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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Le &#171; populisme &#187; du FN : retour sur une invention m&#233;diatique</title>
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		<dc:date>2015-04-02T04:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Annie Collovald</dc:creator>


		<dc:subject>FN/RN</dc:subject>
		<dc:subject>Jean-Marie Le Pen</dc:subject>
		<dc:subject>Journalisme politique</dc:subject>
		<dc:subject>Marine Le Pen</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien avec Annie Collovald, professeure de sociologie a&#768; l'Universite&#769; de Nantes.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Les-medias-et-le-Front-National-" rel="directory"&gt;M&#233;dias et extr&#234;me droite&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Front-National-+" rel="tag"&gt;FN/RN&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Jean-Marie-Le-Pen-+" rel="tag"&gt;Jean-Marie Le Pen&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-journalisme-politique-+" rel="tag"&gt;Journalisme politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Marine-Le-Pen-+" rel="tag"&gt;Marine Le Pen&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Annie Collovald, professeure de sociologie a&#768; l'Universite&#769; de Nantes, spe&#769;cialiste de la droite et de l'extre&#770;me droite. Elle a notamment e&#769;crit, en 2004, &lt;i&gt;Le &#171; populisme du FN &#187; : un dangereux contresens&lt;/i&gt; (e&#769;ditions du Croquant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
NB : cet entretien a &#233;t&#233; publi&#233; &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article4546.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans l'excellent dossier &#171; m&#233;dias et extr&#234;me-droite &#187; du num&#233;ro 14 de notre magazine &lt;i&gt;M&#233;diacritique(s)&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, que vous pouvez toujours vous procurer &lt;a href=&#034;http://boutique.acrimed.org/55-mediacritiques-au-numero-mediacritiques-n-14.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2004, dans &lt;i&gt;Le &#171; populisme du FN &#187; : un dangereux contresens&lt;/i&gt;, vous montriez notamment que les analyses de&#769;signant les classes populaires comme les principaux soutiens du FN e&#769;taient infonde&#769;es et impre&#769;gne&#769;es de racisme de classe. Pouvez-vous nous pre&#769;ciser quelle&lt;br class='autobr' /&gt;
a e&#769;te&#769; la contribution propre des me&#769;dias, mais aussi d'experts issus de la &#171; science politique &#187;, a&#768; la diffusion de cette ide&#769;e rec&#807;ue du commentaire politique et a&#768; cette image fantasme&#769;e des classes populaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut rappeler que la qualification du FN comme populisme est re&#769;cente et qu'elle ne s'est pas impose&#769;e d'emble&#769;e. Il a fallu du temps et surtout diffe&#769;rentes mobilisations d'interpre&#768;tes de la vie politique pour qu'elle gagne en plausibilite&#769; et en se&#769;rieux, du moins apparent. Son e&#769;vidence d'aujourd'hui a e&#769;te&#769; progressivement construite, au prix d'une double re&#769;orientation des perspectives originelles : celles voyant dans le FN un &#171; fascisme &#187; ou une extre&#770;me droite, et regardant surtout les dirigeants de ce parti (leur parcours politique, leurs relations avec la collaboration sous Vichy puis avec l'OAS, leurs discours racistes, etc.). De&#769;sormais, c'est le lien unissant un chef suppose&#769; charismatique a&#768; des e&#769;lecteurs suppose&#769;s issus majoritairement des classes populaires qui justifie la de&#769;signation de populisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette histoire, les journalistes n'ont pas initialement joue&#769; de ro&#770;le majeur ; ce sont d'abord des &#171; savants &#187; (philosophes politiques, historiens puis politologues) qui, successivement et pour des raisons tenant a&#768; des strate&#769;gies de distinction dans leurs disciplines respectives, ont travaille&#769; a&#768; donner une coloration scientifique a&#768; cette de&#769;nomination. Ils importent d'abord une des de&#769;finitions du populisme ayant cours au sein de l'extre&#770;me droite ame&#769;ricaine a&#768; la fin des anne&#769;es 1970, visant a&#768; donner une apparence populaire et d'e&#769;thique philanthropique a&#768; une entreprise ne&#769;oconservatrice sur le plan e&#769;conomique et politique, pour mieux la pre&#769;senter comme re&#769;volutionnaire et de&#769;stabiliser les conservateurs juge&#769;s de&#769;passe&#769;s. Faire du &#171; populisme &#187; pour cette avant-garde radicale ne consistait pas a&#768; valoriser le peuple, mais a&#768; se servir de lui pour confe&#769;rer un semblant de le&#769;gitimite&#769; sociale a&#768; une cause qui lui est e&#769;trange&#768;re. Inse&#769;re&#769;e dans les de&#769;bats franc&#807;ais, cette fiction inte&#769;resse&#769;e vient ensuite inventer une nouvelle identite&#769; au FN : il ne serait qu'une nouvelle droite, certes un peu radicale mais peu dangereuse, et surtout une droite populaire, la preuve re&#769;sidant non dans des enque&#770;tes empiriques sur le recrutement de ses militants ou dirigeants, mais dans les discours &#171; sociaux &#187; et anti-e&#769;lites tenus par les porte-parole frontistes cense&#769;s subjuguer toutes les victimes de la crise sociale et e&#769;conomique (une ligne&#769;e populiste est me&#770;me e&#769;labore&#769;e &#8211; sur des crite&#768;res de ressemblance lointaine &#8211; pour lui confe&#769;rer un ancrage historique, qui de Boulanger en passant par Poujade, ces he&#769;ros calamiteux, conduirait sans discontinuite&#769;s a&#768; Le Pen). Articles et ouvrages scientifiques se multiplient, dont les journalistes rendent compte, et leurs auteurs sont invite&#769;s dans les colonnes des journaux ou sur les ondes a&#768; pre&#769;senter leurs travaux qui tranchent jusqu'au de&#769;but des anne&#769;es 1990 avec les de&#769;bats politiques continuant a&#768; taxer le FN d'extre&#770;me droite honteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une e&#769;tape va e&#770;tre franchie et la fiction va gagner son (pauvre) re&#769;alisme quand, a&#768; partir des anne&#769;es 1990, des politologues inspire&#769;s par le &#171; populisme du FN &#187; de&#769;couvrent, sur la foi de sondages e&#769;lectoraux, un &#171; fait &#187; extraordinaire : ce seraient les classes populaires (ouvriers, employe&#769;s, cho&#770;meurs) qui voteraient Le Pen. Que cette affirmation rec&#807;oive de multiples de&#769;mentis, qu'elle soit moins une avance&#769;e scientifique qu'un e&#769;chafaudage sans the&#769;orie ni fondement autre que des pre&#769;juge&#769;s n'empe&#770;che rien. La boucle est boucle&#769;e, le mot a trouve&#769; sa recette. Le &#171; populisme &#187; attire d'abord le populaire, son e&#769;tymologie ne renvoie-t-elle d'ailleurs pas au &#171; peuple &#187; ? Rien d'e&#769;tonnant d'ailleurs a&#768; ce que, selon le discours me&#769;diatique dominant, un parti indigne rallie surtout les fractions sociales les plus ille&#769;gitimes socialement : par manque de diplo&#770;me et de ressources e&#769;conomiques, elles auraient une cre&#769;dulite&#769; re&#769;ceptive aux the&#768;ses frustes et simplistes du FN, a&#768; l'inverse bien su&#770;r des plus e&#769;duque&#769;s et des plus riches prote&#769;ge&#769;s par leur haute culture de toute adhe&#769;sion a&#768; des ide&#769;es xe&#769;nophobes ou intole&#769;rantes. Le FN devient alors le premier parti ouvrier en France, et le substitut du Parti communiste. La&#768;, les journalistes (et surtout les e&#769;ditorialistes) retrouvent leurs marques avec l'usage des sondages et leurs commentaires. Ils ne diffusent plus simplement si l'on peut dire une &#171; information scientifique &#187;, ils en exploitent eux- me&#770;mes les possibilite&#769;s : faire des &#171; scoops &#187; a&#768; re&#769;pe&#769;tition, multiplier les papiers sensationnels (&#171; Me&#769;lenchon-Le Pen : le match des populismes &#187;, &#171; Et si c'e&#769;tait Marine Le Pen &#187; et dernier en date &#171; Marine Le Pen : personnalite&#769; politique de l'anne&#769;e 2014 &#187;), et les prises de positions indigne&#769;es, avancer des explications renversantes offrant a&#768; moindre cou&#770;t un renouvellement de l'actualite&#769; politique : apre&#768;s &#171; les gens d'en bas &#187;, &#171; ceux de la de&#769;sespe&#769;rance sociale &#187;, voici la &#171; France pe&#769;riphe&#769;rique &#187;, &#171; la France d'a&#768; co&#770;te&#769; &#187;...&lt;br class='autobr' /&gt;
&#65532;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Comment expliquer que la cate&#769;gorie de &#171; populisme &#187; ait pu s'imposer avec une telle force d'e&#769;vidence parmi les journalistes politiques, comme la seule (ou presque) cate&#769;gorie pertinente tant pour interpre&#769;ter les succe&#768;s e&#769;lectoraux du FN que pour de&#769;nigrer les classes populaires, accuse&#769;es de voter uniforme&#769;ment pour le Front national ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs raisons a&#768; cela. Me&#770;me si les journalistes (du moins un grand nombre d'entre eux) ont contribue&#769; a&#768; la rendre e&#769;vidente, et d'abord a&#768; leurs propres yeux, en recourant a&#768; des sondages, se&#769;lectionnant leurs &#171; re&#769;sultats &#187;, extrapolant des interpre&#769;tations et des commentaires peu fonde&#769;s, mais terriblement efficaces par leur simplicite&#769;... Ils n'ont cependant pas joue&#769; seuls : des &#171; savants &#187;, des hommes politiques, des intellectuels se sont progressivement rallie&#769;s a&#768; cette vision d'un FN &#171; populiste &#187;, re&#769;activant et cre&#769;ant des relations d'e&#769;changes et de reconnaissance croise&#769;s, ce qui a pour effet de fermer le pensable et le dicible sur ce parti. C'est aussi que le recrutement des e&#769;ditorialistes qui s'ope&#768;re de plus en plus dans les hauteurs sociales les a fait entrer dans le &#171; cercle des importants &#187;, dont ils partagent les ide&#769;es et les humeurs. Proches des responsables politiques de droite et de gauche, des conseillers en communication, des sondeurs qu'ils fre&#769;quentent dans les me&#770;mes lieux de sociabilite&#769; et de formation, ils sont e&#769;loigne&#769;s des groupes populaires sur lesquels ils portent souvent un regard moral fait de commise&#769;ration et de de&#769;ploration : ce qu'autorise le &#171; populisme &#187;, qui permet un jeu de bascule entre injure, indignation et plainte pour ses &#171; victimes &#187;, dont la &#171; souffrance sociale &#187; n'est pas entendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjoncture intellectuelle et politique se pre&#770;te en outre tout particulie&#768;rement a&#768; une telle distance morale avec les groupes populaires justifiant tous les abandons passe&#769;s et futurs : les groupes populaires n'ont plus tellement de de&#769;fenseurs collectifs affiche&#769;s susceptibles de contrebalancer les jugements e&#769;mis (le PCF est a&#768; la de&#769;rive, le PS s'adresse de&#769;sormais aux classes supe&#769;rieures... et si le Front de gauche a re&#769;cemment fait du &#171; peuple &#187; sa cause,le FN a e&#769;te&#769; le seul depuis les anne&#769;es 1990 a&#768; se revendiquer vrai parti &#171; populiste &#187; s'adressant aux groupes populaires), les politiques sociales mises en &#339;uvre viennent attester publiquement de la de&#769;gradation sociale et symbolique des groupes populaires (&#171; mauvais pauvres &#187; tous tricheurs, menteurs, a&#768; surveiller de pre&#768;s et a&#768; sanctionner tre&#768;s vite au moindre faux pas).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout la lutte politique s'est transforme&#769;e depuis une vingtaine d'anne&#769;es et re&#769;organise&#769;e sur un mode virtuel, sous l'effet, entre autres, de la re&#769;orientation de tous les partis sur les enjeux e&#769;lectoraux et de l'usage intensif des sondages hors e&#769;lections et pendant celles- ci. Elle tend ainsi de plus en plus a&#768; se fermer sur elle-me&#770;me, a&#768; e&#770;tre sous l'emprise des calculs e&#769;lectoraux et des &#171; gens qui comptent &#187; (instituts de sondage, patronat, par exemple). Du coup, la seule re&#769;alite&#769; qui me&#769;rite d'e&#770;tre prise en charge est celle qui occupe les unes de la presse ou des sondages et les conversations en ville et non celle qu'e&#769;prouvent au quotidien les plus de&#769;munis. On comprend que le ve&#769;ritable proble&#768;me a&#768; re&#769;soudre pour la de&#769;mocratie, c'est moins le FN en tant que tel (surtout qu'il se serait de&#769;diabolise&#769;) que ces groupes populaires naturellement enclins au &#171; pire &#187; si l'on n'y prend garde (ce qu'invite spontane&#769;ment a&#768; penser le populisme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;En affichant, plus ou moins ouvertement, leur me&#769;pris du FN et surtout de ses e&#769;lecteurs, assimile&#769;s a&#768; une foule d'arrie&#769;re&#769;s emporte&#769;s par le ressentiment social et envou&#770;te&#769;s par le verbe du chef charismatique, pensez-vous que les journalistes ou pre&#769;sentateurs-intervieweurs, bien que parfois since&#768;rement oppose&#769;s aux the&#768;ses frontistes, aient pu favoriser ses succe&#768;s politiques actuels ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quels succe&#768;s s'agit-il ? Pour les succe&#768;s e&#769;lectoraux, j'en doute, mais ce serait trop long a&#768; expliquer. Succe&#768;s politiques, dans le sens ou&#768; le FN a gagne&#769; en le&#769;gitimite&#769;, est devenu un acteur central autour duquel la compe&#769;tition politique doit s'organiser, ou&#768; ses ide&#769;es tendent a&#768; devenir des opinions ou des prises de position comme les autres, tre&#768;s certainement, mais pour toutes les raisons que j'ai e&#769;voque&#769;es plus haut. Le FN serait d'ailleurs aujourd'hui presque aux portes du pouvoir... Quel meilleur indicateur de ce succe&#768;s dans les repre&#769;sentations que cette ide&#769;e qui court du PS a&#768; l'UMP que tout se joue pour la de&#769;mocratie en termes de valeurs et non en termes d'e&#769;galite&#769; sociale et e&#769;conomique, de lutte contre les injustices ve&#769;cues, de participation de tous a&#768; la de&#769;finition du souhaitable et de&#769;sirable en socie&#769;te&#769; ? C'est ainsi une vision purement normative de la de&#769;mocratie qui s'impose et qui sert le jeu du FN : son destin ne se jouerait que lors des e&#769;lections et non dans le cours ordinaire de la compe&#769;tition politique, que par la pre&#769;sence d'extre&#770;mes et non dans les retournements, atermoiements, compromis qui s'ope&#768;rent chez les acteurs centraux du jeu politique, ce qui e&#769;vite d'interroger le comportement des e&#769;lites sociales, e&#769;conomiques, me&#769;diatiques et politiques, les relations qui s'e&#769;tablissent entre elles au-dela&#768; des frontie&#768;res partisanes (bien affaiblies depuis plusieurs anne&#769;es) comme leurs fre&#769;quentations, leur passage d'un parti a&#768; l'autre, leurs emprunts ide&#769;ologiques, et les disculpe de la monte&#769;e des intole&#769;rances et des ine&#769;galite&#769;s voire du retournement autoritaire qui atteint la de&#769;mocratie dans ses re&#768;gles pratiques et juridiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Cette cate&#769;gorie de &#171; populisme &#187; est parfois utilise&#769;e dans les me&#769;dias pour disqualifier d'autres formations politiques, situe&#769;es a&#768; l'oppose&#769; du spectre politique (a&#768; la gauche du PS). Selon quelles logiques peut-on pre&#770;ter le me&#770;me autoritarisme, ou le me&#770;me ressentiment social, a&#768; des militants qui combattent pourtant souvent frontalement les the&#768;ses frontistes et a&#768; des e&#769;lecteurs qui lui sont ge&#769;ne&#769;ralement hostiles ? N'est- ce pas la&#768; une version euphe&#769;mise&#769;e de la cate&#769;gorie fourre-tout de &#171; totalitarisme &#187;, visant a&#768; pre&#769;senter fascisme et communisme comme deux fre&#768;res jumeaux, tous deux ennemis de &#171; la de&#769;mocratie &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les usages actuels du &#171; populisme &#187; fonctionnent effet a&#768; l'inventaire a&#768; la Pre&#769;vert, la poe&#769;sie en moins et les intentions politiques en plus : Chirac, Berlusconi, Sarkozy, Tapie, Cresson, Cha&#769;vez, Le Pen, Haider, Fortuyn, Bove&#769;, Lula, Me&#769;lenchon, tous des populistes. L'ide&#769;e que les &#171; extre&#770;mes &#187; se rejoignent n'est vraiment pas nouvelle, c'est une des strate&#769;gies pour disqualifier les organisations de gauche, mais aussi pour rehausser en dignite&#769; des organisations honteuses, et l'on pourrait dire que c'est une des topiques de l'ide&#769;ologie re&#769;actionnaire mise en avant par A. Hirschman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Deux Sie&#768;cles de rhe&#769;torique re&#769;actionnaire, Fayard, 1991.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le &#171; totalitarisme &#187; s'y est en effet employe&#769;, mais, a&#768; la diffe&#769;rence du populisme, la notion e&#769;tait tre&#768;s complexe a&#768; manier et a&#768; argumenter, et elle a suscite&#769; de tre&#768;s vives controverses a&#768; la fois scientifiques et politiques qui en ont fait un mot peu cre&#769;dible. Le populisme, lui, raccourcit et simplifie tre&#768;s bien les argumentations, le mot maintenant suffit a&#768; expliquer (et a&#768; injurier) et e&#769;conomise la de&#769;monstration en s'e&#769;pargnant des enque&#770;tes autres que de fac&#807;ade et sur les fac&#807;ades (l'image, le ton, le style des leaders). Pas d'ide&#769;ologie avec lui, c'est juste un engouement de tous les laisse&#769;s pour compte de la modernisation e&#769;conomique pour un chef charismatique dont le charisme et le statut de leader inconteste&#769; d'ailleurs n'ont pas besoin non plus d'e&#770;tre prouve&#769;s, il suffit de regarder et d'e&#769;couter le &#171; chef &#187; et tout est clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, du moins dans ses usages actuels, la qualification de populisme appauvrit la re&#769;flexion et le raisonnement, et est tre&#768;s efficace pour produire des jugements et des stigmatisations sous couvert de constats. De&#768;s lors, elle autorise a&#768; peu pre&#768;s n'importe quels rapprochements, rapprochements historiques ou internationaux au me&#769;pris de toute contextualisation me&#770;me rapide (quels rapports entre Boulanger au XIXe sie&#768;cle et Le Pen dans les anne&#769;es 1990 ? entre Cha&#769;vez au Ve&#769;ne&#769;zuela et Le Pen en France ?), rapprochements politiques : on avait de&#769;ja&#768; eu droit au &#171; gaucholepe&#769;nisme &#187; puis a&#768; &#171; l'ouvrie&#769;rolepe&#769;nisme &#187;, au &#171; trotskolepe&#769;nisme &#187;, maintenant a&#768; Me&#769;lenchon-Le Pen me&#770;me combat. Si en plus cela permet de faire &#171; fun &#187; en cre&#769;ant du &#171; buzz &#187;, que demander de plus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;A&#768; en croire de nombreux journalistes, tous me&#769;dias confondus, depuis son arrive&#769;e a&#768; la te&#770;te du FN en 2011, Marine Le Pen aurait entrepris la &#171; de&#769;diabolisation &#187; du parti d'extre&#770;me droite. Ne faut-il pas chercher les raisons du succe&#768;s politique de cette entreprise dans le fait que cette &#171; de&#769;diabolisation &#187; avait e&#769;te&#769; engage&#769;e de&#768;s les anne&#769;es 1980 par l'emploi et la diffusion dans les me&#769;dias de la cate&#769;gorie de &#171; populisme &#187;, puisque celle-ci venait se substituer a&#768; des caracte&#769;risations faisant du FN l'he&#769;ritier du fascisme historique ou du re&#769;gime de Vichy ? Par ailleurs, comment ce nouveau sche&#769;ma interpre&#769;tatif d'un FN normalise&#769; s'articule-t-il avec la cate&#769;gorisation en termes de &#171; populisme &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De&#769;diabolisation aujourd'hui, notabilisation hier : de&#768;s les premiers emplois du &#171; populisme &#187; pour de&#769;signer le FN, il s'agissait bien de montrer que le parti frontiste des anne&#769;es 1980 n'e&#769;tait plus du fascisme ou une extre&#770;me droite au passe&#769; sulfureux. C'e&#769;tait une nouvelle droite radicale et populaire. Le FN avait change&#769;, il e&#769;tait en rupture de filiation (celle qui s'invente alors enjambe l'e&#769;pisode vichyssois pour aller directement au XIXe sie&#768;cle !). C'est du moins cette repre&#769;sentation que les premiers, philosophes et historiens, a&#768; en faire usage tentaient d'imposer. Par sa participation aux e&#769;lections, le FN se serait &#171; acclimate&#769; &#187; a&#768; la de&#769;mocratie, et serait devenu un parti de notables certes a&#768; la fre&#769;quentation un peu de&#769;sagre&#769;able, mais qui n'auraient plus rien a&#768; voir avec les affreux des anne&#769;es pre&#769;ce&#769;dentes. Un danger certes, mais vraiment tre&#768;s peu se&#769;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les saillies verbales des de&#769;pute&#769;s frontistes de 1986 a&#768; 1988 ont un peu e&#769;branle&#769; cette image. Dans les anne&#769;es 1990, de&#769;placement de perspectives : le FN est bien un populisme, et le danger qu'il incarne pour la de&#769;mocratie tiendrait au fait qu'il serait &#171; trop de&#769;mocratique &#187;, qu'il voudrait donner &#171; trop de place au peuple &#187;. En clair, il serait de&#769;mocratique, mais il prendrait trop au se&#769;rieux la de&#769;mocratie ! Une de&#769;mocratie trop de&#769;mocratique est le ve&#769;ritable proble&#768;me, mieux vaudrait une de&#769;mocratie sans le peuple (qui, si on le laisse agir, fait et dit n'importe quoi) ou, du moins, avec un peuple fortement contro&#770;le&#769; voire re&#769;duit a&#768; e&#770;tre une simple instance acclamative des e&#769;lites e&#769;claire&#769;es... comme cela se passe dans les re&#769;gimes autoritaires. Le discours sur la &#171; normalisation &#187; du FN &#8211; qui n'est pas si accepte&#769; que cela &#8211; n'est pas contradictoire avec cette repre&#769;sentation, bien au contraire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dirigeants frontistes ne font que leur job de responsables politiques, ils jouent des repre&#769;sentations ; le risque vient du &#171; peuple &#187;, c'est lui le proble&#768;me. Se cre&#769;e ainsi une ve&#769;ritable incompre&#769;hension de ce qu'est le FN : pas plus populiste que populaire, banalise&#769;, notabilise&#769;, nationaliste, il s'agit, si peu que l'on observe ce que ses discours font a&#768; la re&#769;alite&#769;, d'une extre&#770;me droite qui exerce non pas &#171; la pre&#769;fe&#769;rence nationale &#187; comme ses dirigeants l'invoquent et les commentateurs le rappellent a&#768; satie&#769;te&#769;, mais le &#171; de&#769;nationalisme &#187; qui transforme des nationaux en immigre&#769;s pour toujours et pratique le double langage en profitant de son insertion dans le jeu politique pour faire passer (avec un succe&#768;s certain) son ide&#769;ologie anti-re&#769;publicaine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Deux Sie&#768;cles de rhe&#769;torique re&#769;actionnaire&lt;/i&gt;, Fayard, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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