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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Lire : Hollywood propaganda, de Matthew Alford </title>
		<link>https://www.acrimed.org/Lire-Hollywood-propaganda-de-Matthew-Alford</link>
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		<dc:date>2018-10-08T04:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michael Parenti</dc:creator>


		<dc:subject>USA</dc:subject>
		<dc:subject>Lire - &#233;couter - voir</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'avant-propos de la traduction fran&#231;aise, par l'historien et politologue Michael Parenti.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Des-livres-presentations-et-extraits-" rel="directory"&gt;Des livres : pr&#233;sentations et extraits&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-USA-+" rel="tag"&gt;USA&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Lire-ecouter-voir-+" rel="tag"&gt;Lire - &#233;couter - voir&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L98xH150/arton5798-5fd82.jpg?1776731764' class='spip_logo spip_logo_right' width='98' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les travaux r&#233;cents sur le pouvoir id&#233;ologique d'Hollywood sont rares en fran&#231;ais, en particulier pour les films qui traitent &#8211; plus ou moins explicitement &#8211; de la politique &#233;trang&#232;re des &#201;tats-Unis. C'est pourquoi il est heureux que le livre (paru en 2010) de l'universitaire britannique Matthew Alford sur les rapports entre l'industrie du cin&#233;ma et l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine ait fait l'objet d'une traduction. &lt;a href=&#034;http://editionscritiques.fr/produit/hollywood-propaganda/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Hollywood propaganda&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; a &#233;t&#233; publi&#233; en septembre aux &#201;ditions Critiques, avec une pr&#233;face in&#233;dite de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passant en revue des dizaines d'&#339;uvres sorties depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1990, de la superproduction au film ind&#233;pendant, Alford examine la fa&#231;on dont celles-ci repr&#233;sentent les actions des &#201;tats-Unis dans le monde ainsi que leurs autorit&#233;s civiles et militaires. &lt;i&gt;Hollywood propaganda&lt;/i&gt; analyse aussi le fonctionnement interne de cette &lt;i&gt;&#171; industrie politis&#233;e &#187;&lt;/i&gt; souvent bien dispos&#233;e &#224; l'&#233;gard des pr&#233;occupations de Washington, du Pentagone et de Wall Street. L'auteur applique &#224; Hollywood le &#171; mod&#232;le de propagande &#187; expos&#233; par Edward Herman et Noam Chomsky dans leur livre de r&#233;f&#233;rence sur les m&#233;dias &lt;i&gt;La Fabrication du consentement&lt;/i&gt; (Agone, 2008 ; 1988 pour la 1re &#233;dition en anglais).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reproduisons ci-dessous, avec l'accord de l'&#233;diteur, l'avant-propos de l'historien et politologue Michael Parenti, un dissident am&#233;ricain qui a beaucoup travaill&#233; sur la question de l'imp&#233;rialisme. &#192; noter qu'il a &#233;galement une &#339;uvre dans le domaine de la critique des m&#233;dias, malheureusement m&#233;connue en France car tr&#232;s peu traduite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_10280 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L260xH399/holly-prop_couv-1e659.jpg?1776731764' width='260' height='399' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;Chaque ann&#233;e lors de la c&#233;r&#233;monie de remise des Oscars, Hollywood invite le monde entier &#224; venir partager l'illusion qu'une noble industrie &#339;uvre pour le bien de l'humanit&#233; en lui offrant des divertissements magnifiques, &#233;mouvants, qui vont susciter chez lui joie, tendresse, chagrin, des films riches &#224; la fois en sc&#232;nes d'action &#233;poustouflantes et en promesses r&#233;confortantes. Devant cette autoc&#233;l&#233;bration festive, on a tendance &#224; oublier que &#171; le monde du cin&#233;ma &#187; est une industrie motiv&#233;e par le profit &#8212; comme toutes les grandes industries &#8212;, qu'elle est assez fermement centralis&#233;e et qu'elle se pr&#233;occupe bien plus de nous faire les poches que de cr&#233;er un art qui viendra nourrir nos r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n&#233;glige tout autant le fait qu'Hollywood fonctionne selon des param&#232;tres id&#233;ologiques bien arr&#234;t&#233;s. Si l'industrie du cin&#233;ma recherche en permanence gloire et dollars, elle n'en est pas moins une industrie culturelle. Les produits qu'elle commercialise sont constitu&#233;s de personnages, d'images, d'histoires, d'exp&#233;riences et, &#224; leur mani&#232;re, d'id&#233;es, des &#233;l&#233;ments qui affectent directement la conscience du public. Et si le premier objectif des grands studios est de faire de copieux profits, ils en ont un autre &#8212; que celui-ci soit explicitement assum&#233; ou non : le contr&#244;le id&#233;ologique. Ils l'exercent en ne s'aventurant jamais au-del&#224; du cadre du syst&#232;me de croyances dominant, tout en le pr&#233;sentant comme une repr&#233;sentation naturelle et authentique de la vie. Il serait peut-&#234;tre donc plus appropri&#233; de d&#233;crire l'industrie du cin&#233;ma comme engag&#233;e, non seulement dans le contr&#244;le id&#233;ologique, mais aussi dans le &lt;i&gt;self-control&lt;/i&gt; id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants de cette industrie contesteraient pareilles affirmations. Ils avanceraient que notre soci&#233;t&#233; est une d&#233;mocratie culturelle dont les produits finis ne sont pas d&#233;termin&#233;s par l'id&#233;ologie mais engendr&#233;s par de nombreux choix libres au sein d'un march&#233; libre. &#192; leurs yeux, c'est la main invisible d'Adam Smith qui part du c&#339;ur d'Hollywood pour atteindre les centres villes. Pour rapporter de l'argent &#224; ses actionnaires, l'industrie doit toucher les plus grands march&#233;s possibles, c'est-&#224;-dire qu'elle doit donner aux gens ce dont ils ont envie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, d'apr&#232;s les nababs du cin&#233;ma, la culture populaire est le produit de la demande populaire. Si le monde du cin&#233;ma propose des films nuls, disent-ils, c'est parce que c'est ce que le public appr&#233;cie ; c'est ce qui se vend. Les gens pr&#233;f&#232;rent &#234;tre divertis et distraits plut&#244;t qu'inform&#233;s et tir&#233;s vers le haut. C'est ce qu'ils affirment, et &#224; n'en pas douter c'est souvent le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien plus que le go&#251;t des spectateurs, n'est-ce pas plut&#244;t la puissance du marketing et de la distribution dont b&#233;n&#233;ficient les films qui d&#233;termine la taille de leur public ? Des millions de gens ont vu les suites de &lt;i&gt;Rambo&lt;/i&gt;, des productions extravagantes &#224; la gloire d'actes de bravoure militaristes et sanguinaires. Chacun des &#233;pisodes de &lt;i&gt;Rambo&lt;/i&gt; est sorti dans plus de deux mille salles aux &#201;tats-Unis &#224; la suite de campagnes publicitaires de plusieurs millions de dollars. Un autre exemple : en aout 2001, malgr&#233; des critiques catastrophiques m&#233;rit&#233;es, Disney a d&#233;cid&#233;, &#224; la surprise g&#233;n&#233;rale, de prolonger la dur&#233;e d'exploitation nationale de &lt;i&gt;Pearl Harbor&lt;/i&gt; a sept mois au lieu des deux &#224; quatre mois ordinaires, ce qui signifiait que ce &lt;i&gt;blockbuster&lt;/i&gt; &#171; estival &#187; allait finalement &#234;tre projet&#233; jusqu'en d&#233;cembre. B&#233;n&#233;ficiant d'une distribution aussi massive et envahissante, il &#233;tait impossible que &lt;i&gt;Pearl Harbor&lt;/i&gt; n'atteigne pas un tr&#232;s grand nombre de gens. En revanche, seuls quelques milliers de personnes ont jamais pu voir &lt;i&gt;Le Sel de la terre&lt;/i&gt; (1954)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michael Parenti &#233;voque ici le film de Herbert J. Biberman, &#224; ne pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un film &#224; petit budget traitant des luttes men&#233;es aux &#201;tats-Unis par des syndicalistes d'origine mexicaine. Ce film vibrant et saisissant, conserv&#233; des d&#233;cennies apr&#232;s par la Biblioth&#232;que du Congr&#232;s et le Mus&#233;e d'art moderne de New York, a &#233;t&#233; soumis &#224; toutes sortes de contraintes au cours de sa production et de sa distribution, et a d&#251; se contenter d'une courte vie en salle, avec seulement onze petits exploitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si des films dissidents comme &lt;i&gt;Le Sel de la terre&lt;/i&gt; ne parviennent pas &#224; toucher un large public, ne serait-ce pas parce qu'ils en sont tenus &#224; l'&#233;cart du fait de la distribution minimale et de la publicit&#233; limit&#233;e qu'ils re&#231;oivent ? Faute de fonds suffisants, ils doivent compter sur le bouche-&#224;-oreille et sur les critiques qui leurs sont souvent politiquement hostiles. Le contraste est saillant avec les campagnes publicitaires de plusieurs millions de dollars qui favorisent la &lt;i&gt;cr&#233;ation&lt;/i&gt; de march&#233;s de masse pour les films cens&#233;ment plus populaires. Si un &lt;i&gt;Rambo&lt;/i&gt; ou un film tel que &lt;i&gt;Pearl Harbor&lt;/i&gt; dispose vraiment d'un grand public &#171; naturel &#187; et est attendu par des millions de spectateurs, en ce cas pourquoi est-il n&#233;cessaire de d&#233;penser des fortunes en publicit&#233; avec pour seul objectif de constituer une audience massive ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, ce n'est pas simplement une question de demande qui va cr&#233;er l'offre. C'est souvent l'inverse : l'offre cr&#233;e la demande. La premi&#232;re condition n&#233;cessaire &#224; toute consommation est la disponibilit&#233; du produit. Qu'il s'agisse de films, d'&#233;missions de t&#233;l&#233;vision ou de boissons sans alcool, la consommation d&#233;pendra largement de la distribution et de la visibilit&#233; du produit. Un film qui va sortir dans tous les multiplexes d'Am&#233;rique va toucher un grand public, non pas parce qu'il y a une vague spontan&#233;e de demande &#233;manant de la base de l'ordre social, mais parce qu'il est commercialis&#233; avec fracas &#224; partir du sommet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le temps, les gens sont conditionn&#233;s &#224; accepter des films faciles, superficiels, m&#233;diocres et politiquement biais&#233;s. Les images standardis&#233;es et les sc&#233;narios cousus de fil blanc sont pr&#233;dig&#233;r&#233;s. Avec un conditionnement suffisant, les consommateurs iront voir m&#234;me ce qui ne suscite pas grand enthousiasme chez eux. Rarement expos&#233;s &#224; autre chose, ils sont d'autant plus enclins &#224; chercher la distraction dans ce qui se trouve offert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne faut pas exag&#233;rer cet argument. Le public n'est pas mall&#233;able &#224; volont&#233;. L'offre ne cr&#233;e pas toujours la demande. Certaines offres d'Hollywood sont des &#233;checs cuisants, malgr&#233; une publicit&#233; abondante et une distribution offensive. Malgr&#233; leurs d&#233;clarations sur l'importance de donner au public ce qu'il veut, les dirigeants des studios se trompent souvent. Les pr&#233;f&#233;rences du public peuvent &#234;tre difficiles &#224; pr&#233;dire, surtout quand la perception qu'on en a est elle-m&#234;me influenc&#233;e par ses propres inclinations sociopolitiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, durant une p&#233;riode s'&#233;talant sur plus de deux d&#233;cennies, et qui comprenait toutes les ann&#233;es 1970 et 1980, les commentateurs et experts des m&#233;dias dominants n'ont eu de cesse de r&#233;p&#233;ter que le public am&#233;ricain &#233;tait gagn&#233; par une &#171; humeur conservatrice &#187;, soit exactement la direction qu'ils esp&#233;raient. Les patrons des cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision et des grands studios ne se sont pas fait prier pour se joindre au ch&#339;ur, dans ce qui a fini par devenir l'une des tentatives de proph&#233;tie autor&#233;alisatrice les plus longues de l'histoire. Puisqu'ils avaient d&#233;cid&#233; que la nation se laissait envahir par une humeur conservatrice, ils se sont mis au travail pour favoriser &#224; la fois cette &#233;volution et cette humeur. Les huiles de la t&#233;l&#233;vision ont produit tout un tas de s&#233;ries sur la justice et l'ordre telles que &lt;i&gt;Walking Tall&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Strike Force&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Today's FBI&lt;/i&gt; (1981-1982). Tous ces programmes &#233;taient &#233;maill&#233;s de sous-textes conservateurs ; ils ont tous souffert d'audiences lamentables et ont vite &#233;t&#233; interrompus. Cela s'est reproduit dans les ann&#233;es 2000 avec des s&#233;ries telles qu'&lt;i&gt;Agence Matrix&lt;/i&gt; (2003-2004), &lt;i&gt;Spy Girls&lt;/i&gt; (2002-2004) et &lt;i&gt;Espions d'&#201;tat&lt;/i&gt; (2001-2003), cette derni&#232;re b&#233;n&#233;ficiant du soutien de la CIA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Idem avec l'industrie du cin&#233;ma. &lt;i&gt;L'&#201;toffe des h&#233;ros&lt;/i&gt; (1983), un film &#224; la gloire des aventures spatiales des &#201;tats-Unis, a fait un bide au box-office. Des films d'action tels que &lt;i&gt;Cobra&lt;/i&gt; (1986), &lt;i&gt;Rambo III&lt;/i&gt; (1988) et &lt;i&gt;L'Inspecteur Harry est la derni&#232;re cible&lt;/i&gt; (1988) s'en sont mal sortis eux aussi. Gr&#226;ce &#224; des campagnes publicitaires se chiffrant &#224; plusieurs millions de dollars, ils ont fait un bon d&#233;part lors de leur premier week-end, mais ils se sont rapidement effondr&#233;s ensuite. &lt;i&gt;Inchon&lt;/i&gt; (1982), un autre film de guerre droitier, dont le budget &#233;tait de 48 millions de dollars auxquels il faut ajouter entre 10 et 20 millions de dollars de publicit&#233;, avait tout ce dont le public est cens&#233; avoir envie : un casting prestigieux, une production spectaculaire, une histoire d'amour, des sc&#232;nes de bataille sanglantes, un patriotisme exacerb&#233;, une r&#233;&#233;criture simpliste de l'histoire politique et une intrigue &#233;cervel&#233;e &#224; propos d'agresseurs communistes pr&#234;ts &#224; tuer qui se font d&#233;gager par un h&#233;ros de guerre de droite. Pourtant &lt;i&gt;Inchon&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; un d&#233;sastre au box-office. Cela laisse penser que m&#234;me les spectateurs conditionn&#233;s pour cela en ont parfois marre de consommer toujours les m&#234;mes &#226;neries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, dire que l'industrie du cin&#233;ma &#171; donne aux gens ce qu'ils veulent &#187; est une explication trop simple. Les grands studios nous imposent &lt;i&gt;ce qu'ils pensent&lt;/i&gt; que nous voulons, et font souvent la promotion de films que nous n'avons jamais demand&#233;s et qui ne nous plaisent pas particuli&#232;rement. Mais avec une publicit&#233; et une distribution suffisantes, m&#234;me ces bides sont destin&#233;s &#224; atteindre bien plus de gens que des films dissidents aux financements exsangues, auxquels on n'accorde ni distribution, ni publicit&#233; de masse dignes de ce nom.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;Les commentateurs et &#233;ditorialistes conservateurs ne cessent de donner d'Hollywood l'image d'un repaire de gauchistes. Divers propagandistes de droite nous disent que &#171; les &#233;lites culturelles &#187; d'Hollywood (et d'autres endroits tels que New York, San Francisco et Washington) v&#233;hiculent des valeurs qui visent &#224; saper le patriotisme et d'autres &#171; vertus am&#233;ricaines &#187; du m&#234;me ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impressionnante critique que propose Matthew Alford dans les pages qui suivent terrasse ces incantations &#224; propos d'un dessein gauchiste de nature &#233;litiste. Implicitement, la dissection des films de guerre hollywoodiens propos&#233;e par l'auteur l&#232;ve le voile sur les repr&#233;sentations d&#233;form&#233;es de la politique imp&#233;rialiste am&#233;ricaine elle-m&#234;me et les mythes politiques dominants qui la soutiennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre d&#233;taill&#233; d&#233;voile comment les agences de l'empire am&#233;ricain jouent un r&#244;le actif jusque dans l'&#233;criture et la production des films &#224; propos des man&#339;uvres politico-militaires des &#201;tats-Unis &#224; l'&#233;tranger. Ce d&#233;bat &#233;touff&#233; sur les politiques (pas toujours si) cach&#233;es de l'empire se manifeste dans la production des films elle-m&#234;me, dans ce qui est att&#233;nu&#233;, ce qui est glorifi&#233;, et ce qui ne quittera pas le banc de la salle de montage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un passage en revue de quasiment tous les films importants de ces derni&#232;res ann&#233;es, Alford conclut que tandis qu'&#171; il y a [certainement] des progressistes importants &#224; Hollywood &#187;, il n'y a pas d'&#171; establishment de gauche &#187; poursuivant un dessein politique. Il nous rappelle &#233;galement qu'il y a de &#171; nombreuses stars, censeurs et professionnels de l'industrie situ&#233;s &#224; droite &#187; qui &#339;uvrent activement au sein d'Hollywood. Des repr&#233;sentants du Pentagone et des agences de s&#233;curit&#233; nationale suivent &#224; la trace certains sc&#233;naristes, monteurs et producteurs. Et avant toute chose, il y a les patrons et les banquiers &#8212; riches et conservateurs &#8212; qui travaillent dans l'industrie, ceux-ci op&#233;rant &#171; &#224; l'int&#233;rieur d'un syst&#232;me entrepreneurial rigide &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; un examen minutieux des v&#233;ritables intrigues, dialogues et personnages de dizaines de films grand public, non seulement Alford nous &lt;i&gt;dit&lt;/i&gt;, mais en plus il nous &lt;i&gt;d&#233;montre&lt;/i&gt; que le cin&#233;ma dominant ne propose aucune critique des &#171; principales pr&#233;misses postulant la bienveillance des &#201;tats-Unis sur la sc&#232;ne internationale &#187;. Au point que lorsque l'on conc&#232;de des remarques critiques dans tel ou tel film, elles ne sont fond&#233;es sur rien de tangible. Les h&#233;ros se contentent de corriger le tir lorsque se produisent des bourdes op&#233;rationnelles, des accidents malencontreux et des erreurs individuelles. Il est possible de critiquer certains cas d'exc&#232;s du pouvoir militaire, mais pas la puissance militaire des &#201;tats-Unis &#224; proprement parler, &#233;tant entendu que les forces am&#233;ricaines ont le droit absolu de mener des op&#233;rations militaires dans n'importe quelle &#171; zone &#224; probl&#232;me &#187; de la plan&#232;te. Alford d&#233;crit des films qui propagent l'id&#233;e que la guerre est une &#171; trag&#233;die regrettable, qui d&#233;coule de ce que l'id&#233;alisme des &#201;tats-Unis se heurte &#224; une situation qu'ils n'ont pas enti&#232;rement comprise et n'ont pas pu ma&#238;triser &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde du cin&#233;ma, les interventions de l'arm&#233;e am&#233;ricaine sont toujours bien intentionn&#233;es m&#234;me si, parfois, ces entreprises tournent mal. On ne nous dit rien des int&#233;r&#234;ts globaux transnationaux qui se cachent derri&#232;re de telles exp&#233;ditions, sur qui paie et sur qui tire profit de ce qui se passe. De telles questions nous m&#232;neraient au c&#339;ur de la fa&#231;on dont le pouvoir politique et &#233;conomique est exerc&#233; aux &#201;tats-Unis et dans une grande partie du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, les cin&#233;astes (&#224; quelques notables exceptions pr&#232;s) n'iront pas bien loin dans leurs critiques, ayant &#224; l'esprit &#8212; de fa&#231;on plus ou moins consciente &#8212; qu'ils ne peuvent se permettre de faire un film v&#233;ritablement radical ; ils sont incapables de remonter &#224; la racine et d'exposer les int&#233;r&#234;ts colonialistes de l'empire mondial ou la nature dangereuse et antid&#233;mocratique de l'&#201;tat de s&#233;curit&#233; nationale. S'y essayer, ce serait attirer des ennuis au film qu'on essaie de produire et de distribuer. Il s'ensuivrait une perte de financements, une exposition de moindre envergure, et un jeu de massacre pour les critiques de cin&#233;ma des m&#233;dias dominants qui se gardent bien d'oublier pour le compte de qui ils travaillent. Il suffit de demander &#224; Oliver Stone ce qu'il en pense, lui qui n'a cess&#233; de recevoir des attaques pour sa tentative de s'aventurer en zone interdite &#224; propos de l'assassinat de Kennedy avec son film &lt;i&gt;JFK&lt;/i&gt; (1991).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc dire que l'on ne se contente pas de nous divertir. Les cin&#233;astes grand public ont une capacit&#233; inn&#233;e &#224; traiter des sujets br&#251;lants de fa&#231;on &#224; neutraliser leur impact et &#224; att&#233;nuer leur signification. On int&#232;gre des r&#233;alit&#233;s contradictoires dans le sc&#233;nario, mais sous une forme pr&#233;dig&#233;r&#233;e. L'injustice et la corruption au sein des institutions ne sont plus que les actes de quelques rares francs-tireurs ou brebis galeuses. La guerre n'est alors pas grand-chose d'autre qu'une exp&#233;rience dure et am&#232;re pour les soldats concern&#233;s. Comme le dit Alford : &#171; C'est monnaie courante &#224; Hollywood, comme parmi les &#233;lites am&#233;ricaines [dans le domaine de la vie politique r&#233;elle], de partir du principe que les &#233;trangers ne comptent pas, que les ennemis des &#201;tats-Unis sont implacablement vils, et que la puissance am&#233;ricaine est par essence bonne et d&#233;sint&#233;ress&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde du grand &#233;cran, les dirigeants politiques doivent faire des choix difficiles portant sur l'int&#233;grit&#233; et l'&#233;quit&#233;, mais ils se prononcent rarement sur des probl&#232;mes &#233;conomiques concrets. La r&#233;sistance face &#224; l'injustice s'exprime &#224; travers la courageuse opposition d'un individu. (&#171; Un seul et unique homme s'est lev&#233; pour affronter la menace... &#187;). Gr&#226;ce &#224; son alchimie cin&#233;matique, Hollywood produit des films qui peuvent sembler d'actualit&#233; et socialement pertinents, sans avoir &#224; composer avec les divers aspects de la r&#233;alit&#233; sociale conflictuelle, des films dans lesquels on &#171; combat le terrorisme &#187; sans approcher la r&#233;alit&#233; de trop pr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;* * *&lt;/center&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;p&gt;Si tout ceci est vrai, si les films sont implicitement conservateurs dans leur repr&#233;sentation avantageuse de l'&#201;tat de s&#233;curit&#233; national, de l'imp&#233;rialisme et de la sup&#233;riorit&#233; morale pr&#233;sum&#233;e des &#201;tats-Unis, alors pourquoi les conservateurs se plaignent-ils de &#171; partis pris progressistes &#187; &#224; Hollywood ? Ils adressent aussi ce reproche aux m&#233;dias d'information am&#233;ricains, essentiellement pour les m&#234;mes raisons, alors que ceux-ci penchent &#224; droite et sont toujours plus soumis et timor&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les films n'ont de cesse de restreindre leur attention critique &#224; une sph&#232;re &#233;troite et superficielle et proposent rarement une critique v&#233;ritablement radicale. Pourtant m&#234;me cette timide d&#233;marche est consid&#233;r&#233;e comme une entreprise de d&#233;nigrement, men&#233;e par les progressistes, du syst&#232;me politico-&#233;conomique am&#233;ricain et de sa domination mondiale. Montrer un soldat sans piti&#233; qui tue un civil innocent, dans ce qui est par ailleurs pr&#233;sent&#233; comme une entreprise militaire noble contre le terrorisme, c'est d&#233;j&#224; trop pour les id&#233;ologues de droite. &lt;i&gt;La moindre&lt;/i&gt; critique &#8212; aussi &#233;dulcor&#233;e, fortuite et innocemment d&#233;contextualis&#233;e soit-elle &#8212; sera toujours choquante aux yeux des r&#233;actionnaires intransigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, &#224; sa mani&#232;re, Hollywood a vraiment &#233;t&#233; culturellement &#171; subversive &#187;, avec ses sc&#232;nes sexuellement explicites, ses jurons, sa tol&#233;rance pour les modes de vie d&#233;viants (dont l'homosexualit&#233;), et son d&#233;dain suppos&#233; pour les valeurs familiales. Pour les r&#233;actionnaires, de telles inclinations apparemment d&#233;cadentes sont les preuves &#224; brandir pour d&#233;montrer que l'industrie du cin&#233;ma est aux mains des ennemis de l'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire qu'Hollywood est gouvern&#233;e par des gauchistes est aussi un moyen d'exercer en permanence une certaine pression qui aide &#224; faire bouger le centre de gravit&#233; politique vers la droite, pour maintenir l'industrie dans l'inconfort, et ainsi l'obliger &#224; prouver sa bonne foi patriotique. L'industrie du cin&#233;ma rev&#234;t donc constamment les atours qui plaisent &#224; la droite sans jamais oser se d&#233;placer trop fermement vers la gauche sur la moindre question fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel du processus de contr&#244;le id&#233;ologique se fait implicitement. Alford nous rappelle que les gens qui &#339;uvrent au sein des syst&#232;mes de pouvoir ne sont pas toujours pleinement capables &#171; d'identifier les fronti&#232;res id&#233;ologiques fix&#233;es par les forces &#233;tatiques et &#233;conomiques &#224; l'int&#233;rieur desquelles ils travaillent &#187;. Et s'ils s'aventuraient &#224; soulever des points de vue f&#226;cheux quant aux dangers d'un syst&#232;me de pouvoir antid&#233;mocratique et ploutocratique, ajoute-t-il, cela compromettrait s&#233;rieusement leurs carri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pourrions nous rappeler que les formes de contr&#244;le social les plus r&#233;pressives ne sont pas toujours celles que nous vouons consciemment aux g&#233;monies, mais celles qui s'insinuent d'elles-m&#234;mes dans le tissu de notre conscience afin de ne pas &#234;tre remises en cause, et qui sont alors accept&#233;es comme faisant partie de la nature des choses. Il y a sans doute des progressistes et des gens de gauche &#224; Hollywood qui ne se sont toujours pas rendu compte &#224; quel point ce qu'ils entreprennent sert la cause des pouvoirs en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alford conclut ce livre par un appel dont nous devrions tous tenir compte, un appel en faveur d'un syst&#232;me de propri&#233;t&#233; et de production plus libre, moins concentr&#233;, dans lequel les cin&#233;astes cr&#233;eraient des r&#233;cits novateurs et captivants et &#171; auraient moins peur de questionner la fa&#231;on dont la puissance des &#201;tats-Unis d&#233;pend des firmes priv&#233;es. &#187; En r&#233;sum&#233;, dans le but de faire de meilleurs films et donc des soir&#233;es de remise des Oscars au service de la d&#233;mocratie plut&#244;t que de la ploutocratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Michael Parenti&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michael Parenti &#233;voque ici le film de Herbert J. Biberman, &#224; ne pas confondre&lt;br class='autobr' /&gt;
avec le documentaire de Juliano Ribeiro Salgado et Wim Wenders sorti en 2014 qui porte le m&#234;me titre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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