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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Sur la couverture m&#233;diatique de la mort de Johnny Hallyday (tribune)</title>
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		<dc:date>2018-05-11T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Garrigou</dc:creator>


		<dc:subject>Personnalisation</dc:subject>
		<dc:subject>Scoops</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Communion m&#233;diatique autour de la mort du chanteur &#224; succ&#232;s.&lt;/p&gt;

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/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Personnalisation-+" rel="tag"&gt;Personnalisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Scoops-+" rel="tag"&gt;Scoops&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L116xH150/arton5735-dc8f5.png?1726248934' class='spip_logo spip_logo_right' width='116' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions, avec l'accord de l'auteur, un article d'Alain Garrigou &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/2018-01-04-Johnny-et-l-irrealite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;publi&#233; sur son blog&lt;/a&gt; sous le titre &#171; Johnny et l'irr&#233;alit&#233; &#187;. Il revient sur la couverture m&#233;diatique de la mort du chanteur &#224; succ&#232;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La mort de Johnny Hallyday a d&#233;clench&#233; une vague m&#233;diatique &#224; la hauteur des &#233;v&#233;nements les plus dramatiques. Le 6 d&#233;cembre 2017, les commentaires en boucle coup&#233;s par les directs, les t&#233;moignages de proches et les micro-trottoirs des fans se succ&#233;d&#232;rent sans discontinuer sur toutes les ondes : cha&#238;nes d'info... en continu, imm&#233;diatement suivies par les cha&#238;nes d'info g&#233;n&#233;rales puis par la presse &#233;crite. Le d&#233;luge continua les jours suivants, relanc&#233; par un hommage national retransmis en direct et un &#171; dernier voyage &#187; aux Antilles. Les titres &#233;taient &#224; la hauteur de l'&#233;v&#232;nement : &#171; France en deuil &#187;, &#171; France en larmes &#187;. Les commentateurs redoublaient l'unanimit&#233; par leurs explications : la France &#233;tait en deuil parce que le d&#233;funt &#233;tait une &#171; idole &#187;, voire un &#171; h&#233;ros &#187;, etc. On se sentait ainsi un peu seul si l'on ne ressentait aucune tristesse. &#201;tait-on m&#234;me tout &#224; fait fran&#231;ais ? D&#232;s le premier jour de ce deuil m&#233;diatique, les solitaires d&#233;couvraient pourtant qu'ils l'&#233;taient moins lorsque, rencontrant des amis, ils partageaient agacement et ironie. Il est probable que ces dissidents &#233;taient socialement proches mais, &#224; l'inverse, les endeuill&#233;s n'&#233;taient-ils pas surtout membres du showbiz et les fans plut&#244;t des septuag&#233;naires des milieux populaires ? En tout cas, il n'y avait nulle unanimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ce d&#233;ferlement unanimiste avait-il pu se d&#233;velopper contre la v&#233;rit&#233; et la raison ? Encore une fois, on se trompait d'objet en croyant que l'information enregistre simplement l'importance des &#233;v&#233;nements et parle forc&#233;ment des choses qu'elle d&#233;signe. Les m&#233;dias &#233;taient bien en peine de voir qu'ils fabriquaient eux-m&#234;mes cette unanimit&#233; d'images et de papier. &#201;tait-ce encore de l'information que ces images et commentaires diffus&#233;s pendant une semaine, jusqu'&#224; la tombe antillaise ? En attendant les suites du r&#233;cit fun&#232;bre o&#249;, &#171; avec du recul &#187;, viendront les documentaires sur la carri&#232;re du chanteur et les confidences des intimes. Les m&#233;dias se sont comport&#233;s comme des entreprises de mobilisation. Un r&#244;le habituel mais d&#233;ni&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;L'industrie de l'irr&#233;alit&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Dans les dystopies les plus classiques, l'ordre totalitaire est notamment assur&#233; par la propagande. Dans &lt;i&gt;Le meilleur des mondes&lt;/i&gt; d'Aldous Huxley, la mise en condition totalitaire s'impose par la profusion de l'information et pr&#233;cis&#233;ment par celle des images diffus&#233;es par les murs &#233;crans tandis que, dans &lt;i&gt;1984 &lt;/i&gt; de George Orwell, Big Brother r&#232;gne par le contr&#244;le strict d'une information unique. George Orwell &#233;tait sans doute plus r&#233;aliste au regard des r&#233;gimes totalitaires qui avaient occup&#233; le XXe si&#232;cle, Aldous Huxley plus proph&#233;tique en anticipant l'&#232;re t&#233;l&#233;visuelle et num&#233;rique de l'inflation des canaux et des messages. Le traitement m&#233;diatique de la mort de Johnny Hallyday a donn&#233; une version hybride de cette tutelle en associant une multiplicit&#233; des m&#233;diateurs et une uniformit&#233; du message. Tous ces m&#233;dias, cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision ou de radio, et m&#234;me la presse &#233;crite, moyennant quelques variations, titraient sur la mort de Johnny &#8212; seul le quotidien &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt; titrait sur l'annonce du d&#233;placement de l'ambassade am&#233;ricaine &#224; J&#233;rusalem par Donald Trump. La communion avec autrui, le bien par excellence disait &#201;mile Durkheim, tel fut le spectacle que donn&#232;rent les m&#233;dias, quitte &#224; m&#233;priser tout le monde, les spectateurs somm&#233;s de clamer leur amour ou rejet&#233;s dans le n&#233;ant. Il fallut attendre plusieurs jours pour entendre quelques voix dissonantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;George Orwell et Aldous Huxley n'avaient pas fait l'autopsie du r&#233;gime de conditionnement supposant implicitement qu'il fallait chercher du c&#244;t&#233; du pouvoir politique totalitaire, une puissante administration tirant les ficelles de la soumission. &#192; commencer par celle des producteurs d'information. Rien de tel ici. Il faut donc expliquer comment les m&#233;dias ont mis en musique une partition du deuil unanime, sans poste de commandement, en quelque sorte spontan&#233;ment. Si l'on en croit les justifications professionnelles, la hi&#233;rarchie de l'information serait d&#233;termin&#233;e par l'importance de l'&#233;v&#232;nement. Tant pis si cet objectivisme de l'information ne r&#233;siste pas aux &#233;preuves les plus simples. Rien de plus solide qu'une id&#233;ologie professionnelle que les professionnels d&#233;mentent volontiers en priv&#233; mais qui est commode pour se pr&#233;server. Comment les m&#233;dias ont-ils pu &#234;tre si unanimes face &#224; un &#233;v&#233;nement dont beaucoup de journalistes auraient convenu qu'&#224; titre personnel, ils s'en fichaient ? Cette forme de coordination se trame dans les salles de r&#233;daction o&#249; les uns et les autres r&#233;agissent selon ce que disent et montrent les uns et les autres. Il faut voir les murs d'&#233;crans diffusant les images de la concurrence dans les studios de t&#233;l&#233;vision et les exemplaires de journaux dans les bureaux des radios et de la presse &#233;crite pour comprendre cette situation d'interd&#233;pendance tactique &#233;largie (Thomas Schelling) o&#249; la vision que se font les uns d&#233;pend non seulement de la vision des autres mais de ce qu'on croit &#234;tre la vision de l'autre. Et inversement. Contre tout le bon sens lib&#233;ral du pluralisme de l'information, il faut alors expliquer comment l'information peut &#234;tre d'autant plus uniforme que se multiplient les moyens de communication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a m&#234;me pas entendu les critiques les plus banales de l'instrumentalisation des m&#233;dias par les pouvoirs politiques et de l'aveuglement de journalistes ne sachant pas ce qu'ils font. En l'occurrence, les journalistes ne sont pas des instruments du pouvoir, ils en sont des acteurs. Et s'ils ne sont pas plus conscients que d'autres de ce qu'ils font, ils ne sont donc pas, ou pas compl&#232;tement, des &#171; idiots utiles &#187;. Les relations interpersonnelles les associent aux dirigeants politiques qu'ils fr&#233;quentent, tutoient et parfois &#233;pousent mais par leur action au c&#339;ur des m&#233;canismes de pouvoir. Pas seulement un personnel auxiliaire mais un personnel informel de l'&#201;tat. Et si on reproche parfois la pusillanimit&#233; des interviews aux politiques, est-ce parce qu'ils ob&#233;issent ou parce qu'ils sont d'accord ? D'accord sur les fa&#231;ons de concevoir la politique et d'ailleurs d&#233;j&#224; largement familiers d'un milieu d'interconnaissance. Ce nouveau clerg&#233; s&#233;culier organise les grandes c&#233;l&#233;brations d'&#201;tat comme l'ont &#233;t&#233; les c&#233;r&#233;monies en hommage &#224; Jean d'Ormesson et &#224; Johnny Hallyday. D'autant plus qu'ils ont acc&#233;d&#233; eux-m&#234;mes &#224; la c&#233;l&#233;brit&#233; comme c'est de plus en plus le cas pour une frange sup&#233;rieure de la profession. Notamment dans la presse t&#233;l&#233;visuelle o&#249; la quasi ubiquit&#233; de certains visages vaut une renomm&#233;e quasi automatique. L'attraction de la profession pour les jeunes candidats aux &#233;coles de journalisme participe aussi &#224; la qu&#234;te de cette r&#233;ussite particuli&#232;re qu'est la notori&#233;t&#233;. La t&#233;l&#233;vision est devenue rapidement cette machine &#224; la produire pour ses propres acteurs autant que pour les politiques, les gens de spectacle et quelques autres. &#171; L'industrie de l'irr&#233;alit&#233; &#187; a gagn&#233; en... r&#233;alit&#233;. Elle l'est aujourd'hui surtout pour ses personnels qui occupent de plus en plus l'espace m&#233;diatique, avec des journalistes invitant des confr&#232;res, et r&#233;ciproquement, et d'autres personnalit&#233;s du showbiz, du sport et de la politique qui font le tour des studios, en mettant m&#234;me en sc&#232;ne des querelles intestines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette promotion collective d'une profession dans la hi&#233;rarchie sociale se mesure &#224; la place des journalistes en d'autres ar&#232;nes comme les cercles de puissants : ainsi les diners du Si&#232;cle comprenaient 17 journalistes sur 100 membres. De m&#234;me, la r&#233;ussite de quelques-uns am&#232;ne les subordonn&#233;s &#224; s'identifier &#224; leur patron, quitte &#224; esp&#233;rer leur succ&#233;der, comme en politique &#8212; avec les assistants qui se pr&#233;sentent par leur proximit&#233; moins &#224; une &#233;mission qu'&#224; son animateur ou producteur in&#233;vitablement connu. C'est cette notori&#233;t&#233; qui constitue le lien, le cr&#233;dit, bref ce qui permet la coordination sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler d'un clerg&#233; s&#233;culier n'est pas m&#233;taphorique seulement par la fonction d'officiant &#8212; ceux qui officient aux c&#233;r&#233;monies ordinaires (interviews, invitations) ou exceptionnelles (obs&#232;ques) &#8212; si on consid&#232;re que cette &#233;conomie de la domination fond&#233;e sur la c&#233;l&#233;brit&#233; rapproche d'un n&#233;o-protestantisme qu'on pourrait dire la&#239;c, car la transcendance n'est pas situ&#233;e dans un dieu identifiable mais sugg&#232;re une providence ind&#233;finie. Comme le protestantisme et sp&#233;cialement Calvin avaient rendu un grand service &#224; la bourgeoisie capitaliste en faisant de la r&#233;ussite mat&#233;rielle le signe de la gr&#226;ce divine et l'avait ainsi d&#233;sinhib&#233;e des soup&#231;ons chr&#233;tiens pesant sur l'argent et le profit, l'&#233;conomie de la c&#233;l&#233;brit&#233; soude ses b&#233;n&#233;ficiaires par cet entre-soi o&#249; chacun b&#233;n&#233;ficie du r&#233;confort des autres c&#233;l&#233;brit&#233;s rassembl&#233;es dans une communaut&#233; d'&#233;lus. En m&#234;me temps, la c&#233;l&#233;brit&#233; comme forme de la r&#233;ussite sociale, signifi&#233;e par un nom, op&#232;re selon les sch&#232;mes de l'individualisme puisqu'il s'agit de la forme la plus personnalis&#233;e de la r&#233;ussite, celle o&#249; la c&#233;l&#233;brit&#233; parach&#232;ve le triomphe de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;La doxocratie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Comme d'habitude fascin&#233;s par l'apparence, en dissertant sur les idoles et les h&#233;ros, les commentateurs n'ont pas vu que Johnny n'y &#233;tait pour rien. Il n'y eut gu&#232;re d'exception sinon pour d&#233;noncer ou bouder. Un peu de temps apr&#232;s, quand m&#234;me et au titre de la c&#233;l&#233;brit&#233;. Les politiciens furent assur&#233;ment les plus g&#234;n&#233;s m&#234;me s'ils ne partageaient pas les m&#234;mes raisons : il ne fallait pas braquer d'&#233;ventuels &#233;lecteurs. Certains n'&#233;vit&#232;rent pas le ridicule en comparant le d&#233;funt &#224; Victor Hugo ou &#224; la tour Eiffel. Plus rares furent ceux qui tent&#232;rent de comprendre en s'emparant de l'entreprise de la campagne de presse comme d'un r&#233;v&#233;lateur. Ainsi R&#233;gis Debray qui, en retrouvant des souvenirs de vieux marxiste, lisait une configuration de classes o&#249; les &#233;lites composites rassembl&#233;es par la notori&#233;t&#233; fondent leur domination sur les classes culturellement les plus modestes. Une &#171; oligarchie populiste &#187; r&#233;sumait-il non sans quelque pertinence. Oligarchie ? Le terme n'a cependant gu&#232;re d'autre vertu que de d&#233;mentir un d&#233;mocratisme na&#239;f tant tous les r&#233;gimes politiques sont sociologiquement plus ou moins oligarchiques. Bien des choses changent cependant selon qu'il s'agit d'oligarchie autoritaire ou d'oligarchie pluraliste. Sans que cela interdise de s'interroger sur les apparences. Quant &#224; &#171; populiste &#187;, l'emploi est plus flou tant la destination d'une strat&#233;gie ne suffit pas &#224; r&#233;sumer un ordre politique. Il n'est d'ailleurs pas certain que cette strat&#233;gie en interdise d'autres selon les circonstances. Et si cette strat&#233;gie &#171; populiste &#187; caract&#233;rise bien le travail de domination, encore faut-il qu'elle soit efficace et que les domin&#233;s soient bien domin&#233;s. Derri&#232;re le spectacle de douleur unanime donn&#233; par les m&#233;dias, combien de fans endeuill&#233;s, de badauds curieux et d'indiff&#233;rents absents ? Sans oublier qu'on peut endosser les personnages successivement ou simultan&#233;ment. Assaillie par les messages de condol&#233;ances de ses amis, une fan du chanteur r&#233;agissait avec un bon sens que d'aucuns jugeraient &#171; populaire &#187; : &#171; Faut pas exag&#233;rer, ce n'est tout de m&#234;me pas mon p&#232;re ou ma m&#232;re qui vient de mourir &#187;. On pourra discuter sur le nom &#224; donner &#224; cet ordre politique nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut alors regarder du c&#244;t&#233; des ma&#238;tres apparents du jeu, les d&#233;tenteurs du pouvoir. On comprend ais&#233;ment que des dirigeants politiques s'emparent des occasions de popularit&#233;, s'approchent intimement des personnages publics cens&#233;s leur donner acc&#232;s aux b&#233;n&#233;fices de leur propre popularit&#233;, journalistes et membres du showbiz. Tout cet univers est caricatur&#233; par une mesure annuelle de popularit&#233; dont le classement m&#234;le acteurs, chanteurs, journalistes et politiques. Cette ann&#233;e encore, le premier fut un chanteur retrait&#233; depuis quinze ans qui a demand&#233; qu'on lui fiche la paix. Cette gal&#233;jade, &#224; elle seule une d&#233;monstration, n'en est pas moins comment&#233;e, sans rire, par la plupart des m&#233;dias. Il est des indices plus s&#233;rieux de cette confusion entre le r&#233;el et l'irr&#233;el, ils se sont multipli&#233;s depuis qu'un acteur de cin&#233;ma (Ronald Reagan) est devenu Pr&#233;sident des &#201;tats Unis, avant qu'un autre le devienne &#224; son tour gr&#226;ce &#224; une fortune b&#226;tie sur la notori&#233;t&#233; (Donald Trump). Il ne faut pas omettre les alliances matrimoniales qui am&#232;nent des dirigeants politiques &#224; &#233;pouser des actrices ou des mannequins. Autant que d'une hypergamie traditionnelle et toujours actuelle o&#249; les puissants &#8212; des hommes forc&#233;ment &#8212; &#233;pousaient des femmes d'un milieu plus modeste mais belles, elle rel&#232;ve d'une endogamie o&#249; l'on partage le m&#234;me milieu, les m&#234;mes situations et donc les m&#234;mes relations. La rubrique matrimoniale mondaine a &#233;largi l'espace de la pipolisation au-del&#224; du cercle des aristocraties et du showbiz au monde politique et, longtemps cantonn&#233; aux c&#233;r&#233;monies priv&#233;es, a d&#233;bord&#233; les fronti&#232;res des manifestations publiques, r&#233;ceptions officielles ou hommages fun&#232;bres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; &#224; se rendre &#224; deux c&#233;r&#233;monies d'hommage fun&#232;bre &#224; la suite, comme l'a fait le pr&#233;sident de la R&#233;publique, il n'y a pas qu'un calcul intuitif sur l'exploitation &#233;motionnelle d'un deuil mais aussi les sondages qui ont mesur&#233; en quasi instantan&#233; l'&#233;motion suscit&#233;e par ces deux morts dans le public. Dans le public ? Du moins dans ces &#233;chantillons de sond&#233;s semi-professionnels qui sont r&#233;guli&#232;rement appel&#233;s &#224; donner leur opinion. Difficile d'imaginer qu'ils ne se d&#233;clarent pas &#233;mus par le d&#233;c&#232;s d'un vieux monsieur au yeux bleus et par celui d'un chanteur populaire dont l'information rapportait la lente agonie. Nous n'aurons pas droit &#224; ces sondages confidentiels rang&#233;s dans les archives du Service d'information gouvernemental pour y dormir &#224; l'abri de toute investigation. Les commanditaires s'y fient-ils ? Il est difficile de le croire, et pourtant&#8230; La cr&#233;dulit&#233; des politiques est d'autant plus encourag&#233;e que la cote de popularit&#233; du Pr&#233;sident de la r&#233;publique a accus&#233; une hausse forte et in&#233;dite. Elle fut imm&#233;diatement attribu&#233;e &#224; un &#171; effet Johnny &#187;. Peu importe que l'&#233;motion soit initialement r&#233;elle ou pas, elle le devient sous l'effet des m&#233;dias qui la mettent en sc&#232;ne et recrutent des agents d'&#233;motion ponctuels parmi des gens sinc&#232;res, amis et fans. Peu importe m&#234;me qu'elle soit durable ou br&#232;ve. Elle sera entretenue en attendant une autre occasion. Dans le cas de Johnny, la France &#233;plor&#233;e le demeure sur les ondes sans faillir. Inventant un peuple de fans inconsolables. En l'occurrence, il est probable que ces fans resteront tr&#232;s minoritaires. Ainsi va ce r&#233;gime que l'on pourrait appeler doxocratie puisqu'il fonctionne par la fabrication de l'opinion.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Un &#233;trange silence&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Pourquoi cette combinaison sociale, cette formule de domination est-elle anti-d&#233;mocratique ? On se limitera ici &#224; une dimension particuli&#232;re d'une menace g&#233;n&#233;rale sur le pluralisme des id&#233;es et des &#233;lites. La vague unanimiste op&#232;re comme un contr&#244;le social redoutable. Les voix dissonantes sont dissuad&#233;es par la vague m&#233;diatique qui incite plut&#244;t au silence tant elle para&#238;t inexorable parce qu'elle est immense et ram&#232;ne les individus &#224; des entit&#233;s n&#233;gligeables mais aussi parce qu'elle est d&#233;courageante de gr&#233;garit&#233;. Pour ne pas dire de b&#234;tise. Le mot est l&#226;ch&#233;. Comment peut-on &#233;mettre un point de vue critique qui semble englober tant de gens &#8212; m&#234;me en prenant des pr&#233;cautions et soutenir un raisonnement aux antipodes des &#233;motions brutes sans &#234;tre d&#233;j&#224; coupable de morgue et d'arrogance ? Sur les r&#233;seaux sociaux, piloris et potences seront dress&#233;s. Aucune pr&#233;caution ne saurait y suffire. Cela n'est &#233;videmment que m&#233;taphore et ne comporte aucun danger r&#233;el, c'est-&#224;-dire physique. La pr&#233;visibilit&#233; n'en souffle pas moins la question : &#224; quoi bon ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Critiquer les dirigeants politiques, rien de plus facile en d&#233;mocratie parlementaire. En principe. Et il est vrai qu'ils ont droit &#224; des vol&#233;es de critiques, parfois injustes. Critiquer les m&#233;dias est une activit&#233; banale mais difficile dans les m&#233;dias eux-m&#234;mes. Critiquer les journalistes est encore plus ardu, m&#234;me si tous les journalistes ne sont pas &#233;galement concern&#233;s. Dans une profession qui se sent souvent critiqu&#233;e, voire mal aim&#233;e, les nerfs sont &#224; fleur de peau et les r&#233;actions souvent corporatistes. Critiquer les personnages du showbiz est d'autant plus difficile que leur statut de saltimbanque semble les mettre &#224; l'abri puisqu'ils jouent des r&#244;les ou chantent, avec talent ou non. Privil&#232;ge d'artistes. Et s'ils s'expriment politiquement, s'ils ont des amiti&#233;s politiques, comment leur d&#233;nierait-on les droits communs des citoyens ? Ces relations se multiplient-elles, s'intensifient-elles jusqu'aux mariages et autres relations d'intimit&#233; amoureuse, familiale ou amicale qu'elles sont prot&#233;g&#233;es par le statut de la vie priv&#233;e, m&#234;me si la presse people en fait ses colonnes et les conversations mondaines ses rumeurs. Enfin, objecte-t-on, si cela fait les Unes c'est bien parce que le peuple appr&#233;cie. Ce pr&#233;suppos&#233; a d'ailleurs organis&#233; la coordination de la c&#233;l&#233;bration fun&#232;bre. Et si les foules adorent, comment les en priver ? Et quel cuistre se permettrait-il de mettre en cause le mauvais go&#251;t des gens simples ? Des vaniteux forc&#233;ment. Et si, conscients de la difficult&#233; et malgr&#233; tout soucieux de porter le regard critique, ils redoublent de rigueur argumentative, de r&#233;f&#233;rences, ils se d&#233;voileront. Des intellectuels forc&#233;ment. Ainsi, sentant les vents mauvais, les critiques, les esprits chagrins et les misanthropes se taisent. &#192; quoi bon ? se disent-ils. Moins par crainte des insultes que par lucidit&#233; sur l'avenir. Les r&#233;pliques de la vague m&#233;diatique perdurent, &#224; en juger par l'apparition r&#233;guli&#232;re de Johnny sur les &#233;crans et des r&#233;v&#233;lations d&#233;cal&#233;es dans le temps ; l'industrie de l'irr&#233;alit&#233; a un avenir radieux. &#192; la vitesse o&#249; les c&#233;l&#233;brit&#233;s meurent, il y aura bien des hommages fun&#232;bres &#224; conc&#233;l&#233;brer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Alain Garrigou&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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