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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Derri&#232;re le cas de CNews, le consensus n&#233;olib&#233;ral contre le pluralisme r&#233;el</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Derriere-le-cas-de-CNews-le-consensus-neoliberal</link>
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		<dc:date>2024-04-08T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nikos Smyrnaios</dc:creator>


		<dc:subject>Pluralisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un texte de Nikos Smyrnaios.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Pluralisme-Par-tous-les-temps-" rel="directory"&gt;&#171; Pluralisme &#187; ?&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Pluralisme-+" rel="tag"&gt;Pluralisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous publions ci-dessous, sous forme de tribune&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les articles publi&#233;s sous forme de &#171; tribune &#187; n'engagent pas collectivement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un texte du chercheur en sciences de l'information et communication Nikos Smyrnaios.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une &lt;a href=&#034;https://www.vie-publique.fr/en-bref/293031-pluralisme-arcom-cnews-une-decision-du-conseil-detat&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;cente intervention du Conseil d'&#201;tat&lt;/a&gt; a remis sur le devant du d&#233;bat politique la question du pluralisme des m&#233;dias. Il s'agit d'un probl&#232;me qui pr&#233;occupe depuis longtemps l'opinion publique. En effet, la transformation de l'espace public ces derni&#232;res d&#233;cennies, sous les effets conjugu&#233;s des mutations technologiques et de la d&#233;r&#233;gulation n&#233;olib&#233;rale, a exacerb&#233; la crise des m&#233;dias. La confiance du public ne cesse de se d&#233;grader et le m&#233;tier de journaliste d'&#234;tre d&#233;consid&#233;r&#233; depuis des nombreuses ann&#233;es. &lt;a href=&#034;https://www.kantarpublic.com/fr/barometres/barometre-de-la-confiance-des-francais-dans-les-media/37e-edition-du-barometre-de-la-confiance-des-francais-dans-les-media-pour-la-croix&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une majorit&#233; du public pense que les journalistes ne sont pas ind&#233;pendants par rapport au pouvoir politique et &#233;conomique et qu'ils ne laissent pas tous les points de vue s'exprimer de mani&#232;re &#233;quitable&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des sympt&#244;mes de cette crise est l'apparition des m&#233;dias partisans qui promeuvent une id&#233;ologie r&#233;actionnaire &#224; l'image de CNews. Suite au recours d&#233;pos&#233; par l'association Reporters sans fronti&#232;res (RSF) &#224; ce sujet, le Conseil d'&#201;tat a jug&#233; insuffisantes les mesures prises par l'Autorit&#233; de r&#233;gulation de la communication audiovisuelle et num&#233;rique (Arcom) afin de s'assurer du respect du pluralisme et de l'ind&#233;pendance de l'information par cette cha&#238;ne. Il a accord&#233; ainsi un d&#233;lai de six mois &#224; l'Arcom pour r&#233;&#233;valuer les moyens mis en &#339;uvre pour assurer le respect de la loi du 30 septembre 1986 sur la libert&#233; de communication, qui pr&#233;voit que les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision doivent &#171; assurer l'honn&#234;tet&#233;, le pluralisme et l'ind&#233;pendance de l'information &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;CNews, sympt&#244;me de la crise d'un syst&#232;me&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Cette affaire est mise en relief par le d&#233;roulement dans la m&#234;me p&#233;riode &lt;a href=&#034;https://www.nouvelobs.com/medias/20240301.OBS85126/aux-auditions-des-cadres-de-cnews-autoflagellation-liberte-editoriale-et-coup-de-fil-quotidien-de-vincent-bollore.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;des auditions des dirigeants de Canal+ et de CNews&lt;/a&gt;, dont Vincent Bollor&#233; et Cyril Hanouna, par la commission d'enqu&#234;te de l'Assembl&#233;e nationale, qui cherche &#224; faire la lumi&#232;re sur l'attribution et le contr&#244;le des autorisations de fr&#233;quences sur la TNT. Le d&#233;bat &#224; ce sujet s'est focalis&#233; sur la m&#233;thode de d&#233;compte du temps de parole politique tel qu'il est effectu&#233; par l'Arcom. Celui-ci se limite actuellement aux personnalit&#233;s politiques qui ont une affiliation partisane claire. Or, CNews fait appel &#224; de nombreux intervenants ext&#233;rieurs, qui expriment des id&#233;es de droite, voire d'extr&#234;me droite, sans &#234;tre pris en compte dans la r&#233;partition du temps de parole politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil d'&#201;tat a jug&#233; que le contr&#244;le du pluralisme s'applique &#224; tous les participants aux programmes diffus&#233;s, &#171; &lt;i&gt;y compris les chroniqueurs, animateurs et invit&#233;s&lt;/i&gt; &#187;. Par ailleurs, aujourd'hui le temps de parole n'est pas mis en rapport avec la part d'audience potentiellement touch&#233;e. Ainsi, des d&#233;comptes ind&#233;pendants, comme &lt;a href=&#034;https://twitter.com/clairesecail/status/1451955480092454921&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;celui fait par la chercheuse Claire S&#233;cail&lt;/a&gt;, montrent que dans certaines &#233;missions populaires de &lt;i&gt;prime time&lt;/i&gt;, comme &#171; Touche pas &#224; mon poste &#187; (C8), la grande majorit&#233; des invit&#233;s sont affili&#233;s directement ou indirectement &#224; la droite et l'extr&#234;me droite. Dans le m&#234;me temps, la parole de la gauche est rel&#233;gu&#233;e dans des &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/LCI-et-CNews-contre-le-pluralisme&#034;&gt;rediffusions au milieu de la nuit&lt;/a&gt;. Ces pratiques n'ont pas cess&#233; malgr&#233; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2024/03/20/retrouvez-toutes-les-sanctions-de-l-arcom-contre-c8-et-cnews_6223105_4355770.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les nombreux rappels &#224; l'ordre de l'Arcom&lt;/a&gt;. Et les provocations sur l'antenne de CNews, qui font partie int&#233;grante de la ligne &#233;ditoriale de la cha&#238;ne, continuent malgr&#233; les amendes et m&#234;me les condamnations des intervenants sur la cha&#238;ne comme &#201;ric Zemmour pour propos racistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble alors que l'Arcom soit incapable d'arr&#234;ter la d&#233;rive de CNews et, de mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, de faire respecter les obligations de pluralisme r&#233;el des m&#233;dias audiovisuels. Se pose alors plusieurs questions : pourquoi r&#233;guler le pluralisme politique sur les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision ? Est-il l&#233;gitime de chercher &#224; d&#233;finir le positionnement politique de tous leurs intervenants afin de comptabiliser leur temps de parole ? Et si oui, comment le faire d'un point de vue m&#233;thodologique ? On peut aussi se demander si une telle mesure serait suffisante pour garantir le pluralisme politique d'une cha&#238;ne comme CNews et plus g&#233;n&#233;ralement du paysage m&#233;diatique. Sinon, que faire d'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;L'invention de la r&#233;gulation du pluralisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;L'une des promesses les plus fortes du lib&#233;ralisme politique est l'id&#233;e que les processus discursifs et d&#233;lib&#233;ratifs qui se d&#233;roulent dans l'espace public permettent de d&#233;finir puis de d&#233;fendre l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, qui serait une synth&#232;se juste des int&#233;r&#234;ts particuliers, avec l'emploi du minimum de contrainte n&#233;cessaire. Autrement dit, dans une d&#233;mocratie, la communication raisonn&#233;e est cens&#233;e remplacer la violence. C'est cette vision normative qui est au c&#339;ur de la th&#233;orie d&#233;mocratique moderne et inspire la r&#233;gulation du pluralisme dans les m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction de l'obligation de pluralisme pour les m&#233;dias audiovisuels priv&#233;s vient des &#201;tats-Unis. La doctrine de l'&#233;quit&#233; (&lt;i&gt;fairness doctrine&lt;/i&gt;) a &#233;t&#233; introduite en 1949 par la Federal Communication Commission et confirm&#233;e &#224; plusieurs reprises par la Cour supr&#234;me. Elle consistait &#224; exiger des d&#233;tenteurs de licences de radiodiffusion qu'ils pr&#233;sentent des questions politiques controvers&#233;es en refl&#233;tant &#233;quitablement les diff&#233;rents points de vue. La doctrine n'imposait pas un temps de parole &#233;gal pour les opinions oppos&#233;es, mais exigeait que des points de vue contrast&#233;s soient pr&#233;sent&#233;s. &#192; des nombreuses reprises la &lt;i&gt;fairness doctrine&lt;/i&gt; avait &#233;t&#233; utilis&#233;e pour encadrer ou carr&#233;ment priver de licence de diffusion des m&#233;dias aux discours extr&#233;mistes, notamment racistes, qui prolif&#233;raient dans le sud des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, c'est par l'ordonnance du 23 mars 1945 que le Conseil national de la r&#233;sistance a r&#233;voqu&#233; les autorisations accord&#233;es aux radios priv&#233;es. &#192; cette &#233;poque l'&#201;tat r&#233;publicain est consid&#233;r&#233; de mani&#232;re consensuelle et transpartisane comme le mieux &#224; m&#234;me de garantir le pluralisme d&#233;mocratique et le contr&#244;le par le peuple de l'usage qui est fait des fr&#233;quences. L'instauration du monopole vise &#224; mettre l'audiovisuel &#224; l'abri de l'emprise des grands capitalistes, ayant pris le contr&#244;le de la presse et de la radio dans l'entre-deux-guerres et collabor&#233; pendant l'occupation. Comme le r&#233;sume Henri Nogu&#232;res, journaliste socialiste et r&#233;sistant, qui a particip&#233; &#224; la r&#233;daction de l'ordonnance en 1945, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/reso_0751-7971_1993_num_11_59_2338&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les puissances d'argent avaient accapar&#233; les ondes, favorisant leur d&#233;tournement par des hommes politiques comme Laval. Nous voulions rendre la radio &#224; la nation&lt;/a&gt; &#187;. Ainsi, la justification de la r&#233;gulation du pluralisme par l'&#201;tat en France comme aux &#201;tats-Unis est &#224; la fois technique et politique : les ondes hertziennes &#233;tant un bien public rare, leur utilisation implique le respect d'un certain nombre de principes d&#233;mocratiques, dont celle du pluralisme.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;La mise en cause n&#233;olib&#233;rale de la r&#233;gulation publique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Le mise en cause du syst&#232;me de r&#233;gulation du pluralisme par la doctrine de l'&#233;quit&#233; aux &#201;tats-Unis et par le monopole public en France advient dans les ann&#233;es 1980. Si elle trouve son origine dans le mouvement contre-culturel de gauche des ann&#233;es 1970 &#8211; qui en France proteste &#224; juste titre contre l'usage propagandiste de la t&#233;l&#233;vision publique sous de Gaulle &#8211; c'est bien la r&#233;volution n&#233;olib&#233;rale qui met d&#233;finitivement &#224; bas l'interventionnisme public. La &lt;i&gt;fairness doctrine&lt;/i&gt; est abolie en 1985 par Mark Fowler, le directeur de la FCC install&#233; par Reagan. Selon lui, la doctrine viole le droit &#224; la libert&#233; d'expression garanti par le premier amendement de la Constitution. L'un des arguments utilis&#233;s est que, en raison du d&#233;veloppement du c&#226;ble et du satellite, la doctrine n'est plus n&#233;cessaire car le public peut facilement trouver des points de vue contradictoires sur des sujets controvers&#233;s parmi diff&#233;rents m&#233;dias disponibles. Le pluralisme interne exig&#233; par la doctrine de l'&#233;quit&#233; (&#224; l'int&#233;rieur du m&#234;me m&#233;dia) est ainsi remplac&#233; par un pluralisme externe potentiel (dans l'ensemble de l'offre m&#233;diatique disponible).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue n&#233;olib&#233;ral, le march&#233;, d&#233;r&#233;gul&#233; et financiaris&#233;, peut ainsi mieux garantir le pluralisme d&#233;mocratique de l'espace public que l'intervention du gouvernement en proposant une multitude de canaux m&#234;me s'ils sont partisans. Peu importe finalement le contenu pr&#233;cis de ces m&#233;dias, c'est le m&#233;canisme de l'offre et de la demande, lib&#233;r&#233; des contraintes r&#232;glementaires, qui peux assurer la diversit&#233; politique. L'abrogation de la doctrine de l'&#233;quit&#233; permet l'essor des talk-show &#171; sans filtre &#187; d'abord &#224; la radio puis &#224; la t&#233;l&#233;vision. Ce type d'&#233;mission au discours populiste et virulent, qui aurait &#233;t&#233; sanctionn&#233;e par la &lt;i&gt;fairness doctrine&lt;/i&gt;, prolif&#232;re alors librement sur les ondes et conna&#238;t un grand succ&#232;s d'audience avant de gagner la t&#233;l&#233;vision et notamment Fox News. Se forme ainsi une chambre d'&#233;cho r&#233;actionnaire dans les m&#233;dias audiovisuels qui participe &#224; la mont&#233;e en puissance du courant ultra-conservateur aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, l'abrogation du monopole public en 1981 par Fran&#231;ois Mitterrand est suivie d'un processus rapide de d&#233;r&#233;gulation et de privatisation de l'audiovisuel qui fait l'objet d'un enchev&#234;trement d'int&#233;r&#234;ts entre pouvoirs politique et &#233;conomique. C'est sous l'impulsion de Fran&#231;ois L&#233;otard, ministre du gouvernement Chirac aux id&#233;es fortement teint&#233;es de reaganisme, que le Parlement adopte la loi dite &#171; relative &#224; la libert&#233; de communication &#187; de septembre 1986 qui d&#233;finit pour l'essentiel le cadre r&#232;glementaire r&#233;gissant les m&#233;dias audiovisuels priv&#233;s jusqu'&#224; aujourd'hui. Son objectif est de contraindre le moins possible le fonctionnement des m&#233;dias priv&#233;s tout en pr&#233;servant les pr&#233;rogatives politiques des partis &#233;tablis. C'est ainsi que, tout au long des ann&#233;es 1990 et 2000, la concentration de la propri&#233;t&#233; des m&#233;dias ne cesse de s'aggraver jusqu'&#224; la situation actuelle ou quelques familles de milliardaires en contr&#244;lent l'essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Les insuffisances de l'Arcom&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;C'est le Conseil Sup&#233;rieur de l'audiovisuel (CSA devenu Arcom) qui, en th&#233;orie, &#171; assure le respect de l'expression pluraliste des courants de pens&#233;e et d'opinion dans les programmes des services de radio et de t&#233;l&#233;vision &#187; pr&#233;vu par la loi de 1986. Or, le mode de d&#233;signation de ses membres est tr&#232;s politique : le pr&#233;sident de l'Arcom est nomm&#233; directement par le pr&#233;sident de la R&#233;publique. Les six autres membres du Coll&#232;ge sont nomm&#233;s par les pr&#233;sidents du S&#233;nat et de l'Assembl&#233;e nationale. Par comparaison, les membres de l'Ofcom, l'organe &#233;quivalent au Royaume-Uni, sont d&#233;sign&#233;s par une commission ind&#233;pendante apr&#232;s un processus de candidature ouverte. Quant &#224; l'Allemagne, la r&#233;gulation des m&#233;dias est du ressort des L&#228;nder qui mettent en place des conseils de supervision compos&#233;s de repr&#233;sentants de la soci&#233;t&#233; civile (associations, syndicats, universit&#233;s, &#233;glises etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement, le caract&#232;re tr&#232;s politique de l'Arcom, comme de ses pr&#233;d&#233;cesseurs, le rend vuln&#233;rable aux pressions et susceptible d'effecteur des arbitrages dans le but de maintenir la &#171; paix civile &#187; entre pouvoir politique et propri&#233;taires des m&#233;dias. Cette fragilit&#233; se double d'une adh&#233;sion id&#233;ologique au principe d'un interventionnisme minimal dans le fonctionnement du march&#233; m&#233;diatique. C'est la raison qui explique que la r&#233;gulation du pluralisme, pourtant une exigence constitutionnelle, se limite essentiellement &#224; un syst&#232;me de d&#233;compte quantitatif du temps de parole &#224; la t&#233;l&#233;vision et &#224; la radio dont les r&#232;gles pr&#233;cises sont d&#233;finies par &lt;a href=&#034;https://www.csa.fr/Reguler/Espace-juridique/Les-textes-adoptes-par-l-Arcom/Les-deliberations-et-recommandations-de-l-Arcom/Recommandations-et-deliberations-du-CSA-relatives-a-d-autres-sujets/Deliberation-n-2017-62-du-22-novembre-2017-relative-au-principe-de-pluralisme-politique-dans-les-services-de-radio-et-de-television&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une d&#233;lib&#233;ration de 2017&lt;/a&gt;. Ce syst&#232;me offre des faibles garanties du pluralisme r&#233;el car il est fond&#233; sur la r&#233;partition formelle de la parole entre partis politiques reconnus par les institutions. Autrement dit, l'Arcom assimile le pluralisme dans les m&#233;dias &#224; la repr&#233;sentation &#233;quitable du syst&#232;me partisan, ce dernier apparaissant ainsi comme le seul terrain d'expression l&#233;gitime du d&#233;bat d&#233;mocratique. La place centrale accord&#233;e aux partis politiques explique le fait qu'aucun gouvernement n'a voulu r&#233;former ce syst&#232;me, malgr&#233; les transformations du paysage m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, dans ce dispositif il n'y a pour ainsi dire aucune prise en compte d'un pluralisme fond&#233; sur la diversit&#233; des id&#233;es et des visions du monde qui &#233;chapperait &#224; l'expression partisane ou sur la repr&#233;sentation des groupes et classes sociales aux int&#233;r&#234;ts antagonistes. Depuis 2009, il existe bien un &#171; &lt;a href=&#034;https://www.arcom.fr/nos-ressources/etudes-et-donnees/mediatheque/rapport-sur-la-representation-de-la-societe-francaise-dans-les-medias-audiovisuels-exercice-2021-et-actions-2022&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;barom&#232;tre de la repr&#233;sentation de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise&lt;/a&gt; &#187; effectu&#233; annuellement par l'Arcom. Celui-ci constate les d&#233;s&#233;quilibres flagrants dans la pr&#233;sence des diff&#233;rentes cat&#233;gories sociales &#224; la t&#233;l&#233;vision, qui tendent parfois &#224; s'aggraver comme le montre le dernier barom&#232;tre concernant la sous-repr&#233;sentation des personnes per&#231;ues comme non blanches. Mais aucune mesure contraignante n'est pr&#233;vue pour corriger ces asym&#233;tries.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Peut-on faire autrement ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;La d&#233;cision du Conseil d'&#201;tat ouvre une br&#232;che dans ce syst&#232;me bien rod&#233;, qui arrange les int&#233;r&#234;ts des forces politiques institutionnalis&#233;es et des groupes m&#233;diatiques, mais qui ne remplit pas son r&#244;le d&#233;mocratique. En enjoignant l'Arcom &#224; comptabiliser le temps de parole de l'ensemble des intervenants sur les plateaux de t&#233;l&#233;vision, il pose &#224; la fois un probl&#232;me pratique et un probl&#232;me politique. Le probl&#232;me pratique est en r&#233;alit&#233; un faux probl&#232;me. Les moyens techniques et scientifiques existent aujourd'hui pour faire un tel classement. L'emploi de m&#233;thodes d'analyse de r&#233;seaux et d'analyse textom&#233;trique peut de mani&#232;re simple, objective et transparente attribuer une &#233;tiquette politique &#224; des personnalit&#233;s publiques &#224; partir de leur expression en ligne. Ces m&#233;thodes peuvent &#233;galement objectiver l'agenda dont ils sont porteurs : l'invit&#233; d'une &#233;mission parle davantage d'immigration ou d'&#233;cologie sur les r&#233;seaux sociaux ? En effet, leur activit&#233; en ligne peut r&#233;v&#233;ler les points de vue des intervenants sur les plateaux de t&#233;l&#233;vision par rapport aux diff&#233;rentes questions en d&#233;bat et leur connexion &#233;ventuelle avec des formations politiques ou des milieux militants. Il s'agit bien d'expressions publiques libres et non pas de donn&#233;es personnelles qui sont utilis&#233;es, comme dans l'exemple de cette &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-reseaux-2019-2-page-171.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;recherche d'envergure men&#233;e lors de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2017&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les difficult&#233;s pratiques &#233;voqu&#233;es et les cris d'orfraie au sujet de la suppos&#233;e violation de la vie priv&#233;e et de la libert&#233; d'expression cachent mal le probl&#232;me politique que soul&#232;verait une telle d&#233;marche : si elle &#233;tait men&#233;e &#224; bien, elle r&#233;v&#232;lerait les in&#233;galit&#233;s flagrantes dans la distribution de la parole que cache le syst&#232;me de mesure actuel. Pire, elle montrerait qu'une grande partie de la classe politique converge sur de nombreux sujets, malgr&#233; les divisions partisanes. Celles-ci appara&#238;traient pour ce qu'elles sont : des positionnements tactiques sur le march&#233; politique sans r&#233;elle diff&#233;rence sur le fond.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Les impasses du lib&#233;ralisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Par cons&#233;quent, cette affaire r&#233;v&#232;le un probl&#232;me encore plus profond des d&#233;mocraties lib&#233;rales : le d&#233;calage entre la th&#233;orie et la pratique. En effet, si le syst&#232;me politique se targue de garantir une &#233;galit&#233; formelle, il n'en est rien de l'&#233;galit&#233; r&#233;elle. Ce constat est vrai pour la question sociale, comme pour la question culturelle. En dictant l'agenda et le cadrage des faits sociaux, les industries culturelles sous l'emprise du grand capital et des appareils politiques demeurent des appareils id&#233;ologiques majoritairement au service de l'ordre &#233;tabli. C'est pr&#233;cis&#233;ment cette contradiction fondamentale qui sape la confiance du public aux institutions d&#233;mocratiques et ouvre la voie &#224; l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, dans le contexte actuel de mont&#233;e en puissance des id&#233;es r&#233;actionnaires, il est urgent de r&#233;&#233;quilibrer le fonctionnement de l'espace public m&#233;diatique en redistribuant les ressources communicationnelles, comme la parole publique et l'influence dans l'opinion, de mani&#232;re plus &#233;galitaire. Ceci est aujourd'hui possible si on s'appuie sur les progr&#232;s de la recherche et de la technique. Mais il faudrait accompagner une telle transformation avec des mesures beaucoup plus strictes contre la concentration et la marchandisation des m&#233;dias. Il faudrait &#233;galement garantir l'ind&#233;pendance des r&#233;dactions de mani&#232;re structurelle &#224; travers des r&#233;formes profondes de leur gouvernance o&#249; les publics et les journalistes auraient le r&#244;le principal. Ce type de changement radical implique une volont&#233; politique forte pour se confronter &#224; la classe politique &#233;tablie et aux puissants propri&#233;taires des m&#233;dias. Elle n&#233;cessiterait alors l'appui d'un mouvement social d'ampleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Nikos Smyrnaios&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les articles publi&#233;s sous forme de &#171; tribune &#187; n'engagent pas collectivement l'association Acrimed, mais seulement leurs auteurs dont nous ne partageons pas n&#233;cessairement toutes les positions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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