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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Quels m&#233;dias pour les classes populaires ? </title>
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		<dc:date>2015-06-15T04:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Vincent Goulet</dc:creator>


		<dc:subject>Quartiers populaires</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pourquoi les classes populaires se tournent-elles plus volontiers vers &lt;i&gt;Le Parisien&lt;/i&gt;, TF1 ou encore RTL plut&#244;t que vers &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, Arte ou &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Les-medias-et-les-quartiers-populaires-" rel="directory"&gt;Les m&#233;dias et les quartiers populaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Quartiers-populaires-+" rel="tag"&gt;Quartiers populaires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Suite de la mise en ligne du dossier du &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article4620.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;num&#233;ro 15 de notre magazine trimestriel &lt;i&gt;M&#233;diacritique(s)&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, consacr&#233; aux rapports entre les m&#233;dias et les classes populaires, apr&#232;s la publication la semaine derni&#232;re &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article4691.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;de l'article d'introduction&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi les classes populaires pr&#233;f&#232;rent-elles les m&#233;dias de la domination aux m&#233;dias qui la d&#233;noncent ? Vincent Goulet, sociologue des m&#233;dias et des classes populaires, nous propose une explication et des pistes de r&#233;flexion pour qui voudrait &#171; redonner la parole au peuple &#187;, que nous publions ici sous forme de &#171; tribune &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les articles publi&#233;s sous forme de &#171; tribune &#187; n'engagent pas collectivement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pourquoi les classes populaires se tournent-elles plus volontiers vers &lt;i&gt;Le Parisien&lt;/i&gt;, TF1 ou encore RTL plut&#244;t que vers &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, Arte ou &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; ? Pourquoi privil&#233;gient-elles les m&#233;dias commerciaux, d&#233;tenus par des groupes industriels ou d'&lt;i&gt;entertainment&lt;/i&gt;, qui d&#233;fendent si bien les int&#233;r&#234;ts des groupes dominants et parlent si mal d'elles-m&#234;mes ? L'explication selon laquelle le public, cire molle soumise &#224; la propagande du capital et de ses valets journalistes, serait perverti et d&#233;tourn&#233; des vraies questions politiques et sociales est un peu courte. La sociologie de la r&#233;ception a remis en cause depuis longtemps la th&#233;orie des &#171; effets forts &#187; des m&#233;dias et les explications m&#233;canistes qui en d&#233;coulent (le r&#233;sultat du r&#233;f&#233;rendum de 2005 sur le Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en devrait pourtant avoir affranchi les plus fervents tenants du &#171; complot m&#233;diatique &#187;). Certes, bien des journalistes et &#233;ditocrates jouent de mani&#232;re int&#233;ress&#233;e ou complaisante les chiens de garde ; certes, les effets de cadrage des m&#233;dias dominants sur la construction des probl&#232;mes publics sont r&#233;els ; mais comment expliquer que le &#171; peuple &#187; s'accommode si bien d'&#233;couter la &#171; voix de son ma&#238;tre &#187; ? Ne faut-il pas tenter de saisir d'une autre fa&#231;on qu'en termes de domination le rapport entre peuple et m&#233;dias ?&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Les multiples usages sociaux des m&#233;dias
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que laisse accroire l'histoire r&#233;trospective et autoc&#233;l&#233;brante du journalisme officiel (la lente marche vers la libert&#233; de la presse depuis les Lumi&#232;res jusqu'&#224; la R&#233;publique), les m&#233;dias d'information n'ont pas pour seul r&#244;le d'apporter des &#233;l&#233;ments, si possible v&#233;rifi&#233;s et &#171; objectifs &#187;, &#224; la construction des opinions personnelles. Leurs usages quotidiens sont bien plus larges. Ils sont distinctifs, au sens de Pierre Bourdieu, car en choisissant et en affichant sa pr&#233;f&#233;rence pour un journal ou une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision, on se classe socialement. Ils sont aussi expressifs et normatifs : &#224; travers ses commentaires du spectacle du monde, acquiescements ou indignations, chacun peut r&#233;affirmer et transmettre &#224; ses proches (famille, amis ou coll&#232;gues) ses valeurs et sa vision de la vie en soci&#233;t&#233;. Ils sont &#171; identitaires &#187;, dans la mesure o&#249; le positionnement par rapport aux informations m&#233;diatiques est une forme de r&#233;assurance sur soi-m&#234;me, de sa place dans l'ordre du monde, qui permet la &#171; pers&#233;v&#233;rance dans l'&#234;tre &#187;. Ils sont aussi d'ordre cathartique, dans le sens o&#249; le r&#233;cit m&#233;diatique des infractions &#224; l'ordre du monde (accidents, crimes, catastrophes naturelles, etc.) permet de mettre &#224; distance, de g&#233;rer psychiquement la perspective ind&#233;passable de la perte de ses proches et celle de son propre tr&#233;pas. Ainsi, &#224; travers les m&#233;dias, ceux qui sont &#171; au bas de l'&#233;chelle sociale &#187; parviennent &#224; all&#233;ger au moins symboliquement les effets de la domination qu'ils subissent au quotidien, en exprimant par exemple leur indignation face aux injustices, par des &#171; coups des gueules &#187; envers les &#171; gros &#187; et les &#171; &#233;lites &#187;, ou encore en composant avec les al&#233;as d'une existence soumise &#224; la pr&#233;carit&#233; &#224; travers les faits divers&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans M&#233;dias et classes populaires, r&#233;&#233;dit&#233; en poche (INA &#201;ditions), j'ai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut reconna&#238;tre que ces usages sociaux (on pourrait dire ces fonctions sociales, si l'on reconna&#238;t aux m&#233;dias la capacit&#233; de r&#233;pondre de mani&#232;re syst&#233;mique &#224; des besoins sociaux) sont beaucoup mieux pris en charge par les m&#233;dias commerciaux que par les m&#233;dias de gauche &#224; vis&#233;e &#233;mancipatrice. Ces derniers, pr&#233;occup&#233;s par l'ambition d'offrir une analyse critique et argument&#233;e de la soci&#233;t&#233;, de d&#233;voiler les m&#233;canismes souvent complexes de domination, privil&#233;gient la d&#233;monstration rationnelle et en oublient les autres dimensions du discours m&#233;diatique, sans doute plus triviales mais ch&#232;res aux classes populaires. Un &#171; effet de champ &#187; oriente les journalistes les plus &#224; gauche vers un microcosme o&#249; se croisent d'autres r&#233;dacteurs de m&#233;dias critiques mais aussi des universitaires, des essayistes, des responsables d'organisations citoyennes ou politiques, autant d'agents aupr&#232;s desquels ils doivent tenir leur rang pour continuer d'exister selon la logique intellectuelle et scientifique propre &#224; cet espace.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;La force des &#171; id&#233;es re&#231;ues &#187;
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;dias commerciaux n'ont pas cette contrainte, leur objectif &#233;tant au contraire de maximiser leur audience quitte &#224; recourir aux st&#233;r&#233;otypes et aux raccourcis cognitifs les plus &#233;l&#233;mentaires &#8211; le propre des &#171; id&#233;es re&#231;ues &#187; &#233;tant de ne pas trop remettre en cause les routines de pens&#233;e des r&#233;cepteurs. L'habilet&#233; de TF1, M6, RMC, du &lt;i&gt;Parisien&lt;/i&gt; et de quelques autres est de s'appuyer sur le sens commun et de cultiver l'ambigu&#239;t&#233; pour r&#233;pondre aux besoins psychologiques et sociaux pr&#233;sent&#233;s rapidement plus haut sans mettre r&#233;ellement en discussion publique les interpr&#233;tations possibles des repr&#233;sentations et discours qu'ils produisent. Comme dans tout espace de production de biens culturels, les acteurs du champ m&#233;diatique sont en lutte pour d&#233;finir les &#233;v&#233;nements dignes d'&#234;tre trait&#233;s, leur hi&#233;rarchie, les mots l&#233;gitimes pour en rendre compte, etc. Dans ce processus commun et conflictuel, se construisent les r&#232;gles qui permettent l'autonomie, au moins relative, du champ. Or, la participation des journalistes des r&#233;dactions commerciales &#224; ce conflit de d&#233;finition n'est plus explicite, ni reli&#233;e &#224; des normes professionnelles plus ou moins partag&#233;es, mais indirecte, dans la mesure o&#249; ils se situent non plus dans le registre de l'information (dont le but est d'&#234;tre discut&#233;e politiquement) mais du &#171; spectacle &#187;, entendu au sens de Guy Debord, comme repr&#233;sentation ind&#233;pendante qui &lt;i&gt;&#171; &#233;chappe &#224; l'activit&#233; des hommes, &#224; la reconsid&#233;ration et &#224; la correction de leurs &#339;uvres &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guy Debord, La soci&#233;t&#233; du spectacle, 1967.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'objectif des r&#233;dactions des m&#233;dias commerciaux est de faire &#233;cho &#224; ce fonds inconscient (et n&#233;anmoins historicis&#233;) qui serait donn&#233; en partage &#224; tout individu, r&#233;alisant ainsi en pratique la formule de Adorno : &lt;i&gt;&#171; Tout le bruit silencieux qui r&#233;sonne depuis toujours dans nos r&#234;ves, les gros titres des journaux lui font &#233;cho quand nous sommes &#233;veill&#233;s &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Theodor Adorno, Minima Moralia, 1951.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour donner un exemple de cette production d'information &#171; spectaculaire &#187;, une analyse d'un journal t&#233;l&#233;vis&#233; de 20 h de TF1 (par exemple celui du 2 mars 2015) permet de saisir sur quels sch&#232;mes, c'est-&#224;-dire sur quelles &lt;i&gt;&#171; cat&#233;gories interm&#233;diaires entre la perception et l'entendement &#187;&lt;/i&gt;, sur quels &#171; socles interpr&#233;tatifs &#187;, les reportages diffus&#233;s s'appuient, tout en s'exon&#233;rant de la mise en discussion politique. Le journal de Gilles Bouleau, comme un service qui encha&#238;ne les bons petits plats au t&#233;l&#233;spectateur, parvient &#224; &#233;voquer de mani&#232;re factuelle des sujets &#233;conomiques, soci&#233;taux et g&#233;opolitiques particuli&#232;rement importants sans jamais se risquer &#224; un d&#233;but d'analyse, chaque t&#233;l&#233;spectateur restant libre de projeter sur les images (toujours soign&#233;es) et leurs commentaires (toujours mesur&#233;s) son propre syst&#232;me de valeur et sa propre vision du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant ce JT, il aura &#233;t&#233; ainsi possible de fustiger des &#171; puissants &#187; : des administrateurs d'une s&#233;curit&#233; sociale &#171; complexe &#187;, des m&#233;decins qui apparaissent peu g&#233;n&#233;reux face &#224; la g&#233;n&#233;ralisation du tiers payant, des multinationales de la distribution d'eau qui coupent impitoyablement le robinet &#224; des pauvres, des &#171; instances europ&#233;ennes &#187; qui se m&#234;lent de tout et m&#234;me de l'&#233;ducation de nos enfants en voulant interdire la fess&#233;e. Ce fort recours au &#171; sch&#232;me hi&#233;rarchique &#187;, &#224; partir de l'opposition entre les &#171; petits &#187; et les &#171; gros &#187;, ne s'appuie sur aucune analyse des profits et de la logique des profits mise en place par ces &#171; puissants &#187;. La s&#233;paration entre ce qui est platement montr&#233; et la prise de conscience qui pourrait en d&#233;couler est renforc&#233;e par la focalisation sur la dimension normative : tr&#232;s vite, le commentaire se rabat sur un registre moral, par exemple sur les limites qu'il convient d'imposer aux conduites individuelles afin de &#171; lutter contre les abus &#187;, sujet in&#233;puisable des discussions populaires et reli&#233; au &#171; sch&#232;me d'&#233;quit&#233; &#187; qui articule les exigences d'ordre et de justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre sujet particuli&#232;rement populaire (le prol&#233;taire &#233;tant &#224; Rome le &lt;i&gt;&#171; citoyen pauvre qui ne compte aux yeux de l'&#201;tat que par ses enfants &#187;&lt;/i&gt;) : les maltraitances subies par les enfants. Deux reportages, disjoints dans le cours de ce JT, les &#233;voquent sans qu'il soit possible de discerner les priorit&#233;s. Le premier pose une &lt;i&gt;&#171; v&#233;ritable question de soci&#233;t&#233; qui concerne des millions de parents ou d'enfants &#187;&lt;/i&gt; : l'usage de la fess&#233;e &#224; des fins &#233;ducatives. Il ne discute pas la l&#233;gitimit&#233; de cette pratique mais se conclut sur une remarque d&#233;stabilisante (&lt;i&gt;&#171; les parents fran&#231;ais devront trouver d'autres solutions pour se faire respecter &#187;&lt;/i&gt;), qui renvoie une fois de plus aux sch&#232;mes hi&#233;rarchiques et d'&#233;quit&#233;. Autre &lt;i&gt;&#171; sujet de soci&#233;t&#233;, tabou et mal connu dont les cons&#233;quences sont souvent destructrices &#187;&lt;/i&gt;, les mineurs victimes de violences sexuelles. Le reportage met l'accent sur le manque de pr&#233;vention, de rep&#233;rage ou de prise en charge de ces violences mais ne brise en rien le &#171; tabou &#187; susnomm&#233; en &#233;vitant soigneusement d'utiliser le mot &#171; inceste &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2000, la DDAS estimait d&#233;j&#224; que 90&#8239;% des s&#233;vices sexuels sur mineurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce v&#233;ritable probl&#232;me de soci&#233;t&#233; (qui toucherait 2 millions de personnes en France) est abord&#233; mais ses termes falsifi&#233;s. Superficiellement mis en contact avec un ph&#233;nom&#232;ne qui le concerne peut-&#234;tre, le spectateur est &#233;gar&#233; dans un traitement journalistique qui prend garde de ne pas choquer l'audience et de pr&#233;server le mod&#232;le familialiste, particuli&#232;rement central dans les milieux populaires.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Une politique de d&#233;politisation
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La falsification qu'entra&#238;ne la volont&#233; de f&#233;d&#233;rer au maximum le public produit des effets que l'on pourrait trouver cocasses : ainsi, &#224; l'occasion de la sortie d'un disque d'hommage cinq ans apr&#232;s sa mort, Jean Ferrat est pr&#233;sent&#233; comme un chanteur &#171; humaniste &#187; et &#171; engag&#233; &#187;, sans que le mot &#171; communiste &#187; ne soit prononc&#233; ! Chacun restera libre de mettre le contenu politique et id&#233;ologique qu'il voudra sur les termes &#233;gren&#233;s dans ce reportage : &#171; libert&#233; &#187;, &#171; France &#187;, &#171; travailleurs &#187;, etc. Le travail d'interpr&#233;tation est totalement laiss&#233; au spectateur sans qu'il soit nourri d'&#233;l&#233;ments d'analyse substantiels et encore moins stimul&#233; par un d&#233;bat contradictoire. Isol&#233; devant sa t&#233;l&#233;vision, il reste n&#233;anmoins actif et passe les messages m&#233;diatiques au filtre de son exp&#233;rience personnelle et de son positionnement social, mais sans qu'une intersubjectivit&#233; ne soit possible en dehors du cercle restreint de ses proches, de fa&#231;on &#224; faire &#233;voluer sa vision du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le JT de TF1 parvient ainsi &#224; mettre en circulation dans l'espace m&#233;diatique des sujets graves, qui touchent au plus profond des existences de chacun, tout en les d&#233;samor&#231;ant pour leur donner un caract&#232;re &#171; f&#233;d&#233;rateur &#187;. En ce sens, il m&#232;ne une politique toute particuli&#232;re de d&#233;politisation, o&#249; le public est consid&#233;r&#233; comme une somme d'individus atomis&#233;s, un agr&#233;gat o&#249; la discussion, m&#234;me imagin&#233;e&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour reprendre les mots de B. Anderson, qui dans son ouvrage L'imaginaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, n'est pas m&#234;me pensable : &lt;i&gt;&#171; Le spectacle r&#233;unit le s&#233;par&#233;, mais il le r&#233;unit en tant que s&#233;par&#233; &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guy Debord, op. cit.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8239;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut d&#233;tailler ici les autres sch&#232;mes sur lesquels s'appuie le discours m&#233;diatique de TF1 : le &#171; sch&#232;me de la fragilit&#233; et de la perte &#187; (ce jour-l&#224; mobilis&#233; &#224; travers le braquage du mus&#233;e de Fontainebleau et la mise au point de drones pour rechercher les victimes d'avalanches), le &#171; sch&#232;me d'enveloppe &#187; (&#224; travers un long reportage sur les coulisses du porte-avions Charles de Gaulle, &lt;i&gt;&#171; le signe le plus tangible, le plus concret de l'engagement de la France dans la guerre contre l'organisation &#201;tat islamique &#187;&lt;/i&gt;, o&#249; l'arm&#233;e est pr&#233;sent&#233;e comme d&#233;vou&#233;e et protectrice). Sans qu'ils d&#233;terminent ou commandent directement les interpr&#233;tations et sans qu'ils ne soient r&#233;ductibles &#224; des id&#233;ologies pr&#233;cises, des visions du monde structur&#233;es ou des comp&#233;tences politiques bien d&#233;termin&#233;es, ces sch&#232;mes peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des &#171; figurations stabilis&#233;es &#187; d'exp&#233;riences individuelles et collectives qui servent de cadre organisateur &#224; l'interpr&#233;tation d'exp&#233;riences ult&#233;rieures ou des messages re&#231;us. Quand il s'adresse &#224; des publics populaires, et quels que soient les objectifs discursifs (politiques, &#233;conomiques, culturels), l'&#233;nonciateur ne peut faire l'impasse sur ces sch&#232;mes, au risque de ne pas &#234;tre entendu, c'est-&#224;-dire de ne pas faire &#233;cho au &#171; bruit silencieux qui r&#233;sonne dans leurs r&#234;ves &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;&#171; Redonner la parole au peuple &#187; ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour lutter contre la rel&#233;gation des classes populaires dans les sous-espaces du champ m&#233;diatique r&#233;gis par les logiques &#233;conomiques, il faudra bien inventer des m&#233;dias &#224; la fois populaires, progressistes et &#233;mancipateurs qui prennent en compte les usages sociaux de ceux qui vivent &#171; au bas de l'&#233;chelle sociale &#187;, des m&#233;dias qui utilisent cette &#171; langue fra&#238;che &#187; et accessible que r&#233;clamait Jules Vall&#232;s, le directeur du &lt;i&gt;Cri du Peuple&lt;/i&gt; &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, des m&#233;dias qui permettent la r&#233;troaction de tous les publics, leurs &#171; coups de gueule &#187; et la confrontation des points de vue, des m&#233;dias qui soient r&#233;solument ancr&#233;s dans des territoires v&#233;cus et non dans des abstractions id&#233;ologiques. &#171; Redonner la parole au peuple &#187; suppose que la m&#233;diatisation des rapports sociaux cesse de se substituer aux rapports sociaux eux-m&#234;mes, que de nouvelles formes de journalisme puissent donner aux membres des classes populaires une image du monde et d'eux-m&#234;mes dans laquelle ils puissent se reconna&#238;tre et par laquelle ils puissent se d&#233;passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; d&#233;faut, l'extr&#234;me droite risque de l'emporter : elle d&#233;veloppe, en m&#234;me temps qu'une critique sommaire des m&#233;dias que l'on trouve parfois aussi, h&#233;las, &#224; gauche, des m&#233;dias &#171; alternatifs &#187; qui se veulent accessibles (voir le succ&#232;s de fdesouche.com et la multiplication des sites de &#171; r&#233;-information &#187; de la n&#233;buleuse d'extr&#234;me droite&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la &#171; r&#233;-information &#187; et la critique des m&#233;dias venue de l'extr&#234;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), elle impose son vocabulaire dans les m&#233;dias g&#233;n&#233;ralistes et jusqu'au discours pr&#233;sidentiel (cf. l'emploi de l'expression &#171; Fran&#231;ais de souche &#187; par Fran&#231;ois Hollande le 23 f&#233;vrier 2015). Mener cette lutte culturelle contre la r&#233;action suppose de combiner la critique des m&#233;dias dominants et l'immersion dans les cadres de vie des membres des classes populaires, pour accompagner leur propre prise de conscience politique, m&#234;me t&#226;tonnante, et d&#233;gager avec elles et eux les chemins de leur propre &#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vincent Goulet&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les articles publi&#233;s sous forme de &#171; tribune &#187; n'engagent pas collectivement l'Association Acrimed, mais seulement leurs auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;M&#233;dias et classes populaires&lt;/i&gt;, r&#233;&#233;dit&#233; en poche (INA &#201;ditions), j'ai tent&#233; de d&#233;tailler tous les usages sociaux de ces biens culturels particuliers que sont les informations m&#233;diatiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Guy Debord, &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt;, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Theodor Adorno, &lt;i&gt;Minima Moralia&lt;/i&gt;, 1951.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 2000, la DDAS estimait d&#233;j&#224; que 90&#8239;% des s&#233;vices sexuels sur mineurs s'exercent dans la sph&#232;re familiale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour reprendre les mots de B. Anderson, qui dans son ouvrage &lt;i&gt;L'imaginaire national&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Imagined Communities. Reflections on the Origin and Spread of Nationalism&lt;/i&gt;, 1983) a tr&#232;s bien montr&#233; le r&#244;le de la presse dans la constitution des groupes nationaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Guy Debord, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la &#171; r&#233;-information &#187; et la critique des m&#233;dias venue de l'extr&#234;me droite, voir le dossier du &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article4546.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;n&#176;14 de &lt;i&gt;M&#233;diacritique(s)&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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