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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Vies de pigistes au Liban</title>
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		<dc:date>2013-10-28T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Florence Massena</dc:creator>


		<dc:subject>Journalisme pr&#233;caire</dc:subject>
		<dc:subject>Liban</dc:subject>
		<dc:subject>Pigistes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Enqu&#234;te sur la pr&#233;carit&#233; de celles et ceux qui nous informent sur les guerres et l'actualit&#233; internationale.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Le-journalisme-precaire-" rel="directory"&gt;Le journalisme pr&#233;caire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Journalisme-precaire-+" rel="tag"&gt;Journalisme pr&#233;caire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Liban-+" rel="tag"&gt;Liban&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Pigistes-+" rel="tag"&gt;Pigistes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'actualit&#233; internationale est bien souvent le parent pauvre de l'information. Non seulement elle rebuterait les t&#233;l&#233;spectateurs qui ignorent souvent tout &#8211; et pour cause&#8230; &#8211; des pays qui se retrouvent plus ou moins r&#233;guli&#232;rement dans l'agenda m&#233;diatique, mais surtout elle co&#251;te cher &#224; couvrir. Le monde est vaste et entretenir un r&#233;seau de correspondants qui permette d'&#234;tre pr&#233;sent dans les principales r&#233;gions de la plan&#232;te pour y produire de l'information de premi&#232;re main de fa&#231;on ind&#233;pendante, est une charge financi&#232;re que les m&#233;dias dominants, soumis &#224; des exigences de rentabilit&#233;, n'acceptent plus d'assumer. Aussi, quand l'actualit&#233; l'exige, ils recourent massivement &#224; des pigistes vivant sur place, d&#233;pendants de la fluctuation de l'app&#233;tence des r&#233;dactions parisiennes pour le pays qu'ils traitent, et de ce fait, soumis &#224; la pr&#233;carit&#233;. Enqu&#234;te, par l'une d'entre eux, sur ces soutiers de l'information internationale. (&lt;i&gt;Acrimed&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.cjr.org/feature/womans_work.php?page=all&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le t&#233;moignage de la journaliste ind&#233;pendante italienne Francesca Borri le 1er juillet dernier&lt;/a&gt; sur son exp&#233;rience de la couverture du conflit syrien a fait couler beaucoup d'encre dans le monde du journalisme. &#192; Beyrouth, tous les pigistes que je connais se sont empress&#233;s de le partager sur Facebook et Twitter, en soutien et en reconnaissance de leur coll&#232;gue. &#192; quelques heures seulement de la rage et des souffrances syriennes, les th&#233;matiques abord&#233;es par l'Italienne retentissent avec force dans le quotidien d'une poign&#233;e d'ind&#233;pendants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;barquant &#224; Beyrouth de Paris, le nombre de pigistes fran&#231;ais vivant dans cette ville peut surprendre, sans compter les arriv&#233;es r&#233;guli&#232;res de &#171; temporaires &#187;, ceux qui viennent en cas d'&#233;v&#233;nement sp&#233;cial ou juste pour quelques mois, apprendre l'arabe et voyager tout en travaillant un peu. Au fil du temps, j'ai appris &#224; conna&#238;tre les &#171; permanents &#187;, ceux qui restent entre un et huit ans, et qui se donnent du mal pour vivre dans de bonnes conditions, malgr&#233; un terrain difficile et un m&#233;tier de plus en plus pr&#233;caire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte de Francesca Borri n'est pas tomb&#233; dans l'oreille de sourds au Liban, o&#249; les pigistes, qu'ils aillent ou non en Syrie, sont confront&#233;s &#224; des r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques difficiles. L&#233;a&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s &#224; la demande des personnes interview&#233;es.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; t&#233;moigne : &#171; &lt;i&gt;Entre mes souvenirs d'enfance des reporters sur le terrain et la r&#233;alit&#233; aujourd'hui, je me rends compte que l'international prend de moins en moins de place dans les r&#233;dactions. En tant qu'ind&#233;pendants nous n'avons pas de salaire fixe, donc nous sommes tout le temps mobilis&#233;s sur le terrain pour ne rien louper et tout comprendre, mais ce travail n'est pas r&#233;mun&#233;r&#233; &#224; sa juste valeur&lt;/i&gt; &#187;. Julie, qui a pu se rendre &#224; ses risques et p&#233;rils en Syrie, arrive parfois &#224; &#234;tre financ&#233;e pour ses reportages : &#171; &lt;i&gt;Cela d&#233;pend de ce qui a &#233;t&#233; convenu auparavant avec les m&#233;dias. Parfois je rentre tout juste dans mes frais, et parfois je fais des b&#233;n&#233;fices et cela m'encourage &#224; continuer &lt;/i&gt; &#187;. Cette derni&#232;re nuance le t&#233;moignage de la pigiste italienne : &#171; &lt;i&gt;On peut se rendre en Syrie pour une courte p&#233;riode, quatre jours sur le terrain &#224; travailler jour et nuit, et &#234;tre accueilli par des familles et des activistes non arm&#233;s. Je pense que les conditions de travail d&#233;pendent en grande partie des zones couvertes, les risques et les co&#251;ts ne sont pas les m&#234;mes&lt;/i&gt; &#187;. Cependant, pas de traitement de faveur pour un journaliste se mettant en danger : &#171; &lt;i&gt;En g&#233;n&#233;ral il n'y a pas de diff&#233;rence de prix pour les zones de guerre, on peut parfois n&#233;gocier en double pige certains reportages risqu&#233;s, mais cela reste rare&lt;/i&gt; &#187;, ajoute Julie. Face aux critiques des r&#233;dactions europ&#233;ennes concernant une prise de risque inutile pour &#234;tre si peu pay&#233;, Karim r&#233;agit : &#171; &lt;i&gt;&#192; ceux qui se demandent pourquoi cette journaliste va dans un pays en guerre pour gagner si peu : pour moi il s'agit davantage de documenter un conflit que de gagner de l'argent&lt;/i&gt; &#187;, m&#234;me si &#171; &lt;i&gt;apr&#232;s huit ans d'&#233;tudes sup&#233;rieures, gagner aux alentours de 1000 euros par mois, quand je vois le temps que je passe &#224; travailler et les risques que je prends parfois, c'est ind&#233;cent&lt;/i&gt; &#187;. De son c&#244;t&#233;, L&#233;a regrette la pr&#233;carit&#233; de sa position : &#171; &lt;i&gt;Nous ne faisons pas le poids. Et du fait de notre statut de pigiste nous n'avons personne pour nous d&#233;fendre dans les r&#233;dactions. Il n'est pas facile de dire &#224; son r&#233;dacteur en chef : je ne travaille plus pour vous. Tu prends le travail qu'on te donne&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pr&#233;carit&#233; au quotidien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si le Liban reste un terrain &#171; chaud &#187; largement couvert par rapport &#224; d'autres zones du monde, la m&#233;diatisation des sujets internationaux a chut&#233; dans les r&#233;dactions fran&#231;aises depuis les ann&#233;es 1980. Comme l'explique le chercheur Olivier Baisn&#233;e, enseignant &#224; Sciences Po Toulouse, &#171; &lt;i&gt;l'un des premiers signes d'une modification du traitement de l'information internationale est la baisse du nombre de correspondants &#224; l'&#233;tranger&lt;/i&gt; &#187;. Ainsi, TF1 n'a plus que cinq bureaux en-dehors de Paris, &#224; J&#233;rusalem, Moscou, Londres, Washington et Rome ; FR3 ne dispose que d'un seul correspondant &#224; Bruxelles, tandis que France 2 maintient dix bureaux &#224; l'&#233;tranger. Les services sp&#233;cialis&#233;s, dont l'international, ont aussi tendance &#224; dispara&#238;tre des r&#233;dactions, par exemple &#224; TF1 depuis 1996, et &#224; France 2 depuis 2003. L'international devient un sujet comme les autres, et ce d&#233;sint&#233;r&#234;t est encourag&#233; par la forte pr&#233;carit&#233; des journalistes &#8211; 39,5 % de journalistes non-employ&#233;s en CDI en 2008 contre 8,5 % en 1975. Karim s'interroge : &#171; &lt;i&gt;Le m&#233;tier de correspondant &#224; l'&#233;tranger est en voie de disparition. Seule Radio France a au Liban un correspondant permanent salari&#233;. Tout le reste des m&#233;dias fran&#231;ais fonctionnent avec des pigistes, les rubriques internationales sont de plus en plus petites. Quel est notre avenir ?&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les salaires mensuels des pigistes au Liban varient selon le type de m&#233;dia pour lequel ils travaillent, la t&#233;l&#233;vision &#233;tant la plus rentable. Les directs t&#233;l&#233; et radio sont des bonus p&#233;cuniaires qu'ils ne refusent pas, que ce soit des appels &#224; 5h du matin ou &#224; seulement dix minutes du passage &#224; l'antenne. Beaucoup de ces journalistes travaillent dans le local pour s'assurer un petit salaire fixe capable de compenser les moments o&#249; les r&#233;dactions ne sont pas int&#233;ress&#233;es par l'actualit&#233; locale, &#224; l'exemple d'&#201;tienne : &#171; &lt;i&gt;J'ai gagn&#233; en moyenne 1500 dollars par mois sur l'ann&#233;e 2013, mais cela peut aller de 700 &#224; 3000 dollars par mois selon l'actualit&#233; et les d&#233;lais de paiements, se partageant &#224; &#233;galit&#233; entre presse libanaise et presse &#233;trang&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, et de L&#233;a : &#171; &lt;i&gt;Les m&#233;dias libanais m'assurent environ 900 dollars par mois puis &#231;a fluctue en fonction de mes collaborations pour la France, pouvant aller jusqu'&#224; plus de 1000 euros suppl&#233;mentaires en cas d'actualit&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des rapports fluctuants avec les r&#233;dactions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on interroge les pigistes fran&#231;ais au Liban, &#224; l'image des comportements d&#233;crits par Francesca Borri, une certaine crispation existe entre eux et les r&#233;dactions fran&#231;aises. &#171; &lt;i&gt;Dans la presse fran&#231;aise, il n'y a parfois pas de retour pour savoir si l'article est bien arriv&#233;. Pour n'importe quel papier command&#233; et non publi&#233;, il faut parfois insister pendant plusieurs mois pour &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233;, ou pour se faire rembourser les frais de fixeur&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; la fois interpr&#232;tes, guides, interm&#233;diaires et logisticiens, les fixeurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;i&gt; Il y a le sentiment d'un deux poids deux mesures, avec les envoy&#233;s sp&#233;ciaux salari&#233;s qui ont des moyens nettement plus importants quand ils se d&#233;placent au Liban&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;nonce un journaliste souhaitant rester anonyme. Pour Charline, le plus frustrant est &#171; &lt;i&gt;quand une news internationale fait les gros titres et qu'on oublie ton pays pour deux ou trois mois, ou quand tu expliques qu'un &#233;v&#233;nement est important et qu'on ne t'&#233;coute pas &lt;/i&gt; &#187;, mais &#171; &lt;i&gt;je ne pense pas que ce soit diff&#233;rent d'&#234;tre pigiste au Liban, aux Bahamas ou &#224; Pavalas-les-Flots, il faut comprendre et cibler ce que les r&#233;dactions cherchent et proposer en fonction&lt;/i&gt; &#187;. Cette crispation est donc &#224; nuancer, comme le d&#233;crit P&#233;n&#233;lope : &#171; &lt;i&gt;Il y a des refus polis, des gens qui t'ignorent, des gens qui ne veulent pas payer et qu'il faut harceler, des comptables qui t'oublient, des r&#233;dactions que &#231;a n'int&#233;resse pas du tout, d'autres un peu moins mais qui se moquent de savoir si tu as engag&#233; des frais pour faire ton reportage&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Tout d&#233;pend des gens. Mais des r&#233;ponses plus r&#233;guli&#232;res, m&#234;me pour refuser une id&#233;e, feraient du bien au moral, histoire de savoir que l'on a tout de m&#234;me &#233;t&#233; lu&lt;/i&gt; &#187;, ajoute-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un certain manque d'empathie est notable de la part des r&#233;dactions parisiennes, &#224; l'image de l'exp&#233;rience de Julie : &#171; &lt;i&gt;Un de mes employeurs m'a demand&#233; de travailler les heures qui suivaient mon retour de Syrie sans se pr&#233;occuper de mon niveau de fatigue et mon &#233;tat moral&lt;/i&gt; &#187;. Cette situation n'est toutefois pas la norme. &#171; &lt;i&gt;La plupart des r&#233;dactions pour lesquelles je travaille sont conscientes des risques. En ce moment je travaille sur un sujet dans une zone sensible du Liban, et le r&#233;dacteur en chef int&#233;ress&#233; par le sujet comprend la situation et ne me force pas &#224; prendre des risques et &#224; aller plus vite que la musique&lt;/i&gt; &#187;, explique L&#233;a. Au final, elle estime que &#171; &lt;i&gt;le plus difficile &#224; g&#233;rer est le d&#233;calage qui existe entre les personnes dans les r&#233;dactions parisiennes, ce qu'elles te demandent de traiter, et la r&#233;alit&#233;. Il faut parfois faire des pirouettes pour arriver &#224; d&#233;crire la situation telle que tu la ressens et non telle qu'on voudrait qu'elle soit&lt;/i&gt; &#187;. Face &#224; cela, Julie a choisi de rester ferme : &#171; &lt;i&gt;Certains tentent d'orienter le reportage avec leurs opinions sans attendre le retour du terrain, mais je ne m'y plie pas quand leur jugement est bien loin de la r&#233;alit&#233; et personne n'a jamais refus&#233; mes travaux&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, les journalistes regrettent un manque de compr&#233;hension de la part des r&#233;dactions fran&#231;aises, notamment en cas de reportage en Syrie : &#171; Je &lt;i&gt;pense que dans leur grande majorit&#233;, jusqu'&#224; ce que les kidnappings se multiplient, les r&#233;dactions n'y voyaient rien de sp&#233;cial. Il m'est arriv&#233; qu'on me commande un papier et qu'&#224; mon retour, je d&#233;couvre que le chef du magazine &#233;tait parti en vacances sans pr&#233;venir personne &#224; la r&#233;daction que j'&#233;tais parti en Syrie&lt;/i&gt; &#187;, raconte Karim. &#192; cela s'ajoute le besoin m&#233;diatique d'aller au plus vite, sans consid&#233;rer les r&#233;alit&#233;s du terrain : &#171; &lt;i&gt;On m'a command&#233; un papier sur un sujet tr&#232;s dangereux avec une deadline d'une semaine ou deux. J'avais l'impression qu'on me demandait de partir aux Bahamas. Comment bien pr&#233;parer son reportage, v&#233;rifier ses sources, ses contacts, puis financer, partir et &#233;crire son reportage en si peu de temps dans un pays en guerre ? Cela t&#233;moigne moins d'un m&#233;pris que d'une m&#233;connaissance profonde du terrain&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;nonce-t-il. Le sociologue Erik Neveu parle du glissement vers un &#171; journalisme de march&#233; &#187; : les aptitudes professionnelles et le r&#244;le civique du journaliste se heurtent aux logiques commerciales qui am&#232;nent les responsables des r&#233;dactions &#224; privil&#233;gier les sujets &#171; faits divers &#187; et &#171; choc &#187;, visuellement marquants, pour gagner l'int&#233;r&#234;t du public, et &#224; consid&#233;rer que des sujets longs et &#171; compliqu&#233;s &#187; le feront fuir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pigiste, un m&#233;tier prenant moralement et physiquement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce climat de travail, les pigistes d&#233;veloppent souvent une certaine fatigue, due notamment au rythme de travail : &#171; &lt;i&gt;Travailler comme journaliste ind&#233;pendant en presse &#233;crite permet tout juste de vivre correctement, mais sans pouvoir r&#233;aliser aucune &#233;conomie ni faire aucun plan d'avenir. En t&#233;l&#233;vision, l'&#233;quation est diff&#233;rente, le m&#233;tier est mieux r&#233;mun&#233;r&#233;, mais les places sont encore plus ch&#232;res que dans la presse &#233;crite. J'imaginais d&#233;j&#224; ces r&#233;alit&#233;s en &#233;cole, mais le vivre sur la dur&#233;e est parfois stressant &lt;/i&gt; &#187;, raconte &#201;tienne. Et quand l'actualit&#233; s'acc&#233;l&#232;re, &#224; l'image de la s&#233;rie d'attentats qu'a connue le Liban en ao&#251;t, les journalistes doivent se mobiliser enti&#232;rement pour couvrir les &#233;v&#233;nements, au d&#233;triment de leur &#233;quilibre : &#171; &lt;i&gt;Les p&#233;riodes o&#249; tu travailles le plus sont aussi les p&#233;riodes les plus difficiles &#224; g&#233;rer personnellement : tu vas sur le terrain, mais tu sais aussi que &#231;a peut affecter ta vie ici&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;taille L&#233;a. &#192; cette fatigue physique et morale s'ajoute aussi l'&#233;motion, &#224; laquelle les journalistes vivant sur le long terme dans un pays ne peuvent &#233;chapper : &#171; &lt;i&gt;Les m&#233;dias se concentrent sur ce qui ne va pas et tu dois essayer de rendre compte de la situation sans exag&#233;rer, mais cela t'affecte, comme le conflit syrien, cette guerre touche des personnes qui me sont proches. Je ne peux pas regarder tout &#231;a avec un regard froid, et ce que je dis est encore plus pes&#233;&lt;/i&gt; &#187;, continue-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fatigue et l'&#233;motion d&#233;crites sont encore plus appuy&#233;es chez les pigistes couvrant les terrains dangereux, comme Julie : &#171; &lt;i&gt;Les tensions sont de plus en plus r&#233;guli&#232;res et cela affecte mon moral parfois, surtout quand il s'agit de reporter des massacres, des attentats et des combats&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Je me rends compte que cela m'affecte. Depuis mon dernier voyage en Syrie et certainement aussi &#224; cause de la situation au Liban qui est loin d'&#234;tre paradisiaque dans certains coins du pays, je fais r&#233;guli&#232;rement des r&#234;ves de bombardements et de course-poursuite. Mais d&#232;s que je me r&#233;veille, tout va bien !&lt;/i&gt; &#187;, s'exclame Karim. Ayant pass&#233; plusieurs ann&#233;es sur place, &#201;tienne s'est habitu&#233; aux urgences s&#233;curitaires libanaises mais &#171; &lt;i&gt;il faut g&#233;rer l'inqui&#233;tude des proches, tout en gardant un &#233;trange sentiment m&#234;l&#233; d'adr&#233;naline et de peur quand il s'agit d'aller sur un terrain dangereux. Je songe m&#234;me &#224; acheter un gilet pare-balles ! Parfois aussi, le fait de faire t&#233;moigner des personnes en d&#233;tresse peut affecter le moral et donner un sentiment d'impuissance&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La passion du terrain avant tout&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue ext&#233;rieur, on serait tent&#233; de conseiller &#224; ces journalistes de rentrer en France, mais c'est ignorer leur passion pour le terrain et pour leur m&#233;tier. Tous sont venus pour des raisons diff&#233;rentes au Liban, que ce soit par amour, par impossibilit&#233; de vivre en Syrie, ou juste par attachement pour le pays. &#171; &lt;i&gt;J'ai choisi de m'installer ici par pulsion, j'aime ce pays&lt;/i&gt; &#187;, raconte Charline, et ce malgr&#233; les difficult&#233;s, comme l'exprime Karim : &#171; &lt;i&gt;Certes je ne roule pas sur l'or, mais je d&#233;couvre une nouvelle soci&#233;t&#233;, des parcours de vie singuliers. Je trouve que je suis chanceux d'avoir v&#233;cu autant de belles rencontres&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Travailler &#224; Paris n'est pas une option pour la plupart des pigistes rencontr&#233;s &#224; Beyrouth : &#171; &lt;i&gt;Je n'ai pas envie d'avoir un boulot de JRI (journaliste reporter d'images) &#224; Paris, car attendre cinq heures sous la pluie que DSK apparaisse pour cinq secondes d'images inutiles ne m'int&#233;resse pas&lt;/i&gt; &#187;, ironise Charline. Un choix professionnel &#233;galement appuy&#233; par L&#233;a : &#171; &lt;i&gt;Le r&#244;le de correspondant &#224; l'&#233;tranger est primordial car tu es sur le terrain, et dans un pays au contexte politique si complexe il faut du temps pour comprendre et pour pouvoir donner des infos les plus fiables possibles&lt;/i&gt; &#187; et P&#233;n&#233;lope : &#171; &lt;i&gt;C'est un choix r&#233;fl&#233;chi et assum&#233;. Je n'ai pas fait ce m&#233;tier pour faire des sujets neige. C'est intellectuellement passionnant et stimulant de travailler ici, et, je l'avoue, quelque peu excitant&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Je resterai pigiste, car c'est aussi une vraie libert&#233;. Je ne sais pas o&#249; je serai, mais s&#251;rement au Moyen-Orient car c'est cette r&#233;gion que je veux couvrir. Je suis consciente des difficult&#233;s du m&#233;tier, mais le statut de pigiste me permet dans une certaine mesure de choisir les sujets que je traite, et de me battre pour faire passer certaines id&#233;es&lt;/i&gt; &#187;, ajoute L&#233;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les relations entre les pigistes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie de pigiste est &#233;galement ponctu&#233;e d'anecdotes, &#224; l'image des r&#233;cits des directs t&#233;l&#233;phoniques en sous-v&#234;tements dans son lit, un caf&#233; &#224; la main, voire dans une sup&#233;rette entre des bouteilles de shampoings et des rouleaux de papiers toilette, ou de reportages finissant en demande en mariage de la part d'un combattant interview&#233;. Pour partager ces histoires et se d&#233;tendre apr&#232;s des moments stressants, les journalistes peuvent compter les uns sur les autres. &#171; &lt;i&gt;Les relations sont bonnes. Ce qui est chouette car cela permet de se serrer les coudes, se refiler des tuyaux, boire des coups et se remonter le moral mutuellement, ce qui est indispensable vu notre situation professionnelle instable, dans un pays pas franchement stable non plus&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;taille P&#233;n&#233;lope. &#171; &lt;i&gt;J'avais entendu tellement d'histoires n&#233;gatives, de comp&#233;tition entre journalistes qui se faisaient des coups bas, que j'ai &#233;t&#233; plut&#244;t tr&#232;s agr&#233;ablement surpris. On est un petit groupe de jeunes journalistes et on s'entraide, cela m'apporte beaucoup humainement et professionnellement&lt;/i&gt; &#187;, rench&#233;rit Karim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce, malgr&#233; la concurrence : &#171; &lt;i&gt;On est nombreux, des fois on aurait bien aim&#233; vendre quelque chose &#224; ce journal ou cette &#233;mission, ce que vient de faire justement notre confr&#232;re ou cons&#339;ur. Il faut se rappeler que les autres ne sont pas l&#224; pour nous tirer dans les pattes, mais que l'on s'en sort mieux en demandant des coups de main&lt;/i&gt; &#187;, estime P&#233;n&#233;lope. Un avis que partage L&#233;a : &#171; &lt;i&gt;Il y a une concurrence c'est certain, car le territoire est tout petit, et la place qui lui est accord&#233;e dans les journaux, hors p&#233;riode de tensions, pas tr&#232;s importante. Mais avec les personnes que je connais vraiment, il y a une vraie solidarit&#233; : on s'&#233;change des contacts, on se donne des conseils, parfois on va sur le terrain ensemble&lt;/i&gt; &#187;. La conscience de leur pr&#233;carit&#233; joue donc un r&#244;le dans les relations qu'entretiennent les journalistes entre eux : &#171; &lt;i&gt;Il y a parfois de l'entraide entre pigistes, m&#234;me si l'on travaille dans des journaux concurrents, que ce soit pour des raisons de s&#233;curit&#233;, ou pour partager des frais de fixeur&lt;/i&gt; &#187;, raconte &#201;tienne. Pour lui, &#171; &lt;i&gt;il y a globalement un respect mutuel entre les pigistes fran&#231;ais, et il est rare que les uns marchent sur les plates-bandes des autres&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Florence Massena&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s &#224; la demande des personnes interview&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; la fois interpr&#232;tes, guides, interm&#233;diaires et logisticiens, les fixeurs (francisation de l'anglais &lt;i&gt;fixer&lt;/i&gt;), ou accompagnateurs, sont souvent des locaux qui facilitent, voire permettent le travail des journalistes &#233;trangers dans les zones difficiles, comme les pays en guerre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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