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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>&#171; Silence, des ouvriers meurent &#187; : autour du traitement m&#233;diatique des accidents du travail</title>
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		<dc:date>2021-02-02T09:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Matthieu L&#233;pine, Pauline Perrenot</dc:creator>


		<dc:subject>Accidents du travail</dc:subject>
		<dc:subject>Ch&#244;mage, emploi</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Sources</dc:subject>
		<dc:subject>Faits divers</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un entretien avec Matthieu L&#233;pine.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Travail-salaires-emploi-etc-" rel="directory"&gt;Travail, salaires, emploi, etc.&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Accidents-du-travail-+" rel="tag"&gt;Accidents du travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Chomage-emploi-+" rel="tag"&gt;Ch&#244;mage, emploi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Travail-+" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Sources-+" rel="tag"&gt;Sources&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Faits-divers-+" rel="tag"&gt;Faits divers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L106xH150/arton6293-a8861.jpg?1776732232' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sur le compte Twitter &lt;a href=&#034;https://twitter.com/duaccident&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Accident du travail : silence des ouvriers meurent &#187;&lt;/a&gt;, Matthieu L&#233;pine, professeur d'histoire-g&#233;ographie en coll&#232;ge, s'att&#232;le &#224; un recensement des accidents du travail. R&#233;alis&#233; essentiellement &#224; partir de la presse locale, il s'accompagne souvent d'interpellations de la ministre du Travail : Muriel P&#233;nicaud de mai 2017 &#224; juillet 2020, et &#201;lisabeth Borne depuis. Parall&#232;lement, Matthieu L&#233;pine publie sur le blog &lt;a href=&#034;https://matthieulepine.wordpress.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Une histoire populaire &#187;&lt;/a&gt; des portraits de victimes, des bilans statistiques et ponctuellement, des analyses compl&#233;mentaires. Enqu&#234;te, recoupement, sp&#233;cialisation, mise en perspective : des m&#233;thodes qui ne sont pas sans rappeler celles du (bon) journalisme, que revendique d'ailleurs en partie l'auteur contre les d&#233;faillances des m&#233;dias traditionnels. C'est qu'&#224; l'origine de ce travail r&#233;sonne un cri de col&#232;re : &lt;i&gt;&#171; Face &#224; l'indiff&#233;rence des m&#233;dias, soyons notre propre m&#233;dia &#187;&lt;/i&gt;. Nous avons voulu en savoir plus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Acrimed : Votre recensement s'appuie essentiellement sur des articles de presse, plus pr&#233;cis&#233;ment issus de la presse quotidienne r&#233;gionale (PQR). Est-ce &#224; dire que ce traitement est satisfaisant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Matthieu L&#233;pine :&lt;/strong&gt; In&#233;vitablement, j'ai besoin que des journalistes aient fait un minimum de travail pour pouvoir faire mon recensement. Ce qui me permet aussi de constater que le traitement journalistique n'est absolument pas satisfaisant. D'abord, parce que la plupart du temps, les articles sur lesquels je m'appuie sont des br&#232;ves, dans lesquelles on a tr&#232;s peu d'informations sur les circonstances de l'accident, et tout aussi peu sur la victime&#8230; Il n'y a jamais de suivi sur le fond. Je pense par exemple &#224; des accidents de b&#251;cheronnage : on peut lire dans la presse qu'un b&#251;cheron est d&#233;c&#233;d&#233; dans un bois &#233;cras&#233; par un arbre, sauf qu'en l'&#233;tat, &#231;a ne nous permet pas de savoir si c'est un accident du travail ou non. Et on en vient &#224; un probl&#232;me essentiel : le terme &#171; accident du travail &#187; n'est quasiment jamais employ&#233; dans ces articles, comme si le mot &#233;tait tabou. Or, il existe bien une d&#233;finition, qu'il suffirait d'utiliser : &#224; partir du moment o&#249; un accident survient par le fait ou &#224; l'occasion du travail, c'est un accident du travail. Mais comme le mot n'est jamais employ&#233;, il y a une esp&#232;ce de flou qui s'installe. Et quand je contacte des journalistes pour avoir des &#233;claircissements, savoir si le travailleur b&#251;cheronnait dans un cadre priv&#233; ou professionnel, ils ne sont pas capables de me r&#233;pondre. On me dit &lt;i&gt;&#171; je me renseigne &#187;&lt;/i&gt;, mais le renseignement n'arrive pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc c'est vrai que des articles existent, et rien que pour &#231;a, ils sont importants, mais ils ne permettent pas du tout de rendre compte de la r&#233;alit&#233; de ce probl&#232;me. En d&#233;finitive, les grands m&#233;dias consid&#232;rent qu'un accident du travail, c'est un fait divers. Et on le sait, les faits divers ne sont pas cens&#233;s faire la Une r&#233;guli&#232;rement&#8230; Il faudrait pourtant pouvoir le consid&#233;rer comme un fait social, dans la mesure o&#249; &#231;a arrive tous les jours, partout en France, dans tous les corps de m&#233;tier : selon les chiffres &#171; officiels &#187; dont on dispose, on parle de plus de 650 000 victimes par an, &#231;a m&#233;riterait quand m&#234;me qu'on s'y int&#233;resse un peu plus que &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Dans la PQR, c'est d'ailleurs souvent &#171; rubriqu&#233; &#187; dans les faits divers&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le temps. Toujours. La cat&#233;gorie en g&#233;n&#233;ral, c'est &#171; fait divers &#8211; justice &#187;. R&#233;guli&#232;rement, on va conna&#238;tre le nom du chef des urgences, le nom de la personne qui dirigeait la caserne de pompiers et qui est intervenue ce jour-l&#224; ; par contre, de la victime, on ne conna&#238;tra ni l'&#226;ge, ni parfois m&#234;me sa profession exacte ! &#171; Un homme est mort &#187;, et voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Donc peu d'enqu&#234;te, peu de reportage. Ce genre d'angle et de traitement superficiel pose la question des sources des journalistes : savez-vous aupr&#232;s de qui ils obtiennent leurs informations ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart du temps, c'est la police, les pompiers, et les urgences. Tel que &#231;a m'est pr&#233;sent&#233;, et pour avoir eu beaucoup de journalistes au t&#233;l&#233;phone, la routine de travail en fin de journ&#233;e consiste &#224; faire la tourn&#233;e des commissariats, des casernes ou des urgences par t&#233;l&#233;phone, et voir ce qui en ressort. C'est aussi pour &#231;a que c'est souvent tr&#232;s peu d&#233;taill&#233; : l'information arrive par ce canal, est reproduite, et s'arr&#234;te aussit&#244;t. On leur rapporte qu'un homme est gri&#232;vement bless&#233; et en urgence absolue, &#231;a va faire l'objet d'une br&#232;ve, mais on ne saura jamais si la personne va mieux, si elle est d&#233;c&#233;d&#233;e, etc. C'est le strict minimum : des articles de fond sur les accidents du travail, il y en a tr&#232;s rarement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Que dire de la couverture des m&#233;dias nationaux ? Observez-vous des diff&#233;rences avec la PQR ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la PQR y revient tous les jours, dans les m&#233;dias nationaux, c'est beaucoup moins r&#233;gulier. &#192; quel moment s'y int&#233;ressent-ils ? Lorsque &#231;a va toucher une grande entreprise : Eiffage, Bouygues, etc. Et encore&#8230; Le 22 d&#233;cembre, il y a eu un accident mortel sur le chantier de la future ligne 16 du m&#233;tro parisien &#8211; et une semaine plus t&#244;t, sur un autre chantier de la m&#234;me ligne, un ouvrier a &#233;t&#233; gri&#232;vement bless&#233; apr&#232;s une chute. Dans un premier temps, il n'y a eu aucune information dans la presse. J'ai post&#233; la nouvelle sur Twitter de mon c&#244;t&#233;, et dans les heures qui ont suivi, un certain nombre de m&#233;dias se sont empress&#233;s de d&#233;crocher leur t&#233;l&#233;phone pour savoir si l'information &#233;tait vraie&#8230; et elle l'&#233;tait. Il y a eu &#224; ce moment-l&#224; une couverture plus large, parce que c'&#233;tait Eiffage et &#171; le Grand Paris &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le silence initial pose &#224; nouveau la question des sources des journalistes. Dans certains d&#233;partements comme la Seine-Saint-Denis, o&#249; de grosses entreprises ont des chantiers un peu partout, je constate que les accidents du travail ne sont pas ou peu m&#233;diatis&#233;s. Pour reprendre l'exemple du chantier de la ligne 16, on a l'impression que les sources traditionnelles (pompiers, police, urgences) se brident. Est-ce qu'ils ne veulent pas donner l'information aux journalistes ou est-ce que ce sont les journalistes qui ne font pas leur travail ? J'aurais plut&#244;t tendance &#224; dire que ce sont les sources habituelles qui ne donnent pas l'information. Et les entreprises encore moins : Grand Paris Express&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Grand Paris Express est un vaste projet de r&#233;seau de transports pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a fini par faire un communiqu&#233;, &lt;a href=&#034;https://www.leparisien.fr/info-paris-ile-de-france-oise/transports/un-ouvrier-meurt-sur-le-chantier-du-metro-a-la-courneuve-23-12-2020-8415810.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Eiffage a r&#233;pondu au &lt;i&gt;Parisien&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, mais apr&#232;s que l'information a d&#233;j&#224; circul&#233; sur Twitter. Pourquoi les journalistes n'ont-ils pas eu l'information avant ? Il y a aussi sans doute une omerta chez ces grandes entreprises, qui ne se bousculent pas pour diffuser l'information. Et ce n'est pas basculer dans une quelconque th&#233;orie du complot que de le dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, on peut dire qu'en dehors de ce type d'accident, et m&#234;me si &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a pu derni&#232;rement faire trois ou quatre pages de dossier, aucun journal national ne se distingue vraiment sur ce sujet, aucun n'en fait une th&#233;matique centrale accompagn&#233;e d'un travail r&#233;gulier. La couverture va &#234;tre au contraire tr&#232;s rare et tr&#232;s ponctuelle. Un dernier exemple : quand l'Assurance Maladie diffuse &lt;a href=&#034;https://www.ameli.fr/entreprise/actualites/accidents-du-travail-et-maladies-professionnelles-le-bilan-2019-par-secteur-et-type-de-risques&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;son rapport annuel&lt;/a&gt;, les journalistes s'en font l'&#233;cho, avec le m&#234;me article un peu partout&#8230; En particulier si l'AFP prend les devants : les autres m&#233;dias se contenteront alors d'un simple copi&#233;-coll&#233;. C'est un petit rituel qui permet de se donner bonne conscience, de se dire qu'on en a au moins parl&#233; une fois et qu'on a fait son travail correctement ! Mais ce n'est pas assez. &#201;videmment, il y a pl&#233;thore de sujets, et les journalistes ne peuvent pas parler de celui-ci tout le temps&#8230; mais encore une fois, au moins 650 000 victimes reconnues, 600 morts, voire bien au-del&#224; des 1 000 morts si l'on ajoute les suicides li&#233;s au travail, les maladies professionnelles, etc. : je ne trouve pas que ce soit un petit sujet, ni qu'il m&#233;rite d'&#234;tre trait&#233; une fois par an. Beaucoup de gens me disent qu'ils ne pensaient pas qu'il y avait autant de morts. Ce n'est pas qu'ils sont idiots, c'est qu'ils ne sont pas (ou mal) inform&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est diff&#233;rent dans la presse sp&#233;cialis&#233;e et dans les m&#233;dias alternatifs ind&#233;pendants : Bastamag, par exemple, s'y int&#233;resse tr&#232;s souvent ; de son c&#244;t&#233;, Le M&#233;dia a d&#233;cid&#233; de faire r&#233;guli&#232;rement un &#171; focus &#187; sur une victime d'accident du travail, etc. Derni&#232;rement, &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/exclusif-les-chiffres-caches-du-travail-chez-amazon-en-france-699057&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; a publi&#233; un dossier sur Amazon&lt;/a&gt; et le recours au travail int&#233;rimaire, qui p&#232;se pr&#232;s de 60% dans les entrep&#244;ts. Dans cette enqu&#234;te, il est ressorti qu'il y avait plus de 1 000 accidents par an chez Amazon France Logistique, c'est-&#224;-dire plus de trois par jour ! L&#224; encore, l'information n'a pas beaucoup circul&#233;. &lt;i&gt;Ouest France&lt;/i&gt; ou d'autres ont pu reprendre les donn&#233;es de &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, mais on a parfois l'impression que si on ne fait pas le travail &#224; leur place, les grands m&#233;dias n'iront pas chercher eux-m&#234;mes l'information.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_12732 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L450xH578/huma-3-0684d.jpg?1776732232' width='450' height='578' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous des observations quant aux choix des interlocuteurs s&#233;lectionn&#233;s par les m&#233;dias pour s'exprimer sur la question du travail et des accidents du travail ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut entendre des repr&#233;sentants syndicaux parce que ce sont souvent ceux qui alertent, et encore, c'est assez restreint. &#192; une &#233;poque, l'ancien inspecteur du travail G&#233;rard Filoche &#233;tait assez m&#233;diatique, et revenait beaucoup sur cette question, moins maintenant. Au-del&#224; de &#231;a, qui va-t-on faire parler ? Lorsqu'il y a une affaire en cours, le procureur, qui va donner l'avanc&#233;e de l'enqu&#234;te. Et lorsqu'un article relate un proc&#232;s, on entendra les avocats des uns des autres, parfois le patron, mais tr&#232;s rarement les familles de victimes ou les victimes elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Une autre question sur les biais du traitement m&#233;diatique. Sur votre blog, vous &#233;voquez le cas de deux couvreurs de 33 et 35 ans, morts au travail en 2019, et faites &#224; leur propos le constat d'un &lt;i&gt;&#171; traitement m&#233;diatique compl&#232;tement diff&#233;rent &#187;&lt;/i&gt;. Pouvez-vous d&#233;velopper ? Et dans un second temps, nous expliquer ce que ce deux poids deux mesures &#8211; que vous pointez r&#233;guli&#232;rement &#8211; nous dit des logiques qui d&#233;terminent le traitement de l'information dans les grands m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ces deux couvreurs, Ludovic Tricolet, le premier, est d&#233;c&#233;d&#233; au mois de mars 2019 &#224; Anzin dans le Nord. Il a fait une chute, et il est d&#233;c&#233;d&#233;. Il y a eu tr&#232;s peu d'&#233;cho m&#233;diatique, hormis les relais locaux comme &lt;i&gt;La Voix du Nord&lt;/i&gt;, et le traitement &#171; classique &#187; dont je parlais. En juin 2019, la mort d'un couvreur sur un chantier en Bretagne a &#233;t&#233; beaucoup plus m&#233;diatis&#233;e : &lt;i&gt;Le Parisien&lt;/i&gt;, France soir, &lt;i&gt;La Provence, 20 minutes, Le T&#233;l&#233;gramme, Ouest France&lt;/i&gt;, BFM, RTL, &lt;i&gt;Sud-Ouest, La Nouvelle R&#233;publique, La Voix du Nord, Le Figaro&lt;/i&gt;, France Info, &lt;i&gt;Le Dauphin&#233; Lib&#233;r&#233;, Le Point, L'Express&lt;/i&gt;, l'Internaute, &lt;i&gt;La D&#233;p&#234;che, Bien Public&lt;/i&gt;, et LCI l'ont &#233;voqu&#233;e. Pourquoi, alors que le m&#234;me type d'accident du travail survient ? Parce que le second s'est pass&#233; en plein &#233;t&#233;, et que les journalistes ont fait le lien avec la canicule (l'ouvrier aurait fait un malaise sur le toit). En d'autres termes : si de tr&#232;s nombreux m&#233;dias, jusqu'aux cha&#238;nes d'info, ont relay&#233;, ce n'est pas parce qu'un ouvrier est mort et que c'est un accident du travail &#8211; le mot n'appara&#238;t d'ailleurs m&#234;me pas ! &#8211; mais parce que cet &#233;v&#233;nement est venu alimenter le buzz du moment, en l'occurrence ici, la canicule. L'accident du travail n'est donc pas &#233;tudi&#233; en tant que tel : il vient illustrer un autre th&#232;me, qui occupe quant &#224; lui le premier plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je peux citer un autre exemple de ce ph&#233;nom&#232;ne : en juillet 2019, un jeune ostr&#233;iculteur est d&#233;c&#233;d&#233; dans la baie de Morlaix : il a fait un malaise et s'est noy&#233;. La question des algues vertes est imm&#233;diatement venue sur la table, et les m&#233;dias y sont all&#233;s de leur article pour finalement rapporter que &#231;a n'avait rien &#224; voir. En attendant, les journaux n'ont pas pr&#233;cis&#233; qu'il s'agissait d'un jeune ouvrier saisonnier &#226;g&#233; de 18 ans, qui venait d'avoir le bac, et qui, dans mon souvenir, n'&#233;tait m&#234;me pas d&#233;clar&#233;. Son histoire n'int&#233;ressait pas les journalistes. Ce qui les a int&#233;ress&#233;s, c'&#233;tait les algues vertes, et une potentielle nouvelle &#171; victimes des algues vertes &#187;. Le contrat de l'ostr&#233;iculteur, la fa&#231;on dont il &#233;tait trait&#233;, tout cela &#233;tait secondaire. Pour moi, &#231;a en dit long parce qu'avec ces deux exemples, on voit bien que les accidents du travail ne sont pas pris au s&#233;rieux. Le fait qu'on s'int&#233;resse &#224; eux ne se justifie que parce qu'ils vont venir illustrer ou se greffer &#224; une autre actualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes &#233;galement attentif aux choix iconographiques des journalistes. En novembre 2018, pour illustrer un article sur les accidents du travail &#8211; et les cas de chute comme &lt;i&gt;&#171; sc&#233;nario le plus fr&#233;quent &#187;&lt;/i&gt; &#8211; BFM-TV s&#233;lectionnait une photo d'un pied sur le point de glisser sur une peau de banane. Que vous inspire ce choix et s'agit-il &#224; vos yeux d'une &#171; bavure &#187; isol&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens tr&#232;s bien du cas de BFM-TV, c'&#233;tait vraiment du foutage de gueule ! En plus, c'&#233;tait de belles chaussures, toutes neuves, du style Timberland, comme si un ouvrier portait des chaussures comme &#231;a&#8230; ! Quant &#224; l'id&#233;e de l'ouvrier qui glisse sur une peau de banane, c'est la cerise sur le g&#226;teau. &#199;a en dit long sur la d&#233;connexion de celui ou celle qui a choisi cette image. Ou alors, et ce n'est pas mieux, le ou la journaliste s'est dit que &#231;a pouvait &#234;tre dr&#244;le&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_12739 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L450xH377/bfm_banane-450x377-a89fd.png?1776732232' width='450' height='377' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Mais heureusement, l'iconographie est rarement si caricaturale. Le reste du temps, je ne sais m&#234;me pas si l'image sert &#224; illustrer : il faut une image, et point. Donc en g&#233;n&#233;ral, on colle la photo d'un camion de pompiers, et emballez, c'est pes&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous avions &#233;crit &#171; emball&#233; c'est pes&#233; &#187;, ce qui est incorrect, comme l'ont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! Toujours la m&#234;me d'ailleurs, sous toutes ses coutures, il faut croire qu'il n'existe qu'une seule image de camion de pompiers en France ! De temps en temps, quand l'accident survient dans une entreprise &#171; identifi&#233;e &#187;, on pourra avoir un plan large de l'entreprise ou de sa devanture. Par contre, ce qu'on va tr&#232;s rarement avoir, c'est une image de la victime. Et l&#224;, on en revient au fait qu'il n'y a pas d'enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, au-del&#224; du fait qu'une photo peut faire du bien aux familles, l'image nous raconte aussi des choses. Je pense &#224; deux exemples derni&#232;rement : &lt;a href=&#034;https://matthieulepine.wordpress.com/2021/01/13/mourir-au-travail-a-20-ans-lhistoire-tragique-de-teddy-lenglos/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Teddy Lenglos&lt;/a&gt;, qui est mort d'un arr&#234;t cardio-respiratoire apr&#232;s avoir &#233;t&#233; enseveli sous les d&#233;combres d'un mur de cl&#244;ture haut de quatre &#224; cinq m&#232;tres, quand on voit sa photo, &#231;a nous frappe parce qu'on voit qu'il est tr&#232;s jeune. Idem pour &lt;a href=&#034;https://twitter.com/DuAccident/status/1350737122806947840&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Franck Page, mort il y a deux ans, dont j'ai mis la photo sur Twitter&lt;/a&gt; : c'&#233;tait un jeune livreur Uber Eats de 19 ans. On les voit les yeux dans les yeux &#8211; qu'ils soient jeunes ou moins jeunes d'ailleurs &#8211; et &#231;a devient concret, et plus humain. En tout cas, c'est autre chose que la formule &#171; un ouvrier est mort &#187; flanqu&#233;e d'une photo de camion de pompiers, qui d&#233;shumanise le probl&#232;me, en plus d'invisibiliser totalement la victime&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors &#233;videmment, il y a une famille. On ne peut pas annoncer la mort de quelqu'un au pied lev&#233; dans la presse, et peut-&#234;tre que la famille n'aura pas non plus envie qu'on divulgue nom ou photo. Bref, &#231;a demande encore une fois un travail d'enqu&#234;te plus long. Et c'est tr&#232;s rare que les journalistes le fassent. Dans le cas des accidents mortels, la question des familles pourrait &#233;galement donner lieu &#224; des reportages : qu'est-ce qu'il s'y passe ? que deviennent-elles ? Mais c'est un angle inexistant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens de l'exemple de Fran&#231;ois Ruffin qui, &#224; l'&#233;poque o&#249; il &#233;tait journaliste &#224; plein temps, avait fait une enqu&#234;te sur onze ans, qui a m&#234;me donn&#233; naissance &#224; un livre, &lt;a href=&#034;https://www.fakirpresse.info/hector-est-mort&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Hector est mort&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois Ruffin, Hector est mort, Fakir &#201;ditions, 143 p.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'enqu&#234;te portait sur un jeune, mort sur un chantier d'insertion de la Citadelle d'Amiens. Fran&#231;ois Ruffin avait men&#233; le travail aux c&#244;t&#233;s de la famille durant les semaines et les mois qui ont suivi, jusqu'au proc&#232;s. Ce genre de &#171; huis clos &#187; est un regard qu'on a vraiment tr&#232;s rarement. Et &#231;a a des incidences : clairement, le lecteur ne per&#231;oit pas les m&#234;mes choses. Toutes les semaines, des formateurs en s&#233;curit&#233; me contactent pour me dire qu'ils utilisent la recension, qu'ils la montrent aux jeunes pour qu'ils prennent conscience des risques de monter sur un toit, d'utiliser telle ou telle machine. Voir une image d'un jeune de leur &#226;ge qui est mort, &#231;a touche, et l'image, on la garde. Franck Page, je m'en souviendrai toute ma vie : il est jeune, il sourit, et il est mort tra&#238;n&#233; sur dix m&#232;tres par un camion en livrant de la nourriture &#224; quelqu'un qui n'avait pas envie de se bouger.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;div class='spip_document_12740 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH250/montage_camionspompiers-700x350-d1e72.jpg?1776732232' width='500' height='250' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Les accidents du travail nous ram&#232;nent &#224; la question des conditions de travail, de la pr&#233;carisation croissante de nombreux m&#233;tiers, du recours aux int&#233;rimaires&#8230; bref, aux politiques patronales et &#224; la responsabilit&#233; des dirigeants d'entreprises vis-&#224;-vis des salari&#233;s. Les m&#233;dias prennent-ils le temps de faire &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt; ces mises en perspective ou se contentent-ils de v&#233;hiculer le r&#233;cit &#8211; comme sur de nombreux autres sujets &#8211; d'un &#171; grand malheur sans cause &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les articles sont d&#233;j&#224; tellement courts et concis qu'ils n'en parlent jamais. Concernant la question du contrat ou du statut par exemple &#8211; est-ce que c'&#233;tait un int&#233;rimaire, un apprenti, etc. &#8211; c'est extr&#234;mement rare que ce soit abord&#233;. Ce qui en ressort donc la plupart du temps, c'est l'id&#233;e d'une fatalit&#233;. Les titres de presse jouent &#233;galement ce r&#244;le : &#171; un ouvrier se tue &#187;, &#171; un ouvrier s'est tu&#233; sur un chantier &#187;. Je n'en peux plus de lire ce genre de titres, parce qu'on a l'impression que c'est de sa faute ! Un ouvrier qui est &#233;cras&#233; par un camion, il ne &#171; s'est pas tu&#233; &#187;, il &lt;i&gt;a &#233;t&#233; tu&#233;&lt;/i&gt;. Combien d'entreprises sont en plus reconnues coupables d'homicide involontaire ? Donc oui, c'est le r&#233;cit de la fatalit&#233; : l'ouvrier a chut&#233;, il y aura toujours des ouvriers qui chuteront&#8230; Mais peut-&#234;tre que s'il y avait eu un filet de s&#233;curit&#233;, s'il avait &#233;t&#233; attach&#233;, s'il avait &#233;t&#233; encadr&#233;, etc. il ne serait pas mort. Mais on &#233;vite de rentrer dans de tels consid&#233;rants parce que&#8230; c'est trop compliqu&#233; ? Le &#171; reste &#187;, soit l'essentiel, est laiss&#233; &#224; l'Inspection du travail ou &#224; la Justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;&#192; ce sujet, on pourrait penser que les proc&#233;dures judiciaires, dans lesquelles comparaissent des patrons, soient l'occasion d'un traitement davantage politis&#233; des accidents du travail et de la question du travail tout court. Qu'en est-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les articles existent, mais l&#224; encore, il y a des biais : une entreprise peut &#234;tre condamn&#233;e pour homicide involontaire par exemple, mais l'article va titrer sur&#8230; la relaxe du patron. L'angle choisi ne porte donc ni sur la victime, ni sur la condamnation de l'entreprise&#8230; Il y a bien s&#251;r des contre-exemples, mais je crois que &#231;a d&#233;pend beaucoup du journaliste qui m&#232;ne le travail. Je pense au journal &lt;i&gt;L'Union&lt;/i&gt; par exemple, et &#224; son traitement du proc&#232;s des entreprises Carrard Services et Cristal Union apr&#232;s la mort d'Arthur Bertelli et Vincent Dequin, deux cordistes qui ont &#233;t&#233; ensevelis sous des tonnes de sucre dans un silo de l'usine Cristal Union &#224; Bazancourt, en mars 2012. Le proc&#232;s a &#233;norm&#233;ment dur&#233;, et n'est pas termin&#233; puisque l'appel en correctionnelle a &#233;t&#233; report&#233; &#224; septembre 2021. Ce que je remarque, c'est que la journaliste de &lt;i&gt;L'Union&lt;/i&gt; a d&#233;cid&#233; de s'int&#233;resser &#224; l'affaire, et qu'elle a la possibilit&#233; de r&#233;guli&#232;rement actualiser la th&#233;matique. On se dit donc que c'est possible, et qu'il faudrait davantage de journalistes qui suivent les sujets de pr&#232;s. Apr&#232;s, &#231;a d&#233;pend aussi de la r&#233;daction. Je l'ai bien vu lorsque j'ai rencontr&#233; des journalistes : eux peuvent avoir une id&#233;e en t&#234;te, mais entre l'id&#233;e initiale et ce qui ressort &#224; la fin dans le journal&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Justement, vos rencontres avec les journalistes ont-elles &#233;t&#233; l'occasion d'&#233;changes critiques autour du traitement m&#233;diatique des accidents du travail ? Quelles ont &#233;t&#233; leurs r&#233;actions, et quel regard portent-ils sur l'information qu'ils produisent et la mani&#232;re dont ils la fabriquent ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne s'en cachent pas&#8230; J'ai pu avoir beaucoup de discussions avec des journalistes qui me racontent que quand ils arrivent pour proposer une pleine page sur les accidents du travail, on leur r&#233;pond : &lt;i&gt;&#171; Vous ferez une interview de trois questions avec votre &#034;gugus&#034; qui a son compte Twitter, et on s'arr&#234;te l&#224; &#187;&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;&#171; le sujet n'est pas vendeur &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;etcetera&lt;/i&gt;. Je peux aussi entendre parfois des journalistes me dire qu'&lt;i&gt;&#171; il n'y a pas d'actualit&#233; sur le sujet &#187;&lt;/i&gt;. Il faut &#234;tre gonfl&#233; pour dire &#231;a quand on sait que l'actualit&#233; est pr&#233;sente tous les jours ! Regardons les faits, ne serait-ce que depuis hier [21 janvier] : un routier est mort ; un ouvrier aussi, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; happ&#233; par une presse &#224; contreplaqu&#233; ; un autre encore est d&#233;c&#233;d&#233; &#224; Chartres sur un chantier, et &#224; Toulouse, un &#233;boueur a &#233;t&#233; renvers&#233; et son pronostic vital est engag&#233;. C'est tous les jours. Tous les jours, quelqu'un est mutil&#233; par une machine, tous les jours, quelqu'un meurt au travail. &#171; L'actualit&#233; &#187;, il faut &#234;tre aveugle pour ne pas la voir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez beaucoup de journalistes, il y a &#233;galement un manque total de connaissance sur la th&#233;matique. Quand on discute et que je demande si les accidents du travail concernent beaucoup de monde, comme n'importe qui, ils n'auront pas d'ordre de grandeur. Il faut dire qu'on (et qu'ils) manque(nt) de donn&#233;es pr&#233;cises. Par exemple, certains journalistes me disent qu'ils se heurtent &#224; un mur quand ils veulent obtenir des informations du minist&#232;re du Travail. Ils n'arrivent pas &#224; avoir de chiffres ou de donn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup, ils se tournent vers moi, certains vont presque jusqu'&#224; me faire des commandes du genre : &lt;i&gt;&#171; Est-ce que vous pouvez r&#233;ussir &#224; prouver qu'il y a plus d'accidents depuis le d&#233;confinement ? &#187;&lt;/i&gt;&#8230; Quand j'ai commenc&#233; le compte Twitter, j'ai bien vu la rapidit&#233; avec laquelle le travail s'est diffus&#233; &#8211; j'ai aussi fait effet &#171; nouveaut&#233; &#187; &#8211; et j'ai re&#231;u un certain nombre d'appels de journalistes. L'un d'entre eux m'a m&#234;me demand&#233; si j'&#233;tais un lanceur d'alerte ! Mais mon travail est tr&#232;s limit&#233; et d&#233;pend de beaucoup de facteurs (est-ce que les journalistes s'y seront int&#233;ress&#233;s ? est-ce que je l'aurai moi-m&#234;me vu passer ?) : je recense 1 000 accidents par an, et si on prend les donn&#233;es de l'Assurance Maladie, c'est au moins 650 000&#8230; Donc mon travail est un &#171; zoom &#187; qui met la lumi&#232;re sur un probl&#232;me, mais il faudrait des enqu&#234;tes plus larges. Et c'est vrai que personne ne fait le travail de visibilisation en France, qu'il y a tr&#232;s peu de chiffres et que ceux dont on dispose, comme ceux de l'Assurance Maladie, comportent des limites. Pourquoi n'y a-t-il pas un Observatoire des accidents du travail, qui, sans concurrencer l'Inspection du travail, m&#232;nerait un vrai travail de fond et statistique sur la question ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier probl&#232;me que je voulais pointer, c'est celui de la saturation et la hi&#233;rarchie de l'information. Une poign&#233;e de sujets prennent beaucoup de place, et il y a peu d'espace pour le reste. Les accidents du travail font partie du &#171; reste &#187;. Sans compter l'agenda qui se bouscule. Il y a un an, France 2 &#233;tait chez moi pour une interview dans le cadre d'un grand reportage sur les accidents du travail. Quelques semaines plus tard, le Covid est apparu, et le reportage n'a jamais vu le jour. C'&#233;tait en mars 2020, il n'y avait alors plus de place pour rien en dehors du Covid et du confinement, donc encore moins pour un sujet sur les accidents du travail, qui a vraisemblablement &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233; tr&#232;s loin...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Vous avez vous-m&#234;me donn&#233; plusieurs interviews aux grands m&#233;dias. Comment analysez-vous r&#233;trospectivement ces entretiens ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rencontres se sont toujours bien pass&#233;es m&#234;me si les questions &#233;taient souvent, voire toujours les m&#234;mes. Au bout d'un moment, j'ai presque eu envie de leur conseiller l'article &#233;crit par un confr&#232;re, parce que le d&#233;roul&#233; &#233;tait identique ! Et en effet, la m&#234;me interview est sortie chez beaucoup de monde, de &lt;i&gt;Ouest France&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;Nouvel Obs&lt;/i&gt; en passant par France Info. Ils ne cherchent pas vraiment &#224; renouveler l'information. Parfois, certains vont aller un peu plus loin, et &#231;a peut &#234;tre surprenant : au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, le journaliste avait d&#233;cid&#233; de faire quatre portraits avec des photos de victimes, et un petit encart sur mon travail. J'ai trouv&#233; &#231;a beaucoup plus int&#233;ressant que de faire la m&#234;me interview une &#233;ni&#232;me fois. Idem chez BFM-TV, o&#249; le journaliste avait r&#233;alis&#233; un reportage assez complet de sept ou huit minutes. Je cite ces deux exemples parce qu'on n'y penserait pas &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Vous revendiquez vous &#234;tre inspir&#233; du travail de David Dufresne sur les violences polici&#232;res (recensement, enqu&#234;te, interpellation du minist&#232;re, etc.) et vous visez, du reste, le m&#234;me objectif : faire en sorte que les journalistes per&#231;oivent et traitent les accidents du travail pour ce qu'ils sont, c'est &#224; dire un fait social et un probl&#232;me de soci&#233;t&#233; majeur. Sans vouloir nullement opposer les deux sujets, et m&#234;me si le traitement est encore loin d'&#234;tre &#224; la hauteur, et que les acquis n'en sont jamais vraiment, on constate que les violences polici&#232;res ont r&#233;cemment fait l'objet d'une couverture plus aigu&#235; ; les accidents du travail&#8230; toujours pas. Comment l'expliquez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon avis, l'un des &#233;l&#233;ments principaux, c'est l'image. Le travail de David Dufresne et le traitement des violences polici&#232;res s'appuient sur des images. On voit les victimes. On voit le manifestant qui a perdu sa main. On voit celui ou celle qui s'est fait d&#233;truire la m&#226;choire. C'est &#231;a qui impacte, choque les gens&#8230; et les journalistes. J'en reviens &#224; ce que je disais sur les victimes d'accidents du travail, quasi syst&#233;matiquement invisibilis&#233;es. Je pense que s'ils voyaient l'ouvrier d'Eiffage tomber dans un malaxeur &#224; b&#233;ton et se faire broyer &#224; l'int&#233;rieur, peut-&#234;tre que les journalistes commenceraient &#224; s'y int&#233;resser un tout petit peu plus&#8230; Pareil pour l'ouvrier qui perd son bras happ&#233; par une machine, et qui ne doit sa vie qu'au coll&#232;gue qui a appuy&#233; sur le bouton &#171; Stop &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment d'explication, c'est que le sujet des violences polici&#232;res a &#233;t&#233; pouss&#233; par le mouvement des gilets jaunes, qui &#233;tait dans la lumi&#232;re, voire l'actualit&#233; m&#233;diatique principale au niveau national. Le contexte n'est donc pas le m&#234;me. Dans le mouvement social, les syndicats font un gros travail d'accompagnement des victimes d'accidents du travail. Par contre, le travail de m&#233;diatisation n'est pas vraiment fait, essentiellement parce qu'ils n'ont pas le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Matthieu L&#233;pine&lt;/strong&gt;, propos recueillis et transcrits par &lt;strong&gt;Pauline Perrenot&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Grand Paris Express est un vaste projet de r&#233;seau de transports pour l'&#206;le-de-France, incluant la construction de quatre nouvelles lignes de m&#233;tro, sous la coupe de la Soci&#233;t&#233; du Grand Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous avions &#233;crit &#171; &lt;i&gt;emball&#233; c'est pes&#233;&lt;/i&gt; &#187;, ce qui est incorrect, &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/blog/correcteurs/2021/06/15/emballez-cest-pese-la-presse-et-les-accidents-du-travail/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;comme l'ont soulign&#233; les correcteurs du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Note d'Acrimed, 24/06/21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois Ruffin, &lt;i&gt;Hector est mort&lt;/i&gt;, Fakir &#201;ditions, 143 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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