		<dc:subject>France 2</dc:subject>
		<dc:subject>Journalisme politique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;France 2, 14 juin 2026.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Election-presidentielle-de-2027-" rel="directory"&gt;&#201;lection pr&#233;sidentielle de 2027&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-France-2-+" rel="tag"&gt;France 2&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-journalisme-politique-+" rel="tag"&gt;Journalisme politique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/successions-cc49b.png?1783413049' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a des &#233;missions qui pr&#233;tendent r&#233;concilier les citoyens avec la politique. Et qui, pour y parvenir, commencent par retirer &#224; la politique tout ce qui la rend compr&#233;hensible : les conflits, les rapports de force, les id&#233;ologies, les int&#233;r&#234;ts sociaux, les contradictions. &#171; Successions 2027 &#187;, diffus&#233;e en deux &#233;pisodes sur France 2 le 14 juin dans &#171; 13h15, le dimanche &#187; &#8211; donc en pleine tranche info &#8211;, appartient &#224; cette cat&#233;gorie. Sous couvert de (re)mettre les responsables politiques &#171; au contact des Fran&#231;ais &#187;, l'&#233;mission ressemble surtout &#224; une vaste op&#233;ration de d&#233;sarmement intellectuel et symbolique : la pr&#233;sidentielle 2027 n'y appara&#238;t plus comme un affrontement entre visions du monde, projets et programmes, mais comme un diaporama de rencontres humaines, de poign&#233;es de main, de regards et de sourires, d'o&#249; toute dimension proprement &#171; politique &#187; est soigneusement tenue &#224; distance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Un &#171; casting &#187; pr&#233;sidentiel avant la pr&#233;sidentielle&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;France 2 nous propose de suivre une dizaine de personnalit&#233;s politiques li&#233;es, de pr&#232;s ou de loin, &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2027, qui seront plong&#233;es pour l'occasion dans un ersatz de vie sociale ordinaire. Le titre &#233;voque un soap-op&#233;ra, et le &lt;a href=&#034;https://www.francetvpro.fr/contenu-de-presse/77384146&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;communiqu&#233; de presse&lt;/a&gt; de l'&#233;mission donne un avant-go&#251;t du spectacle : &#171; &lt;i&gt;10 politiques au contact des Fran&#231;ais&lt;/i&gt; &#187;, un &#171; &lt;i&gt;casting in&#233;dit&lt;/i&gt; &#187;, des rencontres dans des &#171; &lt;i&gt;lieux inattendus&lt;/i&gt; &#187;, des discussions &#171; &lt;i&gt;sans interm&#233;diaire&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;les yeux dans les yeux&lt;/i&gt; &#187;. Marine Le Pen (RN), &#201;douard Philippe (Horizons), Gabriel Attal (Renaissance), Marine Tondelier (Les &#201;cologistes), Rapha&#235;l Glucksmann (Place publique), Fran&#231;ois Hollande (PS), Bruno Retailleau (LR), Fran&#231;ois Ruffin (Debout), Manuel Bompard (LFI), Sarah Knafo (Reconqu&#234;te) : voici les personnages principaux d'une saison &#233;lectorale dont France T&#233;l&#233;visions tente de r&#233;diger la dramaturgie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, c'est un &#171; show &#187;, comme le montre le lexique promotionnel de l'&#233;mission. Cette id&#233;e de &#171; casting &#187;, d'abord, pour &#233;valuer les personnalit&#233;s de responsables politiques au cours de s&#233;quences sc&#233;naris&#233;es ; les &#171; lieux inattendus &#187;, &#233;voquant une simple PME comme un d&#233;cor insolite ; les &#171; nuances et sourires &#187;, indiquant que les conflits et les clivages ne sauraient troubler l'&#233;piphanie de la rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mission a d'ailleurs choisi de placer &#201;douard Philippe en exergue, dans la partie g&#233;n&#233;rique, lui octroyant une forme de pr&#233;emption &#233;ditoriale : assis &#224; une table, l'ancien Premier ministre sermonne : &#171; &lt;i&gt;Une campagne, c'est bien saisir l'intimit&#233; du pays.&lt;/i&gt; &#187; Voil&#224; la cl&#233; du programme. &#171; Successions &#187; cherche bien une intimit&#233; : celle des int&#233;rieurs, des trajets, des petits objets, des pr&#233;noms, des maladresses, des rires et des confidences. Mais cette intimit&#233; vaguement voyeuriste se substitue &#224; la politique. Elle ne r&#233;v&#232;le pas les structures ; elle les &#233;vapore.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Un safari politique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Pour susciter l'int&#233;r&#234;t du t&#233;l&#233;spectateur, France 2 entreprend d'emmener ses protagonistes dans des lieux qui laissent entrevoir, sur le papier, une tension entre l'appartenance partisane de la personnalit&#233; politique et le public rencontr&#233; : Manuel Bompard dans l'usine d'un patron de PME, Fran&#231;ois Hollande dans une entreprise de lingerie en redressement judiciaire, Bruno Retailleau dans une fonderie autog&#233;r&#233;e, Fran&#231;ois Ruffin au Puy du Fou, Sarah Knafo dans l'&#233;cole de formation de Thierry Marx (o&#249; se trouvent des &#233;trangers), Rapha&#235;l Glucksmann dans les quartiers nord de Marseille, &#201;douard Philippe dans un village de l'Arm&#233;e du salut au Havre, Marine Tondelier dans l'exploitation productiviste d'un c&#233;r&#233;alier adh&#233;rent &#224; la FNSEA, et Gabriel Attal dans un foyer protestant pour seniors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occasion d'explorer les contradictions entre des situations sociales r&#233;elles et des programmes politiques, en laissant appara&#238;tre &#224; l'&#233;cran divers points de friction ? Pas vraiment. Si chaque lieu est choisi pour produire un antagonisme attendu &#8211; &#233;cologie contre agriculture industrielle, gauche institutionnelle face aux quartiers populaires, droite gestionnaire confront&#233;e &#224; la pr&#233;carit&#233; &#8211;, l'&#233;mission ram&#232;ne presque toujours ces sc&#232;nes vers la proximit&#233; : le tutoiement, la blague, les formules de politesse. La contradiction sociale ou politique attendue est aussit&#244;t oubli&#233;e, chass&#233;e par les priorit&#233;s &#233;ditoriales de l'&#233;mission : &#171; l'intimit&#233; &#187; de la rencontre &#8211; avec une science ind&#233;niable de la mise en situation : Fran&#231;ois Ruffin dans un man&#232;ge, chambri&#232;re en main ; Marine Tondelier &#224; genoux, occup&#233;e &#224; arracher quelques mauvaises herbes ; Bruno Retailleau maniant une grosse louche de coul&#233;e, souffle court ; Glucksmann jouant &#224; la passe &#224; dix avec des jeunes ; Bompard p&#233;dalant sur une nationale, un casque viss&#233; sur la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet effacement est d'autant plus facile que les responsables politiques sont souvent pr&#233;sent&#233;s comme des visiteurs presque ordinaires, en g&#233;n&#233;ral mal identifi&#233;s par celles et ceux qu'ils rencontrent :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;- Je m'appelle Sarah Knafo et je suis d&#233;put&#233;e europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Oh, une d&#233;put&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Je ne fais pas &#231;a depuis longtemps, je viens de commencer.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si la sc&#232;ne semble anodine, elle en dit long sur le dispositif : la fonction, le bilan, l'appartenance partisane ou le programme passent au second plan derri&#232;re la sc&#232;ne de contact. On ne voit plus un ancien Premier ministre, un pr&#233;sident de groupe parlementaire ou une dirigeante de parti, mais quelqu'un qui arrive, serre la pince, plaisante, &#233;coute, s'&#233;tonne, compatit, admire : &#171; &lt;i&gt;C'est hyper dur ce geste&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;J'apprends&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Est-ce que vous vous &#234;tes d&#233;j&#224; br&#251;l&#233; ? Oui hein, il faut prot&#233;ger les yeux surtout&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;&#199;a me fascine, moi je suis plut&#244;t litt&#233;raire&lt;/i&gt; &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;quence consacr&#233;e &#224; &#201;douard Philippe &#224; l'Arm&#233;e du salut condense cette logique. Un lieu socialement lourd &#8211; o&#249; pourrait surgir la question du logement, de la pr&#233;carit&#233;, des politiques publiques, du bilan gouvernemental ou municipal &#8211; est converti en d&#233;corum d'humanit&#233; : accolades, visite attendrie, petit p&#232;re No&#235;l, doudou, tomates, tr&#233;molo sur &#171; c'est beau ce qui se passe ici &#187;. Quand la responsable du site commence pourtant &#224; formuler une demande mat&#233;rielle &#8211; &#171; &lt;i&gt;Nous avons dix chalets, et il nous en faudrait dix suppl&#233;mentaires&#8230;&lt;/i&gt; &#187; &#8211;, l'ancien Premier ministre la coupe net, sur le registre de la plaisanterie : &#171; &lt;i&gt;Vous nous en mettrez dix suppl&#233;mentaires pour octobre !&lt;/i&gt; &#187; Fin de la &#171; discussion &#187;. La dol&#233;ance existe, mais le montage n'en fait qu'une r&#233;plique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Bruno Retailleau, il commence son exp&#233;dition par une longue extase patrimoniale sur les briques d'Albi : &#171; &lt;i&gt;C'est fantastique, qu'est-ce que c'est beau, toute cette brique&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;C'est extraordinaire, et c'est doux&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Avec le soleil du matin, c'est ros&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Le lieu de travail &#8211; la fonderie Gillet &#8211; dispara&#238;t derri&#232;re la carte postale.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Des Fran&#231;ais &#171; de tous les jours &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Quant aux personnes rencontr&#233;es, pr&#233;sent&#233;es comme des incarnations &#171; concr&#232;tes &#187; du r&#233;el &#8211; ouvriers et ouvri&#232;res, jeunes de Marseille, intermittents du spectacle, retrait&#233;s, pr&#233;caires, &#233;trangers &#8211;, l'&#233;mission leur donne peu la parole. La plupart du temps, celle-ci est d'ailleurs prise en charge par un directeur, un responsable de site, un chef d'entreprise ou un interm&#233;diaire afin d'assurer une transmission conciliante entre les classes populaires et la classe politique en balade. Les tensions potentielles sont ainsi largement &#233;dulcor&#233;es, filtr&#233;es par l'habitus mondain de celles et ceux qui dirigent, administrent ou encadrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mission ne fait donc pas dispara&#238;tre les &#171; Fran&#231;ais &#187; &#8211; au contraire, elle les surexpose : visages en gros plan, sourires prolong&#233;s, int&#233;rieurs visit&#233;s, objets personnels, anecdotes biographiques. Mais cette pr&#233;sence, intimiste, &#233;vacue les rapports de classe, de travail, de propri&#233;t&#233;, de d&#233;pendance ou de domination dans lesquels ils sont pris. &#171; Les Fran&#231;ais &#187; ne valent ici que comme supports d'ambiance, charg&#233;s d'attester que le responsable politique est bien all&#233; &#171; au contact &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, on en apprend tr&#232;s peu sur leurs trajectoires individuelles, leurs conditions mat&#233;rielles d'existence, leurs pr&#233;f&#233;rences partisanes ou les enjeux existentiels qui traversent leurs pr&#233;occupations du moment. Quand une br&#232;che s'ouvre, elle se referme presque aussit&#244;t. Un retrait&#233; explique qu'il ne gagne que 900 euros par mois ? La s&#233;quence ne lui donne ni le temps ni les moyens de contrecarrer la langue de bois professionnelle que lui oppose Gabriel Attal. Un jeune de Marseille confie &#224; Rapha&#235;l Glucksmann qu'il pr&#233;f&#232;re M&#233;lenchon ? Il dispara&#238;t aussit&#244;t dans le flux, comme un incident mineur de la d&#233;ambulation. Ils ne sont jamais constitu&#233;s en sujets politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les lieux de travail, cette logique est particuli&#232;rement frappante. L'&#233;mission ne montre que le fonctionnement g&#233;n&#233;rique de la production : un geste technique, une machine, un savoir-faire, une d&#233;monstration. On fabrique, on coule, on d&#233;sherbe, on apprend. Le travail n'appara&#238;t presque jamais comme rapport social conflictuel, que ce soit sur les salaires ou les conditions de travail. L'empirisme na&#239;f d&#233;ploy&#233; par France 2 d&#233;branche les protagonistes du monde social, pour les prendre comme figurants dans sa s&#233;rie au &#171; casting in&#233;dit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Le r&#233;el en miettes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Cette r&#233;duction du r&#233;el ne tient pas seulement au choix des lieux ou des interlocuteurs. Elle est &#233;galement produite par la forme m&#234;me de l'&#233;mission, qui fragmente chaque sc&#232;ne &#224; l'exc&#232;s, au point d'emp&#234;cher toute continuit&#233; argumentative (alors m&#234;me que chaque candidat dispose d'un temps extr&#234;mement comprim&#233; : moins de neuf minutes en moyenne). &#171; Successions &#187; ne raconte pas vraiment des rencontres ; elle juxtapose des &#233;clats d'interactions et mime &#171; l'intimit&#233; recherch&#233;e &#187; par des plans (tr&#232;s) rapproch&#233;s sur le visage des candidats, notamment au moment de l'in&#233;vitable s&#233;quence (faussement) backstage en train ou en voiture. D&#232;s lors, la vie &#171; politique &#187; appara&#238;t comme une succession de bribes sans cons&#233;quences, jamais comme une cha&#238;ne de causalit&#233;, de choix ou de responsabilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le montage fabrique ainsi une fausse nervosit&#233;. Il donne l'impression d'un pays sillonn&#233;, d'une campagne en mouvement, d'une soci&#233;t&#233; saisie sur le vif. Mais cette mobilit&#233; permanente interdit au d&#233;bat de s'installer. &#192; peine une objection appara&#238;t-elle qu'elle est recouverte par une plaisanterie, un plan de coupe, un changement de lieu ou le retour &#224; un autre personnage du &#171; casting &#187;. Un plan ne dure jamais plus d'une poign&#233;e de secondes, les images sont film&#233;es cam&#233;ra &#224; l'&#233;paule. La s&#233;quence ne d&#233;veloppe pas : elle papillonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une s&#233;quence exemplaire, l'&#233;mission passe ainsi sans cesse de Hollande &#224; Retailleau, chacun en visite dans une PME, dans une sorte de ping-pong effr&#233;n&#233; : Hollande descend de voiture avec la directrice, on entre dans l'atelier, elle commence &#224; expliquer que l'entreprise fait &#171; &lt;i&gt;tout sur place&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;de la conception &#224; la commercialisation&lt;/i&gt; &#187;. Mais d&#233;j&#224;, on zappe sur Retailleau qui observe des &#171; crochets &#187; et un moule en impression 3D. Retour illico chez Hollande : &#171; &lt;i&gt;Bonjouuuur. Alors, quelle partie c'est, &#231;a ?&lt;/i&gt; &#187; On mentionne les bonnets de soutien-gorge. Retour chez Retailleau : &#171; &lt;i&gt;Ah, c'est manuel quand m&#234;me&lt;/i&gt; &#187;, s'&#233;tonne-t-il, avant de siffler. Nouvelle coupe : Hollande devant une machine &#224; coudre, puis Retailleau demandant &#224; un fondeur s'il s'est d&#233;j&#224; br&#251;l&#233;, puis Hollande interrogeant une couturi&#232;re, puis Retailleau maniant un outil, puis Hollande &#8211; et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette lessiveuse ne peuvent ressortir que des g&#233;n&#233;ralit&#233;s confondantes, interchangeables, en guise de parole politique. Bruno Retailleau parle de &#171; &lt;i&gt;privil&#233;gier le travail&lt;/i&gt; &#187;, Fran&#231;ois Hollande explique que le th&#232;me de 2027 sera &#171; &lt;i&gt;l'unit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, Marine Le Pen disserte sur les &#171; &lt;i&gt;qualit&#233;s humaines&lt;/i&gt; &#187; qui auraient manqu&#233; aux autres dirigeants, Gabriel Attal promet de &#171; &lt;i&gt;rassembler les g&#233;n&#233;rations&lt;/i&gt; &#187;. Mis bout &#224; bout, ces fragments semblent parfois composer une conversation. Mais en r&#233;alit&#233;, personne ne se croise jamais et personne ne se r&#233;pond. L'&#233;mission promettait des discussions &#171; &#224; b&#226;tons rompus &#187; ; elle livre une litanie de banalit&#233;s d&#233;coup&#233;e en morceaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;miettement s'ajoute l'int&#233;gration des &#233;quipes de tournage &#224; la dramaturgie de la sympathie. On s'est bien gard&#233; de couper les apart&#233;s et autres enfantillages avec la cam&#233;ra : les moments de connivence avec les journalistes comme autant de preuves de naturel et d'&#233;preuves de d&#233;contraction. &#201;douard Philippe plaisante avec la cam&#233;raman en voiture (&#171; &lt;i&gt;Vous n'&#234;tes pas morte ?&lt;/i&gt; &#187;) ; Marine Tondelier interpelle &#171; C&#233;sar &#187; sur son stationnement (&#171; &lt;i&gt;On va plier le r&#233;troviseur&lt;/i&gt; &#187;) ; Rapha&#235;l Glucksmann redirige des cris ext&#233;rieurs vers le cadreur (&#171; &lt;i&gt;You are the problem&lt;/i&gt; &#187;). D&#233;f&#233;rente, la m&#233;diation journalistique ne r&#233;introduit pas de la contradiction ; elle ajoute une couche de familiarit&#233; dans laquelle la dilution du contenu politique s'accentue.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Le f&#233;tichisme de la concorde&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Derri&#232;re la chor&#233;graphie du terrain et la m&#233;canique du montage se dessine cependant le projet &#233;ditorial de France T&#233;l&#233;visions avec cette &#233;mission : nourrir le f&#233;tichisme de la concorde pour temp&#233;rer une ambiance pr&#233;sidentielle marqu&#233;e par la &lt;a href=&#034;https://www.france.tv/france-5/c-politique/saison-17/8436243-presidentielle-la-tentation-radicale.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; radicalit&#233; &#187;&lt;/a&gt;, en montrant que toute conflictualit&#233; politique peut &#234;tre absorb&#233;e par l'&#233;coute, l'empathie et le compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si elle traverse l'ensemble des exp&#233;riences de terrain propos&#233;es aux candidats, cette concorde appara&#238;t d&#232;s l'ouverture de la s&#233;quence avec Fran&#231;ois Hollande qui, par un heureux hasard, croise dans le train le ministre des PME. Pierre Papin en profite pour lier &#171; spontan&#233;ment &#187; conversation et s'assoit &#224; c&#244;t&#233; de l'ancien pr&#233;sident sous l'&#339;il gourmand des cam&#233;ras, avides de complicit&#233; transpartisane : &#171; &lt;i&gt;Non mais je ne vais pas vous emb&#234;ter longtemps : cinq minutes. C'est dur parce qu'on g&#232;re une fin de mandat, on essaye de ne pas rester dans les affaires courantes, d'amener une dynamique, un legs qui soit int&#233;ressant.&lt;/i&gt; &#187; Hollande opine, pr&#233;venant : &#171; &lt;i&gt;Il faut faire comme si &#231;a ne s'arr&#234;tait pas.&lt;/i&gt; &#187; Le ministre poursuit : &#171; &lt;i&gt;Oui, et puis la crise iranienne&#8230; on essaye de ne pas trouver de bouc &#233;missaire, mais on n'a pas de pognon dans les caisses.&lt;/i&gt; &#187; Les fausses confidences n'iront pas plus loin : une poign&#233;e de main chaleureuse appara&#238;t subitement &#224; l'&#233;cran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tendance &#224; la &#171; concorde &#187; appara&#238;t clairement dans les s&#233;quences de Fran&#231;ois Ruffin au Puy du Fou. Si le d&#233;put&#233; &#233;tait venu pour porter des &#171; critiques sur la vision de l'histoire &#187; propos&#233;e par le parc, il capitule rapidement face au dispositif, et finit par rire de bon c&#339;ur avec son directeur, De Villiers junior. Elle appara&#238;t aussi, et de fa&#231;on spectaculaire, dans la s&#233;quence Tondelier en visite d'une exploitation gorg&#233;e d'intrants chimiques. Tout commence pourtant par un d&#233;saccord tr&#232;s concret : &#171; &lt;i&gt;Fini les n&#233;onicotino&#239;des, le probl&#232;me c'est qu'on ne m'a pas donn&#233; d'alternative&lt;/i&gt; &#187;, explique l'agriculteur. Mais la s&#233;quence bifurque rapidement vers la recherche d'un point d'accord. Apr&#232;s avoir d&#233;pos&#233; son fils &#224; l'&#233;cole &#8211; &#171; &lt;i&gt;Donc on peut &#234;tre en campagne pr&#233;sidentielle et d&#233;poser son enfant le matin &#224; l'&#233;cole ?&lt;/i&gt; &#187; &#8211;, Marine Tondelier rappelle au journaliste que son &#171; &lt;i&gt;grand-p&#232;re &#233;tait agriculteur&lt;/i&gt; &#187;, qu'il faisait &#171; &lt;i&gt;des pommes de terre, des betteraves, des petits pois, enfin bref : le Nord quoi&lt;/i&gt; &#187;, avant d'assurer qu' &#171; &lt;i&gt;on a int&#233;r&#234;t &#224; trouver un terrain d'entente l&#224;-dessus&lt;/i&gt; &#187; et que &#171; &lt;i&gt;tout le monde s'accorde &#224; dire que oui, on a besoin de bosser ensemble&lt;/i&gt; &#187;. L'agriculteur formule lui-m&#234;me la concorde possible : avec Tondelier et les &#201;cologistes, &#171; &lt;i&gt;on a la m&#234;me destination&lt;/i&gt; &#187;, seul le &#171; &lt;i&gt;chemin&lt;/i&gt; &#187; diff&#232;re &#8211; elle voudrait aller vite, lui plus lentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis la rencontre se poursuit sur le mode de la proximit&#233; : les bouteilles, la bise, jardinage en commun, rigolades. Et sur les n&#233;onicotino&#239;des ou le glyphosate, les formules d'accord prennent le dessus : &#171; &lt;i&gt;Non mais on est d'accord l&#224;-dessus que &#231;a devrait &#234;tre interdit partout&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Il faut harmoniser&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Je suis d'accord, il faudrait que les &#201;cologistes g&#232;rent la France et l'Europe, et l&#224; ce serait hyper harmonis&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Pour finir, tous deux trinquent pour la cam&#233;ra pendant que Tondelier porte un toast &#171; &lt;i&gt;&#224; l'avenir de l'&#233;cologie et de l'agriculture : ensemble&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou comment vaporiser la politique dans une aimable conversation. Et quand on applique ce genre de recettes avec l'extr&#234;me droite, le r&#233;sultat devient vite immangeable.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Intronisation de l'extr&#234;me droite&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Or, il faut souligner que Marine Le Pen b&#233;n&#233;ficie d'un traitement de faveur qui laisse pantois. Comme on lui accorde de pouvoir choisir elle-m&#234;me son terrain &#8211; sans que l'on sache pourquoi &#8211;, elle profite d'un accueil triomphal : un bain de foule acquis &#224; sa personne. C'est la seule que l'on voit entour&#233;e d'un r&#233;el soutien populaire, d&#233;ambulant librement en terrain conquis : une foire &#224; Sens, dans l'Yonne, un d&#233;partement tomb&#233; dans l'escarcelle du RN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marine Le Pen a &#233;galement le privil&#232;ge d'ouvrir l'&#233;mission, sur une musique rock conqu&#233;rante (&#171; Kashmir &#187;, de Led Zeppelin). On la voit descendre de voiture sous les hourras de la foule, qui scande &#171; Marine pr&#233;sidente ! &#187;, visiblement pr&#233;venue. Rapide contrepoint : quelques militants insoumis haranguent au loin sur les d&#233;tournements de fonds europ&#233;ens. Mais ils ne sont pas interrog&#233;s : le montage encha&#238;ne imm&#233;diatement sur une voix non identifi&#233;e qui lui demande un selfie en hurlant. Les photos s'encha&#238;nent. On peut entendre des &#171; On vous aime ! &#187;, dans une intense effervescence sonore et visuelle. France 2 s&#233;lectionne ensuite l'interpellation d'une sympathisante, une commer&#231;ante qui va finir avec 600 euros bruts de retraite, qui r&#233;p&#232;te qu'elle en a &#171; &lt;i&gt;marre&lt;/i&gt; &#187; de l'AME (aide m&#233;dicale de l'&#201;tat), comme tous les gens &#171; qui bossent&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Mais pour ceux qui l'ont d&#233;j&#224; ?&lt;/i&gt; &#187; questionne-t-elle. &#171; &lt;i&gt;Ah bah ceux qui l'ont d&#233;j&#224; ils ne l'auront plus&lt;/i&gt; &#187;. Fin de la pastille. &#171; &lt;i&gt;Une femme au pouvoir, &#231;a fera du bien&lt;/i&gt; &#187;, entend-on alors. &#171; &lt;i&gt;Mais si c'est monsieur Bardella, allons-y banco&lt;/i&gt; &#187;, retient tout de m&#234;me France 2. De toute fa&#231;on, &#171; &lt;i&gt;ils pourront dire tout ce qu'ils voudront sur Jordan ou Marine, &#231;a ne changera pas notre vote&lt;/i&gt; &#187;. Le Pen se fraie difficilement un chemin vers un stand, o&#249; la cam&#233;ra l'attend d&#233;j&#224; poliment, pour un nouvel exercice d'admiration, t&#226;te un nourrisson (une voix commente : &#171; &lt;i&gt;Vous pouvez &#234;tre s&#251;re qu'elle votera pour vous quand elle sera majeure&lt;/i&gt; &#187;). Le reste &#224; l'avenant, ponctu&#233; de relances journalistiques d'une pugnacit&#233; rare : &#171; &lt;i&gt;On est en temps de crise, Madame Le Pen ?&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Vous pensez que c'est une campagne qui va se jouer sur le pouvoir d'achat ?&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Vous restez &#034;ni droite ni gauche&#034;, finalement&lt;/i&gt; &#187;, etc. Les derniers mots de la s&#233;quence qui lui est d&#233;di&#233;e sont pour elle : &#171; &lt;i&gt;Nous, nous d&#233;fendons les int&#233;r&#234;ts du peuple fran&#231;ais.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;C'est ainsi que &#171; Successions &#187; d&#233;politise la politique elle-m&#234;me, ce qui reste une fa&#231;on de faire de la politique. &#192; force de tout ramener artificiellement au &#171; contact &#187; le plus &#233;ph&#233;m&#232;re, France 2 encourage une d&#233;mocratie fant&#244;me, o&#249; les oppositions disparaissent derri&#232;re les images de cordialit&#233;. Avec une pr&#233;f&#233;rence pour celles de l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Cl&#233;ment S&#233;n&#233;chal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Le 13h d'Inter : anesth&#233;sier le r&#233;el, mode d'emploi</title>
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		<dc:date>2026-06-16T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Cl&#233;ment S&#233;n&#233;chal</dc:creator>


		<dc:subject>France Inter</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Bilan apr&#232;s une semaine d'&#233;coute.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-En-direct-de-Radio-France-" rel="directory"&gt;Radio France&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-France-Inter-+" rel="tag"&gt;France Inter&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH83/13hinter-6a577.png?1781586002' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='83' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous avons &#233;cout&#233; le journal de 13h de France Inter pendant une semaine. Bilan.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Vous avez le programme, merci de passer cette heure avec nous.&lt;/i&gt; &#187; C'est avec cette formule bienveillante, digne d'&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Gentil_organisateur&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un G.O.&lt;/a&gt; de l'information, que J&#233;r&#244;me Cadet ouvre la tranche d'actualit&#233; de la mi-journ&#233;e sur France Inter. Elle condense &#224; elle seule les ingr&#233;dients et les ressorts du 13h modernis&#233; de la station publique : marketing de l'attention, exp&#233;rience relationnelle, divertissement passager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, le 13h d'Inter ressemblerait presque davantage &#224; un flux d'ambiance qu'&#224; un journal d'information. Un dispositif d'accompagnement &#233;motionnel du quotidien, o&#249; les conflits sociaux, politiques et &#233;conomiques sont reconfigur&#233;s en exp&#233;riences locales, anecdotes atypiques et r&#233;cits d'adaptation. La r&#233;alit&#233; sociale n'est pas enti&#232;rement ni&#233;e, mais la romantisation prend souvent le dessus.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;L'information comme divertissement &#171; familial &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Concr&#232;tement, le 13h d'Inter alterne sujets d'information g&#233;n&#233;rale d'envergure nationale et sujets de type magazine (sport, conseils conso, chronique des accidents de la route, pittoresque national ou r&#233;gional, insolite de la vie quotidienne), le tout baign&#233; dans un traitement g&#233;n&#233;ralement fait-diversier exhibant une pr&#233;dilection toute particuli&#232;re pour la coloration locale, volontiers chauvine. Les locales de Radio France (Ici) sont ainsi r&#233;guli&#232;rement sollicit&#233;es et occupent une bonne partie du 13h national &#8211; le journal se trouve lui-m&#234;me d&#233;localis&#233; en r&#233;gion de fa&#231;on r&#233;currente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, les sujets magazine (&#233;trangers aux enjeux internationaux, &#224; la politique nationale ou aux questions &#233;conomique, sociale ou environnementale), sont plac&#233;s sur un m&#234;me plan narratif dans le conducteur du journal. Quantitativement, ils occupent environ un tiers du journal. Un m&#233;lange des genres accentu&#233; par la &#171; vraie &#187; partie magazine, qui d&#233;bute &#224; 13h30, tout en restant fondue dans la m&#234;me tranche (celle du &#171; 13-14 &#187;) et un climat &#233;ditorial similaire : une atmosph&#232;re &lt;i&gt;feel good&lt;/i&gt; artificielle, dont la voix sans cesse enjou&#233;e de J&#233;r&#244;me Cadet, ancien journaliste sportif aux manettes depuis 2023, donne le ton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent, le traitement de l'actualit&#233; semble glisser du politique vers le pratique, du structurel vers l'exp&#233;rience individuelle, du conflit vers l'adaptation. Chez l'auditeur, on convoque moins le citoyen que le consommateur, l'usager, le riverain, le passionn&#233; (de foot, beaucoup), le t&#233;moin&#8230; bref, le &#171; Fran&#231;ais moyen &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'objectif, selon &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/01/17/sibyle-veil-pdg-de-radio-france-il-faut-arreter-avec-le-service-public-bashing_6502629_3234.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les propres termes&lt;/a&gt; de la patronne de Radio France en poste depuis 2018, Sibyle Veil (une proche d'Emmanuel Macron), de susciter une &#171; &lt;i&gt;&#233;coute familiale&lt;/i&gt; &#187; en flattant les &#171; &lt;i&gt;besoins fondamentaux des gens qui sont : comprendre, apprendre, se divertir, s'&#233;vader, &#234;tre aussi bien connect&#233;s que d&#233;connect&#233;s&lt;/i&gt; &#187;. Quitte &#224; produire une offre informationnelle elle-m&#234;me d&#233;connect&#233;e des grands enjeux sociaux et politiques de l'&#233;poque (qui n'en manque pourtant pas).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette m&#233;canique que nous avons pu observer en &#233;coutant le journal de 13h de France Inter pendant une semaine (du lundi au vendredi, une autre &#233;quipe prenant le relai le week-end), en l'occurrence : du 27 avril au 1er mai 2026. Malgr&#233; un contexte g&#233;opolitique tr&#232;s d&#233;grad&#233; et des difficult&#233;s &#233;conomiques et sociales domestiques li&#233;es &#224; l'inflation du prix des carburants, c'est la r&#233;currence des faits divers (en particulier routiers), l'omnipr&#233;sence du registre pratique et &#233;motionnel, la multiplication des formats narratifs de proximit&#233;, la c&#233;l&#233;bration du savoir-faire fran&#231;ais et des passions joyeuses qui frappe. Autrement dit, le devenir Jean-Pierre Pernaut de France Inter.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Un agenda d&#233;concertant&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Cette semaine-l&#224;, le 13h d'Inter nous emm&#232;ne au plus pr&#232;s des p&#233;rip&#233;ties du territoire. Le lundi, on visite par exemple une oliveraie en cours de plantation dans le Morbihan. Le mardi, on nous pr&#233;vient que le rallye automobile de la Fourme (Puy-de-D&#244;me) n'aura pas lieu cette ann&#233;e, ou qu'un incendie s'est d&#233;clar&#233; dans un immeuble &#224; S&#232;te. Le mercredi, un mot pour Brest, o&#249; 200 litres de carburant ont &#233;t&#233; siphonn&#233;s sur des camions de pompiers. Le jeudi, nous partons au gouffre de Padirac, o&#249; Inter nous raconte la plong&#233;e passionnante d'un piano : &#171; &lt;i&gt;Prot&#233;g&#233; par une housse, harnach&#233; &#224; un palan et encadr&#233; par des cordistes en rappel, le piano &#224; queue descend dans le vide, centim&#232;tre par centim&#232;tre : il est l'objet de toutes les attentions.&lt;/i&gt; &#187; Le vendredi, nous allons &#224; Rennes, o&#249; un homme de 62 ans d&#233;clar&#233; mort par les m&#233;decins &#233;tait &#224; nouveau vivant 3h plus tard : &#171; &lt;i&gt;C'est ce qu'on appelle le syndrome de Lazare.&lt;/i&gt; &#187; Heureusement, &#171; &lt;i&gt;le patient ne souffre d'aucune s&#233;quelle et va pouvoir rejoindre ses proches&lt;/i&gt; &#187;. Nous voil&#224; rassur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, le transport occupe une place de choix dans la s&#233;lection des sujets. &#192; plusieurs reprises sont par exemple &#233;voqu&#233;s les retards de train sur telle ou telle ligne, sorte de SAV de la SNCF. Les accidents de la route sont eux aussi r&#233;guli&#232;rement couverts (5 cette semaine-l&#224;), parfois m&#234;me avec un reportage sur place. On apprend, le mercredi, que la Charente-Maritime met en place la suspension automatique du permis en cas de t&#233;l&#233;phone au volant. Le jeudi, une &#171; &lt;i&gt;image tr&#232;s spectaculaire&lt;/i&gt; &#187; en troisi&#232;me sujet : un bus est tomb&#233; dans la Seine &#224; Juvisy-sur-Orge. Aucune victime &#224; signaler, mais une journaliste est d&#233;p&#234;ch&#233;e sur place pour le traditionnel micro-trottoir, avec &#201;lisabeth, &#171; &lt;i&gt;un peu sonn&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, qui a vu la sc&#232;ne depuis un bus qui venait en face. Enfin, le vendredi, un reportage du correspondant en Allemagne &#224; propos de la Trabant, o&#249; l'on a le plaisir d'entendre les &#233;tats d'&#226;me de Michel, un collectionneur, qui poss&#232;de trois mod&#232;les, &#224; Berlin : &#171; &lt;i&gt;Au volant de sa 601 beige, le mod&#232;le le plus r&#233;pandu, Michel, 63 ans, se rem&#233;more ses vacances avec ses parents, dans les ann&#233;es 1970.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sport est aussi tr&#232;s largement pr&#233;sent au programme de J&#233;r&#244;me Cadet. Ligue des champions, coupe d'Europe de basketball, nouveau record du marathon, participation de l'Iran &#224; la Coupe du monde, retour des JO &#224; Paris, &#233;tat de sant&#233; du fils de Zin&#233;dine Zidane : une dizaine de sujets cette semaine-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le journal fait la part belle au registre conseils conso et vie pratique. Par exemple, le mercredi, sujet sur la &#171; chasse aux ch&#232;ques &#187; lanc&#233;e par le Territoire de Belfort : une interview de la directrice d&#233;partementale &#233;gr&#232;ne alors les bonnes raisons qu'auraient les usagers de se passer de ch&#232;ques, biss&#233;e ensuite par la journaliste d'Inter, qui nous rappelle qu'&#171; &lt;i&gt;arr&#234;ter de payer par ch&#232;que, c'est d&#233;j&#224; un gain de temps ; car il faut compter le temps de l'envoi par courrier du ch&#232;que, ou bien le d&#233;placement pour d&#233;poser. [...] Plus s&#233;curis&#233; aussi, parce que pendant tout ce processus, le bout de papier peut &#234;tre perdu ou &#233;ventuellement vol&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Le jeudi, long focus sur une op&#233;ration commerciale de la compagnie a&#233;rienne espagnole Volot&#233;a, qui se r&#233;serve le droit d'augmenter le prix du billet si le baril d&#233;passe un certain bar&#232;me. Avec remboursement possible si le baril baisse, nous pr&#233;cise-t-on. Une avocate en droit du tourisme vient confirmer &#224; J&#233;r&#244;me Cadet, qui se fait porte-parole du consommateur, que c'est bien l&#233;gal. &#171; &lt;i&gt;Est-ce que c'est une premi&#232;re dans le secteur a&#233;rien ?&lt;/i&gt; relance-t-il. &lt;i&gt;Est-ce que d'autres acteurs du tourisme pourraient faire la m&#234;me chose ? J'ai r&#233;serv&#233; un g&#238;te, j'ai r&#233;serv&#233; un camping cet &#233;t&#233;, j'ai r&#233;serv&#233; un trajet en bus, entre temps les prix ont grimp&#233; et je dois repayer : c'est possible de l'&#233;tendre ? Au d&#233;part, le consommateur, il a pas pay&#233; &#224; ce tarif-l&#224;...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Le traitement fait-diversier du monde&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;La plupart de ces sujets, qui pourtant re&#231;oivent un temps d'antenne cons&#233;quent, sont &lt;i&gt;illustr&#233;s&lt;/i&gt; plut&#244;t qu'&lt;i&gt;approfondis&lt;/i&gt;. La mise en contexte politique et sociale fait souvent d&#233;faut, au point d'&#233;vacuer toute approche critique au profit d'un effet catalogue d&#233;risoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le traitement de l'oliveraie en cours de plantation dans le Morbihan est embl&#233;matique de cette tendance : &#171; &lt;i&gt;Il y avait les sardines bretonnes, il y aura dans quelques ann&#233;es l'huile qui va avec, l'huile d'olive produite en Bretagne c'est pour bient&#244;t !&lt;/i&gt; &#187;, badine J&#233;r&#244;me Cadet, avant de lancer le reportage d'un correspondant d&#233;p&#234;ch&#233; sur place, qui nous parle terre et cailloux, avant de nous apprendre que &#171; &lt;i&gt;Thierry adore cette id&#233;e&lt;/i&gt; &#187; &#8211; lequel Thierry, dont le statut n'est pas pr&#233;cis&#233;, nous informe qu'il &#171; &lt;i&gt;commence &#224; imaginer des plats particuli&#232;rement sympathiques&lt;/i&gt; &#187;. Si J&#233;r&#244;me Cadet mentionne la migration septentrionale des oliviers comme &#171; &lt;i&gt;une manifestation du r&#233;chauffement climatique&lt;/i&gt; &#187;, rien n'est dit ni sur sa gravit&#233; ni sur les ravages qu'il provoque, y compris dans le secteur agricole &#8211; ni &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; sur ses causes et le manque de politiques publiques ad&#233;quates pour l'enrayer. Mais faut-il d'ailleurs l'enrayer ? Le r&#233;chauffement climatique, raval&#233; &#224; un &#233;l&#233;ment de d&#233;cor somme toute normal, est en effet pr&#233;sent&#233; ici comme une opportunit&#233; &#233;conomique proche du terroir, un &#233;l&#233;ment de valorisation plus que de d&#233;gradation. &#171; &lt;i&gt;D&#233;luge en fin d'hiver, puis r&#233;gime sec&lt;/i&gt; &#187; : m&#234;me topo quand J&#233;r&#244;me Cadet nous emm&#232;ne &#224; Pont-Saint-Vincent, dans une ferme de mara&#238;chage bio, pour entendre comment deux jeunes agriculteurs composent avec une m&#233;t&#233;o devenue capricieuse. &#192; aucun moment, le r&#233;chauffement climatique ou ses ressorts ne sont mentionn&#233;s dans le sujet. Les mara&#238;chers vont simplement repousser la mise sur le march&#233; de leurs produits : France Inter nous montre ainsi comment s'arranger avec les vicissitudes du climat, par de petits ajustements momentan&#233;s. Ou comment mettre en avant la r&#233;silience locale et l'adaptation &#233;conomique plut&#244;t que la causalit&#233; physique et l'analyse politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce traitement est &#233;galement r&#233;serv&#233; &#224; l'actualit&#233; &#171; s&#233;rieuse &#187;, g&#233;opolitique par exemple. Ainsi de l'angle choisi pour parler de la guerre en Iran, mercredi 29 avril. Apr&#232;s avoir abord&#233; la d&#233;valuation de la monnaie iranienne et le nombre de victimes du r&#233;gime iranien, J&#233;r&#244;me Cadet nous emm&#232;ne aux &#201;tats-Unis, o&#249; le ministre am&#233;ricain de la D&#233;fense doit s'exprimer devant les parlementaires pour la premi&#232;re fois depuis le d&#233;but du conflit. Conflit &#171; &lt;i&gt;dont les Am&#233;ricains ne savent plus comment sortir, et [qui] leur va[u]t les critiques de certains de leurs alli&#233;s. C'est le cas du Royaume-Uni : le roi Charles III en visite en ce moment aux &#201;tats-Unis a d'ailleurs profit&#233; d'un discours lors d'un d&#238;ner d'&#201;tat &#224; la Maison blanche, pour piquer Donald Trump qui &#233;tait juste en face de lui&lt;/i&gt; &#187;. La voix du monarque prend alors le relai : &#171; &lt;i&gt;Vous avez r&#233;cemment fait remarquer, monsieur le pr&#233;sident, que sans l'intervention des &#201;tats-Unis, les Europ&#233;ens parleraient allemand. Oserais-je dire que sans nous, vous parleriez fran&#231;ais ?&lt;/i&gt; &#187; Rires dans la salle. &#171; &lt;i&gt;Allusion aux colonies britanniques qui ont chass&#233; les colonies fran&#231;aises en Am&#233;rique du Nord. Charles III, tout en humour British&lt;/i&gt; &#187;, sous-titre J&#233;r&#244;me Cadet. De l'&#233;tat du d&#233;bat parlementaire sur l'invasion en Iran, on ne saura rien. Ni sur le positionnement des alli&#233;s, ramen&#233; au registre de la blagounette diplomatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actualit&#233; &#233;conomique est log&#233;e &#224; la m&#234;me enseigne, recevant un traitement relativement superficiel qui fr&#244;le parfois l'approche marketing. Comme ce sujet sur la hausse des ventes de voitures &#233;lectriques, vendredi 1er mai, au cours duquel la journaliste fait elle-m&#234;me un comparatif entre les constructeurs et mod&#232;les fran&#231;ais, am&#233;ricains et chinois, sauce &lt;i&gt;Auto-Moto&lt;/i&gt;. On n'apprendra rien sur l'impact des voitures &#233;lectriques sur l'environnement ni sur les cha&#238;nes de valeur mondiales des m&#233;taux rares. Mais, &#171; &lt;i&gt;au passage, on d&#233;couvre de nouvelles marques de voiture, avec vous&lt;/i&gt; &#187;, appr&#233;cie J&#233;r&#244;me Cadet. Ou ce sujet sur le g&#233;ant chinois du textile, Shein, dont l'impact &#233;conomique est r&#233;duit &#224; un fait divers local, en l'occurrence un reportage &#224; propos d'une cr&#233;atrice de mode de Caen victime de contrefa&#231;on : &#171; &lt;i&gt;Tous les jours, Margot &#233;cume les sites internet et les r&#233;seaux sociaux pour optimiser ses ventes en ligne, et grosse surprise la semaine derni&#232;re quand elle aper&#231;oit ses bandeaux en dentelle sur le site de Shein !&lt;/i&gt; &#187; Nous apprenons aussi r&#233;guli&#232;rement la mise en liquidation judiciaire d'enseignes fran&#231;aises, sans davantage de pr&#233;cisions (3 cette semaine-l&#224;, annonc&#233;es &#224; la vol&#233;e). Bref, un traitement de surface, qui ne permet pas de nourrir une appr&#233;ciation critique des r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;La hi&#233;rarchie de l'info : un grand patchwork&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Le 13h de Cadet met aussi &#224; mal l'exigence de hi&#233;rarchie dans l'information, offrant un patchwork de sujets mis sur un pied d'&#233;galit&#233; et s'encha&#238;nant parfois sans transition intelligible, au gr&#233; d'un conducteur compl&#232;tement d&#233;cousu. Les composantes de &#171; l'actualit&#233; &#187; sont alors nivel&#233;es dans un flux d'ambiance o&#249; dispara&#238;t toute mise en perspective politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet sur l'oliveraie bretonne, par exemple, fait carr&#233;ment l'ouverture du 13h. Ce jour-l&#224;, c'est un accident de la route qui suit&#8230; puis des retards de train ! Il faut attendre le 5e sujet pour que la gr&#232;ve du personnel p&#233;nitentiaire, qui domine l'actualit&#233; sociale, soit enfin trait&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est surtout la proportion de temps d'antenne rapport&#233;e &#224; chaque type de sujet qui interroge. Le lundi, nous passons autant de temps sur &#171; l'huile d'olive 100% bretonne &#187; ou sur les accidents routiers que sur la r&#233;ponse diplomatique de l'Iran face &#224; la guerre isra&#233;lo-am&#233;ricaine. Les jours suivants, davantage de temps sur le foot que sur les derniers chiffres du ch&#244;mage (mardi) ou les superprofits de Total li&#233;s &#224; la flamb&#233;e du cours du p&#233;trole (mercredi). Le jeudi, on entend plus parler de la billetterie de Volot&#233;a &#8211; le sujet le plus long du journal &#8211; et du bus dans la Seine que des indicateurs &#233;conomiques fran&#231;ais et europ&#233;ens, de la r&#233;ponse du gouvernement &#224; l'inflation des prix du carburant, des 9 morts au Liban, de l'arraisonnement de la flottille pour Gaza par Isra&#235;l ou encore du blocage du d&#233;troit d'Ormuz. Le vendredi, une rave party ou le Lazare rennais b&#233;n&#233;ficient d'une couverture &#233;quivalente aux d&#233;fil&#233;s syndicaux du 1er mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, et c'est le propre des journaux d'information, la nature des transitions, ou plut&#244;t leur absence, ne laisse de surprendre. Le lundi par exemple, on passe d'un sujet sur le proc&#232;s libyen de Sarkozy au record du marathon et &#224; la nouvelle basket r&#233;volutionnaire d'Adidas. Ou le jeudi, du reportage dans l'exploitation mara&#238;ch&#232;re de Saint-Vincent au non-remplacement des profs, au placement en redressement judiciaire des Canel&#233;s Baillardran, au lancement r&#233;ussi d'Ariane 6 pour le compte d'Amazon, aux concerts de Padirac. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Le format magazine au service du statu quo&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Pour comprendre ces t&#226;tonnements, il faut bien s&#251;r se pencher sur les modalit&#233;s de production : l'&#233;dition du jour &#233;tant discut&#233;e le matin m&#234;me, il reste bien peu de temps pour produire les sujets. Pour les besoins du remplissage, la r&#233;daction peut recycler des sujets d&#233;j&#224; diffus&#233;s sur d'autres antennes de la radio publique : les sujets &#171; insolites &#187; et/ou d'information locale notamment, produits relativement au rabais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La production de ces reportages repose en partie sur un pr&#233;cariat organis&#233; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et centralis&#233;s sur un seul et m&#234;me logiciel de Radio France, o&#249; le 13h vient donc faire son march&#233;. D'o&#249; cette impression d'incoh&#233;rence globale, mais aussi de musique artificielle au contact des infos locales du 13h.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que la composition du 13h d'Inter, les sujets choisis et la fa&#231;on dont ils sont trait&#233;s, y compris les plus s&#233;rieux, vident l'information de sa substance. Car cette mani&#232;re de produire et de mettre en r&#233;cit le r&#233;el &#8211; alternance des intensit&#233;s, &#171; respirations &#187; patrimoniales, traitement &#233;motionnel des catastrophes, sujets insolites, personnalisation syst&#233;matique, douceur de la banalit&#233;, dilution des causalit&#233;s structurelles &#8211; conduit &#224; une d&#233;politisation, o&#249; la distraction supplante la conflictualit&#233;. Sous couvert de proximit&#233;, d'&#233;coute et de bienveillance, le journalisme de service public tend d&#232;s lors &#224; se transformer en gestion atmosph&#233;rique du r&#233;el. Le monde qui parvient &#224; nos oreilles n'est pas seulement filtr&#233; ; il est amorti, dispers&#233;, all&#233;g&#233;, anesth&#233;si&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13h d'Inter contribue ainsi &#224; lisser les antagonismes, &#224; convertir les crises en micro-r&#233;cits humains, &#224; transformer les rapports de force en anecdotes, &#224; remplacer les structures par des affects. Bref, &#224; entretenir le statu quo, comme un miroir sans dialectique. Rien que de tr&#232;s coh&#233;rent pour une station qui se pose &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/2020/08/GARCIA/62081&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en m&#233;dia de pacification culturelle&lt;/a&gt; &#224; destination des classes moyennes dipl&#244;m&#233;es, c'est-&#224;-dire en stabilisateur de l'ordre &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Cl&#233;ment S&#233;n&#233;chal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La production de ces reportages repose en partie sur un pr&#233;cariat organis&#233; &#224; Radio France, confi&#233;s &#224; des journalistes en int&#233;rim qui, dans l'espoir d'&#234;tre un jour titularis&#233;s, multiplient les reportages locaux avec un temps de travail relativement court sur leurs terrains.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L&#233;a Salam&#233;, archange m&#233;diatique des grands patrons</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Lea-Salame-archange-mediatique-des-grands-patrons</link>
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		<dc:date>2026-04-16T12:52:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Cl&#233;ment S&#233;n&#233;chal</dc:creator>


		<dc:subject>France 2</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;a Salam&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;France 2, 4 avril.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Journalistes-et-patrons-" rel="directory"&gt;Journalistes et patrons&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-France-2-+" rel="tag"&gt;France 2&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Lea-Salame-+" rel="tag"&gt;L&#233;a Salam&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH91/salamearnault-7afdf.jpg?1776672967' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='91' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour restaurer son image, le grand patronat peut toujours compter sur L&#233;a Salam&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 23 f&#233;vrier 2026, Marc-Olivier Fogiel re&#231;oit une invit&#233;e &#171; exceptionnelle &#187; sur RTL : la pianiste H&#233;l&#232;ne Mercier-Arnault, &#171; &#233;pouse de Bernard Arnault &#187; (c'est pr&#233;cis&#233; dans le titre). &#192; cette occasion, elle d&#233;clare notamment que &#171; &lt;i&gt;les clochards&lt;/i&gt; &#187; le seraient par &#171; &lt;i&gt;choix de vie&lt;/i&gt; &#187;. Si ces propos ne sont pas diffus&#233;s par RTL, ils sont exhum&#233;s pr&#232;s d'un mois plus tard par &lt;a href=&#034;https://www.blast-info.fr/articles/2026/les-sdf-choisissent-leur-vie-le-passage-censure-au-montage-dhelene-mercier-arnault-sur-rtl-2d1UQcs3Tk-8zWvpvXpdYQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Blast&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/190326/etre-sans-abri-un-choix-de-vie-helene-mercier-arnault-coupee-au-montage-sur-rtl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mediapart&lt;/a&gt; (19/03). Face au toll&#233;, H&#233;l&#232;ne Mercier-Arnault a pu compter sur L&#233;a Salam&#233; pour restaurer son image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le 4 avril, dans l'&#233;mission d'infotainment &#224; paillettes &#171; Quelle &#233;poque &#187; (France 2), qu'on a pu assister &#224; la contrition poignante d'H&#233;l&#232;ne Mercier-Arnault&#8230; Apr&#232;s l'in&#233;vitable promotion du disque de l'invit&#233;e &#8211; plus de vingt (longues) minutes de complaisance &#8211;, L&#233;a Salam&#233; introduit la s&#233;quence qui l'int&#233;resse r&#233;ellement :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;a Salam&#233; :&lt;/strong&gt; Vous avez donn&#233; une interview il y a un peu plus d'un mois &#224; RTL, &#224; Marc-Olivier Fogiel. Dans cette interview-l&#224;, qui a dur&#233; plus de 20 minutes, elle a &#233;t&#233; mont&#233;e, ce qui arrive souvent &#8211; donc ils ont gard&#233; 10 minutes qu'ils ont diffus&#233;es. Et puis, il y a un extrait qui a fuit&#233;, dans la presse, dans Mediapart notamment, o&#249; on vous entend dire les mots suivants [&#8230;] : &#171; Ce que je vais vous dire va peut-&#234;tre vous choquer, les SDF j'y pense pas tous les jours. La premi&#232;re fois o&#249; j'ai vu des clochards, c'est quand je suis arriv&#233;e &#224; Paris. C'est aussi, j'ai l'impression, un choix de vie. Un choix de vie avec des gens [...] qui ont d&#233;cid&#233; de l&#226;cher la soci&#233;t&#233;. C'est un retrait du monde. &#187; Vous comprenez que cette phrase ait choqu&#233; beaucoup de monde ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La fa&#231;on dont L&#233;a Salam&#233; revient sur les &#233;v&#233;nements est int&#233;ressante : elle insiste d'abord sur le montage et les coupes, &#171; &lt;i&gt;&#231;a arrive souvent&lt;/i&gt; &#187;, puis parle de &#171; &lt;i&gt;fuite [&#8230;] dans Mediapart&lt;/i&gt; &#187; &#8211; alors m&#234;me que l'int&#233;ress&#233;e se trouvait dans un dispositif d'interview explicite chez RTL, donc en situation de parole publique. De quoi distiller l'impression qu'H&#233;l&#232;ne Mercier-Arnault a pu &#234;tre pi&#233;g&#233;e, que les choses n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;glo, justifiant ainsi la maladresse ? Il s'agit, pr&#233;cis&#233;ment, d'une s&#233;ance de rattrapage en bonne et due forme :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- H&#233;l&#232;ne Mercier-Arnault :&lt;/strong&gt; Il m'a pos&#233; plein de questions, des questions sur Trump, sur Macron ; et moi je pensais qu'il allait me poser des questions compl&#232;tement diff&#233;rentes. Je devais pr&#233;senter mon disque, et toutes les questions qu'il m'a pos&#233;es pratiquement &#233;taient des surprises. Mauvaises surprises. Mais en m&#234;me temps, je pensais que c'&#233;tait un sketch, quoi. Rien de&#8230; Vous voyez, quoi. C'&#233;tait une mise en sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- L&#233;a Salam&#233; :&lt;/strong&gt; Mais sur cette r&#233;ponse-l&#224;, on s'est dit &#171; oh la la ! Elle est compl&#232;tement d&#233;connect&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- H&#233;l&#232;ne Mercier-Arnault :&lt;/strong&gt; Non. Alors il faut dire, le montage n'est pas du tout bien fait, il y a beaucoup de choses qui ont &#233;t&#233; coup&#233;es l&#224;-dedans, c'est juste des parties qu'on entend.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, selon Blast, le passage ind&#233;licat a &#233;t&#233; censur&#233; par RTL suite &#224; la demande expresse de son attach&#233;e de presse. Cette d&#233;fense pour le moins confuse laisse place ensuite au v&#233;ritable morceau de bravoure qui, lui, ne sera pas coup&#233; au montage par France 2. Tr&#233;molos grandissants dans la voix, moulinets submerg&#233;s d'&#233;motions avec les mains, la pianiste poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- H&#233;l&#232;ne Mercier-Arnault :&lt;/strong&gt; Et d&#232;s qu'il m'a parl&#233; des SDF [...], j'ai eu un esp&#232;ce de retour en arri&#232;re de ma vie, quand j'avais 16 ans, quand j'habitais avec ma s&#339;ur &#224; Nanterre, o&#249; elle avait un amoureux SDF. Et elle voulait aller vivre avec lui dans la gare du RER &#224; Nanterre. Donc tout de suite &#231;a m'est venu quand il m'a parl&#233; de &#231;a, j'ai eu besoin de dire &#171; j'y pense pas tous les jours &#187; parce que c'&#233;tait insupportable, tout d'un coup, cette violence. Alors je suis d&#233;sol&#233;e de pleurer &#224; la t&#233;l&#233;vision. En fait, c'est honteux. Et puis c'est tr&#232;s impudique, vous voyez l&#224;. D&#233;sol&#233;, mais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'explication, quoique originale, ne suscite aucune relance de L&#233;a Salam&#233;. Sans doute parce qu'elle appara&#238;t secondaire face au geste d'H&#233;l&#232;ne Mercier-Arnault : essuyer des larmes &#224; ses yeux, h&#233;las invisibles &#224; l'&#233;cran malgr&#233; le plan serr&#233; du r&#233;alisateur. Mais l'essentiel est fait : L&#233;a Salam&#233; tient son &#171; moment &#187;, une contre-s&#233;quence calibr&#233;e pour tourner sur les r&#233;seaux sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;D&#233;politiser l'&#233;poque&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Quant &#224; savoir pourquoi les paroles initiales de madame Arnault sont &#171; choquantes &#187;, la question est trait&#233;e de mani&#232;re superficielle, essentiellement pour la forme : &#171; &lt;i&gt;De ces derni&#232;res ann&#233;es, il y a une telle in&#233;galit&#233;, entre les 1% qui gagnent tellement de milliards et les gens qui gal&#232;rent [&#8230;] et qui se disent que des gens comme vous, comme votre mari, sont totalement d&#233;connect&#233;s et vivent dans leur petit monde, et ne comprennent pas les vraies souffrances des gens, et c'est peut-&#234;tre &#231;a qui a r&#233;sonn&#233; dans cette phrase-l&#224;&lt;/i&gt; &#187; d&#233;samorce L&#233;a Salam&#233;. R&#233;ponse de l'int&#233;ress&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Mais mon mari travaille tellement, il ne profite jamais de la vie, c'est pour &#231;a je suis ravie de faire autant de piano, il travaille, il construit, il donne des emplois&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Relance de L&#233;a Salam&#233; : &#171; &lt;i&gt;Oui.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hugo Cl&#233;ment, l'autre &#171; journaliste &#187; de l'&#233;mission, tente alors un relai : &#171; &lt;i&gt;Ce ressentiment qu'il y a dans une partie de la population, envers les ultra-riches et ces fortunes qui augmentent, vous le comprenez, quand m&#234;me ?&lt;/i&gt; &#187; R&#233;ponse : &#171; &lt;i&gt;Je comprends, parce qu'il y a souvent des attitudes de gens tr&#232;s riches qui se croient tout permis, au-dessus de tout le monde, qui sont tr&#232;s arrogants, c'est insupportable.&lt;/i&gt; &#187; Un probl&#232;me d'&#233;ducation, donc. Relance du contradicteur : &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas le cas de votre mari, donc, selon vous.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Non&lt;/i&gt; &#187;, se contente de r&#233;pondre l'&#233;pouse. Fin de l'&#233;change, on en restera l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne d&#233;battra pas davantage des in&#233;galit&#233;s qui s&#233;vissent en France, de la hausse de la pauvret&#233; sous la pr&#233;sidence du mari de la &#171; &lt;i&gt;copine&lt;/i&gt; &#187; d'H&#233;l&#232;ne Mercier-Arnault, sur la persistance des SDF dans la 7e &#233;conomie mondiale, ni des ressorts de la fortune de Bernard Arnault, que L&#233;a Salam&#233; pr&#233;sente d'ailleurs d'embl&#233;e comme l'&#171; &lt;i&gt;un des plus grands chefs d'entreprise fran&#231;ais&lt;/i&gt; &#187;, qui &#171; &lt;i&gt;cr&#233;e plein d'emplois&lt;/i&gt; &#187; (et &#171; &lt;i&gt;qui suscite beaucoup de fantasmes&lt;/i&gt; &#187;). Car &#171; Quelle &#233;poque &#187; n'est pas tant l&#224; pour &#233;clairer l'histoire que pour d&#233;politiser ses enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'occurrence, en dehors de la s&#233;quence commedia dell'arte, c'est une trentaine de minutes de bavardages people qu'il faut subir. Sur sa love story avec Bernard et la tenue dans laquelle il se couche, sur sa s&#339;ur Madeleine qui fumait du cannabis et qui s'est suicid&#233;e, sur ses voyages et sa mani&#232;re de faire sa valise, sur son horreur des d&#238;ners mondains et la gu&#233;guerre de succession entre prog&#233;nitures dor&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que L&#233;a Salam&#233; et son acolyte font &#233;talage de leurs qualit&#233;s d'intervieweurs. Floril&#232;ge : &#171; &lt;i&gt;Votre mari, quand vous le rencontrez, vous lui dites tr&#232;s clairement &#034;d&#233;sol&#233;, moi j'aime pas les hommes d'affaires, c'est que des voleurs ou des menteurs&#034;&lt;/i&gt; &#187; (L&#233;a Salam&#233;) ; &#171; &lt;i&gt;Je crois que c'est votre mari, Bernard Arnault, qui vous a sorti de ce deuil, en vous disant une phrase qui vous a fait l'effet d'un &#233;lectrochoc ? Qu'est-ce qu'il vous a dit ?&lt;/i&gt; &#187; (Hugo Cl&#233;ment) ; &#171; &lt;i&gt;M&#234;me &#224; votre mari, vous lui dites &#034;je peux claquer la porte&#034; ?&lt;/i&gt; &#187; (L&#233;a Salam&#233;) ; &#171; &lt;i&gt;Est-ce qu'il vous joue toujours &#231;a, l'&#201;tude r&#233;volutionnaire de Chopin ?&lt;/i&gt; &#187; (Hugo Cl&#233;ment) ; &#171; &lt;i&gt;Ceux qui disent qu'il est hautain, qu'il est froid, qu'est-ce que &#231;a vous fait ?&lt;/i&gt; &#187; (L&#233;a Salam&#233;) ; &#171; &lt;i&gt;Vous allez faire vos courses au supermarch&#233; ?&lt;/i&gt; &#187; (Hugo Cl&#233;ment) ; &#171; &lt;i&gt;35 ans d'amour, c'est quoi le secret de la long&#233;vit&#233; ?&lt;/i&gt; &#187; (L&#233;a Salam&#233;) &#8211; jusqu'alors silencieux, le journaliste Julian Bugier, invit&#233;, tente une relance : &#171; &lt;i&gt;On est tous int&#233;ress&#233;s par la r&#233;ponse&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, l'ensemble de la s&#233;quence consacr&#233;e &#224; H&#233;l&#232;ne Mercier-Arnault vise &#224; humaniser la grande bourgeoisie, rattraper ses maladresses et d&#233;politiser ses positions. Par la chronique mondaine, L&#233;a Salam&#233; s'&#233;chine &#224; d&#233;r&#233;aliser les rapports de pouvoir en anesth&#233;siant les rapports de classe.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_16507 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/salamearnault.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH304/salamearnault-ca5c6.jpg?1776672967' width='500' height='304' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Merci pour ce moment&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Ancienne &#233;g&#233;rie de la matinale de France Inter et &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Starification-des-journalistes-le-cas-Lea-Salame&#034;&gt;d&#233;sormais star&lt;/a&gt; du 20h de France 2, L&#233;a Salam&#233; cultive le m&#233;lange des genres. Dans &#171; Quelle &#233;poque &#187;, une &#233;mission de divertissement pr&#233;sent&#233;e comme un talk-show sur l'actualit&#233;, on ne sait plus trop si on a affaire &#224; une journaliste de premier plan ou &#224; l'animatrice glamour du show-business.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#233;lange des genres est utile : il lui permet de reverser la l&#233;gitimit&#233; symbolique associ&#233;e &#224; la cr&#233;dibilit&#233; journalistique (et au service public) sur son r&#244;le de faire-valoir des grands et des grandes de cette &#233;poque. En l'esp&#232;ce, apporter le gage de s&#233;rieux &#224; ce sketch de seconde zone et replacer le cadrage de la pol&#233;mique dans les bornes consensuelles de l'ordre &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui en fait une ressource de premier plan pour la classe dominante. On pourrait d'ailleurs imaginer que cette s&#233;ance de rattrapage offerte sur un plateau &#224; madame Arnault vise &#224; rabrouer les mauvaises mani&#232;res d'un concurrent (Marc-Olivier Fogiel). Et ainsi de se placer avantageusement dans le portefeuille de faveurs d'un grand patron de presse ? Car Bernard Arnault d&#233;tient aussi, par l'interm&#233;diaire de son groupe de luxe LVMH, le groupe Les &#201;chos-Le Parisien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est aussi une mani&#232;re de r&#233;affirmer un credo qu'elle exprimait sans d&#233;tours en mai 2024, dans une interview vid&#233;o pour Konbini : &#171; &lt;i&gt;Moi, mon obsession le matin sur Inter par exemple, c'est qu'il y ait un moment. Ce n'est pas d'aller chercher, d&#233;celer la v&#233;rit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; CQFD. La starification journalistique ne passe pas par des enqu&#234;tes au long cours dignes du prix Albert-Londres, mais par l'exhibitionnisme des connivences aupr&#232;s des puissants.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;L'archange m&#233;diatique des grands patrons&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Naturaliser la bonne fortune du grand patronat : L&#233;a Salam&#233; est coutumi&#232;re du fait. Il y a dix ans d&#233;j&#224;, en d&#233;cembre 2016, elle consacrait une longue interview &#171; embedded &#187; &#224;&#8230; Bernard Arnault, pour l'&#233;mission &#171; Le doc Stup&#233;fiant &#187; (France 5). Le reportage introduit son sujet avec neutralit&#233; et distance toutes journalistiques : &#171; &lt;i&gt;C'est l'une des plus belles expositions du moment, elle est visible &#224; Paris, la collection Chtchoukine, c'est &#224; la Fondation Louis Vuitton, chez le milliardaire Bernard Arnault, que &#231;a se passe. Et du coup on pose cette question : quand l'&#201;tat est &#224; sec, est-ce que ce sont les milliardaires qui vont sauver le monde de l'art ? [&#8230;] Une rencontre exclusive.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'embl&#233;e, le biais id&#233;ologique est clair : les milliardaires, bons samaritains d'une &#233;poque marqu&#233;e par le d&#233;mant&#232;lement de l'&#201;tat (comme s'il n'y avait aucune corr&#233;lation entre les deux). Puis le reportage rappelle que Bernard Arnault a suscit&#233; la pol&#233;mique quelques mois plus t&#244;t, en demandant la nationalit&#233; belge pour des raisons fiscales. Sauf que &#171; &lt;i&gt;le milliardaire a cette fois les honneurs de la R&#233;publique&lt;/i&gt; &#187;, nous rassure la voix off.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, L&#233;a Salam&#233; semble bien orchestrer une s&#233;ance de rattrapage afin de redorer le blason meurtri de la sainte bourgeoisie. D'ailleurs, d&#232;s l'entame de la discussion avec le discret milliardaire, L&#233;a Salam&#233; met les pieds dans le plat : &#171; &lt;i&gt;Vous en avez marre d'&#234;tre critiqu&#233; ?&lt;/i&gt; &#187;, avant de laisser son interlocuteur d&#233;baller p&#233;niblement ses &#233;l&#233;ments de langage (en France on n'aime pas la r&#233;ussite, &lt;i&gt;grosso modo&lt;/i&gt;) tout en opinant du chef. Quand le bienfaiteur de la cr&#233;ation &#233;voque &#171; &lt;i&gt;l'esprit socialo-marxiste qui pr&#233;domine en France&lt;/i&gt; &#187;, elle oppose un &#171; &lt;i&gt;oulah&lt;/i&gt; &#187; badin, avant de changer de sujet prestement, visiblement rassur&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Quand je dis socialo-marxiste, je ne parle pas de vous, L&#233;a Salam&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le reste, les vingt minutes hagiographiques du reportage retracent le parcours exemplaire du milliardaire et sa passion &#8211; lucrative &#8211; pour l'art (on les voit s'extasier devant un Basquiat &#171; &lt;i&gt;qui vaut des millions&lt;/i&gt; &#187; et lui appartient personnellement, acquis &#171; &lt;i&gt;dans des conditions int&#233;ressantes&lt;/i&gt; &#187; &#224; l'&#233;poque, c'est-&#224;-dire entre 10 000 et 20 000 dollars), ponctu&#233;es par une conversation confondante de d&#233;f&#233;rence, dans laquelle L&#233;a Salam&#233;, volontiers s&#233;millante, interroge par exemple le nabab sur son go&#251;t &#8211; manifestement limit&#233; au marketing de sa fondation &#8211; pour le rap US, apr&#232;s une s&#233;ance de piano suppos&#233;ment improvis&#233;e (l'homme a du g&#233;nie d&#233;cid&#233;ment), ou sur sa mani&#232;re de rester en contact avec la &#171; &lt;i&gt;duret&#233; du monde&lt;/i&gt; &#187; (il d&#238;ne de temps en temps avec des salari&#233;es). Avec un d&#233;licieux final &#224; propos du m&#233;c&#232;ne implicite de l'exposition en cours &#224; la Fondation Louis Vuitton, le brave pr&#233;sident russe, o&#249; affleure une pointe de jalousie : &#171; &lt;i&gt;Vous l'avez d&#233;j&#224; rencontr&#233;, Vladimir Poutine ? Il est comment ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rebelote en janvier 2020 o&#249; elle d&#233;croche pour France Inter un entretien avec &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Affaire-Carlos-Ghosn-le-journalisme-se-fait-la&#034;&gt;Carlos Ghosn&lt;/a&gt; au Liban, le patron d&#233;chu de Renault-Nissan, en cavale depuis une semaine apr&#232;s un mandat d'arr&#234;t du Japon. Pour blanchir le grand patron, plut&#244;t que de revenir sur la situation du groupe automobile ou les chefs d'accusation pesant sur l'homme d'affaire, L&#233;a Salam&#233; va concentrer l'entretien sur la planification et le d&#233;roulement de l'&#233;vasion, en lui donnant une consonance glamour : &#171; &lt;i&gt;Votre &#233;vasion fascine le monde entier, pour beaucoup d'enfants vous &#234;tes l'homme qui a voyag&#233; dans la malle. Vous avez vraiment voyag&#233; dans la malle ?&lt;/i&gt; &#187; insiste-t-elle, sourire b&#233;ant. &#171; &lt;i&gt;La malle, pas la malle, allez, un petit indice. Tout le monde r&#234;ve de savoir &#231;a&lt;/i&gt; &#187; relance-t-elle. &#171; &lt;i&gt;En tout cas vous ne dites pas que c'est faux, la malle&lt;/i&gt; &#187; conclut-elle, pugnace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, comme avec H&#233;l&#232;ne Mercier-Arnault, vient le recours aux &#233;motions individuelles pour susciter l'empathie et dissoudre le caract&#232;re politique de l'affaire : &#171; &lt;i&gt;Vous avez eu peur, lors de cette cavale ?&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Mais vous avez eu peur ou pas ? Peur de mourir ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Grands patrons, grande parole&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&#192; &#233;couter L&#233;a Salam&#233;, on voit se dessiner la figure du grand patron en une sorte d'oracle s&#233;cularis&#233; dont les paroles occupent le sommet de la hi&#233;rarchie discursive. Ils incarnent le pouvoir, le vrai. Un pouvoir immuable et naturel. Quand elle officiait &#224; France Inter, plusieurs pontes du CAC 40 ont ainsi d&#233;fil&#233; agr&#233;ablement dans sa matinale, pour livrer parole d'&#233;vangile &#224; la pl&#232;be.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien que pour la grande distribution, L&#233;a Salam&#233; a ainsi pu y interroger Dominique Schelcher (Syt&#232;me U) le 12 septembre 2023, &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Thierry-Cotillard-nouveau-patron-prefere-des&#034;&gt;Thierry Cotillard&lt;/a&gt; (Intermarch&#233;, Bricorama) le 27 f&#233;vrier 2024, Alexandre Bompard (Carrefour) le 17 octobre 2024 et Michel-&#201;douard Leclerc (centres E. Leclerc) le 28 avril 2025. Non pas pour les confronter aux contradictions du capitalisme (comme la crise environnementale ou la hausse de la pauvret&#233;), mais pour solliciter leurs avis bien avis&#233;s sur la conjoncture &#233;conomique &#8211; et plus largement g&#233;opolitique : inflation, d&#233;ficit budg&#233;taire, droits de douane, pouvoir d'achat, crise agricole, Trump, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le m&#234;me Michel-&#201;douard Leclerc que l'on retrouvait invit&#233; dans la s&#233;quence entretien du 20h inaugural de L&#233;a Salam&#233; sur France 2, le 1er septembre 2025, pour deviser sur l'humeur des Fran&#231;ais. Ou encore mardi 14 avril 2026, pour disserter sur l'inflation du prix des carburants. Juge et partie ? Non, barom&#232;tre implacable. Lors de sa derni&#232;re interview &#224; la radio publique, L&#233;a Salam&#233; poussait m&#234;me celui qu'elle pr&#233;sente comme l'un des grands patrons &#171; les plus embl&#233;matiques &#187; &#224; franchir le Rubicon de la politique : &#171; &lt;i&gt;Non mais Michel-&#201;douard Leclerc, vous dites que vous voulez &#234;tre utile. On vous entend. Mais vous nous l'aviez dit &#224; cette place-l&#224; il y a un an, au moment des europ&#233;ennes, &#034;je n'exclue pas d'y aller&#034;, et finalement vous n'y allez pas, quoi.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une obligeance qui contraste avec le ton employ&#233; pour interroger ceux dont la fonction est de d&#233;fendre les salari&#233;s face au patronat. Comme ce jour o&#249;, en pleine mobilisation sociale contre la r&#233;forme des retraites, le leader de la CGT de l'&#233;poque, Philippe Martinez, &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Retraites-Nicolas-Demorand-et-Lea-Salame-chiens&#034;&gt;se retrouve en garde &#224; vue face &#224; elle et Nicolas Demorand&lt;/a&gt;, qui lui enjoignent de participer &#224; la table des n&#233;gociations. Avec cette remarque &#233;l&#233;gante &#224; l'adresse du syndicaliste en lutte : &#171; &lt;i&gt;On dirait un disque ray&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;On voit bien, derri&#232;re cette pratique journalistique, les biais id&#233;ologiques implicites : une vision &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Le-20h-de-France-2-en-passe-de-gagner-le-concours&#034;&gt;r&#233;actionnaire&lt;/a&gt; de l'ordre social, avec les hi&#233;rarchies symboliques qu'il convient de maintenir, au sommet desquelles tr&#244;nent les rois et reines du syst&#232;me &#233;conomique. Dans le 20h de France 2, o&#249; officie L&#233;a Salam&#233; depuis la rentr&#233;e 2025, &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Le-20h-de-Salame-l-info-en-mode-zapping&#034;&gt;la pauvret&#233; est d'ordinaire naturalis&#233;e&lt;/a&gt;. Dans son traitement de l'actualit&#233; &#233;conomique, l'influence politique du grand patronat n'est jamais mise en question. Que ce soit dans le cadrage, le choix des sujets, la hi&#233;rarchie des faits ou dans l'interaction elle-m&#234;me, L&#233;a Salam&#233; pr&#234;terait presque la neutralit&#233; axiologique du journaliste au grand patronat. Avec lequel elle a donc pris l'habitude de construire des &#171; moments &#187; pour l'audiovisuel public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Cl&#233;ment S&#233;n&#233;chal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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