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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>La fin du journalisme </title>
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		<dc:date>1999-01-31T23:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ignacio Ramonet</dc:creator>


		<dc:subject>Ignacio Ramonet</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats d'Acrimed</dc:subject>
		<dc:subject>Bulletins d'Acrimed</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le 16 f&#233;vrier 1999, Action Critique M&#233;dias recevait Ignacio Ramonet, universitaire, directeur du Monde diplomatique&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Que-sont-les-journalistes-Ou-va-le-journalisme-" rel="directory"&gt;Que sont les journalistes ? O&#249; va le journalisme ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Ignacio-Ramonet-275-+" rel="tag"&gt;Ignacio Ramonet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Debats-d-Acrimed-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats d'Acrimed&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Bulletins-d-Acrimed-+" rel="tag"&gt;Bulletins d'Acrimed&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 16 f&#233;vrier 1999, Action Critique M&#233;dias recevait Ignacio Ramonet, universitaire, directeur du &lt;i&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt;, auteur de &lt;i&gt;La Tyrannie de la communication&lt;/i&gt; (&#233;d. Galil&#233;e). Voici des extraits (parus dans le &lt;i&gt;Bulletin&lt;/i&gt; n&#176; 5 d'Acrimed) de l'intervention d'Ignacio Ramonet et du d&#233;bat qui a suivi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Trois sph&#232;res sont en train de fusionner : la sph&#232;re de l'information, celle de la communication (le discours publicitaire, la propagande, le marketing, les relations publiques&#8230;), et celle de la culture de masse, c'est-&#224;-dire une culture soumise par d&#233;finition aux lois du march&#233;, et qui se soumet &#224; la s&#233;lection du march&#233;. Plus pr&#233;cis&#233;ment, l'une de ces sph&#232;res, celle de la communication, absorbe les deux autres. Il est de plus en plus difficile de distinguer ce qui rel&#232;ve de l'information, de la communication ou de la culture de masse. De plus en plus, un discours publicitaire et un titre de journal sont imagin&#233;s sur le m&#234;me principe : accrocher, prendre des licences parfois importantes par rapport au contenu. L'effet de communication compte plus que l'effet d'information. Ce qui compte c'est d'avoir un contact ? qu'il soit visuel ou s&#233;mantique, etc. ? avec celui qui lit.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;1. Trois qualit&#233;s de l'information&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans l'information, la communication ou la culture de masse, trois qualit&#233;s sont recherch&#233;es : la simplicit&#233; ; la rapidit&#233; (des textes courts, des spots...) ; la distraction, l'amusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois qualit&#233;s traditionnelles de la culture de masse ont colonis&#233; peu &#224; peu le discours du marketing, de la publicit&#233; et aujourd'hui les m&#233;dias d'information, m&#234;me les plus s&#233;rieux, gagn&#233;s par l'id&#233;e de s&#233;duire. Il faut faire le beau pour attirer le public. Sur le plan industriel, cette fusion correspond &#224; la concentration. Quand, au d&#233;but des ann&#233;es 70, le concept de communication a &#233;t&#233; rendu grand public par Mac Luhan, la communication &#233;tait un domaine circonscrit. Aujourd'hui, on ne sait pas, au plan industriel, quelles sont les limites de la communication. Parce que sont venus dans le domaine des industries de la communication des industriels qui n'avaient pas une culture de la communication. Parmi les trois principaux groupes de communication, il y a un marchand d'armes (Matra), un marchand d'eau (Vivendi) et un marchand de b&#233;ton (Bouygues). Aujourd'hui la communication se fait en grande partie &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire et par les satellites, donc toutes les industries qui ont &#224; voir avec les satellites font de la communication. L'espace de l'industrie de la communication s'est &#233;tendu. Trois machines &#224; communiquer fusionnent en raison de la r&#233;volution num&#233;rique : t&#233;l&#233;phone, ordinateur et t&#233;l&#233;viseur. Les industries qui appartenaient &#224; l'informatique rel&#232;vent de la communication. Sur le m&#234;me &#233;cran, vous pouvez avoir &#224; la fois du texte, du son, et de l'image, les trois &#233;l&#233;ments que le num&#233;rique transmet.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;2. Trois autres caract&#233;ristiques de l'information&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;La surabondance&lt;/strong&gt; : il n'y a jamais eu autant d'information &#224; notre port&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la surinformation peut provoquer de la d&#233;sinformation. Il existe une censure d&#233;mocratique. La censure est une donn&#233;e structurelle de tout pouvoir. Actuellement, le syst&#232;me censure par surproduction, par asphyxie de celui qui consomme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la tradition humaniste et d&#233;mocratique, on &#233;tablit un lien entre la quantit&#233; d'information et la quantit&#233; de libert&#233;. Au fur et &#224; mesure que je r&#233;clame le droit de communiquer, que j'ajoute de l'information, cela va favoriser la libert&#233;. D&#233;sormais, ajouter de l'information n'augmente pas la libert&#233;. Peut-&#234;tre allons-nous vers une soci&#233;t&#233; ou infinie information &#233;gale &#224; z&#233;ro libert&#233;. Cette surinformation agit comme une nouvelle forme de violence. On ne la voit pas comme cela car les soci&#233;t&#233;s occidentales sortent de p&#233;riodes d'obscurantisme. Je pense que la communication est devenue une id&#233;logie et un imp&#233;ratif : il y a obligation de communiquer. La communication remplace le paradigme du progr&#232;s. Le progr&#232;s avait pour objectif de pacifier les soci&#233;t&#233;s, c'est aujourd'hui la communication. C'est un lubrifiant social. Communiquer est un verbe intransitif dans la r&#233;alit&#233; : on ne communique pas pour dire quelque chose, on communique. L'objectif est de communiquer et le contenu est devenu tr&#232;s secondaire. Ce que les machines &#224; communiquer nous enjoignent de faire, c'est de les utiliser. Donc la soci&#233;t&#233; accepte l'id&#233;e que la communication va prendre la place du progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;La vitesse&lt;/strong&gt; : C'est un des param&#232;tres traditionnels de l'information. Une information rapide est toujours plus int&#233;ressante qu'une information lente. Aujourd'hui, nous avons atteint la vitesse maximale : celle de la lumi&#232;re, c'est l'instantan&#233;it&#233;. Quand on dit que le journaliste est l'analyste d'un jour, il y a encore dans ce mot un d&#233;lai de 24 heures. Mais aujourd'hui les journalistes sont devenus des instantan&#233;istes. Le journaliste est d&#233;j&#224; de trop. Car la relation informationnelle &#233;tait triangulaire, entre l'&#233;v&#233;nement, le m&#233;diateur, et le citoyen. Mais dans le syst&#232;me actuel, les cam&#233;ras de captation de l'information suffisent. Il n'y a plus que l'&#233;v&#233;nement et le consommateur. L'information n'est plus une construction intellectuelle mais une transmission. Informer ce n'est pas r&#233;pondre &#224; des questions, c'est faire assister &#224; l'&#233;v&#233;nement. Le m&#233;dia pense faire de l'information contemporaine quand il donne &#224; celui qui le consomme l'illusion d'assister &#224; l'&#233;v&#233;nement. CNN par exemple pr&#233;tend nous montrer les &#233;v&#233;nements en direct-live qui n'ont pas forc&#233;ment du contenu. En presse &#233;crite aussi on multiplie les reportages de terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;L'information est essentiellement une marchandise&lt;/strong&gt;. Donc elle est davantage soumise aux lois du march&#233; qu'aux lois de l'information. La valeur d'une information ne d&#233;pend pas de la v&#233;rit&#233; mais du nombre de personnes susceptibles de s'y int&#233;resser, de son march&#233;. Cette loi est la vraie trieuse de l'information.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;3. Trois fausses affirmations&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Voir &#233;gale comprendre&lt;/strong&gt; : plus un m&#233;dia me proposera en direct de l'information, plus je serai satisfait parce que j'aurai le sentiment d'avoir &#233;t&#233; moi-m&#234;me le t&#233;moin de ce qui se passe. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, on essayait de faire de l'information en respectant un certain nombre de r&#232;gles. Si l'information n'est pas une science, elle est cens&#233;e s'appuyer sur des sciences humaines, comme par exemple la sociologie et l'histoire, qui permettent une approche construite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, si l'information, c'est faire assister &#224; l'&#233;v&#233;nement, on s'appuie sur un genre t&#233;l&#233;vis&#233; : le sport en direct. On informe comme on montre un match, sur le m&#234;me principe.&lt;br /&gt;
Voir c'est comprendre, c'est l'&#233;quation contre laquelle se sont &#233;lev&#233;s les rationalistes. Voir c'est comprendre, c'est le proc&#232;s de Galil&#233;e, c'est l'illusion des sens. D'o&#249; tous les malentendus possibles, surtout &#224; l'heure du virtuel, des images de synth&#232;se, o&#249; voir du faux ne peut pas &#234;tre distingu&#233; de voir du vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Y &#234;tre suffit pour savoir &lt;/strong&gt; : D'o&#249; l'id&#233;e qu'on n'a pas besoin des journalistes. Il suffit d'y &#234;tre pour pouvoir t&#233;moigner. Un t&#233;moin est un journaliste, le bon journaliste est un bon t&#233;moin. Quand les radios en continu veulent agir sur l'instant, elles se pr&#233;cipitent sur le t&#233;l&#233;phone, trouvent quelqu'un qui parle fran&#231;ais l&#224; o&#249; &#231;a s'est pass&#233;, et lui demande. Et souvent la personne qui parle fait &#233;cho de ce qu'elle a elle-m&#234;me entendu dire. Or un t&#233;moin ( ce terme vient d'un mot grec qui veut dire martyr ) n'est pas forc&#233;ment un bon transmetteur de l'information. Dans un de ses films, Kurosawa montre comment cinq personnes vivant exactement le m&#234;me &#233;v&#233;nement, en proposent cinq versions totalement diff&#233;rentes. Etre t&#233;moin c'est &#234;tre impliqu&#233;, happ&#233; par l'&#233;v&#233;nement, donc c'est ne pas avoir de distance suffisante. Le temps m&#233;diatique est instantan&#233;, le temps de la r&#233;flexion est plus &#233;loign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;R&#233;p&#233;ter c'est d&#233;montrer&lt;/strong&gt; : Quand &#224; propos d'un &#233;v&#233;nement, tous les m&#233;dias disent la m&#234;me chose, c'est que c'est vrai. On l'a vu avec la guerre du Golfe, Maastricht ou l'euro.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Questions et r&#233;ponses&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Va-t-on vers la fin du journalisme ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Ignacio Ramonet&lt;/i&gt; : Le syst&#232;me n'a plus besoin de journalistes. Les journalistes ont perdu leur sp&#233;cificit&#233;. Il faut se fermer les yeux pour ne pas le voir. Entre 1850 et la fin du 19e si&#232;cle, c'&#233;tait la seule profession qui avait le monopole de l'information de masse. Cette sp&#233;cificit&#233; a disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, toutes les institutions produisent de l'information, mais aussi tous les individus peuvent produire de l'information &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire, avec Internet. Rien ne vous emp&#234;che d'ouvrir un site web chez vous ( si l'on excepte la limite &#233;conomique, mais 20 000 francs vous suffisent pour pouvoir &#234;tre relativement bien &#233;quip&#233; ) et vous avez un m&#233;dia qui vous permet de parler au monde entier. Apr&#232;s tout, l'affaire Clinton-Lewinsky c'est Matt Drudge qui l'a sortie, et il n'&#233;tait pas hyper-&#233;quip&#233;, en tout cas moins que Newsweek&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;daction de Newsweek disposait des premiers &#233;l&#233;ments d'information sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les institutions, de tous ordres, politiques, &#233;conomiques, culturelles, sociales, syndicales, etc. produisent de l'information. Tr&#232;s souvent cette information est pr&#233;-dig&#233;r&#233;e pour les journalistes. Ce qui leur reste, c'est de diffuser cette information, mais seulement dans certains milieux, parce que, dans d'autres, les institutions s'en chargent. Les publications faites par des annonceurs, relativement bien, se multiplient. Les groupes qui poss&#232;dent les m&#233;dias contr&#244;lent les m&#233;dias, non pas de fa&#231;on primitive et primaire, pour faire de la communication sur ce qu'ils font, mais indirectement aussi pour ne pas nuire &#224; ce qu'ils font. D&#233;j&#224;, beaucoup de journalistes travaillent pour des groupes. Ces groupes sont en mesure de contr&#244;ler la communication &#224; la source. Le journaliste est l&#224; pour donner la caution d'une certaine objectivit&#233; pour un public innocent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement ils sont en voie de disparition mais c'est souvent des alibis pris en otage pour diffuser une information qui sert les int&#233;r&#234;ts de tel ou tel groupe. C'est une vision noire mais je pense qu'on est dans le vrai. Je compl&#232;te : dans de nombreuses capitales il y a d&#233;j&#224; plus de journalistes qui travaillent pour des m&#233;dias d'entreprises, de marques, d'institutions, d'annonceurs, des m&#233;dias institutionnels, que de journalistes qui travaillent dans les grands m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans un souci de productivit&#233;, le temps fait de plus en plus d&#233;faut aux journalistes. Pourquoi les grands groupes industriels d&#233;pensent-ils des fortunes colossales pour acheter telle entreprise d'information, alors qu'ils accordent aussi peu de temps aux journalistes ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Ignacio Ramonet&lt;/i&gt; : Les groupes qui cherchent &#224; contr&#244;ler les m&#233;dias en sont encore &#224; croire que l'influence dans les esprits est proportionnelle &#224; l'importance du m&#233;dia. Leur connaissance de ce qu'on appelle les effets en mati&#232;re de r&#233;ception est assez primitive et archa&#239;que. Ils pensent qu'il peuvent gagner en capacit&#233; &#224; manipuler les esprits. En r&#233;alit&#233;, l'exp&#233;rience montre que c'est plus difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, poss&#233;der un m&#233;dia produit un prestige non n&#233;gligeable. Dans TF1 un pouvoir, Pierre P&#233;an a bien montr&#233; quel &#233;tait l'objectif de Bouygues quand il a rachet&#233; TF1. A un moment, il n&#233;gociait avec Balladur, entour&#233; de ses conseillers. Ils avaient fait un audit de TF1, qui chiffrait la cha&#238;ne &#224; telle somme. Les services du gouvernement en &#233;taient arriv&#233;s &#224; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me somme. Et Balladur avait dit &#224; ses conseillers &#034;ce sera &#231;a, plus 20 %&#034;. Les conseillers de Balladur eux-m&#234;mes avaient trouv&#233; que c'&#233;tait excessif. Quand on annonc&#233; la nouvelle &#224; Bouygues, les conseillers ont dit : &#034;laissez tomber !&#034;. Bouygues a dit &#034; c'est offert, c'est tr&#232;s bon march&#233;, j'ach&#232;te. Ce n'est pas une t&#233;l&#233; que j'ach&#232;te, c'est un instrument d'influence &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TF1, un pouvoir, Pierre P&#233;an, Fayard, 1997.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LCI a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e sur le m&#234;me objectif. 365 journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s du soir c'est insuffisant pour les milliers de d&#233;cideurs qui font appel &#224; beaucoup de b&#233;ton. Il fallait une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision qui ne fasse que les recevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela n'a rien &#224; voir avec la communication mais avec l'id&#233;e que les d&#233;cideurs se font de l'influence des m&#233;dias. Des groupes peuvent comprendre qu'ils n'ont pas besoin des m&#233;dias. Des groupes industriels ont des m&#233;dias comme une danseuse. Un groupe m&#233;diatique (Murdoch, Time-Warner...), lui, fait de l'argent avec des m&#233;dias, &#224; condition de lui imposer les conditions de rentabilit&#233; qu'on applique &#224; l'industrie. Aujourd'hui, les pratiques dans la communication sont exactement les m&#234;mes que dans l'industrie : fusions entra&#238;nant licenciements, synergie... Ce n'est plus une industrie prot&#233;g&#233;e comme faisant partie des acquis gagn&#233;s par la d&#233;mocratie. Autrefois, c'&#233;tait une sorte de pouvoir oppos&#233; aux pouvoirs obscurantistes, comme l'Eglise. Qui pense aujourd'hui que la presse c'est le contraire de l'Eglise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Plut&#244;t que de dispara&#238;tre, le journalisme n'est-il pas plut&#244;t amen&#233; &#224; muter ? Plut&#244;t que transmettre l'information, &#224; la lire et &#224; la relier ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Ignacio Ramonet&lt;/i&gt; : Le journalisme est un m&#233;tier qui se transforme. Tout ce qui consiste &#224; fuir dans l'instantan&#233;it&#233; est appr&#233;ci&#233; par le public, mais quelle dimension de public ? Il faut accepter l'id&#233;e qu'on n'est pas obligatoirement un m&#233;dia de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines d'activit&#233;s se pensent automatiquement comme devant &#234;tre plan&#233;taires, permanentes, imm&#233;diates, immat&#233;rielles, ce que j'appelle le syst&#232;me 2p2i. Ce n'est peut-&#234;tre pas n&#233;cessaire. Au moment o&#249; tout s'acc&#233;l&#232;re, on a le droit de ralentir. C'est peut-&#234;tre ce que demande une partie du public, un ralentissement, non pas par paresse mais pour prendre le temps de r&#233;fl&#233;chir. Le paradoxe est qu'on vit dans une soci&#233;t&#233; les plus cultiv&#233;es de l'histoire de ce pays. C'est la m&#234;me chose pour l'immense majorit&#233; des pays du monde. Jamais il n'y a eu autant de populations scolaris&#233;es, jamais il n'y a eu autant de dipl&#244;m&#233;s dans toutes les disciplines. Pourquoi dans le m&#234;me temps avons-nous les m&#233;dias les plus m&#233;diocres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie du public cherche un autre type d'information. Je pense par exemple qu'il y a beaucoup d'avenir, un vivier de production journalistique, pour tout ce qui est l'information sur l'information. La communication au sens large nous opprime tellement que quand on lit un livre comme celui de Serge Halimi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde, ed. Liber Raisons d'agir, 1997.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, quand on regarde une &#233;mission de Schneidermann qui d&#233;monte un bidonnage ou un trucage, on est lib&#233;r&#233;, on se dit &#034;ce texte ou cette &#233;mission me venge&#034;. Parce qu'on m'a tromp&#233;, pendant tr&#232;s longtemps, et que je ne peux pas me d&#233;fendre. Pourquoi a-t-on cr&#233;&#233; tant de m&#233;diateurs ? D'ici dix ans il n'y aura pas un m&#233;dia sans m&#233;diateur, il faudra donc r&#233;fl&#233;chir &#224; la fonction des m&#233;diateurs. Qui surveille les m&#233;diateurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;dibilit&#233; s'est effondr&#233;e, comme un r&#233;gime qui n'est plus cru. Aujourd'hui la d&#233;mocratie m&#233;diatique ne fonctionne pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'audiovisuel on peut distinguer trois phases historiques de la cr&#233;dibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Les actualit&#233;s cin&#233;matographiques fonctionnaient sur le principe du documentaire &#224; commentaire. Un commentaire est pl&#233;onastique par rapport aux images que chacun voit : &#034; le mar&#233;chal P&#233;tain est en train d'inaugurer &#034; et on voit P&#233;tain en train d'inaugurer. J'ai pris l'exemple de P&#233;tain mais dans les r&#233;gimes d&#233;mocratiques c'&#233;tait la m&#234;me chose. On croit parce que la voix qui nous parle est anonyme. C'est la voix d'une all&#233;gorie, c'est la voix de l'information. Elle p&#233;n&#232;tre en moi, c'est la voix de Jeanne d'Arc, elle a une fonction th&#233;ologique, la divinit&#233; information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le journal t&#233;l&#233;vis&#233;. C'est le contraire : la voix anonyme laisse la place &#224; la suridentification. C'est un monsieur ou une dame qui nous parle les yeux dans les yeux, on nous dit qui il est en sous-titre. Je le connais tr&#232;s bien parce que les journaux sp&#233;cialis&#233;s nous racontent sa vie. D'ailleurs les enqu&#234;tes montrent qu'on choisit de voir tel ou tel journal t&#233;l&#233;vis&#233; en fonction du d&#233;gr&#233; de sympathie qu'on a avec le pr&#233;sentateur ou la pr&#233;sentatrice. C'est donc parce que j'ai un rapport d'intimit&#233; avec le pr&#233;sentateur ou la pr&#233;sentatrice que je crois ou je ne crois pas, parce que je me dis lui qui vient chez moi depuis dix ans ? vingt ans ? il ne peut pas me mentir. Il me dit qu'il parle avec Castro, je le crois ? ! [&lt;i&gt;Rires dans l'assistance&lt;/i&gt;]. Mais, aujourd'hui, il y a la trois&#232;me phase, parce que &#231;a ne marche plus. Poivre d'Arvor, d&#232;s qu'il me regarde, on se dit quel hypocrite. Il ose encore me regarder apr&#232;s ce qu'il a fait... ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Aujourd'hui on croit CNN alors qu'elle ne me dit rien. On la croit parce qu'on a &#224; faire &#224; une sacr&#233;e machine technologique. Cette machine m'en met litt&#233;ralement plein les yeux, elle dit &#034;maintenant nous allons nous connecter avec Dhahran&#034;, et on voit Dhahran, &#034;nous allons connecter avec Jerusalem&#034;, et on voit J&#233;rusalem, et Washington, etc. On se dit : cette machine-l&#224;, qui a des cam&#233;ras partout, qui a la puissance d'ubiquit&#233; de Dieu, il est &#233;vident qu'elle dit la v&#233;rit&#233;, on est oblig&#233; de la croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, en quarante ans, on est pass&#233; par trois formes de cr&#233;dibilisation, ce qui prouve que des cr&#233;dibilit&#233;s s'effondrent, et aujourd'hui nous sommes devant l'effondrement massif de la cr&#233;dibilit&#233; des m&#233;dias, parce qu'il n'ont pas chang&#233; de registre. Et c'est pourquoi les journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s vont dispara&#238;tre tels qu'ils existent, et ils disparaissent d&#233;j&#224;, remplac&#233;s par des cha&#238;nes d'information continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelle est la marge de manoeuvre du &lt;i&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt; par rapport au groupe &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Ignacio Ramonet&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; fait partie du Groupe Le Monde. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; est le seul grand journal qui appartienne majoritairement &#224; son personnel et &#224; ses lecteurs. C'est donc au sens propre du terme un journal ind&#233;pendant. Il est l'actionnaire majoritaire du Monde diplomatique SA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; poss&#232;de 57 &#224; 58 % du capital, le reste est d&#233;tenu &#224; peu pr&#232;s &#224; parts &#233;gales par le personnel du &lt;i&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt; et par les lecteurs regroup&#233;s dans l'association des Amis du Monde diplomatique. Le personnel et les lecteurs ont une minorit&#233; de blocage, c'est-&#224;-dire que si Le Monde venait &#224; perdre son ind&#233;pendance, s'il &#233;tait rachet&#233; par un grand groupe, il aurait beaucoup de difficult&#233;s pour intervenir sur la ligne du journal, qui est prot&#233;g&#233;e par ses statuts. Ils prot&#232;gent en particulier la nomination du directeur, qui est le garant de la ligne.Nous sommes un journal tr&#232;s ind&#233;pendant. Le contenu du journal est d&#233;cid&#233; en comit&#233; de r&#233;daction sans influence d'aucun ordre, ni politique, ni confessionnel, ni industriel. Chacun des membres du comit&#233; de r&#233;daction a ses convictions. Mais il n'y a pas de militant de parti politique chez nous. Ce n'est pas interdit mais &#231;a n'existe pas. Nos relations avec &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; sont bonnes. Nous sommes des journaux diff&#233;rents. mais nous avons &#233;t&#233; fond&#233;s par la m&#234;me personne, Hubert Beuve-M&#233;ry, un homme unanimement respect&#233; par les journalistes, et qui a toujours voulu que &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; ait sa propre personnalit&#233;, sa propre singularit&#233;. Ces relations ont connu des hauts et des bas, elles n'ont jamais &#233;t&#233; d&#233;plorables ou d&#233;testables, et en tout cas, avec la direction actuelle, du point de vue des entreprises, c'est une tr&#232;s bonne relation. C'est d'ailleurs la direction actuelle qui a encourag&#233; la cr&#233;ation de cette filiale que nous sommes aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce sont des journaux tr&#232;s diff&#233;rents. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; prend position sur mille et une questions, revient en arri&#232;re apr&#232;s avoir affirm&#233; une chose, donne la parole &#224; d'autres qui disent le contraire. De notre c&#244;t&#233;, nous sommes davantage partisans d'un journalisme non pas de d&#233;bat au sens facile du terme mais d'un journalisme de conviction, on ne sacrifie pas &#224; des formules faciles qui viennent du journalisme oral, par exemple il n'y a pas d'entretien. On a plus de temps, notre journal se lit sur un mois. Certains lecteurs dramatisent excessivement les diff&#233;rences, en r&#233;alit&#233; les relations sont bonnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Est-ce que vous n'&#234;tes pas rattrap&#233;s par les grands groupes ? &lt;i&gt;Le Monde Interactif&lt;/i&gt; est pass&#233; dans le giron de Grolier, et donc de Hachette (marchand d'armes).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Ignacio Ramonet&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; poss&#232;de les deux tiers du capital du &lt;i&gt;Monde Interactif&lt;/i&gt;, il est majoritaire et compte le rester. L'objectif du Monde interactif est de se tenir tr&#232;s au courant, d'avancer en fonction des transformations qui se produisent. Le Monde diplomatique r&#233;fl&#233;chit ( je vous le dit en primeur ) &#224; la possibilit&#233; d'entrer dans le capital du Monde interactif, &#224; un petit niveau ( car les investissements sont tr&#232;s importants en la mati&#232;re ), et &#233;galement dans cet objectif. Je vous rappelle que nous avons &#233;t&#233; le premier journal de France &#224; cr&#233;er un &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site Internet&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La r&#233;daction de Newsweek disposait des premiers &#233;l&#233;ments d'information sur l'affaire mais elle avait d&#233;cid&#233; de ne pas les publier imm&#233;diatement pour se laisser le temps de les v&#233;rifier. Matt Drudge a r&#233;cup&#233;r&#233; ces informations et les a publi&#233;es sur son site Internet (note d'Acrimed).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TF1, un pouvoir&lt;/i&gt;, Pierre P&#233;an, Fayard, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Halimi, &lt;i&gt;Les nouveaux chiens de garde&lt;/i&gt;, ed. Liber Raisons d'agir, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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