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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>La subordination du journalisme au pouvoir &#233;conomique</title>
		<link>https://www.acrimed.org/La-subordination-du-journalisme-au-pouvoir</link>
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		<dc:date>2019-02-12T12:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Benjamin Ferron, Jean-Baptiste Comby</dc:creator>


		<dc:subject>Lire - &#233;couter - voir</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;D&#233;polarisation et verticalisation du champ journalistique&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Des-livres-presentations-et-extraits-" rel="directory"&gt;Des livres : pr&#233;sentations et extraits&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Lire-ecouter-voir-+" rel="tag"&gt;Lire - &#233;couter - voir&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH139/arton5868-3486c.png?1776755072' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='139' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions, avec l'autorisation des auteurs, l'article d'introduction du dossier &#171; &lt;i&gt;R&#233;armer la critique sociologique du journalisme&lt;/i&gt; &#187;, dans le dernier num&#233;ro de la &lt;a href=&#034;http://www.savoir-agir.org/Parution-du-numero-46-de-Savoir,227.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Savoir/Agir&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; sous le titre original : &#171; La subordination au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans ce texte, les sociologues Jean-Baptiste Comby et Benjamin Ferron proposent deux hypoth&#232;ses pour rendre compte de la recomposition du champ du journalisme depuis une dizaine d'ann&#233;es. D'une part, la mont&#233;e en puissance des m&#233;dias du &#171; p&#244;le commercial &#187; acquis aux logiques de march&#233; ; de l'autre une accentuation des in&#233;galit&#233;s au sein du champ journalistique entre les journalistes occupant les positions dominantes et les autres. (Acrimed)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tandis qu'au tournant des ann&#233;es 2000 se d&#233;veloppent en France des analyses structurales du champ journalistique qui connaissent une importante diffusion internationale, la derni&#232;re d&#233;cennie a &#233;t&#233; marqu&#233;e par une perte de vitesse de ces enqu&#234;tes au profit de travaux centr&#233;s sur les contenus et le suppos&#233; bouleversement des m&#233;dias &#171; &#224; l'&#232;re num&#233;rique &#187;. Tenant peu compte des conditions sociales de production de l'information, ces derniers ont pu contribuer &#224; d&#233;sarmer la critique sociologique du journalisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin Ferron, Jean-Baptiste Comby, Karim Souanef, J&#233;r&#244;me Berthaut, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans ce contexte, quiconque souhaite comprendre comment la construction m&#233;diatique de l'actualit&#233; sert ou dessert des int&#233;r&#234;ts sociaux, ne peut que se r&#233;jouir de la publication r&#233;cente, en cours ou prochaine, d'enqu&#234;tes sociologiques permettant d'actualiser l'&#233;tat des savoirs sur le champ journalistique, et ce faisant de r&#233;outiller son analyse critique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parmi ces publications, on peut citer notamment Soci&#233;t&#233;s contemporaines, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dix articles qui composent ce dossier, r&#233;alis&#233; par le r&#233;seau th&#233;matique &#171; Sociologie des m&#233;dias &#187; de l'Association fran&#231;aise de sociologie, donnent un aper&#231;u de ce renouvellement bienvenu. Leur lecture cumulative permet de faire un point sur les structures sociales du journalisme en posant l'hypoth&#232;se d'une double recomposition de ce champ depuis une dizaine d'ann&#233;es : d'un c&#244;t&#233;, la poursuite et l'intensification de l'emprise du p&#244;le commercial sur les p&#244;les culturels et politiques, ces derniers voyant leur pouvoir de structuration s'affaiblir ; d'un autre, une verticalisation de la distribution des positions journalistiques avec une accentuation des &#233;carts entre dominants et domin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;D&#233;polarisation relative du champ journalistique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Les vagues de privatisation dans l'audiovisuel et la multiplication des cha&#238;nes commerciales au cours des ann&#233;es 1980 et 1990 ont contribu&#233; &#224; une structuration triangulaire du champ journalistique qui, jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 2000, s'est organis&#233; autour de trois p&#244;les : commercial, politique et culturel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Patrick Champagne, La double d&#233;pendance. Sur le journalisme, Paris, Raisons (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La financiarisation des entreprises m&#233;diatiques et leur concentration au sein de grands groupes internationaux ont acc&#233;l&#233;r&#233; la progression des rationalit&#233;s &#233;conomiques en son sein. En particulier, les logiques d'audimat n'ont eu de cesse de se renforcer jusque dans les r&#233;dactions de la presse dite &#171; de r&#233;f&#233;rence &#187;. Il s'ensuit qu'en d&#233;pit du maintien des aides publiques et des interventions de l'&#201;tat dont peuvent b&#233;n&#233;ficier les m&#233;dias situ&#233;s dans les p&#244;les culturels et politiques du champ, sa tripolarisation se r&#233;v&#232;le aujourd'hui plus diffuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte o&#249; la recherche de financement de l'information se fait plus pressante, ce sont des journaux ou des cha&#238;nes du p&#244;le commercial et non plus des supports r&#233;put&#233;s plus s&#233;rieux, qui donnent le &#171; La &#187; en mati&#232;re de strat&#233;gies &#233;ditoriales et de &#171; bonnes &#187; pratiques professionnelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rodney Benson, &#171; La fin du Monde ? Tradition and change in the French press (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#233;sormais, cette emprise du champ &#233;conomique, r&#233;fract&#233;e dans les hi&#233;rarchies indig&#232;nes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;raud Lafarge et Dominique Marchetti, &#171; Les hi&#233;rarchies de l'information. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, s'ancre d&#232;s l'apprentissage du m&#233;tier au cours duquel s'impose par exemple la figure du &#171; journaliste interchangeable &#187;. Samuel Bouron montre ainsi comment la consolidation d'&#233;coles sp&#233;cialis&#233;es a certes favoris&#233; l'autonomisation de la profession, l'institutionnalisation et la cl&#244;ture du champ (voir aussi l'article de G&#233;raud Lafarge), mais &#233;galement un &#171; processus de soumission aux contraintes externes du march&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imposition toujours plus syst&#233;matique des principes de classement et des modes de fonctionnement du p&#244;le commercial aux p&#244;les culturels et politiques explique donc largement l'affaiblissement de ces derniers. Cet affaiblissement tient &#233;galement &#224; des modifications dans les champs politiques et culturels. La d&#233;polarisation du premier, moins cliv&#233; id&#233;ologiquement et plus professionnalis&#233;, a vraisemblablement contribu&#233; &#224; disqualifier le marquage politique des orientations &#233;ditoriales. L&#224; se trouve peut-&#234;tre une explication de la m&#233;diatisation accrue des responsables de l'extr&#234;me droite dont Safia Dahani montre comment, en d&#233;pit de leur hostilit&#233; aux m&#233;dias, ils parviennent efficacement &#224; en jouer le jeu. Quant aux champs de production culturelle, leur fraction dominante s'accommode bien du traitement que les m&#233;dias commerciaux r&#233;servent &#224; leurs productions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sophie No&#235;l, Aur&#233;lie Pinto, &#171; Ind&#233; vs Mainstream. L'ind&#233;pendance dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette h&#233;g&#233;monie du p&#244;le commercial, deux dynamiques de repolitisation semblent &#224; l'&#339;uvre, l'une aux marges et l'autre au c&#339;ur du champ journalistique. La premi&#232;re correspond &#224; la floraison de titres &#171; ind&#233;pendants &#187;, &#171; libres &#187;, &#171; alternatifs &#187;. Ce mouvement constitue un indicateur d'une r&#233;action collective de certaines fractions de la profession &#224; l'emprise des logiques &#233;conomiques. Rodney Benson montre toutefois, avec le cas de la presse &#224; but non-lucratif aux &#201;tats- Unis, que ces derniers n'&#233;chappent ni aux contraintes de leur financement (par des fondations philanthropiques priv&#233;es ou, en France, des subsides &#233;tatiques), ni au r&#233;tr&#233;cissement de l'espace du pensable qui caract&#233;rise l'&#232;re n&#233;olib&#233;rale. Il reste que c'est dans les marges du champ journalistique que s'op&#232;rent les principales modifications avec la structuration d'un sous-champ du journalisme critique peu dot&#233; en ressources mat&#233;rielles mais fortement politisant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin Ferron, &#171; Un militantisme politique investi dans les m&#233;dias. La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde se manifeste par des mobilisations collectives de d&#233;fense de l'autonomie professionnelle &#224; travers l'&#233;mergence de groupes d'int&#233;r&#234;t (Syndicat de la presse ind&#233;pendante d'information en ligne, SPIIL, ou collectifs de pigistes et pr&#233;caires) et d'organes de presse (M&#233;diapart, Premi&#232;res Lignes TV) qui entendent r&#233;tablir le &#171; r&#244;le d&#233;mocratique &#187; des m&#233;dias et un certain &#171; sens de l'honneur &#187; journalistique. Outre la multiplication de mouvements de gr&#232;ve au sein de nombreuses r&#233;dactions, une certaine revalorisation du journalisme d'investigation (leaks, papers, &#171; L'oeil du 20 heures &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antoine Miguet, &#171; L'oeil de 20 heures &#187; : le service public &#224; la reconqu&#234;te (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, etc.), notamment &#224; l'&#233;chelle locale (Nicolas Kaciaf), semble r&#233;pondre aux attentes d'une profession qui supporte d'autant moins la pr&#233;carisation et la routinisation de ses conditions de travail que le co&#251;t d'entr&#233;e dans la profession s'est &#233;lev&#233; au profit des mieux dot&#233;s socialement.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Verticalisation du champ journalistique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;L'h&#233;g&#233;monie du p&#244;le commercial, au principe de la d&#233;polarisation relative du champ journalistique, renforce un autre principe de structuration. Morphologique plus que relationnel, vertical plus que triangulaire, il r&#233;sulte de l'accentuation des &#233;carts dans les hi&#233;rarchies professionnelles, notamment dans les salaires et les positions de prestige. Les articles d'Eric Darras et de Marie Neihouser donnent ainsi &#224; voir la consolidation d'une &#233;lite journalistique compos&#233;e d'un nombre restreint de &#171; vedettes &#187; monopolisant les positions ou les prestations les plus valorisantes, captant la plupart des gratifications symboliques disponibles et b&#233;n&#233;ficiant de fiches de paies sans &#233;quivalent au sein du personnel journalistique. Strat&#233;gies de personnalisation et de self-branding dans le cas des blogs &#233;tudi&#233;s par Marie Neihouser &#8211; qui montre bien que le Web r&#233;volutionne moins les hi&#233;rarchies journalistiques qu'elle n'acc&#233;l&#232;re des processus d&#233;j&#224; &#224; l'oeuvre &#8211; ou valorisation d&#233;complex&#233;e des tr&#232;s hauts salaires comme l'observe Eric Darras, indiquent que les gagnants de l'emprise accrue des logiques concurrentielles sur le travail journalistique sont &#224; la fois plus forts et moins nombreux. Julie Sedel montre d'ailleurs l'ambivalence de la position de &#171; patronne de presse &#187;, situ&#233;e en haut des hi&#233;rarchies professionnelles mais soumises, comme dans d'autres secteurs, au plafond de verre de la domination masculine et &#224; des strat&#233;gies sp&#233;cifiques de mise en sc&#232;ne d'un professionnalisme &#171; au f&#233;minin &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'autre bout de la hi&#233;rarchie des positions, les conditions de travail ne cessent de se pr&#233;cariser, cette pr&#233;carit&#233; touchant plus souvent les femmes et les jeunes y compris les plus dipl&#244;m&#233;s d'entre eux. Les journalistes &#171; &#224; vie &#187; sont plus rares, leur carri&#232;re faisant r&#233;guli&#232;rement des d&#233;tours par les m&#233;tiers connexes (communication, relations presse, animation, conseil&#8230;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christine Leteinturier et C&#233;gol&#232;ne Frisque (dir.), Les espaces (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; l'intensification des rythmes de travail (qu'accompagne et renforce le passage &#224; des formats num&#233;riques), s'ajoute donc une instabilit&#233; plus forte des parcours professionnels ainsi que des r&#233;mun&#233;rations bien en-de&#231;&#224; des attentes. Les travaux de G&#233;raud Lafarge et Samuel Bouron sur les &#233;coles de journalisme r&#233;v&#232;lent bien les logiques de formatage des futurs journalistes dans un contexte de routinisation du journalisme &#171; assis &#187;, low-cost et &#224; distance des faits d'actualit&#233; pourtant couverts. La couverture journalistique du Salon International de l'Agriculture analys&#233; par Ivan Chupin et Pierre Mayance t&#233;moigne de ces conditions de travail dont profitent les communicants. La partie publique du salon, la moins d&#233;terminante pour saisir les transformations du secteur agricole, monopolise ainsi l'attention des nombreux journalistes pr&#233;sents, tandis que les coulisses de l'&#233;v&#233;nement o&#249; se jouent des tractations strat&#233;giques, sont pass&#233;es sous silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre ces p&#244;les dominants et domin&#233;s, il existe une strate interm&#233;diaire davantage occup&#233;e par des dipl&#244;m&#233;s des &#233;coles de journalisme reconnues par la profession. Ceux-ci occupent des positions relativement stables et convenablement r&#233;mun&#233;r&#233;es. Ils ne disposent pas toujours d'un spectre de possibles professionnels tr&#232;s large, mais ils parviennent &#224; trouver durablement leur place sur le march&#233; journalistique. Se recrutant principalement dans les classes privil&#233;gi&#233;es (G&#233;raud Lafarge), ils incarnent l'homog&#233;n&#233;isation sociale par le haut de la profession journalistique. Car si le champ journalistique voit les in&#233;galit&#233;s en son sein s'accro&#238;tre, celles-ci ne doivent pas occulter une tendance forte &#224; l'embourgeoisement de cette profession, en particulier dans ses franges dominantes ou interm&#233;diaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois contributions de G&#233;raud Lafarge, Nicolas Kaciaf et Martin Baloge avec Nicolas Hub&#233;, donnent enfin &#224; voir une d&#233;clinaison spatiale de cette verticalisation du champ journalistique. La distance tant mat&#233;rielle que symbolique entre le journalisme depuis Paris et le journalisme en province s'est, elle-aussi, accrue et gagne &#224; &#234;tre prise en compte pour cartographier la structure du champ. G&#233;raud Lafarge objective nettement le diff&#233;rentiel de ressources entre les journalistes couvrant l'actualit&#233; en r&#233;gion et ceux en charge de l'information nationale. Les premiers sont non seulement moins dot&#233;s socialement et professionnellement, mais exercent dans une plus grande informalit&#233;. Ils doivent faire face &#224; des pressions plus soutenues de la part de leurs sources comme le pointe Nicolas Kaciaf &#224; propos des journalistes d'investigation au niveau local. Cette contribution significative de la variable &#171; zone de diffusion du m&#233;dia &#187; &#224; la structuration du champ journalistique ne s'exerce toutefois pas toujours verticalement. Comme le signalent Nicolas Hub&#233; et Martin Baloge &#224; travers une comparaison avec le syst&#232;me f&#233;d&#233;ral allemand, ses effets d&#233;pendent &#233;troitement de la structuration territoriale du champ politique et de son degr&#233; de centralisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le r&#233;seau th&#233;matique &#171; Sociologie des m&#233;dias &#187; de l'Association Fran&#231;aise de Sociologie se r&#233;organise en grande partie autour de ces enjeux de recherche, il entend favoriser la connaissance sociologique du journalisme et encourager les sociologues &#224; davantage l'analyser. Trop rares sont les laboratoires de sociologie o&#249; le journalisme constitue un objet de recherche l&#233;gitime. Etudier les journalistes peut pourtant aider &#224; mieux comprendre les rapports de force qui traversent les classes privil&#233;gi&#233;es. Le glissement tendanciel du champ journalistique vers le haut et la droite du champ du pouvoir (Eric Darras) ne peut-il ainsi pas &#234;tre reli&#233; &#224; la domination croissante du capital &#233;conomique sur le capital culturel au sein des bourgeoisies contemporaines ? Le champ journalistique constitue un espace strat&#233;gique dans les luttes pour la distribution sociale des bl&#226;mes et des privil&#232;ges. Si l'h&#233;g&#233;monie qu'y exerce le pouvoir &#233;conomique r&#233;sulte des rapports de pouvoir entre les classes sociales, elle ne peut pas, en retour, &#234;tre sans incidences sur le rendement diff&#233;renci&#233; des divers types de capitaux, donc sur les hi&#233;rarchies mat&#233;rielles et symbolique qui structurent la soci&#233;t&#233; dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Jean-Baptiste Comby&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Benjamin Ferron&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; sous le titre original : &#171; La subordination au pouvoir &#233;conomique ; D&#233;polarisation et verticalisation du champ journalistique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin Ferron, Jean-Baptiste Comby, Karim Souanef, J&#233;r&#244;me Berthaut, &#171; R&#233;inscrire les &#233;tudes sur le journalisme dans une sociologie g&#233;n&#233;rale &#187;, Biens Symboliques/Symbolic Goods, 2, 2018, &lt;a href=&#034;https://revue.biens-symboliques.net/259&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://revue.biens-symboliques.net/259&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parmi ces publications, on peut citer notamment Soci&#233;t&#233;s contemporaines, &#171; Champ journalistique, ordre social et ordre politique &#187;, n&#176; 106, 2017 ; Jean-Baptiste Comby (dir.), Enqu&#234;ter sur l'internationalisation des biens m&#233;diatiques et culturels. Rennes, PUR, 2017 ; Rodney Benson, L'immigration au prisme des m&#233;dias ; Une comparaison France-&#201;tats-Unis, Rennes, PUR, 2017 ; G&#233;raud Lafarge, Critique de la profession journalistique. Les &#233;tudiants en journalisme et leurs devenirs, manuscrit d'HDR, universit&#233; Versailles-Saint-Quentin, 2017 ; Ivan Chupin, Les &#233;coles du journalisme. Les enjeux de la scolarisation d'une profession (1899-2018), Rennes, PUR, Res Publica, 2018 ; Julie Sedel, Sociologie d'une position patronale : dirigeant de m&#233;dias, manuscrit d'HDR, universit&#233; de Strasbourg, 2018 ; Karim Souanef, Journalistes sportifs. Sociologie d'une sp&#233;cialit&#233; domin&#233;e. Rennes, PUR, Res Publica (&#224; para&#238;tre).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Patrick Champagne, La double d&#233;pendance. Sur le journalisme, Paris, Raisons d'Agir, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rodney Benson, &#171; La fin du Monde ? Tradition and change in the French press &#187;, French Politics, Culture &amp; Society, vol 22, n&#176; 1, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G&#233;raud Lafarge et Dominique Marchetti, &#171; Les hi&#233;rarchies de l'information. Les l&#233;gitimit&#233;s professionnelles des &#233;tudiants en journalisme &#187;, Soci&#233;t&#233;s contemporaines, n&#176; 106, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sophie No&#235;l, Aur&#233;lie Pinto, &#171; Ind&#233; vs Mainstream. L'ind&#233;pendance dans les secteurs de production culturelle &#187;, Soci&#233;t&#233;s contemporaines, n&#176; 111, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin Ferron, &#171; Un militantisme politique investi dans les m&#233;dias. La sp&#233;cification du capital m&#233;diatique dans les &#8220;m&#233;dias libres&#8221; en France (1999-2019) &#187;, in J&#233;r&#233;mie Nollet, Cl&#233;ment Desrumaux, Les int&#233;r&#234;ts du capital m&#233;diatique (titre provisoire), Rennes, PUR, Res Publica (&#224; para&#238;tre).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antoine Miguet, &#171; L'oeil de 20 heures &#187; : le service public &#224; la reconqu&#234;te de son journal de 20 heures, M&#233;moire de recherche en Master, Ifp universit&#233; Paris 2, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christine Leteinturier et C&#233;gol&#232;ne Frisque (dir.), Les espaces professionnels des journalistes, Paris, &#201;ditions Panth&#233;on-Assas, 2015&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La promotion m&#233;diatique d'un manifeste &#171; &#233;cocapitaliste &#187;</title>
		<link>https://www.acrimed.org/La-promotion-mediatique-d-un-manifeste-ecocapitaliste</link>
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		<dc:date>2014-03-03T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Comby</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;... et la naissance d'une experte du &#171; business durable &#187;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Medias-et-ecologie-" rel="directory"&gt;M&#233;dias et &#233;cologie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article in&#233;dit est extrait du dossier &#171; M&#233;dias et &#233;cologie &#187; paru dans le &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article4217.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;n&#176;10 de notre magazine trimestriel,&lt;/i&gt; M&#233;diacritique(s)&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24&#8239;octobre dernier paraissait le dernier livre de la navigatrice Maud Fontenoy, sobrement intitul&#233; &lt;i&gt;Ras-le-bol des &#233;colos&lt;/i&gt;. Retour sur la fa&#231;on dont les journalistes ont assur&#233; la promotion de l'ouvrage &#8211; ou comment, sous couvert d'expertise et gr&#226;ce &#224; de solides relais m&#233;diatiques, les conceptions n&#233;o-lib&#233;rales de l'&#233;cologie se propagent insidieusement dans le d&#233;bat public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On peut parler d'une m&#233;diatisation &#233;lev&#233;e &lt;i&gt;relativement&lt;/i&gt; aux fortunes m&#233;diatiques moins heureuses que connaissent la plupart des ouvrages qui paraissent sur le m&#234;me th&#232;me. Cependant, tous les m&#233;dias n'ont pas relay&#233; cette publication. Sans que le comptage soit parfaitement exhaustif, on a relev&#233;, sur une p&#233;riode de dix jours, quatre interviews et trois r&#233;f&#233;rences dans des m&#233;dias nationaux g&#233;n&#233;ralistes de grande audience. Pr&#233;cisons &#233;galement que ce sont des journalistes g&#233;n&#233;ralistes (dont le r&#244;le est souvent plus d'animer et de pr&#233;senter que d'investiguer), et non des journalistes sp&#233;cialistes de l'actualit&#233; environnementale, qui ont particip&#233; &#224; la promotion de ce manifeste pour une &#233;cologie &lt;i&gt;&#171; lib&#233;rale &#187;&lt;/i&gt; comme la qualifie Bruce Toussaint (I-T&#233;l&#233;, 23&#8239;octobre 2013).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette forte m&#233;diatisation du dernier ouvrage commis par Maud Fontenoy montre, s'il en &#233;tait besoin, qu'il n'est gu&#232;re n&#233;cessaire d'avoir accumul&#233; un savoir sp&#233;cialis&#233; pour faire office d'expert dans les m&#233;dias g&#233;n&#233;ralistes. On sait depuis l'essai de Pierre Bourdieu, &lt;i&gt;Sur la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, que le jeu m&#233;diatique aboutit r&#233;guli&#232;rement &#224; consacrer des experts et expertises qui n'ont pourtant re&#231;u aucun cr&#233;dit dans le champ scientifique. Tant que le soi-disant sp&#233;cialiste peut se targuer de quelques dipl&#244;mes, de quelques ouvrages et d'une probl&#233;matique qui va dans le sens du courant (des) dominant(s), il jouit ais&#233;ment des r&#233;v&#233;rences de l'&#233;lite des journalistes qui, par l&#224; m&#234;me, l'&#233;rige en r&#233;f&#233;rence. Plus r&#233;cemment, le documentaire &lt;i&gt;Les Nouveaux Chiens de garde&lt;/i&gt; montrait de quelles fa&#231;ons les m&#233;dias consacrent un microcosme d'experts &#224; la botte des pouvoirs (&#233;conomique et politique). Mais avec Maud Fontenoy, l'inconsistance des visages m&#233;diatiques de l'expertise, et leur subordination aux int&#233;r&#234;ts dominants, appara&#238;t en pleine lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en effet de quoi rester perplexe quand on met en parall&#232;le les motifs de sa popularit&#233;, l'ambition de son message et la mani&#232;re dont certains journalistes g&#233;n&#233;ralistes le relaient. C&#233;l&#232;bre pour ses performances sur les oc&#233;ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2003, elle traverse &#224; la rame l'oc&#233;an Atlantique, et en 2005, l'oc&#233;an (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la navigatrice instrumentalise ce qui appara&#238;t aux yeux de beaucoup comme des &#171; exploits &#187; pour s'instituer en &#233;g&#233;rie de la cause environnementale. Mais pas n'importe quelle &#233;g&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#194;g&#233;e de 36 ans, fille d'un chef d'entreprise ayant fait fortune dans l'immobilier, celle qui se propose de secourir la plan&#232;te est complaisamment d&#233;peinte comme une femme moderne, dynamique, entreprenante, positive, altruiste, consciente et r&#233;aliste. Sa fondation, qui mise sur l'&#233;ducation &#224; l'environnement des plus jeunes pour, nous dit-on, regarder l'avenir &#8212; et ne surtout pas se retourner sur les &#233;ventuels faux pas d'un pass&#233; d&#233;pass&#233; &#8212; lui permet ainsi de renouveler l'histoire qu'elle raconte aux journalistes. Ces derniers sont d'autant plus fascin&#233;s par cette ambassadrice ambitieuse de l'environnement qu'elle entretient des fr&#233;quentations dans le gratin tant culturel &#8212; Marion Cotillard, L&#230;ticia Hallyday et Luc Besson parrainent sa fondation &#8212; que politique (puisqu'elle murmurerait aux oreilles de Borloo et Sarkozy).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait comprendre, &#224; d&#233;faut d'y souscrire, que les journalistes consid&#232;rent celle qui a travers&#233; les oc&#233;ans comme un t&#233;moin l&#233;gitime de leur d&#233;gradation. Passons donc sur le fait qu'ils l'interrogent sur l'importance de la protection des ressources maritimes, voire sur les vertus de la t&#233;nacit&#233; pour affronter des d&#233;fis &#224; la hauteur de ceux repr&#233;sent&#233;s par la destruction tous azimuts des &#233;cosyst&#232;mes naturels. Mais on se frotte carr&#233;ment les yeux quand I-t&#233;l&#233;, France Info,&lt;i&gt; Le Point&lt;/i&gt;, RTL ou &lt;i&gt;Direct Matin&lt;/i&gt; en viennent &#224; consid&#233;rer Maud Fontenoy comme une experte des relations entre l'&#233;conomique et l'&#233;cologique. Car on a beau chercher dans sa trajectoire : rien ne vient asseoir son autorit&#233; en la mati&#232;re. Hormis ses deux ann&#233;es de droit et quelques suppositions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'institution scolaire n'ayant pas le monopole du savoir, on en vient &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, aucune trace d'une quelconque habilitation &#224; d&#233;fendre solidement l'id&#233;e selon laquelle, comme elle le r&#233;p&#232;te de micros en micros, &#171; le rentable peut-&#234;tre durable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourtant cette &#171; autorit&#233; &#187; qui lui assure une certaine visibilit&#233; m&#233;diatique, et dont elle profite pour se livrer r&#233;guli&#232;rement &#224; un plaidoyer en faveur d'un &lt;i&gt;&#171; capitalisme vert &#187;&lt;/i&gt;&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir D.&#8239;Tanuro, L'impossible capitalisme vert, La D&#233;couverte, 2010. On (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est vrai que, si Maud Fontenoy a fait ses preuves, ce n'est pas seulement sur les oc&#233;ans mais dans les m&#233;dias, puisqu'elle a anim&#233; une &#233;mission chaque matin, en ao&#251;t&#8239;2007, sur Europe 1, ainsi qu'une &#233;mission hebdomadaire sur LCI, en septembre de la m&#234;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait laisser entendre que les journalistes dominants ne sont pas des gens s&#233;rieux, cultiv&#233;s, rigoureux, et &#224; qui &#171; on ne la fait pas &#187;. Ces qualit&#233;s proverbiales de l'&#233;ditocratie auraient sans doute d&#251; nous mettre &#224; l'abri du coup de force symbolique de la navigatrice, (auto)proclam&#233;e experte de l'&#233;conomie verte. Mais dans un monde m&#233;diatique habitu&#233; depuis plus de 20&#8239;ans &#224; privil&#233;gier ceux qui savent peu sur tout &#224; ceux qui savent beaucoup sur peu, il ne para&#238;t plus incongru de demander tr&#232;s s&#233;rieusement &#224; une aventuri&#232;re des mers comment, selon elle, le capitalisme peut sauver la plan&#232;te des p&#233;rils &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette irrationalit&#233; tient en outre aux caract&#233;ristiques et aux conditions de travail des journalistes qui tombent dans ce type de panneaux m&#233;diatiques. Qu'il s'agisse de Bruce Toussaint (I-T&#233;l&#233;), de Marc-Olivier Fogiel (RTL) ou d'Olivier de Lagarde (France Info), leur pr&#233;tention &#224; pouvoir traiter de tous les sujets avec quelques heures seulement de pr&#233;paration ne les incline pas &#224; prendre la pr&#233;caution &#233;l&#233;mentaire consistant &#224; se demander si une navigatrice reconvertie dans l'&#233;ducation &#224; l'environnement est la mieux plac&#233;e pour disserter du r&#233;alisme d'un projet pr&#233;tendant mettre les march&#233;s au service des environnements naturels. C'est donc aussi la question de la division et de la sp&#233;cialisation du travail journalistique qui se pose ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car &#224; d&#233;faut d'engager une discussion approfondie sur les donn&#233;es et raisonnements qui autorisent Maud Fontenoy &#224; plaider dans le sous-titre de son livre &#171; pour qu'&#233;cologie rime avec &#233;conomie &#187;&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quatre jours apr&#232;s l'interview de Fontenoy par Olivier de Lagarde, France (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ces porte-micros cautionnent all&#232;grement sa charge contre les &#171; &lt;i&gt;&#233;colos verts qui fument des pet' avec des dreadlocks&#8239;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maud Fontenoy dans l'&#233;mission &#171; RTL Soir &#187; de Fogiel, 22&#8239;octobre 2013.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Les interviews &#8212;&#8239;destin&#233;es &#224; augmenter les ventes de son livre, opportun&#233;ment publi&#233; un mois seulement avant l'orgie consum&#233;riste de No&#235;l &#8212; prennent une tournure morale : &#171; &lt;i&gt;La p&#233;dagogie doit se faire en parlant des initiatives qui fonctionnent, des pays qui se mobilisent, par la sensibilisation dans les &#233;coles. Il faut le faire avec enthousiasme, et non en disant &lt;/i&gt;&#034;rien ne va plus, fermez la boutique&#034; &#187; claironne la pseudo-experte dans &lt;i&gt;Direct Matin&lt;/i&gt; le 21&#8239;octobre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, les journalistes s'accordent avec la navigatrice pour r&#233;duire l'&#233;cologie politique &#224;&lt;i&gt; Europe &#201;cologie-Les Verts&lt;/i&gt;, comme si les projets politiques alternatifs cherchant &#224; rendre indissociables les questions environnementale et sociale, en les mettant au centre de leur philosophie, n'&#233;taient que des fantasmes pu&#233;rils. Ne pouvant que consentir au lieu commun d'un &#171; d&#233;veloppement durable &#187; pour adultes raisonnables, les hommes de m&#233;dias s'entretenant avec Maud Fontenoy en oublient m&#234;me de jouer leur r&#244;le d'intervieweur, lequel supposerait un minimum de contradiction (dont ils ne se privent d'ailleurs g&#233;n&#233;ralement pas lorsqu'ils ont en face d'eux un porte-parole de la gauche de gauche). Aucune objection, ni m&#234;me interrogation, sur les limites possibles du &#171; capitalisme vert &#187; ne sont ainsi formul&#233;es. Seules quatre questions tentent de troubler aimablement la navigatrice&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les 32 minutes d'interviews observ&#233;es pour &#233;tayer ce texte, cela ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux sont pos&#233;es par Fogiel, qui cherche visiblement &#224; contrarier l'optimisme de la rameuse en remarquant d'abord que la &#171; fiscalit&#233; verte &#187;, en l'occurrence l'&#171; &#233;cotaxe &#187;, se heurte aux m&#233;contentements des secteurs &#233;conomiques concern&#233;s et, ensuite, que les lobbys s'emploient &#224; miner les actions publiques visant la protection de l'environnement. Si de telles observations pourraient plaider, dans une autre bouche que celle d'un animateur de RTL, pour une contestation de l'emprise patronale sur la l&#233;gislation, la mani&#232;re dont il am&#232;ne ces remarques r&#233;v&#232;le surtout le positionnement lib&#233;ral de Fogiel qui recourt &#224; un argument proprement populiste pour douter de la pertinence des mesures &#233;cologiques : &#171; &lt;i&gt;Est-ce que c'est possible, est-ce que c'est une priorit&#233; pour les gens quand ils n'arrivent pas &#224; boucler leurs fins de mois finalement ? Au-del&#224; du principe, le principe tout le monde est d'accord, mais dans la r&#233;alit&#233; ?&#8239;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; RTL Soir &#187; de Fogiel, 22&#8239;octobre 2013.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Quand il consid&#232;re les &#233;oliennes, les voitures &#233;lectriques et les panneaux solaires comme des solutions &#171; alternatives &#187;, on comprend combien il juge en fait irr&#233;aliste toute mise en cause du r&#233;gime capitaliste, lequel rend pourtant improbable toute action &#233;cologique cons&#233;quente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en fallait pas moins &#224; Maud Fontenoy pour r&#233;affirmer l'urgence d'une approche &#171; moderne &#187; de l'&#233;cologie, c'est-&#224;-dire positive, optimiste et conforme aux exigences marchandes, afin de neutraliser ces r&#233;sistances lib&#233;rales en les satisfaisant. Les journalistes dominants &#233;tant eux-m&#234;mes coutumiers de ces oppositions binaires entre le &#171; moderne &#187; et l'&#171; archa&#239;que &#187;, un tel appel &#224; la modernit&#233; ne pouvait que r&#233;sonner positivement &#224; leurs oreilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux autres questions cens&#233;es bousculer la navigatrice viennent d'Olivier de Lagarde qui lui accorde pr&#232;s de 20 minutes d'antenne sur France Info (soit trois fois plus que Toussaint ou Fogiel). Faisant allusion &#224; Pierre Rabhi (&#233;cologiste proche des mouvements pour la d&#233;croissance et qui d&#233;fend une &lt;i&gt;&#171; sobri&#233;t&#233; heureuse &#187;&lt;/i&gt;&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Rabhi, Vers la sobri&#233;t&#233; heureuse, Actes Sud, Arles, 2010.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8239;), qu'il a interrog&#233; une semaine avant elle, il lui demande&#8239;s'il &#171; &lt;i&gt;n'y a pas une autre fa&#231;on,&lt;/i&gt; [s']&lt;i&gt;il ne faut pas r&#233;fl&#233;chir d'une autre fa&#231;on&#8239;&lt;/i&gt; &#187; le lien entre &#171; &lt;i&gt;croissance &#233;conomique et le pillage des ressources naturelles&lt;/i&gt;&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Olivier de Lagarde dans son &#233;mission &#171; Un monde d'id&#233;es &#187;, 24&#8239;octobre 2013. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ne doutant de rien, Maud Fontenoy affirme alors admirer ce partisan de l'agriculture &#171; raisonn&#233;e &#187;, reconnaissant au passage qu'elle n'en a pas &#171; ras-le-bol &#187; de tous les &#233;cologistes. Mais plut&#244;t que de pointer cette contradiction pour en creuser les implications, le journaliste en reste l&#224; et poursuit sur les arguments de l'aventuri&#232;re. Celle-ci lui offre toutefois une seconde opportunit&#233; de questionner la tension sous-jacente &#224; son argumentaire lorsqu'elle explique &#224; plusieurs reprises qu'il faudrait davantage &#171; exploiter &#187; les oc&#233;ans et notamment leur potentiel pharmaceutique. Olivier de Lagarde finit alors par lui demander : &#171; &lt;i&gt;Mais alors qu'est-ce qu'il faut faire Maud Fontenoy ? Il faut mieux prot&#233;ger les oc&#233;ans ou mieux les exploiter ?&#8239;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meilleur est cependant &#224; venir. Pour conclure l'interview, le journaliste lui demande : &#171; &lt;i&gt;Mais vous, vous n'avez jamais eu envie de vous engager en politique ?&#8239;&lt;/i&gt; &#187; Question purement rh&#233;torique, ou pure ignorance ? Il se trouve en effet que Maud Fontenoy a &#233;t&#233; en 2004 candidate sur une liste UMP aux &#233;lections r&#233;gionales (en &#206;le-de-France). Il est significatif que les animateurs intervieweurs ignorent &#8212; ou feignent d'ignorer &#8212; cet ancrage politique et id&#233;ologique, comme Bruce Toussaint qui l'accueille ainsi : &#171; &lt;i&gt;Premi&#232;re question, est-ce qu'on est en train d'assister &#224; la naissance de votre carri&#232;re politique ?&lt;/i&gt; &#187;&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'invit&#233;e de Bruce Toussaint &#187;, I-T&#233;l&#233;, 23&#8239;octobre 2013.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8239;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En omettant ces &#233;l&#233;ments d'explication, ces journalistes laissent croire que Maud Fontenoy se tiendrait au-dessus des partis, comme si l'&#233;cologie ne pouvait &#234;tre l'objet de controverses politiques et id&#233;ologiques. Que la navigatrice se reconnaisse dans les id&#233;es lib&#233;rales port&#233;es par la droite, c'est &#233;videmment son droit ; mais que les journalistes n'en fassent pas mention (ou sous une forme anecdotique, en laissant entendre que Nicolas Sarkozy aurait tent&#233; de la s&#233;duire), voil&#224; qui est beaucoup plus ennuyeux pour la lisibilit&#233; des d&#233;bats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce caract&#232;re politique est pourtant &#233;vident, comme l'illustre d'ailleurs la remarque de l'infatigable Franz-Olivier Giesbert : &#171; &lt;i&gt;&#192; ce propos, si l'&#233;cologie politicienne vous d&#233;prime &#8212; et il y a de quoi &#8212;, lisez sans attendre l'excellent livre de Maud Fontenoy, &#034;&lt;/i&gt;Ras-le-bol des &#233;colos&lt;i&gt;&#034;. Voil&#224; une &#233;cologiste entra&#238;nante et volontariste qui, apr&#232;s avoir instruit le proc&#232;s de ces parasites gouvernementaux, c&#233;l&#232;bre le d&#233;veloppement durable contre le fatalisme dominant&lt;/i&gt; &#187; explique-t-il dans son &#233;dito du &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt; du 31&#8239;octobre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour devenir un expert m&#233;diatique, il suffit donc d&#233;sormais d'exhiber aupr&#232;s des journalistes, animateurs et intervieweurs dominants, un certificat de popularit&#233;. Ce faisant, ces derniers accentuent la tendance du champ journalistique &#224; c&#233;l&#233;brer des experts aussi inconsistants que p&#233;remptoires. Ce sont des logiques de cet ordre qui permettent &#224; Maud Fontenoy, non seulement d'appara&#238;tre comme une experte du &#171; business durable &#187;&#8239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Expression reprise par Bruce Toussaint lors de son interview de Maud (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais &#233;galement d'affirmer &#224; demi-mot que l'&#233;cologie doit d&#233;finitivement se d&#233;faire de toute critique du capitalisme et du productivisme, si elle veut &#234;tre reconnue comme r&#233;aliste et valable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; &#224; imaginer des reportages c&#233;l&#233;brant un bataillon d'&#233;cologistes courant au secours des esp&#232;ces en voie de disparition au volant de leurs grosses cylindr&#233;es, il n'y a qu'un pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Baptiste Comby&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 2003, elle traverse &#224; la rame l'oc&#233;an Atlantique, et en 2005, l'oc&#233;an Pacifique. En 2006, elle effectue &#224; la voile un tour de l'h&#233;misph&#232;re sud &#224; contre-courant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'institution scolaire n'ayant pas le monopole du savoir, on en vient &#224; supposer qu'elle aurait pu acqu&#233;rir par elle-m&#234;me, au gr&#233; de lectures et de discussions, une connaissance sp&#233;cifique des logiques du capitalisme et de leurs rapports aux environnements naturels.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir D.&#8239;Tanuro, &lt;i&gt;L'impossible capitalisme vert,&lt;/i&gt; La D&#233;couverte, 2010. On pourrait d'ailleurs comparer la place offerte &#224; Maud Fontenoy et le tr&#232;s faible &#233;cho &#8212; pour ne pas dire inexistant &#8212; qu'a rencontr&#233; le livre de Tanuro, pourtant tr&#232;s bien document&#233;, dans les m&#233;dias dominants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quatre jours apr&#232;s l'interview de Fontenoy par Olivier de Lagarde, France info revient toutefois sur certaines erreurs contenues dans cet ouvrage. La correction est r&#233;alis&#233;e par Jean-Marc Jancovici, expert des questions &#233;nerg&#233;tiques, tr&#232;s actif dans les m&#233;dias depuis une dizaine d'ann&#233;es mais dont l'autorit&#233; en mati&#232;re d'&#233;conomie et d'&#233;cologie repose sur des bases nettement plus s&#233;rieuses que celles de la rameuse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maud Fontenoy dans l'&#233;mission &#171; RTL Soir &#187; de Fogiel, 22&#8239;octobre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les 32 minutes d'interviews observ&#233;es pour &#233;tayer ce texte, cela ne repr&#233;sente pas plus de deux minutes d'&#233;changes dans la mesure o&#249; Maud Fontenoy s'empresse, &#224; la suite de ces questions &#171; d&#233;rangeantes &#187;, de digresser sur des th&#232;mes lui &#233;tant plus favorables.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; RTL Soir &#187; de Fogiel, 22&#8239;octobre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Rabhi, &lt;i&gt;Vers la sobri&#233;t&#233; heureuse,&lt;/i&gt; Actes Sud, Arles, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier de Lagarde dans son &#233;mission &#171; Un monde d'id&#233;es &#187;, 24&#8239;octobre 2013. &#192; noter que dans l'&#233;dition du 14&#8239;octobre 2014 de la m&#234;me &#233;mission, il n'h&#233;site en revanche pas &#224; interroger Pierre Rabhi sur l'irr&#233;alisme de son approche en lui faisant par exemple remarquer, conform&#233;ment &#224; la doxa capitaliste, que la croissance &#233;conomique est ce qui permet la cr&#233;ation d'emplois ou que les progr&#232;s de la m&#233;decine ont permis l'&#233;l&#233;vation de l'esp&#233;rance de vie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'invit&#233;e de Bruce Toussaint &#187;, I-T&#233;l&#233;, 23&#8239;octobre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Expression reprise par Bruce Toussaint lors de son interview de Maud Fontenoy le 23 octobre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les journalistes, l'&#233;cologie et le capitalisme</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Les-journalistes-l-ecologie-et-le-capitalisme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Les-journalistes-l-ecologie-et-le-capitalisme</guid>
		<dc:date>2013-09-16T04:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Comby</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Quand les m&#233;dias dominants repeignent le capitalisme en vert.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Medias-et-ecologie-" rel="directory"&gt;M&#233;dias et &#233;cologie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On ne peut pas comprendre le traitement journalistique des enjeux environnementaux dans les m&#233;dias g&#233;n&#233;ralistes sans interroger le rapport de la plupart des journalistes au capitalisme. Qu'il s'agisse de probl&#232;mes qualifi&#233;s de &#171; globaux &#187;, comme les d&#233;r&#232;glements climatiques ou l'appauvrissement de la biodiversit&#233;, ou bien de d&#233;gradations davantage &#171; spatialis&#233;es &#187;, comme une mar&#233;e noire, tous sont appr&#233;hend&#233;s par les journalistes selon des modalit&#233;s qui ne questionnent pas la compatibilit&#233; des logiques capitalistes avec ce qu'implique la protection des &#233;cosyst&#232;mes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pourtant, l'id&#233;e selon laquelle l'accumulation illimit&#233;e du capital sur une plan&#232;te aux ressources naturelles limit&#233;es est un principe non seulement amoral mais irrationnel. Cette id&#233;e semble m&#234;me faire l'unanimit&#233;, des &#233;cologistes les plus radicaux (on pense ici &#224; Andr&#233; Gorz) aux d&#233;fenseurs de l'environnement les plus dispos&#233;s &#224; jouer le jeu capitaliste (par exemple Yann Arthus-Bertrand ou Nicolas Hulot).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait ainsi s'attendre &#224; ce que les journalistes en charge de l'actualit&#233; environnementale entreprennent ne serait-ce que d'interroger le caract&#232;re plausible d'un capitalisme qui serait respectueux des environnements naturels. S'il arrive &#224; certains d'entre eux, nous le verrons, de ne pas prendre pour acquise la capacit&#233; affich&#233;e du march&#233; &#224; dig&#233;rer les questions environnementales, l'immense majorit&#233; des journalistes amen&#233;s &#224; traiter d'environnement adh&#232;re &#224; la &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; du &#171; capitalisme vert &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Illustrations faussement neutres et c&#233;l&#233;brations du &#171; green business &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture journalistique suppose, dans les m&#233;dias g&#233;n&#233;ralistes, de raconter des histoires pour illustrer l'actualit&#233; et les questions de soci&#233;t&#233; qu'elle soul&#232;ve. Les journalistes entendent ainsi rendre &#171; concernants &#187; et concrets ces probl&#232;mes afin d'int&#233;resser un public le plus large et diversifi&#233; possible. En mati&#232;re d'environnement, ces cadrages qui font la part belle &#224; l'intime, &#224; l'empathie, aux images fortes et aux beaux r&#233;cits, se traduisent bien souvent par des reportages ou des articles qui parlent des cons&#233;quences des pr&#233;dations environnementales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ajustant aux logiques du champ journalistique &#8211; dont on sait qu'il est depuis une trentaine d'ann&#233;es sous l'emprise de puissantes logiques commerciales &#8211; les journalistes racontent la perturbation des &#233;cosyst&#232;mes, le d&#233;sarroi de certaines esp&#232;ces animales face aux transformations de leurs milieux naturels, ou, plus rarement, les impacts de ces pollutions sur l'homme, sa sant&#233; et ses activit&#233;s &#233;conomiques. Nos analyses sur le traitement m&#233;diatique des enjeux climatiques en France ont ainsi montr&#233; que plus les journalistes parlent du probl&#232;me climatique, plus ils parlent de ses cons&#233;quences au d&#233;triment de ses causes et solutions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Baptiste Comby, &#171; Quand l'environnement devient m&#233;diatique. Conditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tendance &#224; illustrer les probl&#232;mes plut&#244;t qu'&#224; les expliquer n'est pas neutre, contrairement aux apparences. En &#233;cartant des discussions l&#233;gitimes les motifs des nuisances environnementales, les journalistes les inscrivent dans l'ordre du fatal, de la catastrophe ou de l'accidentel et n'inclinent donc pas &#224; penser ces d&#233;gradations comme le r&#233;sultat des modes de production orient&#233;s vers la maximisation des profits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand ils &#233;voquent des responsables, les journalistes stigmatisent g&#233;n&#233;ralement quelques industriels &#8211; parfois jug&#233;s inconscients et irresponsables &#8211; ou renvoient &#224; cette cat&#233;gorie anonyme et insaisissable : &#171; les activit&#233;s humaines &#187;. En se situant tant&#244;t au niveau du cas particulier (&lt;i&gt;i.e.&lt;/i&gt; le mouton noir industriel pr&#233;sent&#233; comme l'exception devant confirmer la r&#232;gle de la responsabilit&#233; sociale et environnementale des entreprises), tant&#244;t au niveau de l'universel, les journalistes &#233;vacuent du champ du pensable environnemental la question des relations entre la m&#233;canique capitaliste et la d&#233;t&#233;rioration des &#233;cosyst&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils peuvent alors s'engouffrer dans la c&#233;l&#233;bration du &#171; &lt;i&gt;green business&lt;/i&gt; &#187; (pour reprendre l'intitul&#233; de l'&#233;mission &#171; &#233;colo &#187; de &lt;i&gt;BFM TV&lt;/i&gt;). Dans le droit fil du succ&#232;s de l'expression &#171; d&#233;veloppement durable &#187; consacr&#233;e il y a vingt ans lors du sommet de Rio, c'est depuis quelques ann&#233;es au tour des labels &#171; croissance verte &#187; ou &#171; &#233;conomie verte &#187; de faire flor&#232;s aupr&#232;s des professionnels de l'information. Ces derniers annoncent, expliquent, parfois discutent et g&#233;n&#233;ralement banalisent les m&#233;canismes de march&#233; cens&#233;s r&#233;gler &#8211; bien souvent &#224; grand renfort de g&#233;o-ing&#233;nierie ou autres &#171; ing&#233;nieries &#233;cologiques &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces &#171; solutions dignes de films de science fiction &#187; et ces &#171; projets un peu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; les probl&#232;mes environnementaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'ayant pas forc&#233;ment conscience qu'ils l&#233;gitiment de la sorte la mise sous tutelle &#233;conomique des politiques environnementales, les journalistes relatent les discussions d'experts dont les petits d&#233;saccords sur les modes de taxation, les bourses de quotas ou les cr&#233;dits fiscaux, masquent l'ampleur de leur accord, tacite mais fondamental, sur ce mouvement d'int&#233;gration de la contrainte environnementale au logiciel n&#233;olib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si la grande majorit&#233; des journalistes n'estime pas utile de questionner la compatibilit&#233; des rationalit&#233;s marchandes avec l'&#233;cologie, c'est &#233;galement parce qu'il va de soi pour eux que le capitalisme ne peut &#234;tre remis en cause au nom de l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une adh&#233;sion r&#233;flexe &#224; l'id&#233;ologie dominante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force de cet impens&#233; tient avant tout aux liens visc&#233;raux que les journalistes, comme un grand nombre de responsables politiques et d'intellectuels, nouent avec l'id&#233;ologie de l'accumulation illimit&#233;e du capital et des profits. Profond&#233;ment enfouis dans leur&lt;i&gt; for&lt;/i&gt; int&#233;rieur, les principes capitalistes (rentabilit&#233;, rapidit&#233;, concurrence, comp&#233;titivit&#233;, flexibilit&#233;, responsabilit&#233; individuelle, pr&#233;sentisme ou encore consensus, fluidit&#233;, factualit&#233; et &#171; neutralit&#233; &#187;) leur apparaissent comme l&#233;gitimes et incontournables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette adh&#233;sion irr&#233;fl&#233;chie au cadre capitaliste se per&#231;oit bien dans la conception que les journalistes ont de ceux qui valorisent d'autres modes de d&#233;veloppement et d'organisation des soci&#233;t&#233;s que celui structur&#233; autour des piliers du capitalisme (dont, soit dit en passant, la forme n&#233;olib&#233;rale est sans doute la plus aboutie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rares, ces reportages ou articles pr&#233;sentent g&#233;n&#233;ralement l'alternative &#233;cologique sur le registre de l'exotisme ou de l'exp&#233;rience originale et sympathique. Ainsi, le 17 septembre 2007 sur France 2, David Pujadas annonce un reportage visant non pas &#224; pr&#233;senter les arguments et motivations politiques de ces &#171; &lt;i&gt; militants de l'environnement&lt;/i&gt; (qui) &lt;i&gt;poussent leur conviction jusqu'au bout &lt;/i&gt; &#187;, mais &#224; se demander s'il s'agit d'une &#171; &lt;i&gt;nouvelle utopie ou&lt;/i&gt; (d'une) &lt;i&gt;tendance profonde &lt;/i&gt; &#187;, la r&#233;ponse &#233;tant contenue dans la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de traitement &#8211; qui confine ces pratiques et organisations alternatives &#224; des singularit&#233;s atypiques d&#233;pourvues de toute r&#233;flexion coh&#233;rente et consistante &#8211; a pour effet de rendre leur d&#233;multiplication impensable. En creux, cela revient &#224; affirmer que le mod&#232;le capitaliste est ind&#233;passable, d'autant que le jeu se jouerait d&#233;sormais &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#233;diatisation condescendante des alternatives au capitalisme est &#233;galement un sympt&#244;me de la difficult&#233; des professionnels de l'information &#224; &#233;largir l'horizon du pensable au-del&#224; des remparts du capital et de la forteresse des profits. Car la disqualification implicitement contenue dans la fa&#231;on dont ils d&#233;peignent ces autres modes d'organisation sociale n'est pas intentionnelle. Et c'est en cela qu'elle est d'autant plus solide dans la mesure o&#249; elle est le fruit de dispositions solidement arrim&#233;es, lesquelles sont de plus en plus souvent renforc&#233;es au cours de la formation de ces journalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers sont en effet toujours plus nombreux &#224; passer par le lissage des &#233;coles de journalisme o&#249; la &#171; culture &#187; qui est valoris&#233;e, aussi g&#233;n&#233;rale soit-elle, ne s'acoquine que tr&#232;s occasionnellement avec des courants de pens&#233;e alternatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu&#234;te de l&#233;gitimit&#233; et subordination aux sources officielles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re environnementale, l'univers intellectuel des journalistes est principalement constitu&#233; d'ouvrages dits d'expertise. &#201;crits par des scientifiques ou des ing&#233;nieurs, ces textes ne sont pas destin&#233;s &#224; expliciter les causes politiques et &#233;conomiques des probl&#232;mes environnementaux. Et lorsqu'ils sont le fait d'&#233;conomistes, leurs propos et propositions ont plus souvent pour postulat l'irr&#233;ductibilit&#233; du syst&#232;me capitaliste que son possible d&#233;passement par une autre matrice sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un exemple de ces ouvrages pouvant devenir des r&#233;f&#233;rences pour les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conformisme m&#233;diatique ambiant n'est donc pas le fait du seul champ journalistique. Il se fa&#231;onne avant tout &#224; travers un ensemble de relations au sein duquel l'acc&#232;s &#224; la dignit&#233; suppose de ne pas contester imprudemment un mod&#232;le qui permettrait au plus grand nombre d'acc&#233;der au confort, au bonheur ou &#224; une esp&#233;rance de vie plus longue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se passe en effet comme si le capitalisme &#233;tait le seul r&#233;gime capable d'am&#233;liorer le bien-&#234;tre g&#233;n&#233;ral dont les crit&#232;res gagneraient d'ailleurs &#224; &#234;tre explicit&#233;s dans tous leurs tenants et aboutissants. En effet, ce qui est pr&#233;sent&#233; comme un progr&#232;s au service du bonheur de tou-te-s implique parfois le malheur de beaucoup (cf. encore les &lt;a href=&#034;http://www.bastamag.net/article3076.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pol&#233;miques r&#233;centes &#224; propos des ouvriers bangladais&lt;/a&gt;.), peut engendrer des nuisances environnementales &#224; moyen ou long terme pas toujours bien anticip&#233;es (que l'on songe ici &#224; l'amiante ou aux antennes relais) et, dans les faits, ne profite bien souvent qu'&#224; une minorit&#233; (cf. par exemple les co&#251;ts du TGV qui rend ce mode de transport souvent inaccessible pour les membres des classes inf&#233;rieures voire moyennes). Reste qu'aller contre le sens de ce courant id&#233;ologique, c'est &#8211; pour un journaliste &#8211; prendre le risque de se discr&#233;diter tant aupr&#232;s des sources officielles qu'aupr&#232;s de ses confr&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sources autoris&#233;es faisant toujours autorit&#233;, un article ou un reportage sur une actualit&#233; environnementale a d'autant plus de chances d'&#234;tre valoris&#233; au sein d'une r&#233;daction qu'il s'appuie sur des sources officielles &#8211; minist&#232;re, agences, collectivit&#233;s ou experts d'&#201;tat (sur le poids des sources autoris&#233;es dans la fabrique de l'information, nous renvoyons aux travaux d'Aeron Davis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notamment : Aeron Davis, Public Relations Democracy : Public Relations, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Avec les scientifiques, ce sont bien ces acteurs que l'on rencontre le plus souvent dans les productions journalistiques traitant d'environnement. Or il est peu probable qu'un journaliste donnant la parole &#224; un repr&#233;sentant de l'&#201;tat, lequel (en l'&#233;tat actuel des choses) est par d&#233;finition un promoteur du &#171; capitalisme vert &#187;, en vienne, dans le m&#234;me texte, &#224; exposer un point de vue d&#233;non&#231;ant les &#171; limythes &#187; de la &#171; croissance verte &#187; ou de &#171; l'ing&#233;nierie &#233;cologique &#187; pour sugg&#233;rer de questionner la viabilit&#233; environnementale du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Somm&#233;s d'entretenir de bonnes relations avec les sources officielles, les journalistes se trouvent cantonn&#233;s &#224; ce qui est dicible du point de vue des acteurs dominants. En d'autres termes, ils ne peuvent pas vraiment m&#233;diatiser des points de vue que ceux-ci jugeraient inconcevables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces logiques de censures invisibles sont sans doute particuli&#232;rement pr&#233;gnantes en mati&#232;re d'&#233;cologie dans la mesure o&#249; la pr&#233;occupation environnementale a fait l'objet de stigmates ayant pu freiner sa l&#233;gitimation. Il y a encore quelques ann&#233;es, le journaliste soucieux d'environnement &#233;tait associ&#233; tant&#244;t au romantique ami des b&#234;tes, tant&#244;t &#224; l'utopiste barbu ayant err&#233; sur les causses du Larzac. Pour gagner en reconnaissance, les journalistes en charge des dossiers environnementaux ont donc d&#251; d&#233;faire cette r&#233;putation. Pour cela, ils se sont justement appuy&#233;s sur ces sources officielles, lesquelles souffraient &#233;galement d'un manque de cr&#233;dit symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet anoblissement de l'&#233;cologie &#8211; qui s'est pr&#233;cipit&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 1990 &#8211; s'est accompagn&#233; d'un gommage des critiques politiques d&#233;coulant des diagnostics annon&#231;ant la d&#233;gradation profonde et rapide de la plan&#232;te. Pour devenir m&#233;diatique, pour devenir un objet de gouvernement majeur, la cause &#233;cologique a ainsi d&#251; abandonner une de ses principales ambitions id&#233;ologiques, celle consistant &#224; montrer pourquoi le capitalisme est une r&#233;alit&#233; insoutenable, une r&#233;alit&#233; &#224; d&#233;passer, une r&#233;alit&#233; redevenue utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des postures journalistiques en voie d'extinction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en conformit&#233; de l'&#233;cologie avec les cadres de pens&#233;e l&#233;gitimes dans les champs politique et m&#233;diatique ne fait toutefois pas consensus au sein des professionnels des m&#233;dias. Elle est surtout le fait de journalistes qui sont arriv&#233;s sur cette sp&#233;cialit&#233; moins par conviction que parce qu'on leur a propos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces nouveaux entrants dans le journalisme environnemental se r&#233;v&#232;lent moins sensibles aux enjeux politiques de l'&#233;cologie que les journalistes ayant d&#233;lib&#233;r&#233;ment choisi de couvrir ce domaine, mais plus soucieux qu'eux de faire valoir leur sp&#233;cialisation. Ce faisant, ils se d&#233;tournent des sources militantes et donc des conceptions non-marchandes du monde port&#233;es par ces acteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'emp&#234;che bien entendu pas ces journalistes de m&#233;diatiser, &#231;a et l&#224;, des r&#233;alit&#233;s inacceptables du point de vue environnemental. L'article intitul&#233; &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/economie/2012/10/28/la-vie-gachee-des-objets_856572&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La vie g&#226;ch&#233;e des objets &#187;&lt;/a&gt; et publi&#233; dans l'&#233;dition du 28 octobre 2012 de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; offre un bon exemple de d&#233;nonciation m&#233;diatique des d&#233;rives du capitalisme. La journaliste s'indigne des principes de l'obsolescence programm&#233;e en reprenant notamment des cas &#233;tudi&#233;s dans le documentaire &#171; Pr&#234;t &#224; jeter &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;alis&#233; en 2010 par Cosima Dannoritzer, diffus&#233; sur Arte.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle en vient ainsi &#224; plaider pour un retour &#224; un bon sens qui serait d&#233;sormais en perdition : &#171; &lt;i&gt;Et, soyons fous, pourquoi ne pas concevoir d&#232;s le d&#233;part des articles durables ?&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le bon sens &#233;cologique ne semble pas, ici comme ailleurs, &#234;tre en mesure de rivaliser avec le bon sens &#233;conomique. Plut&#244;t qu'un encouragement &#224; lutter pour imposer ce qui semble aller de soi &#233;tant donn&#233; l'&#233;tat de la plan&#232;te, l'article prend une toute autre position. Son auteure pr&#233;f&#232;re rappeler le lecteur &#224; l'ordre politico-&#233;conomique des organisations supranationales et des groupes de pression, le tout m&#226;tin&#233; d'une pointe de moralisation &#224; l'&#233;gard des exc&#232;s consum&#233;ristes : &#171; &lt;i&gt;Le combat contre l'obsolescence programm&#233;e, moteur du redressement productif cher &#224; Montebourg ? Voil&#224; qui serait r&#233;volutionnaire. Mais rien ne pourra se faire sans le concours de Bruxelles, o&#249; la Commission europ&#233;enne explore des pistes (comme le chargeur de portable universel) en se heurtant au lobbying des fabricants. Ni sans celui des consommateurs. A quand la fin des adorations nocturnes devant les Apple Stores &#224; chaque nouvel accouchement d'un objet mort-n&#233; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La censure n'est jamais totale et les points de vue critiques ne sont pas totalement absents des m&#233;dias g&#233;n&#233;ralistes. Il faut toutefois se m&#233;fier de ces coups d'&#233;clat d&#233;nonciateurs dont le caract&#232;re occasionnel a plus pour effet de d&#233;samorcer la critique que d'amorcer une nouvelle vision des rapports entre le capitalisme et la protection de l'environnement&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Loin de s'inscrire dans des rubriques pouvant garantir une visibilit&#233; r&#233;guli&#232;re aux opinions contestant le cadre capitaliste, les articles et reportages relayant &#233;pisodiquement ces visions ont vraisemblablement pour cons&#233;quence d'apaiser les m&#233;contentements &#8211; en leur offrant de temps &#224; autre une tribune pouvant jouer un r&#244;le cathartique &#8211; tout en maintenant, du fait de cette non routinisation, les alternatives aux marges de ce qui est (&#171; s&#233;rieusement &#187;) envisageable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette logique du &#171; on ne peut pas ne pas en parler, il faut donc en parler mais pas trop &#187; contribue aux m&#233;canismes d' &#171; endog&#233;n&#233;isation d'une partie de la critique &#187; (Boltanski, Chiapello, 1999, p. 69), qui permettent aux logiques capitalistes d'&#233;voluer sans cesse en contournant, en d&#233;sarmant, voire en int&#233;grant la contestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'arriv&#233;e de journalistes s&#233;duits par le &#171; capitalisme vert &#187; ainsi qu'&#224; la folklorisation des alternatives aux logiques marchandes, les postures (&lt;i&gt;i.e.&lt;/i&gt; des attitudes r&#233;guli&#232;res) mettant &#224; distance la &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; capitaliste deviennent bien rares dans les m&#233;dias g&#233;n&#233;ralistes. Elles n'ont toutefois pas enti&#232;rement disparu. Herv&#233; Kempf, dipl&#244;m&#233; de l'IEP de Paris dans les ann&#233;es 1980 et co-fondateur en 1989 du mensuel &lt;i&gt;Reporterre&lt;/i&gt;, repr&#233;sente aujourd'hui une esp&#232;ce certes en voie d'extinction dans le champ m&#233;diatique mais qui continue d'alimenter la diversit&#233; des opinions et le pluralisme de l'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journaliste environnement au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; depuis 1998, il parvient &#224; exprimer des positions contestant l'imp&#233;rialisme des h&#233;rauts du march&#233;. Si, pour d&#233;fendre ses opinions, il privil&#233;gie la publication d'essais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple : Herv&#233; Kempf, Comment les riches d&#233;truisent la plan&#232;te, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il lui arrive aussi d'exposer ses points de vue dans son journal comme avec cette chronique de l'&#233;dition du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; du 1er mars 2010 intitul&#233;e &#171; L'imposture croissanciste &#187;. Herv&#233; Kempf y invite ses lecteurs &#224; douter des discours faisant de la croissance &#233;conomique l'objectif ultime de toute action politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus, il en pointe deux mirages pour mieux rappeler l'urgence de ne plus faire passer l'&#233;cologie apr&#232;s l'&#233;conomie : &#171; &lt;i&gt;La croyance dans les bienfaits de la croissance est-elle un dogme ? Je laisse ce point &#224; la sagacit&#233; des lecteurs. En tant qu'objecteur de croissance, notons que deux illusions animent les croissancistes (&#8230;) Eh oui : on cr&#233;era plus d'emplois en accordant plus d'importance &#224; l'&#233;cologie. Encore faut-il reconna&#238;tre la gravit&#233; du changement climatique et la crise &#233;cologique. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ils p&#232;sent peu num&#233;riquement, les journalistes qui comme M. Kempf s'affranchissent de la &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; capitaliste ont en revanche un poids symbolique qui n'est pas n&#233;gligeable. Par les sources ou r&#233;f&#233;rences qu'ils mobilisent et donc par l'orientation qu'ils donnent &#224; leurs productions, ces journalistes rappellent que d'autres points de vue existent et m&#233;ritent d'&#234;tre consid&#233;r&#233;s avec s&#233;rieux. Ils montrent qu'un autre journalisme est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les faux semblants de l'objectivit&#233; journalistique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette autre mani&#232;re de concevoir la production de l'information se caract&#233;rise par le souci de ne jamais cesser d'interroger un syst&#232;me de croyances dominant, en l'occurrence le capitalisme. Ce refus de consid&#233;rer comme d&#233;finitive cette id&#233;ologie rel&#232;ve d'une pr&#233;occupation &#233;thique consistant &#224; ne pas se satisfaire du pr&#234;t-&#224;-penser d&#233;vers&#233; par les intellectuels organiques du n&#233;olib&#233;ralisme. Une telle posture vient ainsi signaler en creux les faux semblants de l'objectivit&#233; dont se targuent la plupart des journalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car peut-on &#234;tre objectif tout en &#233;tant pens&#233; par l'esprit du capitalisme, ou pour le dire autrement, tout en proposant des analyses encastr&#233;es dans le dogme de la concurrence libre et non fauss&#233;e ? De m&#234;me que pour penser l'&#201;tat, il faut s'affranchir de la pens&#233;e d'&#201;tat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Bourdieu, Sur l'&#201;tat, Paris, Seuil, 2012.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour comprendre les soci&#233;t&#233;s capitalistes le plus objectivement possible, ne faut-il pas se d&#233;faire des cat&#233;gories d'analyse et modes de raisonnement capitalistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; bien des &#233;gards, ne pas remettre en cause l'esprit du capitalisme, c'est le consid&#233;rer pour acquis et donc prendre parti en sa faveur. Lorsqu'un journaliste fait valoir, conform&#233;ment &#224; sa culture professionnelle, son objectivit&#233; &#8211; parce qu'il croise ses sources, v&#233;rifie son information et rend visible des points de vue divergents &#8211; il convient donc de lui demander s'il serait pr&#234;t &#224; d&#233;tacher l'actualit&#233; de l'arri&#232;re-plan capitaliste auquel elle est quasi syst&#233;matiquement adoss&#233;e. Si la r&#233;ponse est n&#233;gative, il y a tout lieu d'&#234;tre perplexe quant &#224; son objectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que r&#233;v&#232;le la m&#233;diatisation des enjeux environnementaux, c'est donc surtout la d&#233;pendance des professionnels de l'information &#224; la &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; capitaliste. Or cet attachement ne leur permet pas d'aborder objectivement les probl&#232;mes qu'ils rendent visibles. S'ils veulent &#234;tre le &#171; contre-pouvoir &#187; qu'ils pr&#233;tendent constituer, alors les journalistes ne doivent-ils pas avoir le courage de questionner leurs convictions les plus profondes, celles qui les emp&#234;chent de voir que d'autres visions du monde existent en dehors de l'&#233;troit moule capitaliste ? N'est-ce pas &#224; ce prix qu'ils pourront penser autrement les causes des probl&#232;mes en g&#233;n&#233;ral et de la destruction de la nature en particulier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Baptiste Comby&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Baptiste Comby, &#171; Quand l'environnement devient m&#233;diatique. Conditions et effets de l'institutionnalisation d'une sp&#233;cialit&#233; journalistique &#187;, &lt;i&gt;R&#233;seaux&lt;/i&gt;, d&#233;cembre 2009, n&#176;157-158, pp.159-190.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces &#171; solutions dignes de films de science fiction &#187; et ces &#171; projets un peu fous &#187; (pour reprendre deux expressions des journalistes ayant couvert ce type d'initiatives) correspondent par exemple &#224; l'envoi dans l'espace d'un bouclier compos&#233; d'une myriade de petits miroirs capables de r&#233;fl&#233;chir les rayons du soleil ou &#224; la diffusion de soufre dans l'atmosph&#232;re pour blanchir le ciel &#233;galement dans un but de r&#233;verb&#233;ration solaire (reportage diffus&#233; sur France 2 le 16 octobre 2007). Il s'agit, &#224; chaque fois, de s'en remettre aux miracles du &#171; progr&#232;s &#187; technique pour r&#233;soudre les probl&#232;mes environnementaux sans, donc, avoir &#224; changer de syst&#232;me et de logiques de production.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un exemple de ces ouvrages pouvant devenir des r&#233;f&#233;rences pour les journalistes est le livre publi&#233; par deux anciens polytechniciens aujourd'hui conseillers du prince : Alain Grandjean, Jean-Marc Jancovici&lt;i&gt;, Le plein, s'il vous pla&#238;t. La solution au probl&#232;me de l'&#233;nergie&lt;/i&gt;, Le Seuil, Paris, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notamment : Aeron Davis, &lt;i&gt;Public Relations Democracy : Public Relations, Politics, and the Mass Media in Britain&lt;/i&gt;, Manchester University Press, 2002&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;alis&#233; en 2010 par Cosima Dannoritzer, diffus&#233; sur &lt;i&gt;Arte&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple : Herv&#233; Kempf, &lt;i&gt;Comment les riches d&#233;truisent la plan&#232;te&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil, 2007 ; Herv&#233; Kempf, &lt;i&gt;Pour sauver la plan&#232;te, sortez du capitalisme, &lt;/i&gt;Paris, Le Seuil, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P. Bourdieu, &lt;i&gt;Sur l'&#201;tat&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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