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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Un m&#233;dia populaire est-il possible ? L'exp&#233;rience de Radio Lorraine C&#339;ur d'acier</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Un-media-populaire-est-il-possible-L-experience-de-Radio-Lorraine-Coeur-d-acier</link>
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		<dc:date>2015-06-26T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ingrid Hayes</dc:creator>


		<dc:subject>Radios associatives</dc:subject>
		<dc:subject>Quelles propositions ?</dc:subject>
		<dc:subject>Quartiers populaires</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un entretien avec l'historienne Ingrid Hayes.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Les-medias-et-les-quartiers-populaires-" rel="directory"&gt;Les m&#233;dias et les quartiers populaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Quelles-propositions-+" rel="tag"&gt;Quelles propositions ?&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Quartiers-populaires-+" rel="tag"&gt;Quartiers populaires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Suite de la mise en ligne du dossier du &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article4620.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;num&#233;ro 15 de notre magazine trimestriel &lt;i&gt;M&#233;diacritique(s)&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, consacr&#233; aux rapports entre les m&#233;dias et les classes populaires, apr&#232;s la publication il y a deux semaines &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article4691.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;de l'article d'introduction&lt;/a&gt; et, la semaine derni&#232;re, &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article4693.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'un article du sociologue Vincent Goulet&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ingrid Hayes est historienne, associ&#233;e au Centre d'histoire sociale du XXe&#8239;si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ingrid Hayes est auteure notamment de l'article &#171; Les limites d'une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle revient dans cet entretien sur l'exp&#233;rience de Radio Lorraine C&#339;ur d'acier (LCA), initialement lanc&#233;e par la CGT en mars&#8239;1979 et qui durera un peu plus d'un an. Dans le contexte des luttes ouvri&#232;res contre le d&#233;mant&#232;lement de la sid&#233;rurgie lorraine, LCA a pr&#233;tendu constituer un v&#233;ritable m&#233;dia populaire, posant dans la pratique toutes les questions relatives &#224; l'appropriation populaire des m&#233;dias.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_7515 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH241/Capture_d_ecran_2015-06-25_a_16-36-13-d5448.png?1727257402' width='500' height='241' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Pourrais-tu revenir dans un premier temps sur le contexte &#8211; sociopolitique, m&#233;diatique, local &#8211; qui a rendu possible Radio Lorraine C&#339;ur d'Acier (LCA) ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Radio Lorraine C&#339;ur d'acier &#233;met, dans sa forme initiale, du mois de mars&#8239;1979 au mois de juillet&#8239;1980. Elle est issue d'un double contexte. C&#244;t&#233; m&#233;dias, la bataille pour la lib&#233;ralisation des ondes est en cours depuis 1977, avec le d&#233;veloppement de ce qu'il est convenu d'appeler le mouvement des radios libres. Les organisations de la gauche politique et syndicale ne se d&#233;sint&#233;ressent pas de cette mobilisation. Elles h&#233;sitent cependant sur la mani&#232;re de traduire ces aspirations, &#233;tant notamment majoritairement hostiles &#224; la fin du monopole d'&#201;tat sur la radiodiffusion. Le PCF r&#234;ve de radios municipales mais n'ose franchir le pas de l'ill&#233;galit&#233;. La CGT, dot&#233;e d'un r&#233;cent secteur &#171; propagande &#187;, est &#233;galement en pleine r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre&#8239;1978, l'histoire des radios libres croise celle de la sid&#233;rurgie, &#224; Denain et, surtout, Longwy. Dans cette enclave mono-industrielle, les ma&#238;tres de forge se sont assur&#233; le monopole sur la main-d'&#339;uvre, emp&#234;chant le d&#233;veloppement d'autres activit&#233;s que la sid&#233;rurgie. Celle-ci est d&#233;j&#224; en crise depuis plus de 15 ans. Malgr&#233; une succession de plans de reconversion, elle est d&#233;class&#233;e au niveau mondial, et se retrouve en &#233;tat de faillite, au point que l'&#201;tat en prend le contr&#244;le et organise progressivement le d&#233;mant&#232;lement. En 1978, on annonce 21 500 suppressions d'emplois dont 6 500 &#224; Longwy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis qu'Usinor &#171; frappe Longwy &#224; mort &#187; et qu'une large mobilisation s'organise, la CFDT locale riposte en lan&#231;ant SOS Emploi, une radio clandestine, dont la diffusion est assez confidentielle mais qui a un tr&#232;s fort impact symbolique. C'est le moment pour la CGT de concr&#233;tiser le projet qui &#233;tait rest&#233; dans les tiroirs : les dirigeants conf&#233;d&#233;raux y sont favorables et les militants locaux souhaitent disposer de leur propre outil face &#224; la concurrence de la petite CFDT. L'occasion est donn&#233;e par la pr&#233;paration d'une manifestation nationale pr&#233;vue &#224; Paris le 23&#8239;mars 1979.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Radio Lorraine C&#339;ur d'acier est lanc&#233;e le 16&#8239;mars. Avec une dur&#233;e de vie pr&#233;visible de quelques semaines seulement, elle a pour vocation d'amplifier la mobilisation pour le 23, et de renforcer le rayonnement de la CGT. Celle-ci y investit des moyens consid&#233;rables, techniques (un &#233;metteur de 600 watts &#8211; ce qui permet une diffusion sur un rayon de plusieurs dizaines de kilom&#232;tres&#8239;&#8211; achemin&#233; discr&#232;tement depuis l'Italie) et humains (l'attribution &#224; la radio de deux journalistes professionnels, tous deux collaborateurs de la CGT et du PCF et ayant d&#233;j&#224; go&#251;t&#233; &#224; l'aventure des radios libres, Jacques Dupont et Marcel Trillat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut toutefois noter que la radio s'ins&#232;re de mani&#232;re d&#233;cal&#233;e dans la mobilisation : apr&#232;s la marche sur Paris du 23&#8239;mars, celle-ci entre dans une phase descendante. LCA va toutefois lui survivre, et, symboliquement, la prolonger au-del&#224; de la d&#233;faite, scell&#233;e le 24&#8239;juillet 1979. Ce d&#233;calage chronologique n'est pas sans cons&#233;quence sur l'&#233;volution de la radio, tant du point de vue de l'animation (les ouvriers, m&#234;me syndicalistes, sont retourn&#233;s travailler) que de celui du contenu.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Cette exp&#233;rience est souvent pr&#233;sent&#233;e comme l'exemple d'un m&#233;dia populaire, en un double sens : un m&#233;dia &#224; destination des classes populaires et donnant la parole aux classes populaires. Tu montres d'ailleurs que, dans une certaine mesure, LCA est effectivement parvenue &#224; construire un lien &#233;troit avec les classes populaires. Est-ce que tu pourrais pr&#233;ciser la nature et les formes de ce lien ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Radio Lorraine C&#339;ur d'acier est ind&#233;niablement un m&#233;dia populaire, dans le double sens &#233;voqu&#233;. C'est justement le double sens qui lui donne sa singularit&#233; : le monde ne manque pas de m&#233;dias &#224; destination des classes populaires. L'aspect le plus surprenant r&#233;side dans le fait qu'elles soient partie prenante de la conception, de l'animation, et qu'elles aient la possibilit&#233; de se l'approprier. Ce lien intrins&#232;que est d'abord assur&#233; par le biais syndical, nationalement et localement, mais il prend bien vite une autre ampleur, avec l'int&#233;gration dans l'&#233;quipe d'animation et dans le cercle des habitu&#233;s d'individus parfois n&#233;o-militants ou dont l'appartenance politique et syndicale n'avait qu'une traduction militante tr&#232;s faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une part non n&#233;gligeable du lien &#233;tait appuy&#233;e sur la conviction que LCA &#233;tait &#171; leur radio &#187;, capable de transcrire et relayer la mobilisation et de d&#233;crire fid&#232;lement les conditions de la vie quotidienne. Cette conviction elle-m&#234;me reposait sur la r&#233;alit&#233; concr&#232;te de l'acc&#232;s &#224; la parole permis par la radio. Celle-ci appliquait en effet le principe du direct permanent. Un t&#233;l&#233;phone &#233;tait branch&#233; dans le studio et qui voulait s'exprimer pouvait le faire &#224; tout moment, modifiant le d&#233;roulement de l'&#233;mission en cours. Ainsi, la parole n'est pas seulement d&#233;l&#233;gu&#233;e &#224; des repr&#233;sentants politiques et syndicaux charg&#233;s de porter haut le verbe ouvrier et populaire et les revendications de la mobilisation en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux-l&#224; animaient et s'exprimaient &#233;videmment, mais ils n'en avaient pas le monopole. Enfin, la conception de la grille des programmes &#233;tait adapt&#233;e &#224; l'appropriation populaire d&#233;crite. Peu &#224; peu se sont mis en place des rendez-vous quotidiens ou hebdomadaires, mais il n'y eut jamais de grille fixe et contraignante, et une bonne partie du temps d'antenne est constitu&#233; d'&#233;changes improvis&#233;s au gr&#233; des demandes, des visites dans le studio ou de l'actualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Au-del&#224; de cet aspect fluctuant de la programmation, qu'en est-il en termes de contenu : est-ce que LCA se distinguait nettement des radios traditionnelles ? Quelles &#233;taient les &#233;missions embl&#233;matiques, qui ont construit l'identit&#233; de LCA et est-ce que les th&#233;matiques li&#233;es au monde ouvrier, ou plus largement &#224; l'univers des classes populaires, &#233;taient centrales ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;voquais des rendez-vous qui se sont progressivement mis en place. Le premier d'entre eux avait lieu quotidiennement, en matin&#233;e. Il s'agissait d'une revue de presse, pr&#233;par&#233;e sur place par les journalistes et les autres animateurs pr&#233;sents, pendant qu'&#224; l'antenne on diffusait de la musique. Une fois l'&#233;mission commenc&#233;e, les interventions et &#233;changes portaient sur les articles s&#233;lectionn&#233;s en amont, notamment dans le quotidien r&#233;gional, &lt;i&gt;Le R&#233;publicain lorrain&lt;/i&gt;. Dans les premi&#232;res semaines, ces &#233;missions ont un contenu revendiqu&#233; de critique des m&#233;dias, le pr&#233;texte initial &#233;tant le caract&#232;re extr&#234;mement discutable et limit&#233; du traitement de la mobilisation en faveur du maintien de la sid&#233;rurgie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les acteurs s'en souviennent ainsi, sans doute avec quelque exag&#233;ration : ils ont appris &#224; d&#233;coder les ressorts manipulatoires utilis&#233;s dans les m&#233;dias, cessant totalement, au passage, de regarder la t&#233;l&#233;vision, puisqu'ils avaient enfin &#171; leur m&#233;dia &#187;. Cette dimension de critique des m&#233;dias s'est progressivement affaiblie, laissant la place &#224; une revue de presse plus classique dans sa forme, tout en demeurant critique, et tenant lieu d'&#233;mission &#233;ditoriale. La part &#233;ducative ne dispara&#238;t cependant pas, r&#233;activ&#233;e notamment en cas de d&#233;bat interne &#224; la sph&#232;re c&#233;g&#233;to-communiste. Les journalistes font alors le choix de croiser et confronter les sources, se fondant sur L'Humanit&#233; mais aussi d'autres quotidiens. C'est notamment le cas en ce qui concerne les atteintes &#224; la d&#233;mocratie dans les &#171; d&#233;mocraties populaires &#187;, et, surtout, au moment de l'invasion de l'Afghanistan par l'URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viennent ensuite les rendez-vous hebdomadaires. Les &#233;missions culturelles sont de celles-l&#224;, anim&#233;es par des enseignants (&#233;missions litt&#233;raires, historiques), des passionn&#233;s animateurs d'une association locale (&#233;missions de jazz), des &#233;tudiants (autres &#233;missions musicales). &#192; premi&#232;re vue, cette part des programmes distingue peu LCA des radios locales qui se sont d&#233;velopp&#233;es apr&#232;s la lib&#233;ralisation des ondes, voire m&#234;me des radios g&#233;n&#233;ralistes nationales. Il faut cependant garder &#224; l'esprit que ces &#233;missions anim&#233;es par des aficionados prenaient une signification commune donn&#233;e par les journalistes, qui avaient &#224; c&#339;ur de transmettre une &#171; bonne &#187; culture au peuple ali&#233;n&#233; par les m&#233;dias dominants. Cette dimension avait donc directement &#224; voir avec la radio populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, qu'il s'agisse de la revue de presse ou des &#233;missions culturelles, on est avant tout dans le registre de l'&#233;ducation du peuple, et assez peu dans celle d'une valorisation des cultures populaires. L'&#233;mission intitul&#233;e &#171; La parole aux immigr&#233;s &#187; avait &#233;galement lieu toutes les semaines, le dimanche. Elle avait une sp&#233;cificit&#233; extr&#234;mement rare et pr&#233;cieuse : anim&#233;e presque exclusivement par des animateurs eux-m&#234;mes immigr&#233;s, elle avait partiellement lieu en langue arabe. C'est sans doute la principale &#171; auto-production ouvri&#232;re &#187; de la radio. La plupart des syndicalistes investis dans l'animation des &#233;missions &#233;taient originaires d'Afrique du Nord et en g&#233;n&#233;ral de la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration. D'autres strates de l'immigration &#233;taient &#233;galement repr&#233;sent&#233;es, notamment l'italienne, mais dans une moindre mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une r&#233;gion o&#249; les diff&#233;rentes vagues migratoires ont largement contribu&#233; &#224; constituer le mouvement ouvrier, cette &#233;mission traduisait aussi les difficult&#233;s de la CGT &#224; s'implanter dans les couches de l'immigration la plus r&#233;cente, et ses tentatives pour rem&#233;dier &#224; ce probl&#232;me d'implantation. &#171; La parole aux immigr&#233;s &#187; &#233;tait l'occasion de d&#233;noncer les mesures gouvernementales favorisant le retour des immigr&#233;s dans leur pays d'origine pour faciliter le d&#233;mant&#232;lement de la sid&#233;rurgie, mais elle permettait aussi d'&#233;voquer les conditions de vie et de travail des Maghr&#233;bins, notamment dans les foyers Sonacotra. J'&#233;voquerai une derni&#232;re &#233;mission r&#233;guli&#232;re (non hebdomadaire celle-l&#224;), intitul&#233;e &#171; Pass&#233;-pr&#233;sent &#187;, durant laquelle un individu, souvent militant exp&#233;riment&#233;, venait raconter son parcours. Mais, rappelons-le encore, l'essentiel du temps est occup&#233; par des &#233;missions improvis&#233;es et des d&#233;bats impromptus, au gr&#233; des visites et de l'actualit&#233;. Cette part de souplesse permettait par exemple que trouvent &#224; s'exprimer des femmes, souvent non salari&#233;es et n&#233;o-militantes, m&#234;me si cette expression est loin d'&#234;tre dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il y a bien une sp&#233;cificit&#233; du contenu. C'est d'une part une radio militante, marqu&#233;e par une forte dimension d'&#233;ducation populaire. Elle a en outre permis l'expression des classes populaires dans leur diversit&#233;. Il faut noter qu'en revanche les th&#233;matiques li&#233;es au travail, aux usines, &#224; la sid&#233;rurgie prennent une place extr&#234;mement limit&#233;e, et ceux qui sont sollicit&#233;s sur ce terrain le font pour &#233;voquer leur pass&#233; plus que leur pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7516 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/LCA.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH724/LCA-c44b0.jpg?1727257402' width='500' height='724' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Peux-tu &#234;tre plus pr&#233;cise sur la place prise &#224; la radio par des groupes domin&#233;s au sein du monde ouvrier (femmes, travailleurs immigr&#233;s) mais aussi revenir sur le r&#244;le des journalistes dans le fonctionnement de LCA ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le premier aspect est sans conteste le fait que les groupes domin&#233;s aient pris une place tout court. C'est assez rare pour &#234;tre signal&#233;. Les femmes des classes populaires sont par exemple, en plusieurs occasions, parvenues &#224; imposer un cours singulier aux &#233;missions, surprenant m&#234;me les journalistes pourtant experts de la gestion des discussions &#224; l'antenne. Une &#233;mission a particuli&#232;rement marqu&#233; les esprits. Portant sur l'h&#244;pital local, elle devait permettre un &#233;change entre m&#233;decins, personnel soignant et auditeurs. Elle est devenue un plaidoyer contre les conditions d'accouchement dans cet &#233;tablissement, d&#233;crites par des auditrices au t&#233;l&#233;phone avec force d&#233;tails, face &#224; un pouvoir m&#233;dical d&#233;sarm&#233;, et des journalistes qui peinent &#224; faire revenir les &#233;changes sur les rails pr&#233;vus. Pour l'anecdote, on notera d'ailleurs que dans la m&#233;moire collective de la radio, l'&#233;mission est associ&#233;e non &#224; l'accouchement mais &#224; l'avortement, en vertu des repr&#233;sentations dominantes de la maternit&#233; ici malmen&#233;es&#8230; Il est &#233;galement arriv&#233; que des auditrices remettent en cause le consensus id&#233;ologique, portant un discours favorable &#224; la peine de mort ou contre les &#171; assist&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, les situations exceptionnelles &#233;voqu&#233;es ne doivent pas masquer des donn&#233;es plus g&#233;n&#233;rales. On peut distinguer trois cat&#233;gories de femmes, deux d'entre elles appartenant au monde ouvrier : au d&#233;but de l'aventure, des femmes syndicalistes (pour la plupart salari&#233;es du commerce et du textile) sont actives &#224; l'antenne, organisant des d&#233;bats portant sur &#171; la condition des femmes &#187;. La radio attire &#233;galement des femmes non salari&#233;es, &#233;pouses de sid&#233;rurgistes, sans exp&#233;rience militante pr&#233;alable, et des femmes issues des classes moyennes intellectuelles, &#233;tudiantes et enseignantes principalement. Si les deux derniers groupes sont progressivement int&#233;gr&#233;s dans l'&#233;quipe d'animation, les &#233;missions consacr&#233;es aux femmes disparaissent avec les syndicalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, aux femmes non salari&#233;es et n&#233;o-militantes &#233;choient pour l'essentiel des t&#226;ches d'intendance. Lorsque les tensions s'aggravent, &#224; la fin de l'exp&#233;rience, elles s'expriment aussi entre les femmes syndicalistes qui ont d&#233;sert&#233; la radio &#224; la fin de la mobilisation et les femmes non salari&#233;es qui, en acceptant une position subalterne &#224; la radio, perturbent l'identit&#233; militante des premi&#232;res. Cela dit, paradoxalement, ce sont les femmes non salari&#233;es et n&#233;o-militantes chez lesquelles l'aventure radiophonique a provoqu&#233; les plus profonds bouleversements, dans un sens &#233;mancipateur. On pourrait d&#233;tailler de m&#234;me les contradictions qui marquent la place prise par les immigr&#233;s maghr&#233;bins, pour l'essentiel cantonn&#233;s &#224; l'animation de l'&#233;mission &#171; La parole aux immigr&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, les journalistes ont un r&#244;le absolument central. Ils assurent le lien entre les diff&#233;rents groupes et sous-groupes en pr&#233;sence, mais dans le cadre d'une h&#233;g&#233;monie culturelle pr&#233;existante qu'ils confirment. Comme transfuges de classe (les deux principaux journalistes sont issus de milieu modeste, non ouvrier, et appartiennent &#224; la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration qui acc&#232;de aux &#233;tudes sup&#233;rieures), ils entretiennent un rapport ambivalent &#224; la culture, se faisant le relais des normes dominantes dans leur volont&#233; de transmettre au monde ouvrier &#171; une bonne culture &#187;, tout en valorisant une &#171; culture populaire &#187; assez &#233;vanescente, en opposition &#224; une culture de masse sur laquelle ils portent un jugement tr&#232;s n&#233;gatif, qui s'exprime par exemple lors d'un instant vol&#233; qui n'aurait pas d&#251; figurer dans les sources&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ADSS, 4AV/889, 30/5/79.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : Marcel Trillat, dont le micro n'a malencontreusement pas &#233;t&#233; coup&#233;, s'adresse au technicien qui vient de lancer un morceau de Claude Fran&#231;ois, alors qu'un premier morceau de vari&#233;t&#233; se termine tout juste. Il lui demande d'assumer ses responsabilit&#233;s en dissuadant les auditeurs lorsqu'ils demandent ce type de musique, parce que ce n'est &#171; que de la merde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journalistes reconstituent en outre &#224; la radio un groupe de pairs, issus des classes moyennes intellectuelles, qui fonctionne parall&#232;lement &#224; celui des animateurs ouvriers et syndicalistes normalement charg&#233;s de la radio. Mais ils sont indispensables : en leur absence, la radio n'aurait pas eu les m&#234;mes dimensions, le m&#234;me ancrage ni la m&#234;me dur&#233;e. Ils sont la condition de l'exp&#233;rience, m&#234;me s'ils contribuent aussi &#224; la borner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la radio constitue une exp&#233;rience extraordinaire, permettant l'expression d'un monde ouvrier divers, mais elle n'a pas de vertus magiques. Les rapports de domination sont pour certains nomm&#233;s, condamn&#233;s, mais jamais suspendus. Cet aspect est &#233;videmment peu surprenant. Ce qui l'est davantage, c'est le fait que le groupe ouvrier, dans un bassin mono-industriel largement domin&#233; par le prol&#233;tariat sid&#233;rurgique du point de vue de sa composition sociale, au sein d'une radio lanc&#233;e par la CGT et au c&#339;ur d'une mobilisation ouvri&#232;re, ne soit pas davantage &#224; la man&#339;uvre, ni du point de vue du contenu ni du point de vue de l'animation. C'est dire la force des dominations. C'est dire aussi le r&#244;le des organisations du mouvement ouvrier qui servaient pour ainsi dire de boucliers. Ainsi, la reprise en main de LCA par la CGT en juillet&#8239;1980 constitue en un sens une revanche : la CGT agit ici comme un collectif de domin&#233;s, qui s'affronte dans le cas d'esp&#232;ce &#224; des alli&#233;s de classe et utilise ses moyens (avec toute la brutalit&#233; dont elle est capable) pour r&#233;tablir l'&#233;quilibre mis &#224; mal par l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ingrid Hayes&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ingrid Hayes est auteure notamment de l'article &#171; &lt;a href=&#034;http://www.cairn.info/revue-actes-de-la-recherche-en-sciences-sociales-2013-1-page-84.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les limites d'une m&#233;diation militante&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Actes de la recherche en science sociales&lt;/i&gt;, 2013, n&#176;&#8239;196-197.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ADSS, 4AV/889, 30/5/79.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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