<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
	<link>https://www.acrimed.org/</link>
	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.acrimed.org/spip.php?id_auteur=4860&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
		<url>https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L144xH69/siteon0-505bf.png?1776672965</url>
		<link>https://www.acrimed.org/</link>
		<height>69</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Les &#233;lucubrations de St&#233;phane Bern sur l'&#233;cole au Moyen &#194;ge</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Les-elucubrations-de-Stephane-Bern-sur-l-ecole-au</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Les-elucubrations-de-Stephane-Bern-sur-l-ecole-au</guid>
		<dc:date>2019-09-04T10:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Catherine Rideau-Kikuchi, Florian Besson</dc:creator>


		<dc:subject>St&#233;phane Bern</dc:subject>
		<dc:subject>France 2</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'histoire une nouvelle fois mal trait&#233;e sur France T&#233;l&#233;visions&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Medias-et-histoire-" rel="directory"&gt;M&#233;dias et histoire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Stephane-Bern-+" rel="tag"&gt;St&#233;phane Bern&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-France-2-+" rel="tag"&gt;France 2&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L94xH150/arton5994-eb960.png?1776745061' class='spip_logo spip_logo_right' width='94' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mardi 27 ao&#251;t, France 2 diffusait &#171; &lt;a href=&#034;https://www.france.tv/france-2/la-fabuleuse-histoire/1050103-de-l-ecole.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La fabuleuse histoire de l'&#233;cole&lt;/a&gt; &#187;, nouvel &#233;pisode d'une s&#233;rie de vulgarisation historique portant sur un th&#232;me transversal, comme l'hygi&#232;ne, la maison, le restaurant... En soi, le principe d'une &#233;mission grand public, mobilisant de gros moyens (acteurs en costumes, reconstitution de diff&#233;rentes &#233;poques &#224; travers lesquels le pr&#233;sentateur voyage, etc.) et diffus&#233;e sur une cha&#238;ne du service public &#224; une heure de grande &#233;coute est int&#233;ressant. Seul probl&#232;me : comme pour la plupart de ses &#233;missions historiques, France 2 fait (une nouvelle fois) appel &#224; l'in&#233;narrable St&#233;phane Bern, qui gratifie (une nouvelle fois) les t&#233;l&#233;spectateurs de ses approximations et de sa vision caricaturale de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous publions, sous forme de tribune&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les articles publi&#233;s sous forme de &#171; tribune &#187; n'engagent pas collectivement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cet article des historiens Catherine Rideau-Kikuchi et Florian Besson, d&#233;velopp&#233; pour Acrimed &#224; partir des r&#233;actions &#224; l'&#233;mission initialement exprim&#233;es sur Twitter par le &lt;a href=&#034;https://actuelmoyenage.wordpress.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;collectif Actuel Moyen &#194;ge&lt;/a&gt;, dont ils sont tous les deux membres. De m&#234;me, en annexe, est reproduit un extrait de &lt;a href=&#034;https://echosdeslumieres.home.blog/2019/09/02/la-frauduleuse-histoire-de-lecole/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'article&lt;/a&gt; du doctorant en histoire contemporaine Guillaume Lancereau, critique du volet de l'&#233;mission consacr&#233;e &#224; l'&#233;poque moderne.(Acrimed)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On conna&#238;t la propension de St&#233;phane Bern, dans son &#233;mission &#171; Secrets d'histoire &#187;, &#224; laisser libre cours &#224; son penchant pour une histoire aristocratique, voire royaliste, centr&#233;e sur les grandes figures de l'histoire de France. Plus r&#233;cemment, dans une &#233;mission sur le Paris r&#233;volutionnaire, il diffusait avec Lor&#224;nt Deutsch une vision dat&#233;e et r&#233;actionnaire de cette p&#233;riode&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDLR : &#224; ce sujet, voir nos articles : &#171; &#034;Laissez-vous guider&#034; (France 2) : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet choisi pour cette &#233;mission de &#171; La fabuleuse histoire &#187;, l'&#233;cole, semblait a priori moins pol&#233;mique que ne peut l'&#234;tre la R&#233;volution fran&#231;aise ou la pr&#233;sidence de De Gaulle. Mais on y retrouve en r&#233;alit&#233; les m&#234;mes d&#233;fauts, les m&#234;mes erreurs, le m&#234;me message politique sous-jacent. L'&#233;mission, d&#232;s lors, pose en creux la m&#234;me question lancinante que &#171; Secrets d'histoire &#187; : comment se fait-il qu'une cha&#238;ne du service public laisse un tel monopole sur l'histoire &#224; une personnalit&#233; m&#233;diatique qui n'est pas un historien, et qui &#8211; ce qui est beaucoup plus g&#234;nant &#8211; propose syst&#233;matiquement des perspectives d&#233;connect&#233;es de l'historiographie contemporaine ?&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Qui a d&#233;truit l'&#233;cole... ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Les approximations et erreurs factuelles sont d'autant plus frustrantes que l'&#233;mission cherche explicitement &#224; rompre avec certains clich&#233;s. Ainsi entend-on &#224; raison que Charlemagne n'a pas invent&#233; l'&#233;cole, m&#234;me si cette affirmation est un peu contrebalanc&#233;e par le choix de commencer l'&#233;mission au Moyen &#194;ge, alors qu'il existe des institutions d'&#233;ducation dans l'Antiquit&#233;. Plus loin, St&#233;phane Bern propose une belle d&#233;monstration de l'abaque, ces tables &#224; calculer m&#233;di&#233;vales, et on pr&#233;cise que les m&#233;di&#233;vaux &#171; &lt;i&gt;savaient compter tr&#232;s loin&lt;/i&gt; &#187;, maniant couramment des unit&#233;s de grandeur de l'ordre des centaines de milliers. Mais cette volont&#233; de d&#233;faire les id&#233;es re&#231;ues reste superficielle et, le plus souvent, l'animateur reprend sans les discuter un ensemble de clich&#233;s sur l'&#233;ducation au Moyen &#194;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons rapidement sur les erreurs factuelles, m&#234;me si celles-ci sont assez r&#233;v&#233;latrices. Ainsi St&#233;phane Bern s'enthousiasme-t-il sur la Sorbonne, &#171; &lt;i&gt;la premi&#232;re universit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Une jolie vision patriotique &#224; souhait&#8230; mais assez fausse. De nombreuses &#233;coles existaient en effet partout en Europe, et leur institutionnalisation se fait progressivement, et quasi simultan&#233;ment : Bologne, Paris, Parme ou encore Oxford se constituent en universit&#233; entre la fin du XIIe et le d&#233;but du XIIIe si&#232;cle. De m&#234;me, le terme m&#234;me de &#171; Sorbonne &#187; est largement anachronique, puisqu'on parle &#224; l'&#233;poque de l'universit&#233; de Paris. En plus de ces erreurs, l'&#233;mission multiplie les raccourcis et reste le plus souvent &#224; un niveau purement anecdotique : parlant de l'universit&#233;, la voix off explique combien les &#233;tudiants de l'&#233;poque aiment faire la f&#234;te (ce qui est vrai), mais on ne saura rien des mati&#232;res enseign&#233;es, des dipl&#244;mes, des examens, de la p&#233;dagogie. Ces petites erreurs et rapidit&#233;s, nombreuses et r&#233;p&#233;t&#233;es, sont probl&#233;matiques (car on ass&#232;ne des choses fausses ou tr&#232;s partielles) mais la construction globale de la s&#233;quence l'est plus encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;St&#233;phane Bern choisit de se situer sur un chantier m&#233;di&#233;val reconstitu&#233;, au XIIIe si&#232;cle, &#233;poque marqu&#233;e en effet par un dynamisme &#233;conomique et intellectuel majeur. En soi, ce choix est int&#233;ressant : il rappelle l'importance des savoirs non-lettr&#233;s durant l'&#233;poque m&#233;di&#233;vale &#8211; on voit comment les tailleurs de pierre comptent, mesurent, calculent, etc. &#8211; et attire l'attention sur des lieux non-scolaires de formation. Il permet en outre de mettre &#224; l'honneur le formidable travail que font aujourd'hui des ouvriers et artisans qui, dans une perspective d'arch&#233;ologie exp&#233;rimentale, cherchent &#224; retrouver les gestes et les techniques du pass&#233; (pensons au &lt;a href=&#034;https://www.arte.tv/fr/videos/082723-000-A/guedelon-ii-une-aventure-medievale/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chantier de Gu&#233;d&#233;lon&lt;/a&gt; par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons cependant que St&#233;phane Bern exag&#232;re totalement la situation : on l'entend en effet expliquer qu'&#224; l'&#233;poque, &#171; &lt;i&gt;la plupart des enfants&lt;/i&gt; &#187; sont sur ces chantiers, ce qui est &#233;videmment une absurdit&#233; d&#233;mographique vu le petit nombre de tailleurs de pierre... &#192; une &#233;poque o&#249; la paysannerie repr&#233;sente au minimum 90 % de la population, on peut sans risque avancer que &#171; la plupart &#187; des enfants vivent aupr&#232;s de leurs parents, &#224; la campagne, et que c'est l&#224;, entre les champs, le village, l'&#233;glise et la maison familiale, que se fait l'essentiel de leurs apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, l'insistance de l'animateur &#224; r&#233;p&#233;ter que ces chantiers sont alors une v&#233;ritable &#171; &lt;i&gt;&#233;cole de la vie&lt;/i&gt; &#187; (l'expression revient trois fois en vingt minutes) interroge : s'agit-il, par opposition, de d&#233;nigrer nos &#233;coles contemporaines, auxquelles St&#233;phane Bern reprocherait d'&#234;tre trop th&#233;oriques, et donc &#171; d&#233;connect&#233;es du r&#233;el &#187; ? Dans cette premi&#232;re partie, son invit&#233;, l'humoriste Jarry, rench&#233;rit &#224; la fin de la s&#233;quence : cette &#171; &lt;i&gt;&#233;cole m&#233;di&#233;vale&lt;/i&gt; &#187; est &#171; &lt;i&gt;super&lt;/i&gt; &#187; car elle transmet du concret. On a l'impression &#8211; impression du reste confirm&#233;e dans la suite de l'&#233;mission &#8211; qu'il s'agit surtout de diffuser un message critiquant l'&#233;cole d'aujourd'hui, sous couvert d'une nostalgie discr&#232;te pour une &#233;poque o&#249; les enfants, sur les chantiers d&#232;s huit ans, &#171; &lt;i&gt;apprenaient un m&#233;tier&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Sombre Moyen &#194;ge&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Cette nostalgie n'est pas sans ambigu&#239;t&#233;, car la s&#233;quence reprend dans le m&#234;me temps une vision tout &#224; fait classique du Moyen &#194;ge, pr&#233;sent&#233; d'un bout &#224; l'autre comme une p&#233;riode sombre, violente, primitive, marqu&#233;e par la brutalit&#233; des m&#339;urs et l'ignorance des gens. Jarry note ainsi avec ironie que &#171; &lt;i&gt;les gens sont assez mal habill&#233;s&lt;/i&gt; &#187; : il s'agit bien s&#251;r d'une plaisanterie, mais l'humour permet de faire passer des &#233;l&#233;ments qu'on aurait plus de mal &#224; affirmer sur un ton s&#233;rieux. Dans des &#233;missions aussi &#171; &#233;crites &#187; que peut l'&#234;tre celle-ci, force est de constater que l'humour n'est en tout cas pas utilis&#233; pour retourner certains clich&#233;s, mais plut&#244;t pour les ent&#233;riner. C'est d'ailleurs encore Jarry qui s'offusque en voyant des enfants boire du vin. Fa&#231;on, l&#224; encore, de pr&#233;senter la p&#233;riode comme un &#226;ge primitif et assez fruste : le fait de pr&#233;ciser que ce vin est en r&#233;alit&#233; tr&#232;s peu alcoolis&#233; (et qu'il se boit en outre largement coup&#233; d'eau) ne change pas la premi&#232;re impression produite par la s&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus loin, St&#233;phane Bern explique qu'au Moyen &#194;ge, &#171; &lt;i&gt;les gens ne savaient ni lire ni compter&lt;/i&gt; &#187;, ce qui est totalement caricatural. Si la ma&#238;trise de l'&#233;crit reste en effet souvent le privil&#232;ge d'une &#233;lite sociale et intellectuelle, il n'emp&#234;che qu'elle se diffuse dans la soci&#233;t&#233;, notamment &#224; partir du XIIIe si&#232;cle. Cette &#233;poque est marqu&#233;e par la multiplication des &#233;crits qui p&#233;n&#232;trent toutes les couches de la soci&#233;t&#233; : l'administration se d&#233;veloppe et avec elle, la &#171; paperasse &#187; en tout genre ; les individus passent des contrats pour tout type de transaction et m&#234;me des vagabonds font r&#233;diger des testaments devant un notaire. Une part non n&#233;gligeable de la population sait lire et &#233;crire &#8211; peut-&#234;tre un quart, m&#234;me si c'est difficile &#224; chiffrer &#8211;, tandis qu'une part encore plus grande sait lire et signer de son nom. Rappelons par ailleurs qu'il existait au Moyen &#194;ge de &#171; petites &#233;coles &#187;, la&#239;ques ou religieuses, qui se d&#233;veloppent &#224; partir du XIIIe si&#232;cle et accueillent les enfants &#224; partir de 5 ans ; m&#234;me si elles ne concernent qu'une part minoritaire de la population &#8211; un quart des gar&#231;ons florentins en 1480 par exemple &#8211;, elles contribuent largement au progr&#232;s de l'alphab&#233;tisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est donc tr&#232;s loin de l'image d'un Moyen &#194;ge analphab&#232;te... Le fait de reprendre ainsi ce clich&#233; tr&#232;s dat&#233;, qu'on retrouve dans de nombreuses &#339;uvres de fiction, est r&#233;v&#233;lateur d'un point de vue tr&#232;s &#233;loign&#233; de l'histoire comme discipline scientifique. Le d&#233;calage est d'autant plus flagrant en cette ann&#233;e 2019, o&#249; &#171; l'&#233;crit &#187; est justement la question d'histoire m&#233;di&#233;vale qui est au programme de l'agr&#233;gation d'histoire : il aurait litt&#233;ralement suffi &#224; St&#233;phane Bern d'ouvrir le premier manuel venu, ou de feuilleter le dernier num&#233;ro du mensuel &lt;i&gt;L'Histoire&lt;/i&gt;, pour actualiser son propos. M&#234;me la page Wikip&#233;dia consacr&#233;e &#224; l'enseignement au Moyen &#194;ge est plus actuelle que le discours de l'animateur, parvenant &#224; nier en quelques secondes vingt ans de recherches historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas fini ! Quelques minutes plus tard, la jeune chanteuse Ang&#233;lina note quant &#224; elle que &#171; &lt;i&gt;la vie des filles au Moyen &#194;ge n'&#233;tait pas trop trop cool&lt;/i&gt; &#187;. Rebondissant sur cette affirmation, que l'on aurait pu d&#233;construire pour faire &#339;uvre de vulgarisation historique, la voix off rench&#233;rit : les femmes nobles sont certes lettr&#233;es, mais doivent &#171; &lt;i&gt;renoncer &#224; leurs &#233;tudes&lt;/i&gt; &#187; lorsqu'elles se marient. Non seulement ce vocabulaire contemporain n'a pas de sens appliqu&#233; &#224; la p&#233;riode, mais le propos global est surtout erron&#233; : le mariage n'est en effet pas forc&#233;ment synonyme de mort intellectuelle pour les femmes de l'&#233;poque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pourrait ainsi convoquer d'illustres exemples, de la comtesse Marie de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La voix off poursuit en pr&#233;cisant, avec une d&#233;lectation mise en valeur par la bande sonore, que les filles peuvent alors &#234;tre mari&#233;es &#224; treize ans &#8211; ce qu'Ang&#233;lina, elle-m&#234;me &#226;g&#233;e de douze ans, commente d'une moue l&#233;g&#232;rement d&#233;go&#251;t&#233;e. Encore une fois, le Moyen &#194;ge est pr&#233;sent&#233; comme une p&#233;riode barbare, teint&#233;e de p&#233;dophilie, sans que cette pratique (en effet attest&#233;e m&#234;me si en rien syst&#233;matique) ne soit jamais remise en contexte. Il aurait fallu, au minimum, rappeler qu'on est alors, &#224; cet &#226;ge-l&#224;, consid&#233;r&#233; comme adulte, et qu'on peut donc se marier certes, mais aussi diriger un royaume ou exercer un m&#233;tier. On aurait &#233;galement pu aller plus loin en soulignant que c'est au Moyen &#194;ge que s'impose, du fait des efforts de l'&#201;glise, le mod&#232;le d'un mariage consensuel, c'est &#224; dire qui repose, au moins en th&#233;orie, sur la libre volont&#233; des deux &#233;poux. Bref, on aurait pu partir de la surprise d'Ang&#233;lina &#8211; tout &#224; fait compr&#233;hensible et l&#233;gitime &#8211; pour enseigner la complexit&#233; de la situation, au lieu de rester sur un constat qui a tout du jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mission continue en expliquant qu'&#224; l'&#233;poque, les femmes ne peuvent pas acc&#233;der aux m&#234;mes m&#233;tiers que les hommes (ou plut&#244;t que &#171; &lt;i&gt;les filles&lt;/i&gt; &#187; ne font pas les m&#234;mes m&#233;tiers que &#171; &lt;i&gt;les gar&#231;ons&lt;/i&gt; &#187;, un vocabulaire enfantin qui est en lui-m&#234;me assez r&#233;v&#233;lateur). Il s'agit d'une erreur majeure &#8211; ou &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt; d'un raccourci probl&#233;matique &#8211;, reposant sur une vision tr&#232;s orient&#233;e de la p&#233;riode m&#233;di&#233;vale. Certes, des voies sont r&#233;serv&#233;es aux hommes, ne serait-ce que la cl&#233;ricature : impossible pour une femme de devenir pr&#234;tre, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; abb&#233; ou pape. N&#233;anmoins, on trouve pendant toute la p&#233;riode des femmes qui travaillent dans de tr&#232;s nombreux domaines, comme l'atteste du reste l'existence d'un vocabulaire professionnel f&#233;minin consid&#233;rablement plus d&#233;velopp&#233; que le n&#244;tre : doctoresse et forgeronne, marchande d'or ou mar&#233;chale-ferrande, banqui&#232;re ou seigneuresse, etc. Il existe des m&#233;tiers majoritairement masculins, d'autres majoritairement f&#233;minins, mais on trouve pourtant, malgr&#233; la repr&#233;sentation que propose St&#233;phane Bern, des femmes sur des chantiers de construction, o&#249; elles sont porteuses ou tailleuses de pierres. C'est au contraire au XVIe si&#232;cle, dans un contexte professionnel et intellectuel tr&#232;s particulier, que les m&#233;tiers se ferment progressivement aux femmes. Au XIXe si&#232;cle triomphe un message bourgeois qui exclut les femmes du monde du travail, message qui impr&#232;gne en profondeur le r&#233;cit historique : ainsi continue-t-on souvent &#224; dire que c'est la Premi&#232;re Guerre mondiale qui permet aux femmes de &#171; &lt;i&gt;prendre la place des hommes&lt;/i&gt; &#187;, en niant le fait qu'une grande partie d'entre elles travaillent depuis des si&#232;cles (sans m&#234;me parler de l'importance de leur travail domestique, totalement invisibilis&#233; par de tels discours).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision permet &#224; nouveau de noircir l'image du Moyen &#194;ge : Ang&#233;lina explique ainsi qu'elle n'aurait pas aim&#233; vivre &#224; cette &#233;poque, car maintenant, au moins, elle peut devenir &#171; &lt;i&gt;ce qu'elle veut&lt;/i&gt; &#187; (notons qu'on ne lui a visiblement jamais parl&#233; du plafond de verre, et qu'elle se pr&#233;pare une m&#233;chante d&#233;convenue). La conclusion de tout ce passage est laiss&#233;e &#224; la chanteuse : &#171; &lt;i&gt;ils &#233;taient tr&#232;s m&#233;chants&lt;/i&gt; &#187;. La na&#239;vet&#233; du propos peut &#233;videmment faire sourire. Reste que cette affirmation n'est ni discut&#233;e, ni nuanc&#233;e, et mise litt&#233;ralement sur le m&#234;me plan que la parole de l'historienne invit&#233;e pour cette s&#233;quence. Le jugement moral (&#171; &lt;i&gt;m&#233;chants&lt;/i&gt; &#187;) se conjugue &#224; un jugement historique globalisant (&#171; &lt;i&gt;ils &#233;taient ainsi&lt;/i&gt; &#187;) pour mieux donner &#224; voir un Moyen &#194;ge uniform&#233;ment sombre et arri&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce Moyen &#194;ge &#171; &lt;i&gt;pas tr&#232;s tr&#232;s cool&lt;/i&gt; &#187; s'ach&#232;ve, &#233;videmment, par l'invention de l'imprimerie, explicitement pr&#233;sent&#233;e comme une &#171; &lt;i&gt;r&#233;volution&lt;/i&gt; &#187; par St&#233;phane Bern. L&#224; encore, il s'agit de r&#233;activer un c&#233;l&#232;bre clich&#233;, pourtant battu en br&#232;che par les recherches r&#233;centes, qui insistent au contraire sur la progressivit&#233; des changements induits par l'invention. Selon l'&#233;mission, l'imprimerie provoque en effet un bouleversement imm&#233;diat du paysage &#233;ducatif, permettant &#171; &lt;i&gt;heureusement&lt;/i&gt; &#187; aux moines de ne plus avoir &#224; copier les textes &#224; la main, ou entra&#238;nant l'apparition d'&#233;coles diffusant &#171; une instruction sommaire &#187; aux pauvres. &#192; nouveau, le jugement moral (&#171; &lt;i&gt;heureusement&lt;/i&gt; &#187;) s'articule &#224; l'erreur historique (il y avait d&#233;j&#224; des &#233;coles urbaines bien avant l'imprimerie, et celle-ci n'a en aucun cas amen&#233; une alphab&#233;tisation massive et soudaine), pour mieux d&#233;peindre un Moyen &#194;ge obscur dont on sort avec soulagement, pour bondir en un saut brutal jusqu'&#224; l'&#233;poque de Louis XIV. Une deuxi&#232;me s&#233;quence elle-m&#234;me emplie d'erreurs, comme l'ont montr&#233; &lt;a href=&#034;https://echosdeslumieres.home.blog/2019/09/02/la-frauduleuse-histoire-de-lecole/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;plusieurs historiens modernistes&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Qui parle, et de quoi parle-t-on ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Au-del&#224; de ces erreurs et errements historiques, l'&#233;mission interroge quant aux modalit&#233;s de distribution de la parole. Deux s&#233;quences sont accord&#233;es &#224; Nathalie Gorochov, m&#233;di&#233;viste et professeure &#224; l'universit&#233;. Elle propose un &#233;clairage nuanc&#233; et mesur&#233;, qui entre par ailleurs en contradiction avec ce que dit St&#233;phane Bern : quand celui-ci explique que seuls les clercs savaient lire et &#233;crire, l'historienne pr&#233;cise que les &#233;coles sont eccl&#233;siastiques &#171; &lt;i&gt;jusqu'&#224; la fin du XIe si&#232;cle&lt;/i&gt; &#187;, ce qui sous-entend qu'elles cessent de l'&#234;tre ensuite. Mais ce propos n'intervient qu'au second plan : on entend ainsi davantage l'humoriste Jarry plaisanter sur ses faibles talents manuels que l'historienne sp&#233;cialiste de la question &#8211; ce qui semble tout de m&#234;me tr&#232;s &#233;trange dans une &#233;mission historique. Le propos de la m&#233;di&#233;viste b&#233;n&#233;ficie en outre d'une exposition bien moindre &#8211; et est mis sur le m&#234;me plan &#8211; que celui d'Ang&#233;lina : sans d&#233;nigrer ni les savoirs des enfants, ni l'int&#233;r&#234;t que constitue leur pr&#233;sence dans des d&#233;marches de vulgarisation historique, un tel choix pose question dans la mesure o&#249; il revient &#224; relativiser la parole de l'historienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chercheuse est, par ailleurs, film&#233;e dans une biblioth&#232;que, ou dans son bureau, en tout cas dans un d&#233;cor int&#233;rieur tapiss&#233; de livres. Une fa&#231;on certes classique d'illustrer &#224; la t&#233;l&#233; la posture de l'universitaire sp&#233;cialiste, mais qui entretient &#233;galement le clich&#233; de l'historien enferm&#233; dans sa tour d'ivoire, pendant que St&#233;phane Bern, lui, va dans le &#171; vrai monde &#187;, au contact des gens et des pratiques. Enfin, notons que l'historienne ne r&#233;pond &#224; personne : elle ne dialogue pas avec St&#233;phane Bern, ni m&#234;me avec la voix off (contrairement &#224; Ang&#233;lina). Elle ne semble pas non plus avoir eu acc&#232;s au texte du pr&#233;sentateur avant de tourner la s&#233;quence &#8211; dans le cas contraire, on a en effet du mal &#224; imaginer qu'elle ne l'ait pas repris. Sa parole semble ainsi d&#233;connect&#233;e, et coup&#233;e de la trame des dialogues. D'une fa&#231;on insidieuse, l'&#233;mission d&#233;construit la parole de la sp&#233;cialiste en feignant de lui laisser une place. Bien plus, et du fait de l'absence d'&#233;changes, sa pr&#233;sence donne une caution &#224; ce qui est racont&#233; par l'animateur, et semble l'avaliser. En d'autres termes, les deux minutes de parole de l'universitaire l&#233;gitiment les vingt-huit minutes o&#249; elle ne parle pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce stade, on peut se demander si, en tant qu'historiens, il vaut mieux refuser de participer &#224; ces &#233;missions &#8211; ce qui pose le probl&#232;me de se couper de m&#233;dias potentiellement utiles, et de laisser le monopole de la parole &#224; des non-historiens &#8211; ou jouer le jeu, en sachant que nos propos vont &#234;tre utilis&#233;s pour renforcer des discours faux et biais&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDLR : sur ce sujet, voir notre entretien : &#171; L'histoire racont&#233;e par les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme de ces trente minutes &#8211; seulement ! &#8211; d'&#233;mission, qu'a-t-on appris ? On aura retenu que les chantiers m&#233;di&#233;vaux sont des lieux o&#249; se transmettent des savoirs complexes, notamment abstraits : c'est une bonne chose. Mais on n'aura rien entendu sur les &#233;coles urbaines, sur la p&#233;dagogie m&#233;di&#233;vale, sur les usages de l'&#233;crit, sur le profil sociologique des ma&#238;tres ou des &#233;tudiants. On aura, par contre, entendu beaucoup d'erreurs, de clich&#233;s, d'affirmations dat&#233;es, rejet&#233;es depuis plusieurs d&#233;cennies par les historiens et historiennes. On n'aura pas parl&#233; des &#233;volutions internes &#224; la p&#233;riode m&#233;di&#233;vale, qui n'est pr&#233;sent&#233;e que comme un bloc dont on finit &#171; heureusement &#187; par sortir gr&#226;ce &#224; l'imprimerie. On n'aura jamais rien dit des sources qui permettent d'&#233;tudier l'enseignement au Moyen &#194;ge. Pour le dire autrement et le r&#233;sumer d'un mot, malgr&#233; le titre de l'&#233;mission, on n'aura pas fait d'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Cette &#171; fabuleuse histoire de l'&#233;cole &#187; s'av&#232;re ainsi tenir bien plus de la fable que de l'histoire. Ce genre d'&#233;missions &#8211; diffus&#233;es sur une cha&#238;ne du service public et donc r&#233;alis&#233;es en partie, rappelons-le sans cesse, avec l'argent de tous et toutes &#8211; font &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; plus de mal que de bien. Elles donnent, face &#224; une audience de pr&#232;s de deux millions de t&#233;l&#233;spectateurs, le monopole de la parole historique &#224; des non-historiens qui s'en servent pour diffuser des erreurs grossi&#232;res et, plus discr&#232;tement, un certain nombre de visions politiques tr&#232;s connot&#233;es (&#171; &lt;i&gt;l'&#233;cole &#233;tait mieux avant&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;les &#233;tudiants font la f&#234;te&lt;/i&gt; &#187;). Un bilan que ne parvient pas &#224; contrebalancer la pr&#233;sence d'historiens et d'historiennes sp&#233;cialistes de la question, qui participe finalement, gr&#226;ce &#224; la caution de &#171; sachants &#187; qu'elle fournit, &#224; l&#233;gitimer les discours dominants de l'&#233;mission, enrob&#233;s dans de belles reconstitutions et dans les sourires de l'animateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors m&#234;me que les initiatives de diffusion de la recherche se multiplient, de Twitter &#224; YouTube en passant par des podcasts et des bandes dessin&#233;es, la t&#233;l&#233;vision reste la chasse-gard&#233;e d'une poign&#233;e de pseudo-historiens, dont le discours est en r&#233;alit&#233; anti-historique. C'est d'autant plus dommage que ces nouvelles formes de diffusion de la recherche allient art du r&#233;cit et de la mise en sc&#232;ne et rigueur du propos. Des r&#233;alisateurs, des dessinateurs, des metteurs en sc&#232;ne et des chercheurs travaillent de plus en plus ensemble pour proposer des &#339;uvres et des divertissements qui diffusent des visions historiques &#224; jour. L'histoire est suffisamment vaste et riche pour offrir un merveilleux terrain de jeu pour les cr&#233;ateurs et beaucoup d'historiens sont pr&#234;ts &#224; la faire d&#233;couvrir &#224; un public aussi large que possible. La t&#233;l&#233;vision publique gagnerait probablement &#224; se mettre &#224; l'&#233;cole de ces initiatives qui peuplent aujourd'hui internet, les th&#233;&#226;tres aussi bien que les librairies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Catherine Rideau-Kikuchi&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Florian Besson&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Annexe&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Comme nous le mentionnions plus haut, le doctorant en histoire contemporaine et enseignant Guillaume Lancereau s'est &#233;galement livr&#233; &#224; &lt;a href=&#034;https://echosdeslumieres.home.blog/2019/09/02/la-frauduleuse-histoire-de-lecole/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une analyse critique du volet de l'&#233;mission consacr&#233; &#224; l'&#233;poque moderne&lt;/a&gt;. Avec son autorisation, nous reproduisons ci-dessous les deux derniers paragraphes de cet article.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion : un plaidoyer &lt;i&gt;pro domo &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#233;l&#233;vision persiste donc &#224; malmener l'histoire, avec le soutien des institutions culturelles et p&#233;dagogiques les plus l&#233;gitimes, puisque Lor&#225;nt Deutsch continue d'&#234;tre invit&#233; dans divers coll&#232;ges et &#233;coles publics en pr&#233;sence d'&#233;lus, tandis que St&#233;phane Bern poursuit son entreprise de vulgarisation traditionaliste sur le service public et re&#231;oit la cons&#233;cration de l'Institut de France sous la forme d'une &#171; Fondation St&#233;phane Bern pour l'histoire et le patrimoine &#187;. De surcro&#238;t, ce travail m&#233;diatique s'op&#232;re, dans le cas de l'&#233;mission concern&#233;e, au nom d'un principe dont il livre lui-m&#234;me la justification : il faut apprendre en s'amusant, par opposition aux savoirs scolaires et universitaires pos&#233;s comme r&#233;barbatifs et intellectualistes. Ce postulat transpara&#238;t nettement lorsque l'animateur c&#233;l&#232;bre les aristocratiques acad&#233;mies d'Ancien R&#233;gime au sein desquelles &lt;i&gt;&#171; on apprenait en s'amusant &#187;&lt;/i&gt; (postulat au demeurant bien discutable), ce que les enseignants de notre soci&#233;t&#233; contemporaine seraient incapables d'entendre &#8211; d'o&#249; la l&#233;gitimit&#233; suppos&#233;e des &#233;missions d'un St&#233;phane Bern. Au-del&#224; du fait que cette lecture ignore tout de la pr&#233;sence effective du jeu dans nos salles de classe, cette d&#233;finition promeut en d&#233;finitive une bien m&#233;diocre d&#233;finition de la vulgarisation des savoirs, en mettant dos &#224; dos s&#233;rieux et l'amusant, la connaissance et le divertissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au nom d'une conception toute contraire que nous continuons et continuerons &#224; d&#233;crypter et pointer du doigt les limites des contenus m&#233;diatiques de ce type. Notre but ne consiste pas ici &#224; pousser les vices de notre m&#233;tier d'enseignants jusqu'&#224; pr&#233;tendre corriger des contenus t&#233;l&#233;visuels comme nous corrigeons nos copies, de distribuer des bons et de mauvais points en fl&#233;trissant inlassablement les mauvais &#233;l&#232;ves, au risque de l'acharnement. Le fond de notre d&#233;marche vise, plus simplement, &#224; affirmer que le service public et les personnes qui y recourent pour d&#233;couvrir le pass&#233;, m&#233;ritent mieux ; &#224; affirmer que les contenus rigoureusement compos&#233;s, empiriquement fond&#233;s, intellectuellement stimulants, devraient &#234;tre un bien commun et non pas l'apanage lointain et jaloux des c&#233;nacles universitaires.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les articles publi&#233;s sous forme de &#171; tribune &#187; n'engagent pas collectivement l'association Acrimed, mais seulement leurs auteurs dont nous ne partageons pas n&#233;cessairement toutes les positions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NDLR : &#224; ce sujet, voir nos articles : &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Laissez-vous-guider-France-2-la-balade&#034;&gt;&#171; &#034;Laissez-vous guider&#034; (France 2) : la balade r&#233;actionnaire de Bern et Deutsch dans le Paris r&#233;volutionnaire &#187;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Secrets-d-histoire-le-magazine-royaliste-de-France-2&#034;&gt;&#171; &#034;Secrets d'histoire&#034;, le magazine royaliste de France 2 ? &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pourrait ainsi convoquer d'illustres exemples, de la comtesse Marie de Champagne (1174-1204), qui tient une cour prestigieuse dans laquelle artistes et po&#232;tes se pressent, &#224; Christine de Pisan (1364-1431), veuve &#224; 25 ans et qui devient la premi&#232;re &#233;crivaine &#224; vivre de sa plume.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NDLR : sur ce sujet, voir notre entretien : &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/L-histoire-racontee-par-les-medias-un-entretien&#034;&gt;&#171; L'histoire racont&#233;e par les m&#233;dias : un entretien crois&#233; &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
