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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Voici ce qu'il se passe r&#233;ellement avant et pendant une &#233;mission de &#171; d&#233;bat &#187;</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Voici-ce-qu-il-se-passe-reellement-avant-et</link>
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		<dc:date>2022-09-21T13:33:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Revue Frustration</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;bats t&#233;l&#233;vis&#233;s</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un article paru sur Frustration en octobre 2021.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Que-faire-face-aux-medias-" rel="directory"&gt;Que faire face aux m&#233;dias ?&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Debats-televises-1260-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats t&#233;l&#233;vis&#233;s&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L108xH150/arton6513-aaf9a.png?1726474001' class='spip_logo spip_logo_right' width='108' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous sous forme de tribune&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les articles publi&#233;s sous forme de &#171; tribune &#187; n'engagent pas collectivement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et en accord avec son auteur un article publi&#233; par &lt;a href=&#034;https://www.frustrationmagazine.fr/emission-debat-coulisses/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Frustration&lt;/a&gt; le 25 octobre 2021. Ce texte, bien que publi&#233; l'an dernier, permet &#224; la fois de documenter les conditions de fabrication des d&#233;bats t&#233;l&#233;vis&#233;s et de contribuer &#224; la r&#233;flexion sur l'opportunit&#233; d'y participer. (Acrimed)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Des &#171; Inform&#233;s &#187; de France info aux &#233;missions de Public S&#233;nat, j'ai crois&#233; essentiellement, pendant plusieurs ann&#233;es &#224; participer &#224; ces &#171; d&#233;bats &#187;, des gens &#233;troits d'esprit, manipulateurs et qui ne travaillaient pas leur sujet. Mais plus ennuyeux encore : j'y ai vu comment le d&#233;bat public autoris&#233; &#233;tait maintenu dans un cadre id&#233;ologique tr&#232;s strict o&#249; il est impossible de parler de classe dominante, de propri&#233;t&#233; ou d'&#233;galit&#233; sans passer pour un fou. Et ce, m&#234;me avant l'arriv&#233;e dans les studios. Entre 2015 et nos jours, j'ai particip&#233; &#224; ces &#233;missions en essayant d'en changer un peu le ronron quotidien. J'en ai d&#233;duit qu'il n'y avait pas besoin, h&#233;las, d'un Vincent Bollor&#233; pour rendre notre t&#233;l&#233; imperm&#233;able &#224; toute id&#233;e un peu critique, voici pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se retrouve-t-on &#224; la t&#233;l&#233;vision, &#224; d&#233;battre en direct de grandes questions d'actualit&#233;, donnant son avis sur les sujets qui concernent la vie des gens ? C'est assez simple et &#231;a n'a rien &#224; voir avec votre valeur, votre &#171; expertise &#187; ou votre honn&#234;tet&#233; intellectuelle. Bien au contraire. Tout d'abord, il faut avoir publi&#233; quelque chose, &#234;tre journaliste ou appartenir &#224; une institution un tant soit peu prestigieuse. Une premi&#232;re pr&#233;caution, peut-on penser, encore faudrait-il qu'on soit n&#233;cessairement intelligent ou comp&#233;tent lorsque l'on est journaliste, universitaire, politologue ou sociologue. Rien n'est moins s&#251;r. Ce qui est s&#251;r en revanche, c'est que statistiquement ce filtre est d'abord social, puisque les dipl&#244;m&#233;s en France sont majoritairement enfants de cadres et professions intellectuelles sup&#233;rieures. Ce qui explique pourquoi pr&#232;s de 70% des gens que l'on voit &#224; la t&#233;l&#233;vision, selon le CSA, sont issus de cette cat&#233;gorie sociale. Et qu'aucun ouvrier ne donne jamais son avis sur des sujets qui les concernent pourtant au premier chef.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Des sujets de d&#233;bat envoy&#233;s 1h &#224; l'avance&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Les premiers concern&#233;s ne sont jamais pr&#233;sents dans les &#233;missions de d&#233;bat car le journaliste qui produit une &#233;mission de d&#233;bat veut des &#171; experts &#187;, &#171; neutres &#187; car pas &#171; directement concern&#233;s &#187; par l'actualit&#233; dont ils vont discuter. Une fois votre premier passage dans une &#233;mission r&#233;ussie (vous n'avez ni b&#233;gay&#233;, ni insult&#233; le pr&#233;sentateur, ni vomi de stress : bravo), votre num&#233;ro transite de journalistes en journalistes et un boulevard s'offre &#224; vous. Pas grand monde n'ira v&#233;rifier qui vous &#234;tes vraiment, ce que vous avez vraiment publi&#233; (les journalistes ne lisent g&#233;n&#233;ralement pas les livres). C'est ainsi qu'&#224; 26 ans, alors que j'&#233;tais encore doctorant en sociologie et militant d'extr&#234;me gauche sur mon temps libre, j'ai re&#231;u mon premier coup de t&#233;l&#233;phone pour un passage m&#233;dia pr&#233;vu le lendemain sur le plateau de LCI. Grosse pression ! Lors du premier contact, les producteurs sont toujours extr&#234;mement vagues : &#171; vous interviendrez &#224; 19h10 pour parler de la d&#233;saffection des jeunes pour la politique / pour d&#233;battre de comment r&#233;enchanter la d&#233;mocratie / de la hausse du d&#233;ficit public / du trou de la s&#233;cu &#187;. Combien de temps, pourquoi, avec qui ? Vous le savez rarement &#224; l'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela va sans dire, l'&#233;mission aura lieu &#224; Paris. Il est frappant de constater que lorsqu'un journaliste vous appelle, ayant trouv&#233; notre num&#233;ro dans son listing &#171; contacts sociologue / gens de gauche &#187;, il part du principe que vous habitez dans Paris intra-muros. Depuis que je suis revenu vivre dans ma r&#233;gion d'origine et que je le signale, je recueille le plus souvent un silence surpris de mes interlocuteurs. Ce filtre g&#233;ographique est &#233;videmment un filtre social : qui vit et travaille dans Paris intra-muros ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, 1h avant l'&#233;mission (si vous avez de la chance) ; vous recevez les informations manquantes : les sujets abord&#233;s, les invit&#233;s avec qui vous allez d&#233;battre&#8230; Si vous avez un m&#233;tier &#224; temps plein, comme c'&#233;tait mon cas, vous avez une dizaine de minutes &#224; la pause pour griffonner quelques id&#233;es avant l'&#233;mission, et googliser les autres invit&#233;s pour savoir &#224; qui vous avez affaire. Cette situation, je l'ai connue syst&#233;matiquement pour l'&#233;mission &#171; Les inform&#233;s &#187; de France Info (TV et radio), qui porte tr&#232;s mal son nom puisque vous &#234;tes invit&#233; quels que soient les sujets. Qu'importe qu'il s'agisse de foot, de hausse du prix du k&#233;ros&#232;ne ou du programme de Jean-Luc M&#233;lenchon : vous &#234;tes un &#171; inform&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Des conditions de travail d&#233;grad&#233;es qui favorisent le r&#232;gne de l'expert bourgeois professionnel&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Pourquoi de telles &#233;normit&#233;s sociales dans l'organisation d'une &#233;mission de d&#233;bats ou d'id&#233;es ? D'abord parce que plus personne ou presque ne r&#233;fl&#233;chit &#224; ce que cela signifie d'organiser des d&#233;bats t&#233;l&#233;vis&#233;s sur des sujets de soci&#233;t&#233;. On enseigne aux &#233;tudiants en &#233;cole de journalisme de rechercher des gens qui ont une &#171; hauteur de vue &#187;, sous-entendu bac+5, sous-entendu bien n&#233;s et qui ne subiront pas ce qu'ils pr&#244;nent. On ne va quand m&#234;me pas faire venir un smicard pour parler du niveau des salaires ? Non mais sans blague.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les conditions de travail des pr&#233;parateurs et pr&#233;paratrices d'&#233;mission nourrissent la logique g&#233;n&#233;rale qui favorise ces biais sociaux et politiques. Parfois soumis au rythme &#233;reintant d'un d&#233;bat &#224; organiser par jour, les journalistes (que l'on appelle dans le jargon des &#171; programmateurs &#187;) sont les &#171; petites mains &#187; des animateurs sur plateau, et ne peuvent souvent se permettre beaucoup d'audace dans le choix des invit&#233;s. Ce qui est recherch&#233;, c'est un invit&#233; que l'on peut pr&#233;venir la veille pour le lendemain voire, &#231;a m'est d&#233;j&#224; arriv&#233;, 3h &#224; l'avance (&#171; &lt;i&gt;Bonjour monsieur Framont, &#234;tes-vous disponible pour venir d&#233;battre ce soir sur le th&#232;me &#8220;l'antiracisme est-il le nouveau racisme ?&#8221;&lt;/i&gt; &#187;). Il vit donc &#224; Paris. Ensuite, il est rod&#233; &#224; l'exercice, souple et adaptable, il a une th&#233;orie sur tous les sujets. Bref, c'est un pr&#234;t &#224; d&#233;battre, ou ce qu'on appelle, dans la profession, les gens &#171; d&#233;j&#224; dans le taxi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En toute logique, celles et ceux que l'on voit le plus dans les &#233;missions de d&#233;bat d&#233;dient une partie de leur vie &#224; &#231;a. Certains le font en entrepreneur individuel professionnel, comme Thomas Gu&#233;nol&#233; qui d&#233;ploie son num&#233;ro de &#171; sociologue quantitativiste &#187; et propose une nouvelle th&#233;orie politique tous les six mois. Passer &#224; la t&#233;l&#233; fait vendre ses bouquins, vendre ses bouquins le fait passer &#224; la t&#233;l&#233;&#8230; Il y a ensuite des gens qui sont r&#233;mun&#233;r&#233;s par des &#171; think tank &#187;, eux-m&#234;mes financ&#233;s par des bourgeois qui d&#233;fiscalisent tout en soutenant les id&#233;es qui leurs sont ch&#232;res. C'est gr&#226;ce &#224; leur g&#233;n&#233;rosit&#233; que vous trouverez &#224; longueur de semaine des Gaspard Koenig (du think tank &#171; G&#233;n&#233;ration Libre &#187;), William Thay (think tank &#171; le Mill&#233;naire &#187;), ou encore Paul Melun. Ce dernier est un bon exemple de la fa&#231;on dont le syst&#232;me m&#233;diatique de l'invit&#233; &#171; d&#233;j&#224; dans le taxi &#187; permet une ascension fulgurante sur la base de rien. Habitu&#233; de RTL, tous les jeudis sur LCI, r&#233;gulier de Pascal Praud, il a cr&#233;&#233; son think tank (&#171; Souverains demain ! &#187;) pour obtenir un titre et venir d&#233;verser une pens&#233;e souverainiste (pr&#233;tendument de gauche, vraiment de droite) qui s'&#233;coule avec fluidit&#233; dans les cadres convenus du d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;batteurs professionnels savent s'adapter aux contraintes des journalistes, non par empathie syndicale mais pour &#234;tre s&#251;rs de demeurer le &#171; bon client &#187; &#224; qui l'on pense imm&#233;diatement quand on n'a que quelques heures pour planifier le d&#233;bat du lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Petite causerie entre copains&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Si vous n'&#234;tes pas un expert professionnel rompu au petit c&#233;r&#233;monial de la t&#233;l&#233;vision en direct, vos probl&#232;mes commencent d&#233;j&#224; quand vous montez dans le taxi que la production vous a envoy&#233;. Par r&#233;flexe, vous acceptez. Les transports en commun &#233;tant ce qu'ils sont et les &#233;missions le plus souvent en direct, le retard n'est pas envisageable. De plus, vous faites &#231;a gratuitement, alors &#231;a vaut bien un trajet gratuit en tacos, merde ! Le voyage en taxi vous plonge dans l'univers ouat&#233; de la bourgeoisie t&#233;l&#233;visuelle. Vous passez directement de chez vous au studio de l'&#233;mission, et votre seul contact socialement &#233;loign&#233; de vous sera le chauffeur. Ce qui explique d'ailleurs pourquoi nombre de journalistes et experts des plateaux t&#233;l&#233;s citent l'avis de leur taxi ou VTC pour appuyer leurs propos : ils sont sans doute les seuls travailleurs &#224; qui ils ont parl&#233; dans la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cet interm&#232;de luxueux et calme, l'arriv&#233;e dans les studios rel&#232;ve de l'&#233;preuve de force sociologique quand vous ne faites pas partie de ce monde. Tout d'abord, il faut savoir que l'immense majorit&#233; des si&#232;ges de t&#233;l&#233;vision et radio se situent dans l'ouest de la capitale, c'est-&#224;-dire dans le XVIe arrondissement (Radio France), le XVe (France T&#233;l&#233;visions), Boulogne-Billancourt (TF1)&#8230; Tout est situ&#233; dans les quartiers les plus riches de la r&#233;gion parisienne. Autant dire que si vous arrivez &#224; pied, gueux que vous &#234;tes, le choc sera rude. Vous comprenez d'office, au milieu des costumes, des tailleurs et de quelques baskets blanches, qu'on ne r&#234;ve pas ici de justice sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, en g&#233;n&#233;ral, c'est une productrice enjou&#233;e qui vient me chercher dans le hall. Elle vous annonce l'arriv&#233;e imminente des autres invit&#233;s et vous invite &#224; passer au maquillage sans attendre. Car oui, tout le monde est maquill&#233; &#224; la t&#233;l&#233;vision. En quelques minutes, vous ressemblez aux pr&#233;sentateurs irr&#233;els de BFM-TV. C'est le moment egoboost de la soir&#233;e : on n'imagine pas comme le fond de teint de t&#233;l&#233; peut faire des miracles, faisant dispara&#238;tre vos cernes, vos insomnies&#8230; mais pas votre stress, qui se pr&#233;cise &#224; mesure que l'heure de l'entr&#233;e en plateau approche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;n&#233;tiquement, vous consultez vos notes, tel un &#233;l&#232;ve de 3e avant l'interro de math. Les premi&#232;res ann&#233;es, je me rendais &#224; ces &#233;missions avec un grand cahier o&#249; j'avais pris des notes, entourant de grands chiffres chocs, un stylo, quelques articles imprim&#233;s sur les sujets abord&#233;s. C'est une habitude que l'on finit par perdre : dans le petit salon attenant au studio, aucun des trois invit&#233;s avec qui je vais d&#233;battre n'a de note. Chacun vient les mains dans les poches et durant le temps qui nous s&#233;pare de l'&#233;mission, pas grand monde n'&#233;voque les sujets qui seront abord&#233;s. &#171; &lt;i&gt;C'est sur quoi d&#233;j&#224; ?&lt;/i&gt; &#187;, demandait r&#233;guli&#232;rement un &#233;ditorialiste de droite invit&#233; r&#233;current des Inform&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous voil&#224; face &#224; vos adversaires. Si vous &#234;tes un sociologue de gauche, voire marxiste, et que votre but est de rendre justice &#224; la classe laborieuse en passant &#224; la t&#233;l&#233;vision pour parler de sa r&#233;alit&#233;, le combat commence maintenant. Mais le format est on ne peut plus d&#233;stabilisant. Autour d'un petit caf&#233;, vos adversaires politologues de Sciences Po, r&#233;dacteur en chef de &lt;i&gt;Challenges&lt;/i&gt;, journalistes au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; se racontent leurs vacances. Ils s'apostrophent joyeusement car ils se voient presque tous les jours, parfois deux fois dans la journ&#233;e sur un plateau diff&#233;rent. Durant ce moment de g&#234;ne, vous avez tout le loisir de constater que vos chaussures sont &#233;lim&#233;es et sales et que les souliers &#224; 600&#8364; de vos adversaires brillent comme une Audi neuve. J'ai d'ailleurs fini par comprendre que les bourgeois avaient au moins 15 paires de chaussures. Avec ma seule paire estampill&#233;e &#171; ville &#8211; &#233;mission de t&#233;l&#233; &#187;, &#224; fortiori &#224; 75&#8364;, j'&#233;tais hors-jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut venir d&#233;j&#224; radicalis&#233; dans ce genre d'&#233;mission. S&#251;r de vos positions, de vos connaissances, de vos &#171; chiffres &#187;, de votre place dans la soci&#233;t&#233; et assumant votre appartenance de classe. Je n'avais pas cela, &#224; l'&#233;poque o&#249; je jouais le jeu en me disant qu'il &#233;tait n&#233;cessaire qu'une parole un peu anticapitaliste existe &#224; la t&#233;l&#233;vision et o&#249; une partie de moi-m&#234;me r&#234;vait encore d'&#234;tre reconnu dans le petit monde intellectuel parisien. On m'&#233;crivait pour me remercier de mes interventions, mes amis m'encourageaient, ma grand-m&#232;re regardait m&#234;me si la politique ne l'int&#233;resse que peu, mais une fois dans ce petit salon j'&#233;tais plus seul que jamais. Car oui, la &#171; neutralit&#233; &#187; et &#171; l'&#233;quilibre &#187; des &#233;missions de d&#233;bat requi&#232;rent un invit&#233; de gauche pour trois de droite, c'est quasi syst&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, la &#171; gauche &#187; que l'on vous demande d'incarner est &#224; responsabilit&#233; limit&#233;e. M&#234;me avant d'entrer sur le plateau, vous faites face &#224; cette r&#233;alit&#233; : les invit&#233;s sont tellement bourgeois, pro-patronaux et de droite (m&#234;me ceux qui sont &#233;tiquet&#233;s &#171; de gauche &#187;) que si vous arrivez &#224; placer &#171; classe sociale &#187;, &#171; politique de classe &#187; ou &#171; partage des richesses &#187; vous serez le boss des boss. Beaucoup d'&#233;nergie pour, au final, pas grand-chose.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Tous Pourris ? Non, tous bourgeois&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&#202;tre t&#233;moin des petites discussions en off des invit&#233;s avant et apr&#232;s l'&#233;mission est l'occasion de bien comprendre une chose : pour ces gens-l&#224;, la politique et &#171; l'actu &#187;, c'est un jeu. Autour d'un caf&#233; ou d'une bouteille de Vittel et, apr&#232;s l'&#233;mission, d'un verre de vin, ils discutent d'untel qui a dit tel truc, de truc qui a parl&#233; d'untel et surtout sp&#233;culent, sp&#233;culent et re-sp&#233;culent sur ce qu'untel fera, dira, s'alliera et surtout qui gagnera la prochaine pr&#233;sidentielle. &#171; &lt;i&gt;Ah bon tu penses que Rousseau va rester derri&#232;re Jadot ? Moi j'aurais dit que non&lt;/i&gt; &#187; ai-je entendu derni&#232;rement. &#171; &lt;i&gt;Entre nous, Bertrand, il est grill&#233;, il devrait parler avec P&#233;cresse.&lt;/i&gt; &#187; Le ton est le m&#234;me que pour commenter un &#233;pisode de &lt;i&gt;Game of Thrones&lt;/i&gt;. Avec encore moins d'intensit&#233; dans la voix, parce que dans leur vision de la politique, personne ne meurt. Normal : la population n'existe pas. Les morts au travail, les malades dans les h&#244;pitaux, les r&#233;sidents des EHPAD ne font pas partie de leur existence et ils ne partagent pas de commune humanit&#233;. Pour eux ce sont des foules, des chiffres, des apparitions fugaces dans un reportage France 3 R&#233;gions. Car on parle bien de gens qui n'ont crois&#233; aucun travailleur &#224; part les agents de nettoyage qu'ils ont snob&#233;s et la maquilleuse avec qui ils auront &#233;chang&#233; trois mots, s'ils n'ont pas pass&#233; l'int&#233;gralit&#233; de la s&#233;ance les yeux riv&#233;s sur leur smartphone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politiquement, ce joyeux moment de convivialit&#233; vous permet de d&#233;couvrir la supercherie : ces gens qu'on va faire &#171; d&#233;battre &#187; sont globalement tous d'accord entre eux. Ils se connaissent, se croisent pendant leurs vacances, ont des amis communs, et qu'ils travaillent &#224; &lt;i&gt;l'Obs&lt;/i&gt; (&#171; de gauche &#187;) ou au &lt;i&gt;Parisien&lt;/i&gt; (&#171; neutre de droite &#187;) ils pensent grosso modo la m&#234;me chose de la soci&#233;t&#233;. Tous pourris ? Non, tous bourgeois (ce qui est, d'un certain point de vue, la m&#234;me chose).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'ils d&#233;testent ? Tout ce qui est &#224; leur gauche (M&#233;lenchon, Rousseau, Poutou&#8230;) et &#171; les musulmans &#187; qui s&#233;mantiquement parlant remplacent parfois &#171; les arabes &#187;. Cela peut sembler caricatural, mais je n'ai jamais pu prononcer le nom du candidat de La France insoumise devant ces gens sans recevoir de leur part un petit rictus m&#233;prisant, quand il ne s'agissait pas simplement d'un soupir exasp&#233;r&#233;. &#171; &lt;i&gt;M&#233;lenchon ? &#231;a ne prendra pas&lt;/i&gt; &#187; , me lan&#231;ait dans l'ascenseur un &#171; expert &#187; de Sciences Po six mois avant la pr&#233;sidentielle de 2017, o&#249; le candidat avait obtenu tout de m&#234;me 20% des voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment agir avec eux ? Rester poli, sourire de leurs conneries ? Participer &#224; leur petit jeu d'anticipation politique ? Si vous avez un temp&#233;rament spontan&#233; de bon gar&#231;on poli, comme c'&#233;tait mon cas, &#231;a risque de vous arriver. Si en plus vous trouvez ces bourgeois un peu extravertis, polis (avec vous, pas avec l'agent de nettoyage noir &#233;videmment), vous risquez de vous amollir. Rester aux toilettes tout le long de la petite causerie entre &#233;ditorialistes et &#171; experts &#187; est encore le mieux. D&#233;sormais, quand il le peut, mon camarade Selim Derkaoui m'accompagne et nous &#233;changeons des regards amus&#233;s face &#224; la morgue bourgeoise ambiante. Mais sans organisation pr&#233;alable, il est fort probable que lorsque vous entrez sur le plateau, votre d&#233;termination, votre confiance et votre s&#233;r&#233;nit&#233; en prennent un coup, contrairement &#224; vos interlocuteurs qui, les joues roses de plaisir, rient encore de leur dernier gossip.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;R&#232;gle num&#233;ro 1 : jouer les observateurs d&#233;sint&#233;ress&#233;s&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Jingle, annonce des th&#232;mes du d&#233;bat. Parfois, sur &#171; Les inform&#233;s &#187;, ce ne sont pas les m&#234;mes que ceux annonc&#233;s 1h plus t&#244;t par sms. Qu'importe, on est &#171; inform&#233;s &#187;, non ? Commence alors une petite valse que vous connaissez bien si vous zappez de temps en temps sur BFM, LCI ou Public S&#233;nat : nous jouons &#224; donner nos avis comme des experts neutres et froids alors que tous les participants savent dans le fond qu'il s'agit d'un d&#233;bat tout &#224; fait politique. Mais plut&#244;t que de dire qu'on ne veut pas r&#233;tablir l'ISF parce qu'on ne veut pas de partage des richesses, on dira que &#171; telle &#233;tude a montr&#233; un effet notable sur l'investissement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus courant encore, plut&#244;t que de dire qu'ils sont pour une politique r&#233;pressive en mati&#232;re d'immigration, parce que les migrants &#231;a fait chier, les &#171; experts &#187; vous diront que &#171; les Fran&#231;ais &#187; sont tr&#232;s inquiets du p&#233;ril migratoire et du risque islamiste, et qu'il faut les entendre ! Si &#171; les Fran&#231;ais &#187; ne jouent pas le bon r&#244;le, par exemple en s'opposant majoritairement &#224; une r&#233;forme des retraites, il faudra leur opposer la Raison et dire que &#171; les Fran&#231;ais &#187; doivent &#171; entendre la v&#233;rit&#233; &#187; qui est qu'il faut travailler &#171; plus longtemps &#187;. Bref, vous qui n'avez rien demand&#233;, sachez que d&#232;s qu'ils peuvent, ces gens vous mobilisent pour appuyer des id&#233;es qui sont pourtant les leurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un d&#233;bat tr&#232;s politique mais il faut faire comme si c'&#233;tait un d&#233;bat tr&#232;s technique. C'est le principe m&#234;me de toute id&#233;ologie : plut&#244;t que de faire comme si votre position en &#233;tait une, vous faites comme si elle &#233;tait un &#171; principe de r&#233;alit&#233; &#187;, &#171; le r&#233;sultat d'une &#233;tude &#187; ou &#171; ce que disent les sondages &#187;. Bref, n'assumez jamais que c'est vous, Jean-Louis Du Gonthier, &#233;ditorialiste au &lt;i&gt;Parisien&lt;/i&gt;/&lt;i&gt;l'Obs&lt;/i&gt;/&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; qui voulez la fin de l'ISF, mais bien &#171; les &#233;tudes &#187; ou &#171; les Fran&#231;ais qui savent bien que &#187;. Le r&#233;flexe de survie est de s'adapter &#224; cette logique commune et de devenir alors un contre-expert, ce qui n'est pas difficile puisque ces gens n'ont que leurs pr&#233;jug&#233;s, approximations et fausses informations (&#171; les Fran&#231;ais travaillent le moins en Europe &#187;, &#171; le trou de la s&#233;cu est abyssal &#187;, &#171; le Code du travail emp&#234;che d'embaucher &#187;&#8230;) pour arguments. Sauf qu'en entrant dans leur jeu, vous devenez n&#233;cessairement moins offensif et moins percutant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pourquoi tu prends l'accent bourgeois quand tu passes &#224; la t&#233;l&#233; ?&lt;/i&gt; &#187; Cette question taquine pos&#233;e il y a quelques mois par mon ami Beno&#238;t, ex-r&#233;dacteur en chef et cofondateur de Frustration, a de quoi m'&#233;branler. Et pourtant, je sens bien qu'&#224; jouer le sociologue m&#233;thodique qui contredit les m&#233;chants lib&#233;raux en s'habillant comme eux (en plus mal), je perds un peu de ma personnalit&#233; au profit de la leur. R&#233;cemment, sur Mediapart, j'ai enfin dit, &#171; &lt;i&gt;je ne sais pas ce que pensent les Fran&#231;ais mais moi c'est &#231;a que je pense&lt;/i&gt; &#187;, rompant avec la posture en vigueur. &#199;a fait un bien fou, et je parle ainsi comme je parle dans ma vraie vie, sans accent bourgeois. Mais en le faisant, je m'extrais aussi compl&#232;tement du petit collectif de professionnels qui se trouve autour de moi. Au risque de d&#233;crocher du d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, tout est fait pour que les personnes physiques et mat&#233;rielles autour de la table, qui ont des int&#233;r&#234;ts financiers, des convictions politiques et une appartenance de classe soient gomm&#233;es. C'est une r&#232;gle tacite du jeu auquel vous assistez et tout contrevenant s'expose &#224; des sanctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui m'a valu un &#171; clash t&#233;l&#233; &#187; m&#233;morable avec l'acteur et r&#233;alisateur Mathieu Kassovitz sur le plateau de Fr&#233;d&#233;ric Tadde&#239; &#171; Interdit d'interdire &#187; sur RT France. Jugeant &#233;c&#339;urant le spectacle de cette personnalit&#233; du showbiz se livrant &#224; une succession de reproches et de le&#231;ons de lutte aux Gilets jaunes, je lui ai dit que si &#231;a se trouve, il payait l'ISF avant sa suppression et qu'il &#233;tait donc mal plac&#233; pour juger la pertinence revendicative du mouvement social. &lt;a href=&#034;https://www.dailymotion.com/video/x6yvwd8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La rage dans laquelle cette phrase l'a alors&lt;/a&gt; mis en dit long sur cette r&#232;gle simple : ne jamais &#233;voquer les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels de vos interlocuteurs. En France, lors d'un d&#233;bat t&#233;l&#233;vis&#233;, il faut toujours faire comme si les personnes autour de la table &#233;taient des observateurs d&#233;sint&#233;ress&#233;s de la vie publique, qui n'ont pas plus de go&#251;t ou d'int&#233;r&#234;t pour une pr&#233;sidence Macron que pour une pr&#233;sidence M&#233;lenchon, ce qui est &#233;videmment enti&#232;rement faux.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;R&#232;gle num&#233;ro 2 : ne pas d&#233;fendre l'abstention, ne pas parler de classes sociales&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Autre position absolument interdite : expliquer ou d&#233;fendre l'abstention &#233;lectorale. Le pr&#233;suppos&#233; de tout d&#233;bat t&#233;l&#233;visuel et de la majeure partie des journalistes fran&#231;ais c'est que nous vivons en d&#233;mocratie, que voter c'est tr&#232;s bien et s'abstenir c'est tr&#232;s mal. On accepte que vous donniez des explications sociologiques si elles sont mis&#233;rabilistes et prononc&#233;es sur un ton navr&#233;. Il s'agit de r&#233;pondre &#224; la question &#171; comment ramener les &#233;lecteurs aux urnes &#187;, et surtout pas &#171; les urnes n'ont-elles pas si peu de sens que la majorit&#233; des gens s'en d&#233;tournent ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment surviennent les sanctions ? D'abord, vous pouvez ne plus &#234;tre r&#233;invit&#233;s. Les producteurs cherchent des &#171; bons clients &#187;, c'est-&#224;-dire des gens capables de parler vite et bien et &#233;ventuellement de mettre un peu d'ambiance. Clairement, on me faisait venir pour &#171; pimenter le d&#233;bat &#187;, j'&#233;tais le sextoy que ces bourgeois &#224; la vie sexuelle routini&#232;re s'offraient de temps en temps pour se faire peur quand le mot &#171; justice sociale &#187; &#233;tait l&#226;ch&#233;. Le plus souvent, c'est le plateau tout entier qui exprime sa r&#233;probation sur le moment : raclement de gorge, soupir, regards m&#233;prisants, rires le plus souvent. J'ai eu droit &#224; de syst&#233;matiques &#171; jeune homme &#187;, &#171; mon jeune ami &#187; de la part d'&#233;ditorialistes chevronn&#233;s. Et ce, m&#234;me apr&#232;s avoir pass&#233; le cap fatidique de la trentaine. &#202;tre r&#233;volutionnaire, pour ces gens-l&#224;, c'est n&#233;cessairement &#234;tre coinc&#233; dans une &#233;ternelle adolescence et vous le faire sentir est une fa&#231;on basique mais efficace de vous discr&#233;diter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'animatrice ou l'animateur reste le v&#233;ritable arbitre de la respectabilit&#233; du d&#233;bat. Quand vous dites quelque chose qui reste dans les bonnes convenances du d&#233;bat bourgeois, il vous relancera avec chaleur. Si vous vous &#233;cartez de ces r&#232;gles, que vous d&#233;fendez l'abstention, que vous parlez de propri&#233;t&#233; et de patronat, il ne vous relancera tout simplement pas ou vous coupera carr&#233;ment pour passer la parole &#224; un autre intervenant : &lt;i&gt;game over&lt;/i&gt;. Votre message restera suspendu dans les limbes du flux t&#233;l&#233;visuel et dispara&#238;tra &#224; jamais.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;S'organiser pour exister&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&#171; &lt;i&gt;Il faut aller dans les m&#233;dias porter une parole diff&#233;rente de la doxa n&#233;olib&#233;rale&lt;/i&gt;. &#187; Ce mot d'ordre a du sens car je ne crois pas qu'on puisse r&#233;ussir &#224; porter dans la soci&#233;t&#233; des id&#233;es de justice sociale au moins, de r&#233;volution sociale au mieux, en snobant les grands m&#233;dias. Et ce, tout en favorisant le d&#233;veloppement de m&#233;dias dits &#171; alternatifs &#187; qui, comme Frustration et quelques autres, utilisent leurs propres canaux de diffusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas un r&#244;le qu'on peut assumer en franc-tireur. Jouer ce jeu-l&#224; n&#233;cessite des conditions mat&#233;rielles en pr&#233;alable : vivre en r&#233;gion parisienne ou se rendre &#224; Paris r&#233;guli&#232;rement (et donc &#234;tre en mesure de se payer un billet de TGV, &lt;a href=&#034;https://www.frustrationmagazine.fr/prendre-le-tgv-inoui-un-voyage-semantique-et-sensoriel-au-coeur-du-macronisme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pardon, de &#171; InOui &#187;&lt;/a&gt;). Occuper un emploi avec une libert&#233; horaire, qui ne soit ni physique ni trop fatiguant. Il faut pouvoir vous lib&#233;rer &#224; 17h, filer chez vous vous changer. Si vous avez le trac, votre journ&#233;e sera fichue et votre nuit pass&#233;e &#224; ressasser les arguments que vous n'aurez pas sortis sera mauvaise. Oubliez &#233;galement votre soir&#233;e avec votre ami.e, amant.e, amoureux.se. Revenir chez soi survolt&#233;, trop maquill&#233; et en col&#232;re de n'avoir pu caser que quelques banalit&#233;s social-d&#233;mocrates n'est pas le gage d'un moment de qualit&#233;, je vous le garantis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les professions des gens qui excellent dans les &#233;missions de d&#233;bat ? R&#233;dacteurs en chef, journalistes, politiciens, employ&#233;s d'un institut de sondage, universitaires&#8230; Salari&#233; d'un parti politique, c'est par exemple le cas de David Guiraud, porte-parole de LFI et extr&#234;mement efficace face &#224; l'offensive id&#233;ologique zemmourienne. Ce sont des professions concentr&#233;es en r&#233;gion parisienne qui ne comportent pas de travail manuel et o&#249; l'on dispose d'une libert&#233; horaire. Le graal est sans doute de devenir intervenant r&#233;gulier d'une &#233;mission, comme les deux dirigeants du magazine &lt;i&gt;Regards&lt;/i&gt;, Pierre Jacquemain et Pablo Pillaud-Vivien, mais il faut supporter le rythme et la difficult&#233; des angles impos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques exceptions : Anasse Kazib, d&#233;sormais candidat de R&#233;volution Permanente &#224; la pr&#233;sidentielle, cheminot, &#233;tait chroniqueur aux &#171; Grandes Gueules &#187; (RMC). Il portait la parole des travailleuses et travailleurs et ne faisait aucune concession aux angles de l'&#233;mission &#8211; tr&#232;s droiti&#232;re et tr&#232;s bourgeoise sous couvert d'&#234;tre &#171; proche des gens &#187;. Il en a &#233;t&#233; vir&#233; en 2020, victime de son franc-parler (pour une &#233;mission qui s'appelle les &#171; Grandes Gueules &#187; c'est cocasse). Suite &#224; mon passage &#224; l'&#233;mission &#171; &#192; l'air libre &#187; de Mediapart, nous avons &#233;chang&#233; sur comment faire passer des id&#233;es anticapitalistes dans les m&#233;dias mainstream.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;ponses n'ont rien d'&#233;videntes, mais une chose est s&#251;re : pour infiltrer les m&#233;dias bourgeois et y faire passer la parole de la classe laborieuse, la bonne volont&#233; et le courage ne suffisent pas. C'est toute une organisation dont on aurait besoin, avec cette fonction-l&#224; : envoyer le plus possible d'ouvri&#232;res, d'employ&#233;s, d'ind&#233;pendants, de ch&#244;meurs, de pr&#233;caires dans des &#233;missions faites par et pour des bourgeois. Se demander comment on s'habille, mettre en commun des exemples, chiffres, argumentaires. Mais aussi se donner de la force avant et apr&#232;s l'&#233;mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut certainement pas surestimer l'importance de ces cha&#238;nes dites de &#171; d&#233;bat &#187;, qui utilisent ce format d'abord pour faire des &#233;conomies sur leur masse salariale en virant des journalistes et en les rempla&#231;ant par la masse de personnages d&#233;crits tout au long de l'article. Gonfl&#233;e artificiellement par les r&#233;seaux sociaux qui relaient et s'indignent des pol&#233;miques qui s'y cr&#233;ent, les cha&#238;nes dites &#171; d'information en continu &#187; m&#233;ritent-t-elle qu'on y mette de l'&#233;nergie &#224; lutter ? &lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/medias/audience-tv-les-chaines-d-info-a-un-niveau-record-20211004&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;2,2% de part d'audience pour CNews&lt;/a&gt;, mais des m&#233;dias alternatifs qui montent, notamment sur YouTube.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En racontant certains pi&#232;ges et chausse-trappes des &#233;missions de t&#233;l&#233;, qui existaient d&#233;j&#224; avant que Vincent Bollor&#233; ne rach&#232;te et r&#233;organise de nombreux m&#233;dias pour faire passer la parole fasciste aux heures de grandes &#233;coutes, j'esp&#232;re avoir contribu&#233; &#224; l'&#233;laboration d'une nouvelle strat&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Framont&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les articles publi&#233;s sous forme de &#171; tribune &#187; n'engagent pas collectivement l'association Acrimed, mais seulement leurs auteurs dont nous ne partageons pas n&#233;cessairement toutes les positions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>M&#233;t&#233;o des neiges, t&#233;l&#233;vision de riches</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Meteo-des-neiges-television-de-riches</link>
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		<dc:date>2018-01-04T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Revue Frustration</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Enqu&#234;te sur le monopole des classes sup&#233;rieures sur la t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Sports-et-loisirs-" rel="directory"&gt;Sports et loisirs&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH125/arton5651-9bb8c.png?1726257313' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='125' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous publions ci-dessous sous forme de tribune et en accord avec son auteur une enqu&#234;te publi&#233;e par &lt;a href=&#034;http://www.frustrationlarevue.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Frustration&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, revue de &#171; critique sociale ind&#233;pendante pour le grand public &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.frustrationlarevue.fr/meteo-neiges-television-de-riches-enquete-monopole-classes-superieures-a-television/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;initialement publi&#233;e le 12 mars 2017&lt;/a&gt;. (Acrimed)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Chaque hiver, &#224; partir de d&#233;but d&#233;cembre, la &#171; m&#233;t&#233;o des neiges &#187; succ&#232;de &#224; la m&#233;t&#233;o normale. Celle-ci est un incontournable des t&#233;l&#233;s et radios, et sans doute la s&#233;quence o&#249; les spectateurs sont le plus attentifs. Quel temps fera-t-il demain chez nous, mais aussi la temp&#233;rature la plus basse &#224; Aurillac et le soleil en Corse, &#233;videmment ! Ce programme, instructif sur le plan g&#233;ographique, est aussi le plus &#233;galitaire qui soit : m&#234;me si nous n'avons pas tous un quotidien soumis aux al&#233;as de la m&#233;t&#233;o, tout le monde cherche &#224; savoir quel temps il fera. Rien de tel avec la m&#233;t&#233;o des neiges : tout aussi pr&#233;sente que le programme conventionnel, elle renseigne sur le niveau d'enneigement des pistes de ski en montagne, ciblant quatre &#224; six stations par massif montagneux. Le raisonnement qui sous-tend la mise en place de ce programme doit sans doute &#234;tre le suivant : c'est l'hiver, les vacances scolaires de No&#235;l et de f&#233;vrier, donc &#171; les gens &#187; partent au ski. L'&#233;t&#233; &#224; la plage, l'hiver au ski, le printemps en Bretagne, non ? Eh bien non. Deux tiers des Fran&#231;ais ne partent pas du tout en vacances l'hiver et seulement 8 % d'entre eux vont skier au moins une fois tous les deux ans. Et la moiti&#233; des effectifs de ces vacances sont cadres ou professions intellectuelles sup&#233;rieures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article de l'Observatoire des in&#233;galit&#233;s intitul&#233; &#171; Les sports (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Alors pourquoi la m&#233;t&#233;o des neiges est-elle programm&#233;e &#224; une heure de grande &#233;coute ? C'est parce que la t&#233;l&#233;vision montre beaucoup plus de membres de la classe sup&#233;rieure que de gens des classes populaires. On entend souvent dire que la t&#233;l&#233;vision serait un organe de propagande du gouvernement ou le temple de la b&#234;tise ou du consum&#233;risme. Mais ce qui saute aux yeux d'abord c'est qu'elle fait des membres de la classe sup&#233;rieure la r&#233;f&#233;rence oblig&#233;e de tous les autres. Cette surrepr&#233;sentation a des cons&#233;quences sur nos perceptions de la soci&#233;t&#233; &#8211; elles contribuent par exemple &#224; notre m&#233;connaissance des in&#233;galit&#233;s : ces couples de cadres avec trois enfants et une grande maison comme ceux du programme court &#171; Parents mode d'emploi &#187; sur France 2 deviennent la norme du &#171; Fran&#231;ais moyen &#187; alors qu'ils font de fait partie des classes sup&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela a aussi des cons&#233;quences politiques : sur chaque sujet, ce sont d'abord des membres de la petite ou moyenne bourgeoisie qui s'expriment, donnant leur point de vue comme valant pour tous les autres et contribuant &#224; valider certaines r&#233;formes et d&#233;cr&#233;dibiliser certains mouvements sociaux. On interroge ainsi beaucoup plus souvent des entrepreneurs que des salari&#233;s pour parler des vertus d'un r&#233;tr&#233;cissement du code du Travail. Pourquoi cette domination des classes sup&#233;rieures &#224; la t&#233;l&#233;vision et comment en sortir ?&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Le r&#232;gne sans partage des bourgeois dans notre t&#233;l&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En 2009, le Conseil sup&#233;rieur de l'audiovisuel (CSA) a mis en place un &lt;a href=&#034;http://www.csa.fr/Etudes-et-publications/Les-observatoires/L-observatoire-de-la-diversite/Les-resultats-de-la-vague-2013-du-barometre-de-la-diversite-a-la-television&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; barom&#232;tre de la diversit&#233; &#187;&lt;/a&gt; pour mesurer la repr&#233;sentation des diff&#233;rentes cat&#233;gories de la population dans les programmes t&#233;l&#233;vis&#233;s. Sur chaque cha&#238;ne, l'organisme public a quantifi&#233; le pourcentage d'apparition des hommes et des femmes, des &#171; origines per&#231;ues &#187; (blancs, noirs, &#171; asiatiques &#187;&#8230; des cat&#233;gories plut&#244;t &#233;tranges), des personnes handicap&#233;es et des cat&#233;gories socio-professionnelles. Cet indicateur &#233;labor&#233; par l'INSEE est le plus proche de ce que nous appelons les classes sociales : on peut regrouper les multiples cat&#233;gories qu'il contient (ouvriers, employ&#233;s, agriculteurs, cadres, artisans, etc.) en deux grands ensembles, les classes sup&#233;rieures (comprenant les cadres, les chefs d'entreprise, les professions lib&#233;rales et intellectuelles) et les classes moyennes et populaires (professions interm&#233;diaires, ouvriers et employ&#233;s). Les premi&#232;res regroupent des gens qui ont des revenus importants, un certain niveau d'&#233;tude et une place &#233;lev&#233;e dans la hi&#233;rarchie sociale, tandis que les secondes regroupent des gens &#224; revenus moyens et faibles, peu ou pas dipl&#244;m&#233;s et les plus souvent interm&#233;diaires ou ex&#233;cutants. Le barom&#232;tre prend aussi en compte les inactifs, c'est-&#224;-dire les retrait&#233;s, les ch&#244;meurs, les &#233;tudiants et toutes les personnes sans activit&#233; professionnelle et, contrairement &#224; ce que l'on fait d'habitude, ne les classe pas selon leur cat&#233;gorie sociale d'origine (alors qu'il n'y aucun rapport entre un cadre retrait&#233; et un employ&#233; retrait&#233;). Une fois la part que ces trois grandes cat&#233;gories occupent dans la population fran&#231;aise rappel&#233;e, le barom&#232;tre nous informe de la place qui leur est accord&#233;e dans les programmes t&#233;l&#233;visuels hors publicit&#233;, de fa&#231;on globale puis cat&#233;gories par cat&#233;gories (infos, sports, fictions, etc.). Depuis 2009, les r&#233;sultats sont assez nets : tous programmes confondus, ce sont les classes sup&#233;rieures qui occupent le temps d'antenne le plus important : entre 60 et 70 % !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9726 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH308/poidstele-2-47fca.png?1726257313' width='500' height='308' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Barom&#232;tre de la diversit&#233;, vague 2013, Conseil Sup&#233;rieur de l'Audiovisuel&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Programme par programme, on trouve quelques diff&#233;rences : c'est dans les informations et le sport que les membres des classes sup&#233;rieures sont les plus visibles (&#224; plus de 75 %), tandis que la fiction et le divertissement sont relativement plus repr&#233;sentatifs. Relativement, car dans les fictions diffus&#233;es en 2013, il y a tout de m&#234;me quatre fois plus de personnages appartenant &#224; la classe sup&#233;rieure que dans la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cart est encore plus fort dans les informations, o&#249; les bourgeois sont sept fois plus repr&#233;sent&#233;s. On entend souvent dire que la t&#233;l&#233; est squatt&#233;e par des d&#233;c&#233;r&#233;br&#233;s de la t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; mais pas du tout, elle l'est surtout par les mieux n&#233;s d'entre nous. Allumez n'importe quelle cha&#238;ne et vous en ferez l'exp&#233;rience : des chroniqueurs de BFM TV qui se rendent &#224; la cha&#238;ne situ&#233;e dans le bourgeois 15&#232;me &#224; ceux de TF1 qui gravissent chaque jour sa tour situ&#233;e &#224; Boulogne-Billancourt, riche commune de l'ouest parisien, l'analyse des &#233;v&#233;nements est monopolis&#233;e par des gens souvent parisiens, mis sur leur trente et un et dipl&#244;m&#233;s tandis que la plupart des com&#233;dies sentimentales diffus&#233;es par France 2 mettent en sc&#232;ne des avocats ou des m&#233;decins qui affrontent la crise de la quarantaine et sont capables de prendre un billet d'avion pour rejoindre l'&#234;tre aim&#233;. Un infirmier, une caissi&#232;re ou une ouvri&#232;re ne verront gu&#232;re appara&#238;tre &#224; la t&#233;l&#233;vision des gens qui pourraient &#234;tre leur voisin ou leur coll&#232;gue, hormis les starlettes de la t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; ou les sportifs devenus richissimes, dont la plupart des journalistes et pr&#233;sentateurs moquent les fautes de fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de la fr&#233;quence d'apparition in&#233;gale, la fa&#231;on d'appara&#238;tre est elle aussi discriminante, il suffit de constater les r&#244;les que prennent les moins riches lorsqu'ils &#171; passent &#224; la t&#233;l&#233; &#187;. Les membres des classes populaires n'apparaissent pas du tout sous leur meilleur jour. Il n'y a gu&#232;re que les &#233;missions de cuisine pour les valoriser. Et encore, la mise en sc&#232;ne insiste beaucoup plus souvent sur l'&#233;motion que sur le savoir-faire : on en saura plus sur la gestion de l'&#233;chec par C&#233;line que sur son parcours professionnel dans &#171; Le meilleur p&#226;tissier &#187; et les serveurs qui apparaissent dans &#171; Cauchemar en cuisine &#187; sont davantage des confidents du restaurateur que des salari&#233;s dont on d&#233;crit le quotidien. Enfin, les rares fois o&#249; des syndicalistes apparaissent dans un journal t&#233;l&#233;vis&#233;, c'est lorsqu'un conflit social les a mis tellement &#224; bout qu'ils sortent des tirades pleines de rage face au pr&#233;sentateur placide et surpris par tant de v&#233;h&#233;mence. On a l'impression d'&#234;tre dans un cercle vicieux : les membres des classes moyennes et classes populaires sont si peu souvent &#224; la t&#233;l&#233;vision que lorsqu'ils y sont, ils perdent leurs moyens et ne contr&#244;lent en rien la fa&#231;on dont ils sont interrog&#233;s ou film&#233;s. Au contraire, les membres des classes sup&#233;rieures, acteurs, patrons, politiques ou chroniqueurs, savent parfaitement passer &#224; la t&#233;l&#233;vision, tourner les questions &#224; leur avantage et n&#233;gocier une position qui les met en valeur : tandis qu'un chef d'entreprise re&#231;oit des cam&#233;ras dans son bureau, selon un protocole d&#233;fini avec son ou sa charg&#233; de communication, les salari&#233;s sont interpell&#233;s &#224; la sortie ou &#224; l'arriv&#233;e sur leur travail, pour commenter le m&#234;me r&#233;sultat ou le m&#234;me plan social, mais sans pouvoir choisir les questions et s'y pr&#233;parer.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Le point de vue des bourgeois d'abord&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le traitement t&#233;l&#233;vis&#233; des conflits sociaux met en &#233;vidence les cons&#233;quences politiques de cette r&#233;partition in&#233;quitable et de ces mises en sc&#232;nes in&#233;galitaires. Si les journalistes ont l'habitude de se d&#233;fendre de l'accusation de partialit&#233; (&#171; On se contente de rapporter les faits, et on interroge les deux parties, puis on sonde l'opinion publique &#187;), on est pourtant loin du compte. Prenons l'exemple des mouvements de taxis : en 2014, l'arriv&#233;e sur le march&#233; du transport individuel de la plateforme Uber, qui fait circuler des VTC (chauffeurs ind&#233;pendants) ou m&#234;me des particuliers &#224; des prix imbattables en raison des faibles garanties sociales pr&#233;vues par ce nouveau statut, provoque des manifestations de taxis contre cette concurrence de fait d&#233;loyale. La plupart des t&#233;l&#233;s jouent le jeu de l'arbitre et donnent de fa&#231;on unanime la m&#234;me conclusion : certes, la pilule est dure &#224; avaler pour les taxis, mais le consommateur y gagne ! Un Uber est not&#233; par le client, il lui propose une bouteille d'eau et de choisir la musique qu'il souhaite &#233;couter, tandis que le taxi n'en ferait qu'&#224; sa t&#234;te et impose sa propre radio. Qu'importe l'argument selon lequel la g&#233;n&#233;ralisation de ce type de relation de travail ind&#233;pendant-plateforme fragilise &#224; terme toutes les professions (c'est le d&#233;but de l' &#171; uberisation &#187;), &#171; pour le consommateur, c'est mieux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de quel consommateur parle-t-on au juste ? Qui prend le taxi si souvent dans les grandes villes ? Les salari&#233;s qui vont travailler ? Les ch&#244;meurs, les retrait&#233;s ? Non, essentiellement les cadres, les avocats, les journalistes, bref, tout ceux qui ont le besoin et les moyens d'utiliser un service de transport individuel. Pour les autres, c'est d'abord la voiture individuelle et les transports en commun. Alors comment le point de vue de quelques consommateurs a pu passer avant la question de la modification de la relation de travail salari&#233;, qui menace une bonne partie de la population ? Parce que celle-ci n'a pas voix au chapitre. Les classes sup&#233;rieures ont impos&#233; leur point de vue d'habitants des centres-villes qui utilisent un transport individuel pour rentrer chez eux apr&#232;s un d&#238;ner et qui n'aiment pas que leur chauffeur mette NRJ ou RMC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, c'est comme si, pour chaque sujet d'actualit&#233;, 11 % de la population parvenait &#224; multiplier l'expression de son point de vue par six tout en rendant invisibles les autres points de vue. La gr&#232;ve des pilotes et du personnel d'Air France ? C'est l'exasp&#233;ration des passagers qui ont vu leur vol annul&#233; et les images tournent en boucle l&#224;-dessus, alors que ceux qui prennent l'avion r&#233;guli&#232;rement sont avant tout des membres des classes sup&#233;rieures. Et m&#234;me si parmi tous ces gens qui subissent ces gr&#232;ves il y a quelques familles qui s'&#233;taient priv&#233;es pour se payer des vacances &#224; l'&#233;tranger, notre t&#233;l&#233; nous fait d'abord nous apitoyer sur des gens qui ont l'habitude de voyager et qui pourront donc rattraper ce contretemps. Les r&#233;f&#233;rendums o&#249; le point de vue anti-europ&#233;en l'emporte ? Un drame et une &#233;norme d&#233;ception pour les plateaux t&#233;l&#233;s o&#249; tout le monde tire la tronche, en 2005 apr&#232;s le &#171; non &#187; &#224; 56 % des Fran&#231;ais au Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en (devenu &#171; oui &#187; &#224; 80 % apr&#232;s que la d&#233;cision ait &#233;t&#233; confi&#233;e &#224; notre Parlement, magie !), en 2016 apr&#232;s le vote en faveur du &#171; Brexit &#187; des Britanniques. Pourtant, l'europhilie n'est clairement pas majoritaire en France : les ouvriers et employ&#233;s sont particuli&#232;rement remont&#233;s contre l'Union europ&#233;enne depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, tandis que les cadres continuent d'&#234;tre fans inconditionnels de Bruxelles&#8230; Or, si ces derniers sont minoritaires dans l'opinion, ils sont majoritaires &#224; l'&#233;cran et notre t&#233;l&#233; n'a jamais assez de larmes d&#232;s que le cartel de Bruxelles est affaibli par un scrutin d&#233;mocratique, aussit&#244;t d&#233;peint en &#171; vote de la fermeture &#187; et &lt;i&gt;&#171; victoire des gens peu cultiv&#233;s sur les &#233;lites &#187;&lt;/i&gt; (Alain Minc &#224; propos du Brexit) par les experts de plateaux, tandis qu'un micro-trottoir en bas de la tour TF1 ou des locaux de France T&#233;l&#233;visions viendra faire confirmer ce diagnostic par des &#171; gens pris au hasard &#187; habill&#233;s de fa&#231;on bien luxueuse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Reproduction sociale et parisianisme : les causes de la surrepr&#233;sentation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer cette surrepr&#233;sentation des classes sup&#233;rieures &#224; la t&#233;l&#233; ? Il y a d'abord des choses qui semblent assez logiques : les experts de plateaux et autres hommes blancs &#224; cravate qui commentent l'actualit&#233; sont issus des grandes &#233;coles comme Sciences Po, qui sont tr&#232;s majoritairement monopolis&#233;es par des enfants de classes sup&#233;rieures. On ne va pas faire venir &#171; madame Michu &#187; &#8211; comme ils disent pour d&#233;nigrer la parole populaire &#8211; pour commenter la crise des dettes souveraines et le niveau de comp&#233;titivit&#233; de la France sur le march&#233; international&#8230; Et pourtant, &#224; &lt;i&gt;Frustration &lt;/i&gt; on a plut&#244;t tendance &#224; penser que m&#234;me dans le domaine &#233;conomique, l'art de rendre les choses compliqu&#233;es et inaccessibles au commun des mortels est plut&#244;t une fa&#231;on de leur confisquer la r&#233;flexion sur le partage des richesses et que &#171; madame Michu &#187; est bien capable de voir qu'il n'&#233;tait pas tr&#232;s astucieux &#224; la base de forcer les &#201;tats &#224; emprunter sur les march&#233;s financiers plut&#244;t qu'&#224; une banque publique et que la poursuite de la comp&#233;titivit&#233; ne s'arr&#234;tera pas tant que nous n'aurons pas atteint le niveau de protection sociale des Bangladais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une r&#233;flexion sur cette id&#233;e de comp&#233;tence politique, voir l'article de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les bourgeois sont aussi davantage pr&#233;sents dans les reportages et dans la fiction ? Concernant les micro-trottoirs, nous avons notre explication : la localisation parisienne de toutes les cha&#238;nes explique cette surrepr&#233;sentation des dames en manteau de fourrure et des jeunes &#171; hipsters &#187; lorsque l'on demande aux &#171; passants &#187; leur avis sur les gr&#232;ves et Emmanuel Macron, d'autant que le travail de journaliste r&#233;clame la rapidit&#233; et qu'il est plus facile de descendre dans des rues du riche sud-ouest parisien, o&#249; toutes les cha&#238;nes sont situ&#233;es, plut&#244;t que de se rendre dans le tr&#232;s pauvre nord ou &#171; en province &#187;. Les politiques d'aust&#233;rit&#233; dans l'audiovisuel public sont pass&#233;es par l&#224;, fermant des antennes r&#233;gionales de France 2 et 3, et la r&#233;f&#233;rence en termes d'actualit&#233; de nos villages semble &#234;tre d&#233;sormais le folklorique JT de 13 h anim&#233; par le fascisant Jean-Pierre Pernaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En compl&#233;ment de cette explication g&#233;ographique, il existe des raisons sociologiques &#224; cette surrepr&#233;sentation des cadres, des intellectuels et des avocats dans nos &#233;crans. Une &#233;tude de 2005 montrait que 52 % des &#233;tudiants en &#233;cole de journalisme &#233;taient enfants de cadres et professions intellectuelles sup&#233;rieures, contre seulement 16 % enfants d'ouvriers ou d'employ&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;raud Lafarge et Dominique Marchetti, &#171; Enqu&#234;te sur la provenance des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (cat&#233;gories qui repr&#233;sentent la moiti&#233; de la population active), c'est-&#224;-dire &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me homog&#233;n&#233;it&#233; sociale que les tr&#232;s &#233;litistes classes pr&#233;paratoires aux grandes &#233;coles. Ce recrutement bourgeois de la profession de journaliste fait d'eux des gens issus d'une classe sociale sup&#233;rieure. Or, comme tous les citoyens, les journalistes ont des perceptions, des go&#251;ts et des opinions influenc&#233;es par leur milieu. Ce n'est pas de leur faute, et ce ne sont pas les seuls ! Sauf qu'eux sont charg&#233;s d'informer, sensibiliser ou d&#233;crire la soci&#233;t&#233; pour tous les autres. Concr&#232;tement, cela donne des situations comme celle de la crise taxi-Uber, o&#249; ils sont juge et partie. Ils se sont d'abord faits les porte-paroles des gros consommateurs de taxis qu'ils sont alors qu'ils ne fr&#233;quentent gu&#232;re de chauffeurs dans leur vie priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me des r&#233;alisateurs de fiction. Majoritairement issus des classes sup&#233;rieures, ils ont eux aussi un regard biais&#233; sur la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. D&#233;complex&#233;e, la F&#233;mis, prestigieuse &#233;cole de cin&#233;ma qui forme la cr&#232;me des professionnels du secteur en France, pr&#233;venait en 2010 dans son document de pr&#233;sentation du concours d'entr&#233;e : &lt;i&gt;&#171; L'enseignement &#224; la F&#233;mis [&#233;cole nationale sup&#233;rieure des m&#233;tiers de l'image et du son] est &#224; temps plein, il n'est donc gu&#232;re possible de travailler parall&#232;lement &#224; ses &#233;tudes (notamment &#224; mi-temps). De petits boulots sont envisageables &#233;ventuellement le week-end. Nous invitons les candidats &#224; s'assurer de leurs moyens financiers en cas de succ&#232;s au concours&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article &#171; Des grandes &#233;coles pour enfants fortun&#233;s &#187;, Observatoire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/i&gt;. Cette &#233;cole, financ&#233;e par le contribuable, offre n&#233;anmoins des bourses sur crit&#232;res sociaux, mais m&#234;me le montant maximum est insuffisant pour mener des &#233;tudes longues sans travailler dans une ville aussi ch&#232;re que Paris. Comment s'&#233;tonner alors que les com&#233;dies de m&#339;urs de la t&#233;l&#233;vision mettent en sc&#232;ne des personnages qui ressemblent fort aux professionnels qui les con&#231;oivent ? On ne saurait d'ailleurs leur en vouloir, car &#224; quelques exceptions pr&#232;s, leur exploration, cam&#233;ra &#224; l'&#233;paule, des milieux sociaux moins favoris&#233;s que le leur n'est gu&#232;re heureuse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans notre num&#233;ro 5, nous faisions une comparaison entre le film La Loi du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il s'agit de parler du reste de la population qui n'a pas le bon go&#251;t de vivre &#224; Paris et prendre un billet d'avion sur un coup de t&#234;te, le milieu social des documentaristes, journalistes et producteurs peut donner de graves d&#233;monstrations de m&#233;pris de classe, o&#249; le but du jeu est d'amuser le public avec les maladresses et les malheurs des citoyens les plus d&#233;munis. En 2014, la cha&#238;ne franco-allemande Arte diffuse une s&#233;rie, &lt;i&gt;P'tit Quinquin&lt;/i&gt;, qui met en sc&#232;ne des habitants de l'arri&#232;re-pays de la ville de Boulogne-sur-mer, dans le d&#233;partement du Pas-de-Calais. La s&#233;rie est s&#233;lectionn&#233;e par la quinzaine des r&#233;alisateurs du festival de Cannes et fait la Une des &lt;i&gt;Cahiers du cin&#233;ma&lt;/i&gt;, le journal de r&#233;f&#233;rence du secteur. Elle est d&#233;crite comme &#171; jubilatoire &#187;, une vraie &#171; bombe &#187;, un &#171; geste radical &#187;, sans doute parce qu'il est devenu en soi r&#233;volutionnaire de montrer des pauvres gens d'une r&#233;gion d&#233;laiss&#233;e &#224; la t&#233;l&#233;vision&#8230; Et pourtant, elle ne faisait gu&#232;re honneur &#224; ceux qu'elle mettait en sc&#232;ne. Des personnages ridicules (les critiques ont dit &#171; burlesques &#187; pour att&#233;nuer l'effet n&#233;gatif), sachant &#224; peine parler, tournant sur eux-m&#234;mes&#8230; Et on &#233;tait cens&#233; se r&#233;jouir de voir le peuple sur le petit &#233;cran ! Plus grave encore, courant 2016 la cha&#238;ne M6 commen&#231;ait la diffusion d'une t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; consacr&#233;e &#224; la vie d'allocataires du RSA dans l'un des quartiers les plus pauvres de la ville d'Amiens (Somme) : &#171; La rue des allocs &#187; &#233;tait la version fran&#231;aise d'un programme anglais &#224; succ&#232;s, o&#249; l'on suivait le quotidien d&#233;prav&#233; et oisif de b&#233;n&#233;ficiaires des indemnit&#233;s ch&#244;mage pour la version britannique et allocataires du RSA en France. D&#232;s la premi&#232;re diffusion, en ao&#251;t, la pr&#233;sidente du comit&#233; du quartier concern&#233; s'outrait aupr&#232;s de la radio France info : &#171; Ce qu'on a vu, ce sont des gens qui picolent &#224; longueur de journ&#233;e. Les cam&#233;ras ont compl&#232;tement truqu&#233; la r&#233;alit&#233; de ce quartier[&#8230;] Saint-Leu est devenu un zoo ! &#187;. Un zoo, truqu&#233; par l'arriv&#233;e de bi&#232;res d&#232;s 10 h du matin fournies par l'&#233;quipe de tournage, comme l'a r&#233;v&#233;l&#233; &lt;i&gt;Le Courrier picard&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Saint-Leu &#8211; &#698;La Rue des Allocs&#698; : les bi&#232;res &#233;taient fournies &#187;, Beno&#238;t (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Pour une t&#233;l&#233;vision d&#233;mocratique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La prise de pouvoir du point de vue des classes sup&#233;rieures sur la description de la soci&#233;t&#233; et de ses m&#339;urs n'a rien de nouveau. Les outils de description du r&#233;el comme la presse ou la fiction ont toujours &#233;t&#233; le monopole des plus favoris&#233;s, ou de ceux qui vivaient proches des puissants. D&#232;s la Renaissance, les arts et les lettres parlaient d'abord de romances de rois et de princes avant de parler du quotidien des paysans. Mais la diff&#233;rence avec nos jours c'est que ces domaines avaient pour public les principaux int&#233;ress&#233;s : les pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre de Corneille et Racine &#233;taient vues par la cour des rois de France. Le paysan picard n'aurait rien compris &#224; ces histoires d'h&#233;ritages, de titres et de dilemmes corn&#233;liens. Encore aujourd'hui, les professeurs de fran&#231;ais en lyc&#233;e doivent faire preuve d'ing&#233;niosit&#233; pour faire comprendre &#224; une classe d'enfants de ch&#244;meurs ou d'ouvriers que les bourgeois cocus des pi&#232;ces de Tchekhov ou de Feydeau ont un message universel &#224; faire passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'en est pas de m&#234;me pour la t&#233;l&#233;vision : qu'on l'encense ou la d&#233;teste, force est de reconna&#238;tre qu'elle a &#233;t&#233;, bien avant l'arriv&#233;e d'Internet, un des outils de connaissance du monde les plus d&#233;mocratiques, puisque chaque foyer a pu progressivement en disposer. Le JT de TF1 et plus encore des cha&#238;nes publiques, pr&#233;tend s'adresser &#224; chacun et chacune, et non &#224; un public tri&#233; sur le volet. Sans discrimination de couleur ou de classe, la t&#233;l&#233; est cens&#233;e parler &#224; tous, faire preuve d'empathie avec la situation de chacun, nous offrir un point de vue objectif ou du moins un tant soit peu repr&#233;sentatif de ce que la majorit&#233; des gens pensent ou observent dans leur quotidien. Mais il n'en est rien. Dans un pays o&#249; les grandes enqu&#234;tes d'opinion montrent que les citoyens sont majoritairement sceptiques face &#224; l'&#233;conomie de march&#233;, l'entrepreneuriat et les privatisations sont pr&#233;sent&#233;s comme la panac&#233;e du progr&#232;s. Dans un pays o&#249; 70 % des gens sont rest&#233;s contre la loi Travail, la r&#233;duction du code du Travail est d&#233;crite comme positive par tous les experts de plateau. Dans un pays &#224; ce point remont&#233; contre une Union europ&#233;enne anti-d&#233;mocratique que plus aucun gouvernement ne songe &#224; faire de r&#233;f&#233;rendum sur la question, Bruxelles est perp&#233;tuellement pr&#233;sent&#233;e comme une grande &#339;uvre de la communaut&#233; humaine, et ce alors que son unique avantage d'&#233;change culturel &#8211; la fin des contr&#244;les aux fronti&#232;res et les programmes comme Erasmus &#8211; ne concerne que la minorit&#233; qui a les moyens de voyager et de faire des &#233;tudes longues avec une ann&#233;e &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne semble pas y avoir de v&#233;ritable conscience du probl&#232;me dans la profession. Les journalistes sont souvent d&#233;test&#233;s et les citoyens qui font encore confiance aux m&#233;dias sont devenus minoritaires : dans une grande enqu&#234;te europ&#233;enne en ligne r&#233;alis&#233;e par France T&#233;l&#233;visions aupr&#232;s des jeunes, on apprend que 86 % d'entre eux (sur 225 000 r&#233;pondants) ne leur font pas confiance ! Cette d&#233;fiance se traduit souvent par de la haine, flagrante sur Internet (des termes comme &#171; journalopes &#187; ou &#171; merdias &#187;, initi&#233;s par l'extr&#234;me droite, sont devenus r&#233;currents sur les r&#233;seaux sociaux), et accompagne les th&#233;ories conspirationnistes qui doutent syst&#233;matiquement de tout ce qui est dit par les journalistes. Pourtant, il est clair qu'ils mentent rarement, pas plus qu'ils ne re&#231;oivent des pots-de-vin de la part des grandes entreprises ou un coup de t&#233;l&#233;phone du ministre de l'Information, comme au temps o&#249; l'ORTF &#233;tait l'unique cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision en France. Mais ils analysent tout selon leur point de vue de classe. Actuellement, les journalistes r&#233;agissent de fa&#231;on corporatiste &#224; ces agressions, et de ce dialogue de sourd ne na&#238;t aucune remise en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; du Conseil sup&#233;rieur de l'audiovisuel, nulle mesure ne semble &#224; l'ordre du jour pour ramener de la diversit&#233; sociale &#224; l'&#233;cran. D'ailleurs, les derniers r&#233;sultats du barom&#232;tre publi&#233;s sur le site ne mentionnent plus la question de la repr&#233;sentation des cat&#233;gories sociales depuis&#8230; 2013 ! Ils parlent des hommes et des femmes, des &#171; per&#231;us comme blanc &#187; et des &#171; per&#231;us comme non-blanc &#187; mais plus de l'appartenance sociale, devenue donc impossible &#224; mesurer.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note d'Acrimed : Cette remarque &#233;tait valide lors de la publication initiale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment obtenir une t&#233;l&#233;vision plus d&#233;mocratique, qui mette en avant le point de vue de tous et en sc&#232;ne la vie de chacun, ce qui serait le minimum pour donner aux citoyens une vision &#233;clair&#233;e d'eux-m&#234;mes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D'abord, il faudrait faire en sorte que les &#233;coles qui produisent nos journalistes, r&#233;alisateurs et documentaristes ne soient plus monopolis&#233;es par les enfants de bourgeois. C'est d'autant plus faisable qu'en France, nombre de ces &#233;coles sont financ&#233;es par le public et qu'on est en droit d'attendre un plus grand respect de l'&#233;galit&#233; sociale dans leur recrutement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ensuite, plut&#244;t qu'une autorit&#233; technocratique comme le CSA, visiblement peu sensible &#224; la question de la repr&#233;sentativit&#233; sociale de la t&#233;l&#233;vision, on pourrait cr&#233;er des organismes de contr&#244;le avec des citoyens tir&#233;s au sort et repr&#233;sentatifs de la soci&#233;t&#233; : que &#171; madame Michu &#187; puisse voir comment les personnes comme elles sont trait&#233;es &#224; l'&#233;cran, que tous les Kevin et Gr&#233;gory qui sont moqu&#233;s par les journalistes de Canal+ puissent s'exprimer l&#224;-dessus, ainsi que les syndicalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin, en ce qui concerne l'audiovisuel public, qu'on cesse de consid&#233;rer que la population est compos&#233;e d'enfants qu'il faudrait &#233;duquer &#224; la mondialisation heureuse, par le biais &#171; d'analyses &#187; d'experts de plateau qui n'ont en r&#233;alit&#233; pour seule fonction que de nous complexer sur nos capacit&#233;s &#224; penser ce qui est bon pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regarder la m&#233;t&#233;o des neiges alors qu'on n'aura jamais les moyens d'emmener sa famille au ski, se faire filmer &#224; la sortie du boulot pour commenter un plan social en cinq secondes ou voir ses semblables se faire traiter de beaufs par des journalistes en jean et veste ajust&#233;e, n'est-ce pas dommage de voir r&#233;duit &#224; cela ce que peut nous apporter un bel objet technologique pos&#233; au milieu de notre salon ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'article de l'Observatoire des in&#233;galit&#233;s intitul&#233; &#171; Les sports d'hiver, une pratique de privil&#233;gi&#233;s &#187;, 5 f&#233;vrier 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Barom&#232;tre de la diversit&#233;, vague 2013, Conseil Sup&#233;rieur de l'Audiovisuel&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une r&#233;flexion sur cette id&#233;e de comp&#233;tence politique, voir l'article de &lt;i&gt;Frustration&lt;/i&gt;, &#171; La comp&#233;tence politique n'existe pas &#187;, no 8, septembre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G&#233;raud Lafarge et Dominique Marchetti, &#171; Enqu&#234;te sur la provenance des &#233;tudiants en journalisme &#187;, revue &lt;i&gt;M&#233;diamorphoses&lt;/i&gt;, no 66, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'article &#171; Des grandes &#233;coles pour enfants fortun&#233;s &#187;, Observatoire des in&#233;galit&#233;s, 7 janvier 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans notre num&#233;ro 5, nous faisions une comparaison entre le film &lt;i&gt;La Loi du march&#233;&lt;/i&gt;, de St&#233;phane Briz&#233;, qui avait &#233;mu les professionnels de la critique pour un traitement fataliste et glauque du monde du travail employ&#233;, et &lt;i&gt;Discount&lt;/i&gt; de Louis-Julien Petit, rare film qui ne traite pas les personnages populaires comme des animaux bless&#233;s et born&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Saint-Leu &#8211; &#698;La Rue des Allocs&#698; : les bi&#232;res &#233;taient fournies &#187;, Beno&#238;t Delespierre, &lt;i&gt;Le Courrier picard&lt;/i&gt;, 27 ao&#251;t 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Note d'Acrimed : Cette remarque &#233;tait valide lors de la publication initiale de l'article, en mars 2017. Ce jour, &lt;a href=&#034;http://www.csa.fr/Etudes-et-publications/Les-observatoires/L-observatoire-de-la-diversite/Les-resultats-de-la-vague-2017-du-barometre-de-la-diversite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le 4 janvier 2018&lt;/a&gt;, le CSA a publi&#233; le &lt;a href=&#034;file:///C:/Users/acrim/Downloads/CSA_Barom%C3%A8tre%202017.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034;&gt;&#171; Barom&#232;tre de la diversit&#233; de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise - vague 2017 &#187;&lt;/a&gt;. Leur m&#233;thodolgie (&#224; partir de la p. 5) indique que parmi les six crit&#232;res index&#233;s figurent &lt;i&gt;&#171; la cat&#233;gorie socio-professionnelle (&#171; CSP+ &#187;, &#171; CSP&#8211; &#187;, &#171; inactifs &#187; et &#171; activit&#233;s marginales&lt;br class='autobr' /&gt;
ou ill&#233;gales &#187;) &#187;&lt;/i&gt; et, &lt;i&gt;&#171; pour la premi&#232;re fois, la situation de pr&#233;carit&#233;. &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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