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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Presse bourgeoise, ultralib&#233;rale, aux ordres&#8230; &#201;tat des lieux et perspectives avec Alain Accardo</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Presse-bourgeoise-ultraliberale-aux-ordres-Etat</link>
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		<dc:date>2017-08-07T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Accardo, Ludivine B&#233;nard</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Pour une information de service public.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Critiques-des-medias-et-des-journalismes-" rel="directory"&gt;Critiques des m&#233;dias et des journalismes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L92xH150/arton5573-04b70.jpg?1726362548' class='spip_logo spip_logo_right' width='92' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous, sous forme de &#171; tribune &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les articles publi&#233;s sous forme de &#171; tribune &#187; n'engagent pas collectivement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un entretien avec le sociologue Alain Accardo, r&#233;alis&#233; par Ludivine B&#233;nard et &lt;a href=&#034;https://comptoir.org/2017/06/14/presse-bourgeoise-ultraliberale-aux-ordres-etat-des-lieux-et-perspectives-avec-alain-accardo/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;publi&#233; sur le site Le comptoir&lt;/a&gt;, le 14 juin 2017. Avec tous nos remerciements pour les autorisations qu'ils nous ont accord&#233;es.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les sous-titres et la pr&#233;sentation sont d'Acrimed.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Alain Accardo est sociologue, ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; Bordeaux-Montaigne et chroniqueur r&#233;gulier pour l'excellent mensuel &lt;a href=&#034;http://www.ladecroissance.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La D&#233;croissance&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Il vient de faire para&#238;tre, dans la collection Cent mille signes des &#233;ditions Agone, un essai intitul&#233; &lt;a href=&#034;https://www.placedeslibraires.fr/livre/9782748903416-pour-une-socioanalyse-du-journalisme-alain-accardo/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Pour une socioanalyse du journalisme&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Pour ce sp&#233;cialiste de Pierre Bourdieu, hors de question de penser que les journalistes participent &#224; un grand complot pour prot&#233;ger l'ordre lib&#233;ral &#233;tabli ou qu'ils ob&#233;issent docilement aux injonctions de leurs richissimes actionnaires. Selon lui, les journalistes se contentent simplement d'&#234;tre eux-m&#234;mes, c'est-&#224;-dire une &lt;i&gt;&#171; fraction embl&#233;matique de la nouvelle bourgeoisie intellectuelle &#187;&lt;/i&gt;, qui est n&#233;e dans le syst&#232;me, en vit et tient &#224; le faire perdurer. Par son analyse aussi pertinente qu'originale, Alain Accardo nous livre un &#233;tat des lieux saisissant de la presse actuelle, qui parlera &#224; n'importe quel pigiste pr&#233;caire, mais &#233;galement des pistes &#8722; possibles, exigeantes, radicales &#8722; pour mettre en place, demain, un vrai service public de l'information.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Des mastodontes contr&#233;s par les m&#233;dias alternatifs ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Comptoir : &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Dans votre livre, vous d&#233;peignez avec pr&#233;cision comment la majorit&#233; des journalistes actuels est acquise &#224; ce qu'on appellera, &lt;/i&gt;grosso modo&lt;i&gt;, l'ordre lib&#233;ral &#233;tabli. Mais, en tant que chroniqueur r&#233;gulier du mensuel &lt;/i&gt;La D&#233;croissance&lt;i&gt;, vous n'&#234;tes pas sans savoir que des m&#233;dias alternatifs se d&#233;veloppent sans cesse. Ne peut-on pas pointer une certaine responsabilit&#233; du lecteur &#8722; quand il lit encore ! &#8722; qui pr&#233;f&#232;re se tourner vers des contenus qui ne le satisfont pas, plut&#244;t que vers des contenus de qualit&#233; mais dont il d&#233;plore le prix ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Accardo&lt;/strong&gt; : Les deux enqu&#234;tes qui sont &#224; la base de cet ouvrage ont eu lieu dans les ann&#233;es 1990. Elles visaient donc l'information journalistique telle qu'elle &#233;tait faite par la presse &#233;crite traditionnelle, quotidienne et magazine, et surtout par la presse audio-visuelle des cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision publiques et commerciales et des stations de radio. Les m&#233;dias alternatifs n'avaient pas encore pris une grande importance, il n'y avait pas d'acc&#232;s g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; l'Internet, pas de r&#233;seaux sociaux, pas d'information en ligne, etc. Toutes ces innovations n'ont d'ailleurs pas chang&#233; le probl&#232;me fondamental, celui de la d&#233;mocratisation r&#233;elle de l'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explosion du num&#233;rique a entra&#238;n&#233; une &#233;volution de la situation caract&#233;ris&#233;e, entre autres, par l'aggravation des difficult&#233;s de la presse &#233;crite, mais l'in&#233;vitable adaptation des m&#233;dias de presse aux nouvelles technologies n'a pas provoqu&#233;, pour autant qu'on puisse le mesurer, sur le plan de l'emploi, un appel d'air comparable &#224; celui qu'avait provoqu&#233; en son temps la mise en place d'une information radiophonique puis t&#233;l&#233;vis&#233;e. Les effectifs journalistiques semblent s'&#234;tre stabilis&#233;s (vers 37 000 selon la Commission de la carte d'identit&#233; des journalistes professionnels) alors que la demande d'embauche est devenue pl&#233;thorique, et surtout que l'emploi de journalistes est all&#233; en se pr&#233;carisant toujours davantage, conform&#233;ment &#224; la tendance g&#233;n&#233;ralis&#233;e, dans l'ensemble du monde industrialis&#233;, de toutes les productions soumises &#224; la loi du march&#233;, celles o&#249; l'emploi devient in&#233;vitablement la variable d'ajustement et l'employ&#233; un produit jetable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'information est une marchandise comme les autres et sa production, l'affaire d'une industrie comme les autres, &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/ppa&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;aux mains de puissants groupes industriels et financiers&lt;/a&gt;, ou aux mains de l'&#201;tat capitaliste qui fait fonctionner le public sur le mod&#232;le du priv&#233;. Par rapport &#224; ces mastodontes, les m&#233;dias alternatifs ne peuvent faire le poids, ni par l'audience ni par le prestige social. Le type de journalisme le plus connu du grand public demeure celui qui a cours dans les r&#233;dactions des t&#233;l&#233;s et des radios, o&#249; s'empressent d&#233;sormais m&#234;me les journalistes de la presse &#233;crite. La capacit&#233; de ce type de journalisme &#224; appara&#238;tre comme LE journalisme par excellence, est &#233;videmment li&#233;e &#224; la possibilit&#233; dont il use et abuse quotidiennement de se mettre lui-m&#234;me en vitrine, de soigner sa propre mise en sc&#232;ne et de s'auto-c&#233;l&#233;brer en permanence, pour ne rien dire de la place d&#233;mesur&#233;e prise par cette activit&#233; et ceux qui l'exercent, dans la fantasmagorie litt&#233;raire romanesque et cin&#233;matographique et par l&#224;, dans l'imaginaire collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, je voudrais m'arr&#234;ter un instant sur l'id&#233;e, implicitement contenue dans votre question, que les m&#233;dias alternatifs produisent, sinon de la bonne information, du moins de l'information meilleure. Cela est vrai de certains, pas de tous. Un trop grand nombre de ceux qui sont rel&#233;gu&#233;s, ou se mettent eux-m&#234;mes, en marge du syst&#232;me m&#233;diatique, ne proposent en fait d'alternative au mod&#232;le dominant, que de simples variantes distinctives qui restent fondamentalement fid&#232;les aux st&#233;r&#233;otypes traditionnels profond&#233;ment inscrits dans l'ethos et l'habitus journalistiques. C'est pourquoi j'ai insist&#233; dans mon travail sur la n&#233;cessit&#233; pour les membres de la corporation tout enti&#232;re de proc&#233;der &#224; une auto-socioanalyse permanente et sans complaisance pour apprendre &#224; discerner en quoi et dans quelle mesure chacun(e) est une cr&#233;ature du syst&#232;me, comme nous le sommes tous et toutes avant tout effort d'auto-r&#233;flexivit&#233;, toujours trop tardif, toujours p&#233;nible et toujours incomplet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a finalement assez peu d'originalit&#233; dans les m&#233;dias alternatifs en dehors des innovations technologiques et leurs journalistes, tout comme leurs homologues de la presse institutionnelle, sont trop souvent enclins &#224; confondre les contestations dans le syst&#232;me avec la contestation du syst&#232;me, comme ils tendent &#224; confondre r&#233;actions de r&#233;volte morale ou de compassion humanitaire avec pens&#233;e politique. D'o&#249; une vision toujours aussi brouill&#233;e et impressionniste de la r&#233;alit&#233; des rapports sociaux sauf chez les journalistes (les moins nombreux) capables d'analyser le monde social en termes de classes. Il reste beaucoup &#224; faire aux journalistes pour apprendre &#224; d&#233;coloniser leur subjectivit&#233; et &#224; se d&#233;faire de l'emprise du syst&#232;me. Mais cela ne peut s'apprendre, et pour cause, ni en &#233;cole de journalisme ni en IEP [Institut d'&#233;tudes politiques, NDLR].&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Une question de formation ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Comptoir : &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Vous n'&#234;tes d'ailleurs pas tendre avec les &#233;coles de journalisme, que vous accusez de n&#233;gliger la culture g&#233;n&#233;rale et d'&#234;tre&lt;/i&gt; &#171; plus pr&#233;occup&#233;es du placement professionnel de leurs dipl&#244;m&#233;s [&#8230;] que de la qualit&#233; r&#233;elle de leur formation g&#233;n&#233;rale suppos&#233;e satisfaisante &#187;&lt;i&gt;. Vous appelez donc &#224; cr&#233;er &lt;/i&gt;&#171; un r&#233;seau d'&#233;coles de journalisme qui &#8722; &#224; la diff&#233;rence des m&#233;diocres &#233;coles actuelles ne seraient pas des officines [&#8230;] fonctionnant toutes pour un march&#233; du travail domin&#233; et r&#233;gent&#233; par le patronat de presse &#187;&lt;i&gt;. Mais, plus que les seules &#233;coles de journalisme, il semble que ce soit aujourd'hui l'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais qui souffre d'un niveau insuffisant, d'une m&#233;diocrit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e et de la disparition de la culture g&#233;n&#233;rale (on pensera &#224; l'essai de Jean-Claude Mich&#233;a sur &lt;a href=&#034;https://www.placedeslibraires.fr/livre/9782082131230-l-enseignement-de-l-ignorance-et-ses-conditions-modernes-jean-claude-mich-a/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;/i&gt;L'Enseignement de l'ignorance et ses conditions modernes&lt;i&gt;&lt;/a&gt;). Comment les nouvelles formations que vous proposez pourraient-elles combler de telles lacunes ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Accardo&lt;/strong&gt; : Comment pourrait-on &#234;tre tendre avec les &#233;coles de journalisme quand on a eu la possibilit&#233; d'observer de pr&#232;s, pendant des ann&#233;es, leur mode de fonctionnement et les r&#233;sultats de leur travail ? Au demeurant, c'est chez les journalistes eux-m&#234;mes que l'on trouve les critiques les plus saignantes relativement &#224; la formation et aux &#233;coles. Ma critique &#224; moi pr&#233;sente cette particularit&#233; qu'elle ne se borne pas &#224; pointer en les d&#233;plorant les insuffisances et les travers des pratiques journalistiques, mais qu'elle s'efforce de comprendre ce ph&#233;nom&#232;ne d'un point de vue sociologique. Il ne vous aura sans doute pas &#233;chapp&#233; que l'objet central de mon travail, c'est l'&#233;tude, dans une optique qui se veut bourdieusienne (mais pas seulement), de ce vecteur sociologique majeur de la modernit&#233; qu'est la classe moyenne, et du fer de lance de cette classe, la fraction moderniste que constitue la petite bourgeoisie nouvelle. La corporation journalistique en est une composante repr&#233;sentative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;tudiant le microcosme journalistique, je pense qu'on peut, plus largement, comprendre comment le mod&#232;le am&#233;ricain du lib&#233;ralisme d&#233;brid&#233; a r&#233;ussi &#224; p&#233;n&#233;trer les mentalit&#233;s des classes moyennes occidentales ou occidentalis&#233;es et &#224; faire de celles-ci, dans l'ensemble et non sans contradictions, des servantes z&#233;l&#233;es du syst&#232;me. Le processus historique de moyennisation (modernisation-tertiarisation) des soci&#233;t&#233;s d&#233;velopp&#233;es ou &#233;mergentes, et son effet sociologique principal, le d&#233;veloppement des petites bourgeoisies nouvelles, n'est pas le seul facteur du triomphe du capitalisme sur la plan&#232;te, mais il en est assur&#233;ment un facteur d&#233;cisif. En engendrant, d&#233;veloppant, domestiquant, formatant ces couches et cat&#233;gories nouvelles, le syst&#232;me travaille &#224; sa propre sauvegarde parce que les classes moyennes ont beau &#234;tre structurellement des populations cliv&#233;es, contradictoires, &#233;cartel&#233;es entre les p&#244;les de la domination sociale, l'histoire montre qu'elles vont de pr&#233;f&#233;rence alimenter les forces conservatrices ou contre-r&#233;volutionnaires, chaque fois que l'ordre &#233;conomico-politique dont elles sont n&#233;es et qui les fait vivre est menac&#233;. Se situant &#224; gauche socialement, c'est-&#224;-dire par leurs pieuses intentions humanistes, elles sont &#224; droite politiquement, par leur soutien &#224; toutes les politiques r&#233;elles et &#171; r&#233;alistes &#187;, y compris d'aust&#233;rit&#233; et de r&#233;gression sociale, pour peu qu'on sache m&#233;nager leurs int&#233;r&#234;ts de dominants chez les domin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, la question de savoir quelles sont les causes occasionnelles, annexes ou adjacentes qui contribuent &#224; d&#233;grader le travail journalistique, est une question int&#233;ressante, mais pas primordiale. La critique que vous adressez &#224; &lt;i&gt;&#171; l'ensemble du syst&#232;me &#233;ducatif fran&#231;ais &#187;&lt;/i&gt; est certainement tr&#232;s bien fond&#233;e. Mais &#224; mes yeux, le probl&#232;me de fond n'est pas de savoir dans quelle mesure les carences du journalisme sont imputables aux carences de la formation scolaire et universitaire (probl&#232;mes r&#233;els qu'on s'ing&#233;nie, mais en vain, &#224; r&#233;soudre au fil des d&#233;cennies, par des &#171; r&#233;formes &#187; internes, ponctuelles ou sectorielles et toujours imparfaites, qui d&#233;rangent &#224; peu pr&#232;s autant qu'elles arrangent, sans jamais pouvoir aller &#224; la racine des choses).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vraie question, &#224; mes yeux, est celle de savoir comment parvenir &#224; changer la logique objective de fonctionnement d'un syst&#232;me social o&#249; la n&#233;cessit&#233; imp&#233;rieuse de r&#233;mun&#233;rer toujours plus, et en priorit&#233;, un Capital priv&#233; toujours plus colossal, tentaculaire et avide, oblige &#224; faire passer au second plan, &#224; retarder ou minimiser, voire &#224; supprimer, tous les investissements qui auraient d'abord pour but l'utilit&#233; publique, donc l'am&#233;lioration des conditions de vie, de formation, de travail, de r&#233;mun&#233;ration, etc., de tous les salari&#233;s, aussi bien dans le journalisme que dans l'enseignement et ailleurs. En attendant de pouvoir mettre fin au syst&#232;me Capital-Salariat, il n'est pas interdit d'imaginer, bien au contraire, un pouvoir r&#233;ellement d&#233;mocratique qui d&#233;ciderait d'affecter les ressources n&#233;cessaires (par exemple une partie des milliards de la seule &#233;vasion fiscale) &#224; la r&#233;novation d'un syst&#232;me &#233;ducatif public qui aurait pour mission d'assurer une formation scolaire et universitaire de qualit&#233; mais aussi de faire sortir l'information de masse et le journalisme de leur pr&#233;histoire id&#233;ologique, qui semble s'&#234;tre arr&#234;t&#233;e au XIXe si&#232;cle. L'effort d'imagination &#224; fournir serait d'autant moins difficile qu'il suffirait pour commencer de reprendre enfin le programme pr&#233;conis&#233; par le Conseil national de la R&#233;sistance, qui avait re&#231;u un commencement d'ex&#233;cution avec le gouvernement de la Lib&#233;ration, et qui fut tr&#232;s vite abandonn&#233; sous la pression des lobbies patronaux. La philosophie de cet ensemble coh&#233;rent de mesures &#233;tait de doter la France d'une Information nationale comme on l'avait dot&#233;e, avec succ&#232;s, d'une &#201;ducation nationale, et d'arracher ainsi l'information devenue politiquement vitale pour toute une nation, &#224; la logique des app&#233;tits et de l'appropriation priv&#233;e, comme la IIIe R&#233;publique avait pr&#233;c&#233;demment arrach&#233; l'enseignement public &#224; l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas seulement d'am&#233;liorer le niveau de culture g&#233;n&#233;rale ou les capacit&#233;s d'expression &#233;crite et orale des journalistes, qui en auraient bien besoin. Il s'agit, bien plus profond&#233;ment de r&#233;former l'entendement journalistique mystifi&#233; par les int&#233;r&#234;ts de classe et conditionn&#233; par les puissances du March&#233;. Car enfin, pourquoi le journalisme devrait-il rester la chasse gard&#233;e de la petite et de la grande bourgeoisie, avec les probl&#232;mes que l'on sait ? D&#232;s lors qu'un service d'utilit&#233; publique r&#233;pondant &#224; un besoin collectif, est accapar&#233; par une classe (ou une fraction de classe) sociale, c'est l'indice que la d&#233;mocratie n'est plus qu'un th&#232;me de rh&#233;torique &#233;lectoraliste. Comment peut-on parler de d&#233;mocratie quand les enfants de familles bourgeoises s'emparent, &#224; chaque g&#233;n&#233;ration, de la majeure partie des postes de direction dans tous les domaines, &lt;a href=&#034;http://www.inegalites.fr/spip.php?article166&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;quand une Assembl&#233;e dite nationale ne compte pratiquement plus d'ouvriers dans ses rangs&lt;/a&gt;, quand un enfant d'ouvrier agricole ou de femme de m&#233;nage a une probabilit&#233; quasi nulle de devenir professeur agr&#233;g&#233;, ing&#233;nieur de grande &#233;cole, m&#233;decin, avocat, architecte, d&#233;put&#233;, quand l'exclusion et la s&#233;gr&#233;gation frappent les classes populaires dans &#224; peu pr&#232;s tous les secteurs, quand les &#233;coles de journalisme et les IEP sont oblig&#233;s de pratiquer la &#171; discrimination positive &#187; pour arriver &#224; transformer en journalistes quelques enfants sortis d'une ZEP ? Comment les t&#233;nors du journalisme peuvent-ils encore jouer aux grands d&#233;mocrates quand on sait comment leurs propres m&#233;dias traitent leurs pr&#233;caires ? Mais il serait ridicule, bien s&#251;r, d'imaginer que l'aristocratie journalistique se sente plus solidaire de son prol&#233;tariat que de son actionnariat. Cela manquerait furieusement de &#171; pragmatisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Quelle signification accorder &#224; de r&#233;cents licenciements ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Comptoir : &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;R&#233;cemment, nous avons pu voir la suppression du service de macro&#233;conomie de &lt;/i&gt;La Tribune&lt;i&gt;, apr&#232;s l'arriv&#233;e d'un nouvel investisseur, &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/Suppression-de-la-macroeconomie-a-La-Tribune&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;entra&#238;nant le d&#233;part de Romaric Godin&lt;/a&gt;. Nous avons &#233;galement assist&#233; au &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/Aude-Lancelin-viree-de-L-Obs-un-chef-d-oeuvre-de&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;licenciement d'Aude Lancelin&lt;/a&gt;, directrice adjointe de la r&#233;daction de &lt;/i&gt;L'Obs&lt;i&gt;, officiellement pour des motifs manag&#233;riaux. Or, ces deux profils sont largement connus des lecteurs pour &#234;tre plut&#244;t &#224; contre-courant de l'ordre &#233;tabli et leurs d&#233;parts ont tout l'air d'&#234;tre motiv&#233;s par des raisons politiques. Le syst&#232;me est-il d&#233;sormais oblig&#233; d'&#233;liminer ses opposants en interne ? Arrive-t-il en bout de course ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Accardo&lt;/strong&gt; : Ne sachant rien de pr&#233;cis sur la trajectoire de ces deux journalistes dans les m&#233;dias, je m'abstiendrai de tout jugement sur leur cas personnel, sauf pour remarquer que, le champ m&#233;diatique &#233;tant ce qu'il est, il est difficile de concevoir qu'on puisse atteindre les postes &#233;lev&#233;s qu'ils ont occup&#233;s respectivement &#224; &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; et &#224; &lt;i&gt;L'Obs&lt;/i&gt;, sans donner satisfaction &#224; leurs employeurs, sans leur fournir des raisons de penser que leur confiance &#233;tait bien plac&#233;e, ce qui exclut logiquement que ces journalistes aient pu faire ouvertement figure d'opposants. Opposants &#224; quoi, d'ailleurs ? La plupart des agents qui ont des d&#233;m&#234;l&#233;s avec leurs employeurs excellent &#224; transformer r&#233;trospectivement les querelles de personnes et les conflits d'int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels en motifs de contestation ou de rupture un peu plus nobles, tels que des d&#233;saccords id&#233;ologiques. Lesdits d&#233;saccords, quand ils existent, portent plut&#244;t sur des questions ponctuelles (traitement d'un dossier par exemple, censure d'un article, etc.) Ils ne sont g&#233;n&#233;ralement pas de nature &#224; provoquer des ruptures radicales, des renoncements d&#233;finitifs. &#192; partir d'un certain degr&#233; de notori&#233;t&#233;, la carri&#232;re journalistique tend &#224; prendre l'allure d'un jeu de chaises musicales, on quitte une r&#233;daction pour une autre, et souvent avec une promotion &#224; la cl&#233;. Si ceux qui abandonnent le poste qu'ils occupaient &#233;taient des opposants r&#233;els au syst&#232;me, si leur critique remettait en cause la substance du syst&#232;me, on ne leur proposerait pas de les recaser ailleurs. Ils seraient des parias, irr&#233;conciliables avec un syst&#232;me d'information uniform&#233;ment accapar&#233; et impr&#233;gn&#233; par l'&#233;conomie lib&#233;rale et fonctionnant de fa&#231;on pseudo-d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, dans le journalisme comme ailleurs, un individu peut toujours trouver son chemin de Damas et se mettre &#224; br&#251;ler le lendemain ce qu'il adorait la veille. Mais c'est l&#224; une forme d'h&#233;ro&#239;sme rare, que le syst&#232;me ne peut tol&#233;rer et dont il se d&#233;barrasse le plus vite possible. &#192; supposer que les deux journalistes dont vous parlez soient des opposants r&#233;els, ils ne seraient que deux cas r&#233;cents sur une tr&#232;s longue liste de journalistes que le patronat de presse de toutes les &#233;poques a su r&#233;compenser pour leur docilit&#233; ou punir pour leur non-conformit&#233; &#224; la &#171; bien-pensance &#187; dominante. Au demeurant, il n'y a pas lieu de regarder comme des sympt&#244;mes de crise du syst&#232;me tous les remous et les grincements imputables au fonctionnement normal d'une r&#233;daction. Comme tous les groupes de travail, les &#233;quipes journalistiques, surtout les plus nombreuses, sont travers&#233;es de conflits divers et vari&#233;s qui peuvent &#234;tre tr&#232;s dommageables &#224; un individu, mais sont sans danger pour le syst&#232;me. Le monde entrepreneurial a toujours su se d&#233;fendre et d'abord contre ses propres salari&#233;s, comme on peut le constater dans tous les secteurs de la production. Le licenciement des travailleurs (en commen&#231;ant par les syndiqu&#233;s et les &#171; fortes t&#234;tes &#187;) et le management sans m&#233;nagement des &#171; ressources humaines &#187; n'est pas le signe que le syst&#232;me &lt;i&gt;&#171; arrive en bout de course &#187;&lt;/i&gt; mais au contraire le signe qu'il fonctionne normalement, c'est-&#224;-dire conform&#233;ment &#224; sa logique, sans &#233;tat d'&#226;me et sans entrave, et qu'il poursuit imperturbablement sa course. Peut-&#234;tre cette course fr&#233;n&#233;tique finira-t-elle par rentrer dans un mur. Mais ce genre de mur, c'est comme les pyramides d'&#201;gypte : il faut mobiliser les masses pour l'&#233;difier, et pas seulement la bonne volont&#233; de quelques individus isol&#233;s, si h&#233;ro&#239;ques, brillants et g&#233;n&#233;reux soient-ils, comme je m'honore d'en avoir quelques-un(e)s pour ami(e)s parmi les journalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, la population des journalistes forme une population &#171; moyenne &#187; qui est n&#233;e et vit du syst&#232;me et entend y rester. Son l&#233;gitimisme, mot savant pour d&#233;signer sa fascination et son respect petit-bourgeois pour le pouvoir &#233;tabli des grands bourgeois, la rend inapte aux luttes sociales, je veux dire pour d'autres objectifs que la d&#233;fense de sa niche fiscale ou d'une pr&#233;tendue &#171; libert&#233; de la presse &#187; (qui n'est rien d'autre que le droit des journalistes &#224; faire ce qu'ils veulent et pas du tout le droit du public &#224; &#234;tre vraiment inform&#233;), etc. C'est pourquoi les mobilisations journalistiques sont assez d&#233;risoires, comme en t&#233;moignent encore ces jours-ci les remous &#224; France T&#233;l&#233;vision qui se soldent, une fois de plus, par le vote d'une &#171; motion de d&#233;fiance &#187; des personnels envers la hi&#233;rarchie, et ce, &#224; la suite du renvoi d'un journaliste qui va, n'en doutons pas, continuer &#224; gagner son tr&#232;s confortable salaire en jouant au petit caporal dans un autre JT. Une motion de d&#233;fiance ! La Direction en tremble encore ! Mais ces journalistes sont contents, ils ont administr&#233; la preuve qu'ils sont des &#234;tres libres. Libres de quoi ? &lt;i&gt;&#171; De sucer des bonbons &#224; la menthe &#187;&lt;/i&gt;, comme dirait Erri De Luca.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Pour un service public de l'information&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Comptoir : &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Comment d&#233;coloniser le journalisme de la pens&#233;e lib&#233;rale ? Existe-t-il des moyens concrets de le faire &#224; l'&#233;chelle d'un &#201;tat (une proposition port&#233;e par le programme de la France insoumise de Jean-Luc M&#233;lenchon, par ailleurs) ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Accardo&lt;/strong&gt; : Une fois encore, en cette ann&#233;e 2017, le pays se retrouve en campagne &#233;lectorale. Plut&#244;t que le pays d'ailleurs, ce sont les m&#233;dias institutionnels de toute nature (y compris les instituts de sondage) qui se sont mobilis&#233;s et tournent maintenant &#224; plein r&#233;gime pour effectuer la mise en sc&#232;ne &#171; d&#233;mocratique &#187; de la com&#233;die &#224; grand spectacle que sont les &#233;lections l&#233;gislatives. Les cuisines r&#233;dactionnelles surexcit&#233;es s'activent quotidiennement pour nous mijoter, &#224; grand renfort d'articles et d'&#233;missions, la ratatouille de ce qu'elles appellent &#171; l'information &#187;. Puisque ce sont les journalistes et leurs employeurs qui ont la haute main sur l'&#233;laboration des menus, on peut leur faire confiance pour ne jamais y faire figurer un v&#233;ritable d&#233;bat national sur l'&#233;tat scandaleux de l'information de presse dans notre pays et sur les voies pour y rem&#233;dier. Gageons qu'aucun candidat &#171; s&#233;rieux &#187; ne se hasardera &#224; aborder de lui-m&#234;me la question, tant est forte la crainte de s'ali&#233;ner la presse. Pourtant, entre autres maux majeurs ruinant notre sant&#233; d&#233;mocratique, il y a l'&#233;tat dans lequel se trouve l'information telle qu'elle est confisqu&#233;e aujourd'hui par les grands m&#233;dias de presse et leurs journalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient donc, au lieu de nous pourl&#233;cher du plat qu'ils nous servent, de mettre au contraire les pieds dedans. La situation actuelle de la grande presse d'information (&#233;crite et audio-visuelle) est caract&#233;ris&#233;e par la perte de toute autonomie r&#233;elle par rapport au pouvoir politique et aux puissances d'argent. L'h&#233;t&#233;ronomie des m&#233;dias d'information a deux ensembles de causes : d'une part la privatisation des moyens de production de l'information (avec la financiarisation, la concentration et la d&#233;pendance par rapport &#224; la publicit&#233;) ; d'autre part les structures de la personnalit&#233; journalistique (ethos professionnel, mentalit&#233;s et dispositions profondes socialement incorpor&#233;es). Le premier ensemble de causes est g&#233;n&#233;ralement le mieux et parfois le seul aper&#231;u par la plupart de ceux qui r&#233;fl&#233;chissent aux rem&#232;des &#224; apporter &#224; la situation pr&#233;sente. Certains proposent par exemple de r&#233;actualiser, en leur apportant les adaptations et les prolongements n&#233;cessaires, la philosophie et les d&#233;cisions adopt&#233;es &#224; la Lib&#233;ration par le l&#233;gislateur, dont le projet initial de d&#233;mocratisation de la presse devait malheureusement &#234;tre vite enterr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi qu'une telle d&#233;marche non seulement continue &#224; s'imposer mais encore qu'elle ne doit pas s'arr&#234;ter &#224; des demi-mesures. Si &#224; la Lib&#233;ration d&#233;j&#224;, les r&#233;formateurs issus de la R&#233;sistance se pr&#233;occupaient l&#233;gitimement de combattre la concentration des titres entre les mains de groupes priv&#233;s, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; faut-il aujourd'hui abattre la puissance tentaculaire des v&#233;ritables &#171; empires &#187; qui se sont constitu&#233;s. Il importe donc de d&#233;truire ceux-ci par l'expropriation et une l&#233;gislation anti-monopole favorisant le d&#233;veloppement d'une presse ind&#233;pendante et non lucrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il importe aussi de s'attaquer plus fondamentalement &#224; la privatisation des moyens de production (y compris de celle des biens symboliques comme la culture et l'information), qui est &#224; la racine de la soumission des m&#233;dias au pouvoir de l'argent. C'est l&#224; une condition indispensable &#224; l'instauration, en principe et en fait, du droit &#224; l'information, dans tous les domaines, comme un droit fondamental du citoyen, sur le m&#234;me plan et au m&#234;me titre que le droit &#224; l'instruction, &#224; la sant&#233;, etc. Un &#201;tat r&#233;ellement d&#233;mocratique doit se porter garant de l'&#233;gal acc&#232;s &#224; l'information pour tous les citoyens sans discrimination, tant comme utilisateurs (&#234;tre inform&#233;s) que comme producteurs (informer les autres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire qu'il incombe &#224; la collectivit&#233; de se doter d'un v&#233;ritable service public de l'information et de financer la satisfaction de ce besoin fondamental de la vie en d&#233;mocratie, comme elle finance l'instruction, la sant&#233; ou la s&#233;curit&#233; publiques. On ne peut pas se r&#233;clamer de l'id&#233;al d&#233;mocratique et laisser la production et la diffusion de ce bien symbolique vital qu'est l'information &#224; la merci des app&#233;tits et des man&#339;uvres mercantiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne servirait strictement &#224; rien de financer &#224; grands frais un service public de l'information si on laissait la responsabilit&#233; de son fonctionnement et de sa gestion au m&#234;me genre de personnel journalistique qui occupe aujourd'hui les postes du pr&#233;tendu &#171; service public &#187; ou qui peuple les r&#233;dactions des grands m&#233;dias. Il n'y a malheureusement pas grand-chose &#224; retenir de l'actuel syst&#232;me de recrutement, de formation et de gestion du personnel journalistique des diff&#233;rents secteurs institutionnels. Le r&#233;sultat le plus constant des m&#233;canismes actuels est de confier les r&#234;nes des appareils m&#233;diatiques &#224; une caste largement coopt&#233;e et acquise &#224; l'ordre capitaliste, celle-l&#224; m&#234;me qu'on a pu d&#233;crire comme &lt;a href=&#034;http://boutique.monde-diplomatique.fr/les-nouveaux-chiens-de-garde.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Les nouveaux chiens de garde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e, d'origine majoritairement bourgeoise, truste les postes de direction et de responsabilit&#233; ; elle encadre et exploite, pour le compte des actionnaires, une arm&#233;e docile d'ex&#233;cutants que ni sa sociologie, ni sa formation, ni sa philosophie, ni son statut de plus en plus pr&#233;caire ne pr&#233;disposent &#8211; &#224; l'exception, &#231;&#224; ou l&#224;, de courageux groupes de r&#233;fractaires et d'&#238;lots valeureux de r&#233;sistance &#8211; &#224; combattre l'ali&#233;nation des m&#233;dias par l'argent et la connivence politique avec tous les courants de droite et de gauche du n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une v&#233;ritable information de service public exige un type nouveau de journalisme, en rupture avec le mod&#232;le cher aux &#233;coles de journalisme actuelles (de statut public ou priv&#233;). Celles-ci ne sont que des officines de placement pilot&#233;es par le march&#233; de l'emploi, c'est-&#224;-dire par le st&#233;r&#233;otype professionnel correspondant aux besoins des entreprises de presse. D&#251;ment format&#233;s dans cette perspective, les journalistes sont pouss&#233;s, pour la plupart, &#224; des fins publicitaires de massification et de manipulation de leur cible (lectorat, audience), &#224; produire et diffuser l'information caricaturale et putassi&#232;re que nous connaissons aujourd'hui et dont la critique n'est plus &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un journalisme de service public digne de ce nom implique la mise en place de fili&#232;res de formation qui, contrairement &#224; celles d'aujourd'hui, recrutent davantage d'&#233;l&#232;ves issus des classes populaires et dispensent, par l'interm&#233;diaire d'enseignants qualifi&#233;s, un enseignement &#224; la fois universitaire et technologique de haut niveau. Celui-ci devrait avoir pour finalit&#233; de faire acqu&#233;rir aux &#233;tudiant(e)s non seulement la ma&#238;trise des technologies de l'information mais en m&#234;me temps et surtout le niveau &#233;lev&#233; de culture g&#233;n&#233;rale et aussi de conscience civique et de souci du bien public sans lesquels l'exercice du m&#233;tier ne peut plus ob&#233;ir qu'&#224; des ambitions carri&#233;ristes m&#233;diocres et d&#233;g&#233;n&#233;rer finalement en contribution, d&#233;lib&#233;r&#233;e ou non, au maintien technocratique de l'ordre id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'obtention d'une telle comp&#233;tence ins&#233;parablement intellectuelle et &#233;thique devrait d&#233;boucher sur des emplois stables et d&#233;cemment r&#233;mun&#233;r&#233;s, avec une gestion des carri&#232;res analogue &#224; celle de la fonction publique, sur la base des seules aptitudes et des seuls m&#233;rites av&#233;r&#233;s, seul moyen de soustraire, dans le principe, les parcours professionnels &#224; l'arbitraire des copinages, du client&#233;lisme et du n&#233;potisme qui r&#232;gne pr&#233;sentement. Cela supposerait, en outre, l'instauration d'une autorit&#233; de tutelle et d'instances de contr&#244;le &#233;lues dans lesquelles seraient d&#233;mocratiquement repr&#233;sent&#233;es toutes les composantes de la profession (y compris bien s&#251;r les syndicats), qui auraient pour t&#226;che principale de faire &#233;tablir des contrats de travail non abusifs, et de faire respecter par tous des r&#232;gles de d&#233;ontologie aujourd'hui bafou&#233;es par le journalisme de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; ceux qui s'inqui&#232;tent de ce que deviendrait dans un tel cadre la libert&#233; de conscience des &#171; fonctionnaires &#187; de l'information, on peut r&#233;pondre qu'on ne voit pas en quoi cette libert&#233; de conscience serait plus menac&#233;e que celle des agents en service dans les administrations publiques existantes, par exemple celle d'un professeur de philosophie ou d'histoire dans l'exercice normal de sa fonction dans l'&#201;ducation nationale. L'emprise de l'&#201;tat sur l'information n'est n&#233;faste que lorsque l'&#201;tat est lui-m&#234;me sous la coupe du Capital et qu'il cautionne l'id&#233;ologie bourgeoise dominante. Et il est piquant de voir que, sous pr&#233;texte de ne pas attenter &#224; la pr&#233;tendue libert&#233; du journalisme, on s'accommode de ce qu'un journalisme acoquin&#233; avec le pouvoir politique, asservi &#224; la finance et impr&#233;gn&#233; de lib&#233;ralisme &#233;tend son emprise sur le monde intellectuel, alors qu'au contraire ce qui peut subsister de journalisme critique est condamn&#233; &#224; la marginalit&#233; et au d&#233;p&#233;rissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans une double r&#233;forme conjointe des structures objectives et des structures de subjectivit&#233;, il est vain d'esp&#233;rer d&#233;mocratiser des m&#233;dias qui sont devenus, dans leur substance m&#234;me, des piliers essentiels de la ploutocratie r&#233;gnante. On aimerait savoir ce qu'en pensent nos candidats d&#233;fenseurs de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les articles publi&#233;s sous forme de &#171; tribune &#187; n'engagent pas collectivement l'association Acrimed, mais seulement leurs auteurs dont nous ne partageons pas n&#233;cessairement toutes les positions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les sous-titres et la pr&#233;sentation sont d'Acrimed.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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